Le tournant où l’on nous attend déjà, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

LE TOURNANT OÙ L’ON NOUS ATTEND DÉJÀ

Les anciens qui savaient pratiquer le Tao
n’allaient pas éclairer le peuple ;
mais ils voulaient le laisser dans l’ignorance.
Si le peuple est difficile à gouverner
c’est parce que ses connaissances
se sont accrues.

Gouverner un pays au moyen de la connaissance,
voilà sa ruine.
Gouverner un pays sans l’aide la connaissance,
voilà son bonheur

Lao-Tseu, LXV
Ed. la Pléiade, p.68

En France, à cette nation à vocation universelle, le parti socialiste n’offre pas d’alternative. Il est trop tard pour la renaissance d’une gauche capable de mener la barque et passer la barre de la double crise de l’économie et de l’environnement. La gauche sera donc suiveuse. Si la traversée des crises vient à produire de l’émancipation et de la justice, les socialistes n’y seront pour pas grand-chose ! Pendant ce temps, la croissance verte et solidaire « enfonce » les décroissants et les altermondialistes sur leur propre terrain : IBM sponsorise la diffusion des « Talks de John Gerzema: The post-crisis consumer » afin de nous vanter la sobriété éthique du consumériste d’après crise. Il ne nous resterait donc que l’extrême gauche pour « prendre l’argent des riches » et régler les problèmes.

Ce renversement quasi instantané de l’idéologie mérite un peu d’attention, la droite mène le train, cette guerre-ci est déjà perdue, préparons la suivante. Ce spectaculaire (au sens de Guy Debord) retournement de veste fait oublier que nous sommes aujourd’hui devant l’alternative changer ou périr parce que la pensée écologique a été piétinée pendant plus d’un demi-siècle autant par le capital que par les sociaux-démocrates. Nous voici pourtant, presque cominatoirement mis dans l’obligation de changer du tout au tout, et il n’est plus question de réfléchir sur le processus historique ayant conduit à cette bifurcation. La nécessité de ce « scénario d’oubli » est aisée à comprendre, mais il faut d’abord réexaminer la bifurcation précédente. Il restera – mais c’est un autre sujet – à expliquer l’aisance avec laquelle le capitalisme phagocyte les 6 R de la décroissance !

§

S’il eut été maintenu jusqu’à aujourd’hui, le niveau de compréhension induit auprès du public par L’argent de Zola eut suffi à rendre impossible l’actuelle hégémonie mortifère du capitalisme financier. Au siècle dernier, le capitalisme entreprit de réduire nos capacités à comprendre le fonctionnement social et ainsi d’affaiblir nos possibilités d’agir sur lui. Pour la tranquillité des dominants, la perception des rapports de forces devait être noyée par la construction d’une représentation faussée des rapports sociaux, en s’appuyant d’abord sur une théorie erronée du marché, elle-même accompagnée de la généralisation de simulacres marchands. Sur le plan politique, à l’Est, le spectacle de « l’avenir radieux » fut centralisé par les bureaucraties totalitaires du « capitalisme » d’État. À l’Ouest, le spectacle diffus des médias amenait les salariés à jouer le jeu consumériste des capitalistes libéraux. La marchandise étendit son règne partout sur chaque lieu et à chaque seconde de la vie : elle médiatise aujourd’hui l’ensemble des rapports sociaux. Ajoutons que la mise en place de la société de consommation fut épaulée par la social-démocratie et portée par un groupe social tirant les avantages de son rôle de courroie de transmission. La médiatisation eut en outre l’avantage de discréditer la raison en substituant la logique affective de l’échange d’image au raisonnement discursif. La fusion aujourd’hui achevée des spectaculaires diffus et centralisés dans le spectaculaire intégré (CNN, Lagardère, Berlusconi …), prépare à la « consommation frugale » aussi bien qu’à celle de Coca-Cola. Nos cerveaux englués, tout comme ceux des économistes, des politiques et même celui des journalistes du 20H, gobent n’importe quoi, ne comprennent rien au fonctionnement de l’argent, jouent au tir à pipe sur les parachutes dorés et se laissent proprement arnaquer par les agissements foireux d’une bande de banquiers véreux !

Cette alliance réformiste masquait le développement de l’économie comme mode de domination, et non comme mode de satisfaction des besoins « élémentaires », condition de l’émancipation des individus pour correspondre au projet des lumières. Ainsi, parce qu’elle était contraire à « l’épanouissement humain » par le productivisme, l’écologie fut longtemps vilipendée par la gauche au nom de l’emploi et du pouvoir d’achat. Pour les productivistes capitalistes aussi bien que bureaucratiques, la question essentielle est de maintenir l’asservissement des salariés lorsque le développement de la production leur permettrait d’envisager de rendre la satisfaction des besoins indépendante de la logique interne d’accroissement illimitée du « capital ». Cette question est de nouveau terriblement d’actualité ! Le mouvement de la décroissance considère qu’il suffirait de retoucher l’organisation sociale pour atteindre à la satisfaction des besoins sans qu’il soit nécessaire d’en vouloir toujours plus. Triste ironie du moment, ceux qui depuis cinquante ans ont supporté d’être piétinés pour combattre l’hégémonie de la croissance comme fausse conscience de la raison économique se trouvent complètement dépassés par le surgissement d’investisseurs novateurs et activistes d’une croissance verte aux accents solidaires. Aujourd’hui, les sympathiques « bluettes » de la décroissance nous seraient aisément accessibles parce que la réévaluation de nos « véritables » besoins ferait s’évaporer les possibilités d’emprise du capital sur nos vies quotidiennes. En réponse aux adeptes de la simplicité volontaire, les sociaux-démocrates bon teint tentent de dévoiler l’obscurantisme de la pensée décroissante en avançant que celle-ci trahirait les valeurs éternelles de la gauche, à savoir : la science, le progrès … Curieusement la gauche n’a pourtant rien à proposer sinon la possibilité d’une croissance soutenable étayée cette fois par de vrais choix rationnels. Le plus drôle dans cette histoire est que le capitalisme s’est déjà mis au vert et que votre banquier de proximité fait déjà dans la relocalisation !

§

L’histoire avance, gonflée cette fois d’une crue démographique sans précédent alors que notre morale impose de ne pas laisser dans la misère deux tiers de nos semblables. Les néo-croissancistes façon Claude Allègre envisagent de généraliser notre niveau de vie à la planète, le foisonnement de l’inventivité scientifique et technique résoudra tout, à l’inverse, les tenants de la sobriété façon Yann Arthus Bertrand visent à l’adaptation éthique des modes de vie occidentaux aux limitations planétaires. La « vérité de leur opposition » est qu’ils tendent symétriquement à mettre en place les conditions d’une éventuelle survie de la bourgeoisie à l’occidentale.

La bourgeoisie à l’occidentale n’est pas nécessairement un mal (n’en déplaise au Tao : la raison et les lumières pour tous, c’est bien !). Seule une très petite minorité de la classe possédante occidentale voudra s’expatrier en Chine, en Inde pour y « suivre l’argent » et se faire homme lige de nouveaux tycoon ou de nouvelles féodalités. Les autres voudront conserver, sur place, leurs propriétés et leur statut dans la hiérarchie. Pour y parvenir, la bourgeoisie sédentaire devra affronter la masse toujours grandissante des sans emploi. Afin de calmer la foule des désoccupés, des « sans projet », la bourgeoisie sédentaire devra inventer de nouvelles formes de redistribution dont elle gardera le contrôle. Le jeu n’est pas perdu, la classe bourgeoise peut faire alliance avec la redoutable bureaucratie de l’aide sociale rodée depuis quarante ans au jeu qui consiste « à gagner sa vie » à faire semblant de s’occuper du malheur des autres. De cela, personne ne parle, mais tout le monde s’inquiète de tirer son épingle hors du jeu qui s’annonce : serrons-nous tous la ceinture, chacun au cran qui convient à son rang !

Tandis que chômeurs et chômeuses se font piéger dans les sociétés de repassage et les trappes du RSA, tandis que les Claude Allègre et Arthus Bertrand offrent le spectacle d’une opposition d’opérette sur l’idée du monde à venir, les capitaux jouent la vraie pièce. Le capitalisme (re)verdit avec l’inventivité du chacun-pour-soi et sans véritable plan d’ensemble. Toutefois, cette effervescence produit la réserve des solutions dans laquelle nous pourrons sélectionner ce qui marchera dans telle ou telle situation. Ainsi, devant le risque de crever de chaud, ou de disparaître avec le dernier ballet des seigneurs de guerre néo-féodaux, la classe possédante a la vocation de se transformer en la seule classe révolutionnaire disponible : c’est elle qui convertira les mentalités prédatrices vers plus de solidarité et de coopération. Mais pourra-t-elle assumer la mauvaise conscience d’une restauration et de la généralisation d’une néo-domesticité salariée destinée à calmer les colères qu’engendre la misère ? Il n’y aura plus et pour longtemps du travail émancipateur pour tous ! À part d’échapper à la gestion bureaucratique de la fin du monde par prédation et inversion violente de la couleur des cases sur l’échiquier, que pouvons-nous espérer ? Au terme d’un pénible accouchement, la classe inédite de ceux qui ont encore quelque chose à léguer, propriété, savoir ou décence est de ce fait en position de donner. En déclarant nécessaire l’alliance boroméenne entre liberté, égalité et fraternité, elle pourrait se « sur-vivre » en se transformant et transmettre ainsi notre héritage culturel par un projet non prédateur. Une constitution pour l’économie aiderait à préparer l’issue heureuse de cet accouchement « in extremis ».

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67 réflexions au sujet de « Le tournant où l’on nous attend déjà, par Jean-Luce Morlie »

  1. Merci Jean-Luce pour cet excellent texte!
    « Une constitution pour l’économie aiderait à préparer l’issue heureuse de cet accouchement. » En effet, les contractions commencent et la douleur est à venir. Il ne peut y avoir d’autres alternatives que tout remettre à plat.

  2. excellente base de rélexion !
    c’est un véritable Comité de Salut Public qu’il va falloir. Les adeptes du néolibéralisme n’ont cependant pas vraiment dit leur dernier mot, il mettent seulement un pied à terre et se demandent quand et comment ils pourront remonter sur selle.
    Quand les riches possédants vont comprendre que leur richesse ne vaut rien s’ils n’ont en face d’eux que des armées de Lumpenprolétaires et que la création de richesses n’est plus qu’un rêve ancien, arrivera le moment de se poser les questions relatives au bien-être et au bonheur des terriens. Mon voisin agriculteur me dit que ce n’est pas en frappant ses vaches qu’il obtient du bon lait…
    ce système est il récupérable, recyclable ?

  3. Dans l’état où le Monde se trouve, si les Humains s’en sortent, ce sera bien « In extremis » ! Oui ! C’est bien le mot.
    Toutes les élites se sont lamentablement fourvoyées lorsque, jamais, elles n’ont voulu considérer les alertes lancées par les certains très grands scientifiques, les mouvements de vrais écologistes et les décroissants.

    La Nature peut satisfaire à tous les besoins fondamentaux.
    Ainsi par une analyse poussée, un groupe d’experts internationaux a clairement mis en évidence, dans un rapport nommé « Évaluation des écosystèmes pour le Millénaire », que la Biodiversité rend aux Humains 4 grands types de services écologiques :

    – les services d’approvisionnement : nourriture, fibres pour se vêtir, ressources génétiques, eau douce, bois, …
    – les services de régulation : climat, épuration de l’eau et de l’air, pollinisation, …
    – les services culturels (ça devrait plaire à la gauche ! Et bien, non !) : bienfaits esthétiques et spirituels, loisirs, détente, éducation, …
    – les services de support : cycle de l’eau, cycles naturels, formations des sols, photosynthèse, …

    Nos ancêtres avaient compris ce qu’apportait la Nature : ils n’étaient pas scientistes ; ils avaient juste du bon sens.
    Nous pas du tout !

    Nous avons été fous de détruire ce qui nous faisait vivre. Nous avons été fous de laisser les administrations fiscales taxer sur le même mode ceux qui détruisent la Nature et ceux qui s’attachent et s’employent à la préserver.
    Nous avons été fous de croire que dans le volume fini de la Terre nous pouvions puiser à l’infini, en particulier de l’eau, des minerais et bien sûr du gaz, du charbon et du pétrole.
    Alors que le gouffre est à nos pieds, il reste tout à changer dans nos mentalités.
    Si nous y arrivons, ce sera bien « in extremis ».
    Une Constitution pour l’Économie faciliterait certainement ce retournement, qui pourrait permettre la naissance de l’Économie Écologique, qui sera juste et locale, simplement parce qu’elle ne concentrera pas les richesses qu’elle produira.

  4. M. Morlie,
    Sauf votre respect, je considère que c’est la science économique, où plutôt devrais-je dire la science appliquée à l’économie, qui nous mène actuellement à l’abîme.

    Démonstration à l’appui.

    L’expérimentation humaine nous a enseigné que dans un échange, rien ne se perd et rien ne se crée : tout se transforme (pour reprendre la formule de Lavoisier, qui avait par ailleurs reformulé la citation d’Anaxagore de Clazomènes « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau »).

    L’économie au sens noble a un unique objectif : organiser un échange dans un contexte qui, lui-même, est appelé à évoluer.

    La raison primordiale de la nécessité de l’échange : que chacun des agents (individu, groupe) puissent, au travers de cet échange, y trouver son intérêt (lequel, jusqu’à preuve du contraire, consiste à l’amélioration des conditions de vie).

    Hors, depuis quelques temps, l’homme a voulu que l’économie consiste en la maximisation des profits : c’est à dire le rendement accru de l’échange en faveur d’un agent économique ; par conséquent au détriment d’un autre agent. Une partie de la valeur totale de l’échange n’a pas été redistribué selon la loi de conservation (mentionnée plus haut).

    (Entre parenthèse : la perception d’un intérêt n’a JAMAIS été un facteur déterminant de la richesse d’un individu.)

    La théorie capitaliste ne respecte pas la loi des échanges : elle crée le vide et les illusions, et prétend donner corps au néant.
    Si quelqu’un peut ici prétendre que toute « l’inflation monétaire », les « actifs toxiques » et autres « produits dérivés » (générés par le capitalisme) peuvent prétendre représenter quelque valeur qui ne soit pas fictive, qu’il oppose ses arguments aux miens.

    La « science économique » a un unique but : offrir la garantie de l’efficacité, et par là garantir sa légitimité, en étant gagée sur l’exemple des bienfaits qu’on pu apporter le Progrès technique, scientifique, spirituel accumulé au cours des siècles.

    Appliquer la méthode scientifique à une idée ne vise qu’à lui offrir un semblant de légitimité, cela jusqu’à sa preuve effective et DEFINITIVE dans l’environnement humain.

    Omettre la nature humaine est l’erreur suprême de la méthodologie scientifique.
    Un raisonnement faussé, même s’il s’avère instructif sur son échec, n’a jamais offert d’avancement au Progrès du genre humain.

    L’économie est une invention de l’homme pour organiser l’échange du fruit de son travail. Une « constitution économique » n’est rien d’autre qu’un semblant de garantie ; elle n’est en aucun cas un gage d’efficacité. Voyez l’usage qui est fait des constitutions des Etats-Nations, on tente encore aujourd’hui d’offrir la garantie de la « démocratie » à des citoyens dont le vote est nié et bafoué (rappelez-vous du traité de Lisbonne).

    Je ne crois pas qu’il y ait d’avenir pour une constitution économique, du moins pas dans le contexte actuel. La résolution de la crise en cours suppose la reconnaissance des faute du système, et malheureusement nous en sommes encore loin.

    1. « La résolution de la crise en cours suppose la reconnaissance des faute du système, et malheureusement nous en sommes encore loin. »

      Je ne crois pas que nous en soyons si loin. Il se passe tout de même des choses étonnantes. L’idéologie du système craque de partout.
      Il y a les petites fêlures, très symboliques, comme l’aveu de Greenspan que le marché a ses failles, les moyennes comme un Nicolas Baverez qui devant l’évidence des faits ne peut plus nier l’échec de la mondialisation et de la dérégulation, et enfin celles béantes quand des personnalités autrefois propagandistes du système lui font maintenant une critique radicale,

      En ce qui concerne la constitution pour l’économie je pense que l’on se méprend sur la signification de cette constitution.
      Cette constitution n’est pas une constitution de plus parmi celles existantes ce qui serait l’exposer à la critique que vous faites.
      Son objet — l’économie — est nouveau car son principe n’est pas comme l’impliquent les constitutions politiques existantes, simplement de redistribuer un peu de surplus capitaliste via les dispositifs du traitement social des tares inhérentes au système.

      Ce qui y est en jeu c’est la limitation de l’hubris inhérente à l’économie depuis que le capitalisme existe. (avant le capitalisme l’hubris était la ritualisation de la guerre, du moins dans un grand nombre de cas). Adopter une telle constitution aurait pour conséquence de brider sérieusement l’accumulation du capital. Les circuits courts de la production-consommation en tant que ceux-ci s’établissent désormais comme rétroaction organisée techniquement via une discrétisation numérique de nos systèmes perceptifs, cognitifs, affectifs, pourraient alors, céder la place à des circuits plus longs où savoir-faire et savoir-vivre trouveraient un espace beaucoup plus dégagé pour se développer. Aujourd’hui toutes les démocraties, peu ou prou, sont social-démocrates, c’est à dire oeuvrent à une certaine justice sociale en actionnant le seul levier de la redistribution. L’actionnement de ce levier n’empêchent ni la prolétarisation généralisée des sociétés ni la croissance de l’exploitation d’une planète limitée dans ses ressources.

      La constitution pour l’économie présente selon moi un triple avantage. Premièrement le sort de la démocratie y est explicitement lié à une limitation de l’économie en tant qu’activité colonisatrice et prédatrice, ce qui n’a jamais été dit ni fait auparavant. Deuxièmement ses principes sont très simples dans leur formulation, formulation simple mais suffisamment pertinente pour ne pas pouvoir se prêter à de multiples interprétations lors de son application. Troisièmement, en tant qu’idée — ce qu’elle est aujourd’hui — elle est très symbolique, et est donc à même de voir converger en elle beaucoup de courants, parfois même disparates, elle a donc un aspect stratégique. En quelque sorte elle pourrait avoir une vertu auto-réalisatrice !

    2. … Je ne doute pas de la générosité des espoirs placés en cette constitution économique.

      Mais cette dernière ne peut m’empêcher de penser au principe de la « main invisible ». Je ne pense pas qu’un texte, de la portée d’une constitution, soit adapté à l’économie.

      Vous ne pouvez pas offrir à l’économie la même place que celle d’un individu. C’est là l’erreur : les constitutions ont toujours été le texte régulant les relations sociales et le fonctionnement d’un système. L’individu est situé au centre de ce texte.

      L’économie est un outil issue de la pensée, donc sujet à la fausseté possible d’un raisonnement. Vouloir « graver dans le marbre » des principes économiques me paraît une façon de repousser l’échéance de la crise en cours.

      Le système qui s’effondre doit voir ses contradiction (et ses faussetés) révélées au grand jour. Là seulement, débarrassés de nos illusions, pourra-t-on définir les règles remplaçant cet ancien système.

    3. Martine Mounier,

      « il est interdit de faire des paris sur les fluctuations des prix » (Paul Jorion) serait un excellent article, ne serait-ce que pour en finir avec le capitalisme financier, premier pas indispensable pour brider la logique prédatrice du système capitaliste.

      ou bien : « tout argent investi dans le seul but de gagner de l’argent au moyen de l’argent doit faire l’objet d’une délibération collective dès lors qu’elle concerne plus d’une personne. »

      cette seconde formulation introduit l’idée que l’économie a d’abord pour but l’ntérêt commun, lequel ne peut se décider que démocratiquement.

    4. @Pierre-Yves D. Ne serait-il pas plus intéressant de commencer, non par une interdiction, mais par une affirmation enthousiasmante. Un idéal. Sur de ce qu’il faudrait faire, ou encore ce que devrait être 1/la monnaie : si l’on place l’argent au centre de cette Constitution, ou 2/l’économie politique : si l’on appréhende le problème non par l’objet mais par le rapport. Vous ne croyez pas ?

  5. Je ne comprends pas à quelle fin vous faites précéder votre texte des mots de Lao Tseu. Sauf à dire que toute organisation des sociétés humaines doit avoir pour vocation de conduire le peuple au bonheur ?

    Dieu dit à MoÏse:
    « tu fixeras au peuple une limite à l’entour, en disant: gardez-vous de monter sur la montagne ou d’en toucher le bord: quiconque touchera à la montagne sera mis à mort… » (bible: exode)

    Le Tao et la Bible ne s’expriment pas différemment, toute vérité doit se chercher au sommet de la montagne.

    Connaitre le lien subtil qui relie l’homme à l’univers ne peut être délivré qu’à un petit nombre.
    L’organisation sociale conduit à une répartition des tâches, la hiérarchie en est son principe d’organisation comme le rappelle le symbole de la montagne.

    1. Domend

      Moi j’ai compris le texte de Loa Tseu comme un encouragement à s’informer et se former davantage. Il est vrai que les théocraties anciennes disaient que les fruits de l’arbre de la connaissance sont empoisonnés (je n’ai jamais compris pourquoi on a laisser croire que la pomme d’Eve était le sexe alors que c’était la curiosité…).

      Mais nous constatons aujourd’hui qu’en savoir toujours de plus en plus ne nous rend pas plus heureux mais plus conscients et plus capables d’actions réfléchies. La question qui se pose est donc peut-être de savoir si le bonheur est le but de l’humanisation de l’Homme ou si c’est la sagesse qui en est la finalité. Redoutable question.

    2. Domend, je ne peux que réagir à ton message.

      Je me refuse à l’idée que certains doivent savoir et d’autres doivent rester des fourmis laborieuses et ignorantes.

      Je considère que la libération des potentiels existants en chacun de nous ne peut qu’amener au progrès global de l’humanité. Nous sommes tous uniques et riches de potentiels.

      Je considère par exemple que l’accès à la formation doit être entièrement libre et illimité dans le temps. Bien entendu, cela suppose un système radicalement différent ou toute notion de profit est exclue.

  6. @ LhommeDebout

    Je vais prendre un malin plaisir à vous contredire, bien amicalement.

    La citation d’Anaxagore de Clazomènes « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau » semble directement inspirée de la pensée bouddhiste, née 600 ans avant l’an zéro de notre ère.

    « La raison primordiale de la nécessité de l’échange » est une interprétation à postériori d’un phénomène (l’échange) qui est apparu sous l’effet de sa propre nécessité et sans qu’aucune raison préalable ne préside à cette apparition.

    L’échange marchand n’a peut-être jamais été une transaction altruiste : chacun cherche à maximiser à son profit les termes de l’échange, et ce sans doute depuis les Assyriens au moins.

    L’argent créée à partir de rien (celui résultant d’une pure opération spéculative par exemple) est certes sans contrepartie réelle dans l’économie physique non monétaire. Mais, utilisant les mêmes signes monétaires que l’argent qui a une contrepartie en terme de richesse réelle (biens et services produits) , cet argent créée à partir de rien emprunte sa valeur à l’argent gagé sur une vraie production. C’est bien la difficulté : faire le tri entre les deux et faire en sorte que ce tri soit simple et évident pour les individus. Cette fausse monnaie a donc malheureusement bien une valeur, même si celle-ci est le résultat d’un subterfuge (un vol en réalité). On peut ajouter que cette fausse monnaie peut être prêtée à un entrepreneur qui, lui, créera une richesse « réelle ».

    « L’économie est une invention de l’homme pour organiser l’échange du fruit de son travail ». C’est plutôt une invention de l’âge moderne quand les progrès de l’agriculture, puis la révolution industrielle, ont permis d’augmenter considérablement les volumes produits. Auparavant, et pendant des millénaires, les hommes ont échangé sans se préoccuper d’ « économie ».

    Dans la hiérarchie des normes, la constitution vient après les traités internationaux mais avant les lois et règlements. Si elle est respectée, c’est très efficace.

    La crise en cours est malheureusement bien plus qu’une crise économique. Cette dernière n’en est qu’une facette. C’est sans doute une crise de civilisation, crise languissante et sans fin, qui a débuté probablement au 19 ième, voire au 18 ième , et le chemin pour en sortir risque d’être un peu long….

    1. [citation] La citation d’Anaxagore de Clazomènes « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau » semble directement inspirée de la pensée bouddhiste, née 600 ans avant l’an zéro de notre ère. [fin de citation]

      Anaxagore de Clazomènes a vécu entre -500 et -428 (donc avant JC) ; et le Bouddhisme est apparu entre -500 et -400 (effectivement au Vè siècle avant JC). La philosophie de cette citation étant apparu pratiquement en même temps, il peut être intéressant de creuser la piste pour en connaître l’origine, voire la provenance. Si quelqu’un en sait plus, n’hésitez pas à nous éclairer sur la question 🙂

      [citation] « La raison primordiale de la nécessité de l’échange » est une interprétation à postériori d’un phénomène (l’échange) qui est apparu sous l’effet de sa propre nécessité et sans qu’aucune raison préalable ne préside à cette apparition. [fin de citation]

      Mes quelques relations avec le genre humain m’ont appris jusqu’à présent que tout échange est une contrainte morale de l’homme afin de ne pas recourir à l’instinct (c’est à dire la sauvagerie).
      Vous avez quelque chose qui m’intéresse, je peux tout à fait m’en emparer sans votre accord. Comme les circonstances m’ont fait remarquer qu’une alliance génère plus de profit que de souci, je consent donc à laisser mon instinct aux tréfonds de l’Histoire, et donc à entamer un échange avec vous, dans des termes qui puisse nous satisfaire.

      [citation] L’échange marchand n’a peut-être jamais été une transaction altruiste : chacun cherche à maximiser à son profit les termes de l’échange, et ce sans doute depuis les Assyriens au moins. [fin de citation]

      A vérifier ; l’humanité n’a pas attendu l’avènement de l’Assyrie pour organiser des échanges. Qu’en est-il des autres civilisations de par le monde ? Creusons nos pistes du côté des société africaines, amérindiennes, asiatiques. La maximisation des profits peut être propre à une région du monde Ancien, cela ne signifie pas que ce soit le cas dans d’autres contrées.

      [citation] L’argent créée à partir de rien (celui résultant d’une pure opération spéculative par exemple) est certes sans contrepartie réelle dans l’économie physique non monétaire. [fin de citation]

      La nature de la monnaie est d’être un équivalent de la valeur d’un échange.
      La régulation de cette valeur est une contrainte nécessaire, pour empêcher par exemple de vendre un œuf pour n’importe quel prix. Un prix arbitraire n’empêche pas l’échange, mais induit la suspicion entre les acteurs de cet échange : c’est le premier pas vers la philosophie de la maximisation du profit. Pour obtenir une réparation au préjudice physique (la valeur) ET moral (la confiance), la partie lésée commencera à rompre l’équilibre économique qui était instaurée, jusqu’à ce qu’elle estime avoir obtenu réparation.
      Là, l’humanité a toujours eu le choix : enclencher le cercle vicieux de la maximisation du profit (la succession des préjudices subis et l’obtention de réparation), ou estimer préférable le maintien d’un équilibre rétabli (on repart sur des bases saines).

      L’argent qui est créé à partir de rien, ce n’est pas de l’argent : c’est une abstraction… et rien de plus.
      Lui supposer une contrepartie dans l’économie physique est un non-sens, si ce n’est une escroquerie.

      [citation] Mais, utilisant les mêmes signes monétaires que l’argent qui a une contrepartie en terme de richesse réelle (biens et services produits) , cet argent créée à partir de rien emprunte sa valeur à l’argent gagé sur une vraie production. [fin de citation]

      Jusqu’à preuve du contraire, c’est la réalisation même de l’échange qui crée la valeur, et rien d’autre.
      Un artisan qui ramasse du bois, et le sculpte, obtient un bois sculpté et sans aucune valeur, car il est le premier acteur dans la chaîne de l’échange. Le bois ramassé ne lui a rien coûté, par conséquent cet artisan n’a de compte à rendre qu’à la Nature. C’est dès lors qu’il propose son bois sculpté dans un échange que celui-ci acquiert une valeur.

      Prêter de la valeur à une production qui n’existe pas (ou pas encore) est une aberration de l’économie. La seule valeur qui peut être admise pour une production, est celle des moyens affectés pour l’obtention de cette production (le coût de main d’œuvre, les outils, machine-outils, les locaux, bref l’environnement qui gravite autour de cette production).
      Les valeurs créées à partir de spéculation étant une abstraction, elles n’interviennent à aucun moment dans la valeur de la production.

      [citation] C’est bien la difficulté : faire le tri entre les deux et faire en sorte que ce tri soit simple et évident pour les individus. Cette fausse monnaie a donc malheureusement bien une valeur, même si celle-ci est le résultat d’un subterfuge (un vol en réalité). On peut ajouter que cette fausse monnaie peut être prêtée à un entrepreneur qui, lui, créera une richesse « réelle ». [fin de citation]

      La monnaie n’est jamais fausse, ou alors ce n’est pas de la monnaie. Offrir un nom à de l’abstraction ne peut pas combler le vide de sa substance. Tout au plus peut-on prêter de la valeur à la représentation physique de la monnaie, c’est à dire son support métal ou papier : l’argent fiduciaire (pièces et billets).

      [citation] « L’économie est une invention de l’homme pour organiser l’échange du fruit de son travail ». C’est plutôt une invention de l’âge moderne quand les progrès de l’agriculture, puis la révolution industrielle, ont permis d’augmenter considérablement les volumes produits. Auparavant, et pendant des millénaires, les hommes ont échangé sans se préoccuper d’ « économie ». [citation]

      L’économie est l’organisation des échanges physiques inter-humain, lesquels existent bon gré mal gré depuis la nuit des temps ; n’est-il pas quelque peu présomptueux d’affirmer la non-utilisation d’une découverte avant sa mise en principes ? On a bien lancé des pierres depuis les premiers âges avant de donner un nom et des formules à l’énergie cinétique.

      [citation] Dans la hiérarchie des normes, la constitution vient après les traités internationaux mais avant les lois et règlements. Si elle est respectée, c’est très efficace. [fin de citation]

      « Pas vu, pas pris » : obéir à un règlement n’a jamais engagé que celui qui le respectait.
      Un système étant régi par un ensemble de règles pouvant poser des contraintes plus ou moins fortes aux intérêts d’un individu, la seule échappatoire revient donc à les ignorer. Une anarchie absolue, et qui ne résouts rien des problèmes.

      Il s’avère que système actuel présente une absence remarquables de règles, puisque la plupart des textes sont rédigés de tel manière à laisser des échappatoires pour presque toutes les situations. Alors l’intérêt d’une constitution économique, pensez…

      [citation] La crise en cours est malheureusement bien plus qu’une crise économique. Cette dernière n’en est qu’une facette. C’est sans doute une crise de civilisation, crise languissante et sans fin, qui a débuté probablement au 19 ième, voire au 18 ième , et le chemin pour en sortir risque d’être un peu long…. [fin de citation]

      La crise en cours est effectivement bien plus qu’une crise économique, c’est une crise de civilisation. Quand à sa durée… elle risque de dépendre fortement de la longévité systémique du « déni de réalité »…

    2. @ LhommeDebout. Merci pour votre réponse !

      [citation] « … tout échange est une contrainte morale de l’homme afin de ne pas recourir à l’instinct (c’est à dire la sauvagerie). Vous avez quelque chose qui m’intéresse, je peux tout à fait m’en emparer sans votre accord. Comme les circonstances m’ont fait remarquer qu’une alliance génère plus de profit que de souci, je consent donc à laisser mon instinct aux tréfonds de l’Histoire, et donc à entamer un échange avec vous, dans des termes qui puisse nous satisfaire ».

      Exactement. L’échange était la nécessité qui s’imposait d’elle-même car puisque ma sauvagerie était bornée par celle de l’autre, elle devenait donc inefficace. Lorsqu’une rivière rencontre un obstacle sur sa route, elle le contourne afin de suivre l’élan de sa pente. Aucune « raison » n’est nécessaire pour expliquer ce contournement. Il y a les choses, avec leur vie propre et le discours sur ces choses. Discours qui peut être manipulatoire.

      Exemple : Lu sur Boursorama hier: « La bonne surprise sur la solide croissance américaine au troisième trimestre ». Alors qu’il fallait écrire :« La bonne surprise sur la solide croissance du chiffre de la croissance américaine au troisième trimestre ».

      [citation] « La nature de la monnaie est d’être un équivalent de la valeur d’un échange ».

      Cet échange est lui-même la conséquence de la production d’un bien. Il est surtout un acte qui exprime un besoin ou répond à un désir (d’ailleurs, si c’est un désir il n’y a rien à maximiser : on ne maximise pas une subjectivité). La réification de l’échange dans la pensée économique contemporaine a quelque chose de suspect et de faux.

      [citation] « Là, l’humanité a toujours eu le choix : enclencher le cercle vicieux de la maximisation du profit (la succession des préjudices subis et l’obtention de réparation), ou estimer préférable le maintien d’un équilibre rétabli (on repart sur des bases saines) ».

      Qui détermine l’équilibre, et les critères de la satisfaction mutuelle ?

      [citation] « Jusqu’à preuve du contraire, c’est la réalisation même de l’échange qui crée la valeur, et rien d’autre ».

      Si l’échange aboutit à la fixation d’un prix, ce prix n’est pas forcément la valeur. Et même si par hypothèse ce prix reflétait fidèlement et intégralement la valeur, l’échange ne serait que l’une des manières, parmi d’autres, de faire apparaître cette valeur. L’échange est décrit comme indispensable à la formation d’un prix (le prix étant alors simplement la résultante d’un rapport de force, d’un rapport de besoins), mais inutile s’il s’agit de déterminer une valeur. « Ce qui a un prix n’a pas de valeur ». B. Shaw. Comme l’échange, le Gosplan savait très bien déterminer les prix, mais pas la valeur.

      [citation] « Un artisan qui ramasse du bois, et le sculpte, obtient un bois sculpté et sans aucune valeur, car il est le premier acteur dans la chaîne de l’échange ».

      Il obtient un obtient sculpté qui n’a aucun prix qui lui soit attaché, mais il a bel et bien une valeur. Poser la confusion prix = valeur c’est dénier toute valeur, pour le coup, au travail de l’homme. Je suppose que c’est, d’une certaine manière, s’en prendre à sa dignité.

      [citation] . « Les valeurs créées à partir de spéculation étant une abstraction, elles n’interviennent à aucun moment dans la valeur de la production ».

      Sur un plan conceptuel bien sûr. Cependant, il se trouve que la croyance commune s’attache à l’apparence des choses et ne fait pas de différence entre un billet de 500 euros dont la création provient d’un processus économique frauduleux (disons la spéculation) et celui qui est la contrepartie d’une authentique création de richesse. Vous l’écrivez vous-même plus bas. D’ailleurs, comment ferait-on cette différence ? Il aura une valeur d’usage et servira comme support de l’échange alors même qu’il n’est gagé sur rien.

      [citation] « n’est-il pas quelque peu présomptueux d’affirmer la non-utilisation d’une découverte avant sa mise en principes ? On a bien lancé des pierres depuis les premiers âges avant de donner un nom et des formules à l’énergie cinétique ».

      Et on lance aujourd’hui très bien les pierres sans rien connaître à la mécanique.

      [citation] « Il s’avère que système actuel présente une absence remarquables de règles, puisque la plupart des textes sont rédigés de tel manière à laisser des échappatoires pour presque toutes les situations. Alors l’intérêt d’une constitution économique, pensez… »

      Il y a des règles qui s’imposent avec une vigueur différente selon leurs destinataires… Mais, même s’il ne peut exister de système juridique parfait, la promotion d’un principe au rang de norme constitutionnelle joue un rôle d’apaisement et d’équilibre pour l’ensemble de la société (pour peu que ce principe soit socialement apaisant et équilibré).

    3. @ Boukovski. Merci pour votre critique fort constructive 🙂

      [citation] Il y a les choses, avec leur vie propre et le discours sur ces choses. Discours qui peut être manipulatoire. [fin de citation]

      > Tout à fait.
      Les événements m’ont enseigné que la perte du sens historique mène effectivement à la manipulation.
      On ne peut pas comprendre les phénomènes du monde sans revenir sur leur cheminement, leur évolution, dans le temps.

      [citation] Cet échange est lui-même la conséquence de la production d’un bien. Il est surtout un acte qui exprime un besoin ou répond à un désir (d’ailleurs, si c’est un désir il n’y a rien à maximiser : on ne maximise pas une subjectivité). La réification de l’échange dans la pensée économique contemporaine a quelque chose de suspect et de faux. [fin de citation]

      > Attention, un échange peut consister en un transfert d’information (pas de support physique pour l’objet de l’échange) entre les acteurs de cet échange. Le fruit de la pensée ou de l’observation, l’information, n’admet aucune valeur jusqu’à ce qu’il en soit fait mention dans un échange.
      L’objet de toute production n’admet en lui-même aucune valeur ; la seule valeur quantifiable de ce processus est celle de la somme des efforts (traduits en valeur) ayant conduit cette production.
      La confusion est assez compréhensible : la valeur potentielle (celle supposée de l’objet de l’échange) et la valeur réelle (c’est-à-dire la réalisation de l’échange) sont deux choses complétement différentes : l’une relève de la pensée humaine, l’autre de l’économie.

      Pour ce qui est de la réification : appliquée à l’économie c’est effectivement une tromperie. Seul un raisonnement absurde (donc faux) peut conduire à l’acceptation d’un tel principe.

      [citation] Qui détermine l’équilibre, et les critères de la satisfaction mutuelle ? [fin de citation]

      > L’équilibre économique (et donc la satisfaction mutuelle) repose par sa nature même sur un raisonnement subjectif. Il est un principe naturel (et confirmé par l’activité humaine au cours des âges) qui est mis en œuvre dans l’échange : le principe d’équivalence.
      Le principe d’équivalence se traduit de la manière suivante : « pour obtenir quelque chose, il faut offrir son équivalent en échange ». Concrètement ce principe signifie qu’indépendamment du lieu, du temps, l’obtention d’une chose repose sur l’échange d’une autre chose (physique ou non) de valeur similaire.
      Cette notion est fortement subjective pour chaque acteur lors d’un échange ; toutefois c’est l’acteur qui détient l’objet de l’échange qui est en pouvoir de fixer sa valeur définitive (c’est-à-dire la valeur créée par la réalisation de l’échange). L’équilibre repose ainsi sur le transfert de valeur opéré à la réalisation de l’échange.

      [citation] « Jusqu’à preuve du contraire, c’est la réalisation même de l’échange qui crée la valeur, et rien d’autre ».
      Si l’échange aboutit à la fixation d’un prix, ce prix n’est pas forcément la valeur. Et même si par hypothèse ce prix reflétait fidèlement et intégralement la valeur, l’échange ne serait que l’une des manières, parmi d’autres, de faire apparaître cette valeur. L’échange est décrit comme indispensable à la formation d’un prix (le prix étant alors simplement la résultante d’un rapport de force, d’un rapport de besoins), mais inutile s’il s’agit de déterminer une valeur. « Ce qui a un prix n’a pas de valeur ». B. Shaw. Comme l’échange, le Gosplan savait très bien déterminer les prix, mais pas la valeur. [fin de citation]

      > La monnaie est l’outil qui permet de quantifier (de traduire en un prix) la valeur d’un échange. Prix et valeur sont par définition incompatibles : le prix est soumis à l’évolution de la monnaie ainsi qu’aux facteurs de régulation ; la valeur dépend de celle que lui prêtent les acteurs d’un échange.
      Pour exemple, un paquet de pâtes alimentaires admet une valeur énergétique (qui dépend de la qualité du produit fini), le prix quand à lui varie selon les politiques monétaires. Un aspect à retenir : c’est la « loi du marché » qui définit actuellement le prix, indépendamment donc de la valeur du produit.

      [citation] « Un artisan qui ramasse du bois, et le sculpte, obtient un bois sculpté et sans aucune valeur, car il est le premier acteur dans la chaîne de l’échange ».
      Il obtient un obtient sculpté qui n’a aucun prix qui lui soit attaché, mais il a bel et bien une valeur. Poser la confusion prix = valeur c’est dénier toute valeur, pour le coup, au travail de l’homme. Je suppose que c’est, d’une certaine manière, s’en prendre à sa dignité. [fin de citation]

      > Les sensations et sentiments humains (désir, dignité) n’ont ABSOLUMENT rien à voir avec l’économie.
      Ce sentimentalisme ne sert qu’à apporter un semblant de légitimité dans l’attribution d’une valeur. Il n’a rien à voir avec le degré de satisfaction de l’artisan quand au résultat de ses efforts.
      Le génie humain ne se mesure pas (et ne se mesurera jamais) à la valeur économique du fruit de son travail.

      [citation] . « Les valeurs créées à partir de spéculation étant une abstraction, elles n’interviennent à aucun moment dans la valeur de la production ».
      Sur un plan conceptuel bien sûr. Cependant, il se trouve que la croyance commune s’attache à l’apparence des choses et ne fait pas de différence entre un billet de 500 euros dont la création provient d’un processus économique frauduleux (disons la spéculation) et celui qui est la contrepartie d’une authentique création de richesse. Vous l’écrivez vous-même plus bas. D’ailleurs, comment ferait-on cette différence ? Il aura une valeur d’usage et servira comme support de l’échange alors même qu’il n’est gagé sur rien. [fin de citation]

      > Vous résumez très correctement là toute l’horreur de notre situation économique. La monnaie qui échappe à tout contrôle, et dont on lui prête une valeur qu’elle n’a pas, mènera toujours à une crise.

      [citation] « Il s’avère que système actuel présente une absence remarquables de règles, puisque la plupart des textes sont rédigés de tel manière à laisser des échappatoires pour presque toutes les situations. Alors l’intérêt d’une constitution économique, pensez… »
      Il y a des règles qui s’imposent avec une vigueur différente selon leurs destinataires… Mais, même s’il ne peut exister de système juridique parfait, la promotion d’un principe au rang de norme constitutionnelle joue un rôle d’apaisement et d’équilibre pour l’ensemble de la société (pour peu que ce principe soit socialement apaisant et équilibré). [fin de citation]

      > Il n’en est rien. L’apaisement ne se s’effectue que pour ceux qui ont en charge le contrôle d’un système.
      Malheureusement, et comme les dernières et désastreuses tentatives de régulation l’ont montré, actuellement il n’y a pas le moindre contrôle exercé sur le système économique. Et c’est tout aussi pareil au niveau des institutions nationales ; dernièrement on a fait revoter (contrairement aux règlements de l’Assemblée Nationale) un loi qui aurait permis la ponction de 10% des bénéfices effectué par les organismes bancaires et financiers.
      En dehors de l’objet de contestation de cette loi, on remarque tout à fait le degré de non-application des « grands idéaux » par les individus censé détenir le contrôle.

    4. « Anaxagore de Clazomène a vécu entre -500 et -428 (donc avant JC) ; et le Bouddhisme est apparu entre -500 et -400  »

      Le gréco-bouddhisme est un syncrétisme culturel entre la culture héllénistique et le bouddhisme qui s’est développé entre le IVe siècle avant J.-C. et le Ve siècle de notre ère dans les royaumes fondés par les généraux d’Alexandre le Grand et leurs successeurs, et dans l’Empire Kouchan qui a pris leur suite (Asie centrale, actuels Afghanistan et Pakistan). Il a évolué sur une période de près de 800 ans dans un contexte de syncrétisme entre différentes cultures, principalement iranienne, nord-indienne, hellénistique, parthe et peut-être tokharienne. Les écoles les plus développées semblent avoir été celles des sarvastivadin, des dharmaguptaka et des sautrantika.

      Il a donné lieu à une production picturale originale (art gréco-bouddhique) qui exercera une grande influence sur l’art bouddhique des siècles suivants, caractérisée entre autres par l’apparition des premières représentations iconiques du Bouddha. Le milieu pluriculturel dans lequel il est né aurait contribué à la formation du mahayana, dont les premiers témoignages apparaissent en Asie centrale et en Inde au début de l’ère chrétienne. Les premiers missionnaires vers la Chine viendront en majorité des régions d’extension du gréco-bouddhisme, qui constitue dans l’évolution du bouddhisme une étape importante, mais assez mal connue du fait de l’insuffisance des traces écrites.

    5. @ LhommeDebout

      Merci de vos éclaircissements.

      Reprenons l’exemple de l’artisan qui sculpte une statue dans un morceau de bois. L’objet, très réussi, agrémente son quotidien. Il y attache une valeur, une importance subjective, car l’objet lui fait plaisir. Il décide de le vendre car il a des besoins prioritaires à financer. Après négociation, un particulier l’achète pour 100 euros. Premier avantage, la monnaie de l’échange ayant cours égal, l’homme peut acquérir contre ce billet de 100 E tout bien dont le prix est inférieur ou égal à 100 E. Cette caractéristique démultiplicatrice de la monnaie (une opération de troc aurait été infiniment moins satisfaisante avec des contreparties très limitées) ouvre à l’homme un vaste éventail de choix possibles, et donc une nouvelle liberté. On observe qu’à un rapport concret avec l’objet l’artisan à substitué un rapport abstrait avec la monnaie.

      Second avantage, ce qui, dans la sphère intime de l’individu, n’avait aucun prix mais une valeur (même indéfinissable) acquiert par cet échange un prix, et semble perdre la valeur subjective qui lui était attachée. Le prix serait donc ce qui socialise la valeur. Le prix socialise une valeur même si l’artisan n’a pas obtenu dans l’échange ce qu’il estimait être le juste prix. Ce prix devient un repère pour la collectivité. L’objet entre dans le monde de la collectivité avec un prix particulier qui lui est attaché et qui servira de base de référence dans toutes les transactions suivantes dans lesquelles l’objet sera impliqué. On observe que l’échange ne fait que rajouter un nouvel attribut à l’objet (un prix, sphère du collectif), sans annihiler sa valeur subjective (sphère de l’intime).

      L’échange ne réalise aucun équilibre puisque prix et valeur relèvent de dimensions non comparables, et les facteurs qui les influencent n’ont certes rien à voir (l’affectif/l’abstrait).

      [citation]« un échange peut consister en un transfert d’information (pas de support physique pour l’objet de l’échange) entre les acteurs de cet échange. Le fruit de la pensée ou de l’observation, l’information, n’admet aucune valeur jusqu’à ce qu’il en soit fait mention dans un échange »[fin de citation].

      L’information n’est qu’un accessoire de l’échange puisque ce dernier ne peut se résoudre que par un transfert de propriété. Elle est sans doute indispensable à l’échange marchand mais n’est pas l’échange.

      [citation] La monnaie est l’outil qui permet de quantifier (de traduire en un prix) la valeur d’un échange. Prix et valeur sont par définition incompatibles : le prix est soumis à l’évolution de la monnaie ainsi qu’aux facteurs de régulation ; la valeur dépend de celle que lui prêtent les acteurs d’un échange»[fin de citation].

      Oui, en précisant que les parties à l’échange s’entendent pour convenir d’un prix, pas d’une valeur (vous le suggérez vous-même). Valeur et prix ont un rapport similaire à celui qu’entretient un individu par rapport à la foule. Le comportement de la foule n’a rien à voir avec celui de l’individu, mais sans individu, pas de foule.

      [citation] Les sensations et sentiments humains (désir, dignité) n’ont ABSOLUMENT rien à voir avec l’économie. Ce sentimentalisme ne sert qu’à apporter un semblant de légitimité dans l’attribution d’une valeur. Il n’a rien à voir avec le degré de satisfaction de l’artisan quand au résultat de ses efforts. Le génie humain ne se mesure pas (et ne se mesurera jamais) à la valeur» [fin de citation].

      Prix et valeur relèvent de dimensions non comparables. Mais sans valeur il n’y aura pas d’échange, et donc pas de prix : je reconnais que c’est une affirmation délicate, pourtant le désir que j’ai de posséder l’objet de l’autre vient souvent aussi, mais pas seulement, du désir qu’à l’autre de le posséder ; l’autre, ou la collectivité (un désir peut être le reflet d’une croyance collective). Un prix ne naît pas de lui-même, venant du néant hors de tout contexte : il ne peut apparaître que sous l’action d’un besoin ou d’un désir, qui sont en quelque sorte le sous-jacent du prix. Les sensations et sentiments humains ont donc beaucoup à voir avec l’économie.

  7. J’estime que la classe possédante à largement fait la preuve de son incapacité chronique à évoluer vers une meilleure répartition des richesses, y compris quand sa survie peut être en jeu. A l’image de n’importe quel prédateur vivant sur notre planète, son destin et de prospérer en se nourrissant d’autrui ou de disparaître. Il n’y a pas d’alternatives sympathiques !

    Ainsi je n’imagine pas que le monde puisse changer sous la houlette de ceux qui représentent le problème.

    Un accouchement suppose de la douleur et des bouleversements extrêmes. Pour l’instant la seule douleur ressentie est semblable à celle d’une piqure de moustique.

    Jusqu’à présent le monde s’accommode assez bien de l’emprise des classes dominantes. Quand il en aura assez, nous le verrons clairement ! Plus rien ne sera comme avant et la douleur sera alors très nettement perçue.

    1. Merci PaulK. (on a déja du tte la faire j’imagine)
      Je suis très nettement de ton avis, particulièrement sur le :

      y compris quand sa survie peut être en jeu… Il n’y a pas d’alternatives sympathiques !
      Ainsi je n’imagine pas que le monde puisse changer sous la houlette de ceux qui représentent le problème.

      « L’alternative » est l’irresistible remontée du desordre à laquelle nous assistons en ce moment bien qu’on n’en soit qu’aux premisses.

      S’imaginer que la classe la plus dominante maîtrise quoi que ce soit au niveau macro ma bien fait rire. Malgré les respects que je lui dois, Mr Morlie dote certains « financiers » d’une intelligence et d’un pouvoir qu’ils n’ont pas. Ils sont éligibles à la peur aussi sûrement qu’à l’avarice, je leur en sais gré c’est ce qui les perdra.
      C’est domage car ils ne constituent pas la majorité des détenteurs de capitaux mais ils entraineront toute leur caste dans ce conflit pour le moment larvé.

      Un accouchement suppose de la douleur et des bouleversements extrêmes.

      C’est le scenario qui me semble le plus vraisemblable et qui paradoxalement me semble porter en lui la meilleur chance de salut pour l’humanité: l’asservissement de la Terre (et des terres) n’a pu se faire que dans un contexte d’ordre jusque la inconnu et d’énergie à profusion, gageons que dame nature saura profiter mieux que personne de la remontée du désordre pour reprendre ses droits.

  8. « …. En déclarant nécessaire l’alliance boroméenne… »

    boroméen ? c’est vite dit. J’ai davantage de « borroméen » que de « boroméen » ici :

    http://www.freud-lacan.com/articles/article.php?url_article=jlapeyrere010208

    « Sous le pont Mirabeau coule la Seine
    Et nos amours
    Faut-il qu’il m’en souvienne
    La joie venait toujours après la peine… »

    « …nouer borroméennement l’Imaginaire, le Symbolique et le Réel »

    C’est admirable surtout de nouer le réel avec le reste, mais bon.

  9. Désolé si j’élève un peu le niveau du débat vers le bas…

    Contrairement à l’homme, le monde n’est ni bon ni mauvais, il est totalement dépourvu de raison, il est déraisonnable. L’être humain lui a un besoin de synthèse, de compréhension, d’unification, c’est à dire de raison (et parfois d’éthique). L’acteur se retrouve confronté à son décor, et de cette confrontation peut naitre le sentiment d’absurde (ce même sentiment qui apparaît lorsqu’un système financier se casse la gueule, ou plus simplement parfois quand la routine journalière est rompue). Le monde n’est pas absurde, l’être humain ne l’est pas plus, il faut bien comprendre que l’absurdité naît de la confrontation des deux. On parle alors de « prise de conscience ».

    En ayant le courage d’observer un moment cette absurdité sans pour autant se laisser tenter par une quelquonque pirouette intellectuelle (ou métaphysique), trop vite explicative et rassurante, qui a pour but (bien souvent inavoué) d’ôter l’absurdité du champ visuel le plus vite possible, on en arrive à cette conclusion : « Tout est possible ! ».

    Bien sûr, il ne faut pas considérer cette exclamation comme un slogan de campagne électorale (la blague) mais plutôt comme une prise de conscience brutale qui fout les chocottes et rappelle, c’est un exemple, un 20ième siècle bien chargé.

    Dans un premier temps tout le monde cherche à retrouver du sens, mais sous différentes formes « raisonnables » (selon la loi de la maximisation des profits, ou peut être selon la loi de la minimisation du temps nécessaire au retour)

    Pour certains ce sera « moi d’abord et que les autres se démerdent » (les nouvelles maxi-banques), pour d’autres ce sera malheureusement le suicide (ou l’ultime réponse à l’absurdité sous forme d’abandon, personnel ou collectif), pour d’autres ce sera en général l’adoption d’une doctrine quelquonque (qui si possible aura tendance à se vérifier à l’instant t, à l’endroit x, sans vraiment s’occuper de t+1 ni x+1).

    Certains économistes parlaient de fin d’histoire, étaient ils aveugles à ce point?

    1. Il est devenu habituel de décrire la crise de notre civilisation comme celle de « la perte du sens », supposant implicitement que si un « sens » nouveau venait subitement à émerger la question du « malaise dans la civilisation » serait résolue.

      On peut retourner l’explication. N’est-ce pas plutôt la quête forcenée du sens elle-même qui crée cette souffrance ?

    2. Selon moi, la recherche de sens crée de la souffrance certes, mais elle crée une progression avant tout.

  10. Bonjour,

    Vous dites :

    « Nos cerveaux englués, tout comme ceux des économistes, des politiques et même celui des journalistes du 20H, gobent n’importe quoi, ne comprennent rien au fonctionnement de l’argent, jouent au tir à pipe sur les parachutes dorés et se laissent proprement arnaquer par les agissements foireux d’une bande de banquiers véreux ! »

    Tout à fait d’accord ! C’est pour ça que ce serait gentil de votre part d’expliquer un peu cette phrase (entre autres) :

    « En déclarant nécessaire l’alliance boroméenne entre liberté, égalité et fraternité, elle pourrait se « sur-vivre » en se transformant et transmettre ainsi notre héritage culturel par un projet non prédateur. »,

    afin de nous désengluer le cerveau qui a tendance à gober n’importe quoi et pour peut-être par la suite comprendre le lien qui semble pour vous évident avec votre conclusion :  » Une constitution pour l’économie aiderait à préparer l’issue heureuse de cet accouchement « in extremis ». »

    Merci pour nous, merci de ne pas nous laisser dans l’ignorance.

    PS : qui a dit « Les anciens, qui savaient pratiquer le Tao, étaient si fins, si subtils, si primordiaux et si universels, qu’on ne pouvait pas les pénétrer dans leur profondeur  » ? Un indice : rien à voir avec une affaire qui a fait l’actualité récemment.

  11. Merci Jean-Luce Morlie pour ce billet fort stimulant.

    C’est toujours un crève-coeur de lire et de relire les mêmes sempiternelles sentences délivrées à l’anarchie. Ne pourriez-vous pas, amis blogueurs amoureux des hiérarchies utiliser d’avantage le terme d’anomie pour exorciser vos angoisses?

    Wikipédia:L’anomie [modifier]
    Le mot correct pour une situation de désordre social, sans lois, sans règles, où les différends se régleraient par la seule violence physique (armée ou non), est l’anomie. L’anomie est une dissolution des normes sociales, règles, lois, coutumes : cette situation peut être liée à une volonté de domination réciproque de plusieurs pouvoirs concurrents, à une réaction de désespoir (L’anarchie est la formulation politique du désespoir, Léo Ferré) face à une société moribonde.
    À ce sujet, bien que anomie soit mieux adapté, le terme « anarchie » est utilisé systématiquement par les pouvoirs pour indiquer une situation politique qu’ils ne maîtrisent pas (et qu’ils désireraient maîtriser), où leur pouvoir politique est en difficulté.

    Selon moi, nous sommes déjà dans l’anomie de l’économie globalisée, la forme la plus sophistiquée de sauvagerie, et il y a tout, pour contredire Ferré, à espérer de l’anarchie: ce pourrait être un ordre décroissant sans domination…. ou un spectre médiatique sanglant, au choix.
    Je regrette les défections de Kerkoz, des solutions fractales, de la théorie du chaos…

    Encore merci pour l’agitation des neurones

    1. Merci Pipas pour cette mise au point: Moi aussi, cet usage vicié du mot anarchie commence à ma les briser menu.

      « Domination ». Puisqu’on en est au vocabulaire, non, il ne s’agit pas de domination mais de dominance. La différence est cruciale. la « domination », c’est le fait de dominer. Point. Par exemple, quand mon matou monte une chatte, il la domine. La dominance, et particulièrement, la dominance sociale, c’est tout autre chose, puisqu’il s’agit d’une structure sociale organisatrice qui, chez l’homme, est essentiellement artificielle, construite.

      La domination, c’est quelque chose de naturel. La dominance sociale, c’est quelque chose qu’on peut changer en claquant des doigts.

      Dans l’univers de « postures » où nous sommes, la dominance ne changera pas. Ce n’est pas important. Par exemple, si un enseignant chercheur dit quelque chose, il y aura des gens pour suivre son discours. Si c’est moi, maçon à la retraite, qui dit exactement la même chose, il n’y a aucune chance pour qu’on m’écoute. C’est normal et sans conséquence.

    2. « la dominance ne changera pas »

      !!!… La dominaton, bien sûr. Heureusement que tout le monde se tape de ce que je peux écrire ! 🙂

  12. Sans vouloir défendre les banquiers, ils ne sont pas plus véreux que nos représentant politiques qui ont été de fidèles serviteurs du monde de la finance. Les dérèglementations fiscales ont été votées pour les délocalisés géographiques de la finance, tandis que nous, les assignés à résidence sans levée d’écrou seront
    taxés par ces mêmes hommes politiques.
    Les dernières condamnations sur les ventes d’armes (Angolagate) ne font que nous rappeler pour mémoire
    les marchés publics (Affaire Urba: partie visible de pratiques pas si anciennes).
    Les commissions d’urbanisme commerciaux ont permis aux grands groupes
    de la distribution d’exprimer leur générosité aux partis politiques ou/et aux politiques qui étaient/sont en position de gestionnaires de services publics ou de responsables de collectivités territoriales.
    La plus part des affaires qui sont apparues sur la place publique ou judiciaire, l’ont été grâce à des actions juridiques de contribuables ou d’ associations et non par des contrôles de légalité des services de l’Etat

    On n’a jamais entendu parler d’arrosage des hommes politiques par les banquiers…

    L’annulation de créances bancaires dans un bureau n’a jamais fait plus de bruit qu’un stylo paraphant
    une feuille de papier. Après , c’est une question de Conseil d’Administration.

    Sur la masse des montants des flux bancaires, un petit arrosage bien personnalisé, ça représente combien:
    0,00000000000000000….
    De toute façon ce sera pour le parti et il n’y aura pas d’enrichissement personnel.

    Quelle relation y a-t-il entre dérèglementations fiscales et renonciations de créances ?

  13. Concernant les investigations dans le monde de la finance. on peut aussi s’inquiéter ici du sort réserver aux juges d’instruction..

  14. @fab

    Pour le sens profond de « borroméen », Paul a superbement répondu.

    Utilisé dans un contexte de transmission, cette référence aux célèbres anneaux du tombeau de la famille des « Borromée » – avec deux « r » effectivement – évoquait le nouage des trois concepts de liberté égalité, fraternité tels que repris d’Attali et placé en ouverture d’une constitution pour l’économie (www.ecce.name) : chacun est en opposition aux autre mais les trois tiennent ensemble et se soutiennent l’un l’autre. Le mot étant alambiqué, je l’utilisais également mi-figue mi-raisin de façon à mettre à distance l’usage un peu précieux des « trinités à l’occidentale ».

    « Sur-vivre » est tout chaud sorti du dernier livre d’Attali, et il a lui-même commenté son jeu de mots dans le « matin de France Culture ayant suivi l’intervention de Paul. Une des stratégies de « survie aux crises » dégagées par Attali est de se dépasser soi-même, de devenir autre mais en se respectant.

    Je parle d’une « classe inédite », de ceux qui ont encore quelque chose à transmettre et non à prendre à l’autre. Une idée clef d’une constitution pour l’économie c’est l’auto domestication de l’espèce humaine au travers de l’abandon du paradigme prédateur et l’adoption du paradigme coopératif généralisé (et pas simplement dans le réformisme tiède de la société du spectacle entretenant les salariés dans un rapport de domination). La question que je me posais est « existe-t-il potentiellement une classe sociale (des forces sociales) pouvant aujourd’hui se définir par un rapport social non prédateur ». Je pense que le triple lien anthropologique qui consiste à donner- accepter – rendre, est actualisé dans projet de transmission aux générations suivantes : conclusion je me demandais si une classe sociale (en gestation) pouvait se reconnaître dans la volonté de transmission, d’un patrimoine, d’un savoir, d’une décence…

    (Je suis en déplacement et ne peux poursuivre plus longuement, retrouvons-nous dans quelques jours sur ECCE, si vous le voulez bien)

  15. Nouvelle bulle papale, confirmée par décret au Journal Officiel :
    « Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, les pépites sont vertes »

  16. Une des raisons de la pérennité du capitalisme est sa capacité d’adaptation et de captation des idées nouvelles venues d’ailleurs. La social-démocratie fut sa réponse à l’émergence de la menace socialo-communiste. La libéralisation des mœurs fut sa réponse au mouvement contestataires des années 60/70. Pas de raison de s’étonner dès lors de son verdissement de ces temps-ci…

    Personnellement, je suis persuadé que si cette nouvelle mue peut apporter quelques années de survie POLITIQUE au capitalisme, les contradiction entre sa nécessité de croissance matérielle et les limites physiques de la biosphère le conduiront à un affaiblissement ECONOMIQUE ET FINANCIER progressif qui rendra possible sa défaite.
    Mais cela ne se fera pas en un jour et demandera une alliance encore à construire entre les idéologies dites « de gauche » et le mouvement écologiste et d’objection de croissance.

    La France n’est pas l’endroit du monde où cette évolution est la plus avancée mais cela ne doit pas enlever l’espoir du changement qui vient (pas inéluctablement). Il faudra y croire et être patients avant que se soulever la montagne capitaliste et la jeter pas dessus le bord de l’Histoire…

  17. On n’a jamais entendu parler d’arrosage des hommes politiques par les banquiers…

    C’est le Lobby américain le plus actif et le plus puissant. S’imaginer qu’il ne font rien à Bruxelle …?

  18. D’accord sur la plupart des idées défendues par ce texte, jusqu’au moment, funeste, où cette ligne apparaît:

    « Il n’y aura plus et pour longtemps du travail émancipateur pour tous ! »

    A quelle époque de l’humanité le travail a-t-il été émancipateur, hormis dans les fantasmes de Hegel? Faut-il rappeler que la valeur-travail est l’un des concepts ayant réussi l’exploit de fédérer des intellectuels aussi antagonistes que Marx et Ricardo? Que c’est encore cette valeur-travail, désormais entendue au sens moral, qui a fait le « fond de commerce » des deux candidats finalistes aux dernières présidentielles françaises?

    Au contraire, la quasi sacralisation du travail a elle aussi participé à l’engluement des mentalités. Le travail n’a pas, n’a jamais eu, et n’aura JAMAIS pour vocation première de « servir à la société », mais de permettre à l’individu de subvenir à ses PROPRES besoins. C’est ainsi qu’on ne dit pas « je vais être utile à la société » mais « je vais gagner ma vie » (expression étrange au demeurant), sauf bien entendu dans les discours PUBLICS de quelques Tartuffes enfarinés.

    Redisons le encore une fois, le travail est AVANT TOUT le moyen de subvenir à ses propres besoins. L’éventuelle incidence positive que le travail peut avoir sur la collectivité est un élément tout à fait marginal, et plus particulièrement dans les considérations des plus démunis, et ne devrait de ce fait pas en être considéré comme le facteur essentiel, car c’est précisément ce renversement logique qui permet ensuite de « criminaliser » (le mot est un peu fort mais il semble le plus adéquat) les chômeurs, que certains n’hésitent toujours pas à considérer comme des parasites du système, alors qu’ils en sont des victimes. Il est intolérable que le système ne permette pas à tous les individus de travailler, et dans le même temps de leur en faire le reproche.

    Le travail n’est jamais rien d’autre qu’une DOULOUREUSE NÉCESSITÉ (voir l’étymologie du mot), il n’y réside par conséquent pas plus de MÉRITE que dans le fait d’aller se faire soigner une dent gâtée. De ce fait, la déconsidération que subissent les chômeurs n’a pas lieu d’être, d’autant moins dans une société ou le travailleur est, lui aussi, considéré comme une « charge », et dans laquelle ce dernier est la principale « variable d’ajustement ».

    « Vas donc hé, la France a besoin de toi… Tu lui diras de pas m’attendre, je vais être en retard aujourd’hui ». Coluche.

    Petit paradoxe pour finir, que j’ai peut-être déjà évoqué ici:
    Le RSA est déclaré par le ministère, de manière tout à fait officielle, comme un outil de « lutte contre la pauvreté », tandis qu’il couvre à peine la moitié de la somme calculée comme seuil de pauvreté (SdP: 880 euros – RSA: 400 euros). Étonnant, non?

    1. Addendum sous forme d’une petite métaphore (je sais, c’est vilain de faire des doubles posts mais il n’y a toujours pas de fonction d’édition des commentaires):

      Si le travail était un bateau de croisière, et que l’on se rende compte qu’il n’y ait pas de place dessus pour tous les vacanciers présents, traiter les chômeurs de parasites reviendrait alors à dire que le manque de place sur le bateau bénéficie à ceux qui restent à quai…

    2. Excusez-moi, mais…

      J’ai un point de vue complètement opposé. Sachant que j’ai un travail riche en responsabilités assez élevées et pour lequel mon salaire (évidemment à l’avenant) n’a jamais, mais franchement jamais, été une préoccupation.
      Alors, bien évidemment, il ne faut pas oublier les smicards mais j’en croise suffisamment pour m’être déjà rendu compte que s’ils avaient votre point de vue, ils auraient (pour la majorité) tout fait pour progresser.

      Votre vision axée sur l’argent est commune actuellement, me direz-vous.

    3. Axée sur l’argent? Non, pas du tout, je dirais même au contraire, que mon commentaire traitait d’à peu près tout, sauf d’argent. Je note néanmoins que nous sommes d’accord sur un point: Nous ne sommes effectivement pas sur la même longueur d’ondes.

      Si vous êtes curieux et que vous ne les connaissez pas déjà, intéressez vous aux principes de Peter et Dilbert… Certains y voient des énoncés humoristiques, voir satiriques, alors qu’il s’agit sans doute en fait de la description la plus proche de la cruelle réalité qui est la notre…

  19. Bonjour,

    Georges Orwell aurait-il paraphrasé Lao-Tse?

    Dans « 1984 » (Gallimard, Folio, pages 261 à 285) nous lisons « L’ignorance c’est la force » [l’ignorance (du peuple) c’est la force (des dirigeants)], « la guerre c’est la paix » [la guerre (entre les peuples) c’est la paix (pour les dirigeants)], « l’ignorance c’est la force » [l’ignorance (des peuples) c’est la force (des dirigeants)].
    Il ne manque plus qu’une 3ème guerre mondiale pour que la prévision d’Orwell soit accomplie.

    Cordialement.

  20. A méditer pour ces temps nouveaux:
    « Nous sommes chacun d’entre nous plus riche que nous ne pensons mais on nous forme à l’emprunt et à la recherche de biens étrangers, on nous habitue à nous servir plus des biens d’autruis que des nôtres. »
    Montaigne

  21. La traduction de la Pléiade de Lao-Tzeu me parait un contresens. Voici le même texte traduit par François Houang et Pierre Leyris, au seuil (collection Points Sagesses, Sa16):

    Les Anciens qui possédaient la Voie
    Ne cherchaient point à éclairer le peuple
    Ils tâchaient de le rendre simple
    Pourquoi le peuple est-il si dur à gouverner ?
    C’est par excès de savoir-faire
    Qui gouverne un Etat avec son savoir-faire
    Sera pour lui un malfaiteur
    Qui le gouverne en abdiquant son savoir-faire
    Sera pour lui un bienfaiteur
    Connaitre ces deux lois fournit règle et modèle
    Les observer toujours Vertu Mystérieuse,
    Vertu profonde et spacieuse
    Selon qui tout chemine jusqu’à faire retour
    A la Grande Harmonie

    1. Je me disais aussi… aussi trivial que ça Lao-Tzeu?
      La traduction que vous en donnez me rassure.
      Je l’avais répertorié au chapitre des hommes « remarquables ».
      Content de pouvoir constater qu’il y est bien à sa place.
      Merci pour l’apport de cette traduction qui change tout.

    2. Je suis persuadé que les traducteurs de la Pléïade n’ont pas compris le sens du texte en question. Honnêtement, la formulation qu’ils en donnent est complètement absurde !

      Il est bien connu que les maîtres Taoïstes ont une sainte horreur des règles et des lois en tout genre (source de perte d’universalité et de simplicité universelle – dégradation du Tout Harmonieux en des composantes éparses)

      Une compréhension correcte du texte pourrait être résumé grossièrement : la complexité et la recherche permanente du savoir-faire pour gouverner le peuple le rend méfiant et rusé (à l’image des gouvernants) entrainant ainsi ce même peuple vers une dégradation de ses relations avec l’Univers et le Tout Harmonieux.

  22. Tous responsables.
    J’ai une assurance-vie.
    En Euros.
    AXA achète je ne sais quelles obligations…à 10 ans.
    Le rendement est ce qu’il est..de pire en pire.

    Certains fonds de retraite placent en hedge funds, LBO …les économies des veuves écossaises.
    Ces pauvres « vieilles » sont indirectement les bourreaux de familles ouvrières…quelque part dans le monde, si elles savaient…
    Les gestionnaires de ces fonds ,eux,saventt, ils sont payés à la com.
    C’est légal.
    On ne voit pas comment réformer tout ceci.
    C’est mondial.
    Mon grand-père, qui avait fait Verdun, disait :
    « une bonne guerre ».
    Il avait de l’humour.

    1. Da, camarade.
      « tous responsables ».

      C’est bien de rappeler le principe de base du truc : la concentration de richesse.
      Et nous sommes revenus, voire de façon accélérée et bien plus efficace, à la même concentration qu’en 1929. Bis repetitas.

      Je le réécris donc, et ne me lasserait pas de le faire, l’humain se prend en entier ou ne se prend pas.
      Soit, capable du meilleur comme du pire.
      Lorsqu’il commet le meilleur, on l’honore.
      Lorsqu’il commet le pire, il faut le punir. Les lois ont été crées pour cela.

      Allons plus loin dans la définition du meilleur.
      Dans certains pays, les riches, soient les puissants, sont adulés comme étant les meilleurs.
      Hors, nous qui avons tous ici une vision à prés claire de la situation, nous nous rendons bien compte que l’extrême opposé au communisme n’est pas meilleur.
      Et les retours de balanciers dévastateurs.

      Les rimes, comme les fautes, sont involontaires 😉

  23. Bonjour Jean-Luce Morlie,

    Je me permets de m’adresser à vous directemnt parce que je trouvais que votre analyse commencait très bien avec cette citation de Lao-Tseu et que votre raisonnement était intéressant, jusqu’à ce que j’arrive à cette phrase:

    « La bourgeoisie à l’occidentale n’est pas nécessairement un mal (n’en déplaise au Tao : la raison et les lumières pour tous, c’est bien!). »

    De mon point de vue, la bourgeoisie à l’occidentale ne serait pas un mal en soi si nous vivions sur une planète sans limite. Malheureusement, j’ai bien peur que ça ne soit pas le cas …. et que les pays du BRIC (sans parler de ceux qui les talonnent) aspirent aujourd’hui à ce mode de vie « Bourgeois occidental ».

    Le monde occidental représente aujourd’hui environ 16% de la population mondiale. Osez imaginer que les 84% qui restent aient le même mode de vie égocentrique que le nôtre … ce mode de vie où chacun ne pense qu’à sa réussite personnelle, boostée par les connaissances, ne pensez-vous pas alors que la citation de Lao-Tseu prenne tout son sens?

  24. autre point de vue ,qui quelque part rejoindrait celui de l’article, …
    et de quelques messages posés ci-dessus …,
    même si , il faut bien dire, sans doute lui aussi englué …
    certes autrement …
    car, le nez plongé dans la « Gazastrophe » ….

    lien:
    http://www.dailymotion.com/cinemeteque
    titre:
    vidéo « des poèmes et des fraises »

  25. quoi de neuf docteur ? tout va bien, tout va mieux.
    sur boursorama, on peut lire cet article http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=612ff14b223f9441d70f03b521710df5,
    sous le titre : Neuf banques mises en faillite en une journée aux Etats-Unis ,
    et ce petit commentaire du journaliste : Les autorités américaines ont fermé vendredi neuf banques, un record pour une seule journée depuis le début de la crise financière.

    1. Ne sortez pas un élément de son contexte :
      106 banques américaines en faillite s’est déjà vu en 1992. Qui s’est répercuté en Europe en 1993.

      Mais… il reste deux mois avant la fin de l’année.

      On en rediscute dans deux mois. Cela sera intéressant.

  26. Les hommes du soi-disant pouvoir l’obtiennent du souverain , ils ne l’ont pas. Le « souverain » est le peuple . Les constitutions politiques organisent les modes et circuits de délégations périodiques du pouvoir au profit de ceux qui le sollicitent pour le légitimer.

    De la même façon , le  » capitaliste » n’a pas de capital , il l’emprunte au « souverain » . La constitution économique doit organiser les modes et circuits de « prêts » provenant du « souverain ».

    Le paradigme à renverser se joue dans cette équivalence à développer puisque c’est de ce principe que sont nées les constitutions « politiques ». Une constitution économique doit partir de ce renversement simple : de qui procède le capital ?

    Paul Jorion l’articulait clairement ces derniers temps.

  27. (Agora)
    Altruisme:
    «Le XX° siècle nous l’a rappelé avec toute la violence possible: l’altérité ne saurait être une donnée immédiate de notre conscience éthico-politique. À l’heure de l’interculturalité, […], il est grand temps de construire une nouvelle façon de penser l’altérité. Deux équipes interdisciplinaires de chercheurs, l’une française et l’autre polonaise, ont essayé de traiter de cette délicate question, chacun selon sa discipline.» Elles ont publié un livre sous la direction de Joanna Nowicki et Czeslaw Porebski, L’Invention de l’Autre, Paris, Sandre, 2008. Cherchant à fonder le concept d’altérité, Barbara Skarga écrit: «Comme l’a dit, il y a longtemps, Leibniz, le moi est une monade qui s’ouvre et se referme. La monade a un caractère dialectique, elle nie son enfermement et l’abandonne pour diriger son regard vers les autres, mais, une fois parmi les autres, elle nie le sens de son être dans le monde qui lui est étranger et désire revenir à elle-même. Tant le premier que le second pas peuvent être difficiles. L’un comme l’autre exigent des décisions souvent malaisées. Mais il est possible aussi que ces pas soient indépendants des décisions individuelles, puisque ce sont les circonstances, les événements, l’histoire qui, parfois, condamnent la monade à l’isolement ou à l’être entre les autres» («Fondements», op. cit., p. 16)

  28. N’est-il pas venu à l’esprit de l’auteur de ces lignes:
    « La bourgeoisie à l’occidentale n’est pas nécessairement un mal (n’en déplaise au Tao : la raison et les lumières pour tous, c’est bien!). »

    Que si bourgeoisie il y avait, sa classe antagoniste lui coexiste? et le système économique capitaliste sous-jacent aussi.

    La lumière ( ou les, j’aimerai comprendre ce pluriel) venue de l’Oxydent semble crépusculaire. A la vitesse de décomposition de l’hégémonie étasuno-européenne, Il ne sera plus loisible à l’intelligence oxydentale de faire émerger ses paradigmes pour régenter le monde qui naît de ses décombres.
    BHO va renoncer à envoyer les 40 000 nouveaux soldats en Afghanistan, coût annuel d’un soldat supplémentaire : 500 000 dollars, et le Japon prie les USA de ne plus le considérer comme une simple base navale de contrôle du Pacifique et les prie d’évacuer l’île d’Okinawa.
    De plus en plus de transactions commerciales BRIC-Turquie- Iran se feront sans passer par le dollar.

    Le séisme est financier certes, et il recristallise la géopolitique selon de nouvelles lignes de forces.

    Pour l’heure, nous avons des généraux syriens empereurs à Rome, pas encore Augustin fils de Monique de Taghaste, pas encore la Cité de Dieu…

  29. Le Mouvement politique des objecteurs de croissance a été fondé le 18 octobre 2009 à Bruxelles.

    Manifeste pour l’objection de croissance

    Nous vivons dans un monde en crise, à tous points de vue, sur une planète que nous sommes en train de rendre impropre à notre survie et à celle de nombreuses autres espèces vivantes. Nombreux sont ceux qui partagent cette analyse. Pourtant, face à cette situation très grave, les décideurs de tous ordres (économiques, financiers, politiques…), confortés par une confiance aveugle en la technologie et la science, ne proposent que des actions conformes à notre modèle actuel, celui-là même à l’origine de la crise, celui du développement et de la croissance économiques infinis avec pour tout imaginaire l’accumulation des biens sans limite. Vous qui vous préoccupez du devenir de l’humanité et de la planète, nous vous invitons à nous rejoindre et à porter un regard critique, neuf, global sur notre modèle de société et ses effets, aux niveaux écologique, social, culturel et éthique ; à réfléchir avec nous à un projet de société solidaire et juste, fondé sur l’objection de croissance, où l’empreinte écologique de chacun et de tous serait inférieure à la limite tolérable par l’écosystème qui nous fait vivre.
    L’objection de croissance est une mise en question de la croissance économique, objectif déclaré des gouvernements, enfermés dans une vision réductrice de l’être humain où seules comptent ses fonctions économiques de production et de consommation. Cette logique de croissance est censée être indispensable au bonheur de tous. Il est pourtant impossible de généraliser une politique de croissance économique. Sur une planète limitée, la croissance illimitée est intenable : elle accélère l’épuisement des ressources non renouvelables au-delà du gérable et celui des ressources renouvelables au-delà du rythme de leur renouvellement.

    Quatre crises intimement liées qui constituent une crise de civilisation
    Crise écologique, d’abord.

    Crise sociale, encore.
    Crise de sens, toujours.
    Crise politique, enfin.

    Illusions et imposture
    En réponse à ces quatre crises graves, différentes fausses solutions sont évoquées par les décideurs :
    • l’illusoire idéologie du progrès ;
    • l’illusion de l’innovation technologique salvatrice ;
    • l’imposture du développement durable.
    L’analyse nous montre que ces réponses sont illusoires car elles impliquent une croissance économique soutenue et ne changent en rien ce qui est en place aujourd’hui ; elles sont donc inacceptables et doivent être dénoncées.

    Sortir de la croissance
    L’idéologie dominante pose la croissance économique comme souhaitable, nécessaire et inévitable. La croissance à l’infini n’est pourtant qu’une construction mentale humaine illusoire : ce n’est ni une fatalité économique ni une nécessité sociétale. Le monde d’aujourd’hui nous montre que ce postulat est en réalité la cause de nombre de nos problèmes.

    Quel projet politique ?
    L’objection de croissance symbolise en le nommant un changement de paradigme qui rompt avec la croyance que plus de bien-être passe par plus de consommation et par plus de production. C’est le choix d’une autre vision du monde dans laquelle le sens de la mesure remet l’Être humain et ses activités en équilibre avec son milieu mais aussi avec ses semblables. C’est donc une philosophie politique dans laquelle l’humain reprend tout son sens.
    L’objection de croissance est désirable avant d’être nécessaire, ce qui revient à dire que l’objection de croissance s’imposerait même si les ressources étaient illimitées. Les solutions qu’elle apporte ne doivent pas être jugées uniquement à l’aune de l’efficacité économique et écologique, auquel cas nous tomberions dans le même piège que le développement durable. C’est ainsi notamment que si l’objection de croissance cherche à libérer le désir humain de sa mise au pas par le consumérisme marchand, ce n’est pas seulement pour réduire l’empreinte écologique mais aussi pour mettre la faculté désirante des êtres humains au service de l’humanité et de son émancipation. L’humanité ne se limite pas aux activités économiques des individus. La nature humaine est riche de très nombreuses facettes dont la diversité doit être cultivée.

    L’objection de croissance veut donc être un projet politique complet. Si elle prend en considération les limites au-delà desquelles une accumulation de biens cesse d’être supportable pour la collectivité, elle nous libère également de nombreuses contraintes qui empêchent la réalisation de notre humanité. L’objection de croissance est un projet d’émancipation, individuelle autant que collective, de l’aliénation du productivisme. La liberté promise pour les peuples colonisés, pour les travailleurs salariés, pour les femmes dominées, pour les citoyens mal représentés, pour les pauvres partout dans le monde n’a trouvé d’aboutissement dans aucune forme d’organisation socio-politique moderne. Les assauts du capitalisme mondialisé et ses expressions – dont le machinisme, le « Tout au travail », le consumérisme et la concurrence – constituent autant de régressions par rapport à ces promesses de l’histoire. L’émancipation est plus que jamais un espoir et un projet à faire vivre. L’objection de croissance est émancipatrice. Elle nous replace en capacité d’agir et de prendre notre propre vie en main au lieu de la laisser sombrer dans des crises de plus en plus globales et catastrophiques. Elle nous donne la possibilité d’inventer et de nous investir dans un nouveau paradigme humaniste, libérateur et socialement équitable. C’est ce que nous voulons faire en portant le débat dans la sphère politique par tous les moyens démocratiques qui nous seront accessibles et en créant et développant le Mouvement politique des objecteurs de croissance.

    NB: Comme son nom l’indique, le Mouvement politique des objecteurs de croissance est un mouvement, pas un parti. Les partis politiques focalisent leur énergie et leurs activités sur le combat électoral. Notre Mouvement envisage la politique au sens premier du terme : il s’agit d’initier et de bâtir collectivement un projet de société qui nous convienne et qui soit viable, et de contribuer activement à le mettre en œuvre. Pour ce faire, notre mouvement développe des actions diverses (information à venir). La participation au scrutin n’est qu’une modalité d’action parmi d’autres, qui peut être envisagée avec prudence et éventuellement empruntée si certaines conditions déterminées par l’Assemblée générale du mouvement sont rencontrée et si l’assemblée générale le décide.

    1. Veuillez lire mon post-scriptum dans le message adressé ci-dessous à JLM. Rien qu’à cause du terme « décroissance » employé mal à propos (on pourrait avantageusement parler de « croissance qualitative »), le mouvement dont vous faites état se tire une balle dans le pied d’emblée. Commencez par vous entretenir avec des ouvriers à la sortie des quelques usines qui vous restent en Belgique, et vous m’en direz des nouvelles!

  30. La certitude est le panache de l’idiotie!

    Exemple: le marché libre et non faussé.

    L’intelligence est doute!

    Exemple: le marché libre et non faussé!?

    Libre reste à le démontrer, non faussé… Heu! comment dire, tout simplement faux.

    Autrement dit, le problème n’est pas « le marché libre et non faussé », mais l’esprit même de l’intelligence humaine qui à confondu la lois de la sélection naturelle avec la lois de je possède.

    Et donc d’un esprit, je pense donc je suis à je possède donc je suis.

    Voili, voila, voilou. ;°(

    Bien à vous

  31. @ Jean-Luce Morlie

    Si j’ai bien compris, la bourgeoisie serait au moins potentiellement la classe « révolutionnaire » d’aujourd’hui… parce qu’il n’y en a plus d’autre suffisamment « consciente de soi » : le prolétariat s’est dissous dans une sorte de bouillon d’inculture d’individus aliénés, intoxiqués et bernés, nourris d’images plus que de pain – comme si son avilissement n’était pas déjà nourri d’images et de fantasmes dans le passé ! Rappelez-vous les superstitions d’antan –, les bureaucrates qui le dirigeaient jadis ont trahi en le plongeant dans des bains de sang, et ainsi de suite. Comme les appareils sociaux-démocrates sont tout aussi dépréciés, dites-vous, du fait de leur complicité productiviste avec les capitalistes rapaces, alors qu’ils auraient dû percevoir au moment opportun l’inévitabilité du changement climatique et de la décroissance, il ne nous reste effectivement plus rien à espérer, sinon en un très hypothétique rétablissement pragmatique de la bourgeoisie dans une sorte de sagesse induite par l’évidence inexorable du fait environnemental. C’est donc d’elle, grâce à ce que je suis bien forcé d’appeler l’onction d’un quelconque Saint Esprit et à l’aide d’entrepreneurs verdissants ambitieux, que viendrait à nouveau la lumière pouvant nous sauver du cataclysme qui s’annonce!

    Votre constat est encombré de présupposés qui me semblent limiter singulièrement sa portée : vous identifiez l’appareil des partis sociaux-démocrates à leur base au moment précis où celle-ci leur fait de plus en plus cruellement défaut, allant exprimer dans les urnes son désaccord avec ses soi-disant leaders et son profond désarroi, en France comme en Allemagne et dans quelques autres pays ; vous posez comme alternatives Yann Arthus Bertrand et Claude Allègre comme si tous deux étaient les porte-parole de visions du monde contradictoires alors qu’ils ne sont représentatifs ni de l’environnementalisme ni de la bourgeoisie productiviste (à tout prendre, je soupçonne fort le premier d’être plus proche des hommes prédateurs que le second : qui a financé ses « œuvres » ?).

    S’il est PEUT-ÊTRE vrai que l’avenir réservé à nos enfants ne sera ni de droite ni de gauche, le salut ne pourra en tout cas venir que d’individus raisonnables en rupture de ban avec les pratiques de leur classe ou de leur pays d’origine. Ce sont les leaders de demain, s’ils ont la chance de pouvoir s’exprimer (ce qui n’est pas le cas partout dans le monde). Dans ce contexte, fasse le ciel que les politiques d’éducation démocratiques menées jusqu’ici parmi nous aient les résultats escomptés ! Je parie pour ma part que les Lumières ne sont pas éteintes. L’alternative serait la dictature de quelques-uns, avec les conséquences sanglantes que l’ont peut imaginer au regard de ce que nous avons déjà connu – au siècle dernier, notamment.

    P.S. Et qu’on cesse de parler de décroissance ! Allez sur une tribune exprimer votre point de vue devant des ouvriers au chômage et des agriculteurs chassés de leur terre, et vous verrez comment ils vous accueillent. Un commentateur a parlé d’altercroissance. Ce me paraît être le terme qui convient, à condition qu’on lui donne la substance qu’il mérite, et qui doit être savamment explicitée.

  32. Au sujet de la « révolution », une remarque que j’ai déjà faite, mais que je peux développer un peu plus:

    Un mathématicien vous expliquera qu’il s’agit d’une transformation dans laquelle le point initial et le point final sont confondus.

    Ramené au champs politique, la révolution ne produit que le transfert des privilèges d’une caste vers une autre, mais elle ne les abolit pas. La bourgeoisie, et plus récemment l’oligarchie, ont ainsi succédé à l’aristocratie tandis que la plèbe continuait de se partager les miettes de leur festin.

    Évidemment, les maîtres de ce jeu de dupes ont tôt fait d’expliquer que depuis 1789 (pour le cas français), les miettes ont grossi dans des proportions sans précédent… Certes, c’est totalement exact, mais pendant ce temps, le cœur du banquet prenait pour sa part des proportions gargantuesques.

    N.B. (sans grand rapport, quoi que…): Avez-vous remarqué que la définition du mot hiérarchie et celle du mot démocratie s’accordent très, mais alors très mal entre elles? Pour être tout à fait exact, elles sont rigoureusement antagonistes. Dès lors, il n’est pas surprenant qu’il y ait un tel fossé entre le monde économique (fondamentalement hiérarchique) et le monde social (d’inspiration démocratique au moins en occident).

    Ainsi, cela ne semble choquer personne que dans l’entreprise, Mr A, le chef de Mr B (niveau n + p dans la hiérarchie), ait (quasiment) tout pouvoir sur lui – dans les limites légales, encore que… – , mais que par ailleurs, d’un point de vue politique (au sens premier), ces deux personnes soient réputées rigoureusement égales en droits… L’entreprise serait-elle finalement la principale niche anti-démocratique?

    1. oui, la démocratie s’arrête tout net à la porte des entreprises.

      Avec l’industrie de la finance — l’argent –, les titres de propriété qui lui sont associés, le système hiérarchique est un des ressorts fondamentaux du capitalisme.
      Cela saute aux yeux quand on analyse froidement la nature du capitalisme mais cette donnée est tellement bien intégrée par tous les esprits que personne ne songe, ou presque à y voir un scandale permanent ! Après tout chacun contribue à la création des richesses, y compris les chômeurs qui lorsqu’ils ne travaillent pas réfléchissent peut-être à l’état d’une société, de l’économie ou font du bénévolat, ou même encore par leur « oisiveté » ne produisent pas d’externalités négatives.

      Il serait donc logique que chaque travailleur, et au delà chaque être humain, ait son mot à dire, un pouvoir de décision quant à ce qui est produit, comment on le produit et dans quel but. En économie aussi il faut : un homme, une voix ! Cela changerait des assemblées des actionnaires qui décident du sort des travailleurs et les comptent pour quantité négligeable, ouvrent et ferment les usines, les bureaux au gré des mauvais coups du capitalisme-casino.

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