Le Monde – Économie, lundi 29 – mardi 30 juin

J’y parle de la signification du récent remboursement par dix banques des fonds qui leur avaient été avancés dans le cadre du TARP (Troubled Asset Relief Program), le programme destiné à tirer d’affaire le secteur bancaire américain.

Ce n’est peut-être pas la bonne nouvelle que certains y lisent.

Etats-Unis : de bien curieux remboursements

Quelle est la signification du récent remboursement par dix banques des fonds qui leur avaient été avancés dans le cadre du TARP (Troubled Asset Relief Program), le programme destiné à tirer d’affaire le secteur bancaire américain ?

À les en croire, leur santé s’étant rétablie, il s’agit pour elles d’éliminer au plus tôt le stigma de la semi-nationalisation à quoi s’assimilaient les aides s’étalant entre 5 et 25 milliards de dollars dont elles ont chacune bénéficié. Le souci de lever le plafonnement des bonus qui accompagnait ces aides n’est sans doute pas étranger à leur décision : les remboursements n’ont touché jusqu’ici que les avances qui avaient été soumises à de telles conditions.

Pourquoi une telle précipitation ? La bourse a repris quelques couleurs – même s’il faut toujours s’interroger sur la raison qui peut l’expliquer en l’absence de bonnes nouvelles sur le plan économique. Les nuages continuent en effet de s’amonceler : dans le secteur de l’immobilier résidentiel américain, les retards de paiement actuels promettent dans les années à venir des pertes de cinq à six fois plus importantes que celles essuyées lors de l’écroulement du secteur subprime et un volume de pertes comparable est en préparation pour les cartes de crédit et l’immobilier commercial. Cela, les banques qui remboursent aujourd’hui les avances ne peuvent l’ignorer. La précipitation présente aurait-elle alors un rapport avec l’orage qui menace ? L’expérience récente permet de le supposer.

Souvenons-nous en effet des derniers mois des établissements indépendants du crédit, les Countrywide et autres IndyMac et ce à quoi nous avions assisté entre le moment où leur fin apparut inéluctable et leur engloutissement.

Des rumeurs circulèrent à la mi-2006 quant à un rachat possible de Countrywide par Bank of America. Il n’était pas encore question de rachat en catastrophe comme ce serait le cas en janvier 2008 mais simplement de l’intérêt manifesté par une banque importante pour le numéro 1 du crédit immobilier, alors apparemment en bonne santé. Or des courriels récemment publiés par la SEC (Securities and Exchange Commission), le superviseur du marché boursier américain, révèlent l’inquiétude des dirigeants de Countrywide à la même époque. Pour les cadres de la firme – dont je faisais partie, il ne faisait aucun doute que les rumeurs émanaient de la direction et avaient pour but de doper le prix de l’action. L’exercice de stock options et la vente systématique d’actions par les dirigeants débuta peu après. Angelo Mozilo, le PD-G, parvint ainsi à se désengager entièrement avant la chute, pour un bénéfice total dépassant 700 millions de dollars.

La remontée de la cote des banques américaines est déjà entamée, et gageons que la bonne nouvelle de leur indépendance retrouvée dopera encore davantage leur cours – les investisseurs ignoreront certainement le fait que le rachat par elles des warrants consentis à l’État en échange de l’aide obtenue par le truchement du TARP plombera bientôt leurs recettes.

Si le parallèle avec Countrywide a un sens, il s’agit alors simplement pour les dix banques ayant aujourd’hui remboursé l’argent du TARP de consciencieusement nettoyer la caisse avant de mettre définitivement la clé sous la porte. Lorsque les trillions à nouveau perdus seront examinés, les quelques milliards détournés in extremis par leurs dirigeants, passeront, c’est à parier, relativement inaperçus.

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16 réflexions au sujet de « Le Monde – Économie, lundi 29 – mardi 30 juin »

  1. Mais que deviennent les fameux « Fonds Souverains » (Koweit, ADIA, la Norvège, Singapour, Chine, etc…) ?
    Ils représentent plusieurs milliers de milliards de dollars, et ils doivent certainement jouer un rôle en ce moment ( ou du moins espérer en jouer un)…

    Or il semble qu’on n’en parle plus beaucoup…
    On vient simplement d’apprendre qu’Abou Dhabi (ADIA) sort du capital de Barclays (au grand dam de ce dernier).

  2. Félicitations pour ce site toujours très instructif et très bien documenté.

    Pour quelqu’un comme moi, qui n’est pas au fait des choses du monde économique et de la finance, la soudaineté et l’ampleur de la crise m’ont interpellée. Je m’y suis intéressée depuis l’automne dernier et j’admets volontiers que tout cela me passionne. Notamment, le débat que j’ai pu suivre ici sur la création monétaire.

    J’attends donc demain avec impatience, pour vous lire, Paul, sur le sujet du remboursement des banques américaines qui semblent avoir retrouvé une meilleure santé.
    Ce qui me laisse perplexe, c’est que d’un côté on annonce largement le début du remboursement des prêts de l’Etat américain par certaines banques et qu’on omet d’un autre côté de dire (ou si peu) qu’il y a encore 5 ou 6 banques (je ne sais plus exactement) américaines qui ont failli récemment, venant impacter le décompte total à 45 faillites bancaires depuis le début de la crise.

    Alors, oui, je suis curieuse de vous lire sur ce sujet. Encore bravo.

  3. @ pierrot 123

    Tim Geithner va leur demander, lors de sa prochaine tournée au Moyent-Orient, après celle en Chine, d’acheter des T-bonds à l’occasion.

  4. Pourquoi les Etats s’obstinent-ils à verser des dizaines de milliards aux banques alors qu’ils savent très bien que ça ne sert à rien ? Y a-t-il des intérêts cachés dans tout ça ?

    Quelqu’un peut-il m’éclairer ?

  5. @ DB

    C’est une excellente question.

    Si les liquidités qu’empruntent les banques ne sont pas utilisées pour être prêtées sur le marché interbancaire, aux entreprises ou aux particuliers (c’est leur objet officiel), à quoi servent-elles donc ? A quoi vont servir les 4OO et quelques milliards d’euros prêtés par la BCE sur un an au taux fixe de 1% à plus de mille banques de la zone euro ? Quelles produits financiers sont-il achetés ?

  6. @ François LECLERC

    Bonsoir M. LECLERC

    Concernant le prêt de 400 milliards de la BCE, je viens de lire l’article suivant:
    http://www.pro-at.com/analyse-bourse/technique-442-milliards-…-RAS-1-9126.html

    Je ne suis absolument pas assez qualifié pour savoir si l’analyse est bonne.
    Je lis les chroniques « Analyse conjoncture » de PRO-AT depuis de nombreux mois, les informations me semblent être de qualité.

    Je suis intéressé d’avoir votre avis sur ces explications, vu que ce prêt agite les claviers de nombreux blogueurs !

    Cordialement.

    SG

  7. J’ai lu l’article avec intérêt et il s’inscrit bien dans la lignée de ceux qui prédisent un automne apocalyptique. Du coup, j’ai une question simple : y-a-t-il des lecteurs/contributeurs réguliers de ce blog qui ont les connaissances nécessaires pour observer les ventes d’action des patrons de ces banques ? C’est une information d’une valeur collective inestimable. Paul, un peu de boulot en plus…?

  8. @ Stéphane GRZESIAK

    La procédure d’inscription à PRO-AT ayant des déficiences (en tout cas, dans mon cas), je ne parviens pas à lire le document que vous signalez. Voulez-vous le poster en commentaire ?

  9. les ricains sont des veaux, et je crains que la métaphore de Degaulle reste d’actualité même en Europe ; « l’europe, l’europe, l’europe ! »
    lorsque je parle de ces sujets, je passe pour un rabat-joie dépressif, alors je me contente de transmettre les liens du blog de Paul Jorion, pour l’effet boule de neige contre l’effet des bulles.

  10. @ Stéphane GRZESIAK

    Il faudrait demander à l’auteur de l’article que vous m’avez signalé (et que je suis finalement parvenu à lire) comment il explique, vu son parti pris, l’énorme augmentation de la taille des bilans des banques centrales. Difficile à comprendre, si l’on pense que les injections de liquidité (garanties par des actifs apportés en contrepartie) sont renouvellées sans que l’en-cours des banques centrales n’augmente.

  11. @ François LECLERC

    Bonsoir M. LECLERC

    Voici la réponse de l’auteur à vos questions.
    Je suis également curieux sur votre remarque « parti pris ».

    Cordialement.
    SG

    Posté le : le 02-07-2009 18:50:41

    Bonjour SGRZESIAK,

    L’augmentation du bilan des banques centrales vient de deux facteurs principalement (il suffit de lire les bilans publiés régulièrement):
    – l’augmentation des encours prêtés via des OMO. Le graphique n°2 montre que ces encours étaient en moyenne de 400 milliards d’€ jusqu’à l’été 2008 et sont désormais à une moyenne de 600 milliards (dans le bilan du 30 juin: 896,5 milliards). Mais ceci n’est pas un phénomène récent puisque ce niveau est constant depuis l’automne 2008. Il a été mis en place pour pallier les difficultés d’accès au crédit sur le marché libre (Libor). Son niveau élevé montre que ce marché n’est toujours pas sorti du coma. Donc (relire mes propos) si les OMO évoluent vers des maturités plus longues, ces 442 milliards ne représenteront qu’un blip sur l’electrocardiogramme des OMO (voir graphique2). Si toutes les OMO en place sont maintenus alors OUI il y aura eu plus de liquidités dans le système. Bien malin celui qui le sait aujourd’hui tant les opérations psychologique de la BCE ont été nombreuses dans le passé.
    – le deuxième facteur est l’augmentation des titres en euro émis par des résidents de la zone euro (obligations) qui est passé de 98 milliards début 2008 à 301 milliards fin juin 2009. Une nouveauté pour la BCE à cette échelle. J’ai écrit un commentaire là dessus il y a peu.

    Les chiffres sont ici :

    29/1/2008: http://www.ecb.int/press/pr/wfs/2008/html/fs080129.fr.html
    30/6/2009: http://www.ecb.int/press/pr/wfs/2009/html/fs090630.fr.html

    A+

    PS: Merci de m’éclairer sur le »parti pris » dont je ferais preuve.

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