BFM Radio, lundi 22 février 2010 à 10h46

Le fossé qui se creuse

Un fossé inquiétant est en train de se creuser. J’ai vu la semaine dernière des chiffres très alarmants. Des chiffres économiques effrayants, on en voit tous les jours, mais là, il s’agissait d’autre chose : il s’agissait des chiffres d’un sondage américain de l’Agence Rasmussen. Les chiffres les plus récents confirment une tendance de plus en plus marquée au fil des mois : une défiance de la population envers ceux qui la représentent et la gouvernent. À peine un peu plus d’un Américain sur cinq (21 %) considère aujourd’hui que la classe politique représente les citoyens ordinaires. Plus inquiétant encore – si l’on peut dire – est le fait que la classe politique n’en est absolument pas consciente : quand on interroge ses membres, près des deux tiers d’entre eux (63 %) considèrent qu’ils représentent le peuple de manière satisfaisante.

Plus intéressant encore est le fait que les anciens clivages politiques ont cessé de jouer : les électeurs qui se sont enregistrés comme démocrate ou républicain (c’est la manière dont on procède aux États-Unis) sont très proches les uns des autres sous ce rapport. Le « populisme » dirigé contre les politiciens est devenu en Amérique le courant massivement majoritaire, regroupant entre les deux tiers et les trois quarts de la population. Au point que l’institut de sondage Rasmussen l’a débaptisé de « populiste » pour l’appeler désormais : « mainstream », autrement dit : « courant dominant ».

Quelles sont les causes de cette perte de confiance massive ? Le sentiment qu’il existe une collusion entre la classe politique et le monde financier. La crise a été perçue par le public comme une faillite retentissante de l’establishment financier, qui en sort décrédibilisé. Or la classe politique semble avoir pris fait et cause pour le monde de la finance. Quand on demande aux Américains si la classe politique constitue un groupe d’intérêt poursuivant ses propres objectifs, 71 % répondent désormais que oui.

Observe-t-on quelque chose de similaire en Europe ? C’est difficile à dire : je n’ai pas vu d’enquête d’opinion à ce sujet. Un sondage IFOP – Le Monde publié le 19 janvier, mené en parallèle en France et en Grande-Bretagne, faisait apparaître, comme aux Etats-Unis, une désaffection massive – et du même ordre de grandeur dans les deux pays – envers le monde de la finance et de la politique aujourd’hui confondus.

Quels enseignements peut-on en tirer ? Ils sont de deux types. Il faut tout d’abord constater que la désaffection de la population envers la classe politique a atteint la cote d’alerte. On a connu des périodes où le fossé s’était creusé de cette manière et ce furent des périodes de très grande instabilité. Scott Rasmussen, le directeur de l’agence, observe à propos de ce sondage que le rejet de leurs gouvernants par les Américains atteint sans doute le niveau qu’il avait lors de leur guerre d’indépendance au XVIIIe siècle. La deuxième remarque est plus positive : les majorités qui sont en train d’émerger dans des pays occidentaux très différents les uns des autres, comme les Etats-Unis, la France ou la Grande-Bretagne, exigent que la finance – et peut-être même l’argent – joue dans notre monde un rôle plus limité que celui qu’on lui a vu jouer dans les années récentes. Ce sont des majorités de l’ordre de 70 %, voire même de 80 %, et qui frôlent donc maintenant l’unanimité.

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153 réflexions au sujet de « BFM Radio, lundi 22 février 2010 à 10h46 »

  1. Je n’ecoute jamais BFM, mais j’avoue que je vais peut-etre jouer avec le tuner de ma radio a 10h46 pour entendre des phrases comme « … que la finance – et peut-être même l’argent – joue dans notre monde un rôle plus limité ».

    J’aimerai voir la tete des auditeurs, s’ils arrivent a sortir de l’hypnose qu’ils trouvent en suivant l’evolution de leurs graphiques, sans vraiement se soucier de ce qui se passe en arriere plan …

    PS: Desole pour les accents, j’ai un clavier QWERTY.

  2. Le risque quand on essaie de bâtir une gestion technocratique de la société, en reléguant la politique à la marge, c’est à dire essentiellement à la comm’, c’est de créer un goulet par lequel cette même politique, qui est constitutive de toute société, va s’engouffrer sous des formes le plus souvent violente et populiste dans le mauvais sens du terme. Je crois malheureusement que le personnel politique actuel soit n’en soit pas conscient, soit et c’est plus grave, n’agisse qu’avec une vision de court-terme pour préserver des intérêts très catégoriels. Après moi le déluge…

    1. Le problème vient en partie du fait que la classe politique vit dans une tour d’ivoire, sans aucun véritable contact avec les citoyens et leurs difficultés quotidiennes.

      Il y a dans mon entourage familial un haut fonctionnaire européen, très bien payé, avec une maison de fonction luxueuse, des domestiques, un chauffeur, etc., qui se considère plutôt comme un « progressiste ». Lorsque sa sœur s’est retrouvée du jour au lendemain sans mari, sans travail, avec un enfant à charge et des traites non payées, sa première réaction a été de lui demander le plus naturellement du monde : « Mais pourquoi tu ne prends pas une carte Visa ? »
      Instructif.

  3. « Une rupture coupe les classes supérieures du reste de la société, provoquant l’apparition simultanée d’une dérive oligarchique et du populisme »
    E.TODD
    En France nous sommes à 36% de satisfait …
    Bonne journée

    1. La différence est pourtant notable: La « Lagarde caricaturée » tient un discours bien plus proche de la réalité que celui de l’originale, qui pour sa part s’emploie aux plus scabreuses circonvolutions langagières pour noyer le poisson, faire passer des vessies pour des lanternes, etc.

      Je n’ai toujours pas fini de rire de son concept de « croissance négative », par exemple…

  4. La carrière d’un ministre allant de quelques mois à quelques années, le passage par les cabinets ministériels est (de plus en plus), le moyen de se constituer un bon carnet d’adresses et de se vendre par la suite aux intérêts privés que l’on a su ménager précédemment.

    Ce risque de dévoiement est valable pour des députés, des hauts fonctionnaires…il s’en suit que l’intérêt public est le grand oublié dans la grande valse des profits entre amis.

    Ce n’est plus un fossé qui se creuse, c’est un gouffre qui existe désormais.

  5. La collusion n’est pas seulement entre la classe politique et le monde financier, mais aussi avec certains industriels (Monsanto entre autres). La façon dont la nourriture est produite aux Etats-Unis avec des subvensions massives pour la production de maïs, la facilité avec laquelle les OGM se sont répandus sont du même type. Voir le film documentaire de Robert Kenner : Foods,Inc. On achète les politiciens aux Etats-Unis pour faire passer les lois qui sont favorables aux groupes de pressions (lobbies). De la démocratie en Amérique avez-vous dit ?

    1. N’en est-il pas de même à Bruxelles, où les lobbys alimentent les Commissaires en textes qui deviennent tout naturellement des ‘Directives’ que l’on impose aux parlements nationaux.
      C’est, semble-t-il, plus pernicieux qu’aux Etats-Unis.
      Balayons devant chez nous et construisons une autre Europe, un autre monde.

    2. @Alain V

      Ce qui ce passe aux Etats-Unis n’annule ce qui se passe en Europe. Comment pourrait-il y avoir démocratie avec des inégalités, de l’exploitation, des rapports de domination ? Aux Etats-Unis c’est encore plus criant. Le documentaire Food,Inc. vient en illustrer un autre aspect. Je crois que malgré tout les Etats-Unis ont de l’avance sur nous. Mais vous avez raison un autre monde est à construire. Un autre monde est possible. A nous de l’inventer ensemble.

  6. Il serait en effet intéressant d’avoir un sondage équivalent en France.
    Je croise de plus en plus de personnes, qui sans m’être proches (un assureur la semaine dernière, un parent d’élève à la sortie d’un cours de musique et d’autres encore inconnus jusque là…), qui, sans connaître mes opinions et en prenant à minima la distance de rigueur, s’épanchent sur leurs doutes, leurs craintes et très vite leur raz le bol, leur colère et même plus vis à vis de la classe politique, plus particulièrement de celle qui nous dirige actuellement et de son incontournable représentant…
    Je n’en suis pas choqué mais surpris.
    Le point de rupture serait-il proche ?
    Le déficit démocratique que nous constatons en France actuellement (cumul des mandats, faible représentativité, non reconnaissance de l’abstention, collusion des médias, du pouvoir économique et du pouvoir politique…) ne fait rien à l’affaire.

  7. Je me demande si 70 à 80 % de la population est une majorité suffisante.

    Avec le truc des groupes de pression, des élections vendues comme des savonnettes et surtout TINA, j’ai un doute.

    Mon impression est que c’est plutôt un Euro = un vote, qu’un Européen = un vote. Dans ce cas, si mon impression est correcte, 70 à 80 % de la population ne suffit pas.

  8. Le monde politico-financier peut-il se réformer ?
    La démocratie tel que nous la vivons peut-elle imposer de vrais changements ?

    Personnellement j’en doute. Et pourtant les changements auront lieu. Je crains que ce soit d’une manière qui ne soit pas très agréable, surtout pour les plus faibles.

  9. J’aimerai voir la tête des auditeurs, s’ils arrivent a sortir de l’hypnose qu’ils trouvent en suivant l’évolution de leurs graphiques, sans vraiment se soucier de ce qui se passe en arrière plan …
    Moi aussi!Mais Paul Jorion a choisi de civiliser des gens qui ne connaissent que les forces brutes de la nature,et pour cela il instille le doute dans leurs esprits par des chroniques banderilles qui j’espère feront effet.

  10. Il ne faut pas désespérer, la France et les autres pays européens ont seulement quelques longueurs de retard sur les USA.

    Tout arrive pour qui sait attendre.

  11. Bonjour,

    Christopher Lasch a consacré un chapitre de son livre « La révolte des élites » à ce sujet. Le crash financier actuel n’a fait qu’accélérer le mécanisme qu’il y décrit.

    De manière simpliste et sans vouloir dévoyer ce qu’il écrit, le représentant du peuple se méfie de l’intelligence de ses « con-citoyens ». Il préfère s’entourer d’experts et ne pas demander l’avis de ceux qu’il représente. Il n’y a plus de débat de fonds non-plus « parce qu’il faut objectiver le débat »… Faute de débat, le lien entre la base et le sommet tend à disparaître.

    Pour ceux qui connaissent quelques élus, il est assez rare qu’ils aient une « haute opinion » des compétences du peuple… Ils s’en méfient et autant que possible préfèrent se passer de son avis. Même lorsque le pouvoir se lance dans un processus participative (niveau communal), ces commissions ne sont consultatives. Les élus gardent toujours le derniers mots.

    Par ailleurs, s’il me semble possible que ce phénomène soit moins fort ici qu’aux USA, il ne faut négliger la progression de ce rejet en Europe. Elle est réelle. Il y a peu de temps, cela faisait l’objet d’une émission de radio.

    Je cite les chiffres qui suivent de mémoire (Je vais essayer de retrouver les valeurs sur le site du CRISP). Actuellement on considère qu’en Belgique (ou le vote est obligatoire) que +/- 10 % des électeurs ne vont plus voter, mais aussi que +/- 15 % annule leur vote et qu’une partie encore émettent des votes de protestation… Tout ensemble, j’ai cru comprendre que ça représentait déjà près d’un électeur sur 3 !

    BAV

    1. C’est quand même normal, dans une démocratie représentative, que les élus aient le derniers mots, non? Par ailleurs, pour avoir assisté à des réunions et débats publics au niveau local, il y a en général, peu de gens qui se déplacent, si ce n’est les « lobbyistes » de tous bords (ce n’est pas du mépris que de le constater, ce sont ceux qui se sentent le plus concernés qui se déplacent et viennent défendre leur point de vue), et surtout, les débats sont soit très techniques finalement, donc une grande part échappe à la population comme aux élus du reste (les conseillers municipaux sont des citoyens lambda), soit ne concernent pas de grands enjeux de société (les conseils de quartiers planchent souvent sur des questions de trottoirs, de circulation des voitures…certes importants mais rien de crucial en ce qui concerne la société tout entière!). Ce qui ne veut pas dire que ces enjeux n’existent pas au niveau local (bien que), mais qu’ils sont formulés de telle sorte que la portée générale disparait derrière des pseudo problématiques locales comme la vidéo surveillance par exemple. Toujours est il que les choix de société, eux, se font par l’intermédiaire de lois, au niveau national presque qu’exclusivement, et surtout avec de l’argent, le nerf de la guerre. Or les collectivités locales sont financièrement asphyxiées actuellement: au nom de la démocratie de proximité, on a décentralisé, mais suivant l’idéologie néo libérale, on a vidé l’État, en reportant sur le niveau local, la charge sans la compensation financière. La disparition de la taxe professionnelle a rendu encore plus fragile les finances locales. Sarko souhaite maintenant recentraliser le pouvoir (réformes territoriales) mais tout en continuant à réduire l’État social au maximum.
      Par ailleurs, j’ai vu le film de Mickael Moore capitalism love story, dans lequel il est question d’une opération initiée par le voisinage d’une famille expulsée de sa maison pour non paiement. Ils finissent par l’emporter. Des actes de résistance et d’entraide comme ça, de la part d’un voisinage, d’un quartier, est ce possible en France? Peut il y avoir des « jacqueries » dans la France d’aujourd’hui? La Chine connait des révoltes locales très dures. La défiance envers l’État ou les pouvoirs publics locaux se traduit par des actions de personnes qui se prennent en main, comme les associations qui luttent pour faire fermer les usines polluantes ou dénoncer la pollution de l’air et de l’eau qui tuent à petit feu avec des cancers la population des campagnes. Bref, la démocratie participative, en France: sous quelle forme, sommes nous vraiment prêts à ça? La démocratie représentative n’est pas à jeter définitivement aux orties je crois, mais elle est souvent dévoyée. Peut être que si on instaurait un seul mandat électif quel qu’il soit (exceptés les conseillers municipaux peut-être): on est maire une fois, rien d’autre.

  12. Les problèmatiques liées à ce rejet massif de la « démocratie représentative » dans les pays de l’OCDE sont bien connues : émergence d’un populisme qui conduit aux pires dérives totalitaires, anarchie incontrôlable, émergence de politicien « neufs » qui tiennent un discours pseudo-révolutionnaire…
    La gestion de la société de manière démocratique exige une représentation. Les appelés n’ont pas tous (loin s’en faut) le sens du bien commun. Le bi-partisme américain est une caricature de démocratie totalement noyautée par les lobbys. Ca ne date pas d’hiers, ni de la crise. Les peuples ont les politiques qu’ils méritent et ces derniers ont les pouvoirs que la constitution qu’ils ont votés veut bien leur accorder. Le quasi-échec d’Obama sur ses plans Santé et dans le contrôle de la finance est exemplaire.
    Les gouvernements européens ne sont guère plus performants.
    Cependant c’est bien à partir d’une représentation « politique » que les choses peuvent changer. Ne pas se tromper devient de ce fait essentiel…

  13. L’euro est aussi notre problème pour passer sur les sacro-saints critères de convergence et sur la politique d’inflation maîtrisé de la BCE, on a fait porté le poids sur les salaires les comprimant pour juguler l’inflation tout en laissant celle ci exploser sur les actifs de toute nature.

    Comment voulez vous ensuite que l’on puisse encore faire confiance à ces mêmes pseudo élites ?

  14. Bonjour,

    Le peuple est rarerment consulte. Les elections regionales profondes sont la prochaine consultation.

    Comment faire le meilleur usage de cette consultation ? S’abstenir ? Voter blanc ? … Quelle consigne de vote pour consolider un mouvement de groupe et induire un choc dans notre democratie ?

    Devons nous attendre un choc violent ou bien peut on essayer de provoquer quelque chose par les urnes ?

    1. « Devons nous attendre un choc violent ou bien peut on essayer de provoquer quelque chose par les urnes ? »

      Il faut essayer le « Front de Gauche ». Si ça ne marche pas, il sera toujours temps d’improviser…

    2. Pour consolider un mouvement de groupe… quoi de plus normal… il faut qu’il présente ses candidats à toutes les élections.

      Mais comment l’établir, ce mouvement et ce groupe? Chacun dans son coin (non!, ceS coinS) idéologiques ça fait beaucoup de groupes. Divide et Impera.

      Trop de gens trop aveugles ne savent que tourner en rond comme une poule sans tête. Combien de chômeurs ne savent rien faire? Ne veulent pas s’investir dans quelque chose de socialement utile comme ce mouvement? Pourtant, si les gens investissaient ce temps dont ils ne savent plus quoi faire… tout l’argent des autres ne suffirait pas à acheter les moyens pour faire une contre-campagne électorale compétitive.

      A chacun de se réveiller et de prendre son courage dans ces mains au lieu de s’assoir dessus toute la journée.

      Si on voit que l’adversaire est énorme, ce n’est pas parce-que il est grand… c’est parce-que nous avons comme réflexe conditionné de nous mettre à genou.

  15. Comme vous j’ai été choqué et inquiet par les chiffres des USA que j’ai lu hier et bien entendu j’ai rapproché d’une enquête récente effectuée en Fance, toute aussi alarmante.
    Aux hommes politiques de parler VRAI et de ne pas nous prendre tous pour des téléspectateurs endoctrinés.
    La POLITIQUE c’est utile, essentiel, noble, au service de tous. Ce matin dans le Monde un titre « La société française est fatiguée psychiquement », je n’ai pas encore pris connaissance mais ça ne me surprend pas, à force de faire tourner la girouette et de jeter de l’huile sur le feu puis d’appeler les pompiers, c’est stressant, usant, ajoutons à ça cette immédiateté qui empêche de réfléchir avant d’agir et la non prise en compte des gens du terrain qui ont les mains dans le cambuis.
    Ce matin j’ai été atterré à l’écoute de France Inter, sujet « la violence à l’école ».
    L’écoute active c’est incontournable.

    1. La vie quotidienne des français avant et après la crise.
      Le rapport Delevoye « Je suis inquiet, le chacun pour soi a remplacé l’envie de vivre ensemble » dresse un portrait réaliste de la France : « une société qui se fragmente, en 1995 c’était la lutte contre la fracture sociale, en 2002 le thème dominant est la sécurité dans une société fragmentée, inquiète et sans espérance collective »
      « Politiquement cela peut mal tourner …. populisme »
      Ce matin F. Aubenas était l’invitée de F. Culture pour son « travail » et son bouquin remarquable & juste « Moi Florence Aubenas Femme de ménage ». Ca c’est du journalisme du réel de tous et qui s’intéresse aux 20% de travailleurs précaires. On en faisait à une époque dans les années 50 et maintenant dit elle les médias doivent nous faire voir la vie en rose, pour vendre il faut du ciel bleu.
      Mais la réalité est que la vie est compliquée, dure.
      La France d’en bas, pas la France des bas de laine.
      On en cause chez RUE89 et bien entendu le Nouvel Obs y consacre plusieurs pages.
      http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/2010/02/21/florence-aubenas-pratique-de-limmersion-en-temps-de-crise-139696
      Et, cerise sur le gâteau, encore dans le Monde lundi « le sentiment de déclassement monte chez les cadres »
      Témoignages :
      « On est le 1er maillon à trinquer : licencié ou contraint à la démission »
      « les cadres sont de moins en moins associés aux décisions stratégiques »
      Bravo Florence et chapeau bas de soie & malgré ton prénom tu n’as pas été séjourner en Toscane.
      Et on veut causer participation, c’est plus une société, c’est un far-west.
      http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/02/20/le-sentiment-de-declassement-monte-chez-les-cadres_1309023_3234.html

  16. Le fossé qui se creuse, dont vous parlez, se traduit politiquement aussi par l‘augmentation progressive (sauf exceptions) de l’abstention.

    A noter : on a déjà dépasser depuis 1989 le ‘seuil’ majoritaire (de non retour ?) pour les élections européennes. Pour les élections législatives, on s’en approche rapidement (33% d’augmentation entre 1993 et 2007, en 14 ans et 3 mandatures donc).
    Idem pour les régionales. Ce qui me fait dire, sans trop de risque, que l’on devrait allègrement passer la barre des 40% pour les élections de mars 2010 des régionales …
    Seules les élections présidentielles et municipales ‘résistent’ mais pour combien de temps ?
    On observe donc un véritable ‘décrochage’ entre les citoyens et les outils démocratiques de sanction et de décision collective que sont les élections, en France et plus largement en Europe (cf. comparatif, parfois d’ailleurs en faveur de la France).
    J’observe aussi que l’on n’intègre pas dans ces ‘calculs’ les citoyens suivants :
    – les non inscrits sur les listes électorales, parfois par choix ;
    – les bulletins blancs et les bulletins nuls.

    La France (et l’Europe) sont ainsi en train de « ‘s’américaniser » politiquement. Est-ce à dire que là aussi il y aura une possibilité d’émergence pour un ‘mainstream’ politique ?

    Car si l’on posait la même question que celle posée aux membres de la ‘classe politique’ française et européenne, nous aurions certainement le même pourcentage sur la même réponse : « près des deux tiers d’entre eux (63 %) considèrent qu’ils représentent le peuple de manière satisfaisante. »
    Et pourtant …

    Si l’on posait la question en Suisse, je ne suis pas sûr qu’un tel pourcentage puisse se retrouver quant à l’impression des citoyens de ne pas être bien représenté par leurs élus. Car en Suisse existe une tradition multi-séculaire sur la démocratie directe ou semi-directe, qui n’existe guère en France et en Europe. La conception de la légitimité politique a toujours été fondé sur la démocratie représentative, par peur de ‘l’irruption du peuple’ : c’est le prototype même de la démocratie ‘bourgeoise’ de 1789, celle d’avant 1793. Celle aussi d’Athènes.
    Politiquement, le fossé continuera à se creuser tant que nous aurons le même modèle et que ceux qui nous représentent reproduisent à l’extrême la reproduction sociale du pouvoir … au pouvoir (cf. CSP des membres du parlement).
    Intéressante analyse, sur l’origine et la professionnalisation des ‘représentants du peuple’

    Une proposition ‘radicale’ : le tirage au sort des députés.
    Comme pour les jurés des assises. Ils n’ont pas le droit de se défiler (obligation), sauf exceptions. A ce que je sache, les jurés ne sont ni plus ni moins mauvais que d’autres qui en auraient fait profession (qui siègent d’ailleurs lors des procès : ce sont les magistrats, qui conduisent les débats).
    D’ailleurs, les jurés prononcent leurs sentences ‘AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS’, comme les membres du parlement (représentants). Le principe est que tout français peut représenter le peuple français, quelque soit sa condition et ses origines, sa profession.
    Les assises avec des jury populaires sont réservés aux crimes, ce qui indique bien le niveau de responsabilité et le niveau hiérarchique que la justice réserve à ce type de fonctionnement. Des incompatibilités sont aussi prévus : membres du gouvernements et du parlement, fonctionnaires, militaires, … Seuls les pourvois en cassation étaient admissibles, le jury populaire s’exprimant au nom du peuple français. Actuellement, un appel est possible mais uniquement avec en assise.
    C’est un droit, sauf incompatibilité de fonctions (cf. plus haut) : sauf incapacités momentanée, nul ne peut interdire à un citoyen son droit de sièger au nom du peuple français dans un jury d’assise. Mais c’est aussi une obligation : nul ne peut y déroger.
    Héritage direct de la Révolution Française.

    Le principe du tirage au sort permettrait de résoudre pas mal de problèmes, dont l’absence de représentativité sociale et la professionnalisation de la ‘classe politique’. Avec une bonne formation par la dessus et un mandat unique, roulez jeunesse !

    1. Très bonne idée Zébu, fort bien argumentée. Voilà une réponse à mon intervention suite à votre billet invité de la semaine dernière.
      Trouvera-t-on une personnalité politique pour proposer cela ?

    2. Que la problématique paraît « simple »…
      Tirer au sort évite de nombreux écueils, comme celui de l’intérêt financier de devenir élu, mais est-ce pour autant la « bonne » solution ou la moins pire. Il serait peut-être souhaitable qu’il y est une « pré-sélection », contrairement aux jurés d’assises, non?

      En parlant de complexité, je vais te citer du vécu car je n’ai découvert que par la suite que j’avais peut-être fait un peu quelque part une bétise.
      J’ai en effet obligé un groupe assez important d’ingénieurs-chercheurs à prendre des décisions de groupe à la majorité des deux tiers…
      Et, évidemment, j’ai été obligé de devenir fashiste face à la minorité de blocage.

      Rien n’est simple en démocratie. Et c’est peut-être ce qui fait son intérêt, notes. (je ne suis pas forcément une référence en étant un peu mazo intellectuellement.)

    3. Je plusse aussi le buffle.
      Les politiques actuellement en place et qui postulent aux prochains scrutins sont CO-RESPONSABLES de la situation actuelle.
      D’autre part la « tolérance » envers les « lobbies » correspond à de la compromission-corruption rampante.
      Un nouveau « personnel »politique doit être recruté.
      Qu’à l’avenir
      Le Peuple soit son DRH…

    4. « Il serait peut-être souhaitable qu’il y est une « pré-sélection », contrairement aux jurés d’assises, non? »

      Pour quelle raison, yvan? Les hommes ne sont pas égaux en droits?

    5. les hommes sont égaux en droit, certes, mais allez lire les délibérations prises dans votre commune, votre département ou votre région! Telle qu’elle est et fonctionne, la politique locale demande aux citoyens d’être plus qu’éclairés, et surtout, du courage, de la persévérance pour supporter la lecture de rapports sur les déchets, la voirie, l’urbanisme, les EPCI, scot, les fisac…les multiples et divers diagnostics territoriaux, les études…L’expertise a su se rendre indispensable. En même temps, il est indéniable que le plus terre à terre des problèmes locaux demande une technicité qui n’est pas forcément à la portée de tout un chacun, et surtout, c’est sans vouloir être vulgaire super « chiant », tout en demeurant important. En outre, c’est dévoreur de temps, peu de gens accepteraient d’assumer les fonctions d’adjoints municipaux par exemple quand on voit ce que ça implique. bien sûr, lorsque les adjoints assument réellement et pleinement cette charge.
      Mais pourquoi pas des collèges de citoyens convoqués sur des questions importantes. Ce qui pose la question de comment ils seront formés/informés pour débattre en connaissance de cause. Ou de vrais (pas des simulacres) débats nationaux. Là encore, comment sera formulé la question même du débat et son cadre? Qu’est ce qui doit faire débat? si on est opposé au débat, doit on le boycotter ou y participer pour y apporter la controverse?

    6. @ Alexis : La Française des jeux !! Des millions de votants, qui voteraient pour elle … 🙂

      @ Yvan : fashiste, c’est fashion 😉
      De toute façon, avec les ingénieurs, pas d’autre solution 🙂 (je vais encore me faire flinguer).

      Il me semble que les jurés d’assise ne sont pas AUTOMATIQUEMENT acceptés. S’ils sont effectivement tirés au sort, ils sont ensuite sélectionnés par les deux côtés, qui peuvent les accepter ou les rejeter, selon un certain nombre de questions-réponses ou tout simplement par simple choix d’une des deux parties (sans aucune explication si nécessaire). On pourrait tout aussi bien faire de même et préserver aussi l’égalité en droits et devoirs de chaque citoyen, avec un processus adapté.
      Je pense en particulier à la séparation des pouvoirs, avec une Assemblée Nationale tirée au sort (pouvoir législatif) mais avec un fonctionnement bicaméral (Sénat des territoires, avec élection indirecte par les élus), qui permettrait de freiner d’éventuels effet de balanciers politiques ou de modification constitutionnelle délirante (3/5ème des membres du parlement), l’exécutif, avec le Président de la République, qui nomme le gouvernement, élu au suffrage direct, avec droit de dissolution de l’AN et enfin, de véritables initiatives populaires (droit de référendum) sur la base d’un million de signatures, examinées par l’AN puis mise au référendum.
      Un mandat unique (sauf pour l’exécutif, 2), une formation accélérée pour les ‘tirés au sort’ et une éducation civique obligatoire à l’école pour préparer les futurs ‘tirés’ à leurs éventuels droits et devoirs. What else ?
      @ T-Bone : Le peuple soit son DRH. En référence à quelqu’un, je présume … 🙂

    7. Non, Toi.
      Simplement, les hommes sont différents.

      Ainsi, je n’embaucherai jamais un scientifique pour faire du commercial. Et, par extension, jamais un ou une personne qui ne va pas avoir cette grandeur de penser à son peuple avant elle.

      Zébu, il est clair que cette expérience m’a renvoyé à la considération de ma petite personne.
      Si je n’avais qu’un conseil à donner ici serait qu’il est infernal de devoir supporter des personnes identiques à vous.

      Néanmoins, Zébu, je n’ai pas du tout envie de te flinguer. Surtout si on voit que les ingénieurs ont une proportion qui dépasse le quart parmi les terroristes.

    8. Dans un procès d’Assise ce sont effectivement les magistrats qui mènent les débats; mais dans une chambre de députés tirés au sort qui mènera les débats ? Le gouvernement ? issu comment ? Faudrait creuser un peu plus la question…Mais un seul mandat par élu et pas plus de deux fois , là je suis d’accord.

    9. Le 1er parti politique en Suisse, c’est le Parti du Peuple Suisse plus connu sous son pseudo UDC. Il rassemble à lui seul une bonne partie du mainstream local. Un parti qui ici ou là, à Genève par exemple, arrive à se faire dépasser par la droite encore un peu plus « populiste »…
      Par ailleurs l’interdiction des minarets a bien montré qu’une partie non négligeable « du peuple » ne se sent pas trop raccord avec l’élite politique. La Suisse et ses traditions… Quelles traditions? Celles d’une soumission (qui fut peut-être heureuse un temps, faudrait demander à d’autres que moi) à l’oligarchie, ou plutôt aux oligarchies, mais alors là au sens assez propre. Paternalisme, syndicats corporatistes (sans mauvais jeu de mots de traduction)…
      Au fond je suis assez partagé: le néolibéralisme risque bien d’être fatal à la Suisse, et dans un sens ce n’est pas pour me déplaire. Mais que dis-je: un des personnage qui a fait beaucoup dans l’ascension du Parti du Peuple Suisse est Christophe Blocher, un drôle de néolibéral pourfendeur des assurances sociales menant les troupes du mainstream.

      Mais bien sûr que les élites politiques nous représentent: ce n’est pas en notre nom qu’elles sécurisent un peu près tout, enferment par milliers des personnes n’ayant jamais commis de crimes dans de véritables camp, expulsent, reconduisent à la frontière, font la chasse à l’abus, etc, etc, etc…? Non?

      Bon, je m’égare. Je voulais juste dire que je pense qu’en Suisse aussi il y a une certaine défiance de l’élite politico-financière. Peut-être bien que la Suisse d’en bas (…) regrette le bon vieux temps où on pouvait faire confiance à 2-3 bonnes familles sérieuses pour diriger le pays et se concentrer sur la dure tâche de « voter juste ».

      – T’as voté quoi?
      – Ben, j’ai voté juste!

    10. Surtout, pas de président de la République élu au suffrage universel! Plutôt un président cérémoniel à l’Allemande. c’est à cause de cela que la République Française a une saveur tellement « monarchique », quand le Royaume-Uni ou les Pays-Bas sous leurs oripaux royaux sont des systèmes de pouvoir partagé et collegial. On vient de le voir avec la chute du gouvernement Néerlandais à propos du prolongement ou non de la participation du pays à la guerre d’Afghanistan : le chef de l’exécutif n’est pas comme en France un monarque absolu, qui passe outre les objections des valets qui lui tiennent lieu de ministres ou de députés.

      Il vaut bien mieux, à mon sens, que le chef de l’Etat coupe des rubans et inaugure les chrysanthèmes, pendant que le premier ministre, responsable devant le parlement et révoquable par lui, exerce le pouvoir exécutif!

    11. Bonjour tout le monde, bonjour Zébu,

      Au delà des sondages évoqués par Paul, la façon la plus pertinente de mesurer la défiance du peuple envers les élus me semble également être l’abstention. J’ai trouvé peu de documents intéressants ou d’analyses pertinentes sur ce phénomène. Il est en général considéré comme un désintérêt pour la chose publique. Personnellement, il me semble pourtant constituer une forme de résistance au moins aussi grande que de voter pour les bleus ou pour les roses, dans un système politique où la bipolarisation amènera immanquablement l’un ou l’autre au pouvoir… Vaste débat.
      Je voulais prolonger le post de Zébu dans la direction suivante. Sur le site « L’Observatoire des inégalités », j’ai trouvé ceci, que je repique in extenso :

      Les hommes, les jeunes et les moins diplômés ont moins voté que les autres catégories aux européennes.

      L’abstention* a atteint un niveau record aux élections du 7 juin 2009 : 59,5 %. Cette situation peut traduire plusieurs facteurs : un désintérêt pour la construction européenne, le peu d’enjeu compte-tenu des faibles pouvoirs des parlementaires européens, mais aussi l’incapacité des partis à convaincre les électeurs de se déplacer. Il faut dire que leurs propositions de fond ont été peu relayées et peu expliquées par les médias grand public.

      Les hommes, les jeunes, les peu diplômés, les non-salariés et les catégories sociales modestes ont beaucoup moins voté que les autres. De nombreux scrutins font apparaître une moindre participation des groupes les moins favorisés, insuffisamment mobilisés par l’offre politique en présence, qui n’en comprennent pas toujours l’intérêt. L’abstention atteint 63 % chez les non-diplômés, 69 % chez les ouvriers et 72 % chez les 25-34 ans. A l’opposé, elle s’est élevée à 42 % chez les plus de 65 ans, 52 % chez les cadres et 55 % pour les diplômés de l’enseignement supérieur. Coïncidence ou non, l’abstention a atteint son maximum chez les catégories les plus victimes de la récession économique. On notera que l’écart entre les différentes catégories de population est beaucoup plus faible dans les élections – comme ce fut le cas lors du premier tour de la présidentielle de 2007 – dont l’enjeu politique est clairement marqué.

      * L’abstention rapporte le nombre de personnes qui n’ont pas voté au nombre total d’électeurs inscrits sur les listes.

      Si nous organisions un sondage entre nous, ici, je suppose que les abstentionnistes seraient minoritaires. Probablement en raison du niveau d’éducation ambiant, si l’on fait siennes les conclusions de cette étude.
      En remplissant notre devoir civique, nous honorons certes la démocratie. Mais, ce faisant, jusqu’à quel point ne sommes nous pas en train de légitimer un système de délégation de pouvoir usé jusqu’à la corde? Et cette contradiction-là n’est-elle pas ce qui permet la continuation de cette passivité du pouvoir politique face au pouvoir économique?
      Sans vouloir être exagérément polémique, je pense qu’il serait bon de s’interroger sans préjugé sur l’obligation morale que nombre d’entre nous se font de continuer à honorer un système qui se prétend démocratique mais qui ne l’est plus vraiment…

      Amicalement,

      Frédéric

    12. @ Igor :

      Excellent : ‘ben, j’ai voté juste’ …

      ça marche avec tout : mangé, sombré, étiré, dormi, chié, lavé les dents, rêvé (?), …

    13. zébu,

      C’est vous Etienne ?

      Petit rappel : tous les hommes naissent libres et égaux en droit, mais certains sont plus différents que d’autres.

      Va comprendre…

    14. Herueux de lire quelqu’un d’autre mentionner ce genre d’idee !
      J’avais fait, pour motiver la chose un rapprochement avec les assises ou les jures sont tires au sort.

      Malheureusement je crains que cela ne conduise a une professionalisation encore plus forte a un autre niveau : au niveau de l’appareil technique et des conseillers. On verra toutes sortes de vautour venir prodiguer de bons conseils a la boulangere qui se trouve la par hasard et qui manquera de confiance en elle et se laissera berner par la soi disant technicite du pouvoir …

      Peut on vraiment concevoir un system ideal ?
      Peut etre qu’un tiers de la chambre basse pourrait etre designee au hasard ?
      Peut etre que le non cumul des mandats et le non renouvellement des mandats sont plus faciles a mettre en oeuvre et egalement source de renouvellement des dirigeants ?

      Dans le meme genre d’idee, j’avais reussi a me convaincre que la monarchie hereditaire avait cela de bien que le roi etait tantot nerveux, tantot mou, parfois saint, parfois terrible, etc. Tandis que l’election au suffrage universel est une machine a selectionner toutjours le meme genre d’ambitieux.
      Mais la encore, la cour et l’entourage du prince on un effet de lissage qui fait qu’en fin de compte il n’y a pas tant de renouvellement que cela.

      Ce n’est pas facile de concevoir un system qui soit human-proof.

      A mediter !

  17. Le fossé grandit ! OUI en effet.
    Mais il y a même plusieurs fossés.
    Qui sait ce qui se passe en banlieue ? Qui sait ce qui se passe sur les quais de OUISTREHAM et dans le domaine de l’hôtellerie en général ?
    Une partie de la population est complètement en dehors de la société et des statistiques.
    en 2002 personne ne s’attendait à voir le pen au 2eme tour. c’est un signe évident de la dérive de la société, et d’ailleurs chirac n’avait été élu qu’avec 18 % des voix au 1er tour, c’est le 2eme tour qui a fait illusion.
    Il y a même un fossé (une fracture sociale qui avait pourtant été repérée depuis 15 ans) mais le fossé bouge, la population passe du bon au mauvais côté lentement mais surement.
    l’expression fracture sociale démontre bien que le pouvoir n’est pas si aveugle que cela, mais personne n’est dupe, le pouvoir joue son jeu dans son unique intérêt.

    1. Bonsoir !

      Votre réflexion sur Le PEN en 2002, me fait penser à la video ( 2 eme partie) de Jacques SAPIR, sur le site de  » j’ai du louper un épisode »….
      Il fait référence à une montée du nationalisme, et un score …un résultat possible très significatif du FN.
      A moins que Mr SARKOZY , et ses sbires, soit déjà dans l’application de leur propre plan de nationalisme…..

  18. Je trouve que l’idée des panels citoyens est très bonne:
    http://base.d-p-h.info/fr/fiches/premierdph/fiche-premierdph-6324.html

    On confie bien à un jury de quidams la (lourde) décision de déclarer coupable (et donc d’envoyer en prison pour de longues années) les accusés. Les mêmes raisons devraient aboutir à confier à un jury de quidams les décisions sur les grandes orientations des lois que peuvent/doivent voter les parlements.

    J’aurais en tous cas plus confiance en 12 personnes tirées au hasard dans la population, disposant de temps et d’un budget qui leur permet de s’informer elles-mêmes ( et donc d’inviter les personnes de leur choix à leur exposer leur vision de la problématique donnée) que de (12? 1? 750?) personnes issues du sérail politique. Ca serait, entre autres choses, la mort du lobbying tel qu’on le connait actuellement.

    Qu’en pensez-vous?

    1. Il me semble que l’un des problèmes d’un jury serait le niveau de compréhension de celui-ci et m’enpècherait pas les groupes de pression d’agir.

    2. Xavier…

      Même si les mafias ont inventé le slogan : « toute personne a un prix.. », ce n’est pas une raison pour penser que tout le monde peut encore se faire acheter.

      Il reste quelques individus sur terre qui ne pensent pas qu’à l’argent. La preuve : ils se font tuer.

    3. @ xavier, croyez vous que le recours systématique  » a des experts  » expert de quoi d’ailleurs, coopté par qui, dans l’intérêt de…… je me le demande tous les jours en me rasant………………..

      Il n’y a pas de problème, dans un cadre consultatif, a demander l’avis du citoyen dans on collectif tiré au sort, a huis clos, sur des grands enjeux de société.

      C’est forcément dérangeant, la synthèse n’est que compromis, le dogmatisme n’a plus sa place. C’est
      forcément enrichissant, comme le démontre ce cas Belge.

      Que j’aimerai faire parti un jour d’un collectif tiré au sort.

    4. @ Xavier

      C’est évidemment la critique qui vient à l’esprit en premier. Quelques réflexions:
      – la compréhension/connaissance du politicien moyen semble à peu prés égale à celle du citoyen moyen. C’est en tout cas clairement cas pour la problématique de l’énergie et du changement climatique que je connais bien. En pratique, il semble que les politiciens s’informent…comme tout le monde, en regardant la télé, en lisant les journaux, et en lisant un bouquin quand ils ont un peu de temps. Bref, votre critique, si elle est valable, s’applique au système actuel.
      – Pour être efficace, les conclusions/recommandations du panel citoyen doivent être *juridiquement contraignantes*. Aussi non cela ne sert à rien.

  19. Lorsqu’on recherche continuellement à franchir les limites du bon sens à dépasser les bornes au nom même d’un plus grand idéal du tout commerce sur terre il est bien évidemment normal que
    le fossé se creuse davantage entre les gens de la ville haute et les gens de la ville basse comme dans Métropolis un film datant de 1927.

    Quel dommage que tous les nombreux V.I.P du monde moderne et qui excellent parfois si brillamment à réussir personnellement dans leur vie ne sachent pas toujours mieux en faire profiter d’autres personnes. Tout n’est pas bon à jeter dans le capitalisme tout n’est pas bon non plus à voir dans les écrits du socialisme.

    C’est clair le politique actuel trop bien nourri et entretenu, dévoyé, acheté, vendu, ne fait plus
    du tout correctement leur travail pour la société, pourtant il suffirait de pas grand chose pour améliorer ne serait-ce qu’un peu l’ordinaire des gens, un jour on finira bien quand même par choisir des personnes un peu plus intelligentes pour moins nuire au moral et au bon esprit civique d’une société.

    Je suis sur que dans les grands ou petits partis Politiques d’aujourd’hui il y a certainement des gens bien plus capables de mieux servir la société autrement, bien évidemment ces gens là ne recherchent pas du tout les premières places, et pourtant comme notre société en aurait tellement besoin, ha si seulement nos médias ne laissaient pas toujours parler les mêmes, le citoyen pourrait reprendre davantage confiance en le politique et aux premières valeurs de la démocratie, égalité, liberté fraternité … Même si d’ailleurs je n’ai jamais trop aimé la démocratie après la grande révolution sanglante et les massacres de 1792.

    Oui dans une société on ne devrait pas toujours choisir le même genre de conduite.

  20. « Quelles sont les causes de cette perte de confiance massive ? »

    « Collusion entre la classe politique et le monde financier. » —> « 71 % (d’américains) répondent désormais que oui » .

    Je ne sais pas trop quoi en penser concernant la France. Non, mon député (que je connais depuis le collège), ne pourrait être suspecté par personne d’être au service de la finance. Au contraire, la seule chose qu’on pourrait éventuellement lui reprocher, c’est d’avoir une morale un tantinet « rigide ».

    Ce qui pose problème pour la majorité des gens que je fréquente, et ce qui les écoeure de la politique, ce n’est pas une quelconque collusion (tout le monde sait à quoi sert la politique de droite -comment reprocher à un requin de mordre-), mais en une absence totale d’alternative politique à gauche. Même le minuscule Parti de Gauche (Mélenchon), pour qui je voterai aux prochaines régionales en me bouchant le nez, n’entre en aucune façon dans la rubrique « Confiance »:

    Quand le public voit un numéro d’illusionniste, il n’est pas dupe. ce qui ne l’empêche pas d’applaudir la performance. Pourquoi n’y a-t-il rien d’autre que des illusionnistes ? C’est la question à cent balles qui ne trouvera de toutes évidences pas de réponse dans les sondages.

    1. La corruption s’appelle aussi « petite tentation » et elle commence dans le conseil municipal de village.
      Comment dissuader un villageois jusqu’à présent honnête d’acquérir un terrain si il découvre que le TGV va y passer dans 10 ans?
      Il considère ne lèser personne dans la mesure où il l’acquiert au vrai prix.
      Si cet acte est malhonnête comment voulez-vous que les politiciens professionnels soient honnêtes?

    2. @ Betov

      Tout à fait d’accord avec vous, on ne peut faire confiance qu’aux hommes politiques qui viennent rendre des compte à leurs électeurs. Je comprends pourquoi vous vous bouchez le nez en parlant du PG.
      Au Parti de Gauche, on place des Parisiens ici et là dans les régions aux Européennes comme aux Régionales. On ne peut pas dire qu’ils nous représenteront, ils seront élus pour leur parti et non pour les habitants d’une région. J’avais espéré que le Front de Gauche aurait une autre gestion de la politique, c’est ce qu’ils avaient annoncé fin 2008.
      J’ai donc quitté ce parti.
      Cependant, en attendant mieux, en attendant la démocratie directe sous des formes à inventer, je voterai pour le Front de Gauche (PG+PC+ …) qui est bien seul à proposer une rupture avec ce capitalisme.
      Ne pas voter serait donner raison aux gens en place et à leur détricotage social.

  21. Ce qui est inquiétant, ce n’est pas tellement le fossé qui se creuse entre le « peuple » et les « élites politiques » : c’est le contraire qui eût été inquiétant – et qui aurait révélé une absence totale de jugement pour le coup vraiment désespérante.
    Ce qui est inquiétant, c’est les stratégies de sortie qui vont être mis en oeuvre par les élites politiques pour reconquérir l’opinion – étant entendu qu’on ne change pas de modèle économique.

    1. Le contraire eut été inquiétant en effet.
      Ce que nous constatons n’est donc qu’un « retour sur investissement » comme on dit ; prenez les gens pour des imbéciles et ils finiront pas vous le rendre !

    2. Effectivement, cette désaffection est plutôt bon signe. La démocratie est très malade, mail elle est encore capable de créer des anticorps. Espérons que la poussée de fièvre qui en résultera ne sera pas trop délirante…

  22. C’est surtout la « gauche » de gouvernement (ou non) qui est totalement décrédibilisée, car elle ne peut plus proposer d’alternatives à une gestion procapitaliste qui est plutôt naturelle à droite. La droite ne s’embarasse pas d’idéologie ou de « bienpensance », elle est plus ou moins ouvertement u service des milliardaires avec, hélas, une caution du peuple manipulé.
    En fait, depuis la déroute intellectuelle du marxisme, la gauche n’a rien trouvé de mieux que de se former dans les doctrines économiques universitaires qui croient au père Noël et qui ne décrivent aucunement la réalité, elles sont fausses sur quasiment tous les points, aussi bien les monétairistes que les keynesiennes.
    Le drame de la gauche, c’est que ce sont de bons élèves qui se sont laissés totalement écerveler par ce système universitair à la pensée zéro. Ces agrégés premiers de la classe dirigent a gauche caviar.
    Aussi, ce sont souvent eux les défenseurs les plus zélés et donc les plus « compétents en incompétence » du régime capitaliste. Sarkozy l’a bien compris.
    Si la gauche ne prend pas au sérieux que l’impact de la rente du capital dépasse désormais 40% du PIB et qu’il faut repenser la façon dont le signe monétaire est émis, il n’y a guère d’espoir. La gauche caviar peut bien revenir aux affaires, mais comme ils sont encore davantage soumis aux doctrines fausses qui cautionnent le capitalisme sans critique, on doit craindre le pire et surtout un désespoir croissant. Un populiste de droite ose parfois encore faire le contraire de ce que dit la doctrine, et cela peut parfois donner un peu d’air, très peu, tout de même.
    Les héritiers du marxisme sont habitués à une pensée doctrinaire et acritique, c’est pourquoi ils peuvent devenir des capitalistes sans scrupules.
    Penser la monnaie comme l’impensé de l’économie politique, voilà un peu de nouveau, et on y trouverait assez rapidement les bonnes réponses. Au fond, il faudrit que les ENArques et autres économistes oublient un peu leurs connaissances obsolètes et s’intéressent à des auteurs extrauniversitaires, afin de renouveler une doctrine pour en trouver une qui tienne compte davantage de la réalité.

    1. Je suis parfaitement incapable d’avoir une opinion sur vos propositions concernant la monnaie.Incompétent.
      Ce que j’aime ici c’est le débat sans dogmatisme auquel vous participez avec obstination et conviction.
      J’apprécie tout particulièrement votre remarque sur les héritiers du Marxisme, héritiers de « celui dont on prononce le nom tout le temps ».
      Devenir défenseurs sans scrupules du capitalisme c’est ce qu’il advint aux Bolchéviks en URSS dès les premiers temps du « communisme de guerre » qui fut une guerre à la classe ouvrière et à ses représentants politiques et syndicaux.
      Mais eux n’ont jamais avoué contrairement aux Sociaux Démocrates d’Europe qui ont préféré la réalité des luttes syndicales et politiques « intégrantes » de la classe ouvrière réelle au dogmatisme idéaliste de la classe ouvrière rêvée.

    2. @J finck
      Votre chiffre de 40 % est totalement fantaisiste; il ne sert à rien d’accumuler des nombres en croyant que plus ils sont gros, plus ils frapperont les esprits . C’est le contraire qui se produit : si vous aviez une discussion avec n’importe quelle personne du « peuple » – puisqu’il est beaucoup question de cela ici – ils vous demonterait ces chiffres acvec le meilleur bon sens . Ma concièrge, pae exemple, vous direz que ce chiffre de 40 % cela était vrai, elle elle le saurait ( en général une concierge voit beaucoup de choses et j’habite un immeuble assez représentatif de la population de Pars)
      amicalement

    3. @ horreur de l’orthographe ( est-il possible de supprimer le précédent post, en m’excusant, ma souris n’en fait qu’à sa tête)
      Votre chiffre de 40 % est totalement fantaisiste; il ne sert à rien d’accumuler des nombres en croyant que plus ils sont gros, plus ils frapperont les esprits . C’est le contraire qui se produit : si vous aviez une discussion sur ce sujet avec n’importe quelle personne du « peuple » – puisqu’il est beaucoup question de cela ici – ils vous les demonterait facilement grâce à son bon sens . Ma concièrge, par exemple, vous dirait que si ce chiffre de 40 % était vrai, cela se verrait et elle, elle le saurait ( en général une concierge voit beaucoup de choses et j’habite un immeuble assez représentatif de la population de Pars)
      amicalement

    4. Bonsoir !

      « ….renouveler une doctrine….. »:
      Excellent !!!!! Vraiment excelllent !!!
      Poursuivez , je vous prie !!!!

    5. « … ce système universitaire à la pensée zéro ».
      Pensez-vous vraiment ce que vous écrivez là ? Ou alors dites clairement qui vous visez. Beaucoup d’universitaires « qui pensent » lisent ce blog et y écrivent …

    6. @
      Ce que vous dites est juste. Il est vrai notamment que l’apprentissage de l’économie a toujours aidé à penser la réalitré sociale .
      Mais force est de constater le profond blocage de la pensée académique depuis une vingtaine d’années. Ayant eu un pied dedans et un pied dans l’entreprise sur ma carrière , je peux vous dire que je suis tombé de très haut en comparant les deux univers
      amitiés

  23. Trés bien, Monsieur Jorion, votre petite phrase « Des chiffres économiques effrayants, on en voit tous les jours »

    Ceux qui ont encore l’esprit bien capturé par la propagande vont être incités à fouiller un peu plus loin que le bout de leur nez. (qui laisse des marques sur l’écran de la télé)

    Ceci dit, j’ai noté l’absence totale de réaction du présentateur… Mais bon, ça ne faisait pas partie de son job, non plus…
    La bourse est plus importante.

  24. Bonjour,

    Voilà une chronique intéressante qui rejoint pas mal d’interventions ces derniers temps, mais sans effets manifestement.

    S’il y a peu de sondages en France, la désaffection en Europe atteint des sommets (de mémoire 97 % des sondés pensent que le gouvernement de leur pays ne reflète pas leurs attentes en matière européenne, – dernier GlobalEurmetre de février 2010 GEAB).

    Mais avant de dramatiser et de courir aux abris, il me semble que les sociétés peuvent encore survivre à cela, surtout avec les moyens technologiques actuels. De mémoire, sous le règne de Louis XV, surtout à la fin, on devait déjà être à de tels sommets, voir pire, sans effets, puisque la révolution ne survint que plus tard, et dans un autre contexte…

    Et c’est là tout le piquant de l’histoire : alors que les gouvernements et les élites sont en train de divorcer des populations (et du suffrage universel), les investissements sécuritaires de type « dur » (technologie de surveillance, de répression, arsenal législatif, etc…) s’accélèrent, avec l’argent des contribuables !

    Par l’impôt, nous finançons donc les moyens de contrôle et de répression de notre volonté…

    Et ces moyens sont tellement efficaces et développés aujourd’hui, qu’ils peuvent permettre à ces élites d’espérer tenir d’ici à 2012-14 (période des prochaines grandes élections : France – Allemagne, USA, Europe…), le temps que peut-être Godot…

    Pour finir, le problème du populisme, c’est que justement, il n’est pas contrôlable, et peu habilement servir de repoussoir et de légitimation d’élites ayant échoué. D’ailleurs aux USA, il ne m’étonnerait pas que de poussées d’antisémitisme voient le jour dans les prochaines années…

    Cordialement,

    CM

  25. J’avais vu ce sondage concernant les Etats-Unis, il est effectivement inquiétant parce que la confiance des Américains envers leur état était traditionnel très fort, environ 60/70% dans les année 50/60 peut-être bien plus encore.
    En Europe et dans les pays latins surtout la confiance est traditionnellement plus faible, la nouveauté est le manque de confiance du peuple Américains ainsi que des pays d’Europe du Nord (GB, Scandinavie) envers leurs dirigeants.
    Je pense qu’il n’est pas impossible qu’il y ait une recrudescence d’actes terroristes comme celui ayant eu lieu récemment au Texas à Ausitin, en effet dans les états du Sud ainsi que dans les grandes plaines, les « red states » (états républicains), la haine envers Washington est énorme, cela pourrais débouché envers une insurrection armée.
    En fait cela devrait mal finir, le seul frein est l’absence d’organisation du peuple, ainsi que l’absence d’idéologie cohérente.

  26. Le fossé se creuse en effet entre les élus nationaux et la population, car ce qui se passe au niveau national échappe de plus en plus au contrôle populaire. Dans les parlements, on ne voit que « les coudes de l’action », les mains s’agitant dans les coulisses (pour reprendre par analogie ce que disait Hugo dans la préface de sa pièce Cromwell), lesquelles, par définition, sont dissimulées aux regards. En ce qui concerne le sauvetage des banques et les « conditions » qui y sont assorties, il est évident que les décisions ont été (et continuent d’être) prises après divers conciliabules entre financiers et élus compromis. Il en résulte, de la part des exécutifs, une combinaison de dissimulation et de communication, cette dernière étant évidemment faussée, puisque l’image qu’elle présente diffère de plus en plus profondément de la réalité.

    Le tapage récent autour de la collusion entre le gouvernement grec et Goldman Sachs illustre parfaitement ce qu’a été l’interaction entre la finance et le pouvoir politique. On crie haro sur la Grèce, mais il apparaît clairement aux citoyens que cette collusion a affecté pratiquement tous les pays européens « qui comptent », et au bout du compte, fuite après fuite dans la presse aidant, plus personne n’est dupe.

    La situation américaine est particulière. Il y a belle lurette que les élus n’ont pas la faveur du peuple (il suffit d’examiner les taux historiques d’abstention aux élections pour s’en rendre compte), mais ce dernier n’a pas d’alternative à proposer, le carcan démocrate et républicain ayant pratiquement exclu les tentatives de stratégie « de la troisième voie ». La levée de boucliers exprimée par l’émergence rapide du mouvement Tea Party est inconsistante, et ce serait une erreur de croire que la clameur populiste émanant de sa branche la plus réactionnaire révèle un basculement de la population vers le n’importe quoi. Les sondages ne font pas la distinction entre les indépendants et les démocrates déçus, d’une part, et les idéologues néo-conservateurs, d’autre part. Ces derniers me paraissent très minoritaires. Mais le ‘moment’ politique que connaissent les Etats-Unis est néanmoins sans précédent: on a, à la base, une population de ‘patriotes’ divers, et, au sommet, une élite politique perçue comme profondément corrompue. D’où la tentation de faire la comparaison avec l’opposition radicale au roi George des colons américains à la fin du XVIIIème siécle.

    Dans tous les cas (USA et Europe), aucune alternative aux pouvoirs en place ne semble pour l’heure se dessiner. En bref, il n’existe pas de leadership populaire, et il faut le construire. Faute d’une telle construction de novo, le risque est évidemment celui d’un glissement vers des situations de quasi-fascisme, ou en tout cas l’établissement de régimes dictatoriaux appliquant des mesures d’ultra-austérité. Une telle évolution est notable en France, car c’est ce que Sarkozy prépare depuis son premier passage au ministère de l’Intérieur. En Italie, étonnamment, Berlusconi a toujours la cote malgré les casseroles qu’il trimballe depuis des années, mais ses conseillers sont de plus en plus souvent traînés devant la justice. La différence d’avec la France est que les Italiens ont une approche dilettante de la politique: contrairement à ce qui se passerait sans doute en France, un régime néo-fasciste semble pouvoir s’établir en Italie graduellement et « sans douleur ». La situation d’autres pays est plus compliquée. On imagine mal, notamment, comment une opposition nationale belge pourrait émerger du fait de la tension constante en Flamands et Wallons. Je glisse sur les autres pays, où les contingences locales modifient la donne de façon similaire (Espagne, où les tendances autonomistes de la Catalogne et du Pays Basque risquent de dissimuler les enjeux véritables; Pays-Bas, dont le gouvernement Balkenende vient de tomber en rapport avec la participation du pays à l’effort de guerre de l’OTAN en Afghanistan, mais où on assiste à un délitement apparemment inéluctable de la puissance publique depuis des années, discréditant l’image progressiste du pays; d’autres exemples pourraient être cités.)

    Il s’agit donc pour NOUS de participer à l’émergence d’une élite populaire susceptible d’apporter une contradiction politique forte aux pouvoirs en place. C’est plus facile à dire qu’à faire, essentiellement parce que les 30 années qui viennent de s’écouler ont accompagné le triomphe mortifère de l’hyper-libéralisme d’une hégémonie libérale individualiste dans les consciences. Comment faire renaître une tendance politique avant tout soucieuse du bien-être COLLECTIF? Telle est la question aujourd’hui posée. Mais il existe un phénomène nouveau sur le territoire français qui pourrait à terme déboucher sur un bouleversement de la carte politique: l’ascension encore balbutiante d’Europe Ecologie. Ce n’est pas un hasard si la remise en cause des conclusions du GIEC sur le réchauffement climatique intervient aujourd’hui. La finance (et ses divers relais politiques) souhaite étouffer dans l’oeuf les tendances à la radicalité politique qu’Europe Ecologie semble recéler en son sein, et pas seulement sur la question environnementale. (C’est, soi dit en passant, ce que confirme à sa façon le billet de Corinne Lepage sur « Tout est lié ».) A mon sens, sans exclure les contributions que pourront faire d’autres courants, là se situe actuellement notre espoir. On verra bien après les élections régionales si les « nouveaux Verts » confirment leur évolution récente, ou s’il ne s’agit que d’un objet politique mal identifié.

    Comme avec les régionales en France, aux Etats-Unis il va falloir attendre l’échéance des mid-terms pour voir si s’ébauche un nouveau mouvement progressiste autre que le salmigondis Tea Party + Indépendants actuel. Les diverses élections sont l’arbre qui cache la forêt, mais, au bout du compte, je fonde davantage d’espoirs sur l’émergence d’une éventuelle alternative politique en France. Aux USA, la naïveté politique du peuple, qui n’a jamais connu que le capitalisme depuis les années 30 (il ne faut pas oublier que les communistes et le syndicat radical CIO ont alors constitué une menace pour le pouvoir en place), est, par contre, insondable.

    1. Beau plaidoyer pour Europe Ecologie !
      Ont-ils seulement publié un seul texte qui indiquerait leur volonté de rupture avec le capitalisme, comme vous semblez le souhaiter à la fin de votre article ?
      A Europe Ecologie, ils ont annoncé récemment leur accord pour la modification du système de retraite. Est-il bien nécessaire de le modifier ? Alors que pour sortir du déficit, il suffirait d’exiger que tous ceux qui ont des dettes envers les caisses de retraite finissent par les payer, au lieu d’obtempérer. Et qui parle de la solution 3 du COR (Conseil d’Orientation des Retraites) ?

      En Allemagne, il est prévu de reculer à 67 ans l’âge de la retraite … en 2029 !!! Pas en 2012. Et leur population est plus âgée, le pourcentage d’actifs est moindre. Ne nous laissons pas berner par la propagande UMP, PS et …

      Pourquoi cette précipitation en France et en Grèce ?
      Sur la Grèce : http://www.latribune.fr/actualites/20100209trib000473534/grece-vers-une-retraite-a-63-ans-une-greve-lancee-contre-la-reforme-.html

      Si vous lisez l’allemand : http://www.spiegel.de/politik/deutschland/0,1518,470794,00.html

      Il y aura des manifestations en France.
      Manifester ne suffit pas, mais rester chez soi n’apporte pas davantage. La rue est le seul moyen d’action qui soit encore possible en Europe. Lors de la manifestation anti-OTAN à Strasbourg au printemps 2009, nous avons senti dans notre chair (gaz sur une foule pacifique, lâchés par des hélicoptères français et allemands) que cette liberté ne survivra plus très longtemps. Et avec le contrôle étatique de l’Internet et des portables qu’une loi française vient d’autoriser, tout manifestant étant catalogué de terroriste, comment s’organiser ?
      Bloguer, c’est bien, mais il faudra songer à quitter son ordinateur avant qu’une autorité le bloque.

      Une bonne lecture en attendant : « Le plan grec de Sarkozy »
      http://www.lepartidegauche.fr/editos/1929-le-plan-grec-de-sarkozy

    2. Je n’épouse pas telle ou telle thèse d’Europe Ecologie en particulier; je sais seulement qu’il existe en son sein des pôles de radicalité, à savoir des groupes de gens qui pensent que le dépassement du système actuel est indispensable. Reste à savoir si des idées idoines émergeront en pratique. D’ici les régionales, qui encouragent des tractations sans fin entre minorités, je ne pense pas qu’il faille s’attendre à grand chose. Au fur et à mesure que la crise s’aggravera, en revanche, des transformations auront lieu dans toutes les formations politiques, y compris au sein de la majorité parlementaire UMP. Il faudra simplement voir sur pièces ce vers quoi elles nous amènent. Certains oseront, d’autres pas, mais il ne fait pas de doute que la base poussera à la radicalisation. C’est pourquoi nous avons le devoir « d’ensemencer » ce mouvement avec les idées de Paul (et les nôtres). Ainsi que je l’ai dit, je n’exclus pas que des forces nouvelles se fassent jour au sein d’autres formations que les écolos. Je pense notamment au Front de Gauche (soit dit en passant, JL Mélenchon m’est personnellement sympathique, mais il y a encore en lui une rigidité institutionnelle héritée de son long passage au PS; je le crois capable d’évoluer, mais peut-être que je me trompe); le NPA, par contre, n’a qu’un seul projet: son propre triomphe en cas de mouvement social massif, les idées neuves ne l’intéressant pas. Rien de nouveau chez les trotskystes… J’ai comme l’impression que la population ne s’y trompe pas.

  27. @Paul
    Est-ce que le rejet de la population envers l’élite politico-financière n’est pas le ressort de tout gouvernement capitaliste qui se respecte ?
    Jefferson disait :
    « Les peuples ne devraient pas craindre leur gouvernement, c’est le gouvernement qui devrait craindre le peuple … »

    Les experts qui gravitent autour des puissants ont pour fonction de traiter les rapports entre les citoyens et leurs élus comme des « agents économiques » et leurs « managers », sans ce prisme le politique ne comprend plus son peuple. C’est parce que les politiciens ont peur des foules et de la masse que l’expertise économique a donné une grille de lecture censurée de la réalité vécue par les gens. Ainsi grâce à la réalité déformée vue par les experts, le législateur a organisé sa survie.

    Le contrôle social insidieux des sociétés capitalistes a pour déclencheur ce sentiment de peur qu’inspire une multitude de gens amassés devant le parlement, qui crie son désarroi devant l’obscénité des classes dirigeantes. Le divorce consommé entre les élites politiciennes et le peuple montre que les citoyens savent, sans forcément le formuler, que les puissants ont peur, qu’ils sont juste mort de trouille, que leur survie ne tient qu’à un fil. Il reste que « Il n’y a qu’un pas du Capitole à la roche Tarpéienne », et qu’en haut lieu, ceux-ci savent qu’il n’y aura pas d’airbag pour tout le monde !

  28. ZORRO ET LA BNP
    du 22 au 24 février 2010 : Dans un titre très fort, l’économiste JP Chevalier, un cavalier dans la nuit qui vend ses analyses entre 5.000 et 10.000 euros, a titré « BNP: Pas de panique, on coule! et il explique qu’au « 31 décembre 2009, le total des dettes se montait à 1977 milliards d’euros, soit 24,6 fois le montant des capitaux propres qui s’élevaient à 80 milliards d’euros ce qui représentait 4,1% du total des dettes. Les ratios de la BNP étaient donc totalement hors normes car µ doit être inférieur à 12,5, ou, autre formulation, le ratio Tier doit être supérieur à 8% ». Notre lecteur Mr Arfeuille nous fait le résumé sur la Société Générale et la BNP, « deux gigantesques bombes à retardement ». Et on comprend pourquoi les banques veulent garder votre argent à tout prix:

    – Total des dettes réelles SG : 1000 milliards d’euros.
    – Capitaux propres réels SG: 23,3 milliards d’euros.
    – Ratio d’endettement µ SG: 42,9. Le total des dettes représente 42,9 fois le montant des capitaux propres.
    – Pourcentage SG des capitaux propres par rapport aux dettes : 2,3 %.

    – Total des dettes réelles BNP: 1987,6 milliards d’euros.
    – Capitaux propres réels : 70,1 milliards d’euros.
    – Ratio d’endettement µ : 28,4. Le total des dettes représente 28,4 fois le montant des capitaux propres.
    – Pourcentage des capitaux propres par rapport aux dettes : 3,5 %.

    Et il ajoute: « les banques communiquent sur leurs soi-disant « actifs », les banques roulent des mécaniques en montrant qu’elles possèdent des milliards d’euros d’ »actifs » … mais la moitié de ces soi-disant « actifs » ont une valeur réelle égale à zéro ». En effet, c’est ça qui a coulé Lehman Brothers, obligé de vendre de toute urgence ses 2 tours Coeur Défense à 100 milliards de moins que le prix d’achat! Et voici la conclusion de Mr Chevalier: Oui, mais la réalité est pire encore … BNP comptabilise les actions de préférence et les titres super subordonnés dans les capitaux propres, alors que ce sont des dettes de la banque vis-à-vis de l’Etat qui ne se considère pas comme actionnaire mais comme créancier … Ces informations se trouvent page 57 dans les Etats financiers consolidés non audités. Sur cette base, les chiffres réels sont différents de ceux qui sont publiés officiellement … Quand une banque publie une fois des informations qui ne donnent pas une image fidèle de la réalité, il y a de fortes chances pour qu’il y ait d’autres irrégularités quelque part (il y a certainement d’autres cadavres dans les placards selon l’expression consacrée). Enfin, j’ai le grand plaisir de constater que ce que j’ai écrit à ce sujet, mon µ (mu) est parfaitement juste puisque derrière la communication financière trompeuse de BNP, on voit très bien que les dirigeants ont bien compris l’importance de ce problème caché au bon peuple mais bien réel. A ma connaissance, je suis encore le seul à traiter de ce problème en France et en français ». Voir ses tableaux ici, merci à Mr Arfeuille. Revue de Presse par Pierre Jovanovic © http://www.jovanovic.com 2008-2010

    pour des chiffres effrayants,pour sur
    on nous prend vraiment pour des gogos ou c’est le troll qui prend le dessus?!

    1. M. Chevallier est-il comme ma femme (qui s’appelle maurice, comme de bien entendu …), fait-il des numéros de claquettes ?
      Ou est-il vraiment crédible ?
      Quelqu’un pour confirmer ? M. Jorion ?

  29. M. Jorion. Bon dieu, conformez-vous à la règle : faites apparaître les liens en « bleu roi » comme c’est le cas dans le HTML standard. Au diable l’esthétique

    JPV

    1. De quelle « regle » parlez-vous? Cela est un peu excessif. Il n’y a pas de « regles » dans le monde de l’ergonomie Web. Il y a par contre de bonnes pratiques, qui evoluent au fil du temps et des habitudes. L’important est de rester coherent, et ce site l’est: liens dans une seule et unique couleur, et soulignés au passage de la souris…

    2. C’est possible, mais seulement au niveau du CSS du nouveau thème du blog. En général, les modifications de thème sont une option payante.

    3. @ Titus dit : 22 février 2010 à 16:42

      Pas règles, d’accord, mais usage. Encore faut-il passer le pointeur de la souris où est le lien. Or presque rien ne distingue un lien dans la présente présentation.

      Par usage, j’entends que, par défaut, les éditeurs HTML sont réglés sur bleu roi pour les liens et purple pour les liens visités. Si le purple est horrible (mettez donc maroon), le bleu roi est très convenable. Pourquoi le changer? C’est une convention tacite.

      JPV

  30. Le grand avantage des Américains (sur ces Français gardés en nursery), c’est qu’il y a plus de deux cent millions d’armes semi-automatiques et automatiques qui circulent dans la pays. J’espère qu’ils se sont approvisionnés de munitions en rapport avec les circonstances.

    JPV

    1. J’espère qu’ils ne sont PAS approvisionnés en munitions et que la force des idées nouvelles prendra le dessus.

      Par curiosité je suis allé voir le site de Gérald Célente, prévisionniste bien connu aux USA.
      On le présente souvent comme un annonceur de mauvaises nouvelles, or j’ai été surpris par certaines de ses prédictions concernant l’année 2010. Bien entendu il prévoie l’aggravation de la crise financière et économique, mais à coté de cela il prédit l’émergence d’une nouvelle économie de subsistance créative ce qu’il appelle « the mother of inventions » concomitant d’ailleurs au rejet des produits made in China.

      « The ongoing shock to the economic system is rebooting “Yankee ingenuity.” The need to overcome the effects of reduced individual buying power will lead to the invention of a new class of product which will be a major trend of 2010 and into the future: “Technology for The Poor.”

      Growing with the same speed as the Internet Revolution, the trend will be recognized, explored and exploited by legions of skilled but jobless geeks, innovators and inventors who will design and launch a new class of products and services affordable by millions of newly downscaled Western consumers…… » Gérald Celente » Trendsresearch.com

      IL y a quelques mois j’avais lu un article paru dans le WSJ qui allait un peu dans ce sens où il y était question
      d’associations permettant à chacun de s’initier au « do it yourself », cela allait de la réparation d’objets électroniques à la réalisation de nouveaux objets à l’aide des machines-outils numériques.
      Dans un pays comme la France le bricolage est une vieille tradition, mais aux USA son retour indique un changement d’état d’esprit des consommateurs passifs.

      Ce n’est pas la révolution, mais ces petites choses nuancent un peu la vision d’une société américaine qui serait totalement démunie face à l’adversité.

    2. J’ai lu (sur contre info il me semble) que depuis le début de la crise, le plein de munition soit fait… Sont-ils pour autant aussi dangereux que le film de Michael Moore (Bowling for Colombine) le laisse supposer, toutes proportions gardées (nombre de morts par armes à feu vs population totale) ? Ce qui s’est passé en Europe ces dernières années (fusillades dans des écoles en Finlande et Allemagne), laisse tout de même rêveur quant aux comparaisons avancées par M. Moore).
      Le problème comme d’habitude n’étant pas l’existence des armes mais l’usage qu’il en est fait.
      Attention, ne voyez tout de même pas en moi un partisan du port d’arme…

    3. @ Pierre-Yves D

      Ce que vous appelez le bricolage prend chez les Américains du nord une dimension inconnue en France (nous sommes loin de la tondeuse à gazon). Ainsi, un ouvrier soudeur (à 9$ de l’heure ce qui à l’époque – il y a a trente ans – était sans comparaison avec les salaires européens) possédant un grand terrain sur lequel il avait édifié sa maison, fut pris soudain par l’envie de pêcher ; il achète un vieux Caterpillar, le retape, se creuse un immense étang, l’alevine, puis pêche. Quand les bricoleurs français en seront là… Ce qui caractérise l’Amérique du nord, c’est la puissance et le « ne douter de rien ». J’espère qu’ils nous étonneront encore.

      L’un de ses fils, ouvrier lui aussi, avait un avion. Son autre fils jouait de la guitare et était scientologue. Une de ses filles était folle de négritude, se coiffait afro et avait épousé un noir. Son autre fille est celle que j’ai connue et qui avait du sang indien comme ses frères et soeur. La bourgade où elle naquit avait pour nom M’pah pah.

      JPV

    4. Products and Services for the Permanently Unemployed Consumer

      Traduction rapide du début…

      Produits et Services aux Consommateurs Chômeurs Permanents

      Développer les produits pour un marché en rétrécissement pose un ensemble de défis intéressant. Même si une entreprise fait un travail remarquable et est en mesure d’augmenter régulièrement ses parts de marché, ces gains sont réduits à néant si le marché se rétrécit sans cesse d’une quantité toujours plus grande. Par exemple, une entreprise peut avoir une conception exceptionnelle véhicule électrique, mais il est destiné à tomber en cours de route à une époque où le nombre de consommateurs qui sont admissibles à un prêt automobile est une tendance à la baisse, le marché des voitures d’occasion est saturé par des reprises de possession, et les gouvernements fédéraux, étatiques et municipaux sont incapables de moderniser leurs flottes de voitures parce que leurs budgets sont loin dans le rouge.

      Le développement de produits de consommation s’adresse aux personnes qui vivent dans des maisons ou des copropriétés, ont des emplois pour lesquels ils se déplacent en voiture, et de générer un flux régulier de revenu disponible. C’est le groupe auquel la presse économique se réfère souvent collectivement comme «le consommateur»: on le lit souvent que le consommateur fait des économies, que le crédit du consommateur est réduit, que le revenu disponible du consommateur diminue et ainsi de suite. Le consommateur n’est pas en croissance. Qu’est-ce qui vous reste à faire que de concevoir et fabriquer de moins en moins de produits?

      La réponse est aussi simple que cela est surprenante. Le consommateur ne s’évapore pas; le consommateur est en pleine mutation et en évolution. Aux États-Unis seulement, un demi-million de personnes par mois (en chiffres ronds) sortent de la population active. Bien que cela soit souvent décrit comme un état temporaire, la création d’emplois ne devraient pas prendre le rythme de si tôt, et peu de gens sont disposés à prévoir quand il sera à nouveau dépasser la croissance de la population. Même un scénario économique optimiste doit admettre qu’il existe une forte probabilité de prix de l’énergie de nouveaux pics de déclenchement de nouvelles périodes de récession, qui conduirait chômage plus élevés.

    1. J’ai vécu ça, en plus petit, évidemment, à Lausanne. En Suisse, tout homme mobilisable garde ses armes à la maison avec deux magasins garnis. Le dimanche il monde la côte du Valentin en mobylette avec son lourd fusil d’assaut qui tire le 7.65 NATO pour jouer l’apéro au stand de la Blécherette (les munitions sont subventionnées par le gouvernement et ne coutent que dix centimes de francs suisses).

      Les Suisses sont la plus ancienne démocratie d’Europe occidentale et sont le pays de Guillaume Tell, face à l’oppresseur bernois. Le major Davel n’est pas mal non plus. Les anarchistes jurassiens non plus.

      Les Français sont tenus pour des mineurs perpétuels (pas de fond, mais au sens romain). Vous n’avez pas honte ?

      JPV

    2. Regarder cette vidéo m’a laissé bouche bée. Et dire que j’ai a portée de main un livre de poésie russe pour enfants. Comment en est-on arrivé là ?

    3. S’il s’agit bien d’un canon Gattling, ces gens sont armés jusqu’aux dents. On est bien au delà des armes individuelles automatiques. Imaginez la garde nationale ou une police municipale face à des Toyotas armées de canon Gattling. C’est l’Afrique! C’est l’Afrique!

      Dans le sud ouest des dizaines de milliers d’hommes, ouvriers chômeurs pour a plupart (Cf. Evans Pritchard), vivent sous la tente, en treillis avec leur M16 à portée de main. Ils attendent d’en découdre.

      JPV

    4. Et de temps à autre le bon mari assassine sa femme avec l’arme subventionnée… C’est idyllique, c’est le terme juste, non?

      Des armes, des armes, c’est quand le désarmement? 🙁

    5. Ben voilà la cause principale du réchauffement climatique.

      Les voitures qui explosent c’est ce qui vient de canons Gattling à obus explosifs, ou alors de lance roquette de poche ? Le M16 n’y suffirait pas.

    1. Si mes estimations ne sont pas trop farfelues:
      400 pers. = 0,00014% de la population US
      1570 mia = 10.8% du PIB
      et selon la brève que vous donnez en lien, c’est plus que 155 millions d’américains.

      99,9999% de pigeons?

    2. Comment voulez-vous que ça ne pète pas, un jour ou l’autre. Pardon de dire les choses comme elles me viennent, parce qu’au fond, j’aimerais que cela soit autrement.

  31. Je viens de terminer votre livre sur vérité et réalité. Très passionnant! Bravo et peut-être une suite « Comment valeurs et richesse ont-elles été redistribuées ? Cela expliquerait sans doute le populisme ambiant et permettrait de mieux apprécier les risques et de dégager des solutions efficaces pour calmer la montée de l’irréalisme et de la pensée magique et sacrificielle.

    Aristote était plus naturaliste que Platon. Les observations restent le meilleur moyen d’échapper à l’étroitesse de notre cerveau. Avez vous remarqué comme il est petit, c’est notre regard qui est seul assez grand pour voir le monde et aggrandi encore grâce aux instruments que nous inventons.

    Ce sont bien les idées « chrétiennes » de nature providentielle et « grecques » de rationalité de la nature qui ont permis la formidable expansion de Sapiens Sapiens platonicus. Ajoutez-y l’argent et le taux d’intérêt et vous avez la success story capitaliste. Mais assez systématiquement il y a un ver dans ce fruit et je soupçonne que ce ne soit que la vielle pensée de Sapiens Sapiens Archaïcus qui malgré les furieuses répressions religieuses et universitaires coexiste dans le cerveau de chacun de nous.

    Nous sous-estimons grandement les forces de la pensée magique, la force irrépressible des affects créateurs involontaires de desordres sociaux (sentiment d’injustice, d’identification, perte de confiance) et la tentation de toujours revenir à l’archaïque sacrifice de la victime pour exorciser peur et sentiment d’impuissance: Shoah, purges staliniennes et même la bombe sur Nagasaki répètent ce vieux schéma. La pensée archaÏque est sans doute plus riche que le sacré fondamental. Avez-vous élaboré autour de ce sujet « anthropologique » appliqué au domaine de l’économie et des finances?

    Merci de votre réponse éventuelle

    1. La pensée sacrificielle n’a pas disparu de notre univers: elle a pris simplement d’autres formes moins « radicales » si je puis dire. je pense personnellement qu’il y a un lien fort entre entre certains fondements anthropologiques et la crise actuelle. Peut-être l’avez vous déjà fait, mais pour creuser le sujet dans ce sillon, un petit retour sur R.Girard et quelques « disciples » comme J.P.Dupuy ou A.Orlean s’impose.

  32. Je me rappelle avoir voté la toute première fois en 1981 avec fierté et pour des idéaux (qui dans les 5 ans qui suivirent avaient été jetés aux oubliettes, d’accord), et avoir voté la toute dernière fois par pis aller ne me reconnaissant plus ni dans la droite, ni au centre, ni dans la gauche (en me disant que pourtant ce n’était pas la place qui manquait au dessus !)
    Aux prochaines élections : je n’ai même pas l’intention de me déplacer (à quoi bon puisque les votes blancs sont Nuls, quelle marque de respect !).

    Mais ce n’est pas par rejet systémique envers un quelconque système d’élites politiques, managériales ou financieres ou d’un quelconque pouvoir en place. C’est tout simplement parce ce que je reconnais plus chez les hommes qui agissent dans ce système, peu importe leur couleur politique, la capacité à comprendre ni à agir pour le bien collectif. Leurs tours d’ivoire sont aujourd’hui trop hautes, bien au dessus des nuages, et comme ils n’en descendent que par procuration, je ne pense pas qu’il puissent avoir le moindre soupçon ni la moindre conscience de l’isolement obscène dans lequel les ont plongés leurs prérogatives princières. Leur vision du Monde : le pilotage populiste à l’aveugle à coups de sondages, le court terme pour ménager les intérêts et l’appétit pour le pognon de leurs amis, la gloire courtisane du fauteuil dans lequel ils sont vautrés… mais aucun projet, aucune vision de la société, aucun esprit de long terme, aucune conscience du raz le bol croissant que nourrissent leurs déclarations publiques et leur comportement… la situation ne serait pas si grave, c’en serait à mourir de rire.
    Ce n’est pas le système que j’ai cessé de respecter, ce sont ses dirigeants et la manière dont ils ont confisqué ce système.

    Un sondage en France sur la mesure de ce fossé serait sans aucun doute des plus instructifs. Mais un sondage de ce type, une fois analysé, digéré et intégré par les classes dirigeantes, ne ferait à mon avis que creuser encore plus le fossé : le système de décision est rendu à un tel niveau d’incohérence que je crois qu’il n’est plus capable de s’adapter à son rejet.
    Pour citer Phil, plus haut, le changement aura mathématiquement et logiquement lieu, la seule force capable de le mener se trouve dans la rue. Il ne manque plus qu’un ingrédient : le lien solidaire… et les loups pourront entrer dans l’arène.

    « … la plus grande douceur est d’occuper les hauts lieux fortifiés par la pensée des sages, ces régions sereines d’où s’aperçoit au loin le reste des hommes, qui errent çà et là en cherchant au hasard le chemin de la vie, qui luttent de génie ou se disputent la gloire de la naissance, qui s’épuisent en efforts de jour et de nuit pour s’élever au faîte des richesses ou s’emparer du pouvoir…. Lucrèce »

    1. @Pierre

      Je me retrouve totalement dans votre commentaires.

      Même époque et même désenchantement …

      Autour de moi il y en a d’autres, peut-être l’effet cinquantaine.

      Nous finirons par sortir de cette société en rompant nos habitudes et nos modes de pensées qui ont l’air désormais désuets (morale,éducation,respect…)

    2. @Pierre et les autres,

      Idem Peter, je ne sais pas écrire mieux que vous ce que je ressens.

      Pour changer ça, il y a beaucoup à faire, en vrac:

      -se remettre en cause est effectivement un préalable pour beaucoup et en particulier pour moi,

      -convaincre nos amis, il est d’ailleurs marrant de constater l’influence positive de ce blog sur mon « minuscule » pouvoir de conviction en matière économique, j’ai fait le test le WE dernier avec 3 amis cinquantenaires légèrement désabusés (+ mon fils de 17 ans dans le rôle de candide au pays des « vieux cons ») et c’est pas si mal pour une première.

      -Informer nos enfants

      -laisser transparaître nos idées à nos jeunes collègues (attention!!! pas forcément à nos « patrons/actionnaires », je sais de quoi je parle)

      -s’engager dans n’importe de quoi de concret pour ne pas désespérer

      -continuer sur ce blog, et faire grossir la pelote dans la durée (c’est à dire d’une part écouter, analyser, …ce qu’écrivent Paul, François et les autres et d’autre part écouter Laurence qui nous pousse avec constance à l’action)

      -se tenir prêt pour faire plus, chacun en fonction de ses aptitudes, moyens….

  33. Paul,
    je pense que vous aurez remarqué que l’accueil très mitigé qui a été manifesté à Corine Lepage sur votre blog, témoigne particulièrement de la défiance éprouvée par le citoyen à l’égard du politique.
    Cette méfiance n’est pas le fait d’un public « poujadiste » ou « populiste » que le tribunal des belles âmes discrédite d’un revers (élégant) de la main…
    Tout simplement, le public de ce blog est composé de « citoyens de bonne volonté ».
    C’est dire si les causes de la désaffection, du désintérêt et de la méfiance sont profondes.

    Pour ma part, je rejoins en cela les analyses de Bertrand Renouvin, je considère que ce sont les idées défendues par la deuxième gauche(*), qui ont amené, à juste raison, le peuple de gauche à se méfier viscéralement des politiques.
    Comportement complètement étranger à ses tradition.

    * incarnée entre autres, par Jacques Delors , Michel Rocard, Laurent Fabius et Pierre Bérégovoy

  34. Il est vraisemblable qu’une partie exposée de la caste financière-politique US soit inquiète quand elle prend en compte ces sondages.
    Ceci laisse place à quelques légendes urbaines, voire certains hoaxes (ou pas hoaxes) décrivant comment les « élites » US se planqueront quand le Peuple deviendra hargneux.

  35. Tout ceci est un très grand classique, qui porte un nom, on appelle ce genre de groupement/regroupement, une hétairie
    Voir également l’ouvrage d’Olivier Aurenche:
    Les groupes d’Alcibiade, de Leogoras, et de Teucros : remarques sur la vie politique athenienne en 415 avant J.C.

  36. Hier soir sur Arte une émission vérité sur la situation de certains citoyens pauvres vivant en caravanes délabrées en Californie…superbe de simplicité , de réalisme et peut-être aussi de résignation.

  37. Petites nouvelles du front (social) :

    ici (et si cela concerne les cadres, on risque d’en parler 🙁 )
    et enfin là
    « La moitié des 76 000 dossiers qui remontent à l’Institution sont des demandes d’information de droits. Un fossé s’est creusé entre le citoyen et l’Etat. Les personnes qui frappent à notre porte ont été mal comprises et mal orientées. Elles se sentent dépassées par des lois devenues trop complexes et changeantes. Elles se sentent mal défendues par l’Etat. »

    Et si M. Delevoye est ‘inquiet’, c’est que vraiment ça va mal …
    « J’estime à 15 millions le nombre de personnes pour lesquelles les fins de mois se jouent à 50 ou 150 euros près. Je suis inquiet de voir que des personnes surendettées peuvent se retrouver en plan de redressement personnel (PRP) pour la deuxième ou troisième fois parce que leurs dépenses dépassent structurellement le montant de leurs ressources. »

    Et la fumeuse loi sur le sur-endettement, toujours aussi molle ?
    Après, faudra pas s’étonner, faudra pas s’étonner …

    PS : et pendant ce temps là, on passe des lois super urgentes et essentielles … pour les pauvres dirigeants de sociétés (mais, précise-t-on, car on est gentil avec les pauvres, les salariés aussi, ils peuvent … rêver au capitalisme qui ne sera jamais pour eux, les sur-endettés).

  38. @ la parole et la responsabilité

    Le billet de Paul est d’autant plus intéressant qu’il correspond à un ressenti très fort dans le blog. Et comme tout ressenti de ce type , il faut le prendre pour vrai.
    Mais on examine les réactions sur le fond, elles témoignent plus de la frustration qu’autre chose. notamment autour du thème de l’opposition du peuple et des élites. Je voudrais noter trois points à ce propos
    Contrairement à ce qu’on pense généralement, la thématique de l’opposition entre le peuple et les élites n’est pas une thématique nouvelle dans notre histoire politique. On la retrouve même de façon récurrente, et c’est de ce genre de thématique qu’est né le libéralisme : le plus souvent autour de l’idée que le pouvoir politique est corrupteur en démocratie et que donc il faut le limiter ( il n y’ a donc pas à s’étonner que la gauche française soit aussi silencieuse, car in fine, elle se trouve dans une conjoncture politique avec laquelle elle n’est pas familière)
    2/ Cela explqiue qu’il faille prendre les tea pary très au sérieux : car il s’agit d’un retour aux valeurs fondamentales de l’amérique et tout mouvement de ce type est par définition à prendre au sérieux ( ce qui ne veut pas dire qu’il faille l’approuver)
    3/ On oublie trop facilement ici que nous sommes en démocratie, et que le peuple est par essence responsable de ses élus ( « généralement on a le gouvernement qu’on mérite ») . Les rapports entre le peuple et les politiques est donc plus complexe que ce que le langage « canard enchaîné  » laisse entendre. Si l’on doit reprocher quelque chose à quelqu’un ce n’est pas tant aux politiques qu’à ce que Habermas appelle l’espace public. Aujpourd’hui le peuple n’arrive pas à s’exprimer non pas parce qu’il n’en a pas les moyens, mais parce qu’il n’a pas les concepts les mots pour dire ce qu’il souhaite : et cela c’est une question de réflexion plus que d’action
    cordialement

  39. Merci encore pour cette remarque supplémentaire qui participe au dévoilement rapide des mécanismes du « gouvernement » (comment on nous gouverne de manière située dans le temps et l’espace) contemporain.

    Je trouve très intéressant de constater la puissance de la pensée mythique, qui a depuis des décennies élaborées une description très imagée des réseaux oligarchiques qui apparaissent aujourd’hui.

    De mon point de vue, ces « théories du complot », véhiculées dans toutes sortes d’expressions artistiques, « scientifiques » ou médiatiques, ont fonctionné pendant longtemps comme des mythes, des histoires puissantes avec un pouvoir d’explication à la fois ambiguë et totalisant. Le thème du « complot », pris de manière non-littérale disons, nous invitait à scruter l’existence de nouveaux lieux de pouvoir dissimulés, et les phénomènes de connivence entre des sphères que la pensée politique moderne nous a habitué à dissocier. Pris de manière littérale, le thème du complot avait la faiblesse de renvoyer à une ambition planifiée et raisonnée, un plan obscur qui ne rend pas justice à la puissance suffisante, au niveau de l’explication, des systèmes en place. L’article de Tchita sur la valeur des personnalités psychopathes pour les hautes sphères de la finance illustre ce point de manière exemplaire je crois.

    D’autres mythes vont probablement bientôt dévoiler leur vérité.

  40. Les Grecs esquissent un mouvement majeur, porteur d’espoir, et sur lequel les peuples européens doivent calquer une stratégie commune face au plan démoniaque des néo-libéraux pour la destruction en règle des droits sociaux. Si nos amis grecs flanchent, l’Europe sociale toute entière flanchera. Comme je l’ai écrit ici, les conséquences et le remodelage de nos sosiétés de l’après-crise se forgeront dans la rue. L’Histoire la démontré :

    La Grèce en grève mercredi contre le plan d’austérité
    L’Expansion.com – 22/02/2010 12:55:00

  41. Total désaccord avec cet article !!! Quand les politiques se mêleront de mieux représenter leurs électeurs, on verra fleurir racisme et xénophobie à la télé. Parce que les « vrais problèmes », comme le dit lou ci-dessus, sont « super chiants ». C’est pourquoi la télé n’en parle jamais sérieusement, et qu’elle fait écran entre les individus, les politiques, et la société dans son ensemble. Par contre, les faits divers saignants et émouvants passent très bien la rampe, tout comme les émotions fortes en général qui jouent sur l’identification/répulsion. Alors, si les politiques s’avisent de combler ce « fossé [qui] se creuse, ils le feront en polarisant les foules autour de leurs personnes, et ce sera sur le dos de certaines catégories sociales.

    « Représenter » pose un énorme et vain problème. Dans le monde du logiciel libre, des tas de gens se dévouent pour le bien public sans « représenter » quiconque. Je ne sais pas trop comment ça se passe, mais mon petit doigt me dit que les démocraties disposent là d’un modèle dont elles pourraient tirer quelque enseignement utile.

    1. http://www.lcpan.fr/emission/59608/video

      La distinction entre pouvoir et autorité m’a semblé bien ironique, lorsque Ciceron dit que le Sénat a l’autorité, et le peuple le pouvoir…

      Selon la célèbre formule de Cicéron, « cum potestas in populo, auctoritas in senatus sit ».

      Myriam Révault d’Alonnes

      * Poser la question «où est le pouvoir aujourd’hui ?» implique évidemment que l’on s’interroge sur l’autorité. Non seulement parce que les deux notions sont indissociables (bien que souvent mal définies dans les rapports qu’elles entretiennent), mais parce que, aujourd’hui, la question de l’autorité de l’Etat – et de son érosion – est au cœur de nos préoccupations.
      (Myriam Revault d’Allonnes)

      * Il y a donc dans l’autorité, si l’on retient ce sens fort, non seulement un pouvoir d’augmentation et de confirmation, mais une capacité inaugurale de créer ou de produire.
      (Myriam Revault d’Allonnes)

      * Le monde actuel, le monde sans autorité consacrée, semble placé entre deux impossibilités : l’impossibilité du passé et l’impossibilité de l’avenir.
      (François-René Chateaubriand, dans «Mémoires d’Outre-tombe»)

      * Je remonte de siècle en siècle jusqu’à l’antiquité la plus reculée : je n’aperçois rien qui ressemble à ce qui est sous mes yeux. Le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres.
      (Alexis de Tocqueville, dans «De la démocratie en Amérique»)

      * La « politique » compassionnelle est le contraire d’une politique, la « démocratie »«l’éthique de conviction», laquelle se voulait au moins fidèle à une exigence inconditionnelle : le devoir, l’idéal, la religion, la grandeur d’une « cause », etc.
      compassionnelle est une démocratie dévoyée, la morale compassionnelle est un substitut affaibli et détourné de ce que Max Weber appelait l’étique de la conviction (Myriam Revault d’Allonnes)

  42. Cela n’a pas valeur de sondage, mais j’ai eu l’occasion, la semaine dernière, de converser à plusieurs reprises avec une sénatrice.

    Mon sentiment, c’est que nous devions chacun être le martien de l’autre.

  43. 21] D.A., II, p. 147. Tocqueville donne également l’exemple de Mme de Sévigné qui a écrit, en 1675, que les pendaisons lui sont un rafraîchissement et que les galériens lui semblent être d’honnêtes gens qui se sont retirés du monde pour mener une vie douce. Mme de Sévigné, écrit Tocqueville, vivait dans une époque éclairée et n’était pas une créature égoïste et barbare, mais elle « ne concevait pas clairement ce que c’était que de souffrir quand on n’était pas gentilhomme. »

  44. Quelques précisions:
    Des écarts se creusent aussi à la base, pas seulement au niveau national, (le radeau prend l’eau de partout) entre la population et les élus locaux qui « gèrent » la crise aujourd’hui malgré leur appartenance aux partis de gauche souvent. Dans les communautés de communes les plus déshéritées (dont je suis), des conseillers municipaux s’opposent majoritairement aujourd’hui aux hausses de budgets à faire porter au peuple…
    Les notables de gauches sont cousus.
    Pourquoi?
    Parce que lors des dernières élections régionales, quand toutes les régions -2 ont été à gauche, les français attendaient une fronde généralisée, une bagarre.
    Ils n’ont eu que de bons gestionnaires capitalistes et des partis de notables à la place, qui ont profité du gâteau.
    Du coup, comment s’étonner même qu’on en soit là.
    Cela dit, ça ne peut qu’avancer maintenant… le seul problème c’est de quel côté la balance va-t-elle pencher: barbarie ou socialisme? Du point de vue du capital, on peut même aller jusqu’à la barbarie, du mien, il faut le socialisme mondial pour l’empêcher, et donc se battre, comme on peut, partout pour que la gauche fasse une politique de gauche!
    Quand la gauche va-t-elle rompre avec les intérêts des bourgeois, des financiers, et se fédérer autour d’autres valeurs que celles du capital? Les « gagneurs », les « compétences », les « objectifs », les « résultats », on en a soupé! Certains passent même par la fenêtre à cause de DRH zélés…

    On veut la solidarité pour la sécurité, le partage, l’amitié entre les peuples, la fraternité, la libération totale des femmes, l’épanouissement des enfants, et TOUT! On veut TOUT!

    Ce ne sera pas avec ce personnel politique là, c’est tout (ou seulement ce qui en restera)… mais ça avance, sûrement, la fin du combat se précise, c’est certain. Autant se tenir prêts. Qui tirera les premiers? That is the question… le capitalisme n’y a pas trop intérêt…mais quand même, il peut se sentir tellement pris au piège… et surtout, les salariés peuvent s’énerver tellement que…
    La mer monte, c’est certain. Espérons que des sages sauront réorienter les choses vers la raison en attendant… mais je n’y crois guère.
    Le capital n’aime que la chair à canon, c’est son destin de tuer les uns pour sauver les autres. Il ne sait pas tout préserver et libérer à la fois. Trop nul! 0sur 20!

    Fabulons un peu:
    D’ailleurs tous les pipeuls aujourd’hui sont dans leurs prisons dorées, je le rappelle. On ira leur jeter des cacahuètes bientôt. Ils n’osent plus sortir, s’exposer, ils changent de pays pour le Dakar, ils truquent pour encore exister, s’en vont louer aux Emirats arabes unis… ne parlent plus de leurs belles bagnoles, n’étalent plus leurs richesses. C’est dommage! mais c’est surtout un signe. Ils se planquent en attendant que l’ondée passe…pas sûr cette fois qu’ils puissent sortir avant longtemps…
    Ils sont presque has been, plus de ce monde.
    Tout le reste de la planète va bientôt nous appartenir…
    Réjouissons-nous donc finalement.
    Bon, c’est un peu pour détendre l’atmosphère puante tout ça, cette ironie à deux balles, mais ça parle… Bonne journée à tous.

    1. C’est bien de le dire, c’est encore mieux de l’écrire.
      Bravo pour votre billet qui nous défoule mais surtout met des points sur les iiiiii

    2. je vois assez mal l’épanouissement des enfants dans un système où les parents sont totalement libérés (ce qui suppose, qu’ils sont aussi libérés de la tache d’élever ces enfants).

      d’ailleurs pour mener à bout votre réflexion, que reste t-il encore à faire une fois qu’on à TOUT et que toute notion de limite a disparu ?
      est ce ça le socialisme ou s’agit-il juste de la logique du libéralisme poussée à son terme ?

  45. Oyez, OyeZ (ici, il vaut mieux écrire : Lisez bien bonnes gens.)
    Vous êtes vous rendu compte que tout ce fatras c’est implicitement une ode à ce qui fut appelé :

    LE PAYS REEL.

    1. 11/10/2009

      BFM Radio, le lundi 12 octobre à 10h46

      Publié par Paul Jorion dans Economie, tags: démocratie, reprise

      Les enfants et les adultes

      Je crois que c’est Charles Maurras, le politicien d’extrême-droite vociférant, qui introduisit dans les années trente, l’expression de « pays réel » pour suggérer qu’il existait, face au pays « légal », celui que les politiciens évoquaient dans leurs discours, mais qui n’était en réalité qu’un « pays d’apparence », une opinion publique véritable mais dont il n’était jamais question, et qui restait du coup cachée. L’expression « majorité silencieuse » utilisée aux États-Unis par Richard Nixon pour se référer à ceux qui approuvaient sa politique au Vietnam, appartient à la même famille.

      C’est un très mauvais signe pour les démocraties quand l’opinion publique se met à prêter attention à des notions comme « pays réel » : cela signifie que le sentiment se répand que dans la communication officielle, la propagande l’emporte sur la diffusion de nouvelles authentiques, et qu’il existe au-delà des annonces, de réelles informations, mais qui demeurent cachées – d’intention délibérée.

      […]

    2. Je préférerais que l’on ajoute aux frontons des mairies la simple lettre R, Liberté, Egalité, Fraternité Réelles.
      Soit : LEFR
      Et puis le dire c’est bien mais le faire c’est mieux et c’est pas Bourvil qui me désavouerait.
      Ou alors LEFRV : le faire pour de VRAI.
      Sur ce, en guise d’apéro, je vais aller boire un verre d’eau…..ferrugineuse.

  46. @ Mr. Jorion.
    Lecteur silencieux et assidu de votre blog, l’indignation me pousse à poster pour la première fois.
    Mme Lepage publia un article en ce lieu ce dimanche dernier.
    Au bout d’une centaine de commentaire, elle se contente d’une réponse générale et insuffisante que je résume en trois points.
    1) Condamnation de la thèse du complot, que personne ici n’a défendue.
    2) Un rappel de sa carrière et de sa fonction.
    3) Une conclusion « bateau » évoquant la nécessité de faire quelque chose, éventualité que nul réfute.
    En d’autres termes, elle ne respecte pas la règle implicite qui consiste à répondre aux commentaires les plus pertinents à ses yeux. En fait elle s’estime « au dessus de la mail-ée ».
    Vous parlez d’une méfiance envers les décideurs. La cause s’illustre sur votre blog.
    Une majorité du cosmos politique défend, parfois malgré elle sous la contrainte, les intérêts d’une minorité avant des idées au détriment du « vulgaire » prolétariat.
    D’où l’émergence d’un classisme qui fait perdre au jeu démocratique sa crédibilité.
    En période de vache grasse, ce racisme de classe est moins perceptible.
    Et c’est actuellement, lorsque le système peine à justifier sa pertinence, que cette appréciation éclate au grand jour.
    Mme Lepage, et c’est tout à son honneur, nous fait partager ses réflexions. Toutefois, en marquant ses distances, elle manifeste un certain mépris, ce qui révèle dans mon palais une note amère.

    1. J’ai moi aussi été un peu frustré par les commentaires lapidaires qu’elle a laissés après son dernier billet.
      Tout ce que vous dites est juste et est dit avec suffisamment d’élégance pour être entendu.

      Ceci dit, d’une manière générale, n’est-ce pas pratiquement mission impossible pour un homme ou une femme politique que de descendre dans l’arène, que dis-je, dans l’agora, où, en effet, il s’agit de converser d’égal à égal ?

      Mme Lepage aurait sans doute beaucoup de choses à dire, mais à trop entrer dans les détails — où se cache le diable pour reprendre une expression devenue commune sur le blog — elle prendrait le risque de devenir plus citoyenne que femme politique. La démocratie contemporaine est ainsi faite que les hommes et femmes politiques, du fait du jeu des appareils partisans, se doivent de retourner trois fois la langue dans leur bouche avant de répondre aux questions des citoyens, que ce soit en s’adressant directement à eux, aux journalistes, ou encore sur les blogs.

      Nous ne sommes pas dans une démocratie directe de style athénien mais dans une démocratie représentative, ce qui fait toute la différence et crée automatiquement cette distance — qui n’est pas nouvelle –, entre politiques et citoyens Le fait même qu’il faille distinguer deux catégories, celles des citoyens et des politiques, est déjà en soi très révélateur.

      Le moindre propos de sa part qui la démarquerait de la ligne de son parti serait dans l’heure qui suit repris dans les blogs et autres journaux en ligne. Seul un chef de parti, et encore, peut se permettre une réelle liberté de parole ou alors il faut prendre des risques. Sans doute Mme Lepage n’a-t-elle pas (encore) jugé nécessaire de les prendre, préférant alors utiliser le blog comme d’une tribune, ce qui n’est pas condamnable en soi mais, en effet, contrevient à la règle implicite que vous évoquiez.

  47. http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2010/02/22/a-florence-aubenas-faut-pas-prendre-les-enfants-du-bon-dieu-pour-des-canards-sauvages_1309484_3232.html

    Ceci est un article d’une certaine Louise Gaggini (auteur, peintre et sculpteur) à propos du récent livre de Florence Aubenas Le quai de Ouistreham.
    (Louise : absolument rien à voir avec moi)

    Cette dame descend en flammes le livre de F. Aubenas pour une seule raison : F. Aubenas est une journaliste CELEBRE, elle est passée à la TELE, sa photo a été dans tous les JOURNAUX, donc il est IMPOSSIBLE que PERSONNE ne l’ait RECONNUE.
    Voilà un bel exemple du gouffre qui sépare un certain microcosme du « petit peuple ».
    Que F. Aubenas ne soit pas reconnue par une tribu pigmée du fin fond de l’Afrique c’est normal, ces gens n’ont pas la télé, mais ses propres concitoyens, ne pas la reconnaître ? Insensé, ma chère !

    Je n’ai pas lu le livre, j’ai lu et entendu quelques interviews, et là aussi il y a de beaux exemples de fracture sociale.
    F. Aubenas était persuadée trouver un emploi immédiatement car elle acceptait n’importe quel emploi.
    Elle est tombée de haut !
    Un mois et demi pour avoir quoi ? 2 h de ménage !

    En l’écoutant je pensais à un reportage sur les travailleurs pauvres aux US qui couraient du petit matin à tard dans la nuit de petits boulots en petits boulots.
    Enfin, c’est aux US, chez nous c’est pas possible, regardez, il y a plein d’emplois non pourvus à l’ANPE !
    Hé bien si, c’est possible !
    Et, en plus, les personnes qui occupent ces emplois trouvent cela normal de partir de chez eux à 4 h du mat pour ne revenir qu’à 23 h après une journée dans les transports pour une poignée d’heures de travail !!
    Parce qu’il n’ont connu que cela !!
    E n Chine Mao envoyait les intellectuels aux champs.
    En France, il faudrait envoyer nos « élites » nettoyer les chiottes, sans oublier de passer par la case Pôle emploi, pour leur faire comprendre comment cela se passe !
    Le premier à dire : « Mais voyons, vous ne me reconnaissez pas ? Je suis M. X du ministère Y !!! »
    il se retrouverait à l’asile, parce que personne ne le croirait, tant les gens sont persuadés que leurs mondes sont tellement parallèles qu’ils ne peuvent jamais se croiser !!!

    1. Florence Aubenas est passée ce matin sur FR C, la matinale lui étant consacrée. C’est un intarissable moulin à paroles, un insupportable moulin à paroles qui est incapable de se taire 1 mn, et ce flot, cette logorrhée charrie bien sûr un insupportable flot de banalités grises, plates, que l’on sait déjà.

      1) Elle donne toujours l’impression même en s’impliquant de voir la souffrance d’autrui de loin, trop contente d’activer son moulin à parole intarissable, en comparaison par ex de Malaurie* parlant des inuits, quelle densité, quelle implication émotionnelle chez Malaurie* comparé à Fl Aubenas.

      2) Aubenas n’arrive pas à ne pas se mettre en avant elle-même, c’est pourquoi elle est vraiment.. une plaie ! Elle a fait un travail, de 6 mois, bon, mais elle n’a pas réussi à partager vraiment la vie de ses copines femmes de ménage, leur sort !, elle est restée cette indécrottable aristocrate, … Son habitus lui colle tellement à la peau qu’elle est incapable de réelle empathie… son narcissisme prend toujours les devants !

      C’est décevant et énervant. Elle est descendue faire une enquète sur les sauvages en France, sans bagage ethnologique, avec sa vision de journaliste sans profondeur.

      Kurt Wallraf lui, payait de sa personne, il fait partie mentalement du groupe dont il raconte l’histoire, de même que Malaurie* quand il va chez les inuits, il lâche tout, il abandonne la civilisation, c’est le partage d’une autre civilisation… Aubenas, non… C’est grave…

      * Derniers rois de Thulé (Les)
      par Jean Malaurie

      ( Livre )
      Plon
      Collection Terre Humaine
      1996, 844 p., 25.5 euros
      Première édition : 1955
      ISBN : 2259184677
      Avec les Esquimaux polaires, face à leur destin (sous-titre)

      Au cours de plusieurs missions et hivernages, Jean Malaurie a partagé la vie des derniers Esquimaux (Inuits), au moment où leur société archaïque était soumise au choc de la modernité. Ce livre, devenu légendaire, est le premier de la célèbre collection Terre Humaine créée par Jean Malaurie.

    2. C’est n’importe quoi cette dame artiiiiste de tout et tout, sans aller jusqu’aux toilettes, a t’elle déjà vécu seule et autonome avec un SMIG ?
      Je ne peux que lui conseiller de faire la même démarche que Florence puis de composer des toiles sans ette, sanisette, castagnette…….
      « Das hat a gnal » dit on pour faire court par chez moi.
      Le coup de mettre toutes les élites aux champs mais aussi d’emmener notre jeunesse parfois insouciante pour un petit stage de retour aux réalités et à l’essentiel de la vie me gratouille depuis un certain temps.
      Ainsi je n’hésite pas à emmener les MAM en refuge, loin des gadgets, ça respire à nouveau le bon air des campagnes ou des cimes, on peut aussi imaginer un mois dans une exploitation agricole.
      Tout cela permet de remettre les pendules à l’heure et de privilégier l’utile au futile et de goûter au bonheur simple et authentique.

  48. J’ai une question simple :

    Qu’aurais fait De Gaulle dans la situation ou nous sommes aujourd’hui ?

    Était-il de Gauche ou de Droite? Qu’est ce qui fait qu’un leader honnête sort du rang et trouve son autorité naturellement pour le bien de tous ?

  49. Claude Roche écrit ceci pour me contrer: « Votre chiffre de 40 % (du PIB comme rente du capital) est totalement fantaisiste »
    , mais voici quelques éléments pour confirmer mon affirmation. Libre à vous de produire des chiffres plus proches de la réalité, pour que nous puissions débattre plus sérieusement.

    Le Calcul de la rente du capital:

    Si nous évaluons l’épargne globale des ménages pour la France à 15 000 Milliards d’Euros environ et si nous appliquons un taux d’intérêt moyen à 3% annuels, nous obtenons un revenu d’épargne annuel à 450 milliards d’euros versés par les banques aux épargnants.
    En appliquant, ensuite, 4% aux intérêts que les banques appliquent aux crédits accordés, nous obtenons, en partant de l’idée que les banques prêtent évidemment ces mêmes 15 000 Milliards à leurs emprunteurs, nous obtenons que les banques reçoivent 600 milliards annuels de ces mêmes emprunteurs, à savoir les pouvoirs publics, les entreprises et les ménages.
    Les banques appliquent une marge d’1% (150 milliards d’euros) pour financer leur fonctionnement et pour faire des profits commerciaux.
    Actuellement, selon les données mêmes des banques centrales, les banques perçoivent tous les ans plus de 600 milliards d’euros en intérêts de la part des emprunteurs.
    Cela revient à dire que, pour un PIB de 2 046,899 milliards d’Euros annuels (en 2007) en France, qu’au moins 450 Milliards d’euros, soit près de 22%, sont versés aux épargnants et constituent la rente du capital, rien que pour l’épargne bancaire.
    En ajoutant à ces sommes les autres revenus du capital, les dividendes et les placements via les assurances vie par exemple, on peut sans doute doubler les revenus annuels réels du capital. De ce fait, ce ne sont pas les 5% annuels d’un emprunt qui sont ruineux, mais la prise en compte de l’ensemble des frais financiers occasionnés par les placements capitalistes.
    Un chiffre de 40% (800 milliards sur 2000 milliards) n’est que provisoire, il augmente tous les ans selon une courbe exponentielle, car les intérêts du capital s’ajoutent tous les ans aux capitaux placés et font que les revenus du capital augmentent selon un mode exponentiel quand le PIB n’augmente pas ou, au mieux (comme dans le passé) de 3% par an.
    Cela signifie que le PIB augmenterait, au mieux et en cas de croissance à 3%, de 60 milliards par an. La rente du capital représente près de 800 milliards, et elle augmente, bien sûr, aussi de 3% annuels, quelle que soit l’évolution du PIB. Et la rente du capital augmente même quand le PIB baisse. On peut donc dire, qu’avec une croissance de 3%, nous aurions une redistribution de revenus du travail dans la population à peu près stable d’une année sur l’autre. Mais, dès que la croissance fléchit, la rente du capital augmentant selon le même rythme qu’auparavant, la part du PIB redistribuée comme revenu du travail diminue plus ou moins sensiblement.
    D’autre part, les revenus du capital impliquent que ces revenus se replacent sous forme de crédits, et il s’ensuit que la dette en face augmente d’autant, entretenant et accentuant le versement des revenus en faveur du capital et au détriment du revenu du travail.
    Jusqu’où ? Jusqu’au moment où les débiteurs seront mis hors d’état de « servir » les prêteurs (capitalistes), c’est-à-dire que nous y sommes ! Il est certain, dans ces conditions, qu’en l’absence de toute croissance économique ou d’une baisse du PIB comme en 2008 et en 2009, le poids de cette rente retentit très fortement sur le revenu du travail disponible et redistribué. Une sensible baisse de la demande solvable et ensuite du PIB est tout aussi inéluctable qu’une augmentation du taux d’épargne des ménages les plus aisés. Cela n’est pas un hasard mais parfaitement corrélatif, car il faut compléter cette remarque sur le taux d’épargne des ménages aisés par celle concernant l’endettement des moins aisés et des pouvoirs publics, car l’épargne d’un côté et la dette de l’autre sont parfaitement jumelles.
    Sans les injections massives de liquidités par la banque centrale, nous assisterions déjà à une baisse marquée et déflationniste des prix, car une part croissante de l’épargne ne trouve plus d’emprunteurs solvables susceptibles d’acheter les biens et services produits dans sensiblement le même volume que l’année précédente en cas de croissance nulle ou dans un volume faiblement plus élevé en cas de croissance positive ou un peu moins en cas de baisse du PIB. En toute rigueur, on peut donc même affirmer que l’épargne ne pourrait plus augmenter sans les injections massives de liquidités, car l’insolvabilité massive des débiteurs dégraderait violemment l’épargne. Les injections massives de liquidités sont bien une tentative, vaine sans doute, de protéger l’épargne en proposant de la monnaie liquide, des SMD (signes monétaires durables) liquides en lieu et place d’un remboursement de créances « toxiques ».
    Malgré ces efforts de l’autorité monétaire, le climat est presque déflationniste pour les biens et services, car, comme nous l’observons, l’essentiel des injections liquides nourrit des bulles spéculatives des actifs financiers et des matières premières dont les prix ont fortement augmenté sur un mode très inflationniste et spéculatif dans ces secteurs, accentuant encore la pression déflationniste sur les biens et services de la consommation courante. Il est cependant prévisible que ces bulles éclateront de temps en temps, et cela conduira ensuite à des repositionnements liquides assez spectaculaires de la part des investisseurs. Et les crédits distribués à l’économie continueront à baisser.
    Si, en 2009, la baisse de la demande a ainsi pu être limitée par la substitution de la demande publique (via un endettement massif et forcé) à la demande des ménages, il est évident que c’était un coup de fusil « à un coup ».
    En attendant, la rente capitaliste continue à présenter sa note. Il faut donc bien prendre conscience que, pour chaque euro dépensé, au moins 40 centimes représentent la rente du capital !

    Alain V dit :
    22 février 2010 à 20:17
    « … ce système universitaire à la pensée zéro ».
    Pensez-vous vraiment ce que vous écrivez là ? Ou alors dites clairement qui vous visez. Beaucoup d’universitaires « qui pensent » lisent ce blog et y écrivent …

    JF: Oui, je le pense très sérieusement! Tantr que ce vrai problème, la concentration massive et mécanique des richesses en très peu de mains n’est pas thématisé sérieusement en s’intéressant au signe monétaire lui-même, je ne vois pas comment les universitaires aussi cultivés qu’ils puissent être, nous apportent quoi que ce soit!

  50. Rajoutez à cela l’ACTA négocié en totale opacité, les lois votées mais anticonstitutionnelles … Les élites n’aiment pas le peuple, et ça devient criant. Il parait que l’insurrection qui vient fait un carton aux USA (source: @SI).

  51. à merou:
    Oui, le fossé peut devenir tranchée, sans doute.
    En même temps, nous avons à faire avec une véritable farce.
    Comme je l’ai souvent exposé, il me semble qu’une majorité pourrait un jour se réunir en faveur d’un signe monétaire marqué par le temps (SMT) qui en finirait aussitôt avec l’ordre capitaliste. Mais pour ce faire, une révolution de la pensée économique me semble indispensable. J’appelle toujours solennellement tous les professeurs, que j’attaque si violemment par ailleurs, à un examen sérieux du signe monétaire tel qu’il est, car son caractère « réserve de valeur » et thésaurisable est vraiment « raisonnablement » intenable et incompatible avec sa circulation convenable. En finissant avec cela, on découvrirait que le capitalisme et sa monstruosité n’était « que » ça.
    Puisque l’immense majorité en tirerait un avantage immédiat sans pour autant tirer même un coup de fusil et sans déposséder violemment les plus riches, il me semble que cette solution pourrait un jour s’imposer de son évidence.
    Evidemment, la rente du capital disparaîtrait instantanément, et les grosses fortune nepourraient évidemment pas se maintenir et devraient décroître à mesure que les dettes se résorderaient. Cette sortie de l’horreur capitaliste me semble quand même plutôt « cool » et paisible!
    Mais le plus dur est effectivement: balayer tout ce faux savoir de la pseudo « science » économique qui doit, en vérité, même plus satisafaire nos économistes, car ils sont à ce point incapables de proposer une solution satisfaisante pour sortir de la crise financière!

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