Pour une réhabilitation de l’avenir… par Jean-Paul Vignal

Dans notre série de billets par des invités, Jean-Paul Vignal.

Pour une réhabilitation de l’avenir…

L’échec relatif des « mesures » de replâtrage prises pour calmer les marchés devrait faire réfléchir, mais, même si beaucoup commencent à comprendre qu’il ne s’agit pas d’un accident conjoncturel mais de la manifestation violente d’un dysfonctionnement fonctionnel, il me semble que peu de gens en tirent toutes les conséquence, car je ne crois pas que remplacer pour plus ou moins longtemps les capitalistes par des fonctionnaires va permettre de sortir de l’impasse.

Je crois plutôt que le problème de fond vient de la perception de plus en plus évidente et perçue de l’incompatibilité absolue entre nos modes de vie et, disons, l’intérêt à long terme de l’espèce. Ce n’est pas la « fin de l’histoire » que nous connaissons, c’est la fin de l’avenir, et c’est infiniment plus grave, parce que les « gens » ordinaires commencent à le « savoir », alors que les élites, qu’elles soient politiques ou économiques persistent à l’ignorer, par intérêt pour certains, et par manque d’imagination pour les autres.

Le fonctionnement erratique des soi disant « marchés » est une bonne synthèse/illustration des contradictions qui minent nos sociétés. Ce n’est pas le marché des pères fondateurs du libéralisme qui est en cause. Ce marché là est à l’économie ce que la démocratie est à la politique. C’est le mécanisme de formation des prix qui l’est. Un jour, quand je travaillais à New York au Crédit Agricole, un courtier m’a parié en fin de matinée qu’il se serait payé une Porsche avant la clôture. Ce jour là, le prix des « objets » sur lesquels il a réalisé ses marges n’avait rien à voir avec la réalité d’une quelconque valeur d’usage de ces objets, mais simplement avec son envie d’avoir une Porsche. Je ne dis pas que le marché fonctionne toujours exactement de cette façon, mais c’est quand même l’esprit : comme le dit très bien G. Soros, ce sont les hedgers qui font les prix au gré de leurs fantasmes, beaucoup plus que l’offre et la demande. C’est cela qu’il faut arrêter « hic et nunc ».

L’autre élément important à prendre en compte est la notion d’actualisation. N’ayant plus d’avenir, nous évaluons la valeur d’un projet en fonction de sa valeur actuelle nette. Qu’est que cela veut dire ? Et bien simplement que même avec des taux d’actualisation modérés, le futur (30 à 50 ans, sans même parler de siècle) vaut zéro. Donc exit le futur. Or on devrait faire exactement l’inverse : si ce que nous faisons aujourd’hui dégrade trop l’air, l’eau et les sols, le cout n’est pas zéro, mais il est infini, pas pour la vie sur terre, qui s’en remettra, mais pour l’espèce humaine. Cette problématique, je crois, est au cœur des projets actuels sur l’eau, car, par exemple on attache aujourd’hui plus d’importance a la solvabilité des acheteurs d’eau et à la rentabilité des capitaux investis qu’à toute autre considération.

Je crois que le « yakafokon » du moment est donc plutôt simple :

– supprimer la régulation du marché par la spéculation pour la remplacer par des mécanismes « auto-stables » de type assurance

– mettre un taux d’actualisation de zéro sur les projets qui conservent les ressources naturelles et un taux infini sur ceux qui les détériorent

Et plutôt que de mettre plus d’état dans l’économie, il me semble que l’on devrait réfléchir à la façon de repenser le rôle de l’Etat pour :

– créer et gérer les infrastructures nécessaires à l’économie (éducation, recherche fondamentale, infrastructure de communications et de transports pour les personnes, l’information, l’énergie, les biens…)

– gérer la monnaie

– faire respecter les règles qui garantissent une réelle fluidité du marché

– garantir que les intérêts privés ne sont pas en contradiction avec les intérêts de la collectivité de façon préventive grâce à une planification souple « du bas vers le haut, et de façon curative par une application stricte des législations sociales, des règles de la concurrence et de la protection des ressources naturelles, etc….

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34 réflexions au sujet de « Pour une réhabilitation de l’avenir… par Jean-Paul Vignal »

  1. Je porte à votre attention l’article suivant émanant de europesolidaire.eu et repris sur dedefensa.org aujourd’hui :

    Manifeste Anti-crise
    Par Jean Paul Baquiast et Christophe Jacquemin, samedi 1er novembre 2008

    Comment faire face en profondeur à une crise systémique mondiale ?

    Un certain nombre des lecteurs nous ont suggéré de mettre à disposition sur le site une suite de recommandations visant à pallier la probable aggravation prochaine de l’actuelle crise financière et économique. Nous le faisons bien volontiers, et invitons ceux qui partagent ce diagnostic et ces propositions à les soutenir. Ce document a été rédigé par les deux signataires, en coopération avec Joseph Leddet, éditeur de La Gazette des Changes.

    Préambule

    Nous faisons l’hypothèse que la crise financière et économique mondiale résistera aux mesures actuellement mises en œuvre par les Etats ou par les institutions internationales. Il est même vraisemblable qu’elle s’aggravera. Elle est en effet, selon l’expression désormais obligée, « systémique » en ce sens qu’elle révèle le double vice des systèmes politiques actuels:

    – Penser que le libéralisme et la concurrence peuvent apporter les meilleures solutions possibles aux problèmes de l’avenir du monde, alors que les régulations publiques n’apportent que des maux.

    – Penser que la croissance des consommations publiques et privées peut se poursuivre indéfiniment, alors que les ressources sont limitées et que les déchets s’accumulent.

    Nous estimons qu’il est bon, dans une large mesure et malgré les dégâts, que cette crise résiste aux mesures actuellement décidées pour la combattre, car elle obligera les Etats à s’attaquer aux deux causes majeures de la crise, résumées ci-dessus : libéralisme et croissance des consommations.

    L’Europe peut et doit proposer au reste du monde des politiques s’en prenant directement à ces deux causes de la crise. Pendant tout le 20e siècle elle a expérimenté concrètement, face à la rareté, des politiques de régulation publique et de restriction des consommations. Ces politiques n’ont pas laissé de bons souvenirs dans les esprits. Mais avec le recul, on s’aperçoit qu’avec quelques adaptations, elles pourraient aujourd’hui offrir de bonnes solutions à la crise mondiale.

    Les grands pays européens, Grande Bretagne, France et Allemagne, notamment, ont gardé des traditions d’interventionnisme public certes différentes, mais qui pourraient fournir un arsenal de mesures à la hauteur des enjeux actuels.

    Les partis de gouvernement, dans ces pays comme dans les autres pays européens, parmi lesquels il faut nécessairement comprendre la Russie, devraient donc s’entendre au plus vite sur un programme minimum d’interventions dont l’Union européenne se ferait le champion, en son sein comme dans le reste du monde.

    Pourquoi dans le reste du monde ? Parce qu’avec la crise économique et financière et l’affaiblissement de la puissance américaine, la planète sera dans les mois qui viennent parcourue de tensions violentes. Or une Eurasie puissante et exemplaire pourra contribuer à les calmer, notamment en soutenant politiquement et financièrement toutes initiatives stratégiques utiles provenant de la communauté internationale.

    Les politiques que l’Europe devrait, en s’appuyant sur son expérience, proposer au monde dans les mois prochains, sinon les semaines prochaines, reposeraient sur deux piliers :

    Le pilier financier et économique

    Celui-ci comporterait cinq grands volets complémentaires :

    1. La prise de contrôle par les Etats, temporaire ou durable, pour un euro symbolique, de l’ensemble du système des banques et assurances européennes, avec entrée d’administrateurs publics au conseil des établissements et la remise en service obligée du marché des prêts interbancaires. Ceci sans un euro pris aux contribuables (à la différence du dispendieux et irréaliste plan français actuel de 360 milliards), l’objectif étant de rétablir – de gré ou de force – la confiance naturelle entre banques afin de leur permettre de rejouer dans les plus brefs délais leur rôle normal de soutien à l’économie. Rappelons que le rôle des banques est de collecter des épargnes pour financer des investissements productifs et non pour spéculer.

    2. La mobilisation du quart des épargnes nationales (soit environ 1000 milliards pour la seule nation française), et ce via des incitations fiscales fortes, dans des fonds publics d’intervention offensifs et pas seulement défensifs, destinés à financer de nouveaux investissements faisant appel aux diverses technologies émergentes (exemple : électricité verte, automobile électrique, maisons « passives », agriculture durable…. ). L’Europe dispose en effet des cerveaux et des bases industrielles lui permettant de montrer la voie aux autres puissances dans ces domaines, à la fois pour la recherche, la production et la vente de produits et services innovants. Ce serait une illusion de croire que les fonds souverains non européens pourraient financer de tels investissements sans prendre en gage l’ensemble des sociétés européennes.

    3. L’entrée de capitaux publics, avec au moins une minorité de blocage, dans toutes les entreprises stratégiques existantes et aussi dans les entreprises nouvellement créées appartenant aux secteurs émergents jugés politiquement stratégiques. Parallèlement, on développera de nouveaux services publics dans les domaines où les initiatives individuelles n’ont pas la puissance ou l’indépendance nécessaires.

    4. La mise en place d’une protection sociale minimale toute la vie durant, garantie aux travailleurs et citoyens européens.

    5. La mise en oeuvre de réglementations protectrices de ces nouvelles activités, et ceci tout le temps qu’il sera nécessaire, sur le modèle de l’Etat régalien dit aussi néo-colbertiste.

    Le pilier de la décroissance « raisonnée »

    Il s’agirait de prendre enfin acte que l’avenir de la planète exige de toute urgence la décroissance radicale de toutes les activités destructrices des équilibres climatiques et de la biodiversité. Celle-ci serait compensée, et au-delà, par une croissance des activités intellectuelles et culturelles sans impacts sur l’environnement. Trois grands domaines d’action devraient être envisagés :

    1. Favoriser la décroissance des productions et consommations destructrices : par exemple abandon du pétrole et des technologies sociétales associées, automobile et modes d’urbanisation sous leur formes actuelles…et assurer la reconversion à long terme des forces productives et des habitudes de consommation vers des activités non destructrices.

    2. Donner la priorité aux équipements et aux politiques de recherche scientifique, d’enseignement supérieur et plus généralement d’éducation.

    3. Encourager le développement d’ « industries culturelles » libérées des pressions en faveur des consommations commerciales. Il devrait s’agir en particulier de structures décentralisées et participatives favorisant l’investissement intellectuel, la création et l’auto-formation à travers les réseaux numériques.

    La planification souple

    Ajoutons que le minimum de coordination de ces diverses politiques nécessitera d’associer les Etats et les institutions européennes aux différentes catégories d’intérêts représentant les sociétés dans leur ensemble. Il faudra le faire au sein de structures de planification souple (dites par certains « à la française ») dans tous les domaines stratégiques, opérant en coordination avec les institutions politiques. L’organisation sur le long terme de la décroissance des activités destructrices et leur remplacement par de nouvelles croissances non destructrices sera l’une des priorités de ces structures de planification.

  2. @ Le SurHumain :
    Très intéressant tout ça… mais l’article de Paul est plus intéressant encore, et de surcroît, nous sommes ses hôtes ici.
    Aussi, ce serait sympa de ne pas assommer son article par celui que vous donnez. Un simple lien aurait été plus intelligent, plus courtois… et plus efficace pour votre cause.

  3. Un autre bon texte

    http://www.fondation-copernic.org/spip.php?article188

    « Crise et issue de crise »
    par Roger Martelli, co-président de la Fondation Copernic
    …le capitalisme n’est pas seulement un système économique, une manière de produire ; c’est une façon d’agencer le jeu des acteurs économiques et leur environnement global, une conception de ce qui « fait société ».
    …quatre grandes pistes de transformation.
    1. réorganisation profonde de notre modèle de développement.
    2. refonder les finalités et les méthodes de la régulation
    3. les modalités mêmes de la décision économique et de la décision en matière d’engagement public.
    4. organisations internationales

  4. Aujourd’hui il y réellement un problème de projection dans l’avenir mais ce n’est pas à mon sentiment que pour les élites. La majorité pense que pour bien vivre ce qu’il faut est disponible ou existant mais que la seule chose qui les empêche d’y avoir accès est l’argent. Donc ils s’imaginent avec plus d’argent. Evidemment cela au niveau d’un individu n’est pas gênant mais si tous les français avaient un yacht de 80 mètres et un jet privé tout le monde voit bien que c’est stupide ! Pour autant l’individu va tant qu’il peut dans ce sens ou se résigne en reportant souvent sur ses enfants les mêmes espoirs en leur apprenant d’abord à consommer puis de faire le nécessaire dans la limite des lois mais pas de la morale pour obtenir cela. La morale disparait alors, évidemment pas la morale puritaine, mais il n’y a plus de conscience et les projections dans l’avenir ne sont pas toujours très saines. On est allé sur la lune pour trouver un désert plus invivable que le pire des déserts sur terre et sur Mars cela est à priori pareil. Chacun se dit alors qu’il doit « profiter ».

    Profiter à pour sens de prendre un intérêt et ce mot revient aujourd’hui par exemple à la télévision française en tout cas plusieurs fois par jour, souvent dans les journaux télévisés et sous-entend quand même la manière dont les gens voient leur vie. Ils se disent qu’ils peuvent peu de chose à titre individuel parmi la multitude et la seule chose à faire c’est bien de prendre le maximum à chaque instant. Cependant l’intérêt est hélas pris quelque part et en particulier sur l’avenir ! On peut aussi parler de politique mais pour nous aujourd’hui il est admis que nos systèmes de démocratie sont optimum et qu’on ne peut pas faire mieux alors que les autres systèmes se sont avérés encore plus mauvais. On fait des tentatives curieuses telles que la démocratie participative où l’avis de chacun est digne d’intérêt ce qui est juste mais où le poids de chaque avis est aussi considéré comme égal indépendamment des compétences ou des connaissances de chacun ce qui évidemment peut vite conduire à mettre des gens incompétents à des postes importants ce qui est évidemment dangereux. On peut donner comme dans la démocratie grecque le droit de s’exprimer à chacun mais cela ne doit pas vouloir dire que ce que dit n’importe qui à la même valeur ! On n’a donc du mal à voir comment se projeter vers quelque chose de ‘mieux’ de ce coté là et on risque vite avec des valeurs mal comprises et non pesées de se retrouver vers pire. La projection de chacun était possible avant et une des seules projections restantes sont les enfants. Mais les parents sont souvent assez schizophrènes dans ce qu’ils espèrent pour eux : Souvent ils se projettent en eux pour se prouver à eux même qu’une reproduction plus ou moins fidèle est capable de réussir là où eux ont échoué, cependant globalement on empiète aujourd’hui globalement sur leur avenir. Les parents rêvent souvent plus d’une réussite par chance ou hasard que par une réelle réussite personnelle de l’enfant.

    Et finalement on revient a un bête instinct de survie individuelle ou par reproduction qui contrairement à l’animal, qui lui n’est plus en concurrence avec nous, créé une concurrence entre nous. Si nos enfants réussissent en fait se sera au détriment de ceux des autres ! En effet on voit la limite de ce qui est disponible en tant que ressources physiques (en ignorant et méprisant complètement l’aspect intellectuel ou philosophique) et on ne peut pas « l’offrir » à dix milliards d’individus pourtant c’est bien ici en tout cas ce que l’on nous demande de faire socialement. Pourtant on peut aussi s’intéresser au bien être intellectuel des gens et à la création qui n’est pas basée sur des ressources physiques ou anecdotiquement. Le travail qui par le passé était un moyen d’améliorer la vie de tous devient souvent un abrutissement individuel pour créer encore plus de biens de consommations alors que ceux que nous créons aujourd’hui sont pour la plupart jetables à court termes (5 ans). Quand mes grands parents achetaient une armoire s’était pour 100 ans maintenant on redécore idéalement sa maison le plus souvent possible ! A la place de créer bien et durable on crée des sortes de gros jouets telle la voiture pour tout le monde. Même dans le domaine de l’art aujourd’hui on crée des jouets gigantesques parce que l’homme ne sait plus quoi acheter et confond l’argent avec la richesse réelle et du coup on tue notre avenir, en se réconfortant dans ses rêves d’enfant (« RoseBud »).

    Je ne sais pas si Dieu existe et je me garde mon avis sur son existence mais si notre avenir était Dieu et qu’il fallait le créer pour nous créer nous même s’il n’existe pas à l’instant ? Voilà au moins un but que l’on n’est pas près d’atteindre et qui au moins pourrait donner une direction en essayant d’apprendre et de comprendre plus et non pas de s’abrutir dans un pseudo confort matériel idéalisé. Je parle ici de Dieu pas dans le sens d’une personne ou d’une chose mais bien de permettre d’arriver à une justice plus universelle et un mieux vivre partagé et non pas de l’abrutissement de la multitude espérant être tirée au sort pour profiter des autres. Pour ma part je crois que le pouvoir des hommes est dans leur savoir et non dans leur vouloir et encore moins par la croyance du groupe sociologique auquel on appartient et qui reste souvent aujourd’hui la base des inégalités sociale alors que celles ci peuvent exister mais qu’elle doivent être basée sur la réalité de ce que la personne apporte à la société tout en permettant à tous d’y vivre décemment. Pour ce qui est de l’argent il n’a d’intérêt que comme moyen et il faut laisser ceux qui ont la plus grande capacité à améliorer le bien être global le gérer (pas le posséder forcément) suivant leur compétence. On peut cependant créer avec peu de chose surtout dans le domaine des idées et de la création, l’art ne se rapporte pas qu’à des choses matérielles et pourtant a souvent proposé une vision d’avenir au monde…

  5. « Ce n’est pas le marché des pères fondateurs du libéralisme qui est en cause. Ce marché là est à l’économie ce que la démocratie est à la politique» écrivez-vous. Je me limiterai à commenter cette phrase, n’étant qualifié que pour dire des bêtises en matière de monnaie.

    Ce par quoi vous dévoilez que vous restez un défenseur, en tout cas d’un certain libéralisme. Il ne reste dans ce cas qu’à définir plus précisément la part qui peut continuer à relever de l’initiative de la finance et ce qui ne devrait plus jamais échapper au contrôle de la société. (Et toute forme d’état ou de gouvernement ne me semble pas constituer une garantie efficace tant que le lobbying n’aura pas été éliminé aux States comme dans l’UE.)

    Le typhon libéral qui n’a pas arrêté de gonfler depuis quelques dizaines d’années s’est maintenant attaqué à des domaines qui auraient du relever strictement de la politique et de la décision démocratique, et être énumérés (par exemple dans une constitution) comme des domaines d’intérêt public national et planétaire rigoureusement protégés parce que faisant partie du droit légitime de tout citoyen qui paie des impôts:

    – La sécurité et la pérennité de l’approvisionnement énergétique, avec la prise compte des effets sur l’environnement (la Silicon Valley plongée dans l’obscurité par l’avidité et les manoeuvres des dirigeants d’Enron est suffisamment éloquente pour illustrer ça). Sans prendre en compte la violation des souverainetés nationales en l’absence d’accords internationaux disctuués publiquement et approuvés démocratiquement.

    – L’éducation, l’enseignement, la formation professionnelle: nous en arrivons en Europe à considérer que tout enseignement a pour but unique de fournir de la main d’œuvre qualifiée immédiatement utilisable (mais uniquement le temps que la spécialité élue reste d’actualité) ; il fut un temps plus raisonnable où l’éducation était plus généraliste, axée sur la capacité d’adaptation, et où la spécialisation localement ou temporairement désirée est à charge des patrons. Il me semble qu’on doit absolument contrecarrer l’emprise des sociétés financières ou productrices de déterminer le contenu de l’enseignement et bien sûr de leur refuser toute intervention dans la gestion de ce domaine.

    – Le droit de respirer : après la mise en bouteilles de cette denrée devenue rare (l’eau potable), serons-nous un jour obligés d’acheter aussi de l’air pur en bonbonne ?

    – Le droit de se soigner et de manger (sain si possible) : les brevets sur le « matériel » vivant volé à l‘humanité comme ceux sur le génome humain, les plantes médicinales ou nutritives – comme le haricot mexicain-, ou l’imposition de méthodes de culture ou d’élevage intensives, coûteuses, inefficaces, polluantes et générant des dépendances catastrophiques vis-à-vis de multinationales opérant en collusion avec des organismes de prêts : tous irresponsables.

    – Une sécurité sociale efficace basée sur la solidarité, et non sur la captation d’économies livrées à la voracité et l’inconscience de joueurs de poker, de façon à adoucir la maladie, la perte d’emploi et préserver la dignité de ceux qui ont cotisé pendant leur vie de labeur pour assurer à leurs prédécesseurs une vieillesse digne.

    – Les infrastructures de transports en commun (toujours plus inefficaces et dangereux à mesure de la progression de leur privatisation).

    – La poste, la téléphonie et l’Internet : tous devenant plus coûteux et moins performants à mesure que leur gestion est confiée au privé.

    – Une sécurité publique et une défense qui ne soient plus confiées à des sociétés privées de gardiennage ou à des sociétés de mercenaires (Irak), ni à l’invasion des caméras de surveillance aussi menaçantes sur le plan du respect de la vie privée que peu efficaces sur le plan de la sécurité mais qui font bien le profit de quelques sociétés privées.

    Nous assistons donc à un recul généralisé de la démocratie et à la difficulté de remettre en chantier des projets de société durable et responsable, ceci dans les domaines les plus basiques de la vie humaine. Le discours libéral entendu depuis quelques dizaines d’années sur l’état-providence dépensier, gaspilleur et favorisant une multitude de fonctionnaires fainéants vient de révéler le but ultime de la manœuvre : permettre la privatisation d’infrastructures réellement efficaces, crées et entretenues par les états pour le bien de tous, et y maximiser le profit de quelques uns par la réduction du personnel, par la suppression de l’offre surtout dans les créneaux locaux les moins rentables, par de dangereuses économies sur l’entretien de l’outil et par la réduction des investissements… jusqu’à ce nous devions aussi payer bientôt, après avoir sauvé les banques, pour récupérer des outils dévastés pour le profit maximal de quelques indifférents au bien-être de nos sociétés : privatiser les bénéfices, socialiser les pertes … encore une fois !

    Et nous en serions presque à regretter les anciens capitalistes producteurs de vrais produits libérateurs et utiles à la société, tant le capitalisme autrefois producteur a pris goût à se complaire dans les casinos de la finance sophistiquée jusqu’à devenir non plus seulement l’ennemi d’une classe mais de toute une civilisation.

  6. Au-delà d’une étape du cycle économique, nous vivons à n’en pas douter une étape importante du cycle sociologique : le modèle d’escompte exagéré de l’avenir a trouvé sa limite (à force …), comme à la fin du second empire, comme à la fin des années 20, comme à la fin des années 60.

    Les idées qui émergent ici, auxquelles on ne peut que souscrire, participent du déroulé naturel qui suit ce type de crise : un retour vers l’humanisme, le partage, la responsabilité vis-à-vis de la nature et de la civilisation.

    Pourquoi ces principes vertueux ont-ils été délaissés ces 25 dernières années au profit de l’appât du gain, de l’utilisation excessive des ressources naturelles, de l’accroissement de la fracture sociale ?

    Nous sommes tous responsables de notre destin individuel et collectif : c’est à l’origine des maux qu’il faut agir.

  7. Etienne dit :
    « Pourquoi ces principes vertueux ont-ils été délaissés ces 25 dernières années au profit de l’appât du gain, de l’utilisation excessive des ressources naturelles, de l’accroissement de la fracture sociale ? »

    Ca c’est une drôle de question … à laquelle je vais apporter mon petit bout de réponse.

    Parce que les gens ont été éduqués ainsi !!
    J’ai commencé à travailler il y a environ 25 ans. Après mes petites études, j’ai cherché du travail, en ai trouvé et ai perçu mes premiers salaires. N’étant ni riche ni flambeur, j’ai mis quelques sous de côté avant de quitter le nid familial mais, quand même, je me suis offert ma première voiture … à crédit …
    Puis je suis parti vivre ma vie. J’ai loué une petite maison qu’il me fallait meubler. J’ai fait un petit emprunt et j’ai acheté des meubles. Je ne vais pas vous détailler toute ma vie …
    Le dernier stade de mon endettement a été l’achat d’un terrain (avec mes économies !!) et la construction d’une jolie maison pour y vivre agréablement en famille … à crédit, bien entendu …

    Tout cela, pour moi, a été parfaitement normal !! La plupart des gens autour de moi en ont fait de même. Mes parents avaient eux-même fait ainsi …
    J’aurais bien embrasser mon banquier de me permettre ainsi d’améliorer, année après année, mon confort de vie. Sans ma banque, je n’aurais pas pu avoir tout cela …

    Je suis arrivé ici par des chemins détournés : j’ai commencé à voyager sur le net en cherchant à comprendre le problème du réchauffement climatique que, en qualité de chimiste, je trouvais surdimmensionné. Allons, quelques ppm de gaz en plus ou en moins ne pouvait pas influencer à ce point le climat de la planète. Mes études ne m’avaient pas appris cela …
    Mes « voyages » m’ont amené au problème de l’énergie. Le fait que les énergies fossiles, dont l’utilisation massive est à la base de l’explosion démographique de l’humanité, existent en quantité limitée n’a pas été une surprise, mais l’état des réserves raisonnablement exploitables bien … gros choc … le plus gros pour moi …
    Et enfin, je me suis retrouvé à essayer de comprendre les problèmes qui affectent le système monétaire. Le plus ardu pour moi qui n’avait aucune base en économie.

    Ces voyages immobiles, devant mon écran d’ordinateur, ont pas mal remis en question ces 25 dernières années de ma vie … ils ont provoqué beaucoup de questions, de remises en question … de frustrations … et ce n’est pas facile …

    Ce n’est pas facile intellectuellement d’abord, mais encore moins « pratiquement ». Je suis engagé, comme beaucoup, dans une voie dont il est difficile de sortir. Et cette désagréable impression, effectivement, que nous sommes engagés dans une voie qui conduit vers un abîme mais qu’il n’existe aucun carrefour où je puisse bifurquer …

    Cordialement.

  8. Je reviens à ce que je disais. On a vécu mieux que nos parents jusqu’à présent mais pas par augmentation des salaires mais avec une augmentation de notre endettement puisque la majorité ne s’intéressait qu’à l’apparence de richesse passant par sa consommation qui lui donnait son statut social. Comme la richesse augmentait pendant ce temps les plus riches se sont enrichis en prêtant aux pauvres jusqu’à aujourd’hui où la machine s’enraye non pas ce qui pourrait être compréhensible, par une plainte des pauvres, mais bien par celle des riches trouvant qu’elle ne gagne pas assez et n’acceptant pas ses propres risques. Les plus pauvres restent encore attachés à l’image de la richesse et laisse toujours celle ci aux plus riches qui pourront encore rigoler quelques temps ! Le pauvre ne veut pas être riche puisqu’il ne sait pas ce qu’est la richesse il ne veut que vivre comme un riche en imitant ou caricaturant sa consommation.Je suis par contre entièrement d’accord sur le fait que c’est une question d’éducation qui a transmis des valeurs apprises plus par coeur que comprises. Par exemple aujourd’hui la grande majorité vous explique qu’il faut avoir une voiture pour travailler alors que l’on sait (et là c’est appris normalement) que l’on a travaillé 2000 ans sans et que seul une minorité disposait d’un moyen personnel de déplacement.

  9. Jean-Baptiste,

    Ca, c’est tout ramener à l’argent.
    Je vis mieux que mes grand-parents parce qu’on a installé partout l’électricité (ma grand-mère est née dans une maison où l’éclairage était encore des lampes à pétrole) ou le chauffage central (la même m’a raconté comme elle a eu froid certains hivers de sa jeunesse), parce qu’on a construit des routes, des hôpitaux, etc …
    Parce qu’on a formé plus de médecins et mieux compris les maladies et trouvé des remèdes …
    Parce qu’on a inventé l’électronique qui a permis de fabriquer l’ordinateur qui me permet d’apprendre et nous permet de communiquer …

    Et ce ne sont que quelques exemples.

    Je n’ai pas de grosse bagnole et je n’ai pas construit ma maison juste « pour copier les riches » mais parce qu’il est plus agréable de vivre dans cette maison là que dans celle de mes grand-parents. Que quelques-uns sacrifient leurs ressources au profit d’un statut social ne signifie pas que c’est le cas de tous … c’est caricatural !!

    Cordialement.

  10. Vous parlez de l’argent et Paul de l’eau.

    Je réagis, moi le petit Belge que certain d’entre-vous ont passablement critiqué sans savoir. Et je souhaite, par mes écrits ci-dessous, faire comprendre, afin qu’ils apprennent peut-être encore un peu.

    Quand on est soi-même le « produit final » d’une société de consommation, équipé de toutes les prothèses technologiques d’aujourd’hui, vivre plus simplement est impossible. Parce que tout est fait pour vous inciter à « avoir plus » , « avoir mieux » alors que, pour vivre plus simplement, il faudrait aller vers « l’être », c’est-à-dire vers quelque chose qui nous dépasse, nous régule, nous montre un sens. C’est une démarche très différente, qui ne s’inscrit pas du tout dans la logique actuelle.

    Pour moi, « un être humain », c’est quand même un projet énigmatique, qui provient de la nature, mais qui est totalement différent, parce qu’il se relie à une dimension qui transcende cette nature, qu’on appelle « inconnu »,
    « intemporel », « divin » même.

    La technologie a explosé. En soi, elle n’est pas un facteur de progrès humain. Au contraire, elle nous a un peu plus aliénés. Seulement, nous ne pouvons pas nous en passer.

    Autrement dit, on fait fausse route si l’on croit pouvoir aller facilement vers plus de simplicité. Vous pouvez vous amputer de certaines choses, mais tant que vous demeurez dans l’échange avec autrui, vous ne pouvez vous passer ni de la voiture, ni du portable, ni de l’ordinateur.

    Par contre, si vous êtes dans une autre démarche, où vous vous demandez ce qu’est le sens ; ce que vous êtes par rapport à l’univers ; par rapport au temps ; par rapport aux « autres » ; à ce moment-là, vous commencez à vous dépouiller intérieurement, vous marchez vers la simplicité et vous gagnez en puissance.

    Plus vous voulez vous approcher de gens qui vous sont totalement étrangers (tant leurs histoires sont parfois hachées de misères, de ruptures, d’échecs, de refus), plus vous devez arracher de votre tête les schémas de pitié, de compassion, de secours, et toute votre mise en scène de personne généreuse… Or, c’est très difficile. Il est tellement gratifiant de « faire le bien » ou de culpabiliser de ne pas le faire!

    Il faut échapper au narratif et se donner au vécu. C’est la seule manière de rencontrer quelqu’un sans porter de masque (social ou séducteur), la seule possibilité pour qu’il se passe quelque chose de vrai, au péril de vous-même.

    Bref, la simplicité, c’est le dépouillement des schémas mentaux et c’est le plus dur à perdre. Car je peux aussi bien coucher dans un hôtel cinq étoiles que sur une botte de paille comme dans la petit maison dans la prairie. Par contre, être là, écouter, même quand le discours est illogique, bredouillant, et qu’il faut passer des heures pour tirer de petites informations insignifiantes, eh bien, il faut le faire avec attention, parce que l’autre en est digne !!!!!!

    Là, vous vous dépouillez de quelque chose : de votre envie d’aller vite, de contrôler, pour laisser la place à un petit quelque chose de plus qui ne se passe que si vous êtes simple. On entre alors dans une zone dont il est difficile de parler, mais dont vous savez très bien, de l’intérieur, qu’elle est bien. Parce que vous devenez crédible en tant que simple humain. Vous atteignez l’essentiel.

    L’eau, c’est la vie, mais aujourd’hui on ne le sait plus. On ne sait plus rendre grâce, parce qu’on vit en ville, coupés des rythmes de la nature qui ont accompagné les générations pendant des siècles. Les temps de l’Ecclésiaste (j’ai lu les 1000 pages du livre « Les Piliers de la terre » de Ken Follett et le même le nouveau). Du coup, les rites semblent inutiles aussi. Pris dans la logique de la production urbaine, on ne sait même plus s’il fait jour ou nuit. Face à la toute puissance sociale, rendre grâce de l’EAU à qui, à l’État ?

    Trop éloignés de la vie, pris dans nos prothèses, si je bois un verre d’eau, est-ce que je le dois à l’eau de Chaudfontaine, à Perrier ou au bassin d’épuration de ma ville ? En effet, je n’ai pas cherché l’eau au puits, je ne peux plus remercier personne. D’autant plus que je paye mon eau !

    On a été coupés du sens.

    Où allons-nous ? Vers une catastrophe de l’esprit, car on ne peut pas vivre dans l’anomie, dans le stress continuel. C’est une grande souffrance de ne pas comprendre à quoi servent notre naissance, notre vie, notre mort.

    Il n’y a qu’une seule humanité, mais des modes de vie si différents dans ce monde.

    Je reviens donc sur le fossé entre les plus nantis et les plus démunis…

    J’aime la technologie, par facilité, mais quand j’étais petit, on se passait d’ordinateur, de télévision et de surcroît à images numériques,… ça n’était même pas conceptualisé, ça ne pouvait donc pas nous manquer. Faire croire que ce sont des besoins, il a fallu vraiment une grande perversion ! C’est le boulot des publicitaires : vous faire changer de fringues, de voiture…

    Pourtant, nous ne devrions pas, vous ne « devriez » pas « désirer » ça ! Vous pouvez « désirer » une femme, mais pas un magnétophone ou un DVD.
    Il a fallu vraiment tordre notre libido, votre libido, pour en arriver là. Ce sont des besoins inventés, dont on pourrait se passer très rapidement, il suffirait d’ailleurs de pas grand-chose.

    Une fois en vacances j’ai passé une heure extraordinaire, quelque chose de grandiose qui m’a donné de la nostalgie, presque de l’angoisse, tellement c’était grand et ça me dépassait… le bonheur ? Là, à côté de la mer, je n’avais pas de besoin. Quand vous êtes dans la confiance, il n’y a pas besoin de mots, c’est un autre état de vie.

    Qu’est-ce qui est mieux ? Je ne sais pas. Je pense simplement qu’il est facile de s’adapter lorsqu’on est réduit à l’essentiel. Hors de la pression de la nécessité on peut faire… des CHOIX .

    Ce que je cherche : avoir une relation véritable, directe. Parce que je peux me le permettre. C’est un privilège. Le reste n’a pas grande importance. Ce qui est intéressant, c’est d’investir, de rencontrer, au moins un peu, que le voile se soulève et qu’il y ait un échange… de regards.

    Si on peut aller plus loin, c’est mieux encore, quelle merveille ! Un contact immédiat s’établit alors entre les êtres, c’est ça qui est intéressant : aller vers, mais la simplicité est si sophistiquée de nos jours.

    Je pense avoir fait du chemin, mais je continue à chercher une loyauté, une vérité.

    Merci pour avoir lu ce billet.

    Luc

  11. @Max
    Le moyen le plus simple pour la Chine, qui n’est surement pas empêtrée par les chaînes que nous nous sommes mises en interdisant à notre Banque Centrale de nous prêter l’argent nécessaire, sera peut être simplement par une émission de « monnaie nouvelle »: c’est un système merveilleux qui ne coûte rien à personne! ( explications: http://www.societal.org/docs/crip.pdf )

  12. L’avenir a tou l’avenir devant lui.

    On peut accôître le chaos pour augmenter la probabilité de l’emmener sur un chemin qui nous semble préférable, mais cela est bien relatif et aléatoire (rappelons nous du plan anti crise de Barre, des multiples plans de paix au Moyen-orient, des espoirs de moralisation de nos sociétés).

    Anticiper le chemin du chaos et les forces dominantes de cette marche au hasard sont des activités distrayantes qui nous ramènenent immanquablement à l’humilité.

    Appeler à davantage de morale, planification souple aux autres mécanismes de régulations sont des idées rafraichissantes mais dont la mise en pratique semble utopique.

    En effet, la Société, composée des actions d’acteurs multiples, cherche naturelement à contounrer les obstacles. La marche de la société en univers reglementé ressemble aux cours sinueux de nos beaux fleuves, recherchant obstinément/efficacement à contounrer les obstacles. Le cas des ventes à découvert de titres de bancaires contournées en vendant le panier des valeurs de l’indice puis en rachetant les seules valeures non bancaires pour reconstituer un synthétique de position vendeuse sur bancaires en est un exemple simple et parlant.

    La première Pierre, à utiliser comme point de levier serait une référence morale permettant aux actions commandées par la raison d’être respectées en pratique. Sans idéaliser l’organisation et la hiérarchie des valeurs d’autres civilisations, il faut reconnaître que l’occident paraît mal armé en termes de kit moral prêt à l’emploi.

  13. @ A-J Holbecq,

    Quid de cet article ?
    http://www.marianne2.fr/Quand-la-Chine-vacille-les-Etats-Unis-trinquent_a92496.html

    Je peux très bien imaginer la création de monnaie « nouvelle », d’ailleurs la Banque centrale chinoise a baissé les taux, ce qui va dans le sens d’un assouplissement monétaire en Chine, mais dans ce cas, n’y a t-il pas un risque d’inflation (pour ne pas dire hyper inflation ?).. à ce stade, avec les sommes astronomiques impliquées dans les marchés mondiaux, je n’arrive vraiment pas à concevoir la quantité qu’il faudrait pour assurer une certaine stabilité du système. En tout cas, si je comprends bien Sapir, il y a quand même un changement radical de la politique chinoise au détriment du financement de la dette américaine (je me rappelle qu’en 2007, à la fin de l’année, il y a eu un gros problème pour financer la dette américaine, dans l’ordre de quelques dizaines de milliard par jour, financement assuré, je crois par le Trésor US et je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui même si je suis au courant du rush vers le dollar.. mais là encore je ne sais plus très bien si ce rush contribue à financer la dette américaine).

    Ce point me semble important parce que s’il y a un ralentissement du financement de la dette US, il y a de forts risques à ce que le dollar décroche brutalement, toujours d’après ce que je peux comprendre.

  14. Voilà un billet et une série de commentaire qui font plaisir à lire. Cette crise est finalement providentielle car elle fait prendre conscience à un nombre croissant de monde de la réalité de notre civilisation occidentale et des causes profondes du « malaise » actuel (le mot est faible).

    Une remarque cependant, il manque un dénominateur commun à toutes ces analyses. L’énergie.
    Car c’est bien une énergie abondante et bon marché qui nous a permis cette « félicité » matérielle depuis bientôt deux siècles (on prendra comme départ la révolution industrielle britannique). Le charbon dans un premier temps puis pétrole et gaz. Pour faire court, on peut dire que cette énergie permit dans un premier temps un production de bien d’équipement puis de consommation extraordinaire à des coûts sans cesse décroissants, puis dans un deuxième temps la délocalisation à l’échelle locale puis planétaire de TOUTES les activités que ce soit en allant habiter à la campagne à 20 ou 30 km de son lieux de travail, en allant faire ses courses à l’hypermarché à des distances équivalentes, en planifiant dès le jeudi la sortie du WE à l’autre bout de la région voire de la France, en projetant des vacances à l’autre bout de la planète et bien sûr en allant faire produire nos biens de consommation aux antipodes… Le coût du transport n’étant jusqu’à récemment ABSOLUMENT pas un problème ! Et cela à l’échelle mondiale !
    Petite digression, comment reprocher à nos dirigeants économiques de délocaliser nos entreprises quand nous mêmes délaissons les petits commerçants pour se ruer dans les camps de consommations périphériques aux parkings généreux ?
    Nous vivons donc « mieux » que nos aïeux, plus vite, plus loin, plus souvent, en ayant plus chaud dans du plus grand, plus confortable avec le monde à portée de main, d’ipod, d’iphone, you name it, comme dises les américains.

    Mais voilà ! comme tout le monde le fait ici remarquer, nos ressources sont limitées car fossiles ou minières et non renouvelables. Les chiffres de l’AIE sont éloquents : pétrole = 40%, gaz = 20%, charbon = 20%, uranium (en fait l’électricité d’origine nucléaire) = 10%, soit 90% de nos ressources énergétiques. Le reste étant pour l’essentiel de l’hydroélectrique et du bois, il reste 1% environ pour le renouvelable (éolien, solaire…).

    Or, comme chacun sait, la population croît de 1% par an, soit la population de la France en plus sur la planète, la consommation de nos trois énergies fossiles, croît elle de 3% (les chiffres peuvent être affinés, mais qu’importe)… et certains se réjouissent toujours de la croissance extraordinaire de la Chine et de ses fameux 10% !
    Ouhaou ! 1% par an signifie un doublement en 70 ans soit 12 milliards d’humains potentiels en 2070 (nous étions 6 milliards en 1999. 3% par an signifie grosso merdo un doublement de la consommation d’énergie en 25 ans et 10% un doublement de la production, consommation, gaspillage, destruction et pollution de la Chine en… 10 ans seulement !

    Tant que nos chers dirigeants et analystes officiels n’auront pas saisi l’horreur de ce que représente la notion de croissance… nous serons condamnés à lire ci et là que la sortie de la Crise se fera par la relance et la croissance.

    Raté ! tout faux ! Nous n’avons peut être pas atteint officiellement the famous peak oil, mais nous en sommes tellement près que cela revient au même…

    En bref, avec un baril à 147$ en juillet 2008, nous avons atteint symboliquement le mur de la croissance. Au delà… plus de croissance possible que cela nous fasse plaisir ou non ! La crise aidant et la baisse de consommation faisant le reste, il est normal dès lors que le prix du baril soit redescendu à 60$, c’est la loi de l’offre et de la demande n’est-ce pas ?

    Certes la Crise n’a pas été directement provoquée par ce prix élevé (sept fois plus que dix ans plus tôt), les raisons financières et structurelles inhérentes au fonctionnements bancaires et boursiers n’y sont pas étranger, mais l’ensemble du modèle économique a été permis par une énergie qui depuis deux siècle fut d’années en années de plus en plus abondante et de moins en moins chère.
    Fin de partie !

    Toutes les idées exposées ici concernant la décroissance sont bonnes à prendre et à discuter, je ne rajouterais que la décroissance urgente de la population mondiale. Nous serons dans deux ou trois ans SEPT MILLIARDS d’humain sur la planète ! C’est monstrueux ! Nous avons les moyens d’organiser cette décroissance autrement que par la force destructrice des guerres, des épidémies et des famines… Vaste chantier !

  15. Oups, une petite erreur de calcul, une croissance soutenue de 10% signifie un doublement en SEPT ans ! un quadruplement en 14 ans un « octuplement » en 21 ans !

  16. @ Max

    Je suis tout à fait d’accord avec l’analyse de Sapir  » la Chine dispose de nombreuses marges de manoeuvre : la grande souplesse de sa monnaie qui n’est que partiellement convertible, une banque centrale quasi publique…  »

    Une « banque centrale quasi publique » ca veut dire pour moi une banque centrale qui est aux ordres et non une banque centrale « indépendante » (mais pas indépendante de sa « foi » monétariste 😉 ) qui a reçu, comme la BCE, un mandat trop limité (de contenir l’inflation).

    Je me répète un peu, mais si une collectivité a :
    1 – un besoin,
    2 – la volonté de le satisfaire,
    3 – les moyens techniques et énergétiques,
    4 – Un excès de main d’œuvre et le savoir-faire,
    … Pourquoi ne pourrait-elle réaliser ce besoin ?
    Nous on dit maintenant « par faute de financement »
    La Chine ne se posera surement pas cette question, comme d’ailleurs De Gaulle ne se l’était pas posée lorsque la France lancait la construction des multiples chantiers qui allaient faire de nous une Nation moderne.

    Le problème que risque de trouver la Chine n’est pas une hyperinflation par excès de monnaie, mais une inflation peut être forte pour des motifs de coût de l’énergie qu’elle a besoin d’importer en quantité considérable si elle veut à son tout vivre ses « 30 glorieuses »… mais elle ne sera pas seule devant ce problème…

  17. @ Alexis

    100 fois d’accord avec votre commentaire. Je passais cette après midi chez un très bon ami qui avait « foi » dans nos capacités à trouver de nouvelles sources d’énergie et devant ma moue interrogative, à essayer de m’expliquer que l’agriculture biologique (sans intrants) et l’énergie solaire allaient nous sauver … j’ai vraiment des doutes 🙁 .

    Dans on post précédent, lire à la fin  » si elle veut à son tour vivre ses “30 glorieuses”  » …

  18. @ A-J Holbecq,

    Ah oui, ok, j’ai mieux compris, merci !!
    Une question un peu « bête »:
    Pour les Etats-Unis… les chinois vont continuer à financer la dette ?

  19. Merci à tous. Apres avoir lu, – le hasard fait parfois bien les choses -, le très intéressant article « Manifeste Anti-crise »de Jean Paul Baquiast et Christophe Jacquemin sur le site de dedefensa.org que cite « LeSurHumain », j’avais simplement écrit un bout de note d’humeur à Paul pour lui faire part de quelques réflexions de week-end inspirées par la médiocrité et l’hypocrisie de la plupart des propositions pré-réunion du G20 du 15 novembre, dont personne n’ose dire que le seul propos utile serait de remettre en cause le rôle du dollar en tant que monnaie de réserve et de compte, et qui est bien partie pour n’accoucher que d’un lifting hollywoodien des règles de gouvernance du FMI. J’ai l’impression d’avoir ouvert un coin de débat sur un point autrement plus important que de savoir si les parachutes dores vont continuer à s’ouvrir, ou pendant combien de temps le système financier va pouvoir continuer à prélever sur les producteurs de valeur ajoutée réelle et utile pour pouvoir alimenter l’insolence de la consommation de luxe, la spéculation sur les œuvres d’art ou les automobiles de collections. Je sais en tout cas et c’est pourquoi j’ai réagi, que la solution n’est pas « plus d’Etat ». J’ai été fonctionnaire, à une époque ou le service public etait encore pour la majorité d’entre nous une vocation et un honneur. J’en connais les indéniables capacités et les limites. Et je redoute que le « plus d’Etat » que l’on préconise actuellement ne soit qu’un vulgaire habillage du fait que l’on fait supporter à la collectivité les extravagances d’un système devenu fou de son propre succès. Ce serait totalement inacceptable. Et c’est pour cette raison qu’il faut réfléchir vite et bien, mais loin du tintamarre médiatique plus que suspect des néo-convertis au tout état qui hier encore privatisaient à tours de bras sans la moindre considération pour le gâchis humain que cette folie a provoqué dans nos sociétés.

  20. @Max

    J’ignore quelles peuvent être les intentions des Chinois. Jusque maintenant ils ont été obligé d’accepter, de leurs clients américains, des dollars en payement de leurs exportations, et il a bien fallu qu’ils utilisent ces dollars excédentaires a) pour leurs importations d’abord (matières premières) b) pour le solde sous forme d’achat de la dette américaine, c) pour leurs investissements à l’étranger.

    Recentrant leur développement sur le marché intérieur (équipements collectifs qui ne « coûtent » rien si ce n’est les importations nécessaires => démonstration chapitre 3 de  » les 10 plus gros mensonges sur l’économie » ) ils auront évidemment moins besoins de dollars… mais que vont-ils faires des titres de dette US en leur possession? (des intervenants plus compétents que moi sur ces « titres de dette » US – les T Bonds et autres – pourront sans doute apporter un autre éclairage que le mien)

  21. Je viens de lire, dans l’ordre, le dernier post d’Attali sur son blog – Plans B- et, ici même, Jean-Pierre Vignal. De même que l’imago s’ouvre en papillon, Vignal déploie des possibles, tandis qu’Attali reproduit la même larve pour mieux creuser le tunnel !

    Je cite Attali- Plans B: « les perdants seront alors ceux qui ne se seront pas endettés. Les gagnants seront ceux qui auront su, avec sang froid, consommer et s’endetter à taux fixe pour acheter des biens rares, (fonciers, immobiliers, artistiques ou technologiques), et qui auront les moyens d’attendre les cinq ou dix ans nécessaires au déclenchement de l’inévitable inflation. Ceux-là seront les vrais vainqueurs de la crise, dont ils auront par ailleurs aidé à réduire la profondeur » ; c’est de la spéculation sur les prix…non? Et comment je fais? J’ai aucun crédit, moi ! Certes, un micro-crédit me fournira la camionette pour jouer à Joe le plombier, laquelle sera cuite dans dix ans, et le tout reproduira la différence qui sera à nouveau commentée par notre chroniqueur mondain!

    La charge affective attachée à mes derniers énoncés ne fait évidemment pas « raison », je souligne seulement que nos façons d’envisager l’avenir sont existentielles : nous rassurent « pour quand papa et maman ne seront plus là ». Les « pattern » avec lesquels nous « construisons demain » sont en nombre limité : « demain sera comme hier », « toujours plus », « il faut de tout pour faire un monde ». Le « retour du même » fonctionne sur l’obéissance et donne le précis de domination – Ho-Koang-Tseu – . Chacun y est à sa place et la promotion individuelle soumise à la Loi. Lorsque vous penser à vous déterminer « de l’intérieur », le « toujours plus du cycle du prêt à intérêt et de la monnaie conduit au « jeu de la dette », outre qu’il simule une transformation close (le point départ est seulement un cran au dessus); cette façon convient aux sociétés drivées par l’idée d’ascension sociale et de rupture avec l’ordre féodal, l’argent remplace « la Loi » pour reproduire « les places ». – nous suivons ici une logique affective – . Si les deux premières jouent en tandem autant pour le maître que pour l’esclave, le philosophe produit « l’équilibre général, espère que les choses s’arrangeront d’elles même, aussi le « il faut de tout pour faire un monde » sera théorisé comme « la variété nécessaire ». Ici, aucune de ces trois formes ne nous paraît aujourd’hui à elle seule efficace, mais Attali relance l’exponentielle, promotionne un seul dada, alors que Vignal conduit les trois chevaux de l’attelage. Chez Vignal, les taux d’actualisation asservissent, en boucle, les limites, non pas de l’accumulation, car il n’y a pas de chiffre limite a priori, mais les bornes dans lequel fonctionnera l’asservissement écologique du système. Le retour de l’État, c’est la Loi pour tous, sans le favoritisme d’aujourd’hui ! Lorsqu’il pense à créer « infrastructures nécessaires » à l’économie, il sort déjà un peu l’unidimensionnalité économique et, il s’en faudrait d’une rien pour qu’il nous réécrive Marcuse, allez, allez, écolos, armez-vous !

    En s’opposant à la décroissance, Paul n’entre pas pour autant, je crois, dans le songe d’Attali; s’il refuse de choisir d’affronter le danger mortel par le seul mouvement de « rétraction décroissante », c’est que celle-cil est insuffisante, mortifère même, puisqu’elle coupe l’élan qui nous serait nécessaire pour passer la barre et reprendre le large. Les « décroissants » en sont d’ailleurs gênés aux entournures, il leur faut « positiver », à preuve, les contorsions verbales comme « simplicité volontaire », « A croissance », « frugalité », et autres « URRL ? Utilisation responsable des ressources locales ». Le mouvement général de la décroissance fonctionne comme l’inversion du paradigme de la croissance ainsi mis à l’usage d’une classe moyenne frustrée, pour avoir totalement renoncé à intégrer les classes supérieures, mais cherchant encore à préserver son confort, convivialement, entre soi. J’exagère assurément, car la mouvance de la décroissance est une pépinière d’idée, toutefois rien ne nous assure du courant qui l’emportera : une vague néopayenne, wickienne peut séduire et libérer, à terme, les affects archaïques des déesses mères magdaléniennes comme la sauvagerie des bacchantes et Des Damnés (Visconti) . Dans le genre « moins tragique », l’option « décroissance soutenable » fait l’effet d’une figure de style, entortillée, un peu obscène autour de son axe. Dans cette option, le mot d’ordre serait de garder tout « comme ça est », mais en plus petit, et de toute façon on s’arrête dès qu’on a un peu mal ! Pour ce style « petit bourgeois », la pétition proposée par le ppld me semble être exemplaire : « une seule maison, je prends le bus pour aller au cinéma avec mes amis, pour les vacances, je prends le train… et le reste de l’année j’achète près de chez moi. »… cela sonne comme un retour à Combray.

    http://decroissance.lehavre.free.fr/gene.htm

    L’angoisse des classes moyennes devant l’avenir est aisé à comprendre. Nous avons cru que l’argent (sécurité) ferait toujours plus d’argent. Nous avons eu fois dans le paradigme de la croissance exponentielle et l’algorithme de l’intérêt, le mouvement serait infiniment reproductible, stable dans ses effets, la boucle pourrait tourner sans fin. C’était évidemment sans compter sur l’épuisement du substrat et l’explosion de la dette, comme montré, ici, dans la discussion sur la monnaie. Les décroissants n’ont donc, à mon avis, pas tort de ranger la monnaie sous le paradigme pervers de la croissance et même, inversement, de ranger la croissance sous le paradigme de la monnaie. Un autre aspect du symptôme apparaît, il me semble dans « l’argent dette »- le vidéo complotiste – qui fait fureur. Plutôt que de reconnaître qu’aucun d’entre-nous n’a pensé à retirer son argent des banques, plutôt que de nous interroger sur la raison pour laquelle nous nous en sommes remis depuis si longtemps aux banques, nous préférons, avec (avec Pound !) rejeter la faute sur les imaginaires « comploteurs de Jekkils island ». Aussi la décroissance, ce mouvement mollasson, lutte contre sa propre déprime en faisant mine d’afficher un escargot rigolard et de préciser que la décroissance est aussi « le journal de la joie de vivre », la dénégation ne masque pas l’absence ?

    Une dernière façon (affective) d’envisager l’avenir c’est :  » plus rien à perdre » – attendrons-nous Sobibor ?

  22. @JLM

    Belle diatribe contre la décroissance et finalement je comprends cette vision des choses tant elle colle à ce que la plupart des mouvements décroissants tentent de nous vendre. « Décroissance soutenable », « simplicité volontaire » en sont les meilleurs exemples.

    Pour ma part, du moins, je ne vois pas la décroissance comme « une » solution (la meilleure ?) s’opposant à la « société kapitaliste de consommation » trustée par de méchants traders et autres boursicoteurs de grands chemins, voyous patentés, vrais gibiers de potence !
    En revanche dans le cadre d’une civilisation n’ayant comme ligne bleue des Vosges, non seulement l’exploitation soutenue des ressources naturelles fossiles et minières, mais une exploitation forcément croissante, (ie supérieure tous les ans à celle de l’année passée, donc exponentielle…), la décroissance s’oppose simplement au dogme de la croissance.

    Or extraire des ressources finies de notre sol (pétrole, gaz, charbon et minerais) mène fatalement à l’épuisement de celles ci, que ce soit de façon soutenue (consommation constante) ou a fortiori croissante avec une accélération de leur exploitation menant plus rapidement à leur inéluctable fin.

    Nous n’avons donc le choix qu’entre une décroissance subie, conséquence de rendements décroissants induits par l’exploitation irrémédiable de ressources non renouvelables et… une décroissance organisée (population, production, exploitation, consommation…) permettant à l’humanité de prendre le virage de ce dogme stupide de la croissance infinie dans un monde fini.

    C’est de la bête mathématique, prenez une citerne de 1024 litres, soutirez-en un litre par jour, elle sera vide en 1024 jours. Soutirez 10% de plus chaque jour, vous doublerez toutes les semaines (2 litres, 4 litres, 8 litres…) au bout de huit semaines il vous en restera encore la moitié (512 litres), à la fin de la neuvième semaine (64 jours)… elle sera vide.

    A l’inverse, soutirez chaque jour un peu moins que la veille…

  23. Croire qu’il est possible de continuer sans fin à transformer en déchets inutilisables et souvent toxiques des ressources finies, en polluant au passage les éléments essentiels à la vie « normale » que sont l’air, l’eau et le sol ne peut que conduire dans une impasse. La consommation d’un américain moyen excède déjà d’environ un peu plus de 5 fois la « biocapacité » d’absorption de la biosphère. Pour offrir un mode de vie comparable à l’ensemble de la population, il faudrait donc en théorie la diviser par 5. De plus, l’empreinte moyenne étant actuellement de 1.4 cela veut dire que nous « empruntons » chaque année 40% d’une biocapacité qui n’est pas extensible « ad nutum ». Cette dette très spéciale, comme d’autres, augmente de façon exponentielle, puisqu’en 1961 l’empreinte humaine etait de 50% de la biocapacité, et qu’elle sera de 200% en 2050 si rien ne change. Et quand elle deviendra intolérable, il ne suffira pas d’une réunion à Washington ou à Tokyo et d’une planche à billets, fussent-ils verts, pour l’éteindre. Vive donc la décroissance quand elle aide à remettre radicalement en cause les dogmes qui ont conduit à ces pratiques suicidaires.

    Mais est-ce une raison suffisante pour prêcher un nouveau « toujours moins ». Beaucoup de ceux qui cherchent des solutions ne le pensent pas. La solution c’est un peu de « toujours moins » car les gaspillages sont bien sur condamnables, mais c’est surtout beaucoup de « toujours mieux ». La première priorité devrait être de se focaliser sur la recherche de l’extraction d’une valeur d’usage maximale de tous les « consommables » que nous utilisons, et de substituer chaque fois que c’est possible des consommables « renouvelables » dont l’empreinte écologique est faible, aux consommables non renouvelables et pollueurs des qu’on les rejette après usage dans l’environnement. Est-ce si compliqué? Non, la plupart des connaissances nécessaires existent ou sont à portée de main si le moyen ad hoc sont dégages pour les acquérir. La difficulté n’est pas technique, elle est « financière » parce que le système actuel privilégie l’extrême mobilité et le très court terme, alors que la pérennisation écologique des modes de vie, essentiellement à base de recyclage et d’énergie solaire sous toutes ses formes (directe, éolienne, marine, biomasse..) impose de raisonner dans la durée et donc sur des schémas de fonctionnement relativement stables.

    C’est bien sur une opportunité fantastique pour les générations actuelles. Il serait temps qu’au lieu d’agiter le spectre de l’effondrement et de la décadence et de compromettre l’avenir en engloutissant des montants extravagants dans le sauvetage d’institutions qui n’ont guère plus d’autre raison d’être que de générer leur propre profit, on ouvre les fenêtres en redonnant une perspective raisonnablement optimiste. Le nouveau Président américain en semble en partie convaincu ; les dirigeants chinois paraissent l’être également. Les Européens et les Japonais ont par nécessité jeté les bases de ce que devrait être un monde économe « discret » qui ne s’endette pas inconsidérément en prélevant sur la biocapacité de la planète. « Yapluka » oser imaginer…..

  24. @ Jean-Paul
    Tout ce que vous dites est très vrai et connu depuis Georgescu-Roegen et le rapport du Club de Rome «Halte à la croissance?»(1972). Hélas, cela n’a pas empêché ceux qui décident de continuer à foncer vers le «toujours plus».
    Peut-être est-ce dû à une toute petite faille dans votre raisonnement… puisque vous dites aussi «Pour offrir un mode de vie comparable à l’ensemble de la population». Vous êtes peut-être de ceux qui voudraient que la population du monde entier mène une vie digne et humaine mais je ne suis pas sur que ceux qui pilotent le système capitaliste mondialisé soient du même avis. Puisqu’ils ont construit depuis deux siècles des inégalités sociales énormes qui n’ont été limitées que par de durs combats des classes populaires, pourquoi voudriez-vous qu’ils songent un seul instant à se préoccuper du sort des millions de déshérités qu’ils exploitent bien loin de leurs yeux. Non, cela ne les gène pas du tout de capitaliser des revenus de 10.000 $/jour alors que des milliards de personnes vivent avec moins d’un dollar/jour.
    Votre juste dénonciation de l’impasse environnementale est liée aux monstrueuses inégalités sociales. Jean Ziegler a bien raison de nous alerter dan son livre « La haine de l’Occident », haine qui ne pourra que croître si nous ne mettons pas fin de force (ce qui ne veut pas dire par la violence) à l’exploitation conjointe des hommes et des ressources naturelles.

  25. @ Alain

    Vous avez tout à fait raison, et je crains de plus en plus que l’opportunité de changement structurel vrai que crée la crise actuelle ne soit pas exploitée, tout le monde semblant être maintenant d’accord sur le fait que la relance de l’économie mondiale est « le » probleme à régler en priorité, ce qui est une autre façon de dire qu’il n’est pas question de toucher aux fondements du système qui a provoque la crise actuelle et en provoquera donc d’autres, car il est tellement asymétrique que ce soit vis-à-vis des personnes ou de l’exploitation et de la pollution des ressources qu’il ne peut que provoquer des crises de plus en plus graves.

  26. Dans les années soixante, certains s’intéressaient à réhabiliter l’avenir des bassins houillers, les praticiens de l’action sociale se sont vite aperçus que très peu serait possible si les changements sont recherchés sur un seul axe. Pour que ça marche, il fallait que tout avance en même temps : l’école autant que les crèches, que les transports publics, le logement, l’hôpital, mais aussi, les jardins ouvriers, les guinguettes sociales, les bibliothèques, les clubs de pêche, les universités populaires comme les cercles de tricot, de poésie, et de diction. À cette époque, faute de moyens bien entendu, nous ne parlions pas de relancer la croissance, mais de générer du mieux-être avec ce qu’on avait ! Nous parlions d’articulation des ressources et de globalisation des approches.

    Mais aujourd’hui, voici une nouvelle croissance. Nos anciens bocages, maintenant transformés en vastes étendues de terres mortes, accueillent de monstrueuses fermes d’éoliennes dont le seul intérêt est de remplir copieusement les poches de leurs promoteurs par le jeu conjugué des subsides et du prix fixé arbitrairement par décret de l’électricité éolienne. Techniquement, économiquement, toute l’affaire sera un fiasco déjà annoncé. Dans trente-cinq ans si nous consentons à payer le démontage (lequel n’est pas provisionné), il subsistera, dans tous les cas de figure et pour les siècles des siècles, vingt-deux mille chicos de béton de quinze cents tonnes chaque ( France). L’affaire est lancée, nous ne l’arrêterons pas; plus grave, ce sont les plus éthiques de nos banques citoyennes qui sont à la manœuvre (pour la Belgique, « Triodos » , la banque exemplaire d’écocitoyenneté). S’il s’agit de faire toujours mieux pour la planète et les laissés pour compte, les habituels requins sauront tirer parti de l’impératif écologique et moral. Pas de croissance sans redistribution pas de redistribution sans croissance, je doute des vertus de cette croissance toujours plus verte, toujours mieux encore demain …

    Remplacer le modèle dominant du « toujours plus » par « toujours mieux » me paraît illusoire. Le nouveau modèle transpose la dynamique de manque associé à l’ancien, l’insatisfaction y est structurelle, car qui est atteint
    est déjà dépassé. Ce type de jeu ne sert que les compétitifs et obligent les autres à courir pour le simple plaisir des dominants à maintenir la distance. De plus, il impose un modèle « d’axe du mieux » sur lequel toutes les actions humaines seraient rabattues et évaluées. Pouvons penser à mettre en avant un éthos, un esprit du monde, qui coupe les ailes au détournement du toujours plus du toujours mieux ? Je ne sais pas, mais au moins, essayons de ne pas mettre sur le marché des idées qui y prêtent trop aisément le flanc.

    L’horreur financière ne génère pas l’écœurement, mais la paralysie de chacun devant spectacle du combat titanesque mené par nos élites. Dans le chaos général qui ne manquera pas de suivre, l’union sacrée des peuples de la terre agenouillés devant Gaïä et ses grands prêtres fera l’affaire des affaires. Deux guerres majeures seront donc encore une fois perdues, préparons la suivante : avec comme modèle dominant « pour l’harmonie » – ce qui sous entend qu’aucune dimension humaine n’a de pas sur les autres- et qu’il n’est pas bon de laisser quelques-uns tirer sur la seule ficelle qui les intéresse. Pour nos bocages, par exemple, laissons-y, ça et là, quelques éoliennes, il faut de tout pour faire un monde, et même le chant du pipeau.

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