« Eppur si muove ! »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Christophe écrit à propos de l’un d’entre vous qui, convaincu il y a quelque temps que les banques commerciales ne créent pas d’argent ex nihilo, n’en est plus aussi sûr aujourd’hui :

C’est comme si on vous expliquait tous les jours que c’est la terre qui tourne autour du soleil avec toute la difficulté que cela suppose à vous l‘expliquer car il faut aller plus loin que les apparences et vous vous dites : « C’est compliqué mais c’est vrai : cela permet d’expliquer beaucoup de choses » mais dès que vous sortez dehors vous constatez que non : c’est bien le soleil qui tourne autour de la terre, c’est là devant vos yeux, le soleil tourne d’Est en Ouest et cela est bien la preuve que ces savants sont vraiment fous !

Je l’ai expliqué déjà : j’ai fait mon enquête pendant plusieurs mois, en votre compagnie et grâce à votre aide, pour voir si mes sens avaient pu être abusés durant la dizaine d’années où je travaillai pour des établissements de crédit parmi les plus grands de la planète. Voici la manière dont je présente les choses dans le manuscrit de mon livre « L’argent », à paraître en septembre chez Fayard :

Quelle ne fut pas ma surprise cependant de découvrir que le désaccord existe parmi les différents auteurs aussitôt que l’on aborde des questions pourtant aussi simples que de savoir si les banques commerciales, celles où nous déposons l’argent dont nous n’avons pas un usage immédiat, créent ou non de l’argent, ou bien si elles prêtent ou non l’argent que nous déposons sur un compte-courant auprès d’elles. La raison de tant de confusion est simple : nous disposons de plusieurs langages pour parler de l’argent et quand il s’agit de traduire de l’un vers l’un des autres, les problèmes de traduction peuvent rapidement devenir très sérieux. Ainsi nous parlons parfois de l’argent en termes purement économiques, et je veux dire par là en termes de flux monétaires : « Il court, il court, le furet : il est passé par ici, il repassera par là … ». Quand nous parlons de l’argent en tant que flux, rien ne se crée, rien ne se perd : quand je dépose de l’argent à la banque, que celle-ci le prête, qu’il lui revient augmenté d’intérêts qui lui ont été versés et qu’une fraction de ces intérêts me sont ristournés à moi, il ne faut pas qu’un seul centime s’en soit perdu : s’applique ici ce que j’appellerai tout au long de cet ouvrage un « principe de conservation des quantités ».

Ce langage économique aurait dû en toute bonne logique suffire à la tâche quand il s’agit de parler d’argent, à ceci près qu’on s’aperçut au fil des siècles que ce langage n’était pas suffisamment strict dans ses termes pour interdire que des sommes n’en soient aisément dérobées au passage par ceux que l’argent tente – à savoir par tout un chacun. On inventa alors ce qui s’appelle la « comptabilité en partie double », un nouveau langage qui présente la particularité que tout s’y équilibre toujours : que le passif y est par définition égal à l’actif mais qui enfreint à tout bout de champ le « principe de conservation des quantités » et qui, du coup, peut faire croire à celui qui ne maîtrise pas parfaitement ses subtilités que des sommes apparaissent, comme du chapeau du magicien, pour disparaître ensuite. Mais malgré les défauts de la langue comptable pour ce qui est de sa compréhension intuitive, elle présente l’avantage infiniment précieux qu’il y est beaucoup plus difficile de faire disparaître des sommes (de véritables « flux monétaires ») sans que rien n’y paraisse, et c’est pourquoi la comptabilité en partie double fut adoptée avec enthousiasme par ceux qui voyaient leurs bénéfices fondre comme neige au soleil au contact de certains de leurs employés industrieux sans doute mais aussi indélicats.

Répétons-le cependant : si le « principe de conservation des quantités » n’avait pas toujours été d’application stricte pour tout ce qui touche de près ou de loin à l’argent, le capitalisme serait mort au berceau et les Bourses ne seraient jamais nées car leur accès aurait été rendu impossible par les cohortes de plaignants encombrant les rues, massés devant les portes du tribunal de commerce.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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164 réflexions au sujet de « « Eppur si muove ! » »

  1. Si la comptabilité des banques est basée sur un soit disant équilibre entre les passifs et les actifs, entre les « assets » et les « liabilities », n’est-ce pas un peu illusoires avec les nouvelles normes de comptabilités qui ont été édictées aux USA ?

    Quelque part je me dis que d’un côté on a des passifs, des responsabilités, des dettes pour ainsi dire qui doivent être honorées, en monnaie sonnante et trébuchante il me semble si j’ai bien compris, enfin avec de l’argent. Mais le problème c’est qu’on ne sait plus qui est vraiment solvable, qui a des problèmes de liquidités, bref, qui pourra honorer ses dettes, avec quelle contrepartie.

    D’un autre côté on a des actifs, des titres financiers en tout genre qui sont en général purement et simplement « évalués », on leur donne une certaine valeur, côte sur différents marchés financiers. Mais en même temps ces titres sont susceptibles de très forte variation, volatilité, la confiance qu’on a en leur valeur réelle est même de plus en plus souvent remise en cause, c’est tout le problème de la crise financière où différents acteurs financiers se retrouvent avec des titres illiquides, invendables en l’état et on ne sait même pas si on pourra en tirer quelques choses à l’avenir.

    Alors entres des dettes non recouvrables, peut-être perdues à tout jamais, entre des titres et actifs divers qui sont illiquides et difficilement cotables, est-ce qu’on peut encore à notre époque parler de conservation des quantités ?

  2. @ leduc

    En comptabilité, le doute sur la valeur se traduit par une « provision ». Laquelle minore évidemment le résultat. Si l’on n’a pas suffisamment de résultat, on doit mettre un voile pudique sur les doutes éventuels. Et quand les doutes deviennent réalité, on dépose le bilan !

  3. @Paul :

    Et si on remplace « les banques créent de la monnaie ex nihilo » par « le système bancaire crée des moyens de paiement supplémentaires par multiplication », est-ce que cela va mieux ?

    Parce que sinon, il faut admettre que tout ce qui fait partie de M3 sans être numéraire n’est pas de la monnaie. Et alors, inquiet, je me rue pour vider mon compte et planquer les billets quelque part…

  4. Ajoutons à cela que l’argent est de plus en plus virtuel.
    Au bout du bout il ne s’agit plus que de bits sur des disques durs…même plus de « papiers ».
    Sans électricité nous sommes ruinés.
    Grèves EDF?

  5. Je crois bien avoir déjà lu ça dans ce bizarre « Manifeste 2008 »:

    FAIRE CIRCULER

    [nous reproduisons ci-dessous un texte curieux qui circule sous le manteau, sous forme de flyer pour des raves clandestines, de lien dissimulé sur des blogs underground, de spam sur des emails piratés, etc. Il est parfois revêtu de signatures fantaisistes (« comités marxistes invisibles », « mouvance alcoolo-anarcho-autonome anonyme ») et agrémenté de références numérologiques hermétiques, comme « 0001-1789-1917-1968-2008 ». On y devine des influences littéraires et théoriques souterraines hétéroclites (Spinoza, Marx, Tucholsky, Weber, Keynes, Debord). Quoi qu’il en soit, nous obéissons à l’injonction qui l’accompagne, « FAIRE CIRCULER », et nous vous invitons à faire de même. Jean-Yves Bourdin, 24/04/09]

    ——————————-

    Manifeste 2008: les vrais gens vs les poupées gonflables, ou les arnaqueurs arnaqués.

    Thèse.
    La forme que revêt la lutte des classes mondiale, au troisième millénaire de l’histoire de la barbarie, est celle de la guerre civile universelle entre les gens, d’un côté, et les baudruches, de l’autre.

    Démonstration.
    Les capitalistes ne sont pas des baudruches. Ce sont des vrais gens, qui ont trouvé la bonne réponse à l’éternelle question de l’humanité: « comment faire pour que les autres gens travaillent pour moi? ». Ils ont prouvé que la réponse habituelle (l’esclavage) ne marchait pas, parce que les autres gens, quand ils sont esclaves, en fichent le minimum.

    La bonne réponse, c’est de placer du vrai argent dans de vraies entreprises (le « capital »), et d’embaucher les autres vrais gens, chaque matin, pour les faire travailler dans ces entreprises. Les autres vrais gens ne sont plus des esclaves, ils sont libres, ce sont des salariés. Etant libres, les salariés se forcent eux-mêmes à bosser un maximum chaque jour, parce que sans ça le capitaliste ne les embauche pas le lendemain. Les capitalistes arrivent ainsi, non seulement à garder leur vrai argent, mais à l’augmenter régulièrement: c’est le « profit capitaliste ».

    La force des capitalistes, c’est que ce profit, au lieu de le boire au bistrot comme tout le monde, ils le remettent au pot, en le plaçant dans de nouvelles entreprises, et ça fait boule de neige.

    La faiblesse des capitalistes est dans leur soif de profit, qui leur fait désirer des profits impossibles (« super-profits »). Les capitalistes se font donc forcément arnaquer par des bonimenteurs qui leur promettent que, s’ils leur remettent leur vrai argent au lieu de le placer dans les entreprises, ils leur donneront ces super-profits. Cette arnaque s’appelle « la confiance », et les bonimenteurs s’appellent « gestionnaires de fortune » (Bernard Madoff), « banquiers » (Jérôme Kerviel), etc.

    L’arnaque marche parce que les arnaqueurs disposent d’une armée de produits-baudruches, affublés de noms impossibles (LBO, SICAV, etc), qu’ils font passer pour du vrai argent aux yeux des capitalistes, lesquels croient ainsi que les « super-profits » promis valent mieux que le profit capitaliste ordinaire. Les bonimenteurs ont aussi un stock colossal de baudruches pour neutraliser les autres vrais gens, les salariés: ces baudruches-là s’appellent les « mass media ».

    Les arnaqueurs, au départ, sont des vrais gens, qui réussissent à siphonner le vrai argent des capitalistes en le remplaçant par leurs baudruches. Mais du coup, quand leur arnaque marche assez longtemps, ils deviennent eux-mêmes des capitalistes. Comme capitalistes, ils se font forcément arnaquer à leur tour, ils s’arnaquent même eux-mêmes: eux aussi, au lieu de placer leur vrai argent dans les entreprises, se mettent à acheter des baudruches.

    Forcément, peu à peu, tout le capital est remplacé par de la baudruche, et arrive le moment où, comme il n’y a plus de vrai argent à mettre dans les entreprises, il n’y a plus non plus de profit capitaliste: on n’embauche plus de nouveaux salariés et on débauche ceux qui sont là. A ce moment, les baudruches se dégonflent toutes seules. Les capitalistes constatent qu’ils ont perdu leur vrai argent, et perdent confiance dans les bonimenteurs et leurs produits toxiques. Les salariés constatent qu’ils sont devenus des « chômeurs », et perdent confiance dans les mass media toxiques.

    Cette période s’appelle « la crise ».

    Corollaire.
    La sortie de la crise devrait logiquement passer par l’alliance entre les capitalistes et les autres vrais gens pour crever les baudruches. Ce n’est pas difficile (il suffit d’un coup d’épingle), mais les arnaqueurs s’y opposent de toutes leurs forces, et surtout cela demande aux capitalistes de se contenter d’un profit raisonnable, ce qui est extrêmement difficile pour eux, à cause de leur addiction aux super-profits imaginaires.

    Si suffisamment de capitalistes parviennent à se désintoxiquer, le capitalisme pourra continuer jusqu’à la prochaine crise. Dans le cas contraire, les autres gens devront trouver un système de rechange.

  6. @Paul Jorion: tout cet article me semble vague et je ne comprends pas cette notion de « véritable flux monétaire ».

    A et B ont un compte dans la banque X
    C et D ont un compte dans la banque Y

    A achète un bien à C et le paie par carte de crédit.
    D achète un bien à B et le paie par carte de crédit.
    Les deux biens ont une valeur équivalente.

    Où est le « véritable flux monétaire » puisque la banque X et Y vont se dire entre elles « on est quittes » lors de la compensation? La seule chose qui a eu lieu c’est un flux de créance de A(X) à C(Y) et de D(Y) à B(X).

    En toute logique, les économistes disent qu’ici la monnaie scripturale a servi de monnaie pour les transactions A-C et D-B.

  7. La comptabilité en partie double apparait au XV° siècle … , les banques (les orfèvres) l’ont utilisé à partir de 1640 et c’est à partir de 1665 qu’ils vont commencer à émettre des certificats (les premiers « billets de banque ») en échange d’un titre de dette et non plus d’un dépôt de matière précieuse ( pure « création monétaire » puisque le volume des moyens de paiement disponible, par rapport à l’or ou aux matières précieuses détenu, s’est accru)

  8. Exact Holbecq, d’ailleur pour allez plus loin ont parle d’une réserve de 8%, c’est a dire que pour chaque nouvelle épargne ont peut emettre 92%. Il suffit de faire monter l’épargne des riches grasse a des bulles pour pouvoir faire monté la quantité de crédit. Donc pour chaque millard nouveau épargné ont peut emmettre 11.5 Millard de crédits nouveaux. Et la comptabilité a triple parti, c’est a dire celle ou l’argent et a 2 endroit a la fois. Car que savons nous vraiment des paradis fiscaux ?

  9. Bonjour Paul, bonjour à tous qui avez réagi avant moi.
    Ce qui m’obsède en permanence est la recherche d’une vision simple des chose, disons plutôt de LA vision la plus simple qui permet d’en retrouver le concept, donc de le comprendre.
    Pour moi il n’y a pas création d’argent tant qu’il n’y a pas création de valeur brute. Le système du crédit, pour revenir à sa définition simplissime, est celui de la confiance accordée par un acteur à un autre acteur (de la vie économique) sur sa faculté à créer de la valeur.
    Exemple : je suis propriétaire de mes logements successifs. Lors d’un déménagement je me porte acquéreur d’un bien immobilier, généralement à crédit. J’achète ce bien à l’occupant précédent, qui lui-même l’a acheté à crédit au précédent, qui lui-même etc…l’a acheté à celui qui l’a construit. J’ai donc justifié, par mon emprunt, la création de valeur que représente la construction d’un logement nouveau.
    La question que je peux me poser est : s’il y a une source à ce circuit, ou flux, y-a-t-il création d’argent, ou simplement confiance du prêteur initial dans la capacité du système (et non plus des individus) à générer de la valeur (plus value) à partir d’une richesse initiale ? Je pencherai plutôt vers cette seconde approche.
    En revanche j’estime qu’il y a création d’argent (et non plus de valeur) quand le crédit est destiné à la consommation de biens dont la seule vente apporte la plus-value au système. Le prêteur qui a déjà participé à l’investissement en vue de la production de ce bien va faire un second bénéfice en prêtant pour qu’un consommateur l’achète. Quelle est la valeur de l’argent créé puisque la valeur absolue des biens ne change pas ?
    Vous voyez où je veux en venir ? Que seuls les crédits destinés à l’investissement, c’est à dire destinés à la création de valeur, peuvent justifier la contribution de l’emprunteur. Pas ceux destinés à la consommation, qui devraient être cantonnés aux situations exceptionnelles des consommateurs. Alors peut-être comprendra-t-on mieux ce système…
    Cordialement à tous.

  10. Yves de Bressy :

    Je suis daccors avec vous.
    Mais j’ai même tendance à penser que la création (ou la perte) de valeure n’existe que mommentanement, le temps de changer nos perceptions des choses pour rendre cette création (ou cette perte) nule au momment ou nous l’avont intégrés à nos modes de vie.

    Pour moi, nous devrions utiliser plusieurs types de monnaies.
    Une pour les consomables et services, monnaie consommable (ou fondante…)
    Une pour l’imobilier
    Une pour l’investissement et les biens non consomables.

    Avec des taux de changes variables entre ces monnaies (pour pouvoir effectuer des « réglages » dans la machine). Et la possibilité de lier plusieurs types de monnaies à un bien.

    Par exemple, une voiture est composée d’une partie non consomable, le métal et le plastique qui la compose peuvent etre recyclés; et une partie consomable comme les pièces d’usure qui peuvent rendre la voiture inutilisable comme moyen de transport au bout d’un certain temps, ce qui fait que la voiture n’a plus de valeur que celle du métal…

    Ce système pousserais meme a éviter les biens consomables non recyclable. Et il faudrais pour y parvenir je pense, lier les objets à leur prix d’achat. Au moin pour information pour l’acheteur.

  11. @Yves de Bressy
    Puisque le système bancaire (pris dans son ensemble) est le seul émetteur légal de monnaie (fiduciaire et scripturale), quelle que soit l’origine du crédit (nouvelle émission monétaire ou épargne préalable), la monnaie quelle que soit sa forme, est toujours originaire du système bancaire, et toujours originaire d’une « monétisation d’actifs » ou « monétisation d’une créance » . On ne trouve pas de monnaie qui pousse à l’état naturel et même le travail n’a jamais créé de monnaie , ni la spéculation d’ailleurs.
    Que la création d’argent (de monnaie) précède ou suit la création de valeur n’a en fait que peu d’importance, et la valeur d’un euro est toujours d’un euro: ce qui change c’est le pouvoir d’achat que permet cet euro, et là, les paramètres qui influent sur ce pouvoir d’achat sont multiples.

  12. Et le marché de grés à grès alors ?
    d’après ce que j’ai compris, c’est comme une économie parallèle, avec sa propre monnaie…
    De toute manière, que les banques commerciales créent de la monnaie ou ne sont qu’un intermédiaire, ca ne change pas grande chose.
    Ce qui gène, personnellement, c’est qu’on est censé être dans un système plus ou moins libéraliste, et les autres monnaies sont interdites, donnant un monopole de fait, et une rente de situation aux banques centrales.
    Je n’ai pas le droit de créer ma propre monnaie pour gérer les échanges…
    Encore que … Paypal l’a fait, non ?

  13. Le temps écoulé entre la création de valeure et la création du bien corespondant est lui trés important.
    En fonction du temps écoulé, il y aura plus ou moin d’inflation (si monnaie avant le bien) ou de déflation(si monnaie aprés le bien)

    Non?

    IMHO toujours 🙂

  14. @David
    Les causes de l’inflation sont multiples
    Par exemple:
    – inflation par la demande,
    – inflation par les coûts,
    – indexation,
    – panique monétaire,
    – hausse des salaires,
    – augmentation du taux d’intérêt

    En plus de cela, il faut évidemment voir de quelle inflation on parle : de celle des besoins basiques, de celle des yachts et des œuvres d’arts, de celle des actifs immobilier ?

    L’inflation n’est pas lié systématiquement à la quantité de monnaie disponible dans l’économie : au Japon M1 a augmenté à un rythme de 10%/an à partir du milieu des années 90 et à plus de 30% par an à partir de 2002 sans qu’il n’y ait d’inflation ou de dévaluation du yen, en eurozone, la masse monétaire M3 a augmenté en moyenne de 10% par an depuis l’introduction de l’euro.

  15. Petit exemple didactique :
    j’ai deux banques : BA, et BB, et 4 acteurs économiques, A1, A2, A3, A4
    A1 et A2 veulent échanger des biens entre eux (c’est à dire que A1 à besoin des produits et A2, et vice-versa), de même que A3 et A4.
    Je reste volontairement simple, et je ne parle pas des intérêts.

    Pour démarrer leurs échanges A1 va emprunter 1000€ a BA, pour une période de 5 ans.
    Il paye A2, obtient des biens. A2 « possède » maintenant 1000€, et a donné ses biens en trop.
    Avec ses 1000€ A2 achète chez A1 les biens qui lui manquent.
    A1 récupère ses 1000€ et peut rembourser sa banque. L’échange a bien eu lieu.
    Tout le monde est content.

    Mais l’échange a pris seulement 1 an, et il reste 4 ans avant de rembourser son prêt.
    A1 décide de placer son argent en sécurité chez BB.

    BB décide de prêter cet argent à A3 qui en a besoin pour ses échanges avec A4.
    Mais cette fois l’échéance n’est que de 4 ans pour le prêt. De plus BB garde une réserve « prudentielle » de 100€ et en prête donc que 900€ pour 4 ans.
    On rejoue le même circuit. Une fois le prêt remboursé au bout d’un an, il reste 3 ans de marge.

    On peut encore refaire ce circuit 3X de plus, si tant es que les échanges mettent 1 an a se faire, et que a chaque fois, la valeur échangée est légèrement diminuée.

    Le prochain acteur pourrait très bien placer son argent chez BA, qui retrouverai, temporairement son argent du départ.

    Est-ce qu’il y a « création monétaire » ?
    De la part de AA au départ, on peut dire que oui, il faut bien qu’une banque démarré la « pompe ». C’est le rôle de la banque centrale en réalité.
    Mais est-ce BB et les suivantes crée de la monnaie ?
    Non. Ils la font circuler. C’est tout. Ca augmente leur comptabilité, leur chiffre d’affaire. Mais pas la monnaie.
    Le bénéfice est lié a la quantité d’argent qu’ils parviennent à faire circuler (et non pas amasser ou créer).

    Et c’est bien la le propos de Paul je pense : les banques commerciales ne créent pas de monnaie.
    Il ne parle pas du système bancaire dans son ensemble. Il est très clair. Il parle des banques commerciales.

    La réponse est : NON, elles ne créent pas de monnaie.

    Mais dans son ensemble, le système bancaire crée de la monnaie, en fait, via les banques centrales. Avec un effet multiplicateur de la part des banques, mais c’est juste un effet de loupe, pas de la vraie création monétaire.
    Il faut bien comprendre cet aspect « temporel » dans les échanges.
    Donc Maurice Allais lui stipule bien « le système bancaire DANS SON ENSEMBLE », donc, de toute manière vu que l’argent est bien créé par quelqu’un ex-nihilo, ou ex-fiducio … Maurice Allais et les tenants de la création monétaire n’ont pas tort non plus.

    En fait, le rôle des banques commerciales est d’accélérer la vitesse de circulation de l’argent, et donc des échanges.

    Le problème pourrait venir de la manière de se rémunérer des banques… via les marges sur taux d’intérêts, mais nous savons que actuellement, elles ne gagne presque plus rien via ce biais la, et cherchent au contraire a en gagner via des commissions sur service (payer la carte bleu, le chèque,, etc…)

    La banque centrale quand à elle pourrait être accusée de percevoir les fruits des intérêts. C’est possible, mais je sais qu’elle en reverse beaucoup aux états eux-même qui garantissent sa propre « création monétaire ». Mais il est clair son rôle central lui donne un pouvoir immense, de DIRIGER ces flux (et non pas de les créer) ou bon lui semble, et aussi de les amplifier ou non. En partie du moins car ensuite, ce sont les états, les banques, les fonds de pensions qui canalisent ces flux.

    Pourquoi est-ce que ces flux arrivent chez le marchant d’arme plutôt que sur le constructeur de moteur écologique … c’est ça le vrai problème !

  16. En réalité, et à ma connaissance, il n’y a pas des statistiques officielles la dessus, il faudrai compter la monnaie en fonction de son temps d’existence et de sa vitesse de circulation.
    Un monnaie qui stagne vaut moins qu’une qui circule.
    Une monnaie crée pour peu de temps, vaut moins qu’une pour longtemps.

    Nous n’avons pas ou peu d’information la dessus. Il faut reconstruire à partir d’indices compliqués.

    On peut dire que M3/M1 ou M0 (a déterminer par une réflexion plus profonde) est une forme de mesure de l’entropie du système économique … pas plus… (et pas moins)

  17. La monnaie PayPal n’est qu’un « sas » car sa convertion est à taux fixe (je crois) et qu’il ne peut donc y avoir de création de valeur lors de cette convertion.

    Mais il est légal de créer de la monnaie non convertible si les transactions sont « anecdoiques »
    Voir les SEL (que le gouvernement essaie de concurancer par les services à la personne car les SEL ne sont pas taxable).

    Il y a aussi les jetons de fetes foraines etc. qui font office de monnaie d’achange. La aussi il sagit d’un « sas » permettant l’échange au sein de ces mêmes fétes. Mais ce sas est à sens unique car non convertible dans les 2 sens (officielement biensur).

  18. @Ybabel

    Vous ne pouvez pas dire  » Une monnaie qui stagne vaut moins qu’une qui circule. Une monnaie créée pour peu de temps, vaut moins qu’une pour longtemps. » .. un euro vaut toujours un euro: c’est son pouvoir d’achat qui va varier c-à-d la quantité de biens que cette même quantité de monnaie va pouvoir acheter: mais si la monnaie semble moins valoir c’est que le prix des biens a augmenté.
    Une monnaie créée pour peu de temps (un crédit à la consommation de 1 euro, par exemple), vaut « unitairement » la même chose qu’une monnaie créée pour le long terme (un crédit immobilier de 1 euro) … c’est toujours 1 euro.

    Augmenter la vitesse de circulation d’un « stock » donné de monnaie (M1, M2 ou M3) permet plus d’échanges (plus de PIB) avec le même « stock » de monnaie, c’est tout ce qu’on peut dire.

    M0 n’est pas un « agrégat monétaire » qui entrerait dans M1 , c’est une erreur de le considérer ainsi. (M0, contrairement à ce qu’on voit beaucoup sur ce blog, n’est pas « les pièces et billets inclus dans M1 »)

  19. M0 est la base monétaire constituée par la monnaie centrale possédée par les banques sur les livres de la banque centrale. M0 ne circule pas dans la sphère économique.

    Les masses monétaires qui circulent dans cette sphère économique sont:

    – M1 : billets, pièces et dépôts à vue.
    – M2 = M1 plus les dépôts à termes < deux ans et les dépôts assortis d’un préavis de remboursement < trois mois
    – M3 = M2 plus les instruments négociables sur le marché monétaire émis par les institutions financières monétaires (IFM), + OPCVM + certificat de dépôt).

    M4 est très rarement utilisé (ce n’est « quasiment plus » de la monnaie car plus long à « liquidifier ») = M3 plus les Bons du Trésor + les billets de trésorerie + les bons à moyen terme émis par les sociétés non financières.

  20. M16 est aussi un moyen de paiement.
    Il permet de payer l’addition ou de la faire payer.
    Son usage pose cependant un problème, il ne peut faire office de relation binaire en cas d’utilisation, relation auquel répondent sauf escroquerie les autres agrégats monétaires.

  21. @Moi
    Je voudrais essayer de répondre à votre question que vous posez à Paul Jorion:

    « Où est le “véritable flux monétaire” puisque la banque X et Y vont se dire entre elles “on est quittes” lors de la compensation? La seule chose qui a eu lieu c’est un flux de créance de A(X) à C(Y) et de D(Y) à B(X). »

    Non, « le flux de créance » a entraîné un flux interbancaire qui a emmené les banques à se dirent « on est quitte »
    Une transaction en monnaie scripturale dans un système à plusieurs banques a toujours comme conséquence un flux en monnaie centrale même si des flux opposés peuvent masquer ce phénomène en s’annulant, c’est la raison pour laquelle pour comprendre le système il vaut mieux raisonner en flux direct.

    Est que cette réponse vous convient?

  22. @A-J Holbecq

    Monsieur Holbecq merci pour vos commentaires instructifs.

    Néanmoins une question ?

    Si les banques créent la monnaie et que leur seul problème pour la créer c’est la demande de crédit de personnes solvables pourquoi les banques en difficultés demandent-elles que l’Etat leur prête de l’argent pour continuer à accorder des crédits ?

  23. @Christophe

    Les règles de Bâle 2 imposent aux banques de détenir un certain pourcentage de fonds propres par rapport au total de leurs prêts (ratio de solvabilité): le pourcentage va entre 4% et 8% selon la « qualité » du prêt (ce qui fait que les crédits représentent sensiblement 12 à 15 fois les fonds propres en europe… beaucoup plus aux USA où les banques n’avaient pas cette règle ou du moins n’en ont pas tenu compte).
    Si les agences de notation dégradent la qualité des prêts, et c’est ce qui s’est passé, la banque va donc devoir augmenter ce pourcentage (passer par exemple de 4% à 8%). Arrive un moment où elle n’a plus assez de fonds propres et doit donc faire appel à une augmentation de capital.
    Mais elle peut aussi utiliser une augmentation de trésorerie (je crois que c’est la technique qui a été utilisée en France, sans absolue garantie de ma part), laquelle vient dans ce cas compenser la dépréciation des actifs ayant entrainé sa mauvaise notation mais surtout offrir des actifs « liquides » (immédiatement utilisables) aux banques.

    A ceci vient maintenant s’ajouter une demande de crédit s’affaiblissant (décroissance de la croissance 😉 )

  24. « Répétons-le cependant : si le « principe de conservation des quantités » n’avait pas toujours été d’application stricte pour tout ce qui touche de près ou de loin à l’argent, le capitalisme serait mort au berceau et les Bourses ne seraient jamais nées car leur accès aurait été rendu impossible par les cohortes de plaignants encombrant les rues, massés devant les portes du tribunal de commerce. »

    VOI-LA !

    A part ça, personne n’a répondu à ma question : monnaie fondante & psychanalyse ?
    C’est dommage, parce que justement le chapitre manque dans l’excellent bouquin de Dostaler et Maris, Capitalisme et pulsion de mort.
    Bref.

  25. J’ai enfin compris que le « principe de conservation des quantités » cher à Paul Jorion était simplement l’équilibre entre l’actif et le passif … ouf.
    Heureusement qu’il y a les bénéfices (ou les pertes) pour équilibrer actifs et passifs dans les bilans comptables en partie double (c’est le fait d’ajouter le résultat à l’actif (en cas de perte) ou au passif (en cas de bénéfice) qui permet aux totaux d’être égaux et donc que les quantités soient conservées)

  26. « J’ai enfin compris que le « principe de conservation des quantités » cher à Paul Jorion était simplement l’équilibre entre l’actif et le passif … ouf. »
    C’est presque ça ;-)… à ceci près que ce que actif et passif renvoie à une représentation conventionnelle de la réalité, alors que le principe de consevation des quantités renvoie directement à cette réalité elle-même.
    Enfin si j’ai bien compris…

    Si on pouvait éviter de mélanger la psychanalyse (ou autre système de croyance religieuse) avec la recherche fondamentale ce serait bien 😉
    Cela dit, Deleuze et Guattari (ceux pour qui le sujet n’existe pas – comme pour Lacan- mais en plus radical, non plus que les « pulsions », ou « l’inconscient » qui n’est qu’une illusion de la conscience, pour qui les rêves n’ont aucun sens, et qui nient qu’Oedipe joue eternellement sa scene dans la psyche), ont eux aussi leur propre approche. Je crois qu’elle est développée dans Capitalisme et Schizophrénie ou un truc du genre… Une histoire de flux…
    Je taquine

  27. @ tous : bon soir,

    QUid des SEL (systèmes d’échanges locaux) qui sont, si je ne m’abuse, des tentatives pour réorganiser une économie à petite échelle et qui aboutissent à une création de monnaie.

  28. à Paul,

    Merci d’attirer une fois de plus le débat sur la question de la création monétaire!
    Vous rejoignez de fait les positions d’Helmut Creutz, celle des geselliens et donc la mienne.
    Il faut n’être pas économiste « déformé » par un savoir encombrant et inutilement compliqué débité par les universités pour saisir des correlations plutôt simples! Silvio Gesell disait: « ils ne comprennent pas la nature de la mnnaie parce qu’elle est trop simple! »
    Non, non et non, la monnaie n’est jamais à deux endroits en même temps! Cela ne fait toujours pas sens, quelle que soit la gymnastique mentale et névrotique qui se déploit autour!

    Si les intervenants n’apprennent pas, enfin, à distinguer « monnaie » et « crédit », le débat restera sûrement stérile.

    1)Seule la monnaie liquide a cours légal et règle donc une affaire sans reste!
    2)L’achat via la carte de crédit ou par chèque, assez répandus, n’est jamais qu’un transfert de créance de la part de l’acheteur (dont le compte est débité) au bénéfice du vendeur (dont le compte sera crédité)! Au sens strict, il s’agit d’un échange d’un bien ou service contre une créance, c’est-à-dire d’un échange sans monnaie, donc du TROC!
    Dans la mesure où la « couverture » liquide du système apparaît crédible, il n’y a pas soucis avec cela, et tout cela fonctionne à la satisfaction générale, bien sûr. Cela implique aussi, évidemment, que la quantité de M1 (définition de Holbecq) de billets et pièces nécessaires aux transactions sera d’autant réduite, car les institituts d’émission, notamment que nous avons (grâce à Nixon!) abandonné la malédiction de la couverture-or, peuvent et doivent, en jouant sur les taux directeurs, aisément réduire la quantité de monnaie centrale si nécessaire, afin de limiter les risques d’inflation qui résulterait du fait que M1 pourrait faire demande en même temps que la demande via les transferts de créances. La mission des banques centrales étant bien de maintenir, autant que faire se peut, l’inflation (la hausse de prix) faible ou nulle.
    3)le crédit bancaire accordé aux particuliers ou aux entreprises pour des achats plus coûteux (maisons, voitures, investissements productifs, etc.) n’augmente, de son côté non plus, en aucune façon la masse monétaire circulante, car ce que l’emprunteur dépense en plus provient de ce que le prêteur achète en moins. Et à tout moment, on ne peut acheter que ce qui existe réellement en tant que produit ou service. On ne peut manger que ce que l’on a effectivement!
    4)la mission des banques centrales est, évidemment aussi, celle d’accompagner la croissance de la production en biens et services. Elle augmente alors M1, car nous assisterions sinon à une baisse tedancielle de prix dès lors la quantité de monnaie disponible est moindre pour un volume de produits augmenté. En période de croissance économique, la masse monétaire augmente effectivement, et, sans inflation, au même rythme que la croissance. En cas d’inflation, cette masse aura crû plus vite que la production. La déflation, par contre, se produit quand la masse reste en arrière de la production, et on sait que le climat déflationniste va même tout à fait empêcher la croissance comme telle! Pudiquement, on parle de « croissance » négative ».
    5)Nous assistons, en fait, à la situation où M1 impose TOUJOURS son rythme! Et cela a bien toujours été ainsi, surtout du temps de la couverture-or! Mais même en l’abanodonnant, cette capacit d’imposer son rythme subsiste. C’est bien pourquoi le fait que cette monnaie, que la banque centrale essaie de gérer comme elle peut, a cette propriété particulière d’être non seuilement « garantie » de l’échange en dernier recours, MAIS D’ETRE EN MEME TEMPS RESERVE DE VALEUR, est à ce point problématique!
    6) Car M1 échappe pour une bonne part aux moyens de contrôle que peut exercer la banque centrale! Les agents peuvent toujours vouloir se munir de liquide et le soustraire à la circulation. Et il le font aussi bien dans des proportions loin du négligeable! C’est pourquoi les grosses coupures ne circulent pas! Mais son bien thésaurisées quelque part dans le pays ou ailleurs (dans les coffres).
    7) Mais ceci n’est qu’un aspect du comportement capricieux du numéraire, le principal aspect est sans doute celui-ci: pour éviter ce que Keynes appelait la « trappe aux liquidités », les banques devront toujours proposer aux déposants un intérêt et donc un taux positif, car ceux-ci « oublieraient », sinon, de faire confiance à leur banque et garderaient l’argent en poche.
    8) Il résulte de cette situation que les banques devront « faire travailler » l’argent qu’elles attirent moyennant l’intérêt, et elles n’ont pas trouvé mieux que de le prêter à leur tour à ceux qui veulent investir ou consommer plus qu’ils ne pourraient sinon. Les déposants consomment en moins ce que les emprunteurs consomment en plus comme je l’ai déjà dit plus haut.
    9)Il résulte aussi de cette situation que tout investissment ne peut se faire que si le prêter se voit « garanti » au minimum le tauxmonéaire net. Sans intérêt, pas d’argent! Et surtout, pas de crédit!
    10) C’est là que la proposition de Silvio Gesell et de sa monnaie fondante, que j’appelle monnaie anticrise, fait sens!
    11) Car, la monnaie M1, un instrument public émis légalement par la banque centrale pour circuler, N’A PAS A ETRE DETOURNEE ET MISE E RESERVE PAR QUICONQUE POUR EXERCER AINSI LE CHANTAGE CAPITALISTE !
    12)Ce chantage capitaliste est tout simplement insoutenable et EST la cause même de la crise systémique que nous vivons actuellement. Cette crise s’est déclenchée au moment où les acheteurs de petites (ou trop grandes pour eux?) maisons à crédit aux USA se sont révélés insolvables et que la rente capitaliste n’était plus au rendez-vous!

    Pour parler comme Holbecq, le défaut des débiteurs a bien occasionné de la « déstruction monétaire massive », alors, qu’en fait, il s’agissait surtout d’un « retrait liquide massif » que les banques centrales essayent déespérément de combler en émettant des masses de M1 qui défient l’entendement!

    jf

  29. @A.
    Voir à ce propos un excellent petit téléfilm que j’ai regardé avec délectation : Nature contre Nature, de Sylvain Belvaux (orthographe à vérifier..) avec lui-même. C’est une bonne réflexion, très simpliste, sur le rôle de la monnaie comme pilier du pouvoir de l’Etat.
    Bonne soirée

  30. @Johannes Finckh

    En lisant votre commentaire je viens de m’apercevoir que votre vision de la chose différent quelque peu de la mienne ce qui est intéressant puisque moi non plus je ne crois pas à la création monétaire.

    Quand vous dites:  « le crédit bancaire accordé aux particuliers ou aux entreprises pour des achats plus coûteux (maisons, voitures, investissements productifs, etc.) n’augmente, de son côté non plus, en aucune façon la masse monétaire circulante, car ce que l’emprunteur dépense en plus provient de ce que le prêteur achète en moins »

    De quelle masse monétaire parlez-vous ?
    Ensuite ce que vous dites ne correspond pas aux banques de dépôts puisque les banques prêtent l’argent des nouveaux dépôts arrivant sur les comptes de leurs clients (je parle de compte DAV ce qui veut dire que les clients de la banque continuent à utiliser leur compte).

  31. à christophe, la « masse monétaire »dans ce contexte serait M1 (selon la définition de Holbecq), et celle-ci n’augmente aucunement qand la banque prête, car la banque se refinance auprès de déposants et, au besoin, auprès des autres banques. Pour l’augmenter, ce serait faire appel à la banque centrale (certes, possible, mai en principe plus coûteux que les autres ressources, ce mécanisme ne sera donc utilisé seulement en cas d’absence des autres mécanismes).

    Quant aux dépôts à vue: les clients laissant un solde positif sur leur DAV n’utilisent leur argentque dans la mesure où ils le dépensent effectivement par retrait ou par transferts de créance sur un autre compte. D’expérience statitique, la banque SAIT qu’elle peut utiliser une large part de ces dépôts pour des crédits courts, comme de découverts par exemple, mais sans doute aussi en partiepour des crédit plus long (pas trop, mais un peu sans doute!)
    jf
    pour être tout à fait clair: la somme de tous les crédits=la somme de toutes les dette à tout moment, et encore une fois, le crédit n’est pas monnaie!

    Le volume des crédits augmentent évidemment constamment tout comme le volume des dettes, cela correspond à l’enrichissement de plus en plus onscène des uns et à l’endettement public et de plus en plus répandu des particuliers!
    jf

  32. @johannes finckh
    Question d’un néophyte : je dépose sur le compte d’une banque 100, donc 100 que je ne dépense pas moi. Est-ce que ces 100 contribuent aux fonds propres de la banque? Parce que si ces 100 contribuent aux fonds propres de la banque, celle-ci peut prêter immédiatement (selon les règles de Bâle citées auparavant) de 12 à 15 fois plus à des gens qui vont les dépenser. Il y aurait donc création monétaire.
    Merci à tous les commentateurs et à l’auteur du blog.

  33. @ moi

    Imaginons que la transaction A / C ait lieu le matin et la transaction D / B ait lieu l’après-midi. Les banques qui réconciliaient leurs comptes à la fin de chaque journée décident de les réconcilier désormais deux fois par jour : à midi et à minuit.

    Ancuenne formule : compensation nulle.
    Nouvelle formule : 1ère compensation = A / C ; 2ème compensation = D / B.

    Votre illustration suggère que le système serait différent dans les deux cas, or la compensation résulte simplement du fait que l’on réconcilie des opérations sur des intervalles de temps différents – ce qui est indifférent, si ce n’est qu’en allongeant l’intervalle on donne l’occasion à davantage de transactions en sens opposé d’éventuellement se neutraliser.

    « Scriptural » renvoie au support, or le support est indifférent, seule la différence entre argent (sonnant et trébuchant) et reconnaissance de dette est essentielle, parce que l’argent est 100 % liquide, alors qu’une reconnaissance de dette ne l’est pas. Les deux ne peuvent passer pour équivalent que quand tout va bien.

  34. @charles
    en prêtant 10 ou 15 fois à partir du dépôt de 100, il n’y a aucune création monétaire!
    Car la banque prête successivement et pas simultanément, nécessairement!
    Comme disent les adeptes fantaisistes de la création monétaires bancaire eux-mêmes, chaque prêt est susceptible, dans le même mouvement, un dépôt, alors la « magie » de la création s’annulle d’elle-même.
    Si la banque devait « sortir », par contre 1500 en numéraire en même temps, elle devrait bien aussi les « rentrer » dans le meme mouvement, sauf à avoir une excellente photocopieuse pour faire de faux billets!
    Pour le crédit, au fond, ce n’est pas différent, évidemment!
    Sauf à « faire croire » combien elle serait riche? Cela ne tient pas debout sans refinancement sérieux!

    @paul
    ce que vous dites me semble simple et évident!

  35. @Johannes Finckh

    Je suis en désaccord avec vous sur ce point: pour moi M1 scripturales augmente bien que M0 reste constant.
    Je vais essayer de vous donner une explication peut être pourrez vous me dire si cela vous paraît juste.

    M1 augmente à cause du système des réserves fractionnaires combinées avec le fait que statistiquement les clients des banques ne retirent en espèce en moyenne que 8% (+ 2% de réserve obligatoire) du montant inscrit sur leur DAV ce qui permet à celles ci de prêter 90% de chaque nouveau dépôt arrivant d‘une banque concurrente .
    Si un nouveau dépôt de 100 M1 scripturale arrive d’une banque concurrente, la compensation les transformera en 100 M0 et bien sur ces 100 la banque pourra prêter 90 puisqu’elle est certaine que son client ne les lui réclamera pas en espèce et si ce crédit retourne sous forme de dépôt dans la même banque elle pourra prêter 90% de 90 etc
    Avec une seule banque sur le marché avec 100 de M0 la banque peut produire au maximum (si la demande de crédit existe) 1000 de M1 scripturale en prenant une réserve fractionnaire de 8% + 2%.
    Ces 1000 de M1 c’est le montant que doit la banque à ses clients bien qu’elle n’ait que 100 sur son compte banque centrale dans cet exemple.
    Et vous voyez qu’à chaque opération de crédit, M1 scripturale augmente alors que M0 reste constant. Les quantités de M0 sont conservées. Quant à la vitesse des flux c’est à dire le nombre d’opérations de crédits par unité de temps qui se traduit par la vitesse de déplacement de M0 dans un système bancaire concurrentiel elle dépend uniquement de la demande de crédit.
    Donc pour moi l’argent dort ( la trappe à liquidité) dans deux conditions:
    Quand les espèces sont sous le matelas et quand il n’y a plus de demande de crédit ou que l’offre de crédit est plus difficile d’accès.
    Bon il est tard je ne sais pas si c’est bien clair tout ça?
    A demain peut être.

  36. Je ne voudrais pas enlever les illusions de J. Finckh et P. Jorion, mais il semble qu’ils utilisent une mauvaise définition de la « liquidité » : Les masses monétaires M1, M2 et M3 sont ainsi classées en fonction de leur « illiquidité » croissante, et dans M1 (qui comprends les billets, les pièces et les soldes des déposants sur les comptes bancaires, inscrits en dépôts à vue dans les établissements bancaires, votre « compte courant ») les pièces et billets sont un peu plus « liquide » que les dépôts à vue, encore que, avec les cartes bancaires par exemple, le bénéficiaire est payé aussi instantanément qu’avec des espèces. Vous faites donc une confusion entre « espèces », « liquide » et « liquidité » . La liquidité est la facilité avec laquelle des actifs peuvent être convertis en type de monnaie plus liquide. Les billets en tant que tels sont très liquides, un compte sur livret l’est un peu moins, mais vous pouvez quand même assez rapidement obtenir l’utilisation de cette monnaie stockée. A l’autre extrémité de l’échelle, on trouve les bâtiments et les usines, qui ne le sont pas du tout mais qui représentent néanmoins une « monnaie potentielle ». Vouloir retirer à la monnaie sa fonction de « réserve de valeur » ne rime à rien: puisque les hommes recherchent des réserves de valeur, ils transfèreront seulement cette monnaie dans des actifs moins liquides qui, au contraire, bloqueront la circulation monétaire (la vitesse de circulation de la monnaie) et auront un effet néfaste sur les échanges: c’est la raison pour laquelle je dis que c’est le capital (toutes les réserves de valeur) qu’il faut taxer, plutôt que les supports les plus liquides en essayant de les « faire fondre ».

    L’erreur est toujours la même de la part de M. Finckh: c’est de considérer que la monnaie est une quantité « finie », comme quand elle était basée sur l’or. Non: il peut y avoir autant de monnaie que l’ont veut, il suffit d’accepter (pour le système bancaire) de monétiser des actifs à une valeur de plus en plus irréelle. Or, personne ne sait quelle est la valeur réelle d’un actif: on ne peut que dire « lors de la dernière transaction, la valeur de cet actif était d’autant » … sans pouvoir dire quelle sera sa valeur dans la minute, l’heure ou l’année qui vient.

    A part la liquidité il n’y a pas de différence fondamentale entre la monnaie papier et la monnaie de crédit. Quand ils sont dans la « bulle économique non financière » tous deux sont des actifs sur les bilans des entreprises, des Etats ou des ménages, alors qu’ils sont tous deux des passif pour le premier au bilan de la banque centrale, pour le second au bilan des banques commerciales. Et quand çà va mal, l’un n’a pas plus de valeur réelle que l’autre (la monnaie papier du Zimbabwe, bien que monnaie papier émis par la banque centrale ne valait plus rien) … et encore, j’ai des doute: à mon avis la « reconnaissance de dette » (le contrat ou la parole donnée entre deux partis valait certainement plus.. mais on revient là au troc)

    @Charles : ne croyez pas Finckh (message de 00:18 )… c’est faux : les banques ne prêtent pas plusieurs fois les dépôts successivement pour faire illusion. Elles monétisent seulement des actifs dans le cadre de règles « prudentielles » (pas toujours hélas)… c’est à dire que soit elles rendent « liquide » ce qui est le plus « illiquide » soit elles émettent de la monnaie de crédit en ayant pris en garantie ce qui n’existe pas encore.

    A l’autre question  » je dépose sur le compte d’une banque 100, donc 100 que je ne dépense pas moi. Est-ce que ces 100 contribuent aux fonds propres de la banque? Parce que si ces 100 contribuent aux fonds propres de la banque, celle-ci peut prêter immédiatement (selon les règles de Bâle citées auparavant) de 12 à 15 fois plus à des gens qui vont les dépenser. »
    La réponse est non, ce ne sont pas des fonds propres. Par contre oui, ces 100 contribuent à la possibilité de création monétaire de la banque: les règles de Bale 2 concernant les limitation du rapport crédits accordés/fond propres n’ont rien à voir avec les techniques de création monétaire scripturale avec système de réserves obligatoire et de « bouclage de la création monétaire par la nécessité d’utiliser de la monnaie centrale que doivent fournir les banques commerciales. Vous pourriez relire avec attention les liens que j’ai donné dans mon message http://www.pauljorion.com/blog/?p=2847#comment-24467 (tiens, je m’aperçois aussi que personne ne m’a contredis sur mon dernier message 🙂 )

    @Christophe, à propos de la trappe à liquidité… attention aux « faux amis »
    WP:

    La trappe à liquidité est un phénomène mis en évidence par l’analyse keynésienne, où l’État devient incapable de stimuler l’économie par la voie monétaire.

    Dans un contexte de récession, une des méthodes de relance est la diminution du taux d’intérêt et l’augmentation de la masse monétaire. Cependant, les agents réagissent à leur prévision du taux d’intérêt : si celui-ci est élevé, ils s’attendent à ce qu’il baisse, et ils veulent conserver moins de liquidités ; si celui-ci est faible, ils pensent qu’il va augmenter, et ils veulent conserver plus de liquidités. Il existe alors un taux critique, pour lequel la demande de monnaie est parfaitement (infiniment) élastique : les agents pensent alors tous que le taux va augmenter, et leur préférence pour la liquidité est alors absolue.

    L’existence de la trappe a liquidité a été postulée par John Maynard Keynes dans sa Théorie générale et reprise par John Hicks dans le cadre du modèle IS/LM, mais est longtemps restée à l’état d’hypothèse. Pour certains économistes keynésiens, dont Paul Krugman, la crise japonaise des années 1990 est un exemple concret de trappe.

  37. Je pense que chacun veux camper sur ses positions phillosophiques concernant la monaie.

    concernant « principe de conservation des quantités », il est évident que pour chaque pret il y a une contrepartie qui est l’emprunteur. Se qui au niveau comptable fournir la conservation des bilans et non des quantité. Car 100 pret a
    100 perssonnes donnent le même bilan que 10 pret a 10 personnes. Lorsque Mrs Jorion parle de quantité, ont ne sait plus vraiment de qu’elle quantité il parle. Donc ca, a cette endroits des quantité que la confusion est crée. La seul conservation de quantité n’est que la quantité d’écriture au passif égale a la quantité d’écritue a l’actif du plan comptable. Par contre les quntité de pret peuvent être bien supérieur a la quantité d’argent épargné et a la quantité d’argent de réserve.

  38. @Holbecq

    « Elles monétisent seulement des actifs dans le cadre de règles “prudentielles” (pas toujours hélas)… c’est à dire que soit elles rendent “liquide” ce qui est le plus “illiquide” soit elles émettent de la monnaie de crédit en ayant pris en garantie ce qui n’existe pas encore. »

    Quand vous écrivez qu’elles émettent de la monnaie de crédit vous ne décrivez que la première étape qui ne coûte rien à la banque puisqu’il s’agit comptablement de créditer le compte de l’emprunteur… et la suite ? vous n’en parlez pas ! Peut-être parce qu’elle vous gêne dans votre démonstration et pourtant c’est celle qui infirme toute votre théorie.
    La suite, lorsque l’emprunteur utilise cette monnaie obligeant la banque à fournir la monnaie centrale correspondante à ses concurrentes (laissons tomber l’histoire des compensations qui s’annulent, ce n’est qu’un écran de fumée )

    Et les règles de Bale 2 n’ont rien à voir avec la limitation de crédit au sens stricte, c’est un ratio entre les fonds propres et les engagements de la banque à savoir le montant des comptes courants des clients et les emprunts de la banque pour son compte propre (achat d’actif et spéculation).

  39. @Paul Jorion: « Les deux ne peuvent passer pour équivalent que quand tout va bien. »

    C’est la seule chose dont je sois à peu près sûr.
    Je n’ai pas de compréhension claire de l’affaire. Cela me dépasse. Je vais donc m’en laver les mains, comme Pilate. 🙂
    Merci à tous (Paul, Chistophe, Holbecq, Johannes Finckh, etc) pour leur patience.

  40. @Christophe

    Je ne peux pas à chaque commentaire refaire la démonstration complète, et toutes les étapes que vous me reprochez de ne pas re citer mais qui ne changent rien fondamentalement au fait que les banques monétisent des actifs (c’est à dire portent en actif de leur bilan des dettes – des actifs de leur clients – contre de la monnaie qu’elles créent et qu’elles portent au passif, sur le compte de leur client emprunteur).. j’ai donné plusieurs fois le lien sur celle ci, je le fais une dernière fois, mais encore faut il accepter de lire (ce que vous n’avez manifestement pas fait) et comprendre : http://www.societal.org/monnaie/creationmonnaiepourlesnuls.pdf

    Donc, je répète, lorsqu’une banque émets de la monnaie par le crédit, elle porte en passif (en DAV) le montant de ce crédit, en monnaie scripturale. et cette monnaie va servir à payer, toujours sous forme scripturale, de multiples fournisseurs. Statistiquement une partie de cette monnaie scripturale va être transformée par les clients de la banque en monnaie fiduciaire, banque centrale, suivant le coefficient de préférence pour les billets (lequel est d’environ 15% mais variable suivant le lieu et le moment).

    Contrairement à ce que vous écrivez, et puisque la pluspart des paiements se feront d’une manière scripturale, l’emprunteur n’oblige pas la banque à fournir toute la monnaie en monnaie centrale à ses concurrentes (ni bien sûr à l’emprunteur: vous imaginez avoir obtenu 100000 euros de crédit pour acheter un appartement et demander à la banque de vous fournir ces 100000 euros en espèces ?), mais nous n’en parlons pas puisque vous-même considérez que toutes les banques « marchent du même pas » (Keynes), c’est à dire qu’elles accordent des montants de crédits correspondant exactement à leur part de marché, les besoins de compensation sont donc nuls.

    A part cela la banque doit disposer de 2% supplémentaires (scriptural) de monnaie centrale pour les Réserves obligatoires.

    Pour le second point (Bâle 2), merci de me donner une référence sérieuse en support de votre interprétation (erronée je pense): ma référence est ici: http://www.bis.org/publ/bcbs107fre.pdf . Alors oui, on peut être plus précis que je ne l’ai été en répondant à Charles (qui posait « une question » concernant Bale2) . On peut donc préciser que dans le cadre de Bale 2 les banques ont la possibilité de calculer le risque de différente manière. Cette pondération des actifs (les actifs, pour une banque, c’est en grande partie les créances sur les emprunteurs) permet d’obtenir « la base de capital » qui détermine le niveau de fonds propres nécessaires.. le minimum de fonds propres est de 4% de la « base de capital »mais atteint plus souvent 8%

  41. Merci beaucoup à A-J Holbecq pour la clarté de ses explications.

    Je pense que cette histoire de conservation des quantités nuit inutilement à la compréhension des mécanismes de création monétaire. Certains raisonnent comme l’a rappelé M. Holbecq comme si le système « masse monétaire présente dans l’économie » était fermé. On oublie de considérer les robinets d’entrée et de sortie ou alors on écrit que les banques commerciales ne sont qu’un relais des banques centrales à travers le multiplicateur. Il ne s’agit pas tant de considérer les flux internes à ce système mais les flux d’entrée et de sortie. Alors pour simplifier les choses, il faudrait considérer comme le rappelait je ne sais plus supra, le système bancaire dans son ensemble. Et de ce point de vue, les fuites à financer se limitent aux retraits d’espèce non ? La question alors: est-ce que le niveau de refinancement ex post en monnaie fiduciaire auprès de la banque centrale revient pour celle-ci à contrôler complètement le niveau de monnaie scripturale créée par les banques secondaires ? On peut alors se poser la question suivante : le niveau de refinancement disponible est-il déterminé préalablement ou bien les banques secondaires savent-elles de toute façon qu’elles pourront toujours se refinancer ex post ? Faut-il parler de multiplicateur dou de diviseur ?

    A mon avis, la vraie question au delà du degré de liberté des banques secondaires à créer de la monnaie (enfin des moyens de paiement immédiatement disponibles) est celle de l’orientation du crédit. Existe-t-il en la matière des ratio qui obligent à financer dans telle ou telle proportion l’économie réelle, les PME… ? QUID DE L’ORIENTATION DU CREDIT ? Quelles sont les règles ?

    enfin une question pour A-J Holbecq:
    je lis que le ratio de Bâle n’a rien à voir avec la création monétaire. Si ce ratio est le rapport entre crédits et fonds propres, le niveau de fond propre limite la capacité de crédit, et partant, la capacité de créer de la monnaie scripturale, non ?
    Je ne voudrais pas m’embrouiller: les réserves obligatoires: c’est un niveau minimum de réserves en monnaie centrale sur les comptes de banques secondaires inscrits sur les livres de la banque centrale mais j’ai du mal à identifier toutes les conséquences. est-ce que je comprends bien : le niveau de passif permet un certain niveau d’actif ; les réserves obligatoires sont autant d’actifs qui ne pourront pas correspondre à des crédits, c’est bien cela ?

    merci d’avance de vos éclairages

  42. @ Holbecq:
    « A part la liquidité il n’y a pas de différence fondamentale entre la monnaie papier et la monnaie de crédit. »

    Tout à fait d’accord avec cette distinction subtile: … à part la liquidité…
    Mais, à des moments de vérité comme maintenant, c’est bien la seule chose qui compte!
    D’autre part, je maintiens que le crédit ne saurait être « création monétaire », car il y a toujours une dette en face!
    Quant à la « monétisation des actifs », la banque centrale peut bien y consentir et y consent aussi, car nul (et surtout pas la banque centrale!) ne souhaite que l’économie manque de liquidités fiduciaires.
    Et il est vrai que l’absence de l’étalon-or lui donne une marge de manoeuvre assez grande pour réalimenter toujours l’économie, au besoin même en prenant en harge des actifs toxiques, c’est-à-dire RIEN!

    QUANT à ma critique de la monnaie RESERVE DE VALEUR, je vous signale que votre objection est vraiment faible et consternante!
    Encore une fois, j’y ai déjà souvent répondu à Paul Jorion et à d’autres, tout bien stocké comme réserve de valeur ne pose pas vraiement de problèmes à l’économie (sauf sans doute la spéculation foncière qu’il faudra traiter par le biais de taxations adéquates).
    Par contre, faire de la monnaie elle-même la RESERVE DE VALEUR ULTIME COMME C’EST LE CAS MAINTENANT, voilà LE problème! Cela a un impact énorme et destabilisant sur le système et est la cause même de la crise systémique!
    Il n’y pas besoin de tricheurs, de voleurs, d’escrocs, ce seul fait suffit à maintenir le système toujours instable! et à préparer d’autres crise systémiques!

    Silvio Gesell ne tenait pas de discours anti-riches, au contraire, oil encourageait toujours l’enrichissement et l’épargne, mais, justement, il souhaitait que la monnaie soit libre (il l’appelait Freigeld ou monnaie franche) et prête à l’usage sans discontinuer, et cela incitera tout un chacun de « stocker » autre chose que la monnaieelle-même!
    C’est à ce moment-là que la monnaie perdra son caractère de capital refuge quand tous les autres biens capitaux peuvent fortement fluctuer!

    L’astuce de la solution gesellienne est précisément le fait que rien ne remplacerait la monnaie traditionnelle comme valeur refuge ultime, car les autres objets de « valeur » ne sauraient exercer un chantage comparable à la monnaie elle-même!
    Peut-être le pétrole? Je n’y crois qu’à moitié, et laà aussi comme pour le foncier, des taxes pourraient réguler un éventuel problème d’une façon adéquate. Et la taxe en monnaie (fondante) oblige quand même le marché de remettre du prétrole stocké en vente et donc de limiter l’avantage spécuatif.
    Je peux bien construire ma maison en OR MASSIF en essayer d’acheter la totalité de l’or disponible dans le monde, cela n’empêchrait pas l’économie de fonctionner et l’argent (fondant) de circuler!
    Pourquoi faut-il que je répète toujours et si souvent des choses évidentes?
    Votre critique reprend d’ailleurs la remarque de Keynes à ce sujet, et les geselliens l’ont toujours refutée comme je le fais ici.
    Quant à la trappe aux liquidités,je partage l’analyse de Paul Krugmann à propos du Japon,mais on peut l’étendre à ici, sinon, où sont les centaines de milliards injectés par les grandes banques centrales depuis six mois environ et qui « ne descendent pas dans l’économie réelle » selon la remarque de DSK, répétée par Obama?
    Et où sont les grosses coupures?

    En résumé, les banques centrales émettent autant et davantage de monnaie qu’il ne faut (et même sans réelle contre-valeur! donc en fait ex nihilo!) pour éviter que la déflation ne soit trop massive, et ceci est un acquis en lien avec l’abandon de l’étalon-or et l’orientation de la « valeur » de la monnaie à son pouvoir d’achat.
    Mais les banques centrales doivent absolument faire un pas de plus, à mon avis! Est-il concevables qu’elles émettent de la monnaie qui, simplement, ne circulera pas!
    C’est comme construire des routes interdites d’usage et réservé à un usage privé de quelqu’un d’autre que celui qui les aurait construites.
    La monnaie, bien public thésaurisable est ainsi constamment détournée légalement par quelques uns pour leur seul avantage! Est-ce plus longtemps acceptable?
    La monnaie anticrise ne vise rien de plus que donner à la banque centrale les moyens d’une politique monétaire digne de ce nom et l’instauration de prix moyens rigoureusement stables et une circulation monétaire rigoureusement stable en toute circonstance!
    jf

  43. Entièrement d’accord avec vous Mr. Holbecq je vois que vous avancez bien dans vos investigations ! J’ajouterais même que le problème est double dans le bilan des banques :

    * D’une part la sous-estimation des effets induits du surrendettement, notamment avec l’insuffisance des provisions pour dépréciation de créances douteuses. Autrement dit une augmentation des fonds propres nettement insuffisante(particulièrement pour les banques européennes).

    * D’autre part, le déséquilibre permanent entre actif et passif qui ne fait qu’empirer avec la modification récente des règles comptables. Ce décalage est révisé uniquement au moment de la vente de l’actif.

    Bref si on ajoute en plus le fait que les autorités financières autorisent une insolvabilité temporaires des banques, il devient difficile de se projeter ne serait-ce que de quelques mois dans l’avenir.
    La question centrale qui se pose est : quel est le seuil de tolérance des créanciers et à partir de quel moment vont-il tout faire pour préserver leur capital au détriment des autres…

    Finalement que ce soit par la monétisation des actifs ou en émettant des bons du trésor ou les deux, on se rapproche petit à petit de cette limite

    D’ailleurs j’aimerais bien connaître votre perception de cette limite…

  44. Je pense que les fonds propres sont IMPERATIVEMENTS contitués de monnaie de type M1 donc la plus liquide. Les banques commerciales doivent avoir en permanence sur leur compte à la banque centrales, un pourcentage minimum de leur passif (constitué de créances et du capital).

  45. @ A-J. Holbecq

    Vous confondez des enregistrements comptables d’opérations (qui s’expriment en langue comptable – soumise à ses propres conventions) avec d’authentiques flux monétaires (même si ceux-ci peuvent être « neutralisés » dans la réconciliation périodique de positions d’établissements bancaires les uns vis-à-vis des autres, débouchant sur une compensation entre eux portant uniquement sur le différentiel des flux en sens opposé).

    Les « créations » monétaires, suivies de « destructions » monétaires que vous croyez observer sont des artefacts de l’enregistrement comptable, ils enregistrent en réalité le réel déboursement d’un flux monétaire suivi de son réel remboursement.

    Le gonflement et le dégonflement des masses monétaires M2 et M3 où vous croyez lire la confirmation de ces créations monétaires « ex nihilo » résulte de deux effets combinés : le prêt des sommes déposées sur des comptes-courants (soumis à une contrainte de réserves obligatoires « fractionnaires ») et la vitesse de circulation de la monnaie reflétant le dynamisme ou l’apathie de l’activité financière (reflet souvent – mais pas toujours – de l’activité économique).

    Je vous concède que la confusion que vous faites se rencontre très souvent dans la littérature – elle caractérise en particulier la littérature financière en français.

  46. @ A-J Holbecq

    « Les billets en tant que tels sont très liquides, un compte sur livret l’est un peu moins, mais vous pouvez quand même assez rapidement obtenir l’utilisation de cette monnaie stockée ».

    Stockée ? où ?

    Vous savez bien que plus vous vous engagez à ne pas utiliser votre monnaie mise en banque plus celle-ci vous rémunère.

    Comment expliquer cela si votre monnaie dort dans un coffre et que la banque ne la fait pas fructifier ?

    Vous savez bien que la seule fraction des dépôts que la banque doit garder présente en banque centrale (uniquement en fin de journée) sont les réserves obligatoires. Tout le reste peut être converti en actifs plus ou moins liquides a sa guise.

    Plus vous acceptez de garantir votre dépôt dans la durée à la banque, plus elle l’utilisera sur le moyen et long terme et plus elle sera prête à payer pour « louer » votre argent. La monnaie des DAV, très volatils, est beaucoup moins exploitable.

    Un autre exemple, vous écrivez: « les pièces et billets sont un peu plus “liquide” que les dépôts à vue, encore que, avec les cartes bancaires par exemple, le bénéficiaire est payé aussi instantanément qu’avec des espèces. »

    Faux; si le bénéficiaire accepte la transaction immédiatement, il ne sera payé que lorsque les banques auront procédé à l’échange de valeur monétaire ordonné par le moyen de paiement et que sa banque aura reconnu cette nouvelle dette à son endroit.

    Il me semble important de bien séparer ce qui est monnaie de ce qui est monnayable, sinon tout ce qui a une valeur est monnaie. Et dans ce cas il suffirait de créer la valeur pour créer la monnaie.

    Lorsqu’une banque accorde un crédit, elle ne crée pas de valeur, encore moins de monnaie…

    Lorsque le crédit sera remboursé elle aura « créé » en tant qu’entreprise la valeur des intérêts, moins l’inflation et les frais. Elle aura mis à disposition de son client la valeur monétaire du crédit accordé lorsque celui-ci lui en aura demandé le transfert vers la banque de son vendeur, et non pas en écrivant le montant du crédit sur son DAV.

    Méfions-nous du terme « monnaie d’écriture » qui recouvre des choses différentes et pas toujours de la monnaie.

  47. merci @ shiva qui dit si bien les choses!
    Le « bien dire » est sans doute la bonne façon d’avancer!
    Pour ma part, je n’y arrive pas toujours assez bien, mais depuis que j’écris su ce blog, il me semble que nous avançons tous ensembles, y compris Holbecq vers cette évidence:
    seule la monnaie fiduciaire restera monnaie en fin de compte, on ne peut pas vraiment sortir de là, avec toute la bonne volonté que nous mettons à dire « monnayable » ce qui est transfert de créance plus ou moins rapidement!
    Car, plus holbecq essaye d’expliquer et d’exposer sa confusion entre monnaie et crédit, plus il doit se ranger à notre position!
    Je renouvelle mon appel!
    Le sort de la « création monétaire par les banques via le crédit est scellé! C’est un mythe et un artéfact!
    Si les économistes veulent devenir autre chose que les « boys » de la haute finance (ce qu’ils sont actuellement en participant au brouillage continuel des mécanisme!), il faut qu’ils deviennent geselliens!
    Abandonnez aussi sans reste tous ces modèles mathématiques et physiques soi-disant « scientifiques » dans la gestion des portefeuilles de placements. Tous ces modèles sont comme des poids et des contre poids apliqués à une réalité qui n’obéit qu’ une seule chose, jusqu’alors non prise en compte suffisamment:
    La monnaie comme valeur refuge donne le LA quoi qu’en pensent les « scientifiques » égarés dans la finance!
    La monnaie comme valeur refuge rend même inutile tout autre paradis fiscal par exemple!

    Pour remédier à cela, il n’y a que la monnaie anticrise, sans que l’on s’encombre l’esprit avec des théories compliquées et fumeuses ayant cours à la fac!
    jf

  48. @J.F.

    Car, plus holbecq essaye d’expliquer et d’exposer sa confusion entre monnaie et crédit, plus il doit se ranger à notre position!
    Je renouvelle mon appel!
    Le sort de la “création monétaire par les banques via le crédit est scellé! C’est un mythe et un artéfact!

    … vous avez le droit de le croire, mais n’essayez pas d’en extrapoler ma position: vous vous trompez, et en plus, la création monétaire est parfaitement claire en ce qui me concerne
    A demain si vous le voulez bien 🙂

  49. Pendant longtemps j’ai aussi cru que les banques « créaient de l’argent nex-nihilo » mais, le problème est que j’avais une mauvaise définition du mot argent. CEPENDANT le fait que leur système de paiement soit utilisé massivement dans la société permet PRESQUE d’interpréter les chiffres de nos comptes en banque, représentant un titre de créance sur notre banque, comme de la monnaie.

    Le problème vient du fait que c’est les banques détiennent majoritairement des actifs de plus en plus risqués, et complètements illiquides en cas de crise. Le prix de vente de ces actifs ont été tirés à la hausse par la spéculation, les ont motivé à prendre de plus en plus de risques.

    De plus c’est ces mêmes banques qui décident du prix de leurs propres actifs au moment de la signature d’un crédit : c’est le pouvoir incommensurable des banques. Lorsque le montant est un peu trop élevé, ils associent au contrat un autre bout de papier pour rendre la créance un poil plus liquide : l’hypothèque.

  50. @Holbecq

    Finalement j’ai compris, vous ne pouvez justifier la création monétaire des banques privées que grâce aux compensations de fin de journée qui par bonheur compensent les dettes des banques entre elles.
    Autrement dit si ce système n’existait pas et qu’un autre existait à la place comme par exemple qu’à chaque transaction commerciale en monnaie scripturale de ses clients la banque était obligée de transférer les fonds instantanément vers les autres banques concurrentes vous seriez obligé de constater que chaque transaction en monnaie scripturale correspond une transaction en monnaie centrale entre banques concurrentes et vous ne pourriez plus soutenir votre théorie.

    Et bien je dois dire que vous êtes gonflé parce qu’expliquer aux gens que quand ils viennent emprunter de l’argent pour acheter une maison le banquier crée instantanément la somme à prêter avec hypothèque et intérêt sur 20 ans obligeant les malheureux à trimer toute leur vie avec saisie de leur maison s’ils n’arrivent pas à payer et tout ça je le répète pour un crédit qui n’aurait selon vous strictement rien coûté à la banque hormis quelques réserves obligatoires, et bien je dois dire qu’à ce stade c’est du délire dangereux car les banques sont coupables de beaucoup de choses mais pas de ça.
    Heureusement que la majorité des gens ne vous lit pas sinon demain matin ce sont toutes les banques qui sont à feu et à sang.

  51. @christophe:
    Bavo, vous avez compris, et la banque n’a, bien entendu rien créé du tout mais simplement prêté ce que lui a été prêté par ailleurs, la banque a donc fait son travail, rien de plus!
    Au nom de quelle MAGIE DELIRANTE aurait elle pu « créer de la monnaie via le crédit » ???
    Quand j’exige des economistes uniersitaires de changer de toute urgence de logiciel je sais très bien ce que je dis!
    On ne joue pas seulement avec les définitions mais bel et bien avec l’existence même des gens qui travaillent dur pour acquérir un peit quelque chose!
    Il est scandaleux de continuer à se payer des économistes à ce point à côté de la plaque !
    jf

  52. @ Jimmy , votre message du 25 avril 2009 à 14:08 . Vous êtes parfaitement dans le vrai. Ma perception ? Lorsque le crédit a pour but de développer la richesse réelle il est sain (compte tenu des limites écologiques à ne pas dépasser), mais « consommer à crédit » n’est pas sain lorsque c’est excessif et dépasse les capacités réelles de remboursement qui, in fine, est un prêt sur les richesses futures que vous fait l’ensemble de la société. Je pense que tous ceux qui ont eu une participation dans la sphère financière et spéculative (les « activités financières » qui ne produisent rien), même s’ils disent maintenant « on ne savait pas », sont collectivement responsables du bordel dans lequel nous sommes et dans lequel nous allons nous enfoncer, car même si nous arrivons à sauver les meubles, d’autres crises encore plus graves nous attendent. Il aurait bien fallu « solder les dettes » mais on voit bien que ceux qui sont en fait responsables (à tous les niveaux) sont les premiers à faire la leçon .

    Il aurait fallu « solder les dettes » dis-je… mais ce n’est pas ainsi que ça va se passer…: +/- 300 millions vont devenir de plus en plus riches, 1 ou 2 milliards continueront à recevoir les miettes et auront, en servant les riches, la chance de « bien vivre » … et 4, 5 et bientôt 7 milliards resteront bien évidemment sur le bord du chemin, sans intéresser personne sauf quelques pompiers qui feront ce qu’ils peuvent : je crains qu’il ne soit trop tard..

    Pour votre message de 14 :15 je pense que vous mélangez ici fonds propres et réserves obligatoires : « Les fonds propres ( capitaux propres ) représentent l’argent apporté par les actionnaires à la constitution de la société ou ultérieurement, ou laissés à la disposition de la société en tant que bénéfices non distribués sous forme de dividendes. Si l’entreprise dépose son bilan, les porteurs de capitaux propres ne seront remboursés qu’après que les créanciers l’aient été intégralement.  » Les fonds propres sont au passif de la banque (comme d’ailleurs les dépôts, y compris les DAV, de ses clients) … ce sont des dettes pour elle.

    Les réserves obligatoires représentent effectivement une trésorerie dont la banque ne peut disposer (mais c’est un élément de l’actif)

    Pour votre message de 17 :55, 100% d’accord également

    En ce qui concerne le débat avec Shiva, Christophe, Paul Jorion et Johannes Finckh (entre autres), je vais faire comme tous ceux qui ont cessé d’argumenter sur ce blog, épuisés de redire toujours la même chose. Donc je clos en disant « oui, vous avez raison, je suis confusé, la monnaie fondante est notre salut collectif, les moyens de payement sont bien seulement émis par la banque centrale (coup de chance, c’est exactement ce que nous demandons à l’instar par exemple d’Allais ou de Robertson ou de cette américaine dont j’ai oublié le nom et qui s’était, une fois, exprimée sur ce blog), et nous nous contentons de les faire tourner de plus en plus vite et même parfois de les comptabiliser X fois : et tous les économistes, banquiers et universitaires se sont tous fait enfumer, et d’ailleurs, comment prêter ce qu’on a pas, évident mon cher Watson: il est évident que nous avons oublié que rien ne se perd, rien ne se crée »

    Mais si l’un des lecteurs a une précision à me demander sur « mon » système (ah, ah), je me ferai un plaisir de lui répondre . Encore faut-il qu’il ait lu au moins l’article dont j’ai donné le lien la dernière fois dans mon message du 25 avril à 13:01 et que les questions portent sur celui-ci.

  53. @Christophe (et les autres)
    Si vous ne me croyez pas moi (vous avez bien raison, vous ne me connaissez pas), vous pouvez peut être avoir la curiosité de lire sur google book « Monnaie » par Philippe Narassiguin http://tinyurl.com/cey448
    Mais peut être avez vous peur de devoir changer de paradigme ?

  54. à propos de la consommatin:
    Il est impossible que le crédit fait « augmenter » la consommation, au sens où on ne peut consommer que ce qui a été roduit réellement!
    L’emprunteur ne vient que se substituer, en tant qu’acheteur, au prêteur qui, lui, aura renoncé à consommer autant qu’il à produit, car il a justement prêté une part de son revenu!
    Si on prend, disons l’achat d’une voiture via le crédit bancaire, subventionné de plus est, par le gouvernement, cela implique que davantage de voitures seront évidemment vendues par ce biais-là, mais cela implique aussi le refinancement de la mesure par des prêts équivalents, par exemple une pression fiscale plus élevée pour tous qui affectera la consommation d’autres biens et services!
    Le crédit peut ainsi, évidemment, orienter en faveur de tel ou tel bien ou service – par exemple aussi la « consommation médicale », peu affectée par la crise du fait que le déficit de l’assurance maladie est assumé par le pays pour le moment.Par contre, la consommation d’autres biens et services ‘en sera que davantage affectée!
    Là, nous nous situaons dans le réel de ce qui se passe effectivement.
    Pour consommer davantage, un seul moyen:
    Il faut donner à chaque citoyen une subvention tout en augmentant, en même temps la production!Et cela, la monnaie actuelle ne sait plus faire, étant donné qu’elle est devenue VALEUR REFUGE dans des proportions grandissantes!
    Au lieu de stimuler l’investissement, les investisseurs sont entré dans une position d’attente, on peut dire que l’argent fait GREVE!
    jf

  55. @ Holbecq

    Veuillez m’escusez j’ai confondu fonds propres et réserves obligatoires dans mon message du 25 avril 2009 à 14:08

    @ Paul

    Vous avez supprimé mon mon message d’hier, vous pensez que je me suis fourvoyé dans l’explication du fonctionnement monétaire ?

  56. @JF
    « le déficit de l’assurance maladie est assumé par le pays pour le moment. »

    … mais tout le budget dépensé de la SS, la partie couverte par les cotisations comme la partie couverte par la collectivité (le déficit), n’est en définitive que du PIB, n’êtes vous pas d’accord? (puisque les dépenses de la SS correspondent à des revenus pour tout le « service de santé »). Qu’est ce que ça « couterait » au pays de rendre toute la santé gratuite pour tous?

    Donner à chaque citoyen une subvention (je dirais un revenu) est effectivement une bonne idée et c’est celle du Revenu Citoyen ou du Crédit Social. Mais en attendant que la production augmente, ce revenu ne doit pas correspondre à une émission monétaire sans contreparties, mais à un transfert de revenus (par l’impôt des plus riches)

  57. Je m’aperçois que j’ai omis de répondre à MarcusH qui écrit

    je lis que le ratio de Bâle n’a rien à voir avec la création monétaire. Si ce ratio est le rapport entre crédits et fonds propres, le niveau de fond propre limite la capacité de crédit, et partant, la capacité de créer de la monnaie scripturale, non ?

    Tout à fait. Si le risque augmente (i.e. le ratio passe de 4 à 8%) la banque va devoir mobiliser des fonds propres supplémentaires pour couvrir ces actifs qui se sont dépréciés et donc déséquilibrer son bilan.

    Je ne voudrais pas m’embrouiller: les réserves obligatoires: c’est un niveau minimum de réserves en monnaie centrale sur les comptes de banques secondaires inscrits sur les livres de la banque centrale mais j’ai du mal à identifier toutes les conséquences. est-ce que je comprends bien : le niveau de passif permet un certain niveau d’actif ; les réserves obligatoires sont autant d’actifs qui ne pourront pas correspondre à des crédits, c’est bien cela ?

    Les réserves obligatoires sont des « fuites » de monnaie pour une banque (au même titre que les demandes de monnaie centrale fiduciaire du public)
    Le montant est faible (2% des dépôts de ses clients, à son passif), mais limite quand même la création de crédits, puisque au moment où elle émet un crédit une banque porte ce montant en dépôt sur le compte de son client.

    On en vient aux logiques diviseur de crédit ou multiplicateur de crédit. Pour donner un exemple pour le système bancaire (privé) dans son ensemble , en admettant un taux de réserves obligatoires ‘h’ de 4% et une demande publique de billet ‘b’ de 12% , un apport de 10000 de monnaie centrale va permettre de créer 64433 de crédits nouveaux (formule du multiplicateur k = 1/b+h(1-b) …) mais de la même manière, si les banques créent 64433 de crédits nouveaux, la banque centrale sera « obligé » de fournir 10000 de monnaie centrale (« chantage » des banques privées, théorie du diviseur)

  58. @ JJ HOlbecq:
    Je suis évidemment bien d’accord, mais cela ne stimulera l’économie que si cela n’incite pas à davantage de reenue du côté des hauts revenus via l’évasion fiscale ou, plus bêtement, par davantage d’attentism des investisseurs.
    Dansmon précédent texte, vous n’avez pas relevé que ce genre de stimulation stimulerait l’importation aussi. Bien sûr, mais en se situant à un niveau plus international, je maintiens que l’on ne consomme que ce qui est effectivemnt produit.
    Et pour éventuellement stimuler l’investissement et la production de biens et services, je ne vois toujopurs rien d’autre que « obliger » la monnaie à faire ce qui est attendu d’elle, à savoir circuler en toute circonstance sans jamis pouvor se soustraire à cela!
    Quant la consommation « médicale », c’est du PIB évidemment, comme tout, mais je maintiens que ce qui est consommé en plus dans ce secteur revient à consommer moins ailleurs, tant que nous n’aurons pas le retour d’un climat d’investissement – grâce à la monnaie anticrise (fondante) par exemple!
    jf

  59. Merci aux défenseurs de chacune des deux thèses de revoir leur analyse dans un système où il n’y aurait plus que de la monnaie scripturale, donc dans un système où il n’y aurait plus de billets ou pièces créés par la banque centrale.

  60. @Gerard P.
    La formule du multiplicateur de crédit deviendrait k = 1/h .. la seule limite à la création monétaire bancaire serait donc déterminée par le taux de réserves obligatoires (mis à part évidemment la demande de crédit – des ménages des entreprises et des APU – qui est à l’origine de la création monétaire: s’il n’y a pas de demande de crédit, il n’y a pas de nouvelle monnaie de crédit )… et c’est bien ce que souhaitent les banques avec les systèmes de paiement électronique.

  61. @Finckh,christophe

    J’ais beaucoup de mal a comprendre votre logique intellectuel. D’un coté vous dites qu’il n’y a pas création de monnaie et de l’autre vous voulez quand même changer le système monnaitaire.

    Pourquoi vouloir changer de système monnaotaire si celui dans lequel nous vivons est équilibrer dans ses quantités. J’ais plutot l’impression que votre argumentation gauchiste qui consiste a ne jamais argumenter par une contre démonstration, mais par un rabachage des mêmes arguments.

    Je pense que les personnes intelligentes ne sont pas dupe de cette attitude.

  62. @A-J Holbecq

    Lorsque l’analyse conduit à remettre en cause les bases même de la réflexion, on peut; soit changer de paradigme, soit essayer de « tordre » le réel pour le faire correspondre à ses définitions.

    Lorsque vous dites: la monnaie est une réserve de valeur (ce qui est vrai) et, la monnaie est ce qui est écrit sur mon compte bancaire (ou dans les livres comptables de la banque) vous dites logiquement que la banque créée de la monnaie par une simple écriture.

    Or l’analyse des processus montre que si la banque ne possède pas la valeur monétaire inscrite sur le solde de votre compte elle est dans l’incapacité d’effectuer vos demandes de paiement.

    La somme inscrite sur votre compte ne permet pas d’effectuer un paiement, ce n’est donc pas une monnaie.

    Si je peux me permettre, je crois qu’il ne faut pas confondre; monnaie, moyen de paiement, agrégats monétaires.

    Dans le lien que vous donnez la monnaie est définie comme un instrument de paiement et d’échange accepté comme tel par le public…

    Un « instrument », le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne se mouillent pas !

    Plus sérieusement je crois que l’on est bien obligé de constater que seuls les établissements ayant un compte en banque centrale ont le pouvoir de manipuler la monnaie électronique.

    C’est peut-être un scandale, cela donne aux responsables du système bancaire un pouvoir peut-être exorbitant, insuffisamment moral et démocratique…

    Pourquoi devons nous passer par un système de dettes de banques commerciales pour effectuer nos achats ?

    Ne pourrions-nous manipuler directement la monnaie électronique en tant que particuliers non IFM ?

    Notre compte pourrait être un coffre privé personnel sur lequel serait déposé de l’argent électronique nous appartenant, sans intermédiaire commercial…

    @johannes finckh

    Merci pour le compliment :o)

  63. @ logique:
    Encore une fois, je ne dis aucunement que notre système actuel serait équilibré!
    Je dis simplement que les banques centrales agissent et peuvent agir au niveau de l’émission de monnaie centrale et que les banques s’occupent des crédits (sans création monétaire aucune!), et crédit veut dire que l’emprunteur se substitue au prêteur dans la dépense!
    D’autre part, si les banques centrales peuvent bien approvisionner en monnaie centrale, ce qu’elles font très abondamment depuis six mois, elles n’ont cependant que peu de prise sur l’usage qui est fait sur cette monnaie émise!
    Et c’est bien là que le bât blesse!
    Est-il convenable d’émettre une monnaie qui ne circule guère?
    C’est comme construire des routes interdites à la circulation!
    Je dis que la banque centrale doit obtenir que la monnaie qu’elle injecte serve effectivement aux transaction sans être détournée comme VALEUR REFUGE ULTIME, comme c’est le cas actuellement pour une large part de cette monnaie centrale supplémentaire émise.
    C’est cautionner un usage spéculatif et purement capitaliste de la monnaie supplémentaire!
    Si je suis « gauchiste » comme vous dites, ce serait en effet le cas dans la mesure où mes propositions, inspirées de Silvio Gesell, auront un réel effet anticapitaliste, je vous l’accorde.
    Mais je dis cela, non pour fustiger les « riches » qui ont le droit de l’être peut-être, mais ce qui rend le capitalisme si instable et a conduit à la crise systémique c’est la monnaie se refuse à l’usage qui est attendu d’elle.
    Je rabâche aussi, mais il me semble que je démontre au moins autant que d’autres!
    Vos questions me font dire qu’il faut bien que je répète encore.
    Vous vous dites « logique », soit, mais appliquez donc la logique à ce que je dis, logique, non?
    jf

  64. merci à shiva de me soutenir avec de si bons arguments qui contribueront, je suis sûr, à clarifier le débat!
    Je vous proppose, en cadeau, si vous le souhaitez et si vous ne l’avez pas encore un de mes derniers ouvrages de l’ordre économique naturel de Silvio Gesell, publié en 1948.
    Vous pouvez aussi le télécharger : Silvio-Gesell.de
    jf

  65. Vous voulez savoir pourquoi les banques centrales arrose les banques de monnaie, je vais dire d’ecriture scripturale, tout simplement pour faire face aux contreparties entre les banques et éviter que tout l’édifice se casse la figure. Masi pourquoi se casserait il la figure puisque les bilans des banques sont suposé être équilibré. Tout simplement parce que les bilans ne sont plus équilibré parce que beaucoup d’actif considérer comme réserve ont perdu de leur valeur. Donc le raisonnement logique voudrait que l’argent des BCE ne sert qu’as renflouer et a faire en sorte que les réservent soient suffisantes pour évité aux banques des banqueroute en chaine.

    En quelques sorte les banques centrales ne font que remplir leur role d’assureur en dernier recours en emmettant des nouvelle écriture aux niveaux des BCE afin de garantir la solvabilté des banques. C’est d’ailleurs pour cela qui cette argent ne redescent pas dans l’économie réelle, puisque cette argent n’est pas réelle et qu’il ne doit pas sortir du système financier et venir perturbé la système économique réelle qu’est la production.

  66. @ logique:
    logique!
    Sauf en ne « descendant pas dans l’économie réelle », il n’y a donc aucun espoir que cela reparte et que cesse la casse?
    Je rappelle que les emprunteurs subprime qui ont ainsi acheté leurs maisons sont des personnes physiques avec des familles! Même des bébés, et qui se trouvent dehors, exposés au chaud, au froid et à la pluie, logique, non?

    Les banques centrales n’assureraient donc rien du tout, sauf, peut-être un pseudoéquilbre des banques dont tout le monde s’en fout, étant donné qu’elles ne peuvent pas prêter à qui n’a plus rien!
    Celui qui touche un salaire par millions n’est nullement empêché de retirer autant de monnaie liquide qu’il veut, et, croyez-moi, ils le font plus souvent qu’à leur tour!
    Avez – vous vu circuler beaucoup de grosses coupures, dûment émises par les banques centrales?
    De même, les « actifs toxiques » n’ont pas été payés en « monnaie scripturale » mais contre de la monnaie centrale en numéraire, car les banques en avaient « besoin » entre elles!
    Et pour payer les épargnants devenus méfiants!
    logique, non?

  67. Mais le problème des subprime, c’est tout simplement une perte nette, pour une partie des prêt. Pertes qui aurait pu être évité si les banques auraient rééchelloné les crédit, plutot que d’obliger les emprunteurs de faire faillite. M’enfin pour moi c’est juste un moyen comme un autre de créer des crises majeurs. Les USA n’en sont pas a leur coup d’essaie. A la seul difference que même si elle ont planté beaucoup d’autre pays, Se coup elle se sont tirrer aussi une balle dans le pied.

    Se n’est pas la monnaie qui est en cause, c’est tout simplement sa gestion. Si vous avez une arme chez vous et qui vous ne vous en server que pour tirzer sur une cible il n’y aura pas de problème. C’est a partir du momment ou cette arme vous sert a tirer sur votre voisin que l’arme devient un danger. Dans se cas se n’est pas en changeant le type d’arme que vous changerez le type de personne qui s’en sert.

  68. @ johannes finckh

    J’accepte avec joie, je n’ai rien lu sur la monnaie fondante, à part quelques posts piochés au hasard sur ce blog.

    Je suis allé sur le site Silvio-Gesell.de mais comme c’est en Allemand…

    Est-il possible de télécharger une version Française ?

  69. L’analyse passionnante d’Irving Fisher : 100% money
    pour mettre « la monnaie à l’abri des prêts ».

    Chers amis,

    Je vous signale ce travail de Sylvie Diatkine, une passionnante synthèse de l’œuvre d’un grand esprit — Irving Fisher était admiré des plus grands : Keynes, Friedman, Allais, Galbraith, etc. — où chacun pourra ici constater que notre débat sur la monnaie (« Faut-il continuer à autoriser les banques à nous imposer leur fausse monnaie à l’occasion du crédit ? ») est non seulement une vieille affaire mais surtout le possible cœur nucléaire, toujours actif, des crises économiques.

    Notre (parfois âpre) discussion est sûrement une excellente piste pour trouver une solution durable aux pires défauts du système actuel.

    J’ai encore mis dix nouveaux livres sur ma pile 😉

    Amitiés.

    Étienne.

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    « Tout pour nous-mêmes et rien pour les autres » semble avoir été à toutes les époques du monde la vile maxime des maîtres de l’humanité. »
    Adam Smith, « La richesse des nations », Livre III, chapitre 4.
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    « La monnaie à l’abri des prêts » : le plan de I. Fisher (1935)
    à l’origine des propositions de « narrow banking »
    (1)

    par Sylvie Diatkine (2)

    Communication aux 20èmes Journées Internationales d’Économie Monétaire et Bancaire, Birmingham, 5-6 juin 2003.

    Source : http://www.univ-orleans.fr/deg/GDRecomofi/Activ/diatkine_birmingham.pdf

    Les débats fondateurs des XVIIIe et XIXe siècles jusqu’au début du XXe siècle portent sur le lien entre la monnaie bancaire et le crédit et son influence sur les cycles. Les conséquences de la prise de risques par les banques au niveau de l’instabilité bancaire sont mises en évidence, notamment celles du risque de liquidité. Ce dernier est lié au caractère liquide du passif de la banque qui fournit ainsi une « assurance de liquidité » alors que l’actif est illiquide. Il en résulte la possibilité de crise de liquidité et la nécessité de l’intervention du prêteur ultime.

    En même temps, une question récurrente au sein de la théorie bancaire est justement celle des moyens de réduire ces risques source d’instabilité en agissant au niveau du rapport entre monnaie et crédit(3). L’étude de ce débat fait ressortir l’opposition entre deux conceptions de la banque. Soit une banque qui « transforme » des réserves préexistantes en monnaie bancaire soit une banque qui crée de la monnaie bancaire à partir du crédit. Certains auteurs choisiront une solution maximale en envisageant de séparer le crédit de la monnaie et en supprimant le risque de liquidité. Cette solution a donné lieu à diverses propositions de réformes bancaires. Nous étudierons celle de I. Fisher, présentée dans 100% Money, 1935. Les deux fonctions maintenant séparées soit de fourniture de crédit soit de gestion des paiements seront le fait de banques spécialisées afin de limiter les répercussions, sur le système de paiements, de l’instabilité introduite par le cycle du crédit. L’émission de monnaie bancaire doit être couverte à 100 % par des réserves, afin que la « monnaie ne soit plus à la merci des prêts ».

    Cependant, I. Fisher, s’il se préoccupe des crises bancaires, voulant éviter les conséquences du risque de transformation et de liquidité pris par les banques sur la monnaie, n’envisage de les réguler que par le moyen de la politique monétaire et la variation de la quantité de monnaie de base et non par une régulation du crédit. Ici la politique bancaire disparaît.

    On trouve aujourd’hui des propositions de réforme bancaire visant à instaurer des banques avec 100% de réserves chez M. Allais ou chez M. Friedman(4) ou des « banques étroites » (narrow banking). D’autres projets encore ont pour but de remplacer les banques par des institutions financières de type « money market funds » ou fonds mutuels investis en titres du marché monétaire(5).

    L’objet de cette communication est de retracer l’origine des propositions contemporaines de « narrow banking » dans l’histoire de la pensée économique. Pour ce faire, nous nous concentrerons sur le plan de I. Fisher exposé dans 100 % Money (Adelphi, NewYork, 1935). Il est aussi à la base du plan de l’École de Chicago(6) qui s’insère dans le débat entre partisans de règles ou d’une politique discrétionnaire en matière de politique monétaire. L’importance des crises bancaires durant la Grande Dépression du début des années trente incite en effet les auteurs à s’interroger sur leurs causes. Mais certains vont proposer des solutions radicales puisqu’il s’agira de faire cesser toute création de monnaie à partir du crédit. Ils vont donc proposer d’aller plus loin (mais dans la même ligne) que l’École de la circulation et l’Act de 1844 en Angleterre.

    Le plan de la communication s’organise de la façon suivante. Nous rappellerons l’origine théorique de la réforme proposée par I. Fisher qui se situe dans les arguments de l’École de la circulation puisqu’il y fait référence lui-même (Fisher, 1935, p. 18 et pp. 46-48). Puis nous exposerons, dans un deuxième temps, la conception de la monnaie présentée dans l’ouvrage et la critique portée au système de réserves fractionnaire (« la monnaie ne doit pas être à la merci des prêts »). Dans une troisième étape, nous donnerons l’essentiel du contenu du plan de réforme tant du point de vue de la théorie bancaire que des règles de politique monétaire (« banques étroites et nationalisation de la monnaie »). Enfin, nous montrerons les liens entre le plan de Fisher et les propositions contemporaines de « narrow banking ».

    L’ensemble des propositions de réformes monétaires de Fisher et les recherches théoriques sur lesquelles elles s’appuient sont motivés par la volonté de stabiliser la valeur de la monnaie et par la conviction que les fluctuations de l’activité économique ont pour origine des faits monétaires. Elles débouchent sur la nécessité de la mise en œuvre d’une politique monétaire reposant sur une règle a priori et quantitative d’offre de base monétaire par la banque centrale pour réguler la valeur de la monnaie(7) et éviter tout rôle déstabilisateur de la monnaie, position qui n’a pas varié tout au long de son œuvre.

    Selon H.E. Loef et H.G. Monissen(8), le développement de ses projets de réforme par Fisher s’inscrit dans deux phases de recherche de leurs fondements théoriques. La première met en évidence la nature monétaire des fluctuations économiques dans The Purchasing Power of Money (1911). Plusieurs articles tels que « The Business Cycle Largely a « Dance of The Dollar » » (1923) en sont aussi des exemples. La deuxième se situe après la Grande Dépression qui incite Fisher à modifier ses vues théoriques sur l’origine des booms et dépressions qu’il attribue à des mécanismes d’endettement et de déflation par la dette(9). Cependant, on retrouve ses conceptions antérieures quant à l’offre de monnaie puisque la déflation se manifeste par une baisse du niveau des prix et trouve son origine dans la contraction du stock de monnaie sous forme de dépôts bancaires(10). Ses propositions de politique monétaire sont alors la « reflation » afin de sortir de la déflation, ce qui est compatible avec une règle de politique monétaire de long terme, qui elle-même doit s’appuyer sur une proposition de réforme du système bancaire lui imposant un coefficient de réserves de 100 %, afin d’assurer ainsi un complet contrôle de la base monétaire.

    1. l’origine du plan de réforme de 1935 de I. Fisher

    L’origine du plan proposé par I. Fisher se situe dans l’analyse des limites et insuffisances de la réforme de la Banque d’Angleterre de 1844 et des théories de l’École de la circulation pour éviter les crises bancaires et stabiliser le système monétaire. En effet, I. Fisher tire les conclusions de l’ensemble des débats entre l’École de la circulation et l’École de la banque(11), se situant ainsi du côté des théoriciens de l’École de la circulation, tout en complétant leurs propositions. Si la monnaie est créée par les banques à partir du crédit, ce qui est cause de crises bancaires. Les fluctuations de la quantité de monnaie et les fluctuations de prix en résultent. En effet, selon I. Fisher, si les crises bancaires sont néfastes, c’est parce qu’elles aboutissent à une diminution de la quantité de monnaie. Il faut donc empêcher cette production de monnaie à partir du crédit.

    Selon l’École de la Circulation, ceci est lié au fait que la Banque d’Angleterre, avant la réforme de 1844, ne respecte pas une liaison stricte entre ses émissions et l’évolution de ses réserves en métal. Ceci fonde l’argumentation essentielle de ses partisans pour justifier la nécessité de la réforme de la banque d’Angleterre en 1844. Car, selon eux, on peut même dire que, en retardant l’échéance, les directeurs de la Banque sont contraints ultérieurement à un freinage encore plus sévère qui provoque des faillites encore plus larges de banques(12) et des fluctuations amplifiées de l’activité économique. Le problème est donc d’abord celui de la proportionnalité entre réserves et émissions de monnaie bancaire(13).

    Les crises bancaires sont donc en réalité le résultat de l’action publique car, en raison d’une mauvaise politique, la structure du crédit et de la monnaie risque d’être détruite. Et si la banque d’Angleterre doit ensuite intervenir comme prêteur ultime, c’est du fait même de ses propres erreurs antérieures de politique monétaire(14). Dans ce cadre, la surémission de monnaie est créée par celle de la monnaie de base (les billets) et le remède relève seulement de la politique monétaire (une règle automatique de régulation de la base monétaire en stricte proportion de la quantité de réserves métalliques dans les coffres de la Banque). Ceci permettra d’éviter tout retard d’ajustement entre les mouvements de métal et ceux de la masse monétaire et des instruments de crédit. Il est alors possible de réguler l’activité de toutes les banques à l’aide de la politique monétaire de la banque centrale car les billets de la Banque d’Angleterre servent de monnaie de réserves pour les banques locales ; le système bancaire est déjà hiérarchisé. Les billets de la banque centrale ne sont mis en circulation que par l’escompte. Ils peuvent être redéposés en compte à la banque. Celle-ci peut faire de nouvelles avances à partir de ces dépôts. Ils sont ainsi reprêtés selon le mécanisme connu du multiplicateur de crédit qui a été introduit par Torrens(15). Bien que les dépôts puissent faire office de moyens de paiement, ils n’en constituent pas moins des instruments de crédit et non de la monnaie qui se limite aux billets et pièces. Ils ne forment que le prêt d’une monnaie préexistante et sont de la monnaie « déléguée »(16). Cette thèse caractéristique de l’École de la circulation s’écarte de l’analyse selon laquelle, à l’inverse, ce sont les instruments de crédit qui deviennent des moyens de circulation (la monnaie ne préexiste pas au crédit). Selon l’École de la circulation, si ce coefficient multiplicateur est suffisamment stable et si la création de billets est régulée, il en résulte que toute l’offre de monnaie et de crédit est contrôlée puisque la base à laquelle s’applique le multiplicateur est bloquée. Les dépôts se contractent selon un facteur multiplicateur (du fait du coefficient de réserves) en réaction à la contraction des billets. Cependant, un auteur comme Torrens se rend compte de l’instabilité du multiplicateur (Torrens, 1858).

    Apparaissent donc ainsi établis les principes d’une régulation du crédit à partir de l’offre de monnaie(17). Il n’y a donc pas lieu de distinguer deux fonctions séparées de la Banque d’Angleterre : d’une part celle de réguler la valeur et la quantité de la monnaie, et d’autre part, celle de soutenir la structure du crédit national c’est-à-dire, d’une part, celle de mener la politique monétaire et, d’autre part, celle de prêteur ultime. Car pour accomplir ces deux fonctions elle doit se reposer sur le même principe et le même mécanisme qui est celui d’une stricte proportion entre ses émissions et ses réserves, principe dont elle ne doit pas s’éloigner et qui ne souffre aucune exception même en des cas particuliers. La réforme de 1844 appliquée à la Banque d’Angleterre permettra justement de mettre en œuvre de façon indéfectible ce principe.

    L’Act de Peel divise la Banque d’Angleterre en deux départements : le département d’émission (issue department) et le département de banque (banking department). Le but est d’obtenir ainsi que la variation de la quantité de billets émis suive exactement la variation de l’encaisse-or de la banque c’est-à-dire les mouvements d’entrée et de sortie d’or du pays. Le mécanisme mis en place aboutit à limiter automatiquement les opérations de crédit du département de banque par le niveau de l’encaisse or du département d’émission. Seul le département d’émission émet les billets couverts à 100% par le métal et ne les remet au département de banque que contre l’or que celui-ci lui apporte. Les billets sont ensuite mis en circulation à l’occasion des escomptes par le département de banque. Les liquidités du département de banque sont donc obtenues sous forme de billets qu’il reçoit du département d’émission et dont il garde une partie en réserves. Ainsi son activité est limitée par ses possibilités d’obtenir ainsi de la liquidité. L’émission des billets à l’occasion des escomptes ne repose plus sur le comportement autonome et discrétionnaire de la banque d’Angleterre qui pourrait abuser de son pouvoir et imposer une « circulation forcée » mais sur la volonté du public de détenir des billets et sur les forces « naturelles » d’équilibre des paiements extérieurs. Il s’agit d’une première forme de ce que l’on appellera ensuite une caisse d’émission.

    Cependant, les insuffisances de l’Act de 1844 ont été notées. En particulier, s’il règle l’émission de billets, il ne permet pas de réguler les autres instruments de crédit qui servent aux paiements, tels que les instruments scripturaux (comptes qui circulent par chèques ou virements)(18). Donc la surémission de monnaie peut continuer sous d’autres formes que les billets. Celle-ci résulte de l’instabilité du multiplicateur et de la substitution entre formes de monnaie. À partir d’un même niveau de billets, une proportion variable d’autres instruments de crédit peut être créée. C’est ce que note I. Fisher.

    « In England the inadequacy of reserves against notes had scarcely been remedied in 1844 when it reappeared on the form of indequacy of reserves against deposits. When Sir Robert Peel applied essentially a 100% principle to part of the English note issue, checking deposits had not yet become a problem. They scarcely existed. But they speedily became a problem through the same abuse which had previously made bank notes a problem. (…)

    Instinctively, checking deposits were resorted to by banks as a way of circumventing the restrictions on note issues. This modern deposit peril thus takes place of the old bank note peril. » I. Fisher (1935), p. 46.

    Les erreurs de l’Act de 1844 ont été reproduites, aux États-Unis, par le Federal Reserve Board, qui se préoccupe de maintenir le niveau de réserves par rapport à ses billets et non par rapport aux dépôts (notamment les réserves en métal ; pour Fisher, le problème n’est pas le niveau des réserves métalliques, et il faut même supprimer l’étalon-or). Aux États-Unis se développe aussi la quasi monnaie par substitution aux billets. Or, il y a plus de risque de demande de remboursement par les clients des dépôts que des billets du FED.

    «Or if 40% is necessary for the notes, much more than 40% ought to be required for deposits. The reason why the two reserve requirements are so inconsistent is doubtless to be found in history. Bank notes had been subject to long abuse –« wild cat banking » -the memory of which now deters the bankers from exploiting notes ; but deposits have behind them no such history or memory. So deposits are exploited by the bankers of today as their forefathers exploited notes. The present depression is the logical result. » I. Fisher, 1935, p. 50

    C’est pourquoi, si l’on veut rendre les principes de l’École de la circulation efficaces, afin d’imposer une proportionnalité stricte entre circulation monétaire et réserves, il faut se concentrer sur le problème de la monnaie qui circule sous forme de chèques (checking deposits) et lui imposer aussi (ce que n’a pas fait l’Act de 1844) un coefficient de réserves de 100 %. Il faut réguler les dépôts, mettre la monnaie à l’abri des prêts qui créent les dépôts. Cette réforme est nécessaire car le système actuel est responsable des crises bancaires et de la destruction de monnaie qu’elles ont entraînée dans le cadre de la Grande Dépression.

    2. « la monnaie à la merci des prêts » et les cycles

    Cette réduction de la masse monétaire a accentué la crise économique dans le secteur réel. En effet, I. Fisher se réfère à son analyse de la déflation par la dette, une présentation de la récession accentuée par le surendettement (Fisher, 1935, chapitre 7)(19). Il montre l’enchaînement de causes qui conduisent à la liquidation d’une situation de surendettement : les ventes de détresse, la contraction de la monnaie bancaire qui circule par chèques lorsque les prêts bancaires sont remboursés, le ralentissement de la vitesse de circulation, une baisse du niveau des prix puisque la masse monétaire et la vitesse se réduisent, une baisse encore plus grande de la valeur nette des entreprises précipitant des faillites, une baisse des profits, de la production et de l’emploi, une perte de confiance et la thésaurisation, une baisse du taux d’intérêt nominal et une hausse du taux réel conformément à la théorie du taux d’intérêt de Fisher selon laquelle le taux d’intérêt réel est le taux nominal déflaté des prix. Selon lui, ce schéma est aggravé car la monnaie bancaire est créée à partir du crédit bancaire ; il en résulte que la contrainte de remboursement des crédits pèse sur la masse monétaire et la contracte. Ce fait est la cause primordiale de la baisse des prix si l’on applique la théorie quantitative de la monnaie et que le niveau général des prix est déterminé par la quantité de monnaie.

    Ainsi selon Fisher, le fait essentiel de la crise est la destruction de monnaie par les banques ; les booms et dépressions donnent lieu à des fluctuations de la monnaie émise par les banques. La monnaie est à la merci des prêts. Et ceci est dû au système de réserves fractionnaires qu’appliquent les banques car c’est dans ce système que la monnaie est créée par les crédits ; c’est donc pour éviter les crises que Fisher propose un plan de réforme de ce système.

    « Thus our national circulating medium is now at the mercy of loan transactions of banks ; and our thousands of checking banks are, in effect, so many irresponsible private mints.

    What makes the trouble is the fact that the bank lends not money but merely a promise to furnish money on demand – money it does not possess. The banks can build upon their meager cash an inverted pyramid of such « credit », that is , cheching book money, the volume of which can be inflated and deflated. » I. Fisher (1935), p. 7.

    En effet, la monnaie bancaire (sur les comptes de chèques) selon Fisher est totalement différente de la monnaie manuelle. La première représente la seconde et, pour être acceptée, nécessite la permission spéciale du créancier qui la reçoit. De plus, dans le cadre du système actuel de réserves fractionnaire, si tous les déposants demandaient en même temps leur monnaie sous forme liquide, les banques ne pourraient leur fournir à moins de pouvoir réaliser des actifs. Car, depuis le temps des « goldsmiths », les banques ne conservent pas toutes les liquidités qui sont déposées chez elles en caisse. Elles les reprêtent. Au-delà de la fonction de banques de dépôt ou de simple dépositaire en consigne (qui au début était liée à un coefficient de réserves de 100 %), elles ont acquis celle de banque de prêt qui implique un coefficient de réserve fractionnaire (inférieur à 100 %). Ce fut l’évolution de la Banque d’Amsterdam (Fisher, 1935, chapitre 3).

    Il est ainsi possible, par exemple, que la banque reprête ses réserves dix fois car I . Fisher parle du système actuel comme d’un système « 10 % réserves ». À partir d’un dépôt initial d’un premier client, elle fait un premier prêt sous forme d’une ouverture de découvert à un autre client (tandis que le premier, détenteur du dépôt initial, peut toujours aussi bien utiliser son dépôt pour payer), prêt qui donnera lieu à retour dans ses livres en un nouveau dépôt. À partir de ce nouveau dépôt s’opère un autre prêt à un autre client qui opère un nouveau dépôt et ainsi de suite… Le volume total des prêts et donc de la monnaie sur les comptes de chèques est donc égal à dix fois le volume des réserves initiales (la véritable monnaie manuelle) déposées chez elle(20).

    Le mécanisme suppose qu’il n’existe qu’une seule banque dans la communauté. Il y a donc multiplication de la monnaie bancaire sur les comptes de chèques(21). Les banques sont des firmes qui « produisent « de la monnaie. Le problème est que si la monnaie est créée à partir des prêts, elle est aussi détruite par leurs remboursements. Quand la déflation arrive, les banques cessent de prêter et le public est privé d’une partie de la circulation monétaire. Ce mode de création de la monnaie la soumet à des fluctuations très fortes. On retrouve donc le problème déjà posé par l’École de la circulation, à savoir la multiplication des crédits qui crée une surémission de monnaie et détend le lien entre monnaie et réserves, introduisant une source de fluctuations plus grandes de l’activité économique.

    « If the two parties, instead of being a bank and an individual, were an individual and an individual, they could not inflate the circulating medium by a loan transaction, for the simple reason taht the lender could not lend what he didn’t have, as banks can and do. (…)

    Only commercial banks and trust companies can lend money which they manufacture by lending it. The Savings Bank does not create its deposits. It lends the funds deposited in it. And by the same token, two individuals cannot deflate the circulating medium by liquidating ; neither can a savings bank and an individual. » I. Fisher (1935), p. 38

    De ce fait, les banques vont ainsi créer la déflation. Car elles cherchent à augmenter leurs réserves afin de diminuer leur risque de liquidité et il y aura une diminution nette de la quantité de monnaie.

    « The banks get cash from the public by calling such loans as are call loans, or by refusing to renew loans coming due, or by selling to the public some of their investments. They demand cash in order to meet demands for cash by their depositors, so that the actual cash they pay out now adds nothing at all to the public’s net total volume of cash, since it must come out of the public in the first place. The bank simply robs Peter to pay Paul. But the deposits, of course, shrink with every pay-off of deposits, so that the total circulating medium in the hands of the public shrinks by the shrinkage of deposits. » Fisher (1935), pp. 64-65

    « In this contest the banks will not be content to get money from the public merely fast enough to pay back to the public. They will, in most cases, get it faster than that, so as to be in a « more liquid » position to weather the storm. (…) But the dominant motive of the banks is to save their own skins, and the net result is to increase their cash reserve at the expense of the circulating medium of the public. In effect, they, for the time, become the enemies of the public » Fisher (1935), p. 68

    Il est vrai que ceci n’est possible que s’il n’existe pas de prêteur ultime. La crise selon Fisher ne se manifeste donc pas seulement au niveau microéconomique par des faillites bancaires mais aussi au niveau macroéconomique par une contraction du stock de monnaie selon la logique quantitativiste. On retrouve ce type d’explication des conséquences de la crise des années 1930 chez M. Friedman(22). D’où la nécessité d’une régulation monétaire.

    Durant les crises, il se produit en effet des variations du taux d’intérêt très abruptes. On se souvient des arguments des partisans de l’École de la circulation selon lesquels les fluctuations du taux sur le marché monétaire sont plus fortes dans un système à réserves fractionnaires du fait de la succession des booms et dépressions, due aux retards de la politique monétaire en cas de sorties de métal. Selon Fisher (1935, p. 106), les facteurs déterminants du cycle sont le surendettement par crédit bancaire et la déflation(23) qui s’en suit.

    Dans le cas d’un boom, qui peut démarrer s’il existe une différence positive entre le taux de profit et le taux d’intérêt, le taux nominal monte d’abord ; mais le taux réel d’intérêt baisse (en dessous de zéro) du fait de l’inflation et de la dépréciation de la monnaie, ce qui favorise encore les emprunteurs et les incite au surendettement. Il se produit donc une évolution divergente du taux d’intérêt nominal et du taux réel (Fisher, 1935, p. 130). L’inflation se développe de façon cumulative tant que le taux d’intérêt n’a pas retrouvé son niveau normal. Le retournement du cycle s’opère parce que les banques relèvent leur taux nominal, du fait de la baisse de leurs réserves. Le taux réel monte au-dessus de son niveau normal et il se produit alors une déflation cumulative, pour des raisons symétriques de celles de la phase précédente.

    L’effet de la hausse des taux d’intérêt réels se fait sentir sur l’ensemble de l’encours des dettes passées accumulées et non seulement sur les nouveaux prêts. Fisher décrit, certes, l’enchaînement des événements de la déflation par la dette qui inclut une baisse de la valeur nette des entreprises, précipitant les faillites (Fisher, 1935, p. 108). Mais il insiste sur un second effet, qui est lui monétaire, puisqu’il consiste en une contraction des encaisses nominales agrégées et en une baisse du multiplicateur de base monétaire (par fuite des dépôts mais aussi par augmentation des réserves des banques par rapport aux dépôts puisque les banques cherchent à contracter le volume de leurs prêts, ce qui est indépendant des paniques bancaires), qui empêche le mécanisme stabilisant de l’effet d’encaisse réelle de jouer(24). Ce dernier effet monétaire n’est pas une nouveauté par rapport aux analyses de 1911. On retrouve un cadre quantitativiste. Car on doit noter que, dans le texte de 1935 (100 % Money) que nous analysons, Fisher insiste particulièrement sur l’effet monétaire pour justifier son plan de réforme bancaire.

    C’est pourquoi, en réalité, le système actuel de « 10 % réserves » ne favorise pas les emprunteurs. Il semble que le taux d’intérêt nominal soit plus bas en raison de l’accroissement de la quantité de prêts permis par l’existence des banques mais cet avantage est illusoire du fait des booms et dépressions. Car les emprunteurs y perdent en fait plus qu’ils n’y gagnent car ils perdent leur solvabilité et crédibilité et subissent la réduction de l’offre de crédit lorsque les banques ont besoin de liquidités.

    Il faut bien comprendre, selon Fisher (1935, p. 124), que, si l’emprunteur quelconque (c’est à dire de petite taille et qui n’a pas de poids dans la négociation avec la banque) paiera peut être un taux nominal plus haut dans le système à « 100% réserves », sur le long terme celui sera plus stable. Alors qu’aujourd’hui il varie grandement et de plus, dans certaines circonstances comme les dépressions, d’ailleurs créées par les banques, cet emprunteur ne peut pas emprunter du tout, même à n’importe quel taux, car les banques doivent reconstituer leur liquidité et cessent de prêter.

    3. le plan de réforme de I. Fisher

    L’idée essentielle consiste à supprimer le lien entre crédit et monnaie. Les banques devront observer un coefficient de réserves de 100 %. Tous les comptes de chèques ne pourront faire circuler que de la monnaie déjà « en caisse ». Le but est d’aligner toutes les formes de monnaie bancaire sur les billets ; aller au-delà des principes de l’Act de 1844 en imposant la même règle aux dépôts qu’aux billets. Fisher pense même que le problème des billets n’est plus important puisque la monnaie est principalement composée de comptes chèques.

    La monnaie sera émise par une commission spéciale et gouvernementale ; elle sera remise aux banques contre la partie de leurs actifs qui correspond à leurs prêts. Elle servira donc de réserves aux banques et ne pourra pas, par elle-même, faire varier la circulation monétaire du pays. Il y aura donc substitution de cette monnaie aux titres des banques et à l’avenir, une fois ce processus terminé, un coefficient de réserves de 100 % en cette monnaie sera observé à tout moment. Les dépôts étant entièrement reliés aux réserves, tous les instruments de paiement se comporteraient comme les réserves, comme s’il s’agissait d’une circulation de monnaie manuelle uniquement. On retrouve les propositions de l’École de la circulation : une circulation de papier qui se comporte comme s’il s’agissait d’une circulation métallique (des certificats de métal), comme si les réserves métalliques circulaient. Dans le système proposé par Fisher (« 100 % money » à distinguer du système actuel de « 10 % money »), il n’y a plus de différence entre ce qui est monnaie manuelle (monnaie effective) et instruments de crédit qui circulent.

    Fisher précise qu’il s’agit d’un plan de nationalisation de la monnaie mais non de l’activité de banque ou de crédit (Fisher, 1935, p. 18). L’émission de monnaie est gérée par l’État et elle est distribuée et mise en circulation (sa répartition entre les utilisateurs d’une masse prédéterminée par l’État) par les banques privées.

    « Let the Government, through an especially created « Currency Commission », turn into cash enough of the assets of every commercial bank to increase the cash reserve of each bank up to 100% of its checking deposits. In other words, let the Government buy (or lend money on) some of the bonds, notes, or other assets of the bank with money(25), especially issued through the Currency Commission. Then all check-book money would have actual money – pocket-money – behind it » Fisher (1935), pp. 8-9.

    Les banques sont donc divisées en deux départements : un département qui continue à faire du crédit mais sans émette de monnaie ou gérer des comptes chèques, et un département d’émission qui gère les paiements en chèques dont les dépôts sont entièrement couverts par de la monnaie manuelle (qui est de la monnaie manuelle émise par le gouvernement). On reconnaît les principes de la séparation de la Banque d’Angleterre en deux départements selon l’Act de 1844 : un département de banque et un département d’émission.

    « The money subject to check would, as elsewhere stated, be kept in a separate « Check Bank » which would be a department of the original bank, or affiliated with it. Each original commercial bank would thus be split into a Check Bank or Department and a Loanand-Investment Bank or Department.

    The Loan Department, could, of course, like any other depositor, deposit its own cash in the warehouse-bank or department, and draw out this cash or transfer it by check » Fisher (1935), p. 53.

    Les avantages sont d’abord que le risque de liquidité ou de transformation des banques disparaît ainsi que les « runs » et faillites bancaires. Les déposants ne craindront plus que la banque ne puisse les rembourser puisque la monnaie qu’ils demanderaient est toujours dans la banque (Fisher, p. 10). Le risque bancaire est donc réduit, y compris le risque de défaut car la monnaie qui est émise est gagée sur le crédit du gouvernement des États-Unis.

    Ceci constitue notamment une solution au problème du risque de liquidité tel qu’il est traité dans le cadre du modèle de Diamond et Dybvig (1983), mais alors il n’y a plus d’assurance de liquidité fournie par les banques. Wallace (1996) développe ce point. Il montre que les propositions actuelles de « narrow banking », qui sont la version contemporaine des projets de banques ayant 100% de réserves(26), visent à établir des banques n’émettant que des dépôts gagés entièrement par des actifs liquides. Cependant, ces propositions ne se basent pas sur une théorie (ou un modèle) bancaire. En particulier, elles ne montrent pas en quoi leur solution est nécessaire car elle permettrait logiquement de résoudre les effets néfastes de l’illiquidité bancaire. Car le problème que les propositions de « banques étroites »sont supposées résoudre n’existerait pas si les banques n’étaient pas illiquides. Or il existe des théories qui explicitent ce point. En particulier, le modèle de Diamond et Dybvig (1983) est utile car il montre pourquoi les banques sont illiquides et quel service elles rendent ce faisant. Wallace (1996) prolonge la version originale de ce modèle pour traiter explicitement des propositions de « narrow banking »( que ces auteurs ont cependant aussi critiqué dans Diamond et Dybvig (1986) et Dybvig (1993)) et montrer de façon fondée théoriquement comment ces propositions, en supprimant la prise de risque de liquidité par les banques, auraient des conséquences négatives sur l’économie.

    Car les propositions de « narrow banking » sont interprétables dans les termes du modèle de Diamond et Dybvig (1983) si l’on introduit dans ce modèle le cas où le système bancaire est liquide au sens où il peut « accomoder » tout schéma de proportion des retraits entre agents qui sont « impatients » et ceux qui sont « patients » ; en ce sens il n’a plus d ’exigibilités fonction de celles des déposants. Cependant, puisque ce système bancaire fournit alors une allocation équivalente à celle d’autarcie aux agents, ceci aboutit à supprimer le rôle du système bancaire qui améliorait justement cette allocation ; résoudre l’illiquidité bancaire aboutit à supprimer le problème qui l’avait fait naître (27).

    4. La régulation monétaire et bancaire

    Revenons à I. Fisher. Selon lui, les variations de la masse des dépôts qui circulent par chèques et de toute la circulation monétaire seraient régularisées. En effet, la monnaie ne serait plus créée au rythme du crédit, c’est-à-dire de l’accroissement des prêts et de leurs remboursements ainsi que de leur ralentissement. Il en résulte une limitation des cycles économiques et une plus grande stabilité de la valeur de la monnaie.

    Dans le système bancaire actuel (dit à « 10 % réserves »), les liquidités peuvent être reprêtées à l’infini. La multiplication des dépôts se fait à partir d’une base faible en liquidités. Au contraire, selon Fisher, son plan de réforme permettra une plus grande stabilité du taux d’intérêt. Il évitera ainsi toute contraction de la circulation monétaire en cas de déflation et même il favorisera une plus grande régularité de l’offre de monnaie et donc évitera des variations de prix, si l’on suit la théorie quantitative. La variation de la quantité de monnaie n’est plus contrôlée par les banques mais par la commission gouvernementale d’émission de la monnaie qui suit une règle monétaire (Fisher, 1935, p. 15). Elle doit « diriger » la monnaie de façon à ce que l’indice des prix retenu soit stable. La monnaie n’étant plus émise en fonction du crédit, si le public rembourse ses emprunts (faits non à partir de monnaie « nouvelle »), cela ne diminue en rien la quantité de monnaie ; il y a simplement une nouvelle répartition.

    « Under the 100% system, when bank loans increased or decreased, the volume of the checking deposits would not be affected any more than when any other sort of loans increased or decreased. These deposits would be part of the total actuel money of the nation, and this total could not be affected by being lent from one person to another. » Fisher (1935), p. 13

    Les buts poursuivis dans la régulation d’un système bancaire sont doubles et distincts : d’une part, la stabilité du niveau des prix obtenue par la gestion de l’offre de monnaie par la commission monétaire et d’autre part, la stabilité des banques par la mise en place d’un coefficient de réserves à 100 %. Les objectifs de la politique monétaire (la monnaie) et de la politique bancaire (ou du crédit) sont séparés analytiquement mais sont en fait confondus dans leurs moyens. Cependant, la politique monétaire a un rôle primordial.

    Il est nécessaire que la quantité de monnaie suive le mouvement des affaires, mais ceci ne peut s’opérer en liant monnaie et endettement. Car, ainsi que nous l’avons vu, dans le système actuel, le développement des prêts entraîne un développement des comptes de chèques (la monnaie) plus rapide que celui de l’activité économique. Il en résulte une hausse des prix et des profits durant les phases de booms. Il y a d’autre part une tendance permanente au surendettement et donc à la trop grande prise de risque de défaut par les banques. Et la liquidation de ces prêts amène normalement la quantité de comptes chèques à se contracter plus vite que l’activité économique, de telle sorte que le niveau des prix et des profits baisse habituellement lors de la dépression (Fisher, 1935, p. 160). Au contraire, si le niveau de la quantité de monnaie restait stable (ou augmentait lentement et non plus rapidement que l’activité économique) durant les phases d’expansion de l’activité économique, il ne se produirait pas de hausse des prix, et pas de baisse des prix en phase de récession. Ceci est possible dans le système « 100 % réserves » car les prêts augmentent avec l’activité économique, mais pas la monnaie.

    La banque centrale n’a, dans ce cadre, qu’une seule fonction : celle d’assurer la stabilité de la valeur de la monnaie. Celle-ci est définie par un indice des prix. La stabilité de la valeur de la monnaie ne doit pas être appréciée par rapport à un étalon tel l’or, qui est instable et parce que la convertibilité en or rend le système bancaire encore plus instable, vu la faible quantité d’or disponible. On retrouverait les mêmes problèmes qu’avec le système de « réserves à 10 % ». Les banques n’auraient jamais assez de liquidités. Il faut donc gérer la monnaie à l’aide d’une règle prédéfinie (28).

    La politique bancaire est très réduite. Dans le nouveau système « 100 % réserves », la banque centrale n’a pas la fonction de prêteur en dernier ressort car le risque de transformation n’existe plus pour les banques et elle n’a donc pas à leur fournir de la liquidité en urgence. Les banques sont toujours liquides. Il en résulte que, dans ce système, il suffit de petites variations de la quantité de monnaie pour assurer la stabilité des prix. Il n’est pas besoin de la faire varier fortement puisque la déflation n’existe plus. On retrouve les propositions de l’École de la circulation selon lesquelles la banque centrale n’a pas à assurer le rôle de prêteur en dernier ressort. Fisher critique les modalités d’action de la Federal Reserve Bank, depuis sa création, en tant que prêteur en dernier ressort. Ses prêts peuvent accroître les réserves des banques, mais en fait ceci leur a permis de supporter des coefficients de réserves encore plus petits et ceci n’a pas supprimé les faillites bancaires (notamment en 1920) qui ont même été de plus grande ampleur qu’avant sa création (Fisher, 1935, p. 44).

    5. Les « banques étroites »

    Dans le système de réserves à 100 %, les banques n’ont pas besoin de reconstituer leurs réserves ou leurs liquidités puisque ces dernières sont fixées une fois pour toutes ; il ne peut donc se produire de restriction du crédit de ce fait. Le crédit n’est pas lié à la monnaie que les banques créent mais à l’épargne (Fisher, 1935, p. 75). On retrouve donc la tradition classique puisque les investissements et les prêts bancaires ne sont possibles qu’à partir d’une épargne préalable déposée chez elles.

    Les banques deviennent alors de simples intermédiaires financiers entre épargnants et investisseurs. Dans le projet de réforme de Fisher, les banques prêteraient de l’argent, soit à partir de leur propre capital, soit à partir de l’argent reçu de leurs clients et placé en épargne (Fisher, 1935, pp. 12 et 16). Les dépôts qui circulent par chèques (checking deposits) sont très différents des dépôts d’épargne (saving deposits). Ces derniers représentent un investissement tout comme un titre qui rapporte un intérêt. Cet investissement, tout comme n’importe quel titre, ne requiert pas d’être gagé sur des réserves à 100 %.

    « But loans normally come out of savings, and the growth of the loans should depend on the growth of the savings, and not be either stimulated or hampered, as they are now, by a monetary system unduly expanding and contracting.

    Of course the volume of loans can exceed the volume of money just as sales do. The same money can negotiate one loan after another just as it can negotiate one sale after another. It can even come back to the same savings bank and be relent. So long as the loans are made out of real money and not out of money manufactured by the lender, for the purpose, they will not violate the principle of the 100% system. » Fisher (1935), pp. 79-80

    « Thus, under the 100% system, the chief function of the loan department would be that of a broker between savers and enterprising borrowers of the savings. The rate of interest would register the supply and demand of theses savings. This might mean at various times a slower or a faster increase of production and productive enterprise than now, but the net increase in the long run would be faster than now, as well as steadier, because not interrupted by so many, or so severe, depressions. » Fisher (1935), p. 82

    Les banques sont alors neutres et non distinguables des marchés ou des autres agents individuels opérant sur les marchés. De plus, étant plus liquides dans le cadre du projet de réforme, elles pourront améliorer la qualité de leurs prêts. Elles pourront détenir des actifs à plus long terme et en plus grande quantité, et des actifs plus rentables que ceux qu’elles étaient obligées de détenir avant par peur des « runs » car il s’agissait d’actifs à court terme (Fisher, 1935, p. 138).

    Les prêts sont donc de la monnaie déjà existante épargnée et transférée d’un individu à un autre par l’intermédiaire de la banque. Il n’y a donc pas d’augmentation du volume total de la monnaie. Un individu en reçoit si un autre s’abstient de consommer. Ceci est opéré sur le marché des prêts et non celui de la monnaie (« le soi-disant marché de la monnaie », selon Fisher, 1935, p. 166). Sur ce marché des prêts se détermine le prix des prêts ou de l’épargne, le taux d’intérêt (qui est donc fondamentalement réel) et non le prix de la monnaie, qui est le niveau général des prix. La monnaie n’est que l’intermédiaire des échanges et le véhicule en lequel se font les prêts. Les banques n’ont pas alors un comportement différent d’un autre agent prêteur. La politique monétaire de régulation de la quantité de monnaie n’ a pas à se préoccuper de l’activité des banques, mais de celle de la commission gouvernementale que veut créer Fisher.

    « The so-called « money market » should be simply the market for loans from Jones to Smith, not the source of the circulating medium for Jones and Smith. Intrinsically, loans have nothing to do with putting more money or less money into circulation.

    The true abundance or scarcity of money is never registered in the loan market. It is registered by the index number of prices. » Fisher (1935), pp. 166-167

    On peut citer des prolongements contemporains des idées introduites par Fisher.

    M. Allais ou M. Friedman(29) proposent de séparer banques de dépôt qui effectueraient les paiements en monnaie de base et banques de prêts qui feraient des crédits à partir d’emprunts de même terme (des intermédiaires financiers) afin de mieux contrôler l’émission de monnaie bancaire et d’éviter l’instabilité bancaire. La même suggestion a été faite par Tobin (1985)(30). Plus récemment, d’autres propositions tendant à réduire les banques à une activité « étroite » (ou à des prêts à court terme) (narrow banking(31)) sont apparues. D’autres encore visent à remplacer les banques par des institutions financières de type « money market funds » ou fonds mutuels investis en titres du marché monétaire. Ceux-ci utilisent les fonds qu’ils collectent pour acheter des titres financiers sans risque. Ils peuvent fournir des services de paiement aux détenteurs de leurs parts émises dans le public c’est à dire faire des opérations analogues à celles effectuées sur des comptes de dépôts bancaires (virements etc…).

    C.A. Goodhart (1990) considère que ces fonds mutuels sont aussi à même que les banques de fournir des services de paiements(32). Différents intermédiaires financiers peuvent le faire. Il propose donc que les services de paiement soient effectués par des fonds mutuels qui investiraient en titres de marché dont la valeur fluctuerait. Ils émettraient en contrepartie des parts dans le public dont la vente servirait aux paiements(33). Car, selon lui, ce n’est pas la fonction de gestion des moyens de paiement qui est caractéristique des banques et nécessite qu’elles soient soutenues par une banque centrale, mais le fait qu’elles détiennent à leur actif des titres non négociables et illiquides (du fait qu’ils « incorporent » une information privée) ; c’est du côté du rôle particulier que le crédit bancaire joue pour certains emprunteurs qu’il faut chercher leur raison d’être (ce qui détermine à son tour le caractère particulier de leur passif qui sont des dettes à valeur fixe). Il s’agit donc bien de définir le rôle des banques à partir du risque de transformation. Selon lui, la source de l’instabilité bancaire subsiste et n’est pas résolue par l’existence de fonds mutuels qui prennent en charge la gestion des paiements. Ce point le différencie donc de l’analyse de Fisher ; cependant « la monnaie est aussi à l’abri des prêts »et ne subit plus les effets de l’instabilité bancaire.

    Fama (1980) décrit les banques comme ayant deux fonctions : l’une de fourniture de services de transaction et l’autre de gestion de portefeuille. Il propose que la première soit remplie par des « banques » qui deviendraient analogues à des fonds mutuels investissant en titres de marché. La monnaie est remplacée par des actifs financiers. Il est cependant possible de maintenir une « monnaie manuelle » (billets et pièces) dans le système financier qui serait émise par le gouvernement. Le problème de l’inflation est alors uniquement réduit à celui du contrôle du stock de cette monnaie.

    Conclusion

    Nous avons pu établir la similarité des arguments en faveur de l’existence de banques ayant un coefficient de réserves de 100% utilisés par les partisans de l’École de la Circulation (en faveur de la réforme de la Banque d’Angleterre en 1844) et par I . Fisher dans son plan de 1935. La même volonté de supprimer le risque de liquidité des banques et les conséquences sur la fluctuation de l’offre de monnaie en est l’objet. les mêmes préoccupations sont à l’origine des propositions contemporaines de « banques étroites ». Il en résulte alors une conception de la monnaie séparée du crédit et des banques comme de simples intermédiaires financiers.

    ________________

    Notes :

    1 Le texte de la communication sera disponible en anglais lors des 20 èmes Journées Internationales d’Économie Monétaire et Bancaire, Birmingham, 5-6 juin 2003, sous le titre « Circulating medium not at the mercy of loan transactions » : from I. Fisher’s plan (1935) to present proposals of « narrow banking ».

    2 Université de Paris XII, Faculté de sciences économiques et de gestion, et PHARE (Pôle d’histoire de l’analyse et des représentations économiques, FRE 2541)

    3 Nous avons tenté de retracer une partie de ce débat dans Diatkine S (2002).

    4 M. Allais, 1967 ; M. Friedman, 1959.

    5 Nous reviendrons sur ce point plus loin.

    6 H. Simons (1934). On peut aussi citer dans le même ordre d’idées L. Currie (1934). Pour une analyse de ces textes, voir les articles rassemblés par F. Capie (1993, vol. 6 et 10).

    7 Sur ce point, voir D. Patinkin (1969).

    8 H.E. Loef et H.G. Monissen (1999).

    9 I. Fisher, 1932.

    10 W. Allen, « I. Fisher and the 100 percent reserve proposal », Journal of Law and Economics, 26, p. 704, cité par H-E. Loef et H. G. Monissen, op. cit, p. 87.

    11 Schwartz A. (1989) , Skaggs (1999). Nous avons présenté ces débats dans Diatkine S. (2000) et Diatkine S. (1995).

    12 Torrens R., 1837 ; réédité in O’Brien, 1994, p. 34.

    13 Contrairement à une interprétation souvent admise, les propositions de réforme du système monétaire de D. Ricardo ne sont pas identiques à celles de l’École de la Circulation car il n’envisage pas d’instaurer un coefficient de réserves de 100% mais seulement de fixer à la banque centrale un objectif en prix à respecter ( et non en quantité). Elle doit faire varier la quantité de billets de façon à stabiliser le prix de la Livre en métal. Sur ce point voir Diatkine S. (1998)

    14 Torrens R., ibidem, p. 61.

    15 Torrens donne un exemple numérique par lequel il montre que les banquiers ne vont pas garder dans leurs coffres tout le montant de monnaie redéposée chez eux. « They would reissue the greater part of the sum , say 800000 of the 1000000 in the » discount of merchant bills, or in the purchase of government securities :… »( Torens, 1837, p. 11) Après plusieurs vagues de multiplication de crédits, qui dépendent de la partie de la circulation monétaire qui reste « in the hands of those who do not keep their cash with bankers ; while the remaining portion will be in the hands of those who do keep their cash with bankers […] Whatever sums they may advance upon securities in the morning, the same sums will be returned to them in the evening, in the form of new deposits ; and in this way the amount of their deposits must continu to increase, until they bear that proportion to the fixed amount of the returning cash, which the experience of the bankers may suggest to say and legitimate…Thus we see that, in consequence of the system of banking prevalent in this country, a fixed amount of circulating money be the basis of a fluctuating amount of credit money, even though the circulating money should be purely metallic. « (Torrens, 1837, pp. 11-16).

    16 « He failed (Adam Smith- S.D.-) to recognise the important and generic distinction between issuing notes and making advances from deposits , – in other words, between creating additional circulation and lending upon securities portions of the circulation already in existence ; … » (Torrens R., 1858 ; réédité in O’Brien ed., 1994, p. 301 ; voir aussi, p. 318-319.)

    17 O’Brien, 1994, IV, « Introduction », p. IX.

    18 Ce fait a été confirmé par D.P. O’Brien (1998) qui montre, par une étude statistique et économétrique, que l’Act de 1844 a échoué dans la mise en œuvre d’une politique de régulation de l’offre de monnaie par la base monétaire (celle-ci comprend, outre les billets, les dépôts à la Banque d’Angleterre) et à stabiliser les agrégats monétaires et le niveau des prix. Il n’a, de plus, pas fait disparaître les crises bancaires.

    19 Voir la note 23, p. 8.

    20 Fisher, 1935, p. 30-31.

    21 On retrouve l’analyse de Torrens (voir ci-dessus, p. 4).

    22 M. Friedman et A. Schwartz, 1963.

    23 I. Fisher intitule le chapitre 7 de 100% Money, « Booms and depressions », qui est le même titre que celui de son livre paru en 1932 ; il s’y réfère ainsi qu’à son article où il a développé une analyse de l’effet sur l’endettement de la déflation, « The Debt-Deflation Theory of Great Depressions », 1933, trad. 1988 (Fisher, 1935, p. 105). Sur ces ouvrages, voir R. Dimand, 1994.

    24 Fisher, 1935, p. 108 .

    25 Une note n’a pas été reproduite.

    26 Wallace N. (1996), p. 3.

    27 It shows that in this model narrow banking eliminates the role of banking. The proposition implies that using narrow banking to cope with the potential problems of banking illiquidity is analogous to reducing automobile accidents by limiting automobile speeds to zero. « Wallace (1996), p. 9.

    28 Fisher, 1935, p. 169-170. On rejoint ici le débat entre règle et discrétion en matière de politique monétaire ouvert par les débats du XIXe siècle et qui continue jusqu’à nos jours.

    29 M. Allais, 1967, p. 17-31 ; M. Friedman, 1959, p. 65-75.

    30 J. Tobin (1985), p. 20.

    31 Pour un exposé et une discussion de ces propositions, voir par exemple, N. Wallace, 1996.

    32 C.A. Goodhart (1990), p. 86

    33 ibidem, p. 96.

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    Source : http://www.univ-orleans.fr/deg/GDRecomofi/Activ/diatkine_birmingham.pdf

  70. Eh bien je suis content de voir que d’autres économistes que ceux que je connaissais (Allais, Friedman, Fisher, Robertson, etc) défendent cette idée de monnaie nationalisée (monnaie émise uniquement par la Banque Centrale, ce qui équivaut à imposer des réserves de 100 %)
    Merci Étienne d’avoir découvert cet article qui va aussi se retrouver bientôt sur « fauxmonnayeurs.org »

  71. @ johannes finckh & logique

    Un tableau BCE où l’on voit les emprunts réalisés par les banques auprès de leurs BC (refinancement à plus long terme) passer sur des comptes de dépôt (Facilité de dépôts) pour simplement équilibrer les bilans des IFM, et au passage faire augmenter la base monétaire.

    Les soldes des comptes courants des établissements de crédit correspondent eux aux RO exigées.

    http://www.banque-france.fr/asp/ouvrirpdf.asp?strurl=fr/poli_mone/telechar/regle_poli/LiqPosition_FR.pdf&title=Position%20de%20liquidit%C3%A9%20du%20syst%C3%A8me%20bancaire

  72. En faisant mes longueurs à la piscine, hier, l’idée m’est venu, malgré mes faméliques connaissances économico-financières, de clarifier les deux conceptions en lice.

    J’ai un a-priori très favorable à la création monétaire ex-nihilo. Mais l’aspect un peu magique du procédé qui fait disparaitre l’essence de ce qu’est la monnaie pour la réduire à un scandale me gêne.

    La monnaie est d’abord un ticket permettant la ronde des échanges. Il faut donc, à peu prêt autant de ticket qu’il y a de choses à échanger, en moyenne disons. Et il faut, en amont , une instance introduisant ou ayant, à un moment donné, ces tickets. Une instance ou un principe, une règle du jeu.

    Ce pouvoir de fabrication , d’introduction de ticket est considérable et dangereux pour la société, puisque celui qui le possède pourrait facilement ‘acheter’ et dominer le monde. C’est pourquoi le ticket n’a pas fonctionné tout de suite. Les sociétés lui ont toujours préféré des monnaies ‘pleines’ c’est à dire contenant leur propre valeur, donc gagées sur elle même, soit réellement en travail (es premières monnaies auraient été les céréales) , soit dans un matériau à valeur symbolique (presque) éternelle et universelle, l’or.
    Certaines sociétés ‘primitives’ se sont approchés de l’abstraction du ticket avec l’utilisation de coquillages, plumes, pierres etc … mais avec la condition essentielle , caputale, irrémédiable , que cela soit des choses rares et non reproductibles : sinon ce serait trop facile et suicidaire puisque cela pousserait l’activité humaine à chercher des coquillages sur la plage et non pas à produires des biens et services, seuls richesses matérielles réelles.

    Bref, dans tous ces cas on laisse l’introductions des jetons d’échanges à la nature ou au hasard. La règle étant que ce système ne doit pas être exploitable par un agent à son profit, et qu’il doit donc, de par la force de ces règles organiser un système ou personne ne puisse voler l’autre c’est à dire où chacun amène à la collectivité autant que ce qu’il prélève.

    Bien entendu , ce système n’est pas parfait car celui qui découvre l’or ou le coquillage peut ‘voler’ la société en prenant sans rien apporter. Mais l’intérêt de ce système est que personne ne peut s’en servir de façon systématique et organisé contre les autres : la découverte de coquillage-monnaie étant faite tantôt par l’un , tantôt par l’autre … cela équilibre les choses … en les laissant au Dieu hasard.

    Dans ces systèmes, pas de banques commerciales. Pas de ex-nihilo humain . Et pourtant ces systèmes n’étaient pas si primitifs que cela et connaissaient également des ‘crises’ diverses de même natures que les nôtres, au sujet desquels ils se posaient des questions …
    Et dans ces systèmes la création et la quantité de monnaies obéissaient obligatoirement et définitivement au « principe de conservations des quantités » . Enfin presque puisque la nature ou l’histoire pouvait amener une jonchée de coquillage à marée haute ou bien la découverte d’ or ici ou là … .

    Bref dans ces systèmes, les ticket-jetons, une fois introduits, n’ont pas à être détruits . Ils sont là : ils tournent éternellement, il faut faire avec. Leur valeur s’adaptent , dans un sens ou un autre à la réalité des biens et services d’un instant. Ils sont épargnés, thésaurisés, disparaissent, réapparaissent, ils sont recherchés, ils ont eux mêmes un prix etc …

    Toute cette longue digression pour dire que notre système économique fonctionnant en gros de la même façon , (entre le XV eme et le XIXe par expl) , ce sont les mêmes tickets-jetons qui circulent , d’une certaine manière. Nos sociétés ont une certaine quantité de biens et services à échanger : il faut , en face, une quantité de jetons permettants ces échanges. Le processus juridique est un peu différent , il y a quelques coudes en plus .
    En gros c’est pareil, mais avec des pesanteurs en moins …. et des risques en plus ….

    Et quand bien même les banques commerciales n’existeraient pas ou que le ex-nihilo ne serait pas , le commerce fonctionnerait tout de même et une monnaie existerait d’une façon ou d’une autre.
    La monnaie serait comme un liquide dans une piscine, qui ne se renouvellerait pas mais qu’on recyclerait par des circuit interne.
    A ce propos , je vous laisse un instant pour aller faire quelques longueurs méditatives , l’oeil rivé sur les lignes de faience bleue , qui me servent d’horizon et de repère pour nager droit, car elle ferme bientôt , ma piscine.
    ….
    Reprenons donc notre raisonnement …

    Et pourtant le ex-nihilo existe bel et bien et ses conséquences ne sont pas neutres. (Il serait curieux que l’ensemble de tous les acteurs du système se trompe si lontemps et complètement sur lui-même ! Quoique parfois …)
    Lorsqu’ au XVI et XVII eme, les banquiers se mettent à prêter plus qu’ils n’ont , il ne s’agit pas d’une arnaque (en fait si, mais on s’en fout), mais d’une conceptualisation à un niveau d’abstraction plus élevée de la nature réelle de la monnaie.

    La monnaie du banquier se dégage alors de son gage, la monnaie commence à se détacher conceptuellement de l’or . (Je ne pense pas au billet qui n’est qu’un dégagement physique assez simple) Elle commence à être pensée en d’autres termes que comme l’expression d’une richesse en épargne pre-existante. Elle se dégage également , en partie, de la notion d’épargne comme consommation différée . L’épargne n’est pas l’or, mais à l’époque l’épargne n’est qu’en or , d’où une certaine équivalence de ces notions pourtant distinctes. La monnaie anticipe la formation de l’épargne . Le futur s’invite. Et ce système marche.

    On commence à envisager la monnaie comme quelque chose qu’on peut maîtriser , et non pas simplement soit laborieusement constituer soit bricoler par des techniques douteuses, quelque chose pouvant être au service de l’économie. Créer de l’argent selon ses besoins , mais selon des règles strictes toutefois.

    Car le ex-nihilo ne porte pas toute les promesses d’indignation qu’on lui prête . Il s’agit tout simplement de l’introduction de jetons-tickets suivant la règle simple que même si cette avance ne suppose pas une épargne pré-existante, elle doit impérativement , dans un délai raisonnable, humain, se résorber, disparaître par remboursement destructeur : l’épargne après coup.

    Bref le ex-nihilo doit respecter d’abord l’antique règle que personne ne doit pouvoir profiter du système et du travail des autres : au ex-nihilo correspond une destruction de valeur monétaire sans laquelle le système ne peut tenir. C’est effectivement la naissance de l’argent-dette. Les jetons sont introduits avant que la richesse permettant l’épargne ne soit créée. C’est un peu comme le miracle de la marche qui ne se réalise que par un déséquilibre avant.

    Le ex-nihilo est devenu peu à peu un principe. Principe qui coexiste avec la logique de l’épargne . Il y a donc deux logiques en oeuvre. Mais le fait est qu’aujourd’hui la monnaie est bien créée par le mécanisme du ex-nihilo, par le crédit parce que la monnaie est toujours anticipée.
    le système bancaire crée la monnaie par le crédit , sans trop se soucier de la présence de l’épargne … mais les mécanismes d’épargne sont encore là et fonctionnent , dont certains vont tout naturellement ‘financer’ en partie le crédit … et le système va se débrouiller par différents bricolages … pour équilibrer comptablement et pratiquement les choses , en mélangeant à la fois ce qui releve de l’instant présent et ce qui releve des promesses et créances futures, et tout ceci, sans que personne ne manque de ce dont il a besoin à l’instant t0, le reste étant ‘reporté’ à l’instant t1, ou t2 ou … bien plus loin.

    De telle sorte qu’on a l’impression que toute la création monétaire passe par du ex nihilo, ce qui est vrai, mais qui n’empêche pas qu’en fait il ne s’agisse que d’une anticipation sur une masse monétaire qui serait là de toutes façons. Il s’agit donc d’une sorte d’ombre devant nous, dans laquelle nous tombons parce qu’elle est calibrée pour se caler dedans.

    Le principe de conservation des quantités a l’intérêt d’ôter l’aspect vaguement magique au ex-nihilo pour ceux qu’ ils abuseraient en leur faisant oublier que ce qui sort du néant doit impérativement (pouvoir) y retourner d’une part, et de l’ autre , presque de même que d’un certain point de vue l’investissement sera forcément au moins égal à l’épargne, le crédit n’est qu’une anticipation de ce qui va ‘déjà’ exister. ( !!!) .

    Mais le principe de conservation des quantités – s’il rappelle une réalité- ne permet pas de comprendre ce qui , me semble-t-il, s’est passé. A savoir que le ex-nihilo , libéré de la notion de ‘gage’ pour celle de la destruction programmée du jeton ex-nihilo, a en fin de compte réduit cette règle à un tripotage perpétuel et frénétique , et essayé de faire avaler au futur une créance à la fois trop importante, trop iréelle et trop étalé dans le temps . Le ex-nihilo a généré une masse monétaire qui contient trop de futur, qui anticipe trop sa raison d’être , à savoir une richesse à créer et à échanger, une épargne à (re)constituer, une promesse à payer –à la collectivité- , en retour de ce qu’on aura prélevé.

    J’irai même joyeusement beaucoup plus loin, en disant que le crédit s’est , au délà de ses promesses à payer trop étalées dans le temps, construit une richesse justificative illusoire, irréelle, perpétuellement différée , imaginée . Et sur ces sables mouvants , qui déjà lorsqu’ils restent confinés dans les casinos des marchés où un petit nombre de personnes s’auto-persuadent qu’elles ont pu créer de la vraie valeur sans production de richesses ni vol, sont déjà perturbants, sur ces sables mouvants donc, on a construit d’autres systèmes encore plus fragiles.
    L’édifice était à la merci d’une faille prudentielle et/ou d’une conduite immorale.

    Mais alors là , je veux bien réintroduire le « principe de conservation des quantités » ! en le concevant non pas comme l’explication de quoi que que ce soit mais comme la sanction de nos dérives. Le principe qui fait rentrer le futur et toutes ses bulles dans la piscine bien délimitée du présent. Le présent et ses petites épaules bien fragiles, qui doit maintenant supporter le retour de ce très long terme qu’on a bricolé avec des bouts de ficelles de court terme.
    Et les joyeux effets multiplicateurs et autres leviers s’exercent à présent à rebours , ajoutant aux victimes qui ne seront jamais ‘remboursés’, celles qui voient leur richesse perdre de sa valeur, celles qui , elles , perdent leur emploi, et pour finir celles qui en perdront leur bol de riz.
    Bref le principe qui va appliquer de force une conservation des quantités par adaptation des valeurs à la richesse réelle … ou ce qu’il en restera après son passage.

    En rédigeant ma construction baroque, j’écoute Ike Quebec et son merveilleux Soul Samba -qui sait encore souffler aussi charnellement? et gratter comme Kenny Burrel ?- mais j’aurais dû mettre l’Apprenti Sorcier de Dukas. Faudrait-il revenir donc à un système indexé sur l’étalon or ? Se serait une regression intellectuelle d’un certain point de vue, mais ce serait peut-être une façon de poser un interdit de façon raisonnable et efficace à l’ensemble du Monde.

    Bon, voilà, je fais don à Paul de mes élucubrations d’amateur, mais j’aimerais bien l’avis de A-J Holbecq dont les analyses sont bien structurées mais les conclusions complètement distordues par la confiance naïve qu’il partage avec beaucoup d’autres que l’Etat -tel qu’il l’idéalise dans une démocratie de contes de fées- ne peut pas vouloir autre chose que le bien collectif. Ce qui ne signifie pas qu’il ne faille pas -au moins au USA- impérativement nationaliser le système bancaire, au point ou l’on en est.

  73. @shiva

    J’accepte avec joie, je n’ai rien lu sur la monnaie fondante, à part quelques posts piochés au hasard sur ce blog.

    Je suis allé sur le site Silvio-Gesell.de mais comme c’est en Allemand…

    Est-il possible de télécharger une version Française ?

    non, il y a aussi la version française, mais j’ai eu aussi quelques difficultés pour la télécharger;
    si vous m’indiquer une adresse postale par mail, je vous enverrai un exemplaire de silvio gesell,
    bien à vous,
    jf

  74. @logique:
    Paul Jorion vous répondra plus précisément que moi, mais le rééchlonnement jusqu’à 50 ans (!) avait été proposé pour certains.
    Paul disait pertinemment que l’on a essayé de faire « propriétaires » de très pauvres absolument insolvables…
    La crise a certainement été déclenchée par cela, mais la cause reste monétaire!
    Avec la monnaie anticrise, nous aurions eu des krachs bancaires peut-être, mais JAMAIS de crise systémique!
    jf

  75. @Johannes finckh
    @Shiva
    @diablotins

    Merci Johannes pour votre commentaire
    Shiva vos commentaires sont très bons.

    Mais comment terrasser ces diablotins de créationnistes ?

    Si on réfléchit bien tout leur édifice est bâti sur les compensations interbancaires qui s’annulent où presque, de telle sorte que les banques privées émettent leur monnaie scripturale sans l’avoir financé en monnaie centrale.
    Je crois que toute leur théorie foireuse est là.

    Alors essayons de casser cet argument et les diablotins repartiront sur leur planête…
    Je vais essayer avec un exemple.

    Premier cas de figure:
    Une banque accorde un crédit à un client et ce crédit finit en dépôt dans une autre banque sans qu’en fin de journée celui ci ne soit compensé par un autre crédit du même montant d’une autre banque.
    La banque paye en monnaie centrale ce qu’elle doit à l’autre banque et c’est fini pour elle.
    Le bilan pour la banque c’est qu’elle a une créance sur son emprunteur mais elle ne doit rien à personne.

    Deuxième cas de figure:
    Une banque accorde un crédit à un client et ce crédit finit en dépôt dans une autre banque mais cette fois ci, ce crédit est compensé le même jour par un autre crédit provenant d’une autre banque qui a finit en dépôt chez elle.
    A la fin de la journée, il y a compensation et les deux sommes s’annulent, aucune des deux banques n’a besoin de financer en monnaie centrale les deux crédits (donc peut-être création ex-nihilo?)
    Le bilan
    La banque a une créance sur son emprunteur mais aussi une DETTE envers son client qui a été payé avec le crédit de l’autre banque et est venu déposer son chèque sur son compte.

    Résumé:

    D’un coté le crédit accordé par la banque n’est pas compensé par un autre crédit d’une autre banque et la banque paye en monnaie centrale ce qu’elle doit et au final elle n’a plus de dette, simplement une créance sur son emprunteur.
    De l’autre coté les crédits se compensent, il n’y pas de monnaie centrale en jeu mais une DETTE apparaît pour la banque. Cette dette se matérialise comptablement en créditant le compte de son client en monnaie scripturale.

    Donc les banques qui émettent du crédit en se débrouillant pour marcher au même pas selon Keynes s’économisent de la monnaie centrale mais en contrepartie contractent une DETTE à hauteur de cette économie ce qui me semble t il démontre qu’il n’y a aucune création monetaire ex-nihilo.

  76. @christophe,

    Tu y est presque, Les banques pensant se compencer les unes les autres peuvent dans se cas emmettre autant de crédit quelles le désire. Et c’est a ce momment précis que survient le gros problème, le moindre problème de remboursement met au grand jours cette pyramide de ponzi du crédit. Et ont s’apperçoi alors que le principe de compensation et devenu dangeureux. Donc sa bloque aux portillons et tout le monde recupere ses actifs placé dans l’autre banque pour être sur de respecté la quantité de valeur dis de réserve. Et c’est a partir de se momment que l’on se rends compte que l’emmission de crédit a grandement dépassé cette réserve. La je ne parle que des subprimes, mais il y a les credit de fusion-acquisition, la construction d’entreprises en chine et ailleurs et je ne parle pas des paradis fiscaux. Mais rassure toi il y a bien création monnaitaire puisque l’argent et devenu un produit de necéssité.

  77. le prix Nobel de la foiritude ? 🙂

    plus sérieusement, la logique des arguments anti-créationnistes m’échappe complètement.
    Si l’on accepte la monnaie comme un moyen d’échange, je ne vois pas ce qui permet de réfuter la création ex nihilo de monnaie par les banques. On parle bien de monnaie scripturale pour désinger les fonds sur DAV, non ? tous les textes normatifs utilisent ce terme en tout cas…
    Donc les banques commerciales ne pourraient pas créer de monnaie scripturale ??? Comme le faisa

  78. houps bugg je poursuis

    comme le faisait remarquer Etienne Chouard, les anti-créationnsites ne donnent aucune référence. Ce n’est pas en martelant ses propres vérités que l’on va convaincre le lectorat.

    Je n’ai pas d’a priori idéologique, mais j’attends des sources crédibles et des arguments logiques pour capter cette vision anticréationniste.

  79. pour reprendre un passage du cours de Mario Dehove:
    il explique que l’abondement d’un DAV peut se faire en contrepartie d’un titre de dette mais aussi par l’achat d’actions, obligations…voire même d’actifs corporels. Il écrit ainsi:

    « Ainsi, par simple jeu d’écritures, la banque dispose du pouvoir, du privilège conviendrait-il de dire,
    de créer ex nihilo cette chose extraordinaire, totalement immatérielle, sans valeur, une écriture dans un
    livre de comptes, qui lui permet de devenir propriétaire d’un objet matériel possédant une valeur
    propre.
    Cet exemple montre que si le crédit crée les dépôts, que si c’est la voie principale de création de la
    monnaie pour des raisons qui seront exposées ci-après, la monnaie c’est le dépôt, et le dépôt n’est
    monnaie que parce qu’il est émis par une banque, et que de ce fait, il sera accepté en général en
    paiement par une collectivité nombreuse.
    Cette approche générale montre que la monnaie se définit autant par ses conditions que par ses
    fonctions. Cet exemple suggère également la nécessité de limiter le pouvoir ainsi conféré aux banques
    d’acquérir des biens ou des droits par un simple jeu d’écritures.
    Comment ? En dépouillant l’actif contre lequel la monnaie est émise du maximum de propriétés
    sociales et économiques, soit comme chose, soit comme rapport aux choses. Cet actif le plus
    « neutre », c’est le crédit qui n’a qu’une exigence, celle d’être remboursé. Pour cela, la législation
    bancaire limite en général le montant des actifs réels (immeubles, actions…) qu’une banque peut
    acquérir comme contrepartie à la monnaie qu’elle émet. Ainsi, en matière d’actions, le Comité de la
    réglementation bancaire dans un règlement du 20 juin 1990 précise que les participations prises par
    des établissements de crédit ne doivent pas excéder :
    − pour chaque participation, 15 % du montant des fonds propres de l’établissement de crédit
    prenant la participation ;
    − pour l’ensemble des participations, 60 % du montant des fonds propres de l’établissement de
    crédit. Pouvant se constituer des portefeuilles de participations, les banques ne peuvent donc
    pas s’approprier, par création monétaire, le capital d’une entreprise. »

    la monnaie scripturale n’a pas cours légale mais elle est réglementairement convertible en monnaie fiduciaire.
    décidément je n’arrive pas à comprendre pourquoi il faudrait ne considérer comme monnaie que la seule monnaie fiduciaire. Surtout à l’heure où le recours aux moyens de paiement électroniques se développent tant.

    Par ailleurs, dans le raisonnement des anticréationnistes, on fait toujours fi du fait que les fuites ne représentent pas 100 % de la création initiale. Oui, il y a compensation et oui au terme de cette compensation, la banque X conserve une certaine part de dépôt qu’elle n’a donc pas à refinancer.

  80. @ MarcusH

    « Scriptural » veut dire que c’est écrit, c’est une référence au support. Ce n’est pas un synonyme de « fantaisiste » ou « arbitraire ». Il faut que vous fassiez l’effort de comprendre comment ces mécanismes fonctionnent. Le raisonnement qui conduit à l’hypothèse de la création ex nihilo est faux, le nombre de personnes qui ont fait la même erreur – même si elles sont célèbres – n’est pas pertinent (la plupart du temps, vous pourrez le constater, elles se citent d’ailleurs les unes les autres).

    Nous avons refait ici tout le parcours : il n’y a aucun doute possible. Si vous me dites « C’est ma parole contre la vôtre ! », je vous réponds : « Très bien ! »

  81. Par ailleurs, dans le raisonnement des anticréationnistes, on fait toujours fi du fait que les fuites ne représentent pas 100 % de la création initiale. Oui, il y a compensation et oui au terme de cette compensation, la banque X conserve une certaine part de dépôt qu’elle n’a donc pas à refinancer.

    Je ne comprends pas l’utilisation du terme « compensation » dans ce contexte. Pouvez-vous expliquer ?

  82. @Christophe

    En effet quel qu’en soit le support la valeur n’est pas inventée par les banques commerciales qui ne peuvent que l’échanger « comme tout le monde », là aussi, surtout là !; il y a conservation des quantités. Vous en faites la démonstration sérieuse.

    On aimerait une contre-argumentation mais j’ai bien peur que nos diablotins (amicalement) nous aient quittés la place…

  83. oui scriptural fait référence au support. Mais la différence de support papier/scripturale n’est pas du tout anodine et a des implications importantes. L’une a cours légal, est monnaie fiduciaire, publique. L’autre n’a pas cours légal et est une monnaie privée, toutefois convertible en monnaie fiduciaire.
    Je dis juste que je n’ai jusqu’ici pas trouvé d’argument qui remette en cause l’enchaînement logique suivant :
    1/ la monnaie scripturale est un moyen de paiement émis par des intermédiaires principalement privés créant un pouvoir d’achat immédiat
    2/ les banques commerciales ont la faculté, si contraint soit le cadre dans lequel cette faculté s’exerce, de créer de la monnaie scripturale à partir de rien, et sous réserve évidemment qu’il y ait une demande.
    3/ cette création initiale doit être refinancée ex post dans une certaine mesure fonction des fuites.

    Mais dîtes moi, quelles sont les personnes célèbres pour être crédibles qui défendent votre posture ? Je ne demande que ça, des références !
    Par ailleurs, comment expliquer qu’un comité de la réglementation bancaire doive limiter les prises de participation des banques en raison de leur capacité à acquérir par simple jeu d’écritures ?
    Toutes ces références célèbres, des professeurs, des économistes à la banque de France se plantent-ils donc tous ? J’ai du mal le croire. Et il me paraît légitime que toux ceux qui ne maîtrisent pas parfaitement tous les rouages s’en remettent quelque peu, sans abandonner pour autant leur sens critique, à des références. C’est tout naturel. Donc donnez nous des références s’il vous plaît. Car j’ai vu beaucoup de référence d’une part, et aucune d’autre part. C’est un simple constat.
    Cependant, je n’ai aucune posture idéologique et suis prêt à évoluer si les arguments me convainquent.

    Sur le mot compensation, je l’ai utilisé il me semble dans son sens commun: celui du solde à la fin d’une période réglementaire (la journée, le mois…) des créances mutuelles entre intermédiaires financiers.

  84. quoi qu’en disent le créationnistes, il n’y a pas de création monétaire par les banques via le crédit!
    Tout il n’y a pas eu, probablement, la création du monde selon la Bible, mais plutôt une évolution selon Darwin!
    non, les banquiers ne sont pas de magiciens!
    Comment de tels magiciens seraient menacés de faillite?
    Cela ne fait toujours pas sens!
    On peut écrire là-dessus des centaines d’ouvrages, cela ne changera pas le fait que l’empéreur est nu!
    (cf « les habits nouveaux de l’empereur » d’Anderson).
    N’importe quel enfant s’en aperçoit.
    la monnaie n’est pas crédit, et l’emprunteur peut emprunter quand la banque a effectivement les fonds, sinon, rien!
    jf

  85. Pas de débat possible sans une langue commune.
    Quel sens donnez-vous au mot MONNAIE ?

    Bonsoir,

    Ce débat, sur le point de savoir qui a le droit, aujourd’hui, de créer de la monnaie, ne pourra pas déboucher sur un progrès tant que les parties ne conviendront pas d’une définition commune des mots, et très spécialement du mot monnaie : en effet, si chacun utilise le mot monnaie pour désigner une réalité différente (pour les uns, la monnaie est un signe généralement accepté en paiement dans les échanges, pour les autres, ce sont seulement les signes créés par la Banque centrale), il n’est pas étonnant qu’on assiste à un dialogue de sourds et à une succession de malentendus.

    De tout ce que j’ai lu sur ce (précieux) blog depuis plus d’un an, je n’ai jamais reçu ici de réponse simple à cette requête en définition commune, comme si c’était très compliqué.

    J’ai donc tâché de comprendre par la bande, indirectement, par déduction, le point de vue de ceux qui contestent le pouvoir des banques privées de créer (une partie de) la monnaie qu’elles prêtent : il me semble qu’ils considèrent tous que ce qu’on appelle d’habitude la « monnaie scripturale » n’est pas de la vraie monnaie, que la seule monnaie digne de ce nom est la monnaie centrale, un signe porteur de pouvoir d’achat garanti par l’État.

    Et, si c’est bien l’acception du mot monnaie qui a leur faveur, il me semble que nous pourrions tous tomber d’accord, puisque ceux qui constatent que les banques privées créent des signes privés porteurs de pouvoir d’achat sont aussi les premiers à déplorer cet état de fait, allant jusqu’à traiter cette monnaie scripturale de fausse monnaie et les banquiers de faux monnayeurs, pas très loin, donc, de ceux qui, eux, disent que la monnaie scripturale n’est même pas de la monnaie.

    Au moment de concevoir un nouveau système, moins dangereux et moins injuste, nous devrions donc tous être d’accord pour refuser aux banques privées ce privilège de créer des signes de pouvoir d’achat sur le seul fondement de la confiance (la confiance que les banques font à leurs emprunteurs et la confiance que la société fait aux banques).
    ________________

    J’aimerais que vous me disiez ce que vous pensez de la proposition d’Irving Fisher, « 100% money » : pertinente ou pas ?

    Je trouve notamment très intéressante cette idée que, en cas de crise comme en ce moment, les banques ne prêtent plus pour recomposer leurs réserves (après s’être beaucoup trop exposées sur d’autres secteurs de leur activité, le coin « casino ») alors que les remboursements continuent, ce qui leur donne un pouvoir (symétriquement inverse à celui qu’elles jouent pendant le boom) de contraction de la masse monétaire, d’asphyxie des échanges et de blocage de tout le système.

    C’est très plausible, non ?

    Et si non, pourquoi ?

    _________________

    @ Christophe,

    Vous avez dit plus haut (26/4, 17h32) : « Résumé :
    D’un coté le crédit accordé par la banque n’est pas compensé par un autre crédit d’une autre banque et la banque paye en monnaie centrale ce qu’elle doit et au final elle n’a plus de dette, simplement une créance sur son emprunteur.
    De l’autre coté les crédits se compensent, il n’y pas de monnaie centrale en jeu mais une DETTE apparaît pour la banque. Cette dette se matérialise comptablement en créditant le compte de son client en monnaie scripturale.
    Donc les banques qui émettent du crédit en se débrouillant pour marcher au même pas selon Keynes s’économisent de la monnaie centrale mais en contrepartie contractent une DETTE à hauteur de cette économie ce qui me semble-t-il démontre qu’il n’y a aucune création monétaire ex-nihilo. »

    Vous oubliez apparemment que la dette de la banque, C’EST la monnaie. Précisément.
    Une dette qui se transfère facilement.
    Et dans vos deux exemples, refinancée ou pas, une fois créée, la dette de la banque circule et c’est elle la monnaie.

    La monnaie est un signe qui inspire confiance au vendeur : comme il fait confiance à la dette de la banque, il accepte le paiement scriptural. La banque a ce pouvoir, ce privilège, de créer et de mettre circulation sa propre dette que tout le monde reconnait comme fiable.

    Il me semble que le quiproquo entre nous vient de ce que personne n’a jamais dit que les banquiers créaient la monnaie à partir de RIEN, sans contrainte (« par magie » comme le suggère Johannes).

    C’est vrai qu’on pourrait comprendre comme ça l’expression « ex nihilo », mais ce serait un malentendu car personne ne prétend une telle sottise : tout le monde sait que la monnaie est créée en contrepartie d’une engagement (fiable) de rembourser (une autre dette, qui équilibre la première au bilan) et qu’il faut bien que la banque trouve cet emprunteur ; la banque a besoin d’une DEMANDE de crédit pour exercer son privilège (et en toucher le revenu, les intérêts). Tout le monde admet que la contrepartie de la dette de la banque qui circule (la monnaie) peut être une autre dette qui ne circule pas, de l’autre côté du bilan, à l’actif.

    Mais ce que signifie l’expression pédagogique ex nihilo — et il faut quand même consentir la bonne volonté minimum de comprendre ce que l’autre a voulu dire pour que le dialogue soit possible, sinon, si l’on refuse de voir le sens que l’autre donne aux mots, on paralyse l’échange —, c’est une référence à un nihilo de monnaie, pas un nihilo absolu : AVANT le crédit, il n’y avait pas cette monnaie, et APRÈS le crédit, il y a cette nouvelle monnaie, il y a bien eu création de monnaie (de la monnaie TEMPORAIRE, d’ailleurs, qui disparaîtra bientôt, lors du remboursement).

    Et si le mot « ex nihilo » s’avère être une source de malentendus interminables, jetons-le, oublions-le, on s’en fiche, ce n’est pas cette expression qui compte : ce qui est important et contestable, c’est la légitimité du privilège légal des banques (légitimité économique et légitimité politique).

    Je ne vais pas reprendre ici les échanges sur les fuites et sur le refinancement partiel nécessaire qui limitent indubitablement le privilège des banques, mais je voudrais poser une question simple à ceux qui prétendent que les banques privées ne créent pas la monnaie, une question décisive :
    __________________

    Si les banques privées ne créent pas la monnaie, selon vous, QUI LA CRÉE ?
    D’où vient l’augmentation de la masse monétaire (11% par an sur la zone euro depuis sa création, c’est considérable) ?
    Des banques centrales ?

    Johannes : qui crée la monnaie ?

    Qu’est-ce que la monnaie ?

    ___________________

    Votre réponse sera, je le pense, pour moi, comme un rai de lumière.

    🙂

    Amitiés.

    Étienne.

    ______________

    La pensée facile consiste à choisir son camp, accumuler les savoirs et ignorer l’autre côté.
    Il s’ensuit une boiterie logique qui donne une image hémiplégique du psychisme humain.
    Boris Cyrulnik, De chair et d’âme.
    ______________

  86. réponse de sourd dans ce dialogue de sourd 🙂 avec une citation d’une publication officielle de la banque de France reprise par A-J Holbecq reprenait dans « la dette, une affaire rentable ».

    « les particuliers – même paraît-il certains banquiers – ont du mal à comprendre que les banques ont le pouvoir de créer de la monnaie ! Pour eux, une banque est un endroit où on dépose de l’argent en compte et c’est ce dépôt qui permettrait à la banque de consentir un crédit à un autre client. Les dépôts permettraient les crédits. Or, cette vue n’est pas conforme à la réalité, car ce sont les crédits qui font les dépôts ».
    (banque de France, 1971)

    un extrait également d’une réponse d’un économiste de l’association « chômage et monnaie » lors d’un échange sur le documentaire de Paul Grignon. (je vous laisse consulter la composition du bureau de cette association qui d’ailleurs ne semble pas trouver anormale la création de monnaie par les banques. // http://www.chomage-et-monnaie.org/QuiNous2.html)

     » L’argent est créé à partir de rien. Lorsque le banquier vous prête 1000€, il inscrit à son passif 1000 € sur votre compte courant et à son actif une créance de 1000 € sur vous. Il est libre de le faire. Le problème est que lorsque vous allez dépenser cet argent vous allez remettre des titres de créances (chèques, prélèvements, etc.) sur la banque, créances que les autres banques vont lui présenter, sauf si le créancier est dans la même banque que vous. Vous allez également retirer de l’argent liquide d’un distributeur et la banque devra acheter ces billets à la banque centrale. De plus, la banque centrale impose des réserves proportionnelles au montant des comptes courants, donc la banque devra augmenter le montant de son compte courant improductif (car gelé) à la banque centrale. Ceci dit, les autres banques aussi font des prêts, et votre banque recevra aussi des créances sur les autres banques. Donc il y a une certaine forme de compensation, sauf pour les billets et les réserves obligatoires.

    EN MOYENNE (car les situations de chaque banque peuvent être très différentes, c’est pour ça qu’il y a un marché interbancaire pour qu’elles se prêtent les unes les autres) les banques si elles ont 1000 € de réserves disponibles en banque centrale, peuvent prêter (ici est donné la formule du multiplicateur que je ne reproduis pas) , ce qui avec un taux r de réserves de 2% et un taux b de billets de 10%, donne un multiplicateur de 8,5, soit assez proche du 9 de la vidéo. Mais où la vidéo a faux, c’est que cet argent créé ne peut être utilisé pour fa ire d’autres crédits. Pour faire d’autres crédits, il faut partir d’une nouvelle monnaie centrale. Celle-ci ne peut être créée que par la banque centrale, par ses prêts aux banques.

    J’ai omis le cas des devises, qui complique le problème. De nos jours, avec la liberté des changes, les banques empruntent non seulement à la banque centrale, mais aux banques étrangères. Les devises ainsi empruntées peuvent être converties à la banque centrale, avec le même effet qu’en emprunt direct. »

    En résumé, pour répondre à votre 1ère question, on peut effectivement prêter 10000$ à partir de 1111$ de monnaie centrale (ou de billets), mais cela s’arrête là.

  87. Je répète la question posée ci-dessus : « Merci aux défenseurs de chacune des deux thèses de revoir leur analyse dans un système où il n’y aurait plus que de la monnaie scripturale, donc dans un système où il n’y aurait plus de billets ou pièces créés par la banque centrale ».

    Comment dans un tel système hypothétique les uns expliquent le mécanisme de la création monétaire (« ex-nihilo » ou pas) et comment les autres expliquent le mécanisme de la conservation des quantités.

    Je souhaiterais obtenir en réponse un exposé personnel et raisonné ou chacun s’exprime sur sa propre analyse.

  88. Les particuliers – même paraît-il certains banquiers – ont du mal à comprendre que les banques ont le pouvoir de créer de la monnaie ! Pour eux, une banque est un endroit où on dépose de l’argent en compte et c’est ce dépôt qui permettrait à la banque de consentir un crédit à un autre client. Les dépôts permettraient les crédits. Or, cette vue n’est pas conforme à la réalité, car ce sont les crédits qui font les dépôts.
    (Banque de France, 1971)

    … Il y a même certains banquiers qui ne comprennent rien à la création monétaire et celui qui a rédigé ce paragraphe appartient à ce groupe. Nous avons réfuté ces textes cent fois. Ils confondent opération financière et enregistrement comptable. En voici encore un exemple :

    L’argent est créé à partir de rien. Lorsque le banquier vous prête 1000€, il inscrit à son passif 1000 € sur votre compte courant et à son actif une créance de 1000 € sur vous. Il est libre de le faire.

    Bien sûr qu’il est libre de le faire, mais si aucun flux économique ne correspond à son inscription, elle est sans objet.

    Et ils confondent prêt (ferme) et ligne de crédit (potentiel). Je sais, ces choses ne sont pas simples, et les avoir pratiquées dans la vie quotidienne, comme le métier que vous faites – ou faisiez – vous procure un réel avantage – dont ceux qui n’ont entendu parler de ces choses-là que par les livres, sont malheureusement privés.

  89. l’hypothèse de la « pure » monnaie scripturale est encore une hypothèse qui ne saurait se vérifier ni se réaliser!
    Si la part de la monnaie matérielle peut bien être réduite, car beaucoup de transactions se font par transfert de créances, la matérialité fiduciaire reste néanmoins absolument essentielle et impossible à éliminer, car cette monnaie-là, la seule VRAIE en definitive, est émise par l’institut d’émission en fonction d’un pouvoir d’achat qu’il cherche à maintenir le mieux qu’il peut.
    Et ce support matériel « a minima », si l’on se souvent des pièces d’or, est néanmoins indispensable, sans quoi le système bancaire ne tiendrait pas ni l’économie comme telle!
    Spéculer sur la disparition totale du numéraire est vraiment une abstraction dépourvue de tout sens!
    Nous voyons bien là que cette matérialité a minima est la clé de voûte qui prouve par elle-même que monnaieet crédit sont deux grandeurs in commensurables!
    jf

  90. à étienne:
    je l’ai dit dans le précédent message sans vous avoir encore lu!
    Les billets sont fabriqués dans des imprimeries spéciales sur du papier spécial, en principe non falsifiables, c’est aussi bête que ça!
    La « valeur » est sans doute établie selon une tradition que l’on peut appeler pouvoir d’achat au départ;
    la politique monétaire vise à protéger ce pouvoir d’achat;
    l’ensemble de l’économie et ses performances soutiennent la valeur » (le prix) de cette monnaie;

    je refuse absolument de dire que la dette bancaire serait de la monnaie, cela n’a pas le moindre sens!
    si la banque a une dette, elle doit payer son créancier comme tout le monde, c’est tout!
    si elle ne le fait pas, elle fera faillite!
    en cas de « crise systémique » comme actuellement, la banque centrale est bien sûr forcée d’agir en arrosant copieusement avec de nouveaux milliards!
    et cela se passe ainsi parce que les spéculations aberrantes, faites par les banques pour le compte de leurs déposants ont foiré;
    mais le fait que les banques aient pris des risques aussi insensés a néanmoins une cause plus profonde:
    le capital des fortunés cherchait A TOUT PRIX des placements porteurs dans un contexte de moins en moins « porteur » depuis vingt ans pour au moins deux raisons (et d’autres):
    1) les fortunés ayant déjà largement concentré les richesses, les emprunteurs devenaient de moins en moins capables de rembourser leurs dettes, un peu comme à la fin d’une partie de monoply!
    2)le rendement productif déclinait à son tour du fait de la productivité forte et de la saturation croissante de la demande solvable; ce phénomène de la baisse tendancielle des taux de profit avait eté déjà vu par Marx et Keynes et, bien sûr, Gesell!

    Dans ce contexte, la « technologie financière et l’inventivité spécuative a quand même réussi à repousser le moment de vérité pendant toutes ces années (20 ans à peu près), tout simplement parce que les réserves des riches étaient à ce point colossales que l’on pouvait faire du casino pendant vingt ans sans devoir se justifier réellement!
    Les pertes et la crise de confiance qui en résultent sont proportionnelles à ces excès!

    Nous assistons de ce fait à une trappe aux liquidités comme nous n’avons pas connue souvent (la crise de 1929 est évoquée à juste titre!)
    Et les centaines de milliards en numéraire ne déclenchent même pas une inflation, évitent tout juste une déflation, tellement ces sommes sont retenues par les fotunés devenus méfiants!
    et qui attendent des opportunités nouvelles pour « se refaire »

    Si on se mettait à émettre la monnaie anticrise(fondante) tout de suite, tout ce cirque serait terminé en une nuit, et le monde retrouverait la raison!
    jf
    Pour Fisher: je l’ai imprimé et je vais le lire rapidement et vous répondrai

  91. Paul, je risque (dangereusement) une question: si ceux qui confondent prêt (ferme) et ligne de crédit (potentiel) pour ne pas les avoir pratiqué professionnellement au quotidien, et sont donc privés de la compréhension de ces choses pas simples que les livres n’expliqueraient pas, qu’est-ce qui fait que professionnellement « ça marche » (bien sûr, ça marche, mais jusqu’à l’éclatement de la bulle devenue bien plus grande que ce qu’on peut rembourser…)

    D’un côté les livres expliqueraient doctement le fonctionnement des compétitions sportives, mais ils ne parleraient jamais du dopage, alors que toutes les compétitions sportives (alias financières) ne fonctionnent qu’au dopage, c’est bien ça?

  92. @ MarcusH

    Mais dîtes moi, quelles sont les personnes célèbres pour être crédibles qui défendent votre posture ? Je ne demande que ça, des références !

    Mon argumentation est juste ou elle est fausse. Il ne s’agit pas pour moi de trouver un emploi.

    Par ailleurs, comment expliquer qu’un comité de la réglementation bancaire doive limiter les prises de participation des banques en raison de leur capacité à acquérir par simple jeu d’écritures ?

    Est-il dit quelque part que c’est « en raison de leur capacité à acquérir par simple jeu d’écritures » que les banques doivent limiter les prises de participation ?

    Toutes ces références célèbres, des professeurs, des économistes à la banque de France se plantent-ils donc tous ?

    Oui. Ça vous étonne ? Vous n’avez pas entendu parler des économistes qui n’ont pas vu venir la crise ?

    Sur le mot compensation, je l’ai utilisé il me semble dans son sens commun: celui du solde à la fin d’une période réglementaire (la journée, le mois…) des créances mutuelles entre intermédiaires financiers.

    Une compensation a lieu entre deux parties qui réconcilient leurs positions l’une vis-à-vis de l’autre. La compensation porte sur le différentiel. Vous écrivez : « Par ailleurs, dans le raisonnement des anticréationnistes, on fait toujours fi du fait que les fuites ne représentent pas 100 % de la création initiale. Oui, il y a compensation et oui au terme de cette compensation, la banque X conserve une certaine part de dépôt qu’elle n’a donc pas à refinancer. » Qui sont les deux parties ? Vous parlez de X, quel est l’Y auquel vous pensez ?

  93. Bien entendu ceux qui refusent le fait que leurs « comptes en banque » (Les « dépôts à vue ») , scripturaux, soient simplement de la monnaie (comme le comptabilisent TOUTES les banques centrales et TOUS les économistes du monde, n’utilisent donc jamais cette monnaie scripturale – par chèque, virement , carte bancaire – pour payer leurs fournisseurs, leurs impôts, leurs abonnements divers, leurs loyers, leurs charges, leurs ….. ) et se promènent avec des portefeuilles bien garnis 🙂

    Tiens, à propos de l’utilisation des moyen de paiement et de l’évolution ;: http://tinyurl.com/dzvfak … JF verra dans la statistique suivante que les billets sont peu utilisés (et qu’il arrivera un moment où il ne le seront plus):
    -cartes bancaires : 41,5 % des transactions réalisées en 2006
    -chèques : 25,5%
    -prélèvements : 17,9%
    -virements : 15,2%
    -espèces : 0,9%

    Alors appelons Mf la monnaie fiduciaire banque centrale et Ms les dettes – correspondantes aux Dépôts à Vue – des banques commerciales envers les différents agents non bancaires (les personnes, les entreprises, les collectivités) que les gens utilisent en guise de moyen de paiement.

    Mais il est vrai que beaucoup de problèmes seraient réglés et que notre débat (parenthèse: ça tourne au monologue de chacun les « non créationnistes » refusant manifestement de lire ce qu’ont écrit tous les plus grands ou plus petits spécialistes et ayant l’impression d’avoir découvert le fil à couper le beurre) n’aurait pas lieu d’être si toute la monnaie Ms+Mf était « centrale » , c’est à dire si les banques commerciales et établissements de crédit ne pouvaient simplement plus faire crédit sans se financer auprès de la Banque Centrale (ou auprès d’un marché financier lui même conséquence d’une épargne d’une monnaie centrale), et qu’elle ne puissent utiliser des prêts à court terme pour prêter à long terme.
    Toute la monnaie scripturale et fiduciaire serait dans ce cas centrale et la nécessité d’existence de monnaie fiduciaire (billets) disparaitrait même (son existence est liée au fait d’une confiance supérieure en elle et aussi qu’elle permet de financer « discrètement » un tas d’activités illicites ou de travail au noir: je défends pour ma part l’idée d’une « monnaie marquée » électronique.

  94. @ Gérard P.

    Je ne refuse pas le débat : votre question est excellente. Mais comme un préalable, pourriez-vous répondre à cette question-ci : « Comment un système monétaire pourrait-il fonctionner sans principe de conservation des quantités ? » Je vais être encore plus précis : « Comment une banque peut-elle faire une projection de ses activités sur cinq ans sans principe de conservation des quantités ? »

  95. Bien entendu ceux qui refusent le fait que leurs « comptes en banque » (Les « dépôts à vue ») , scripturaux, soient simplement de la monnaie (comme le comptabilisent TOUTES les banques centrales et TOUS les économistes du monde, n’utilisent donc jamais cette monnaie scripturale – par chèque, virement , carte bancaire – pour payer leurs fournisseurs, leurs impôts, leurs abonnements divers, leurs loyers, leurs charges, leurs ….. ) et se promènent avec des portefeuilles bien garnis 🙂

    Tiens, à propos de l’utilisation des moyen de paiement et de l’évolution… JF verra dans la statistique suivante d’utilisation des moyens de paiement que les billets sont peu utilisés (et qu’il arrivera un moment où il ne le seront plus):
    -cartes bancaires : 41,5 % des transactions réalisées en 2006
    -chèques : 25,5%
    -prélèvements : 17,9%
    -virements : 15,2%
    -espèces : 0,9%

    Alors appelons Mf la monnaie fiduciaire banque centrale et Ms les dettes – correspondantes aux « Dépôts à Vue » – des banques commerciales envers les différents agents non bancaires (les personnes, les entreprises, les collectivités) que les gens utilisent en guise de moyen de paiement.

    Mais il est vrai que beaucoup de problèmes seraient réglés et que notre débat (parenthèse: ça tourne au monologue de chacun les « non créationnistes » refusant manifestement de lire ce qu’ont écrit tous les plus grands ou plus petits spécialistes et ayant l’impression d’avoir découvert le fil à couper le beurre) n’aurait pas lieu d’être si toute la monnaie Ms+Mf était « centrale » , c’est à dire si les banques commerciales et établissements de crédit ne pouvaient simplement plus faire crédit sans se financer auprès de la Banque Centrale (ou auprès d’un marché financier lui même conséquence d’une épargne d’une monnaie centrale), et qu’elle ne puissent utiliser des prêts à court terme pour prêter à long terme.

    Toute la monnaie scripturale et fiduciaire serait dans ce cas centrale et la nécessité d’existence de monnaie fiduciaire (billets) disparaitrait même (son existence est liée au fait d’une confiance supérieure en elle et aussi qu’elle permet de financer « discrètement » un tas d’activités illicites ou de travail au noir: je défends pour ma part l’idée d’une « monnaie marquée » électronique.

    A-J Holbecq

  96. La monnaie n’existe-t-elle donc que si l’on s’en sert ?!

    Cher Paul,

    Dans ton message du 27/4 à 0h26, tu dis :

    Bien sûr qu’il est libre de le faire, mais si aucun flux économique ne correspond à son inscription, elle est sans objet.

    Et ils confondent prêt (ferme) et ligne de crédit (potentiel).

    C’est étonnant : la monnaie n’existerait donc que quand on l’utilise ?

    Dirais-tu la même chose des billets ?! :
    « tant qu’il n’y a aucun flux économique qui correspond à leur inscription, ils sont sans objet » ??

    C’est étrange.
    Moi, j’aurais dit qu’il n’y a aucune différence de nature entre les billets (titre matérialisés de dette de l’État) et les DAV (titres dématérialisés de dette des banques privées). C’est du titre de dette, titre fiable qui circule entre les agents qui ont précisément besoin de symboles fiables pour échanger.

    La différence entre ferme et potentiel, que tu évoques comme une clef de compréhension, n’est-elle pas qu’une simple question de cuisine interne à la banque, pour subir le moins de charge possible (au compte de résultat), mais sans conséquence sur la dette de la banque (l’obligation de payer sur ordre) ? Cette dette (la provision du DAV) qui existe et circule indépendamment de la façon dont la banque se débrouille pour équilibrer ses comptes par ailleurs, non ?

    Et si la Banque Centrale, de fait, refinance sans limite — si la BC prête sans barguigner de sa monnaie centrale aux bc qui viennent lui en demander au fur et à mesure qu’elles consentent des crédits (la BC donne d’ailleurs cette mc en échange des titres mêmes que les bc avaient obtenus de leurs propres clients en leur faisant crédit… ça semble trop facile… quelle est la limite à cette montagne de dettes ?) —alors, on est fondé à dire que les banques créent leur propre dette à gogo, tant qu’il y a de la demande de crédit et tant qu’elles font confiance dans la solvabilité des demandeurs, non ?

    Et c’est bien ce mécanisme qui conduit les banques à s’endetter de plus en plus, et donc à prendre un risque de plus en plus grand pour tout le système, qui est mis en cause, qui est contesté, qui est incriminé, par les plus grands spécialistes de la monnaie depuis des siècles, non ?

    ________

    Tu ne nous as pas dit qui, d’après toi, crée la monnaie supplémentaire qui gonfle chaque année la masse monétaire.

    ________

    Johannes, tu n’as pas répondu non plus, je crois, à cettte question décisive.
    ________

    Merci pour votre patience.

    Étienne.
    _________________

    Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude. Nietzsche
    _________________

    .

    ==================

    PS : comme j’en ai l’habitude, je ne résiste pas à la tentation de vous signaler encore un tout petit texte — absolument lumineux — qui m’a beaucoup aidé comprendre, en termes simples, le côté fondamentalement conventionnel de la monnaie, signe fiable porteur de pouvoir d’achat (c’est la définition que je préfère) :

    Promenade d’un billet

    Une dame se présente à la réception l’hôtel du Lion d’Or et réserve une chambre. Elle verse 50 euros. Le boulanger du village observe la scène. Il attend que la cliente sorte, puis il se lève, se dirige vers l’accueil et s’adresse à l’hôtelier :

    « Ne range pas ton billet, Georges, souviens-toi que tu me dois la pièce montée que je t’ai faite l’autre jour ».

    De bonne grâce, l’aubergiste tend le billet de 50 euros au boulanger. Une fois dehors, ce dernier va payer son ami le menuisier qui a réparé son comptoir. Celui-ci s’acquitte alors des 50 euros qu’il devait au garagiste pour sa dernière vidange. En fin de compte le billet se retrouve dans la poche du représentant en savons industriels, qui, vue l’heure, décide de prendre une chambre à l’hôtel du Lyon d’or et paye l’hôtelier avec ce même billet.

    Quel est le « coût » de cette « promenade » ? Les 50 euros ont-ils disparu ? Non ils sont toujours là, dans la communauté villageoise. Ils sont dans la caisse de l’hôtel et repartiront demain pour un autre tour, peut-être plus éloigné cette fois. Mais dans tous les cas, l’argent n’a pas disparu, il a circulé. En revanche, tous les acteurs ont travaillé : l’hôtelier, le boulanger, le menuisier, le garagiste et le représentant ; ils ont tous consommé de la matière et/ou de l’énergie. Le travail à faire à été fait, quant aux matières et à l’énergie, elles ne sont plus disponibles. Bien sûr, pris individuellement, chacun a dépensé 50 euros et à ce titre peut dire que « l’autre » lui a « coûté » 50 euros puisqu’il ne les a plus en caisse. Mais si l’on considère les choses globalement, on ne peut que constater que la production n’a « coûté » que du travail, de la matière et de l’énergie, mais pas d’argent ! L’argent est passé d’une main dans une autre, chacun s’est enrichi du travail de l’autre et lui a donné 50 euros en échange pour ne pas rester en dette. Ce qui est à un moment recette, devient dépense à un autre ; c’est la dépense de l’un qui fait le revenu de l’autre. L’argent est transféré, pas consommé sauf peut être si, comme nous aimons à raconter cette histoire, la chute devient la suivante : La dame revient, annonce qu’elle a rencontré un vieil ami et annule donc sa réservation. L’hôtelier lui rend le billet que venait de lui tendre le représentant, le regarde, le reconnaît, sort alors un briquet de son sac et brûle le billet sous le regard effaré des observateurs de la scène… « il était faux », s’exclame-t-elle dans un éclat de rire !

    Source : une page littéralement passionnante : http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=Investissement+Public

    Paul, est-ce que cette dame étrangère au village n’a pas joué le rôle actuel du banquier ? En alimentant un système d’échange avec sa (fausse) monnaie (mais les échangeurs se fichent pas mal que la monnaie soit fausse ou pas, pourvu que tout le monde l’accepte dans les échanges, non ?), elle a rendu possibles ces échanges. Avec une simple dette, créée là, comme ça, et vouée à disparaître… mais ça fonctionne.

    D’ailleurs, Johannes, vous accordez une confiance étonnante aux billets que vous pensez infalsifiables, ce qui, d’après vous, ferait toute la différence avec la fausse monnaie scripturale des banques privées… Hum. À votre avis, Johannes, combien d’usines à faux dollars fonctionnent dans le monde ? Et combien de centaines de milliards de faux dollars, sans que cela gêne le moins du monde les échanges ? Vous semblez avoir une conception de la monnaie, disons, un peu datée, non ? Il n’y a pas que les billets qui vaillent, quand même, si ?

  97. Juste une petite réflexion en passant..

    Il y a une certaine logique que la monnaie fiduciaire (la seule monnaie de la banque centrale circulant dans la sphère non bancaire) soit la seule monnaie proclamé « monnaie légale » depuis la loi du 12 août 1870.
    Tout le monde ici est d’accord pour dire que les dettes des banques commerciales (le montant de vos comptes à vue) représente une « monnaie/dette de banque commerciale » (il y a la monnaie SG, la monnaie CA, la monnaie Crédit coopératif, etc) et c’est le « bouclage » avec la monnaie centrale, et la confiance dans le système bancaire, qui fait que ces monnaies aient également cours ( les banques commerciales émettent un moyen de paiement , libellé en euro, qui est la monnaie ayant cours légal dans la Zone Euro depuis le 28 février 2002 …. allez y comprendre quelque chose 🙂 ), c’est à dire qu’elles sont généralement acceptée sous forme de « monnaie de banque » (oui, je sais, vous pouvez exiger d’être payés en billets de banque centrale, mais d’un autre coté vous ne pouvez pas l’imposer à votre patron pour vos salaires … donc pas la peine de re soulever ce point)

    Si demain la Banque Centrale ouvrait des agences bancaires où tout à chacun pourrait ouvrir un compte, il y a fort à parier qu’elle ne délivrerait pas que des « billets de banque centrale », mais gèrerait des comptes à vue (des dépôts) … cette monnaie là (scripturale, mais émise par la Banque Centrale) aurait elle plus de « confiance » que celle des banques commerciales, garanties jusqu’à 70000 euros ( en sachant de toute façon que ce qui est garanti c’est le chiffre du solde de votre relevé bancaire, c-à-d que si votre banque fait faillite, le montant que vous détenez – probablement après déduction de ce que vous devez à la banque en faillite – sera seulement inscrit quelque part comme un montant sur lequel vous pouvez régler vos fournisseurs)

  98. @ johannes finckh & her professor « P. »

    Le système des paiement est double aujourd’hui, il y à le billet de banque centrale qui permet de régler un achat de bien ou service monnayable entre deux agents économiques sans intermédiaire. Les agents manipulant directement la monnaie de la transaction. Il y a aussi un système de paiement par « opérateur interposés » qui effectue les paiement pour les agents économiques. Là ces agents ne manipulent pas de monnaie et confient ce rôle aux banques.
    Il faut bien voir que lorsqu’une banque effectue un paiement au nom d’un de ses clients elle ne règle pas sa propre dette mais bien celle de son client. D’ailleurs si le client est insolvable, la dette n’est pas payée le règlement et refusé et la banque n’est pas en cause et n’est pas tenue de payer quoi que se soit. (la banque dans ce cas se substitue même au pouvoir judiciaire sanctionnant le client par la privation de ses moyens de paiement, un scandale !)

    La banque agit là, en tant que payeur pour le compte de ses client, et non pour son propre compte.

    Pour effectuer ces paiements la banque tient un état du solde de ses dettes vis à vis de son client, si elle ne lui doit rien elle refusera le paiement, sauf à effectuer la paiement pour son propre compte.
    Si elle est en dette vis à vis de son client elle acceptera le paiement et devra passer un ordre de déplacement de monnaie électronique, centrale, de base, appelons cela comme on veut, d’un de ses comptes en banque centrale vers un compte de la banque du créancier de son client. Ce n’est que lorsque ce déplacement (ou l’acquittement d’échange de valeurs monétaires égales) a eu lieu que le paiement est réalisé. Ce paiement entre banque peut-être réalisé en monnaie fiduciaire, ou autre valeur monétaire, qu’importe, ce n’est que lorsque les banque s’estiment quitte de la valeur monétaire transmise que le paiement est réalisé. Par la suite les comptes des agents économiques sont mis à jour, indépendamment.

    Donc on voit que les sommes inscrites comme solde sur les comptes des clients des banques commerciales ne permettent pas de réaliser des paiement entre agent économiques. Les paiements pour le compte d’agents économiques sont réalisés par les banques sur leurs propres comptes. Si une banque n’a pas de valeur monétaire à transférer elle ne peut réaliser les ordres de paiement de ses clients, même si les soldes de leurs comptes sont suffisants, c’est la faillite.

    La nature des comptes commerciaux et centraux et donc différente puisque les premiers font le compte d’une dette entre une banque et son client et le seconds contiennent, à l’image d’un coffre, de la monnaie électronique ou scripturale.
    Les compte centraux ne son la manifestation d’aucune dette entre la banque commerciale et la banque centrale, lorsque l’écriture sur un compte est diminuée d’une quantité de valeur monétaire au profit d’un autre compte, il y a effectivement déplacement monétaire.

    La monnaie est donc entièrement contenue dans M0, monnaie manuelle et monnaie électronique.

    Il y à même une hiérarchie entre ces deux types, et j’en viens à la question de Her Professor, la monnaie électronique est indispensable à la monnaie fiduciaire dans le système actuel, puisque pièces et billets sont préalablement achetés en monnaie électronique par les banques commerciales avant d’être diffusée dans l’économie.

    Donc, ma conclusion, c’est que le système pourrait très bien fonctionner, et sans doute à l’identique, sans monnaie fiduciaire. Cela accroitrait encore le pouvoir de contrôle des banques privées sur notre rapport à la monnaie puisque nous ne pourrions plus du tout la manipuler (idée Stilholgarabecqienne !).

    Sans avoir vraiment explorer cette idée et ses répercussions, j’ai un a-priori favorable pour, au contraire, permettre à tout un chacun de posséder un compte sans intermédiaire sur lequel la monnaie existe véritablement. Un compte type compte central. Cela à l’image de la révolution informatique et notamment sur internet qui supprime des pans entiers d’intermédiaires devenus inutiles…

    Bon,

    Alors Her professor Gérard P.

    J’ai droit à un bon point ou je rejoins Beber le Cancre au piquet ?

    La monnaie est transférée entre comptes de banque centrale appartient à la banque

  99. A qui faut il s’adresser: Holbecq ou Stilgar?

    S’il s’agit de dire qu’on utilise cette monnaie-dette comme moyen de paiement, c’est une évidence puisqu’on le fait tous les jours, pas besoin de discuter 10 ans la dessus.
    Le but c’est de comprendre réellement l’ensemble du mécanisme pour pouvoir dans un premier temps donner les bonnes explications à la crise financière (ou tout simplement comprendre ceux qui nous l’expliquent!) et dans un deuxième temps faire des prévisions afin de déterminer ce qu’il faut changer dans le système pour qu’il fonctionne mieux pour le profit du plus grand nombre.

  100. Pourquoi vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord sur la définition de ce qu’est la monnaie ???
    Parce que j’ai la forte impression qu’en dehors de cet axiome, tout le monde dit la même chose …
    Si l’on considère la dette comme de la monnaie (car elle permet l’échange) alors il y a création monétaire ex-nihilo… sinon il y a seulement jeu comptable sans création monétaire.

  101. Bonjour Shiva,

    D’après vous,
    QUI crée la monnaie supplémentaire
    qui s’ajoute chaque année à la masse monétaire
    (+10% par an sur la zone euro depuis sa création) ?

    Et quelle est, pour vous, la définition du mot MONNAIE ?

    Étienne.

  102. à tous:
    il me semble que l’on peut avancer un peu, en tout cas j’avance sans (trop) me renier toutefois!
    Je lis actuellement le texte diffusé par étienne chouard qui expose les propositions d’irving fisher.
    Cela me plaît bien, j’en dirai plus quand j’aurai terminé.
    En tout cas, après avoir soutenu la monnaie estampillée selon Gesell, Fisher propose son 100% monnaie où il tente une « déconnection » entre le circuit des dettes et celui de la monnaie centrale.
    C’est astucieux, et il me semble que cette proposition rejoint bel et bien celle de Gesell et de la monnaie fondante, car la partcularité de la monnaie fondante serait justement de circuler en toute circonstance, et elle fonctionnerait invariablement, même si tout le système bancaire faisait faillite, donc bien indépendamment de l’état des dettes et créances!
    Il n’y aurait tout simplement plus de possibilité de crise de liquidité qui est, je l’admet tout à fait, bien en rapport avec la crise de la dette en tant que cause de la crise de confiance!
    Mais il faut que je termine la lecture pour en dire plus, en tout cas c’est peut-être un moyen de me concilier avec certains économistes vraiment importants. Et si leurs propositions, parmi le meilleures, n’ont pas pu s’imposer pour le moment, ce n’est pas nécessairement de leur fait mais de celui de l’aveuglement des décideurs politiques et finaciers.
    à suivre,
    jf

  103. Le crédit est de l’argent qui n’existe pas. Je précise : le crédit est de la valeur qui n’existe pas encore. Elle existerait en temps T+ mais n’existe pas au temps T. Autrement dit, en état de confiance, pour ainsi dire à l’état liquide du sytème, lorsque le régime économique vit par anticipation, lorsqu’il vit le temps T comme s’il s’agissait déjà du temps T+, le crédit est « pris pour argent comptant ». Dans ce contexte capitalistiquement idéal, l’argent vaut et sa prise en compte n’affecte pas le système. Mais à l’inverse, en temps de crise, de défiance, pour ainsi dire à l’état solide du système, le système se base sur la situation en temps T puisqu’il est prudent de supposer que le crédit ne sera pas remboursé. Aussi la crise rapproche-t-elle le système de la réalité de ses avoirs et rappelle que le crédit est de l’argent qui n’existe pas, puisqu’il est sommé de vivre au plus prêt du temps T.

    Bien entendu la crise n’est jamais tout à fait absolue : certains secteurs, notamment ceux adossés à l’Etat et les too bigs to fail, peuvent considérer que le remboursement sera partiellement assuré par l’Etat – quitte à ce que celui-ci anticipe des rentrées fiscales ultérieures en s’endettant auprès des banques, par exemple à coups de garanties invocatoires, de prêts, de baisse des taux ou de mi-nationalisations comme il le fait actuellement. Mais que fait l’Etat ainsi sinon ajouter du + au T+, autrement dit gager l’ensemble de l’équilibre systémique sur un avenir qui lui-même implique une confiance ultérieure dans des rentrées fiscales supposant une reprise de la confiance et une productive paix sociale ?

    Il s’agit donc d’un pari encore plus ample et plus lointain sur l’avenir, donc plus incertain, et ce à partir d’un contexte déjà caractérisé par une incertitude telle que les banques ont été en position d’exiger que l’Etat assumme leur propre risque. Dans ce contexte de course à l’abîme, il est bien plus sage de considérer que la valeur n’existe pas. Je comprends que les capitalistes et ceux qui y croient envisagent cette considération comme une catastrophe, puisqu’elle en est une pour eux. Mais à se laisser hypnotiser par l’adjonction toujours plus risquée et artificielle de + au T+ systémique, ils ne font que de se mettre en position d’attendre une catastrophe plus grande et plus certaine.

    Que les capitalistes et ceux qui y croient pensent assez peu collectivement pour que chacun espère que, une fois sauvé de cette phase critique-là, il parviendra à sauter du train dans de meilleurs circonstances ultérieures, sinon à survivre en dépit d’autrui, relève bien entendu de leur tropisme. Mais cette considération sociopsychologique ne change rien au caractère nécessairement vertigineux du système, ni aux effets dévastateurs que la catastrophe contribue à générer sur le mode de production capitaliste, autrement dit, dans « l’économie réelle ». Et là, nous entrons sur un registre tout autre qu’économique, mais social et politique…

  104. j’ajoute, pour que l’on comprenne mon dernier message, qu’il n’y a pas qu’un problème de définition apparemment. Je ne suis pas certain en effet que Paul Jorion reconnaisse la création ex nihilo de moyens de paiement privés scripturaux au vu de ce qu’il a pu écrire antérieurement.

  105. @Etienne Chouard

    Vous dites: »Vous oubliez apparemment que la dette de la banque, C’EST la monnaie. Précisément. »

    Mais non je ne l’oublie pas! Le problème c’est que les banques en marchant au même pas en ont fabriqué beaucoup trop de cette monnaie-dette avec très peu de monnaie centrale. Ce qui n’est pas grave si tout le monde rembourse ce qu’il doit mais ce qui est catastrophique si les gens deviennent insolvables et ne peuvent plus rembourser leur crédit.
    Voyez-vous le fait que ce ne soit pas de l’argent mais un simple moyen de paiement correspondant à une dette qui se déplace, change radicalement la façon qu’à le système de se comporter. C’est pour cela que quand vous dites que les banques créent la monnaie vous faites sous-entendre aux gens que cela ne coûte rien aux banques, ce qui est faux parce que contrairement à de l’argent, une dette sous-entend qu’on la rembourse tôt ou tard et si on ne peut pas la rembourser, c’est la faillite.
    En temps normal les dettes des banques sont équilibrées avec les créances qu’elles ont accordé aux emprunteurs et au final, au fur et à mesure que les crédits sont remboursés les dettes des banques diminuent en proportion égale mais si les emprunteurs deviennent insolvables et ne remboursent plus leur crédit, les créances sont perdues et il ne reste plus que les dettes des banques.
    Si les banques créaient de l’argent, il ne resterait rien plutôt que des dettes et les banques n’auraient qu’à retrouver de nouveaux emprunteurs pour se refaire. Force est de constater que ce n’est pas cela qui se passe.
    Mais tout cela vous le savez.

  106. Ce qui m’étonne toujours dans ce débat (sans fin), c’est que les radicaux ne sont pas là où l’on croit!

    Quand on dit que les reconnaissances de dettes des banques sont de la monnaie quand tout va bien, mais ne le sont plus quand tout va mal, il y a là une proposition sous-entendue révolutionnant (plus idéologiquement que techniquement) le paradigme (paradoxe?) monétaire largement accepté : peut-on admettre le morphisme des propriétés d’un objet financier en fonction de son environnement?

    Quand on dit que les reconnaissances de dettes sont toujours de la monnaie, quelles que soient les circonstances, on ne fait qu’apporter de l’eau au moulin de la théorie monétaire qui prévaut depuis bien (trop) longtemps : all is money and money is all.

    Pourtant, ce sont ceux qui épousent les conclusions du second exposé qui revendiquent de « changer le système ». Et c’est vrai, mais le souci alors et que l’on change le système pour de mauvaises raisons, et qu’on hypothèque dès le départ la probabilité de parvenir à une solution acceptable, les données du problème étant mal posées. La grande majorité des économistes partagent avec certains des intervenants ici cette vue. Je me risque à dire que lorsque l’on partage les mêmes vues que ces supposés adversaires, il est malvenu de dire que seul l’un des deux se trompe… 🙂

    Les premiers eux en sont encore à comprendre pourquoi c’est problématique de considérer qu’un objet défini peut revêtir 2 états (monnaie/reconnaissance de dette) simultanément, et à imaginer comment on sort par le haut de ce paradoxe. Surtout, ils abordent l’exercice dans le bon ordre, plutôt que de proposer une solution « révolutionnaire » et de « pousser » le problème jusqu’à ce qu’il rentre dans la case qu’on lui a alloué et qui a présidé à l’élaboration de la solution.

  107. La monnaie fiduciaire (billets) est au passif de la Banque Centrale: c’est donc également une dette envers le secteur public et privé non bancaire, de la même manière que les dépôts sont au passif des banques commerciales et correspondent a une dette envers le secteur public et privé non bancaire.. kif, kif

  108. Bonjour Étienne,

    L’agrégat M3 mesure le volume des comptes des clients des IFM et la monnaie fiduciaire en circulation.

    Le volume des comptes représente une quantité de dettes en valeur monétaire et non un volume de monnaie.

    L’augmentation de M3 est liée à l’augmentation de la masse de monnaie fiduciaire et à l’expansion du crédit.

    Je me lance dans une tentative de définition de la monnaie, contraint et forcé !

    La monnaie est l’ensemble des supports généralement reconnus comme porteurs d’une valeur définie, et échangeables contre des biens ou services de même valeur entre agents économiques.

    (je ne prétends pas que cette définition soit parfaite et non amendable loin de s’en faut !)

    Une étude ancienne (2001) mais très intéressante et documentée sur les monnaies électroniques privée et l’efficience de la politique monétaire :

    http://www.banque-france.fr/archipel/publications/bdf_bm/bdf_bm_2001/bdf_bm_91_etu_1.pdf

    Voir notamment le petit encart sur les LETS (Local Electronic Trading Systems) ou les particulier manipulent directement de la monnaie électronique (privée).

  109. @ Julien Alexandre

    Vous posez très bien une très bonne question : « Peut-on admettre le morphisme des propriétés d’un objet financier en fonction de son environnement ? »

    Je réponds : oui, et je dirai même plus. Cette approche est probablement plus pertinente à propos d’un objet financier qu’à propos d’autres objets plus réellement consistants. Un objet financier n’a-t-il d’autre réalité que celle définie par son environnement ? Cet objet est un signe, une instance principalement formelle et conventionnelle valant pour ainsi dire exclusivement sans qu’il soit besoin de connaître par sa signification, un truc proprement insensé. A la limite, l’objet financier est un pur signe. C’est d’ailleurs pourquoi l’histoire de la monnaie est celle d’une dématérialisation de manière à échapper aux crises partiellement liées à sa matérialité, comme il arriva à l’or espagnol du temps de l’Invincible Armada. D’abord la marchandise-valeur par nécessité, le sel permettant la conservation alimentaire par exemple, puis la pièce de métal selon sa rareté, l’estampille garantie par le seigneur puis l’Etat, l’ordre papier infalsifiable, enfin le signe simplement quantitativement énoncé émis entre banquiers et Etats dans des réseaux de communication privés et quasiment instantanés des Bourses. Que raconte cette histoire sinon celle d’une liquéfaction technologique sans cesse rattrappée par des modes de défiance amplifiés à mesure que le système s’amplifie ?

    Plus la valeur est liquide, plus il est possible de lui assurer des possibilités de plus-values spéculatives dans le temps court de sa suspension à l’égard de l’économie réelle. Le capitalisme est parvenu à un tel degré d’instantanéité des flux monétaires qu’une proportion gigantesque de valeurs détermine l’économie réelle, c’est-à-dire le mode de production par lequel se fabrique réellement la plus-value. Même les Etats et les banques s’en plaignent puisqu’ils prétendent réguler ou contrôler cette intense liquidité qu’ils appelent « volatilité ». Mais précisément en se substituant à l’environnement réel, en y faisant écran, ces administrateurs parasites constituent un environnement formel qui lui confère ce caractère volatile. Or cet environnement est celui du pouvoir, ce qui, à nouveau, nous éloigne des déterminants immédiats de l’économie mais relève du social, du politique, etc.

    Peut-être un objet est-il d’autant plus déterminé par son environnement qu’il est irréel et cependant utilisé.

  110. Alors les reconnaissances de dettes des banques sont de la monnaie quand tout va bien, mais ne le sont plus quand tout va mal… et quand tout va à moitié, c’est quoi ?

  111. Bonjour,

    Un peu largué, j’esai de reprendre pied dans la discussion.
    Qui pourrait m’expliquer le concept de conservation des quantités ?

  112. @ Christophe,

    je viens de lire et relire votre message de 14h31, et je suis d’accord avec tout, ce qui renforce ma conviction que seul un malentendu nous dépare.

    Une petite réserve, peut-être, quand vous dites : « vous faites sous-entendre aux gens que cela ne coûte rien aux banques, ce qui est faux parce que contrairement à de l’argent, une dette sous-entend qu’on la rembourse tôt ou tard et si on ne peut pas la rembourser, c’est la faillite. »

    J’objecterai que 1) non seulement ça ne coûte rien aux banques, mais ça leur rapporte des montagnes d’argent (en net), puisqu’elles facturent un intérêt supérieur à celui qu’elle paient elles-mêmes pour se refinancer, d’une partie seulement, et 2) le fait d’être endetté au-delà de tout ce qui est imaginable est loin d’être systématiquement une cause de faillite puisque l’État sauvera toujours les plus gros voleurs (et qu’ils le savent !).

    Donc, votre objection que l’explication du mécanisme de la monnaie-dette pourrait être mal comprise du grand public pourrait se retourner de la même façon contre la thèse inverse qui prétend que la seule monnaie qui vaille est la monnaie centrale : les risques de malentendus y sont également considérables puisque 93% de la monnaie en usage est de la fausse monnaie (scripturale).

    _______________

    Je vous signale une remarque et une question que j’ai postées à 10h pour Paul et Johannes (mais qui peut concerner aussi Julien ou Shiva), mais elle a mis plus de sept heures à passer le filtre de la modération et elle se retrouve perdue dans les vagues déjà anciennes du flot de commentaires.
    _______________

    Bien à vous.

    Étienne.

    ________________

    La crédulité des dupes est un fond inépuisable pour l’ingéniosité des coquins. William Burke.
    ________________

  113. Je suis assez d’accord avec la proposition de définition de monnaie de Shiva, en ce qu’elle intègre à la fois les notions de réserve de valeur et de moyen d’échange. Mais tout ceci a déjà été précisé par Paul (à plusieurs reprises)…

    Pour ce qui est de mettre au même niveau dette des banques centrales et dette des banques commerciales :

    1/ créanciers et débiteurs ne sont pas les mêmes personnes et pas dans le même ordre.

    2/ la probabilité qu’un Etat fasse faillite est théoriquement moins élevée que celle associée au même risque pour une banque commerciale, elle-même moins élevée que celle associée à un quidam empruntant sur 25 ans à sa banque pour s’acheter une maison.

    3/ Si le débiteur d’une banque commerciale est insolvable, la Banque saisit la maison. Si la Banque commerciale est insolvable, l’Etat garantit jusqu’à un certain montant (120.000 € en Europe) la reconnaissance de dette du créancier, le reste de sa « monnaie » passant par perte et fracas!

    Si l’Etat fait faillite, que fait la Banque centrale?

  114. En réponse à la question de A. sur le principe de conservation des quantités : cela signifie que le montant de monnaie utilisable à un instant T est toujours égal à la monnaie Banque Centrale. D’autres ici soutiennent que ce principe de conservation est valide à un échellon supérieur : le montant de monnaie utilisable à un instant T est toujours égal à l’agrégat M1.

  115. Le problème de fond est:  » qui doit émettre la monnaie, qu’elle soit fiduciaire ou scripturale » ?..
    Et la réponse est celle proposée par Fisher, Allais, Robertson, (et « nous »)… uniquement la collectivité par l’intermédiaire de sa banque centrale: nationaliser la monnaie, afin qu’il n’existe plus, justement, deux sortes de monnaie (monnaie Banque Centrale et monnaie banques commerciales) comme actuellement, mais 1 seule sorte de monnaie : la monnaie « nationale » (ou euro-péeene )

  116. @Julien Alexandre:
    « Si l’Etat fait faillite, que fait la Banque centrale? »

    S’il y a toujours une Banque centrale (ce qui n’est pas certain), je suppose qu’elle imprime des billets et il y a dévaluation de la devise voire hyper-inflation.

    « cela signifie que le montant de monnaie utilisable à un instant T est toujours égal à la monnaie Banque Centrale. »

    C’est une tautologie si la seule monnaie est pour vous la monnaie Banque Centrale.
    Cela revient à dire que la seule monnaie est la monnaie BC.
    Je crois qu’il faut se mettre d’accord sur une définition de la monnaie ou du moins éclaircir que les deux camps n’en ont pas la même définition sans quoi c’est vraiment un dialogue de sourds.

  117. Si  » La monnaie est l’ensemble des supports généralement reconnus comme porteurs d’une valeur définie, et échangeables contre des biens ou services de même valeur entre agents économiques. « , la définition permet d’inclure M2 et M3 dans « la monnaie »

  118. Je précise:
    On peut considérer que la monnaie dans M1 est (pour son détenteur) l’intermédiaire des échanges , alors que dans M2-M1 et M3-M2 elle est réserve de valeur (à échéance de moins de 2 ans)

  119. @Tous

    Qui peut approfondir le principe de conservation des quantités ou peut-être que Julien Alexandre peut développer un peu plus.

  120. Un billet n’est pas un titre de dette de l’État, lorsque je possède un billet, l’État ne me doit rien et je ne dois rien à l’État, ce qui est bien caractéristique d’une monnaie, qui n’est pas une dette…

    Impossible de se faire rembourser un billet auprès de l’État, par contre il est possible de l’échanger contre un bien ou un service.
    Il est possible aussi de le céder contre rien à une banque commerciale et créer une dette de cette dernière.

    Paul avait énoncé le principe de conservation des quantités en montrant que l’alternance de dépôts et de crédits n’est pas source de création de monnaie nouvelle, contrairement à ce qui est soutenu par les créationnistes.

    @Étienne

    J’ai bien du mal à comprendre vos demandes de définition de la monnaie, les positions ont étés clarifiées depuis longtemps :

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=1289#comment-13148

    Pourquoi nous ramener continuellement, avec André-Jacques, au point de départ ?

    Que cherchez-vous au final ?

  121. Je précise si besoin est que la définition de la monnaie évoquée plus haut correspond à la façon dont est interprétée la monnaie à l’heure actuelle, et non pas à ce qu’elle devrait être. Tout le problème étant de savoir en effet si lorsque l’on évoque les agrégats monétaires, on parle encore de « monnaie ». Il y a bien longtemps que nous savons que nous ne parlons pas de la même chose, mais certains s’obstinent à vouloir convaincre ici coûte que coûte pour des raisons qui leur sont propres.

    Le principe de conservation des quantités appliqué aux flux monétaires relève des mêmes dispositions que son pendant en mécanique ou en physique. Peut-être est-il bon de replacer ce billet de Paul ici ==>
    http://www.pauljorion.com/blog/?p=587

  122.  » Pourquoi nous ramener continuellement, avec André-Jacques, au point de départ ? « 
    Simplement parce que vous avez peut être évolué dans votre définition de la monnaie , en acceptant enfin celle communément admise partout (PARTOUT, sauf ici sur ce blog, ce qui est totalement étonnant) … ou alors il faut préciser « monnaie fiduciaire » et « monnaie scripturale » ce qui ne gène aucun de nous.

    Si on parle des agrégats MONEtaires, on parle bien de monnaie (en français)

    Un billet est au passif de la Banque Centrale et ce même billet à l’actif dans la caisse d’une structure quelconque du secteur non bancaire

    Mais par contre, là, » Paul avait énoncé le principe de conservation des quantités en montrant que l’alternance de dépôts et de crédits n’est pas source de création de monnaie nouvelle,  » , si on admet que la monnaie scripturale des banques privées commerciales est bien de la monnaie, nous ne pouvons être d’accord: il y a bien augmentation de la masse monétaire par monétisation d’actifs par les banques commerciales…

  123. Je viens de le rapport de la Banque de France de 2001 mis en lien par Shiva.

    Et preuve que les titres de dettes émis par les banques commerciales (monnaie électronique) sont considérés comme monnaie par les institutions publiques (europe) : le rapport constitue la synthèse du débat qui a eut lieu en 2001 pour savoir si il fallait oui ou non faire disparaitre la monnaie fiduciaire au profit des banques commerciales.

    La conclusion de ce rapport est que l’abandon de la monnaie fiduciaire aurait des conséquences trop incertaines sur l’équilibre du système financier.

  124. Nous sommes (nous les « diablotins ») parfaitement clairs dans ce que nous demandons et attendons comme réformes du système monétaire, réforme également soutenue par Robertson Allais et feu Irving Fisher (entre autres), à savoir que toute la monnaie (sous toutes ses formes, y compris de crédit) ne soit émise que par la banque centrale

    Il en découle que les banques commerciales (et établissements financiers) ne pourront prêter que cette monnaie qu’ils (elles) se fourniront auprès de la banque centrale (ou sur un marché financier) à terme d’échéance égal ou supérieur au terme des prêts qu’ils (elles) accordent.

    Accessoirement nous considérons que ces intermédiaires ne devraient pas avoir le droit d’être rémunérés sous forme d’intérêts supplémentaires, mais seulement sous forme d’honoraires.

    Et vous (les « non-créationnistes 🙂 )… que proposez-vous pratiquement?

  125. @Shiva
    Votre message de 18 h 24
    L’Etat n’a rien à voir là dedans… l’Etat ce n’est pas la Banque Centrale (si ça l’était, l’Etat ne devrait pas se financer sur les marchés privés)

  126. @Shiva
    Quand vous dites: »Paul avait énoncé le principe de conservation des quantités en montrant que l’alternance de dépôts et de crédits n’est pas source de création de monnaie nouvelle, contrairement à ce qui est soutenu par les créationnistes. »

    Création de monnaie nouvelle au sens de monnaie M0?
    Si c’est le cas, oui l’agrégat M1 scripturale peut varier et même très fortement augmenter suivant le principe des réserves fractionnaires alors que la quantité de M0 reste constante.

    Mais quand Julien Alexandre dit: « cela signifie que le montant de monnaie utilisable à un instant T est toujours égal à la monnaie Banque Centrale. » la monnaie utilisable c’est la monnaie scripturale à 90 % comment peut elle être égale à la monnaie banque centrale c’est impossible puisque M1>M0?
    Il y a quelque chose que je ne comprends pas dans l’explication de Julien Alexandre mais je ne sais pas quoi sauf si la monnaie utilisable c’est M0 mais auquel cas ça ne veut rien dire.

  127. Merci Julien pour cette recherche archéolo… hem, ce travail de bibliothécaire !

    Je m’aperçois que lorsque j’avais lu ce billet (j’arrivais à peine sur ce blog) je n’avais pas compris ce qu’il y est dit, ou plutôt j’en avais compris qu’un degré, un niveau. Aujourd’hui je vois dans ce texte en 6 points, fondamental, un bouleversement dans de la pensée économique couramment admise. Une référence !

    Bon j’arrête de cirer les pompes de Paul, je ne voudrait pas avoir l’air de faire partie des sculpteurs stakhanovistes qui sévissent ici…

    Donc, André-Jacques, oui en ce qui me concerne j’ai évolué dans ma perception de la monnaie en renonçant à la définition communément admise PARTOUT…

    Valeur monétaire ne veut pas dire monnaie, si j’ai un « bidule » qui vaut tant, ce « bidule », n’est pas forcement une monnaie et pourtant il a une valeur monétaire. Un agrégat monétaire est un regroupement de valeurs monétaire dont on fait la somme à des fins statistiques. Je vous concède volontiers que la plus part des gens et des économiste considèrent les dépôts comme de la monnaie…

    « si on admet que la monnaie scripturale des banques privées commerciales est bien de la monnaie, nous ne pouvons être d’accord »

    Ben oui, on est d’accord.

    On a sans doute plusieurs idées/visions communes, sur lesquelles échanger, travailler…

    Je crois que Julien à fort bien résumé notre situation :

    « Les premiers eux en sont encore à comprendre pourquoi c’est problématique de considérer qu’un objet défini peut revêtir 2 états (monnaie/reconnaissance de dette) simultanément, et à imaginer comment on sort par le haut de ce paradoxe. Surtout, ils abordent l’exercice dans le bon ordre, plutôt que de proposer une solution “révolutionnaire” et de “pousser” le problème jusqu’à ce qu’il rentre dans la case qu’on lui a alloué et qui a présidé à l’élaboration de la solution. »

    J’irais même jusqu’à extrêmement bien ! (Là aussi sans cirage de pompes)

    Alors; comment poursuivre sans redites stériles ?

    Ps: ce n’est pas moi qui ai parlé de dettes de l’État à propos des billets de banque, c’est Étienne : http://www.pauljorion.com/blog/?p=2908#comment-24919

  128. Cher Monsieur Jorion,

    Vous m’avez écrit qu’aucun de vos ouvrages n’a été traduit en anglais. Ceci devrait limiter énormément le nombre potentiel de lecteurs.

    J’espère qu’une version en anglais sera disponible de votre ouvrage « L’argent » pour assurer que la majorité du public mondiale intéressée pourra lire vos analyses de haute qualité et importance.

    Merci.

  129. Bon, pas facile d’avoir un échange lorsque les posts arrivent de manière décousue, sans ordre chronologique…

    André Jacques,

    Je propose de passer « diablotins » par pertes et profits sans autre forme de procès.

    En ce qui me concerne et vous le savez j’ai évoqué quelques pistes de réflexions qui me paraissent pourvoir résoudre potentiellement quelques problèmes (majeurs?) liés à la monnaie et à son utilisation :

    -marquage de la monnaie électronique et de son origine et ses déplacement (je ne suis pas sûr que cela soit utile ni souhaitable)

    – plafonnement mondialisé des fortunes des personnes individuelles et peut-être morales

    – et, plus récemment, contrôle direct de leur monnaie par les particuliers via des comptes de types centraux

    Pour Paul, entre-autre :

    – interdire la spéculation sur les prix hors mat. premières sous conditions.

    Pour les autres non-créationnistes, je ne sais pas, nous ne sommes pas une organisation, ni un groupement d’intérêts…

    @ Christophe

    J’ai utilisé le principe de Paul de conservation des quantités et en ai parlé ici :

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=1116#comment-14418

    Je crois que l’énoncé clair et « définitif » de ce principe est encore à venir, pour ma part et là ou j’en suis aujourd’hui, il touche autant le support que la valeur…

    L’approche de Julien, strictement monétaire (M0), me semble bonne, l’inflation de M1 ne contredit en rien la conservation des quantité. En fait ici je faisiat plutôt référence au point 5-6 de la « déclaration » de Paul : http://www.pauljorion.com/blog/?p=587
    et Julien plutôt au point 3.

    Il y a du pain sur la planche !

  130. @ Etienne Chouard

    Une ligne de crédit existe même si on ne l’utilise pas, un prêt n’existe pas si on ne l’utilise pas. Cette différence est d’ailleurs une des excellentes raisons pour ne pas les appeler « monnaies » ni l’un, ni l’autre.

    Quand on travaille dans un établissement spécialisé dans le crédit et que l’on modélise ces instruments financiers pour en calculer la rentabilité sous différents scénarios de taux, on a pour une ligne de crédit, un paramètre appelé « utilisation ». Ce paramètre est absent du modèle d’un prêt.

    Autre différence – déjà mentionnée par moi – l’argent tiré d’une ligne de crédit est versé sur le compte-courant du consommateur – à charge pour lui d’en faire ce qu’il veut, alors que le montant d’un prêt accordé est versé sur le compte de la tierce personne qui reçoit l’argent emprunté (le vendeur de la maison, le vendeur de la voiture, etc.)

  131. Autre différence – déjà mentionnée par moi – l’argent tiré d’une ligne de crédit est versé sur le compte-courant du consommateur – à charge pour lui d’en faire ce qu’il veut, alors que le montant d’un prêt accordé est versé sur le compte de la tierce personne qui reçoit l’argent emprunté (le vendeur de la maison, le vendeur de la voiture, etc.)

    C’est peut être vrai aux USA, ca ne l’est pas en France: le montant d’un prêt accordé est versé sur mon compte, et à partir du moment où il l’est, je paye des intérêts. Dans de nombreux cas la banque, si toutefois je lui apporte les garanties nécessaires, se fiche pas mal de ce que je vais faire de mon prêt (quelles entreprises je vais payer par exemple)

  132. @ tous
    Qui crée la monnaie? Les billets sont fabriqués sur ordre de la banque centrale, en principe difficilement falsifiables, meme si cela arrive des fois!
    La quantité devrait être limitée pour contenir l’inflation, mais actuellement, les banques centrales arrosent autant qu’elles peuvent, parce que ces billets ne circulent guère!
    Pour les crédits, c’est vrai que quand ils ne sont plus remboursés, les banques ont un problème, et, en fait, les prêteurs.
    Je répète qu’un crédit ne crée pas de la monnaie, c’est impossible, sauf par le forçage actuel qui contraint les banques centrales de de maintenir les banques à flot en « prêtant sur des actifs toxiques, autrement dit contre rien du tout. Ce fait fait dire qu’il ne s’agit pas de prêts, mais de renflouage pur et simple.

    D’autre part, ceui qui achète à crédit n’achète que des biens qui existent déjà, ceci implique que les prêteurs n’ont pas acheté ce que l’emprunteur achète. Ceci est une autre preuve que le crédit n’a pas crée de la monnaie, car ce qui est acheté via le crédit bancaire est moins acheté ave des billets!

    Pourquoi, d’ailleurs, les banques rachèteraient ces actifs toxiques à la banque centrale? Elles seraient bien idiotes!
    Les banques centrales vont échouer, hélàs, car la thésaurisation prend des allures affolantes!
    Il me semble que seule l’émission d’une monnaie anticrise (fondante) serait susceptible de circuler encore convenablement, cela aurait pour effet de découpler la circulation monétaire du crédit qui pourra bien se casser la figure alors sans générer aucunement une crise systémique!
    On pourra alors régler, en prenant tout le temps qui faut, tous les problèmes de créances et de dettes aisément, car l’économie continuera de tourner normalement.
    Les faillites bancaires seraient aisément surmontées en régime de monnaie fondante!
    Cette proposition complètera utilement la proposition de isher du 100% money!
    Car la monnaie fondante s’avèrera complètement stable à l’usage dans la circulation à la différence de la monnaie traditionnelle qui devient si massivement VALEUR REFUGE en dernier ressort pour paraphraser la « banque centrale comme prêteur en dernier ressort »!
    jf

  133. Conservation des quantités ?

    Cher Paul, cher Julien,

    Comment la création (ex nihilo) de monnaie centrale par la banque centrale respecte-t-elle, elle, le « principe de conservation des quantités » ?

    😉

    Question connexe : voyez-vous ce « principe de conservation des quantités » appliqué en toutes matières, pour l’imposer ainsi à la production de monnaie ? Par exemple, y a-t-il aussi un « principe de conservation des quantités » en matière de production de poésies, ou de partitions musicales, ou de rêves, ou de conventions pour jouer aux cartes, ou de lignes d’écritures comptables ?

    J’ai un peu de mal à admettre l’existence même de ce principe en dehors de la physique.
    D’où sort-il, s’il vous plaît ?

    _________________

    Et QUI donc, d’après vous, crée la monnaie supplémentaire qui apparaît chaque année et enfle au sein de M1, M2 et M3 ?

    Ma question sur la définition du mot ‘monnaie’ était bien d’actualité puisque Shiva, avec qui j’étais plutôt d’accord, s’est fait aussitôt contredire par Julien. Le problème de la matière même de notre conversation reste donc bien vivant.

    Pourquoi revenir toujours au départ ? Simplement parce qu’un problème bien identifié est à moitié résolu, et inversement. Si nous ne parlons pas de la même chose, nous n’arriverons jamais à nous entendre. Mais on va bien y arriver, je ne désespère pas.
    _________________

    Amitiés.

    Étienne.

    __________________

    Le capitalisme, c’est la croyance stupéfiante selon laquelle les pires des hommes vont faire les pires choses pour le plus grand bien de tout le monde. John Maynard Keynes.
    __________________

  134. @ Etienne
    C’est vrai que l’énigme de la Dame de Condé est la base sans laquelle on ne peut pas comprendre (enfin moi, en tout cas), le concept de monnaie. La monnaie est un jeton introduit qui va permettre une série d’échange de biens et service et qui doit être détruit par un retour à l’instance qui l’a introduit et dans les mains duquel il n’a plus (ne doit plus avoir) aucune valeur.

    Cela implique qu’une monnaie n’est ni vraie ni fausse tant qu’elle tourne . Elle ne sera fausse qu’ à partir du moment ou elle ne sera pas détruite par l’instance introductive. Bien entendu une monnaie conçu comme fausse dès le départ , est fondamentalement fausse , mais lorsqu’elle circule cette marque infamante n’existe pas : elle permet l’échange comme la vraie (à moins qu’on ne découvre sa fausseté – mais je raisonne dans l’absolu-).

    Si donc, à l’usage, fausse et vraie monnaie sont indistintes et ont la même vérité d’usage , où est le lézard ? C’est que la fausse monnaie consiste en un vol commis dès le départ par un échange tronqué puisque la chose acquise par le faux billet n’aura jamais de contrepartie. Qui est volé ? la collectivité entière au travers de l’inflation.

    Par extention, on pourrait dire que toute monnaie nationale qui n’a pas vocation à pouvoir être raisonnablement éteinte est de la fausse monnaie. Le dollar est de la fausse monnaie.

    Laissez de côté Etienne vos agrégats minables et palots M0, M1 etc auxquels manque le côté pataphysique.

    Voici donc mes deux Agrégats : Mv et Mf . Le Total de la Masse Monétaire est donc Mv+Mf (La vraie + la fausse)

    Allons plus loin avec la Dame de Condé : vous avez raison , elle s’est comportée comme une banque et a bien accru la masse monétaire pendant le temps de la ronde de son vrai-faux billet. Tout se passe en fait comme si l’aubergiste était allé emprunter à la banque 50 € pour couvrir une dépenses qui anticipe une rentrée. (Au passage je souligne : anticipation : c’est le coeur de la création monétaire, le déséquilibre capital qui lui donne sa mystérieuse temporalité)

    Dans l’histoire de cette Dame de Condé, il y a bien inflation de la masse monétaire par création monétaire d’un signe monétaire supplémentaire qui circule en organisant des échanges. Remplaçons le ‘faux’ billet par un billet à ordre au porteur de 50€ et le circuit fonctionne de la même façon. C’est du pur ex_nihilo.
    La différence avec notre système bancaire est que contrairement à la D. de C., la banque ne peut couvrir un prêt ou un crédit entièrement avec sa monnaie : une partie de cette création monétaire sera ‘ramenée’ à de la monnaie fiduciaire, donc effectivement à une épargne pré-existante que la banque doit constituer en cour de route.

    Mais ce qui m’interesse c’est que c’est ce crédit qui va assoir la création monétaire et donc déterminer s’il s’agira de fausse ou de vrai monnaie . Or qu’est ce crédit ? : c’ est la monétisation d’une promesse future de remboursement. C’est donc (je suis laborieux dans mes raisonnements) , la qualité de la promesse permettant de détruire la monnaie émise qui déterminera si la monnaie est vraie ou fausse.
    Et donc la non réalisation de la promesse de remboursement fait subitement devenir faux de la monnaie déjà émise et perdue dans la Masse. es 50e du futur se sont plantés lamentablement. L’inflation insidieuse n’a pas le temps de réequilibrer souterrainement les choses car le problème apparait immédiatement de façon comptable et ne saurait être éludé.

    Cette masse de fausse monnaie , de futur « pourri », doit être ‘financée’ par quelqu’un. d’autre. C’est obligatoire ! Tout est construit là dessus. Sans quoi tout s’écroule, définitivement.

    Posons que ppv est le promesse de payer vraie et que la ‘pourrie’ est donc la ppp
    On a donc la formule Masse Monétaire = Mv(ppv) + Mf(ppp)

    Qui va ‘payer’ la Mf(ppp) ?

    Les affaires sont donc bien verrouillées : puisque personne ne veut prendre à sa charge la partie Mf(ppp), le système commence par chercher un financeur en baissant le prix de tous les actifs : mais attention le but n’est pas de tous nous punir équitablement , ce qui serait un jeu à somme nulle , mais de faire craquer les maillons faibles qui seront ceux qui auront financé réellement la fausse monnaie.

    Après quoi , l’hyper inflation ramènera logiquement et naturellement les prix à la quantité de nouvelle monnaie purifiée qui sera alors de la vrai monnaie.

    Bon, je suis un peu consterné ,en me relisant , de la forme qu’a prise ma pensée vagabonde. Tant pis.

    PS/ A lire , les deux commentaires de schizosophie !

  135. @oppossum

    A plus de 90% d’accord (inutile de rentrer dans le détail, mais seulement dire que les agrégats ont leur utilité car ils classent la monnaie en monnaie de la plus liquide à la moins liquide, et comme la monnaie est une réserve de valeur, on a arrêté à « <2 ans » … mais n’importe quel actif pourrait être considéré comme monnaie car il permet un échange).

    A l’heure actuelle, la seule « solution » me semble être de déterminer la valeur réelle des actifs, banque par banque, et d’imposer le rachat de la différence (valeur d’émission – valeur réelle) aux propriétaires, afin de les forcer à rendre la monnaie qu’ils ont reçu « en trop » lorsqu’ils ont apporté ces actifs en garantie contre création de monnaie bancaire (scripturale). Il faudrait voir si une bad bank aurait le même effet…

    Ensuite TOUTE la monnaie (tous les soldes) doit être nationalisée (il n’y aurait plus qu’une seule monnaie « Banque Centrale », sous forme fiduciaire ou scripturale)
    Enfin, les banques et établissements financiers perdent le droit d’émettre de la monnaie de crédit et ne pourront plus qu’intermédier (sans intérêt supplémentaires) de la monnaie existante, à même terme ou terme supérieur.

  136. Conservation des quantités d’un concept immatériel ?

    Chers Paul, Julien Shiva, Oppossùm,
    Chers tous,

    Après une nuit à tourner autour de cette idée, je vais préciser (rapidement) ma pensée :

    J’ai vraiment du mal à admettre l’existence même d’un « principe de conservation des quantités » en dehors de la physique (de la matière).

    Est-ce que l’application d’un « principe de conservation des quantités » à la monnaie moderne n’est pas un peu « datée », je veux dire trop attachée à une époque où la monnaie était matérialisée, alors que les humains viennent précisément de se détacher de la limite de l’étalon or — limite irrationnelle, tout compte fait—, alors que l’inventivité de l’homme lui avait permis justement, avec une monnaie dématérialisée (qui sent un peu l’arnaque quand ses créateurs sont privés, il est vrai), de s’émanciper de la limite imposée jadis par les quantités de métal précieux actuellement découvertes ?

    Pour le dire plus simplement, est-ce que l’expression « principe de conservation des quantités d’un concept immatériel » n’est pas consubstantiellement et irrémédiablement oxymorique ?

    😉

    Étienne.
    _________________

    Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement – et les mots pour le dire arrivent aisément. Nicolas Boileau.
    ________________

    PS : Oppossùm,

    Je suis content de voir que nos points de vue se rapprochent sensiblement.

  137. Il y a bien équivalence des quantités entre les actifs monétaires du secteur non bancaire ( billets + dépôts du secteur public + dépôt du secteur privé + fonds propres du secteur bancaire), et les dettes (passif) et les passifs du système bancaire, banque centrale et banque commerciales ( billets + dépôts du secteur public + dépôt du secteur privé + fonds propres du secteur bancaire ) et à ce titre on pourrait peut être parler de « conservation des quantités » puisque quand les actifs monétaires du secteur non bancaire varie il en est de même du passif du secteur bancaire.

    Par contre, et bien évidemment, les banques ayant la possibilité – c’est même leur fonction basique – de créer de nouveaux actifs monétaires à destination du secteur public et privé non bancaire (en plus de prêter des épargnes déjà existantes mais qui sont bien des actifs monétaires qu’elles ont elles-mêmes antérieurement émis) c’est la demande de crédit du secteur non bancaire (honoré par les banques si elles jugent les garanties suffisantes) qui fait varier la masse globale des actifs monétaires de ce secteur et donc la masse globale des passifs du secteur bancaire.

    PS : « l’actif monétaire du secteur non bancaire » représente évidemment ce qui est considéré usuellement comme « monnaie »

  138. Inflation (hausse des prix), peut-être plus liée à la RARETÉ (et à l’abus de pouvoir de ceux qui fixent les prix) qu’à la quantité de monnaie.

    Cher Oppossum,

    Il me semble que la valeur de la monnaie (dégradée par l’inflation) n’a qu’un rapport théorique avec sa quantité, un rapport qui ne se vérifierait qu’aux limites extrêmes des excès (comme dans le cas du Zimbabwe).

    En effet, les quantités sont si grandes aujourd’hui qu’il me semble que plus personne ne peut les vérifier : si une usine à dollars (haute technologie, produisant des dollars irréprochables) s’installait dans un pays peu surveillé et si elle produisait dix millions de dollars par jour (pour nourrir, loger, éduquer et soigner les pauvres, l’idée est à creuser), qui s’en apercevrait ?

    À mon avis, c’est déjà le cas et les échanges fonctionnent bien. On se les arrache, même, les faux dollars, dans tous les pays du monde, sans savoir qu’ils sont faux, et d’ailleurs on s’en fiche (cf. parabole de la dame de Condé).

    Par contre, ce qui entraine mécaniquement une hausse des prix, et très rapidement, c’est l’effet de rareté qui nait quand on crée TROP de monnaie par rapport à ce que les producteurs peuvent produire immédiatement : si on injecte d’un coup 600 milliards d’euros de monnaie permanente directement dans les poches des Français qui n’attendent que ces euros pour les dépenser (alors que, soit dit en passant, les mêmes 600 milliards dans les poches des banques vont y rester, autant dire qu’on les a perdus ; il faut dire qu’ils sont un peu malades, ceux-là, relire le passionnant Thorstein Veblen et sa très précieuse réflexion sur la rivalité ostentatoire), et si les producteurs n’arrivent pas à fournir instantanément (ou au moins très rapidement) les biens et services voulus par les porteurs de monnaie, alors, il y un effet de rareté qui fait mécaniquement monter les prix (pour départager les acheteurs).

    Mais a contrario, si l’on fait attention à injecter ces 600 milliards progressivement, pour laisser aux producteurs le temps de s’adapter à la demande, il me semble que la création monétaire (même de monnaie permanente) n’est pas du tout inflationniste.

    Mais par contre, cette création monétaire (de monnaie permanente, attention) devrait permettre l’opulence.

    Rien que ça.

    Ainsi, le mot inflation (sous-entendu : inflation de la masse monétaire) serait peut être mal choisi pour désigner la hausse des prix puisque les mécanismes ne seraient pas autant corrélés que ce que l’on pense souvent.

    Mais bon, ce n’est qu’une impression personnelle : je sais, pour le lire tous les jours, et sous les plumes les plus respectables, que la quantité de monnaie et les prix sont tenus pour parfaitement corrélés. J’en doute, c’est tout.

    Amitiés.

    Étienne.

    _____________________

    « Source d’inspiration pour les tâcherons du savoir, exemple de sagesse froide — ni la mesure de Tocqueville ni l’indignation tempétueuse de Marx —, l’œuvre de Thorstein Veblen apprend à discerner, au-delà de l’accoutumance à la vie quotidienne, la comédie humaine, la rivalité puérile des adultes en quête d’argent, de gloire et de prestige, jamais capables d’atteindre un but qui fuit à mesure qu’ils en approchent puisque ce but se définit non pas en soi mais par rapport aux conquêtes des autres. »
    Raymond Aron.
    _____________________

  139. @ Etienne Chouard

    Est-ce que l’application d’un « principe de conservation des quantités » à la monnaie moderne n’est pas un peu « datée » ?

    Pour le dire plus simplement, est-ce que l’expression « principe de conservation des quantités d’un concept immatériel » n’est pas consubstantiellement et irrémédiablement oxymorique ?

    J’ai bien réfléchi, et la réponse est non, dans les deux cas.

  140. @ Etienne,
    on peut être en partie d’accord avec vous, une distribution progressive de monnaie en faveur de tous les usagers d’une monnaie pourrait sans doute stimuler l’activité sans nécessairement causer d’inflation, car l’appareil productif a de grandes réserves de capacités!

    Cela avait bien marché durant toutes ces années d’expansion et pourrait peut-être marcher encore, en tout cas mieux qu’en les donnant directement aux banques qui les planquent!

    Malheureusement, et j’imagine que pourriez être d’acc avec moi, les surplus auraient néamoins tendance à disparaître plus ou moins vite de la circulation, simplement parce que les créanciers, échaudés, vont, dès qu’ils attrappent un billet, le planquer néanmoins.
    Donc, hors d’un feu de paille, tenté par le Japon avec des bons de consommation, il ne se passerait sans doute pas grand’chose.

    Si vous faisiez cette distribution populaire avec la monnaie anticrise (tout aussi progressivement bien sûr!), l’effet serait permanent, car la monnaie « fondante » est bien davantage une monnaie « permanente » qu’une monnaie seulement « fondante ».
    Il vaudrait mieux peut-être l’appeler « monnaie vivante », car cette monnaie doit être « nourrie », notamment contre le temps qui passe, et la vie se maintient vivante si on décide de le faire!
    Alors que la monnaie actuelle, sans « fonte », a un côté mort qui défie le temps, et le résultat est qu’elle exige la RENTE DU TEMPS qui passe que l’on appelle INTERET!
    C’est pourquoi la monnaie actuelle est véritablement mortifère au sens où elle favorise l’attente spéculative et le chantage permanent qu’exerce le capital sur le travail.
    Son côte INERTE est ce quoi en fait RESERVE DE VALEUR et CAPITAL ORIGINEL!
    Introduire la monnaie fondante serait finir avec le capitalisme, tien de moins!

    A propos de la proposition de Fisher et sa 100%money, je crains que cela ne marcherait pas si bien, car la crise de confiance actuelle est très profonde, alors, tant qu’il y aurait une crise de crédit, je crois que la thésaurisation et la déflation ne seraient guère enrayées sans monnaie anticrise.

    La monnaie anticrise ne saurait se planquer et circulerait sansrelâche, quand bien même les banques, du fait de eurs prises derisque insensées feraient faillite.
    La monnaie anticrise reviendrait à circuler même dans les cas où les banques essayeraient de l’utiliser pour se renflouer, car elles ne pourront la garder telle qu’elle, soit elles garderaient les anciens billets (non périssables) et libèreraient toujours à nouveau la monnaie anticrise pour la circulation, soit elles achèteraient d’autres biens actifs, et elles libèreraient encore la monnaie anticrise toujours et encore!
    Autrement dit, le texte de Fisher (qui connaissait les idées de Gesell!) aurait mérité d’être complété par une semblable suggestion.
    Utiliser la monnaie anticrise serait enfin le moyen de créer une onnaie réellement redistributive EN TOUTE CIRCONSTANCE, simplement parce qu’elle ne urra faire autre chose que constituer la demande solvable à tout moment disponible.
    Cela répond à bien d’autres points en même temps qui dit que seule la monnaie qui circule est, en fin de compte, monnaie!
    Pour radicaliser la théorie, on pourrait même dire que la monnaie n’est monnaie qu’au moment même d’une transaction pour devenir un bout de papier l’instant d’après et juqu’à la transaction suivante!
    La resistence à cela est avant tout politique, je suppose!

    Bien à vous, jf

  141. @ Etienne

    « ce qui entraine mécaniquement une hausse des prix, et très rapidement, c’est l’effet de rareté qui nait quand on crée TROP de monnaie par rapport à ce que les producteurs peuvent produire immédiatement »

    à ce sujet, lire aussi Joseph Pouemi, « Monnaie, servitude et liberté ». Ses explications sont claires comme de l’eau de roche. Très accessible.

    sinon suis preneur des références de votre pile ! (on ne distingue pas bien les titres sur votre photo)

  142. @ Johannes,

    Effectivement, et les gens accepteraient sans doute d’autant mieux ce nouveau type de monnaie qu’on la leur donnerait (les premiers temps, et de temps en temps).

    Cependant, si je suis séduit, comme vous, par les recherches qui visent à dissuader les gens de garder la monnaie (parce que cette tendance toute naturelle prive clairement les autres d’un composant aussi précieux que l’air et que, en quelque sorte, elle asphyxie tout le système), je trouve cependant plus simple que la monnaie à timbre —(et peut-être aussi plus facile à faire accepter par tous)— la technique (banale) de l’inflation (qui ruine petit à petit les thésauriseurs) accompagnée d’une indexation générale des salaires et des loyers sur la hausse des prix (indexation qui préserve le pouvoir d’achat de ceux qui bossent).

    C’est ce qu’on a connu pendant les « Trente Glorieuses » (avec un certains succès) et c’est, je crois, ce à quoi pensait Keynes quand il nous conseillait avec une insistance pressante d’euthanasier le rentier.

    L’inflation a au moins cet effet extraordinairement bénéfique (et méconnu ?) d’euthanasier le rentier.

    Le problème en ce moment, comme le souligne bien Jacques Généreux, c’est que les hommes au pouvoir ont vieilli et sont devenus eux-mêmes rentiers.

    Ce qui explique bien des choses.

    Et ce qui rend encore plus pertinente et urgente l’institution du tirage au sort pour désigner ces hommes au pouvoir.

    Chacun ses priorités, mais ça se maille bien 😉

    Amitiés.

    Étienne.
    ________________

    Tout homme qui fera profession de chercher la vérité et de la dire sera toujours odieux à celui qui exercera l’autorité. Condorcet (Mémoire sur l’instruction publique, 1791).
    ________________

  143. En réponse aux questions suivantes :

    Comment la création (ex nihilo) de monnaie centrale par la banque centrale respecte-t-elle, elle, le “principe de conservation des quantités” ?

    Par essence, si on « crée », on ne respecte plus de principe de conservation des quantités. Ça, c’est de la physique élémentaire.

    Est-ce que l’application d’un “principe de conservation des quantités” à la monnaie moderne n’est pas un peu “datée” ?

    Pour le dire plus simplement, est-ce que l’expression “principe de conservation des quantités d’un concept immatériel” n’est pas irrémédiablement un oxymoron consubstantiel?

    Comme Paul, je réponds non aux 2 questions. Pourquoi?

    1/ Que la monnaie soit de l’or physique, des chiffres en comptabilité ou des suites binaires sur les disques durs d’ordinateurs, à partir du moment où on peut la quantifier, théoriser un principe relatif à cette quantification relève de la logique et fait au moins autant sens que si on l’applique à la physique ou la mécanique. Aucun doute là-dessus. Alors évidemment, on peut objecter que justement on ne peut pas quantifier la monnaie… Ah bon? Et que font les Banques Centrales alors?

    2/ Ce que je dis ci-dessus pour la première question à valeur de réponse pour la deuxième question également, pour les mêmes raisons. Matériel ou immatériel, ce qui se quantifie peut tout à fait se voir appliquer des théorèmes relatifs à sa quantification.

    Et qui donc, d’après vous, crée la monnaie supplémentaire qui apparaît chaque année et enfle au sein de M1, M2 et M3 ?

    Ma question sur la définition du mot ‘monnaie’ était bien d’actualité puisque Shiva, avec qui j’étais plutôt d’accord, s’est fait aussitôt contredire par Julien.

    1/ Je ne contredis pas Shiva, je précise simplement qu’il donne la définition de la monnaie telle qu’elle est communément admise, et je précise qu’à titre personnel, cette définition donne à la monnaie un champ des possibles qu’elle ne devrait pas pouvoir embrasser. Tout l’objet de la réflexion (sauf pour ceux ici pour qui l’exercice consiste simplement à pousser des solutions personnelles en tordant une réalité qu’ils refusent d’appréhender car elle bouleverse leurs acquis) est justement de comprendre le fonctionnement actuel de la monnaie pour en proposer une définition et un fonctionnement qui neutralise les effets pervers liés à sa mauvaise définition et sa mauvaise utilisation.

    2/ La « monnaie » telle qu’elle est définie actuellement est donc bien à la fois un moyen d’échange et une réserve de valeur. La monnaie fondante imaginée par Gesel, solution activement promue par Johannes Finckh, pose sur le papier les fondements théoriques permettant d’ôter à la « monnaie » sa caractéristique de réserve de valeur. A mon sens, c’est l’unique qualité de cette solution qui soulève par ailleurs d’autres problèmes, et c’est pourquoi il est impératif que la réflexion évolue vers des solutions plus intégrées. A ce titre, je suis persuadé que les solutions du passé (gestion de la monnaie dans le même périmètre de définition par l’Etat ou la Banque Centrale, monnaie fondante, etc.) ne sont pas adaptées à l’ambition du lieu.

  144. @ Etienne
    Sans rien y connaître, je pense que vous avez raison : l’inflation n’est pas qu’une adaptation de la quantité de monnaie, donc de la notion relative de valeur à la quantité de richesses réelle disponible à l’échange, à un moment donné.
    Ce mécanisme existe , bien sûr , et il est probablement fondamental , mais il est intermédié par des pratiques sociales et idéologiques qui vont le différer, le formater, voire le détruire. Donc la corrélation n’est pas parfaite , vous avez raison.

    Ainsi, il ne suffit pas de rendre l’argent pas chère pour créer bêtement de la croissance au travers d’une dynamisation de l’activité économique. La vitesse à laquelle vous injectez ce surplus de monnaie est capital . Au delà d’un certain point, le système va absorber (Qui refuserait de l’argent pas chère ? miam miam) pour ne nourrir que des bulles ou de la thésaurisation ou bien … ? .
    La bulle est une variété tératologique de l’inflation. Tant qu’elle reste localisée et atterrit en douceur dans un espace plus ou moins confiné, cela reste supportable , mais lorsqu’on se met à générer du crédit sur de la bulle, c’est à dire du crédit sur du crédit, et ce sur plusieurs étages, on construit alors un système extrêmement instable, la globalisation achevant de rendre ce risque systémique et la titrisation mêlée à divers produits financiers à la fois très complexes et anticipatifs , achèvent d’obscurcir définitivement le tableau.
    Mais je radote.

    Je termine en vous délivrant cette intuition très personnelle : la notion de valeur , sur laquelle j’ai le sentiment que peu réfléchissent, rend les mécanisme monétaires difficilement appréhendables , dans la mesure où le prix des choses est une notion extrêmement difficile à établir. On sait bien que le ‘prix’ du marché boursier d’une entreprise ne signifie pas grand chose. Même la rareté est difficilement quantifiable dans son ‘prix’.
    Bref la valeur est un gouffre où l’homme déverse bien d’autres choses que de l’économique.

    Donc vous avez raison également -enfin, je pense- en disant qu’il est bien difficile ou impossible de mesurer la quantité de monnaie , ou plutôt que cette mesure ne nous dit rien de son efficience.

    Mais avec votre fabrique de faux dollars qui financerait de l’humanitaire sur du ex-nihilo sans que ‘personne ne s’en aperçoive’ , vous êtes dans l’onirique le plus complet. J’ignore si la sanction invisible en serait de l’inflation, de la bulle ou autre chose … mais il y aurait nécessairement une ‘sanction’ -même sous une forme surprenante et inconsciente- , car la loi suprême est que celui celui qui prend aux autres (et l’argent n’est que cela) , doit obligatoirement rendre .

    A moins que vous ne conceviez votre système comme uniquement une amorce, aussitôt débranché dès que le système économique arrive à assurer lui-même la destruction des signes monétaires qu’il introduit en son sein.

    @ Julien
    Vous semblez d’accord avec Paul sur le principe de conservation des quantités.
    Paul se cantonnant dans rôle du prophète qui indique la direction sans préciser le ou les chemins, pourriez vous expliciter cette idée et répondre à la remarque toute bête que s’il y avait vraiment conservation des quantités, comment le mouvement et les transformation s’expliqueraient-ils ?

    Je peux comprendre l’idée que le ex-nihilo n’est peut-être qu’une illusion en ce sens que ce droit à tirer sur les richesses d’un instant T, implique nécessairement et physiquement que d’autres en seront ‘privés’, même s’ils disposent de la monnaie qui le leur permettrait théoriquement. Mais la masse monétaire s’est bien accrue quantitativement , même si -à l’instant T-, sa valeur est la même.

    Conservation de la quantité de quoi ? de la valeur nominale de la monnaie ou de sa valeur réelle ? …
    (et comment l’articuler sur la valeur ‘irrationnelle’ que l’homme rajoute à tout ? )

    D’accord avec vous -si je peux me permettre- , pour relativiser l’intérêt de la monnaie fondante parce qu’elle n’est déjà plus adapté à la nouvelle croissance qu’un monde fini nous impose et parce qu’on va aboutir à un trafic de monnaie et des marchés noirs , l’imagination des hommes étant sans limites. D’accord avec vous pour poser que le périmètre de l’ Etat n’est peut-être pas le lieu de la solution mais enfin il ne peut qu’être un acteur de premier plan , au minimum en mettant en œuvre et faisant respecter une définition de la monnaie plus proche de l’idée de bien commun.

  145. Sur le rapport monnaie / inflation, je crois que nous sommes tous d’accord pour dire que le monétarisme a vécu. Vive le « rapport de forcisme »!

    Sur la conservation des quantités, La Palice dirait que, évidemment, on ne conserve des quantités que si et seulement si elles sont quantifiables, ce qui exclut explicitement (en l’état actuel des définitions ceci dit…) les notions de « valeur réelle », « irrationnelle », « humaine », etc.

    Le principe de conservation des quantités de monnaie est un principe absolu, qui s’applique aussi bien à une définition restrictive qu’élargie (reconnaissances de dettes, actifs « moins liquides », agrégats monétaires, etc.). Mouvements et transformations s’expliquent par la création de monnaie entendue au sens restrictif (Banque Centrale), et il est évident que quand la Banque Centrale crée de la monnaie, le principe de conservation des quantités n’est pas d’application, mais personne ne dit le contraire : le principe de conservation des quantités est d’application pour tout la monnaie déjà « créée », étant entendu qu’aucune banque commerciale n’a ce pouvoir. Par conséquent, leurs agissements (aux banques commerciales) ne peuvent avoir pour conséquence de rupture unilatérale du principe de conservation des quantités.

    Le souci soulevé par une réflexion sous cet angle est que l’on retombe très vite dans le débat monnaie endogène/monnaie exogène – multiplicateur / diviseur.

  146. @ Oppossum

    … la notion de valeur, sur laquelle j’ai le sentiment que peu réfléchissent…

    Hmm…

    Le rapport entre la valeur et le prix (1999)

    Le prix et la « valeur » d’une action boursière (2007)

    Vous semblez d’accord avec Paul sur le principe de conservation des quantités.
    Paul se cantonnant dans rôle du prophète qui indique la direction sans préciser le ou les chemins…

    Entrez « conservation des quantités » dans « Rechercher », trois billets y sont consacrés.

  147. Quelle « conservation des quantités » si la Banque centrale refinance sans rechigner au fur et à mesure que les banques accordent des crédits ?

    Cher Julien,

    Vous avez dit quelque chose de très important (je crois) : « le principe de conservation des quantités : cela signifie que le montant de monnaie utilisable à un instant T est toujours égal à la monnaie Banque Centrale. »

    J’ai deux questions, si vous voulez bien.

    1) Cette affirmation paraît très surprenante au premier abord : j’aurais dit que les ordres de grandeur n’avaient littéralement rien à voir : intuitivement, la masse des DAV est tellement plus importante que la masse de monnaie banque centrale, et les flux permanents entre tous ces DAV paraissent si intenses, que j’ai du mal à adhérer d’emblée à votre proposition. Mais elle peut-être tout à fait exacte, et ce serait déterminant dans notre conversation. Quels sont les chiffres qui vous conduisent à dire cela ? Connaît-on le volume des paiements en espèces, virements et chèques à chaque seconde ? Pouvez-vous nous donner du ‘data’ là-dessus, par exemple sur la zone euro ? Est-ce que les ordres de grandeur sont respectés avec M0 ?

    2) Si j’ai bien compris, vous dites que le principe de conservation des quantités s’applique aux bc (banques commerciales) mais pas à la BC (Banque Centrale) : « il est évident que quand la Banque Centrale crée de la monnaie, le principe de conservation des quantités n’est pas d’application, mais personne ne dit le contraire : le principe de conservation des quantités est d’application pour tout la monnaie déjà “créée”, étant entendu qu’aucune banque commerciale n’a ce pouvoir. »

    Christian Gomez, patron d’une grande banque française, m’a expliqué longuement que le banquier, au quotidien, cherche d’abord à vendre des crédits sans se soucier de leur financement : dès qu’il a accordé un crédit, il passe le bébé à d’autres services qui vont s’occuper de l’éventuel refinancement, s’il est nécessaire, en fonction de la compensation du moment.

    En annexe, je rappelle son explication, assez claire, qu’il avait faite l’an passé à une petite liste de correspondants (c’est moi qui met en gras ce sur quoi je voudrais attirer votre attention pour comprendre ma question).

    Donc, dans l’ordre —et l’ordre a une importance capitale, il me semble (dites-moi si je me trompe) :
    1) la bc consent un crédit et alimente un DAV (disponible pour des dépenses immédiates),
    2) puis, elle compense avec les autres bc (qui ont fait la même chose de leur côté : elles aussi ont consenti des crédits),
    3) puis, si la compensation la rend débitrice, et seulement dans ce cas si j’ai bien compris, elle cherche à se refinancer.

    Déjà, il semble que ce refinancement ne soit que partiel puisque la compensation a dispensé d’une partie du refinancement (et la partie du crédit qui n’a pas dû être refinancée a bien été créée, non ?).

    Mais passons ; car c’est un autre mécanisme sur lequel j’aimerais connaître votre opinion : imaginons que la compensation n’ait rien apporté et que la banque s’avère débitrice de la totalité du crédit accordé (c’est le cas si aucune autre banque n’a accordé de crédit ce jour-là, n’est-ce pas ?). La bc doit refinancer 100% du crédit qu’elle a accordé ce matin.

    La bc va voir la BC pour lui emprunter de la monnaie centrale, n’est-ce pas ?
    Comme garantie, la bc offre en gage les titres mêmes que son client du matin lui avait donnés pour obtenir son propre crédit (je trouve ça, d’ailleurs, incroyablement facile pour la bc : où est la limite ?).

    ======================

    C’est ici que se trouve ma question principale :

    À ce stade, si la BC refinance sans barguigner, si elle crée systématiquement la monnaie centrale nécessaire pour refinancer les crédits accordés par les bc, que vaut votre « principe de conservation des quantités » soi-disant imposé aux bc ?

    OK : selon vous, ce ne sont pas ces banques qui créent elles-mêmes la monnaie prêtée, MAIS SI elles peuvent FAIRE CRÉER cette monnaie (par la BC) au gré de leur propre activité, c’est la même chose, non ?

    Autrement dit, si les bc ne peuvent prêter que de la monnaie centrale (contraintes qu’elles seraient par un « principe de conservation des quantités »), MAIS SI elles peuvent déclencher sans limite (au fur et à mesure qu’elles consentent des crédits) la fabrication ex nihilo de monnaie centrale (par une BC qui, elle, n’est PAS soumise au principe de conservation des quantités), quelle est la portée pratique du « principe de conservation des quantités » ?

    ========================

    Encore merci pour votre patience (et pour la qualité des liens que vous nous signalez).

    Étienne.

    _______________

    Il convient de ne pas violer l’un des principes fondamentaux de la méthodologie scientifique,
    à savoir de prendre les réfutations au sérieux. Paul Feyerabend, « Against Method », 1974, p.109.
    _______________

    .

    Annexe : la création monétaire expliquée par… un directeur de banque :

    [C’est un professionnel de la banque qui parle, spécialiste de la finance internationale]

    « 1) il n’y a pas un banquier qui vous dira qu’il crée de la monnaie, car… il ne le sait pas (sauf s’il a été un bon élève de l’IEP ou des facs d’Éco, et encore…)

    2) le banquier de base (agences du réseau) vous dira plutôt qu’il se bat tous les jours pour attirer de nouveaux clients et donc de nouveaux dépôts…

    3) il n’y a aucun « complot » dans cette attitude, aucune « omerta », car il n’y a aucun besoin de connaître le processus de création monétaire pour être un bon banquier ( il vaut bien mieux être un bon analyste financier pour évaluer les risques liés au crédit).

    Par ailleurs, rechercher le « secret » en analysant un bilan bancaire est une tentative vouée à l’échec : les dépôts à vue apparaitront nécessairement comme une « ressource » au même titre que les dépôts à terme et d’épargne. Les discussions sur la possibilité ou non de prêter les DAV me paraissent largement surréalistes (sans vouloir heurter quiconque), pour ne pas dire sans fondement.

    Pour comprendre le processus de création monétaire, il faut « déconstruire » le processus qui part du crédit accordé et se boucle par son « financement » au niveau de la banque et du système bancaire global en essayant de bien déterminer ce qui est génération d’un pouvoir d’achat ex-nihilo sur l’économie (création monétaire) ou un transfert d’épargne (intermédiation financière).

    Accorder un crédit, c’est d’abord, par un simple jeu d’écriture, inscrire une somme au crédit d’un compte avec laquelle on pourra faire des paiements. Ensuite, l’histoire commence… En fonction de ce que deviennent les flux d’argent, la banque va faire face à des besoins de financement différenciés.

    Cas le plus simple —une seule banque et une seule monnaie— pour comprendre la problématique :

    Supposez qu’il n’y ait qu’une seule banque X et qu’une monnaie (les dépôts à vue gérés par cette banque), on voit immédiatement que le crédit effectué trouve immédiatement son financement qui est le dépôt à vue créé lui-même puisque :

    – toute dépense, c’est-à-dire tout transfert d’argent du récepteur du crédit (débit du compte dans la banque X et donc diminution du dépôt à vue dans cette banque)

    – …va se retrouver comme réception d’une recette pour un autre agent (crédit du compte dans la banque X et donc augmentation du dépôt à vue dans la même banque).

    Globalement, on aura donc au niveau du bilan de la banque :
    – à l’actif : une créance
    – au passif : un dépôt à vue détenu par Durand alors que le crédit avait été accordé à Dupont.

    Peut-on dire que la créance a été financée par Durand ? Certainement pas car, pour Durand, cet argent est immédiatement disponible et va entrer dans son plan de dépenses et ainsi de suite.

    L’augmentation globale de la dépense et donc du revenu à la fin du process sera :
    delta(dépenses) = V (vitesse de circulation de la monnaie) * delta(dépôts à vue).

    Cas plus complexes pour se rapprocher du fonctionnement réel :

    a) cas de 2 banques :

    Maintenant supposez qu’il y ait deux banques qui se partagent le marché et que les dépôts se répartissent entre elles selon un certain rapport (parts de marché). Il est facile de montrer que si les augmentations de crédit et donc de dépôts se font selon ce rapport, la création de crédit/monnaie n’a aucune limite car le « refinancement » des deux banques sera « automatique », les dépôts partant à la concurrence étant exactement compensés par les versements venant du concurrent.

    b) Introduction d’une Banque Centrale pour gérer les déséquilibres de trésorerie entre les deux banques :

    Si ce n’est pas le cas, il faut un troisième « larron » (sans jeu de mots) : la Banque Centrale, car, s’il y a un déséquilibre entre les entrées et les sorties de fonds pour chacune de ces banques vis-à-vis de l’autre, il faudra que cela se règle par virements sur leurs comptes à la BC.

    Et, là l’affaire se complique… un peu… car, il y a désormais deux sortes de monnaies :

    – la monnaie bancaire (les dépôts à vue détenues par les banques)
    – la monnaie de base (Banque centrale)

    c) système monétaire en économie fermée avec :

    – monnaies bancaires (dépôts à vue des banques)
    – comptes des banques auprès de la banque Centrale (réserves)
    – billets et pièces émis pour le compte du Trésor par la Banque centrale.

    À partir de là, il est facile de reconstituer les notions jumelles/complémentaires de:

    multiplicateur de crédit : une injection de monnaie banque centrale conduit à un multiple de monnaie en circulation via le mécanisme du crédit bancaire.

    diviseur de crédit : une addition de nouveaux crédits entraine une demande supplémentaire de refinancement en monnaie banque centrale. »

  148. @Paul & Christophe & Holbecq

    Entièrement d’accord avec Holbecq.

    Pour la conservation des quantités de Paul je pense que c’est une explication incomplète qui aboutit à la conclusion erronée que les banques commerciales (bc) n’ont pas le pouvoir de création de monnaie scripturale.
    Wikipedia est pourtant claire à ce sujet: http://fr.wikipedia.org/wiki/Cr%C3%A9ation_mon%C3%A9taire#M.C3.A9canisme_de_cr.C3.A9ation_de_la_monnaie_scripturale .

    Si les banques commerciales n’avaient pas le droit de créer de la monnaie (scripturale), alors pourquoi les ratios de solvabilité et les ratios de réserves obligatoires ne sont-ils pas 100%?

    Quant à Christophe, qui affirme que les bc en difficulté qui demandent l’aide de l’Etat prouvent qu’elles n’ont pas le pouvoir de création monétaire, il n’a pas saisi que quand un actif d’une bc perd de sa valeur, elle doit pour rester solvable le vendre à un bon prix ou alors compenser cette perte par un bénéfice ailleurs ou encore augmenter ses capitaux propres en vendant des actions; mais la création monétaire ne lui sert à rien car ceci augmente autant son passif que son actif et ne compense donc pas du tout la chute des actifs toxiques.

    Explications:

    1) Quand un client apporte de l’argent sur son dépôt, alors la bc augmente son passif (dépôt du client) et son actif (compte Banque Centrale (BC)). Il n’y pas ici de création monétaire car l’augmentation du bilan de la bc correspond à une diminution du cash en circulation (si le client apporte du cash) ou à une diminution du compte BC d’une autre bc (si le client fait un transfert depuis une autre bc).

    2) Ensuite la bc peut réutiliser (système fractionaire) 98% de cet apport pour couvrir des nouveaux prêts alors que 2% sont gelés dans le compte BC comme réserves obligatoires.
    Ces prêts sont le font de commerce de la bc et elle sera d’autant plus motivée à en faire un maximum.
    A chaque prêt la bc augmentera son bilan: au passif comme un crédit sur le compte dépôt de l’emprunteur; et à l’actif comme une créance (reconnaissance de dette de l’emprunteur).

    Je pense que Paul Jorion arrête son analyse à ce stade quand il affirme qu’il n’y a pas de création monétaire par les bc.
    Mais poursuivons: il y a l’effet multiplicateur et surtout le ratio de solvabilité.

    3) L’effet multiplicateur consiste à dire que si l’emprunteur paye des fournisseurs, ceux-ci placeront une bonne partie de la somme sur leur compte bc qui le reprêtera plusieurs fois consécutives (chaque fois 98% de la somme). Au final un apport de 100 euro augmentera les dépots de 5000 euro (x50).
    Par exemple si B achète 100 stylos à 1 euro à A, qui place les 100 euro sur son compte bc, puis que B emprunte 98 euro et achète 98 stylos supplémentaires et ainsi de suite, au final B aura 4900 euro dettes et 5000 stylos et A aura 5000 euro sur son compte. C’est bien la création monétaire de la bc qui aura crée 4900 euro.
    Paul Jorion pourrait argumenter que A n’a pas 5000 euro mais 100 euro de monnaie BC + 4900 euro de créances (de l’emprunteur B) et que les quantités sont conservées. Cela s’appelle jouer sur les mots, car A voit 5000 euro sur son compte et il a bien produit et vendu 5000 stylos.
    Le système serait plus honnête si A pouvait choisir de mettre ses euro sur un compte dépôt avec 100% de réserves obligatoires (r.o.) ou sur un compte investissement avec 2% de r.o. et par là-même choisir son risque.
    Bien entendu, si un jour B fait faillite et casse tout ses stylos, et si la bc n’a pas assez de fonds propres pour amortir la perte, alors A verra qu’il ne peut plus retirer ses 5000 euro du compte et que la création monétaire est une entourloupe qui permet au bc de gagner plus d’intérêts. (je reviens plus bas sur ce point)

    4) Le ratio de solvabilité limite la quantité de crédit/prêts qu’une bc peut offrir à ses clients (accords de Bâle 2, ratio Cook ou MacDonough).
    Si par exemple le ratio minimum est de 8% et si la bc a 80 Million euro de fonds propres, dont 60 MO investis (infrastructures/salaires) et 20 MO sont sur son compte BC (trésorerie), alors elle pourra faire des prêts jusqu’à hauteur de 1 Milliard euro, sans avoir besoin qu’un client fasse un apport (cf. étappes 1) et 2)). Il y ici aussi création monétaire depuis une bc. L’argument de conservation des quantités de Paul Jorion est ici clairement invalidé. Et à chaque augmentation de capital de 1 MO cette bc pourra prêter/créer 12.5 MO supplémentaires.

    Note sur le cas de fonds propres insuffisants:
    La banque gagne l’intérêt moins l’impôt et porte 8% du risque (fonds propres). Le peuple gagne l’impôt versée par la banque et porte 92% du risque (soutient de l’Etat financé par les impôts ou par l’inflation (monétarisation de la dette par la Banque Centrale qui achète les obligation de l’Etat)).
    L’argent emprunté à la banque que l’acheteur d’un bien paye au vendeur est en fait une promesse de rembourser plus tard, l’interet devrait donc aller au vendeur et non pas a la banque.
    Les emprunteurs de la banque payent les marchands avec de l’argent-dette créé par la banque dès la signature des reconnaissances de dette; la monnaie reçue des marchands n’a pour contrepartie à la banque que la reconnaissance de dette (ainsi qu’une petite partie des fonds propres de la banque) et c’est donc bien les marchands qui devraient recevoir 92% de l’intérêt des emprunteurs!

  149. Conclusion:
    Les banques commerciales ont bel et bien le pouvoir de création monétaire. Cependant ce pouvoir est limité par les ratio de réserves obligatoires ainsi que le ratio de solvabilité. De plus cette monnaie est scripturale et non pas fiduciaire, donc la banque commerciale doit débiter de la monnaie fiduciaire (Banque Centrale) quand les emprunteurs retirent en cash ou quand ils transfèrent vers une autre banque commerciale. S’il on admet que la part retirée en cash est faible (et cela est d’autant plus vrai depuis que les lecteurs de cartes bancaires ont envahi les commerces) et s’il on admet que les transferts vers les autres banques commerciales sont environ égaux au transferts depuis ces autres banques alors les besoins de réserves en monnaie centrale sont faibles et c’est pourquoi la BCE n’impose que 2% de réserves obligatoires.

    Il est important de comprendre que la monnaie fiduciaire des Banques Centrales et la monnaie scripturale des banques commerciales n’a comme principale contrepartie qu’une reconnaissance de dette (la créance sur l’emprunteur). La valeur de la monnaie est donc un pari sur la richesse qui sera produite dans l’avenir. Si ce pari est perdu (crise économique majeure) alors la monnaie ne vaut presque plus rien. C’est pourquoi aujourd’hui les autorités injectent autant de liquidité; c’est comme une partie de poker où un bluffe demande une sur-relance toujours plus haute pour ne pas être perdu.
    Et quand bien même la Banque Centrale injecterait des liquidités sans limite, au bout du compte les entreprises/particuliers finissent par être si endettés qu’ils ne peuvent plus emprunter d’avantage. Quand cette limite est atteinte il ne reste que deux options:
    i) laisser les entreprises/particuliers/banques faire faillite en série, purger la dette, et finalement la croissance repartira lentement; cette option a été choisie en 1929 et personne ne voudrait en revivre les terribles conséquences (chômage, pauvreté).
    ii) dévaluer le poids des dettes en dévaluant la monnaie, c’est le quantitative easing où la Banque Centrale achète des obligations publiques (ou même privées) et augmente considérablement la masse de monnaie en circulation, qui devrait finir par causer une hausse des salaires et une inflation; c’est l’option choisie par Obama et ses confrères en 2009 mais les résultats pourraient être pires encore que l’option précédente, avec au final une hyperinflation devastatrice et une perte de confiance dans la monnaie, aboutissant à un collapse complet du système monétaire (et a sa refonte sur des bases plus honnêtes?).

    Il faut aussi saisir que les responsables des banques commerciales privilégient les bénéfices à court terme (qui leur permettent de grosses primes) à la prudence et vont donc chercher à signer un maximum de prêts, même à des emprunteurs incertains. Les banquiers qui privilégient la prudence risquent bien d’être licenciés à cause de leurs résultats non compétitifs. Il y a ici un conflit d’intérêt car prendre des risques démesurés est bénéfiques aux banquiers même dans le cas d’une faillite de leur banque, car la faillite impactera les actionnaires et les dépositaires/créanciers mais pas les primes astronomiques que les banquiers auront mis en sûreté. La somme de ces primes touchés avant la faillite peut largement dépasser la somme des revenus qu’ils auraient touchés jusqu’à leur retraite s’il n’avaient pas pris de risques démesurés.
    Les actionnaires sont eux aussi favorables à cette prise de risque car des prêts à 5% d’intérêt leur rapportera 63% de rendement annuel (ratio solvabilité 8% => 1/0.08 x 0.05 = 0.63) et donc même s’ils perdent 100% de leur investissement après 2 ans ils sortiront quand même gagnants avec 25% de plus-value (dividendes), et 525% après 10 ans.
    De plus ils peuvent rassurer également leur conscience en anticipant que la faillite sera probablement évitée par l’Etat (pour les too big to fail) et qu’au moins les dépôts seront garantis par l’Etat.
    Le système fonctionne un peu comme si un joueur de casino jouait l’argent du peuple en encaissant les gains et en faisant porter les pertes sur le peuple.
    Le ratio bénéfice/risque avantage considérablement les banquiers au détriment du peuple; c’est le principe de privatiser les gains et socialiser les pertes.
    Cet infâme principe est inscrit dans les lois du système fractionnaire et des accords de Bâle 2, il est donc parfaitement inutile d’accuser les banquiers ou la dérégulation s’ils ne font que profiter de telles lois! Il importe en premier lieu de changer ces lois.

    Ce conflit d’intérêt pourrait être résolu si les banques commerciales devaient reverser la partie de leur bénéfice qui n’est pas réalisée par leur fonds propres; par exemple si une banque commerciale ayant 8 MO de fonds propres prête 100 MO et touche 5 MO d’intérêt, 92% de ces 5 MO seraient reversé à l’Etat, ainsi le ratio bénéfice/risque serait neutre et les actionnaires prendraient leur dispositions pour que les banquiers ne prêtent qu’à des emprunteurs sûrs en privilégiant une prise de risque faible et une analyse de risque solide. On pourrait aussi imposer des ratios de solvabilité de 100%.

    On pourrait même aller jusqu’à remettre en cause l’existence même de la création monétaire par les Banques Centrales via la création de dette et imaginer un système où l’on remplacerait l’argent-dette par l’argent-valeur. Les ratios de solvabilité et de réserves obligatoires seraient de 100%. La création monétaire en monétarisant la dette serait abolie. La Banque Centrale et les banques commerciales agiraient comme des maisons de gage et les entreprises ayant besoin de liquidité pourraient mettre en gage leurs actifs dans une banque qui créerait ensuite la monnaie équivalente puis la détruirait quand lors du remboursement par l’entreprise (c’est déjà ainsi avec le prêt hypothécaire). L’emprunt classique (sans hypothèque) serait financé par des fonds d’investissement uniquement et non plus par la création monétaire avec des dettes en contrepartie. On abolirait « l’argent élastique », c’est-à-dire la création monétaire lors des prêts non couverts à 100% de la Banque Centrale aux banques commerciales ou des banques comerciales aux entreprises/particuliers.
    Ces mesures feraient probablement monter les taux et ralentir la croissance mais qu’importe! cela garantirait une économie solide, une sphère financière reconnectée à la réalité et une masse monétaire bâtie sur des richesses réelles et non pas sur un pari (de casino) sur l’avenir.

  150. PS:
    Du côté de la couverture sociale on instaurerait un revenu minimum à vie, cf. http://tropicalbear.over-blog.com/article-27590557-6.html:
    [On verse à chaque citoyen (quel qu’il soit) un revenu suffisant pour assurer le minimum vital (mais pas plus, sinon on incite tout le monde à ne rien faire et à devenir parasite, et la société fait faillite en bloc), en remplacement du « fatras » d’allocations actuelles. Ensuite, il reviendrait à chacun de compléter à sa guise ce revenu par son activité et son épargne.]

  151. @ FrançoisS

    4) Le ratio de solvabilité limite la quantité de crédit/prêts qu’une bc peut offrir à ses clients (accords de Bâle 2, ratio Cook ou MacDonough).

    Si par exemple le ratio minimum est de 8% et si la bc a 80 Million euro de fonds propres, dont 60 MO investis (infrastructures/salaires) et 20 MO sont sur son compte BC (trésorerie), alors elle pourra faire des prêts jusqu’à hauteur de 1 Milliard euro, sans avoir besoin qu’un client fasse un apport (cf. étappes 1) et 2)). Il y ici aussi création monétaire depuis une bc. L’argument de conservation des quantités de Paul Jorion est ici clairement invalidé. Et à chaque augmentation de capital de 1 MO cette bc pourra prêter/créer 12.5 MO supplémentaires.

    « … elle pourra faire des prêts jusqu’à hauteur de 1 Milliard euro, sans avoir besoin qu’un client fasse un apport ». C’est incorrect : il faut qu’elle trouve l’argent qu’elle prête.

    Le ratio détermine simplement le plafond des crédits de différents types (pondérés en fonction du risque couru) qu’une banque peut accorder, en fonction de son capital.

    « Et à chaque augmentation de capital de 1 MO cette bc pourra prêter/créer 12.5 MO supplémentaires ». Uniquement s’il s’agit d’un emprunteur « AAA », sans quoi la somme qui pourra être prêtée est moindre, et encore une fois, il faut que l’argent prêté ait été préalablement trouvé (dépôts de la clientèle, emprunts par la banque), ce n’est pas comme si le fait qu’une banque augmente son capital d’un million lui permette de tirer d’un chapeau 12,5 millions supplémentaires qu’elle pourra prêter.

  152. Bon, plus simplement : tout est ramené à une question de liquidité. La banque prête (au moins partiellement) l’argent de ses déposants sans demander leur avis ni leur accord. Cet argent « appartient » ainsi simultanément à deux personnes différentes, un scénario qui n’est imaginable que dans la physique des particules. Il y a donc une dette non sanctifiée par un contrat, de la part de la banque à l’égard des déposants. On appelle donc « création monétaire bancaire » l’acte non écrit et non divulgué par lequel les banques tapent dans les comptes des clients sans le leur dire 😉

  153. Dénommons Sx, Sy – Source-de fonds créancier X ou actionnaire Y sur le Passif d’une banque
    Parmi ces sources Sx et Sy au Passif :
    – des déposants-créanciers de catégories différentes, différentes par (a) la nature des acteurs (particuliers, entreprises, banques centrales, banques commerciales, (b) la taille, (c) la durée de mise à disposition des fonds, (c) …
    – des détenteurs de dettes convertibles en actions
    – des actionnaires de classes différentes (A, B, C,…)

    B – BCE & Fednewyork=
    Vous avez son tableau « Sources & Emplois de Fonds 2004-2008 » sous les yeux

    Q B1 : Quels types de flux monétaires créés ex nihilo par les composantes Sx ( créancier x, actionnaire y) vers elles-mêmes sont odieux ?

    Q B2 : (idem) sont simplement besogneux ?

    Q B3 : (idem) sonht remarquables et méritent des applaudissements ?

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    A – Banque Centrale – Le cas de la BRI à Bâle
    Sous avez son tableau « Sources & Emplois de Fonds 2004-2008 » sous les yeux

    Q A1 : Quels types de flux monétaires créés ex nihilo par les composantes Sx ( créancier, actionnaire) vers elles-mêmes sont odieux ?
    Assez facile de répondre sans même chercher dans le rapport Annuel cf. billet blog/?p=3226

    Q A2 : (idem) sont simplement besogneux ?

    Q A3 : (idem) sont remarquables et méritent des applaudissements ?

    – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – — –

    B – Fednewyork=
    Vous avez son tableau « Sources & Emplois de Fonds 2004-2008 » sous les yeux
    Il y aurait — dit-on — 1 000 milliards ou 9000 milliards venus de (…) qui auraient (…)
    Personnellement je n’ai pas encore cherché à comprendre et suis encore dans le noir quant à la circuiterie

    Q B1 : Quels types de flux monétaires créés ex nihilo par les composantes Sx ( créancier x, actionnaire y) vers elles-mêmes sont odieux ?

    Q B2 : (idem) sont simplement besogneux ?

    Q B3 : (idem) sont parfois remarquables et méritent des applaudissements ?

    – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – — –
    C – BCE=
    Vous avez son tableau « Sources & Emplois de Fonds 2004-2008 » sous les yeux

    Q C1 : Quels types de flux monétaires créés ex nihilo par les composantes Sx ( créancier x, actionnaire y) vers elles-mêmes sont odieux ?

    Q C2 : (idem) sont simplement besogneux ?

    Q C3 : (idem) sont parfois remarquables et méritent des applaudissements ?

    Q C4 : (idem) sont toujours une charge infondée pour les peuples européens, voire une ponction odieuse ou une gabegie

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    D – BNP Paribas=
    Vous avez son tableau « Sources & Emplois de Fonds 2004-2008 » sous les yeux cf. billet blog/?p=3160

    Q D1 : Quels types de flux monétaires créés ex nihilo par les composantes Sx ( créancier x, actionnaire y) vers elles-mêmes sont odieux ?

    Q D2 : (idem) sont simplement besogneux ?

    Q D3 : (idem) peuvent être une réussite ou un échec ?

    Q D3 : (idem) sont parfois remarquables et méritent des applaudissements ?

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