Un spectre hante la finance

15 janvier 2008 par Paul Jorion | Print Un spectre hante la finance

La première nouvelle du jour, ce sont bien sûr les pertes se montant à 9,83 milliards de dollars subies par Citigroup durant le dernier trimestre de 2007, un chiffre double de celui que citait la rumeur. Le trou obligera le numéro 2 du secteur bancaire américain (Bank of America est désormais le leader) à lever 14,5 milliards de dollars supplémentaires et à amputer de 41 % les dividendes accordés à ses actionnaires. La deuxième nouvelle du jour, c’est que les fonds souverains chinois qui avaient annoncé initialement une prise de participation dans Citigroup, sont revenus sur leur décision. Le revirement est une mauvaise nouvelle pour la banque et ceci à deux titres : d’abord bien entendu parce qu’il lui faudra trouver l’argent ailleurs, ensuite parce que la volte–face signale une défiance – peut–être partagée par d’autres – quant à l’avenir de la banque américaine : les Chinois auraient voulu dire « une faillite n’est pas exclure », qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement.

Mais la troisième nouvelle du jour et à mon sens la plus significative sur le long terme, parce qu’elle pourrait créer un précédent dans la crise qui secoue actuellement le monde de la finance, vient d’Angleterre : il s’agit de la nationalisation éventuelle de Northern Rock, au cinquième rang des organismes de crédit britanniques, en crise depuis septembre de l’année dernière quand elle eut le triste privilège de la seule panique bancaire qu’ait connu le Royaume–Uni au cours du siècle écoulé. La banque centrale anglaise était intervenue en avançant à la firme 25 milliards de livres, ayant pris l’initiative inédite de garantir la totalité des fonds des déposants, alors que la garantie habituelle ne couvre que la totalité des premières 2.000 livres et 90 % des 33.000 livres suivantes.

L’actualité du jour, c’est la décision prise par deux actionnaires importants de Northern Rock, les fonds d’investissement SRM Global Master Fund et RAB Special Situations, de forcer une issue en convoquant aujourd’hui–même une assemblée d’actionnaires qui pourrait déboucher sur une nationalisation de la banque. Les deux candidats à une reprise privée, le groupe Virgin et le fonds d’investissement Olivant Advisers, peinent en effet à rassembler des fonds suffisants à rembourser la banque centrale de l’avance qu’elle a consentie lors de son sauvetage au mois de septembre. La banque d’affaires américaine Goldman Sachs, qui conseille ici le ministère des finances britannique, a proposé une troisième voie qui n’a pas réussi à susciter l’enthousiasme : reconditionner les 25 milliards de livres de l’avance sous forme d’obligations revendues au public.

Le gouvernement britannique est prêt pour l’acte final : il a pressenti comme dirigeant de la future firme nationalisée une vedette : « Rocket Ron » Sandler qui avait réussi en 1995 à tirer d’affaire la vénérable Lloyd’s de Londres, fondée en 1688, le premier consortium dans l’histoire de la ré–assurance. Les États–Unis de leur côté, prévoient bien entendu une supervision gouvernementale en cas de faillite d’un organisme financier mais il s’agit alors d’une des phases du processus de redressement judiciaire, alors qu’il s’agirait dans le cas de Northern Rock d’une nationalisation proprement dite. On se rappellerait à cette occasion que l’Angleterre est la patrie d’un économiste fameux qui demeura toujours sceptique quant aux capacités du marché de s’auto–organiser : mon prédécesseur en ces matières, John Maynard Keynes.

Si la Chine se rebiffe, comme on vient de le constater avec Citigroup, le jour viendra peut–être où la Fed se trouvera elle aussi confrontée à une décision particulièrement anathème dans le contexte américain : de nationaliser ou non un établissement bancaire en difficulté. Les milieux financiers américains se préparent en tout cas pour ce type d’éventualité : Bill Gross, directeur de la Pacific Investment Management Company (PIMCO), dont j’ai déjà évoqué le franc–parler (Pour un nouveau New Deal) vient d’affirmer : « Le capitalisme de style américain, fondé sur le marché, allégé en matière de réglementation, en pleine ascendant après la folie des start–ups il y a près de dix ans, a découvert son maître dans les subprime et dans des produits dérivés maladroitement conçus et médiocrement contrôlés. L’innovation en matière de finance reprendra sans doute un jour sa marche en avant, sinon sous des formes distinctes de celles d’aujourd’hui, du moins sur de nouveaux marchés de produits, voire même sur de nouveaux continents. Pour l’heure toutefois, l’élan qui était le sien est bel et bien brisé ».

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23 commentaires

  1. Arthur Sauzay

    Bonjour Paul,

    Très bon billet. On est effectivement entré dans la phase II de la crise en cours.

    Je vous avais parlé des CDS : les spread s’envolent et les papiers se multiplient dans le FT.

    Voici le spread sur le site Markit :

    http://www.markit.com/information/products/cdx.html

    Arthur Sauzay

  2. Jean-Paul Vignal

    Votre article est excellent, J’ai juste un commentaire un peu rustique, mais, je crois, non denué de fondement, a propos de votre remarque sur l’auto-organisation des marchés. Mr Keynes a raison. Bien sur que les marchés n’ont pas la capacité de s’auto-organiser. Ou plutôt, ils n’en ont ni le besoin ni la volonté; Pour être vraiment auto-organisés, il faudrait qu’ils acceptent d’éponger toutes les pertes, ce qui ne serait évidemment pas convenable. Les « marchés » sont la pour prendre les profits, et la collectivité des badauds représentée par le pouvoir politique pour effacer les pertes majeures. Restons sérieux. Personnellement, je trouve que c’est d’une certaine façon une très belle forme d’auto-organisation: être parvenu à mettre au point un système qui permet de se comporter de manière aussi prédatrice en toute légalité, sinon en toute moralité, est un joli tour de force.

  3. Françoise Gollain

    Merci Paul pour ces informations détaillées et précieuses.

    Mon sentiment (je vis en Grande-Bretagne) est également que la possibilité d’une nationalisation de Northern Rock est pressentie comme une rupture. Mais il y a aussi l’amertume de tous ces employés ordinaires dépourvus près de l’âge de la retraite alors qu’ils avaient été vivement encouragés à cotiser à des fonds de pensions (company pension schemes) et à qui la compensation octroyée par l’Etat est risible par rapport au soutien accordé à Northern Rock.

    Conscience d’une grande inégalité dans l’implication étatique qui ne veut cependant pas encore dire pleine compréhension de l’ampleur et des enjeux de la crise actuelle.

  4. A Jean-Paul Vignal : cynique mais bien vu. Avez–vous quelque chose à proposer ?

  5. Jean-Paul Vignal

    Pour rester cynique, oui, je sais ce qu’il faut faire : changer de planète:-) Plus concrètement, je crois qu’il faudrait réinventer le marché, tout simplement, en revenant à des mécanismes de fonctionnement et de gestion qui soient totalement à l’inverse de ceux qui prévalent actuellement. Peut-on en effet encore qualifier de marché un lieu en principe dédié à l’achat et à la vente de produits, de biens ou de services réels mais où la seule chose qui compte vraiment est la transaction dont ils font l’objet, tout simplement parce que c’est elle qui génère la rémunération des juges-arbitres ?

    Dans cette joyeuse foire d’empoigne où, rappelons le, les 25 joueurs américains les plus doués ont engrangé plus de 14 milliards de $ à titre personnel en 2006, les variations de prix, qu’il s’agisse de monnaie, de commodities ou d’assets ne reflètent plus ni l’évolution des coûts des produits des biens et des services, ni même celle de la demande, mais sont là essentiellement pour justifier, au nom de la moindre rumeur, et sans la moindre démonstration d’un réel lien de causalité, les divines transactions qui rapportent tant sans prendre de risque… Quand on relit par exemple l’article passionnant publié récemment par Technology Review, la revue du MIT, sur les Quants (The Blow-Up), il est difficile de ne pas voir que la transaction est devenue une fin en soi, et les « objets » échangés de simples prétextes.

    Ce nouveau marché devrait probablement faire à nouveau porter et couvrir les risques d’écarts aux contrepartistes au lieu de les encourager à les vendre à des tiers et à faire varier les prix constamment pour multiplier les transactions sur lesquelles ils se rémunèrent, comme c’est le cas actuellement. Les solutions sont probablement à rechercher du coté des mécanismes de l’assurance, plus que de ceux des ventes à la criée, fut-elle électronique.

    Cette idée n’a rien de révolutionnaire ni même d’antilibéral, bien au contraire, puisqu’elle consiste en fait à redonner aux acteurs réels, – producteurs et utilisateurs -, le pouvoir de négocier et de fixer le prix qui leur a été confisqué par des contrepartistes par essence spéculateurs. Elle pourrait attribuer une place centrale à un secteur, l’assurance, qui dans la nébuleuse financière est le seul à savoir encore un peu penser et agir « long terme », avant d’aller lui aussi, comme on le voit après chaque catastrophe, crier famine auprès de ses clients et de la puissance publique quand la perte est trop lourde, mais en oubliant soigneusement de redistribuer les profits quand tout va bien.

    Compte tenu de la puissance du système financier, et des intérêts corporatistes et personnels considérables en jeu, il n’est pas simple de se faire entendre, même dans les milieux universitaires qui redoutent notamment d’effrayer leurs gentils sponsors en tenant des propos qui pourraient remettre en cause certains des paradigmes du système libéral tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. Mais il me semble que cela vaut la peine d’essayer.

    Je m’intéresse depuis une trentaine d’années au développement durable. En ces temps lointains on parlait plus modestement d’agriculture autonome et économe et de pétrole vert, ou de carbone végétal, et personne n’écoutait car le pétrole était heureusement revenu à un prix raisonnable après la grande peur de 1974. Je constate aujourd’hui que l’hyper-volatilité croissante des marchés financiers est probablement le plus grand obstacle à la mise en place de pratiques durables : bien que ce soit en principe techniquement possible, on ne financera pas en pratique avec de l’escompte ou du factoring, pour faire moderne, les travaux d’infrastructure qui sont absolument nécessaires pour passer de notre économie de cueillette du carbone fossile et des ressources minérales à la culture du carbone végétal et au recyclage des ressources minérales.

    C’est un enjeu de taille car le temps est désormais compté, et ce d’autant plus que l’on a déjà commencé à consacrer les maigres ressources disponibles pour lutter contre le moulin à vent des gaz à effet de serre, en essayant naïvement de changer le cours de la nature en s’attaquant aux prétendues causes du réchauffement global, au lieu d’investir massivement dans des infrastructures qui pourraient permettre au plus grand nombre de survivre aux conséquences d’une élévation des températures qui semble effectivement inévitable a court terme.

    Concrètement, a quoi sert aux 14,000 personnes âgées ou fragiles qui sont décédées pendant la canicule que les automobiles de luxe consomment moins de 8 litres au cent km pour faire des déplacements presque toujours inutiles, alors que le même argent investi sur de simples ventilateurs ou, un peu mieux, sur des groupes astucieux de conditionnement d’air leur aurait sans doute sauvé la vie.

  6. jlm

    à Vignal.

    « renforçons le rôle des assureurs » ; ça c’est de « l’aggiornamento » d’économiste (je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire, car pour faire face nous aurons besoin de tous !).

    Avec ce que les « States » vont se payer comme crise morale, l’idéologie va changer; je parie vers un mixte de Quaker, rebaptisé « frugalité volontaire », mâtiné d’autoritarisme, et de quoi calmer les foules le temps de drainer les capitaux (restants) vers un plan b « plus vert je meurs »

    A part une constitution économique d’urgence, que voyez-vous d’autre ?

    Très cordialement et sincèrement merci pour votre intervention

  7. Jean-Paul Vignal

    Je ne suis pas un expert en communication, pas plus d’ailleurs qu’en économie, et je me suis mal exprimé. Je ne dis pas exactement qu’il faut remettre les clés de la cité aux assureurs, qui ne sont jamais que des investisseurs institutionnels un peu mieux protégés par statut, et un peu plus prudents que leurs confrères. Je pense simplement qu’il faut s’inspirer des mécanismes de l’assurance pour réguler les marchés, en faisant en sorte que les financiers contrepartistes ou prêteurs aient plus à gagner quand les cours sont stables que quand ils varient. En fait, c’est la notion même d’achat et de vente a terme qu’il faudrait revoir. Le rôle des opérateurs est fondamental, car la seule façon efficace de sortir du système virtuel instable actuel est de réduire à la portion congrue le rôle des marchés spots en utilisant la désintermédiation rendue possible par les TIC et Internet pour revenir progressivement à des formules d’engagement contractuels bilatéraux, organisées dans le cadre moderne des « supply chains ».

    Tout le monde parle maintenant de développement durable, et parfois même d’écologie industrielle, et c’est très bien. Mais j’ai lu peu de choses insistant sur ce que signifient vraiment la transition vers de tels modèles de fonctionnement. Comme la vie elle-même, un modèle de développement durable suppose la stabilité, ou au moins une certaine prédictibilité des termes de l’échange entre ses participants. Chacun connaît au moins une de ces plaisanteries qui mettent en scène les organes du corps humains pour montrer que s’ils se mettaient à négocier sans arrêt entre eux le « prix » et le « coût » de leurs prestations respectives, nous serions très rapidement tous morts. Le même principe s’applique au marché. Afin de contribuer au développement durable, le marché devrait être strictement conçu comme un lieu d’échange de biens et de services réels entre « vendeurs » et « acheteurs » et pas comme un lieu virtuel ou des tiers réalisent de copieux profits, – souvent supérieurs à ceux des « producteurs » eux-mêmes -, en exploitant la faiblesse financière des producteurs, faiblesse qu’ils ont eux même créée en prélevant dans l’indifférence générale des montants exorbitants pour des variations de l’offre et de la demande mineures, sans compter un mix plantureux de commissions, d’agios, d’intérêts, qui n’ont plus de raison d’être car loin de porter les risques qui justifiaient jadis ces émoluments, les opérateurs financiers se contentent le plus souvent désormais de « vendre » ces risques à leurs clients, et ne les portent que quand ils deviennent trop gourmands comme le montre assez bien la « crise » du subprime.

    Ce système financier là est incompatible avec des activités durables, fonctionnant en boucle. Calqué sur le modèle ouvert de l’ère industrielle (extraction, transformation, utilisation, mise en décharge), il est conçu pour favoriser la mobilité, la compétition à l’extrême, et la défiance, alors qu’un modèle durable doit être fondé sur la coopération et la confiance. Ces propos paraîtront sans doute angéliques à beaucoup, mais essayez donc de rentabiliser une usine de valorisation du petit lait de fromagerie en protéines diverses, ayant un prix de marche donné, si votre fournisseur de petit lait multiplie le coût de votre matière première par deux parce qu’il vient de trouver une meilleure opportunité, et vous comprendrez mieux pourquoi, à de rarissimes exceptions près, les parcs éco-industriels ne fonctionnent que quand ils sont organisés autours d’un donneur d’ordres unique. Et encore, même dans ce cas ils sont menacés par les délocalisations.

    Pour ceux que le sujet intéresse, vous pourrez vous reporter à un article un peu plus explicite qui est posté sur le site de la lettre de Léosthène (Valeurs libérales et développement durable). Au plaisir de vous lire !

  8. jlm

    Je commente rapidement les propositions énoncées par J.P VIGNAL dans son article « Valeurs libérales et développement durable ». Vignal montre que le modèle du développement durable demande une adéquation, non seulement entre des types de produits et des modes de production « écologiques », mais aussi niveau des circuits assurant la régulation des échanges, lesquels doivent avoir comme finalité première d’assurer, au mieux possible, la pérennité globale du modèle « durable » (cette tautologie est, par nature, intentionnelle).

    Vignal prend comme exemple l’inadéquation de la logique du marché spéculatif comme moteur de l’imaginaire (fourguer n’importe quoi et reprendre ses billes à temps, pour repartir d’un nouveau tour alors que d’autres épongent les poufs). Au marché régulé par une logique du tous contre tous- « vae victis »- , Vignal propose l’institution de régulations calquées sur le principe de l’assurance par la mutualisation des risques et dans la foulée, de « réimaginer » des formes d’organisations coopératives, plus aptes à assurer la survie des réseaux d’écoproduction émergents, alors que nous sommes encore dans un mode de production seulement guidé par le profit à court terme.

    La réflexion proposée par Vignal s’inscrit bien, à mon avis dans la ligne d’une constitution économique telle que Jorion en propose ici le principe.

    Nous aurons certainement à y revenir ensemble, ici; à commencer, j’aimerais bien, par démonter l’oxymore du « développement durable » mais aussi à libérer l’imaginaire encore coincé dans « décroissance », « simplicité volontaire », « frugalité » « A croissance »… etc .

    Je cite Frank Herbert de mémoire,

     » … a beginning is the time to take the most delicate care that the balances are correct. »

    Avec Jorion aux manettes, c’est bon.

  9. Jean-Paul Vignal

    Merci beaucoup. Il me semble qu’un des points importants est de cesser de considérer comme un postulat que les modèles actuels sont parfaits. Le plus simple pour y parvenir est de se référer aux modèles libéraux dont ils se réclament. On constate vite qu’ils ne sont pas libéraux du tout, et qu’ils sont même à l’économie ce que le totalitarisme est au politique. Le but suprême n’est pas le marché fluide, mais bien au contraire le monopole, ou, à la rigueur, l’oligopole plus ou moins rigide pour sauver les apparences.

    Alors que les TIC ont et vont bouleverser les modes de collecte de traitement et de transmission de l’information, et partant la manière dont sont produits et utilisés les biens et les services, les modèles économiques, juridiques et sociaux sont restés les mêmes qu’au temps de la machine à vapeur et de l’imprimerie. Il est sans doute temps de se pencher sur l’innovation dans ces secteurs. L’évolution de la consommation vers l’achat de l’usage des objets plutôt que des objets eux-mêmes pourrait fournir un premier terrain de réflexion. Elle est dans la logique durable puisqu’elle rend le vendeur responsable de l’objet « from cradle to grave », et l’oblige donc à extraire le maximum de valeur de chaque composant qu’il utilise, au lieu de l’inciter, comme c’est le cas aujourd’hui, à vendre le plus d’objets possible et donc à utiliser un maximum de ressources sans nécessairement chercher a en extraire le maximum de valeur.

    Cette évolution se prête assez bien à un modèle de type coopératif, fondé sur la solidarité et l’engagement à long terme, dans lequel l’associé achète initialement un droit d’usage, qui constitue l’équivalent du capital, et paye ensuite l’usage à un prix qui tient compte de cet apport initial. Rien n’interdit que ce type de modèle ne soit pas à but lucratif. C’est sans doute une piste à explorer, qui pourrait trouver rapidement des applications dans des domaines tels que les nouveaux modes de transport individuel, les nouvelles technologies de production décentralisés d’électricité, ou de gestion de l’eau, ou, pourquoi pas, la production de denrées alimentaires, en élargissant le cercle des coopérateurs des traditionnelles coopératives agricoles aux consommateurs des produits de ces coopératives. Les citadins investissent depuis longtemps dans des vignobles pour avoir « leur » vin. Pourquoi pas dans des étables ou des serres pour avoir leur fromage ou leur laitue ?

  10. jlm

    J-P Vignal rappelle que la location d’un usage est cohérente avec le développement durable et deviendra donc « de plus en plus tendance ». La location réintroduit en effet un calcul de profit par une gestion parcimonieuse étalée sur le long terme, et non sur le turnover des produits à l’obsolescence calculée (c’est quand même marrant que je me retrouve à soixante ans à réécrire des phrases que j’écrivais à dix-huit après avoir lu Vance Packard).

    Aujourd’hui, je souscris encore avec un très grand plaisir aux tactiques proposées par J-P Vignal, mais je crois sincèrement que, dans le domaine qui nous occupe présentement, la stratégie qui cherche simplement à survivre, vise à côté, et même conduit au pire. J’aurais certainement l’occasion de m’en expliquer plus avant dans les discussions qui viendront.

    En utilisant précédemment le terme « d’aggiornamento » je faisais allusion au Pape Jean 23, pour lequel j’ai toujours eu une très grande sympathie et d’autant plus que le mouvement de rénovation n’est pas allé bien loin ! Une religion ne change pas de dogmes, mais ajuste quelques règles à l’état présent des choses. Je crois comprendre que la visée de Jorion est plus qu’un « aggiornamento » de l’économie, mais bien une refondation.

    Naturellement, cette refondation ne passe pas par l’énoncé de principes intangibles, mais par la saisie du mouvement historique et notre volonté de l’orienter dans l’un ou l’autre sens.

    Nous voyons aujourd’hui où, en l’absence de fraternité, nous conduisent les limites du couple liberté égalité appliquées au marché ! Parallèlement, les travaux de Jorion auprès des pêcheurs nous rappellent que la différentiation par juxtaposition de classes autonomes, disjointes et opposées n’est pas le seul système de stratification, que la différentiation entre pêcheurs et mareyeurs s’effectue, de fait, sur le mode de l’inclusion dans un ensemble englobant (Louis Dumont, Homo hierarchicus, postface, édition Tel) au service duquel, comme le montre Jorion, le prix est régulé.

    C’est un problème, à mon avis sérieux, car si nous sommes passés, au travers de la Révolution française des castes aux classes (pour faire très court), il nous faudrait aujourd’hui éviter la régression à l’ordre antérieur ; voyez la ruée des investisseurs pour le rachat massif des terres en Roumanie. La rente de situation, pour la terre, les déplacements, (et hop déjà voté en douce pour la petite Wallonie une seule usine avec le monopole de distillation des biocarburants!). Nous serons si nous n’y prenons garde, captifs jusque dans nos modèles de prises électriques indéfiniment disponibles à l’identique sur le marché auprès d’un fournisseur pérenne !

    (Je bricole pas mal et je vous assure que la stratégie des firmes de matériel électrique est de modifier un petit quelque chose tous les cinq ans de façon à rendre incompatible les nouvelles générations avec les anciennes, pas seulement dans le design extérieur, mais bien par un petit ergot par-ci, une vis par là, etc. je profite de l’occasion qui m’est donnée pour me venger du sentiment d’esclavage dans lequel, depuis tant d’années, me tient la firme Nikko).

    Comment s’en sortir par le haut ?

  11. Jean-Paul Vignal

    Merci beaucoup pour ces précisions. Je suis tout a fait d’accord sur la notion d’aggiornamento, surtout quand elle fait référence à l’action de Jean XXIII, et consiste à ouvrir grand les fenêtres d’une maison solide mais restée trop longtemps volets clos.

    La logique voudrait qu’il vienne du politique, mais je n’y crois pas trop, car il faudrait pour cela des hommes ou des femmes politiques que je ne vois pas arriver au pouvoir dans les circonstances actuelles. Dans le brouhahas médiatique qu’est devenue la politique, l’apparence physique du candidat, son sourire, et ses qualités d’acteur devant les cameras l’emportent à tout coup sur ce qu’il propose et, surtout, sur sa vision. Le politique ne pourrait revenir aujourd’hui sur le devant de la scène que par une rupture quasi-révolutionnaire ou révolutionnaire, plus ou moins brutale, qui, dans les conditions actuelles me semble infiniment plus dangereuse que la triste parodie de chanson de geste à laquelle nous assistons aujourd’hui contraints et forcés.

    Je ne crois pas trop non plus aux vertus d’une reforme en douceur du système actuel qui ne pourrait être imposée que de l’extérieur, par de nouveaux acteurs, comme la Chine, qui ont les moyens financiers de changer la donne, mais pas vraiment intérêt à l’exiger maintenant. Dans ces conditions, les intérêts personnels et collectifs en jeu sont tellement considérables qu’il faudrait être naïf pour croire que l’élite qui profite du système actuel acceptera de gaieté de cœur de se saborder, et ce d’autant plus qu’elle recevra dans sa résistance le concours des légions de ceux qui espèrent accéder un jour prochain au saint des saints. De plus, même si cet aggiornamento indolore était par miracle possible, je crois que ce serait une mauvaise chose s’il ne remettait pas totalement en cause le système actuel régulé par la spéculation, car il est fondamentalement incompatible avec des mécanismes de fonctionnement durables.

    Je crois beaucoup plus, par contre, à une sortie progressive de ce marché du « tout s’achète, tout se vend » régulé par la spéculation, par une réintroduction de pratiques plus proches du troc, – qui sont indispensables à la mise en place de systèmes durables -, à l’initiative des multinationales non financières. Ce n’est pas un rêve, car on commence à observer cet infléchissement, entre autres dans certaines « supply chains ». Les industriels s’aperçoivent en effet que changer constamment de partenaire pour extraire en permanence le dernier centime d’un fournisseur moribond ou incompétent n’est pas une solution durable.

    Je crois que tout changera le jour ou les multinationales non financières tourneront le dos au CBOT et à ses confrères pour y substituer des accords de fournitures à long terme, à prix convenu, protégés si besoin est par des mécanismes d’assurance comme ceux que la COFACE avait jadis mis en place pour garantir les taux de change et les prix des grands contrats à l’exportation. Il faudrait « simplement », – je sais, ça ne l’est pas, mais rêvons un peu-, veiller à prendre quelques précautions pour éviter les abus, ce que ne faisait pas vraiment la COFACE, car les primes qu’elle versait étaient en fait une subvention à l’exportation à peine maquillée, mais que les assureurs automobiles ont mis en place pour éviter que quelques assurés peu scrupuleux changent trop souvent leur voiture pour pas trop cher.

  12. JLM

    à JP Vignal,

    Afin d’éclaircir mes précédents propos, je reprendrai votre exemple des «supply chains» organisées par des accords de fourniture à long terme.

    Mais tout d’abord, veuillez m’excuser de vous avoir induit en erreur. N’ayant pas pris pour habitude d’écrire avec l’intention d’être compris, j’use souvent d’un même mouvement pour dire une chose et son contraire, aussi, mes interventions précédentes emboîtaient-elles plusieurs ellipses. Pour plus de clarté, je vais les mettre à plat.

    1 J’oppose « aggiornamento » à refondation et je suis définitivement contre tout « aggiornamento », je pense que Jorion, vise une refondation, mais naturellement je peux l’avoir mal lu.

    2 Je pense que toute refondation est impraticable aujourd’hui, comme avant très longtemps.

    3 A la condition de disposer d’une constitution vraiment radicale qui servirait de référence, je suis pour la nécessité de prendre certaines mesures relevant d’un « aggiornamento »; parce que la vie continue et que sur base d’une constitution refondatrice, nous pourrons au moins critiquer telle ou telle disposition transitoire et guider ainsi malgré tout une réelle transformation. – La constitution sert de cap –

    4 En citant un auteur de fiction comme Frank Herbert, je voulais préciser qu’il s’agit d’implanter aujourd’hui déjà, une légende qui prendra corps, disons dans trois cents ans (encore une insistance de 68), lorsque les termes de cette constitution paraîtront évident à tous, parce que déjà largement inscrits dans les manières de faire.

    §

    Il faut encore vous préciser que je ne suis pas le moins du monde économiste et que mes seuls centres d’intérêt (monomaniaques) en sont vraiment très éloignés. Si je m’autorise cependant à encombrer de mes divagations ces feuillets économiques, c’est que je suis tombé presque par hasard sur le blog de Jorion en février 2007 et que j’ai trouvé très amusant de suivre une histoire qui annonçait que le capitalisme allait se casser la figure à court terme ! J’aime beaucoup la science-fiction et cette situation quasiment littéraire d’un inconnu démontrant que la fin du monde est pour demain me paraissait une situation extrêmement jubilatoire, qui depuis ne s’est en rien démentie dans ses promesses!

    Malgré cette position « de fantaisie », je justifie cependant mes interventions du fait que comme citoyen il ne manquerait plus que cela qu’on me concocte derrière mon dos une constitution économique qui me serait incompréhensible à coup d’indices « XXXL+ » et de « hachures stochastique dans le tableau du bilan « . Si les économistes tiennent à faire une constitution, c’est plutôt à eux de comprendre que s’ils m’ont compris c’est que je me suis mal exprimé. Pour reprendre l’éternelle platitude, « l’économie est une chose trop sérieuse que pour être laissée aux économistes « .

    §

    Dans le but d’éclaircir l’opposition entre constitution et aggiornamento, j’en viens maintenant à examiner vos observations à propos des « supply chains avec accord de fourniture ». Ma vieille fibre utopique commence à se réchauffer au mot de coopération et mon souci de stabilité se réconforte de cette bonne entente. Hors d’ici Leviathan ! Malheureusement, je me refroidis assez vite, car nous n’avons plus ici « des places à prendre » par des petits poissons en compétition autour d’une chaîne de production organisée par un donneur d’ordre, lui-même en compétition avec d’autres donneurs d’ordres, nous avons affaire à un cartel vertical en puissance, c’est effectivement une entente !

    J’agite maintenant quelques idées générales, comme des marionnettes dans un théâtre d’ombres, en voici la figure projetée. Les accords de fourniture nous font passer d’une structure « démocratique » à une « structure féodale ». Nous glissons d’une logique de hiérarchisation par compétition de classes disjonctives, à une de différentiation par inclusion dans une classe englobante, (quand je cause abstrait comme çà, c’est que je ne maitrise qu’aux trois quarts).

    En effet, l’accord sur la stabilité des prix affilie affidie fidélise pour un temps), mais en contre-partie, dans le même temps, en aval, il stérilise toute tentative extérieure de la part d’un nouveau venu, lequel se trouve de fait pour un temps interdit d’entrer dans la chaîne. De plus, en amont, l’entente empêche la survenance sur le marché d’un nouveau donneur d’ordre pour la production d’un même type de produit final. Je m’explique : la complexité de la mise en place d’une production par la constitution d’une « supply chain » suppose un vivier permanent de fournisseurs en compétition. Pour qu’un nouveau donneur d’ordre apparaisse et survive il faut que toute une chaîne potentielle de fournisseurs soit à disposition au moment venu. Ici les places sont prises, les duchés et les baronnies sont répartis, et c’est logique dans un monde fini ! Tiens, j’ai vu à Paris des boules de verres entièrement scellées, dans lesquelles un écosystème modèle réduit se maintient en équilibre – une sorte de corail aux crevettes de la taille d’un ciron, cinq-six ans d’espérance de vie selon l’expérience que l’on en a.

    Naturellement tout ça est purement théorique ; en pratique ça ne se passera pas comme cela, il y aura toujours bien quelques fournisseurs appartenant à des chaînes différentes pour diverger et s’affilier à une chaîne naissante : la trahison des vassaux fait partie du jeu féodal, nul système n’est parfait.

    Plus sérieusement peut-être, je crois qu’il serait possible de montrer que la généralisation de « supply chain avec accord de fourniture » réduirait la variété globale des fournisseurs. C’est ce point qui m’importe : quelles sont les tendances cachées du système, de quoi ne sommes-nous pas conscients en inventant une nouvelle façon de faire. Pour reprendre l’expression de Jorion, quels sont les dérapages possibles lorsque l’économie n’est pas consciente d’elle-même ? Dans l’idée d’une constitution économique et pour l’exemple qui nous occupe, à quel moment faut-il arrêter de réduire la variété pour ne pas tomber sous la coupe d’une transformation close (ça fait toujours chic).

    Un dernier mot, vous avez dans votre article « attirez l’attention sur congruence nécessaire entre stabilité prévisibilité des structures économiques comme condition nécessaire au développement durable. »

    Voici une question que je me pose, disposons-nous d’autres modèles pour penser la stabilité d’un système que les trois suivant ?

    – La forme cyclique: « le retour du même », « la loi »…
    – L’exponentielle: « à la fin du cycle je récupère mes billes et même plus »,
    – La variété nécessaire: « il faut de tout pour faire un monde ».

    Si vous voyez une autre structure fondamentale permettant de penser l’avenir en terme de stabilité, je vous remercie de bien vouloir prendre le temps de m’en informer

    En principe le dernier est récursif sur l’ensemble et les trois modèles fonctionnent en même temps. Mais lorsque l’un domine, comme en ce moment, lorsque l’exponentielle du profit prend le devant comme figure de l’avenir : le jeu se casse la figure.

    §

    Si je me résume, les accords de fourniture à long terme sont certainement une mesure conjoncturelle très utile permettant de stabiliser provisoirement certaines situations, mais relèvent de la simple mise à jour.

    De la même façon, je rêve de stabiliser Nikko autour d’une gamme de prise interrupteur, etc. invariante « Eternum ». J’imagine un « monopsone collectif », constitué par d’adhésion automatique lors de l’achat à une coopérative, laquelle en cas de défaillance de la part de Nikko deviendrait (par contrat initial lié à la gamme Eternum) automatiquement propriétaire des brevets des machines, etc. (la fin de l’histoire c’est que le recyclage parcimonieux des interrupteurs est tellement bien au point que l’on décide de stopper la production (après avoir constitué quelques stocks), cinq cent ans plus tard les machines sont rouillées et plus personne ne sait s’en servir – oubli de la routine, carence de régulation forme cyclique).

    Toute collection de pratiques alternative de ce genre, serait, à mon avis, autant livrée aux errances que le système actuel ; il y aurait seulement seulement besoin de temps à autre d’un « aggiornamento ». Une constitution à l’inverse, vise, selon mon voeu un horizon de stabilité beaucoup plus étendu, et reste ouvert à toute pratique permettant d’adapter des modes d’organisation permettant de survivre dans un monde clos. Pour cela, le système change de phase, il faudrait établir quelques principes évitant au mieux de nous lancer dans des aventures risquant de faire péter la boule, avant d’avoir le temps d’écrire une seconde constitution…

    Je vous quitte, car dans les jours qui suivent j’ai vingt interrupteurs à placer… mais c’est la dernière fois!

    Au vrai plaisir de vous lire, cordialement.

    JLM

  13. Jean-Paul Vignal

    Merci beaucoup pour cet exposé qui me permet de mieux mesurer les limites de mes petites hypothèses de coin de table. Leurs faiblesses et leurs contradictions viennent en partie de mon point de départ ; ma spécialité est la prévision technologique, et j’ai commencé en fait à m’intéresser à ces questions quand un client m’a demandé quelles pourraient être, à mon avis, les conditions d’une transition vers des modèles de fonctionnement plus durables et leur impact sur son secteur d’activité. J’ai alors pu constater que l’essentiel des freins n’etait pas de nature technique, mais plutôt de nature « politique » : les pouvoirs publics ayant sacrifié tout pouvoir d’orientation à la recherche de la maximisation des profits à court terme, – y compris dans leur propre fonctionnement ce qui est paradoxal quand on pense à l’inefficacité opérationnelle de la redistribution incitative administrative des impôts par rapport au simple crédit d’impôt-, il n’est plus possible de financer quelque chose qui ne rapporte pas demain.

    Le jeu est d’autant plus biaisé que les hedge funds ont montré que l’on pouvait obtenir des retours pharamineux sur de la trésorerie, ce qui a poussé certains groupes industriels à se rendre liquides en vendant leurs actifs et en sous traitant tout ce qui pouvait l’être, et même parfois plus, comme leur propre stratégie. Parler aux décideurs de ces groupes de rentabilité à 20 ans, – qui ne sont pas rares dans les activités durables comme les infrastructures agricoles, par exemple -, tient de l’inconscience absolue. Incidemment, on arrive ainsi à une situation plutôt paradoxale : pour gagner plus tout de suite, on n’applique pas globalement à la survie de l’espèce le fameux principe de précaution qu’on invoque à chaque instant par ailleurs pour freiner des avancées scientifiques nécessaires, mais dont on redoute les conséquences potentielles parce que chacun réalise « qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion » depuis que la morale du profit financier maximal à court terme a remplacé toute forme d’éthique, ou presque.

    Dans ce contexte, je suis bien entendu d’accord avec vous sur le fond: il ne s’agit pas de bricoler une mise à jour qui permette à Citibank et a ses consoeurs de reprendre leur petit bonhomme de chemin dans 3 a 6 mois, mais de jeter les bases d’un système qui puisse résister au temps en créant les conditions de l’émergence d’une société fondée sur l’exploitation de flux durables et non plus sur le pillage à courte vue de réserves éphémères. Simplement, une bonne trentaine d’années de navigation à contre-courant des idées reçues et des recettes qui ont fait leurs preuves m’ont persuadé que quelque soit l’ampleur des changements à introduire, l’aggiornamento en douceur et ses petites et grandes compromissions est la bonne méthode à partir du moment où l’on s’est bien fixé le cap, et donné les moyens de le tenir sur la distance.

    Vous avez raison de dire qu’il faut fixer ce cap à au moins 300 ans. Dans cette hypothèse a long terme, je crois qu’il est faut introduire dans le cadre des références utilisées une donnée dont personne n’aime trop parler mais qui est essentielle, et qui devrait vous intéresser si vous aimez la science-fiction: les progrès de l’intelligence artificielle et de l’automatisation étant ce qu’ils sont, quel est l’avenir du travail, et comment vivra t’on quand les automates auront remplacés l’essentiel des salariés comme les ordinateurs ont déjà remplacé l’encadrement intermédiaire dans la plupart des sociétés raisonnablement gérées ? Il serait dommage que ce soit une intelligence artificielle devenue autonome qui reprenne cette réflexion à son compte, comme le suggèrent certains chercheurs tels que Ian Pearson, qui redoutent une disparition d’Homo Sapiens, fut-il devenu Homo Sapiens Optimus grâce aux progrès des biotechnologies et des nanotechnologies, au profit de cette forme artificielle d’intelligence. Je ne partage pas ce pessimisme, et je ne vois pas un futur dans lequel des mutants humains seraient relégués sous terre comme des taupes par des « machines » soucieuses de s’accaparer toute l’énergie solaire disponible pour leur propres besoins. La technologie n’est jusqu’à présent que l’expression des possibilités et de la volonté de ses inspirateurs, de ses créateurs et de ses utilisateurs. Il est probable qu’elle restera soumise a cette volonté. Il faut simplement changer de priorité et faire en sorte que la recherche de profit à court terme n’en soit pas l’unique expression de comme c’est le cas actuellement, sinon notre biosphère risque fort de se transformer rapidement en décharge. Plus sérieusement, l’hypothèse la plus vraisemblable si l’on s’en tient aux tendances actuelles serait une évolution de type Californien, qui voit une augmentation massive du nombre d’emplois déqualifiés, et l’émergence d’un petit groupe de personnes (entrepreneurs, cadres supérieurs, concepteurs de biens et services nouveaux…) hautement rémunéreés.

    L’organisation en réseaux de supply chains, – qui n’est jamais que la reprise de l’organisation du monde vivant, avec ses prédateurs, ses parasites, ses ouvriers et ses victimes -, n’est peut-être pas la solution idéale, mais elle me semble la plus apte à garantir une certaine autonomie à chacun. Tout dépend de la façon dont elles sont organisées.

    On peut concevoir des systèmes hiérarchisés, avec un donneur d’ordre et des « esclaves ». C’est la supply chain version industrie automobile et elle ne me plait évidemment pas trop.

    On peut aussi concevoir des systèmes auto-organisés dans lequel le pouvoir s’exerce au niveau du terrain dans le cadre d’une charte admise par tous, et collégialement quand le sort de la Chaîne est en jeu. Un modèle de ce type de fonctionnement est la Chaordique (Cf. le site web “Chaordic Commons”), un concept inventé par Dee Hock, le créateur de Visa, qui n’est pas très connu mais me semble mériter l’attention car ses « préceptes » et ses règles de fonctionnement sont effectivement beaucoup plus respectueux des hommes qui y adhèrent que ceux du capitalisme, surtout dans sa version libérale avancée contemporaine. Le système d’exploitation Linux, dans un autre domaine, est, au moins pour le moment, un exemple de la pertinence et de la puissance de ce genre d’organisation pour gérer des taches complexes.

    Je ne pense pas que ces organisations nouvelles puissent voir le jour rapidement. En attendant, si nous voulons trouver des solutions concrètes au financement du passage a des modes de fonctionnement durables, je crois qu’il est essentiel

    – (i) de tourner le plus rapidement possible le dos aux marchés régulés par la spéculation en imaginant des procédures d’échange compatibles avec les lois et usages en vigueur, en attendant mieux. Je serais très surpris qu’il ne se trouve pas d’assureurs pour garantir des achats a termes si les deux parties sont des acteurs réels maîtrisant bien leur métier. C’est la seule façon de garantir aux financeurs que les entreprises seront capables de générer les cash-flow dont elles auront besoin pour financer les « vrais » investissement durables, quand auront été épuisées les possibilités des bricolages qu’offrent les économies de matière et d’énergie que l’on peut faire sans remettre en cause les technologies en place actuellement

    (ii) de monter des opérations de démonstration d’investissement dans des activités durables, dans laquelle les utilisateurs seraient aussi investisseuses. J’ai vécu une expérience de ce type dans le domaine des télécommunications. Elle n’a pas très bien fonctionné parce que le risque technique avait été mal évalué, mais les investisseurs/futurs utilisateurs avaient été initialement séduits par cette structure qui leur proposait un retour en nature au quotidien, pour partie défiscalisé sous forme d’une réduction tarifaire tenant compte de leur investissement initial. Les principe est transférable à de nombreux autres secteurs, et pourrait, par exemple, servir initialement pour le montage de partenariat public/privé pour le financement et l’exploitation d’infrastructures d’intérêt collectif.

    Au plaisir réciproque de vous lire !

  14. JLM

    Un édito du journal belge (Le Soir) : a pour titre « Bourse : Et si on changeait de modèle ? » invite à la création de services financiers durables, lesquels comme le rappelait, J-P. Vignal, sont une condition nécessaire au développement durable.

    Les réactions ne sont pas moins intéressantes, certaines indiquent que d’ici à l’application d’une constitution économique le chemin sera long !
    §
    J’ai précédemment attaqué « bille en tête » en lançant le terme « d’aggiornamento », lequel relativement à une refondation prend (dans mon esprit) une connotation négative. À l’écoute de J-P. Vignal, il m’apparaît clairement qu’à la condition de disposer d’une constitution permettant de « tenir fermement le cap », nous pourrions envisager une longue période de transition pour laquelle toute une série de pratiques convergentes à une refondation, pourrait être envisagées dès maintenant.

    Paul Jorion, de façon maîtrisée, nous a parfois fait part de son indignation ; je crois pour ma part que sans remettre en cause la nécessité de mesures transitoires visant à asseoir une refondation de l’économie, nous ne devons pas oublier de rappeler qu’aujourd’hui déjà nous disposons d’outils pour lutter contre l’escroquerie pure et simple. Il serait utile que quelques juristes réexaminent « l’affaire du subprime de l’origine à nos jours » afin d’évaluer ce que la simple application des lois eut muselé des développements les plus dramatiques. Après tout, nous ne pouvions pas dire que « nous ne pouvions pas savoir ».

    Je vois donc trois ordres d’appel au peuple :

    Rappel des lois

    Mise à jour par de nouvelles pratiques

    Élaboration d’une constitution.

    Comme le montre l’expérience de J-P. Vignal, un vivier de modèles économiques alternatifs, nourri d’expérience, est déjà en place et depuis longtemps. Par ailleurs, nous voyons sous nos yeux ébahis se constituer un réseau citoyen « grassroots » d’ampleur mondiale. Les conditions semblent réunies pour que la formule de Jorion d’une économie consciente d’elle-même prenne corps. De la flamme de révolte qui s’éveille aujourd’hui, nous pouvons au travers d’ateliers collaboratifs faire naître quelques mois et capitaliser pendant des décennies un long mouvement de refondation de l’économie. C’est une occasion à ne pas manquer, car si la stabilisation du monde ne passe pas par l’esprit de tous, il ne restera comme solution que son refroidissement hiérarchisé, « une place pour chaque chose et chaque chose à sa place », mais au service de quelques-uns.

  15. Jean-Paul Vignal

    Je ne pense pas qu’il soit possible d’aller très vite, car même les révolutions les plus brutales et les mieux réussies ont connu de sinistres périodes d’ajustement. Au risque de choquer, je crois aussi que tout n’est pas à rejeter dans le monde actuel, bien au contraire. Le libéralisme par exemple, quand il est mis en oeuvre convenablement, au service et dans le respect de tous, est probablement le meilleur compromis possible entre efficacité collective et liberté individuelle.

    De nombreux spécialistes parlent de réforme comme s’il existait une potion magique qui pouvait instantanément tout remettre à plat. Je crains que ce soit impossible, ne serait-ce que parce qu’une telle solution ne pourrait naître aujourd’hui que d’un ralliement planétaire plus ou moins volontaire aux valeurs occidentales, et porterait donc en elle les germes de sa destruction.

    Indiscutablement, il faut qu’il y ait des « règles de vie » communes, c’est certain, sinon il n’y a pas de dialogue possible, et on peut se préparer au pire. Mais il faut vraisemblablement qu’elles n’impliquent que des valeurs éthiques et morales et des principes de gouvernance globale acceptables par tous, et un strict minimum concernant ce que chacun peut ou doit faire, et comment. Le concept chaordic est un point de départ intéressant pour une réflexion sur ce thème. La Carte Visa qui a servi de base à son élaboration est devenue avec le temps un des « produits » financiers les plus universels, – plus que ne l’est aucune monnaie, même le dollar -, dont tous les émetteurs sont solidaires dans une organisation qui permet à chacun de fonctionner de la façon qui lui convient le mieux, ce qui permet de faire cohabiter tout le monde dans un même réseau, de la plus modeste association jusqu’aux plus grandes banques du monde pour les émetteurs, et du commerçant pékinois à WalMart pour les clients.

    En politique, l’ONU aurait pu être cette plate-forme où l’on recherche les points de convergence qui permettent d’échanger sans problème dans le respect de la culture et de l’histoire de tous les autres participants. Mais une telle option n’a jamais été vraiment disponible dans un contexte ou il y a toujours eu au moins un des acteurs en présence pour revendiquer le statut de « Maître du Monde ». La recherche de valeurs communes s’est donc limitée au mieux à celle d’un compromis « armé » entre les deux grandes puissance de l’après deuxième guerre mondiale, parfois arbitrée par la Chine, mais rarement par l’Europe.

    On était donc loin de développer un outil « proactif » capable de produire de la valeur ajoutée commune, puisqu’il s’agissait au mieux de disposer d’un mode « réactif » d’arbitrage du combat des chefs pour éviter une confrontation militaire directe entre eux. Compte tenu du contexte et de la nature humaine il était difficile pour l’ONU d’être autre chose qu’un forum où s’affrontent en permanence des intérêts divergents., et ce serait faire preuve de beaucoup de naïveté que de croire que soudainement tout le monde va être beau, tout le monde va être gentil du jour au lendemain.

    Il faut pourtant faire quelque chose car à partir du moment ou la globalisation supprime les cloisons pare-feu, il est certain que cette situation de blocage crée des risques importants d’explosion violente. Mon hypothèse est que « l’impérieuse nécessité » de faire le plus rapidement possible la transition vers des modes de fonctionnement plus durables et sans effets dommageables à moyen et long terme sur la biosphère est l’occasion unique de se retrouver sur des valeurs communes. Ce n’est pas par hasard si l’administration américaine actuelle refuse d’adhérer au consensus international émergent : les Etats Unis risquent dans cette affaire de perdre un leadership qu’ils considèrent comme acquis, sinon dû.

    Le débat sur le développement durable n’est donc pas simplement un problème technique, c’est un problème politique : saurons-nous créer sans y être contraints par des drames ou des catastrophes majeurs la solidarité qui seule peut permettre de concevoir une gouvernance responsable et donc durable des affaires du monde ?

    Ma conviction est qu’il faut faire bouger les choses concrètement, sur le terrain, en trouvant le plus rapidement possible des solutions alternatives au tout marché. Le troc existait bien avant le « marché », et il existe encore, même aux Etats-Unis comme le montre une recherche sur Google avec le mot « Barter ». Il se développe meme car les TIC fournissent le moyen technique de créer un village mondial dont le coût d’accès est marginal pour les visiteurs. Certaines échoppes d’E-Bay sont ainsi des lieux de troc. Il y a encore un siècle, il n’était pas rare de payer en partie certains services (médecin, vétérinaire…) ou certains produits (pain, viande…) en nature, pourquoi ne le ferions nous plus, au moins localement ? Il est clair que cela nécessiterait un ajustement au niveau de la fiscalité, mais même dans ce cas, l’échange en nature est possible. Les corvées ont mauvaise réputation, mais c’est une forme de transaction qui peut avoir son intérêt quand on a beaucoup plus de temps que d’argent disponible.

    De même, il serait sans doute utile de revisiter le statut d’organismes tels que les Sociétés d’Intérêt Collectif Agricole. Ce genre de structure pourrait éventuellement permettre à des non-agriculteurs d’investir aux côtés des agriculteurs et de leurs coopératives dans des outils de production ou de transformation des produits agricoles, et de bénéficier en échange d’un accès à ces produits dans des conditions privilégiées. Il faudrait par exemple vérifier que des unités de production de biodiesel montées sur ce modèle pourraient ensuite se regrouper en réseau et passer des accords avec des distributeurs de carburants comme Leclerc ou Carrefour pour offrir à leurs investisseurs partenaires la possibilité de s’approvisionner partout en France à prix spécial grâce à une carte de type Visa.

    Les possibilités ne manquent pas. C’est le lieu de dialogue et d’échange qui pourrait permettre de les concrétiser qui font défaut. Ce site est sans doute un bon endroit pour réfléchir ensemble à la manière de créer un de ces lieux.

    Concernant les sanctions éventuelles contre les abus du système financier, je ne suis pas non plus un expert, mais je sais qu’il existe un ensemble de réglementations assez strictes qui régissent les possibles conflits d’intérêts qui peuvent survenir dans les institutions financières. Il suffirait de les appliquer à la lettre pour que les comportements les plus répréhensibles soient traités comme ils le méritent. Pour maximiser leurs revenus sur transactions, de nombreuses institutions financières ont depuis longtemps pratiqués le jeu dangereux d’être juge et partie, touchant d’une part des commissions pour placer des produits financiers, et en touchant d’autres simultanément pour les avoir vendus à des clients investisseurs qui leur avaient confié leurs fonds en toute innocence. Bien sûr il faut que ce ne soient jamais les mêmes services qui fassent les deux opérations, l’hypocrisie du « Chinese Wall » qui empêcherait, sur le papier comme son nom l’indique, toute communication entre les deux entités ne résiste pas à l’analyse quand on sait que tout le monde, des agents qui font les transactions jusqu à l’institution elle-même, est directement intéressé à ces transactions. Il serait temps de faire au moins cesser ce genre d’abus en faisant quelques exemples bien choisis, comme le font parfois les américains.

  16. Jean-Paul Vignal

    En complément aux quelques pistes que j’ai citées à propos des possibilités immédiates de désintermédiation, il me semble que l’exemple suivant, choisi dans le domaine politique, n’est pas hors de portée.

    J’ai quelquefois entendu parler d’expériences tentées dans certains pays, qui consisteraient à autoriser les citoyens à allouer une fraction minime (5 a 10% au maximum je crois) des impôts qu’ils payent à deux ou trois budgets de leur choix.

    Il me semble que c’est un sain principe de démocratie, car je trouve assez anormal que seuls les contribuables les plus aisés puissent décider du devenir d’une fraction de leurs impôts à travers des mécanismes divers comme les fondations ou le mécénat artistique ou sportif. Ces pratiques sont respectables, – bien que l’on puisse parfois s’interroger sur l’utilité publique réelle de certaines d’entre elles -, mais pourquoi les limiter à la création artistique ou au sport, et aux plus aisés, quand la puissance publique, sachant pouvoir compter sur la peur que provoque la maladie, en appelle par ailleurs sans vergogne à la générosité populaire pour financer des recherches médicales qui devraient de toute évidence être prises en charge par la collectivité, pas par la charité publique.

    Il existe en France une procédure dite de referendum d’initiative populaire, qui se prête finalement assez bien à une technologie comme Internet pour faire bouger les choses, puisqu’il ne faut « que » 500 000 citoyens pour initier la procédure.

    Pourquoi ne pas essayer de proposer un referendum qui imposerait aux collectivités publiques (i) de laisser chaque contribuable décider de la destination de 5% de ses impôts, et (ii), de publier chaque année les postes les plus « populaires » d’une part en nombre de choix, et, d’autre part, en montant collecté.

    Quels qu’ils soient ces résultats seraient intéressants, et pourraient permettre de faire redécouvrir aux citoyens que nous sommes et à nos élus que nos votes sont des délégations de pouvoir, pas des chèques en blanc comme c’est le cas aujourd’hui.

  17. JM Bouquery

    Cher Jean-Paul Yaka. Plus facile d’être candide que voltairien. Délicat de reconnaître que la pertinence de Voltaire nécessite la poigne de Frédéric II ou le mélange hasardeux avec Rousseau sur fond de disette et au long de caniveaux sanglants. D’accord pour le réfé-popu, où dois je signer ?
    Merci de m’avoir connaître ce lieu. jm b

  18. Jean-Paul Vignal

    Well, well, well. Il paraît qu’un proverbe Chinois dit en substance que tous les longs voyages commencent par un petit pas. Il me semble que tout changement commence, de la même façon, par un petit Yaka.

    Aux Etats-Unis, un pays qui est loin d’être parfait, mais qui, à tort ou à raison, peu importe, croit encore qu’il a un destin, ces petits Yaka sont légions et font assez souvent de grands voyages, comme ceux d’Apple, de Microsoft ou de Google pour ne citer que des exemples récents. Pour une raison simple : on y sait que toute nouveauté est potentiellement porteuse d’un avenir dont le contenu ne peut être jugé que sur le terrain et le système est encore assez riche et flexible pour tolérer et même encourager ces expériences.

    Dans notre bonne vieille France rigidifiée à l’excès par la recherche millénaire de privilèges catégoriels de toutes natures, c’est un peu différent. Un Yaka n’est pas un sujet de curiosité et d’expérimentation, mais une épouvantable menace pour des équilibres fragiles fondés sur des droits acquis par définition intouchables. La foule méfiante des critiques, celle–là même qui par ailleurs est prompte à regretter de devoir choisir à chaque élection entre la peste et le cholera, l’accueille donc en général par un ironique (voltairien ?) « çanemarcherajamais » cinglant, élégamment supporté par un argumentaire de haute qualité intellectuelle, faisant au moins référence à une brochette prestigieuse de penseurs en science sociales, en philosophie , en économie, le tout, bien sûr, assaisonné d’un soupçon de principe de précaution, immobilisme oblige …. Peu de Yakas résistent à ces charges aussi brillantes que cyniques, et on en reste la pour la plus tranquille pérennité des systèmes en place.

    Je pense que la technologie aidant, des espaces comme celui-ci peuvent mettre de donner aux gens de bonne volonté, – dont tu fais partie, je le sais bien-, la possibilité de secouer un peu ce cocotier ancestral et de promouvoir concrètement des concepts nouveaux, à commencer par des méthodes de travail en commun nouvelles, qui permettront de mettre en place pas à pas des modèles de développement qui auront quelques réelles chances de durer plus longtemps que l’excitation médiatique d’un Grenelle hollywoodien. « Toujours Candide, Jean-Paul Yaka ? Pour vous servir JM Fovoir…. »

  19. […] Le spectre dans Un spectre hante la finance, mon billet daté du 15 janvier, était celui de la nationalisation. J’évoquais alors « la nationalisation éventuelle de Northern Rock, au cinquième rang des organismes de crédit britanniques, en crise depuis septembre de l’année dernière quand elle eut le triste privilège de la seule panique bancaire qu’ait connu le Royaume–Uni au cours du siècle écoulé. La banque centrale anglaise était intervenue en avançant à la firme 25 milliards de livres, ayant pris l’initiative inédite de garantir la totalité des fonds des déposants, alors que la garantie habituelle ne couvre que la totalité des premières 2.000 livres et 90 % des 33.000 livres suivantes ». […]

  20. […] (*) Pour un nouveau New Deal et Un spectre hante la finance […]

  21. […] Pour amorcer la discussion, le texte qui suit propose une liste non exhaustive de principes et quelques pistes qui sont reprises d’un blog posté sur le site de Paul Jorion. […]

  22. […] cette voie serait cela va sans dire celle de la nationalisation pure et simple – dont je disais il y a un an déjà que même les Américains s’y résoudraient peut–être un […]

  23. […] dans cette voie serait cela va sans dire celle de la nationalisation pure et simple – dont je disais il y a un an déjà que même les Américains s’y résoudraient peut-être un […]

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