PAUL JORION
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Remerciements

 Il serait pardonnable qu'au seuil d'une étude qui s'est poursuivie sur trente ans, l'auteur s'abstienne de remercier qui que ce soit, car le nombre des personnes qui lui sont venu en aide dans sa recherche est par nécessité devenu à ce point considérable que la liste en serait à la fois fastidieuse et inévitablement incomplète : ennuyeuse à ceux qui savent en être absents pour être inconnus de l'auteur et offensante à ceux qui jugent qu'ils auraient dû y trouver leur place.

Le mieux serait alors d'éviter entièrement l'exercice afin d'être sûr d'éviter ses pièges. Je mentionnerai cependant quatre noms qu'il serait indécent pour moi de ne pas citer en rapport avec le présent ouvrage, les noms de quatre personnes qui à diverses époques mais de façon majeure ont soutenu de leur conseil et de leur encouragement le progrès de la recherche qui trouve ici comme son premier aboutissement. Qu'ils en soient remerciés ici, tous les quatre.

Chris Gregory m'a pressé de lire Sraffa jusqu'à ce que je me rende à son conseil insistant. J'ai découvert ainsi qu'il était possible de parler d'économie autrement que dans le langage inadéquat du marginalisme. De Sraffa je fus reconduit par Chris sur la piste de Ricardo, et de Ricardo, un saut seulement modeste me mena à Adam Smith. Le lecteur se rendra compte à quel point ceci est essentiel.

La lecture de Sraffa me permit d'écrire désormais au sujet de l'économie sur un mode nouveau pour moi. Ce renouvellement de mon style ne fut pas toujours bien compris et conduisit certains à y lire la simple manifestation d'une inculture en matière de science économique, inculture si complète que son étalage constituait une manière de provocation. C'est à cette époque qu'Alain Caillé lut dans mon approche une alternative authentique plutôt que l'expression d'une ignorance crasse. Il ouvrit les colonnes de la Revue du MAUSS à mes textes, et continua de m'aiguillonner ensuite en me posant à plusieurs reprises la question de savoir si l'on pouvait aller plus loin encore dans la voie amorcée ; sa question et la réponse qeu j’y apporte aujourd’hui sont l’objet de ma conclusion.

Poursuivre le développement des implications du modèle aristotélicien dans l'univers de la finance contemporaine ne pouvait se concevoir sans la main secourable d'un praticien capable de distinguer toujours l'esprit au-delà de la lettre, et d'accepter de lire les faits à travers les lentilles que je polissais patiemment. Philippe Jeanne a joué ce rôle, sans jamais s'étonner de mon impiété et ouvrant souvent la voie à des hérésies bien plus graves.

Enfin, Jean Pouillon, conscient que s'il ne soutenait pas mon effort, nul autre ne le ferait à sa place, m'a encouragé à poursuivre contre vents et marées, et ceci depuis 1969, date de notre première rencontre au séminaire de Claude Lévi-Strauss. Jean est mort l’année derniére. Mon père et lui avaient le même âge ; ils sont morts à quelques semaines de distance.




© Paul Jorion
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