Mauvaise journée à la bourse

Les références historiques étaient à l’ordre du jour jeudi sur les marchés boursiers. Le prix à terme du baril de pétrole atteignait en séance 140 $ : du jamais vu ! Le cours de la banque commerciale américaine Citigroup, rétrogradée par un analyste de Goldman Sachs, avait rejoint à la baisse son niveau de 1998. Le CAC 40, ayant perdu 2,43 % en séance se retrouvait à son cours le plus bas de l’année. L’indice Dow Jones perdait 3,03 %, atteignant lui son cours le plus bas depuis septembre 2006 ; le Nasdaq, spécialisé dans les compagnies technologiques, perdait encore davantage, subissant une chute de 3,3 %. L’action de General Motors enregistrait une perte de 10,8 % dans la journée et une perte du tiers de sa valeur au cours du seul mois de juin, ce qui la ramenait à son cours de 1974 ; nombreux sont les analystes qui prévoient désormais une faillite de la marque automobile l’année prochaine. Au même moment, la bourse de New York bruissait à la rumeur d’un prochain dépôt de bilan d’un autre constructeur : Chrysler. Ce mois de juin 2008, avec une dépréciation de 9,4 %, est le pire que la bourse de New York ait connu depuis 1930, à l’époque de la Grande Crise.

Je ne me féliciterai jamais assez d’avoir intitulé mon dernier billet pour 2007 : Mon pronostic pour 2008 : « Falaises de notation » et « falaises de crédit ». Ce qui m’y faisait penser, ce sont les rétrogradations mutuelles des grands établissements financiers : Goldman Sachs rétrogradant Merrill Lynch et Citigroup alors que Wachovia rétrogradait de son côté Goldman Sachs : l’arroseur arrosé ! Ce processus me faisait penser à ces photos que l’on voit de parachutistes en chute libre qui se tiennent la main dans un cercle : ni la photo – ni les sourires – ne révèlent qu’ils tombent ensemble à plus de 100 km à l’heure !

Il est prévu que Citigroup – qui a perdu 6,3 % de sa valeur au cours de la seule journée de jeudi et 50 % de sa valeur au cours des six derniers mois – annonce pour le 2ème trimestre une perte de 8,9 milliards de dollars, somme substantielle qui s’ajoutera aux 44 milliards déjà enregistrés par la banque depuis le début de la crise. La capitalisation de Citigroup ne représente plus aujourd’hui que la moitié de celle de la General Electric. Lehman Brothers dont je n’ai pas fait état depuis quinze jours a lui perdu 8,4 % de sa valeur durant la séance de jeudi : l’histoire d’une longue agonie !

Depuis août dernier, quand la crise des subprimes a débouché sur un tarissement du crédit à l’échelle mondiale, la bourse a servi de refuge pour les fonds fuyant les zones de combat. Mais nul ne se faisait d’illusion : le moment viendrait où elle serait rattrapée et subirait elle aussi les bombardements. Chacun se dit aujourd’hui que ce moment est arrivé. Quand la bourse s’effondre, le problème des fonds à la recherche d’un placement est cependant vite résolu : ils s’envolent en fumée !

Partager

2 réflexions au sujet de « Mauvaise journée à la bourse »

  1. Quand la bourse s’effondre, le problème des fonds à la recherche d’un placement est cependant vite résolu : ils s’envolent en fumée !

    J’ai beaucoup moins de certitude sur ce sujet (me trompe-je ?)

    Quand la bourse s’effondre, certains (qui ont acheté les actions juste avant ou pendant la chute) perdent leurs économies ou leur emprunt : bref, ils perdent du capital.

    Ceux qui furent plus avisés de vendre au bon moment ne perdent rien, et peut être gagnent s’ils ont acheté plus bas.

    A mon sens, la bourse c’est un bilan équilibré, un jeu entre parieurs avec des perdants et des gagnants et seules les introductions et les augmentations de capital sont bénéfiques pour l’économie.

    Mais ceux qui gagnent, ayant récupéré les épargnes de ceux qui perdent, vont devoir trouver de nouveaux placements. Quelle sera la prochaine bulle ou celle existante qui va prendre de l’ampleur ?

    Faudra t-il, pour trouver une « occupation » à ces fonds, détruire quelques « biens réels » afin de devoir ensuite les reconstruire ?

  2. J’aime beaucoup la métaphore des parachutistes en chute libre, qui m’évoque les expériences de pensée d’Einstein… Je suis néanmoins partagé quant à ces 2 hypothèses :

    – Paul = “Quand la bourse s’effondre, le problème des fonds à la recherche d’un placement est cependant vite résolu : ils s’envolent en fumée !”

    – André-Jacques = « Faudra t-il, pour trouver une “occupation” à ces fonds, détruire quelques “biens réels” afin de devoir ensuite les reconstruire ? »

    Il me semble que vous avez tous deux raison. Les fonds les plus « à découvert », notamment les spécialistes du LBO, n’auront pas la latitude pour rebondir. En revanche, les fonds plus « fluides » profiteront de la remarquable versatilité du néolibéralisme, auront à coeur de trouver de nouveaux relais de croissance. Après Internet, l’immobilier. Après l’immobilier, les matières premières et l’énergie. Après les matières premières et l’énergie ?

    Je n’ai pas de propension particulière à me montrer alarmiste, mais la sphère géopolitique bruit de rumeurs de plus en plus insistantes qui ne laissent présager rien de bon. Les récentes manœuvres israéliennes en Méditerrannée, avec une centaine de F-15 et F-16 simulant un raid à 1.500 km de leurs bases, soit exactement la distance qui sépare Israël des sites nucléaires iraniens, sont peut-être passées inaperçues aux yeux du grand public, mais les Etats-majors ont eux parfaitement interprété ce signal.

    Juste comme ça, au passage, une entreprise comme Halliburton (et sa filiale KBR), anciennement dirigée par Dick Cheney, qui est passée du rang de 19ème fournisseur de l’armée américaine en 2002 au 1er en 2003, grâce à de nombreux contrats sans appel d’offres pour l’Irak, qui a également obtenu d’énormes contrats pour la reconstruction de la Nouvelle-Orléans, et bien Halliburton compte dans ses rangs les actionnaires suivants :
    – Capital Research & Management Inc. = 5.7 %
    – FMR Corp. (Fidelity Investments) = 8.1 %
    – Axa = 2,8 %
    – Invesco = 2.6 %

    Regardez ce que cela donne au niveau des cours comparés.

    Quelque chose me dit que si Bechtel était cotée, on observerait la même chose…
    Sont-ce vraiment les fonds qui vont partir en fumée ???

Les commentaires sont fermés.