Vers les monnaies libres : une alternative décentralisée au système monétaire capitaliste, par zoupic

Billet invité.

Depuis août 2007, je suis la crise du subprime au jour le jour. J’ai cherché de blog en blog des possibilités, des solutions concrètes pour sortir de ce système. Après avoir longtemps cherché, être parti du plus bas : l’individu, et être monté jusque dans les sphères de la spéculation financière et du casino de haut vol, j’ai trouvé une possibilité d’évolution dans laquelle j’ai choisi d’investir mon énergie et mon temps : les monnaies libres.

Le yin et le yang

Les systèmes monétaires mondiaux sont tous interconnectés, l’argent comme un fluide se répand et se déplace pour aller dans les niches où il sera le plus rentable, perdant à la fois la notion de sens et d’éthique. Comme le dit Bernard Lietaer, membre du club de Rome, fondateur de l’euro, ancien haut fonctionnaire de la banque centrale de Belgique, c’est le système qui est défaillant. Avec plus d’une centaine de crises dans les 25 dernières années, le problème est systémique. Comment à partir de ce constat, construire un autre système, ou un système plus résilient ?

Si la mondialisation et l’unification des monnaies avait un but de performance et de simplification, il est nécessaire aujourd’hui de reconnaître et d’accepter que ce système ne fonctionne pas convenablement. Comme un Monopoly, il se joue avec un début et une fin, et la structure du jeu nous mène inexorablement vers l’enrichissement d’une partie des joueurs face à l’endettement de l’autre partie. Notre système capitaliste qui a pour base simple la rentabilité et la multiplication des capitaux par son interconnexion croissante grâce à la modernisation des technologies de l’information accélère le rythme de la partie, et avec elle la fréquence des crises. D’après des recherches sur la durabilité des systèmes complexes, il faut trouver un équilibre entre performance et résilience. Jusqu’à aujourd’hui, nous avons réduit continuellement la résilience et la diversité des systèmes pour s’orienter uniquement vers la performance, au prix de nombreuses crises ravageuses. Comme le panda, ne mangeant que du bambou se retrouve très fragile lorsque son unique aliment est décimé, si on lui apprend à diversifier son alimentation, il résistera mieux aux aléas de la nature.

Si le système en place représente le yang par sa force dominante, sa puissance et son développement, les monnaies libres ou monnaies complémentaires peuvent représenter le yin qui donnera à notre système une deuxième jambe quand la première casse, un plan B. Le WIR né en Suisse en 1933 en est le plus vieil exemple : suite à la grande dépression, les entreprises se solidarisent et créent une monnaie d’échange basée sur la solidarité : Wir signifiant nous en allemand, ou WIR comme Wirstchaft signifiant économie. Par le manque d’alternatives à l’époque, ce processus permet aux entreprises de continuer à échanger malgré la pénurie de monnaie traditionnelle. Depuis presque 80 ans, ce système a servi de plan B dès que le franc suisse a connu des faiblesses, les échanges se déroulant dans la monnaie la plus stable.

Les monnaies libres, outil de démocratisation de la monnaie

Comme les blogs ont permis aux particuliers de devenir médias, les monnaies libres sont l’opportunité pour les collectivités locales, communautés et pour l’économie sociale et solidaire de se doter d’un système monétaire complémentaire, défini selon leurs besoins. Depuis 1971 et le décrochage du dollar de l’étalon or par Nixon, on sait que l’argent n’est plus rattaché à aucun métal précieux. Sa valeur est donc uniquement dans la confiance que nous avons dans le système, et de trouver un interlocuteur qui accepte le billet contre une marchandise bien réelle. Techniquement, un système monétaire peut être fait à partir d’une feuille de papier et d’un crayon, d’une feuille de tableur partagée, ou pour les plus modernes, d’un système d’information bien organisé. En Afrique, la plupart des habitants n’ayant pas de comptes bancaires, c’est le téléphone et les crédits mobiles qui servent de moyen de paiement. De ce fait, il devient relativement accessible techniquement pour tout groupe de personne de se doter de la tuyauterie pour pouvoir mesurer, échanger et comptabiliser les échanges.

De la même façon que de nombreux blogs ont permis d’apporter de la fraicheur dans l’horizon des médias, les monnaies complémentaires sont en train d’éclore comme autant d’alternatives locales décentralisées pour permettre les échanges au fur et à mesure que la panne sèche s’annonce. Déjà 4000 monnaies complémentaires fonctionnent dans le monde et sont autant d’expériences d’autres systèmes d’échanges et de mesure des richesses. De nombreuses monnaies locales permettent de stimuler les échanges régionaux et de protéger la fuite des capitaux vers les vortex captateurs que représentent les pompes capitalistes sous toutes leurs formes. En France le sujet connaît de plus en plus de succès avec des initiatives comme en Ardèche ou à Villeneuve sur Lot avec les abeilles, le SOL ou encore le RES en Belgique.

Comme GNU-Linux, c’est pour moi une évolution inévitable : une grande philosophie directrice et de nombreuses applications variant selon les territoires, les valeurs et les priorités locales.

La monnaie, accord multilatéral d’une communauté de jouer à un jeu

La monnaie n’est que le média de l’échange, la confiance est celle que nous avons dans le système, dans ses garde-fous, dans ses utilisateurs. Il semble que cette confiance ait tendance à dégringoler à vitesse toujours croissante au fur et à mesure que le rideau de fumée qui nous séparait des hautes sphères de la finance se lève et révèle au plus grand nombre la réalité des pratiques qui font tourner les bourses de ce monde.

Si vous ne leur faites plus confiance, faites vous confiance ! D’un accord commun d’essayer autre chose, les joueurs peuvent s’organiser pour créer les règles du jeu auquel ils souhaitent participer. Et si on arrêtait le Monopoly pour découvrir autre chose ? Et si le but n’était pas d’être le plus riche ? L’intelligence collective que nous pouvons mettre en place est ici sérieusement à l’épreuve, la monnaie n’étant qu’un outil, ce sont bien nos intentions profondes que nous remettons en lumière quand nous nous interrogeons collectivement sur l’intention que nous plaçons dans notre monnaie : quelles sont nos valeurs, quelles sont nos richesses, que souhaitons nous promouvoir, quel est le but de ce système complémentaire ? Comment faire ? Quelle sont les règles d’émission de la monnaie, et son circuit ? Qui émet ? Quelles sont les limites de richesses possibles ? L’argent travaille-t-il ? Touche-t-on des intérêts si on immobilise une somme ? Les sommes qui transitent sont-elles transparentes ? La monnaie est-elle fondante ?

C’est là la vraie racine du problème : les règles, le code de la monnaie, ses degrés de liberté, son intention, son éthique. Quel code pour quel fonction ? Nous connaissons désormais les paramètres de l’équation que le capitalisme a oubliés, à chaque communauté de composer un savant mélange pour représenter au plus proche de la réalité ses richesses, en respectant la terre, les ressources limitées, l’environnement et en favorisant ce qui n’était pas pris en compte dans le système qui agonise sous nos yeux.

Entrez dans le flux, faites tourner

Repenser la monnaie, c’est comme repenser le sang qui nourrit les différents organes du corps en oxygène. Il s’agit de penser à des propriétés et des circuits qui approvisionnent tous les organes et qui promeuvent le mouvement, la circulation et empêchent la stagnation et l’accumulation. En médecine, toute accumulation est synonyme de maladie, comparez la sous-monétisation de nombreux pays par rapport aux concentrations dévastatrices du cœur du système permet de comprendre ce qu’il faut éviter. Si la monnaie telle que nous la connaissons, définie par les règles capitalistes entraîne un effet de vortex ou d’aimant, avec la loi de Pareto en démonstration, il s’agit ici d’encourager la circulation des richesses, leurs fluidité et de remettre l’argent et la monnaie à la place de média, représentant les richesses réelles et non comme richesse en tant que telle.

Dans le fond, tenter les monnaies libres, ce n’est pas utiliser un outil miracle, ce n’est pas changer de système, c’est penser une autre manière d’être et de vivre ensemble, de reconsidérer la richesse et l’échange afin qu’ils servent l’humain et la planète dans toutes leurs dimensions. C’est aussi une manière d’arrêter de critiquer vainement le haut de l’oligarchie de Simon Johnson et de se retrousser les manches pour mettre en application concrète d’autres systèmes d’échanges.

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65 réflexions au sujet de « Vers les monnaies libres : une alternative décentralisée au système monétaire capitaliste, par zoupic »

  1. Une monnaie libre, c’est un des piliers de reconstruction de l’économie sociale auquel j’adhère. Toutefois, après analyse et réflexion de ce qui se passe dans les SEL, j’ai plutôt opté pour une monnaie « dédiée » aux activités sociales de façon à délimiter les champs d’action de cette monnaie, plutôt que de la placer en concurrence avec la monnaie courante. Afin de redistribuer l’activité et de mieux s’occuper des activités sociales, je propose que l’individu « ordinaire » s’appuie sur trois pôles d’activité, une activité familiale, une activité productive et une activité sociale, chacune ayant sa logique.
    http://solidariteliberale.hautetfort.com/archive/2005/04/29/le_contrat_de_travail_mixte_co.html

    1. Oui Michel, la monnaie peut-être dédiée, limitée, affectée à certains usages précis, non ou peu couverts par le système conventionnel.

  2. remplaçons l’autocratie du Capital par les monnaies d’échanges démocratiques.

    proposons à Paul d’accepter les dons en « zoupics » et non en pic’zous…

    bravo à vous !

  3. Soit, faire du protectionnisme tout à fait justifié par rapport à une sphère depuis bien longtemps déconnectée du réel.
    Commençons avec l’Euro. Cela permettra une autarcie bénéfique.
    Notez d’ailleurs que la France est auto-suffisante du point de vue alimentaire et économiquement exédentaire entre ses entrées de devises par le tourisme et la technologie de pointe et ses sorties de devises par le pétrole…

  4. Bien évidemment, le monde de demain passera par des monnaies locales qui correspondront à des micros sociétés partageant certains buts, reste qu’une société de plusieurs milliards d’individus ne peut fonctionner avec des monnaies incompatibles.

    Sans doute aussi une manière de dire que l’individualisme se complait dans une monnaie unique sans âme et informelle, qu’à travers ces monnaies particulières, il faut voir la création de systèmes de partages plus convivial…

    Reste que nous ne pouvons avoir plusieurs monnaies différentes, bien évidemment en cas de crise profonde, type éclattement du système, le recours à ces monnaies qui ressemblent un peu à du troc sera bien utile, mais dans une société aussi complexe que la notre, il ne pourra subsister bcp de monnaies différentes, bien évidemment si nous revenons à la société grecque tout est possible, mais cela voudra dire que la crise aura été réellement explosive…

    Je pense que la complexité de ce monde fait que la spécialisation sur un domaine est une des raisons de la crise actuelle, une bonne question au demeurant, ce monde ne serait il pas devenu trop complexe pour l’homme que nous sommes….

    Pour parfois remettre les idées en place de certains, je dis souvent que les grands philosophes sont toujours les grecques, c’était il y a 3000 ans, avons nous progresser depuis ces 3 millénaires, sans doute dans l’information et la connaissance bien évidemment mais pour le reste…!!!

    1. Cher Bourdon, le but des monnaies libres tel que je peux le concevoir pour l’instant n’est pas de réinstaller un système de royaumes autarciques, mais bien des cellules et des circuits locaux, connectés les uns avec les autres mais avec des mesures plus protectionnistes et une sorte de rétention au niveau local.

      Ce n’est pas acceptable que la crise du subprime, qui bave sur le pétrole, entraîne une hausse des prix des céréales qui entraîne des crises de la faim en Afrique. Les deux n’ont rien à voir et les africains ne devraient pas payer pour les erreurs des joueurs du casino.

      Il faut trouver un système de vase communiquant qui permette à la fois de refaire des cercles locaux interconnectés, mais avec des règles et des fonctionnements différents: les capitaux ne doivent pas pouvoir fuir et délaisser complètement un système comme c’est le cas lors d’une crise où les pompes aspirent les liquidités pour renflouer leurs créances.

    2. « reste qu’une société de plusieurs milliards d’individus ne peut fonctionner avec des monnaies incompatibles »

      Je pense que le modèle envisagé est plus une pyramide de monnaies: une monnaie globale, des monnaies continentales, des monnaies régionales, des monnaies locales (+éventuellement d’autres monnaies pour usages spécifiques). La diversité peut sembler une augmentation de la complexité et donc un inconvénient, mais c’est en partie le but recherché pour augmenter la résilience.

      Rien n’interdit techniquement d’interconnecter tout cela d’un manière ou d’une autre, parce que tout serait vraisemblablement électronique.

    3. Imaginons qu’émerge un jour une monnaie unique mondiale, perspective extrême, envisagée tout de même par quelques uns, notamment au réseau voltaire. C’est alors typiquement la porte grande ouverte à un gigantesque jeu de monopoly, avec les gagnants et les perdants. Plus la monnaie est répandue, plus elle fait de victimes et de cupides. En revanche, une multitude de monnaies locales, qui par essence ne sont destinées qu’à faire fonctionner l’économie locale non mondialisée, présentent un risque moindre d’attirer ceux qui en veulent toujours plus. Ce raisonnement me semble évident, mais je peux me tromper…

  5. Autant réinventer le troc, Zoupic…

    Non, je crois que la solution est avant tout politique et idéologique, l’économie n’étant que l’outil qui peut servir un système de société et n’en étant absolument pas le coeur.
    L’erreur absolue du système capitaliste est là, d’avoir mis, au centre de son organisation, le fric comme ultime objectif, en perdant de vue le bien-être humain.

    Les altermondialistes sont bien sympathiques, mais ne nous aident absolument pas à en sortir car ils veulent « faire » à côté, sans détruire ceux qui vont nous zigouiller.
    La menace sera toujours là, tant que la finance capitaliste produira ses entourloupes (elle en a qqs unes d’avance à mon avis d’ailleurs…et on ne peut lutter sur son terrain) et nous paierons donc tous pour ces requins, et plutôt deux fois, voire trois fois qu’une durant notre vie (je suis sûrement en dessous de la vérité à ce niveau).

    Et aujourd’hui, je suis de tout coeur aux côtés du peuple grec, je leur souhaite bonne grève générale (malheureusement, nous en sommes là, à l’affrontement généralisé), et j’attends de les rejoindre dans un mouvement mondial et solidaire pour en finir avec ce système, catastrophique aujourd’hui pour l’humanité entière (division entre les sexes, entre les générations, entre les pays… bref, la paix quoi!).

    Le capitalisme n’aura jamais plus le « visage humain », s’il l’a jamais eu un jour! Je pense aux enfants exploités dans les mines que décrivait V.Hugo dans Mélancholia, aux barbaries produites par le colonialisme, comme les enfumades de femmes et d’enfants dans les grottes en Algérie, vers 1850, etc. Aujourd’hui, ce sont les petits indiens, les délocalisations qui tuent à petit feu nos régions…
    C’était déjà là, l’horreur! Et elle est toujours là!

    Si on pouvait agir, organiser les gens, au lieu de faire salon, ça m’arrangerait… il faut inventer d’urgence un autre système, construire un programme, un parti qui le porte… et si nous n’avons pas le temps, il faut déferler dans les rues…
    Ce blog a le mérite d’exister pour discuter, mais il faut aller plus loin dans la discussion même. Dans son billet du jour, Paul Jorion dit bien que, finalement, le capitalisme, 4 mois après le début de la crise, poursuivait dans la même voie et répétait ses erreurs. C’est donc que ce marasme lui convient pour justement s’enrichir!

    A bas ce système, un point, c’est tout… comprendre leur magouille devient même vain, et inutile. Une pure perte de temps. De simples constats suffisent à refuser le monde comme il va. Passons à l’offensive.
    Bonne journée à tous… avanti!

  6. J’ai l’impression que les propositions concernant l’introduction de nouvelles variétés monétaires n’ont pour rôle que de combattre les symptômes et non la raison profonde d’un dysfonctionnement central qui, invariablement et quel qu’en soit le vecteur, reviendra toujours à considérer in fine la monnaie comme une fin en soi et non comme un moyen.
    Je partage avec vous l’importance du faire.
    Mais « retrousser ses manches pour mettre en application concrètes d’autres systèmes d’échanges » me semble bigrement complexe:
    . à quel niveau d’application, masse critique
    . public concerné
    . isolationnisme induit par la pression du système dominant
    . fragmentation des objectifs
    . émiettement de l’énergie
    . émergence de nouvelles hiérarchies
    . communautarisme inéluctable

    J’ai la conviction que seule l’approche politique, nourrie de l’expérience concrète et prégnante des situations vécues, sera à même de domestiquer les systèmes d’échanges, pour ensuite leur assigner les objectifs ad hoc .
    Pour être complet, j’ajouterai que les conditions dans lesquelles une nouvelle politique émancipatrice émergera reste pour moi totalement mystérieuses.
    Pour être précis, je compte beaucoup sur la force des choses, qui vous l’avez remarqué, ne se laisse pas facilement aller aux confidences.

    1. Je suis d’accord avec vous sur le fait que ces nouvelles variétés monétaires ne peuvent que combattre les symptômes.
      Comment faire lorsque vous voulez payer votre abonnement internet, téléphone, loyer, edf etc, etc………?
      Et je ne parle même pas de ceux qui ont des crédits à rembourser !
      Il faut donc avoir une double vie :
      d’une part trouver des euros pour payer ce qui doit être payé en euro
      d’autre part trouver dans une autre monnaie de quoi subsister

      Je pense que des millions de personnes fonctionnent déjà sur ce modèle.
      Un ou plusieurs petits boulots pour assurer le toit et les factures incontournables, le reste en « débrouille » .
      Je garde ton bout de chou quand tu vas bosser, ramène moi le pain en rentrant, enfin des tas de trucs de ce style qui ont déjà institutionalisé une forme d’économie parallèle qui permet de survivre mais pas de changer le système.

    2. Bonjour Claude,

      Effectivement c’est bigrement complexe de repenser le système de A à Z. C’est pour ça qu’en repartant d’en bas, on peut regarder et concevoir ce qui a de la valeur et du sens à nos yeux.

      .Michael Linton, créateur des LETS / SEL parle d’une masse critique d’au moins 3000 personnes pour permettre une certaine fluidité dans les échanges.
      . Le public concerné est ceux qui ont conscience de la défaillance du système et qui ont envie d’essayer autre chose. Si dans la réflexion et dans la théorie tout semble complexe, dans la pratique utilisateur, cela reste accessible et simple. Les abeilles sont une démonstration vivante de ce qui se fait à l’échelle d’un village, entre les citoyens et les commerçants. Quand on les entend parler, rien de bien sorcier dans tout cela.
      . l’isolationnisme est plutôt une reconnexion locale, faire confiance à son voisin et ses partenaires locaux. La monnaie et la reconnexion au niveau local n’empêche pas de continuer à agir et utiliser la monnaie traditionnelle, mais c’est une façon de redonner de la vie à un niveau qui ne peut concurrencer ce que j’appelle les pompes capitalistes.
      . Pour les objectifs: les populations, les problématiques et les richesses sont différentes au niveau local entre Lille Brest et Marseille. Elles le sont encore plus entre la Namibie, le Brésil et le Japon. Il me paraît normal que les objectifs locaux soient différents. La grande direction reste cependant la même: si le monopoly représentait pour but ultime d’être le plus riche pour finir la partie, ici il s’agit de faire une partie infinie dans laquelle le but est de s’enrichir collectivement sans oublier de considérer les coûts de l’environnement.
      . L’émiettement de l’énergie se traduit dans une prise de conscience et de responsabilité locale. Là où nous nous sentons impuissants face à la grande machinerie, ici nous retrouvons les clés pour agir et choisir ce qui nous va le mieux. L’équilibre se trouve entre des milliards de monnaies locales et une seule monnaie ou un seul système international. Trouver le point optimal d’économie d’énergie n’est pas mince affaire, mais considérer la perte d’énergie à chaque crise et l’affaiblissement progressif des populations vous permet de voir qu’on y gagne au change.
      . Emergence de nouvelles hiérarchies: je dirai plutôt aplatissement de la pyramide. Selon les monnaies, on peut considérer un système de crédit mutuel avec un max à -1000 et +1000 comme nous l’expérimentons aujourd’hui au Tao Village, là où je travaille. +300 ou -700 n’évoque pas la richesse, ils évoquent une information de l’état individuel par rapport à la communauté: si tu es en avance ou en retard. La richesse n’est plus dans le compte en banque, mais dans les offres et services que l’on produit pour la communauté.
      Pour éviter les phénomènes de captation il est important que les citoyens agissent dans la définition des règles de leur monnaie.
      . communautarisme: oui mais pas que. Je pourrai être utilisateur de la monnaie de ma région, de celle de ma ville, de celle des commerçants du quartier, de celle des voyageurs d’auberge de jeunesse, de celle des producteurs éthiques et même des producteurs de céréales. Comme j’ai déjà aujourd’hui de nombreuses cartes de fidélités, ou différents comptes, l’un n’empêche pas l’autre. Personnellement, je suis à la fois picard, français, européen et citoyen du monde, mais je me considère avant tout comme être humain. Les étiquettes et les cercles font partie de mes identités.

      Pour le politique, je ne souhaite pas être contre, mais bien travailler avec. Je pense que changer les règles de la monnaie change les rapports de force, le sens et la qualité des échanges. De ce fait, le code de la monnaie représente pour moi le code source de la société.
      Les politiques actuels sont impuissants face aux forces en puissance dans l’économie et ils manquent également de solutions magiques pour changer la donne.
      Cela fait bien 2 ans que Paul écrit sur l’interdiction de la spéculation, l’idée fait son chemin, mais on n’empêche pas le monde de tourner comme ça. Agir au niveau local, c’est certes affirmer son désaccord de l’état actuel des choses, mais c’est aussi essayer autre chose, la preuve par l’expérience.

    3. A Claude Animo
      A partir du moment où il est possible de piquer dans la caisse, il se trouvera toujours quelques gredins pour le faire. Si la caisse devient mondiale (ou, ce qui revient au même toutes les caisses sont en vase communiquant) et si les gredins trouvent le moyen de prélever une part importante de la caisse, ce qui est le cas aujourd’hui, alors que peut-on faire? On peut renflouer la caisse en endettant tout le monde, c’est le choix actuel et ce n’est pas une solution puisque les gredins continuent à se servir. On peut déjouer la manoeuvre des gredins en leur supprimant leur outil de rapt, c’est ce que préconise paul Jorion en voulant interdire les paris sur les variations des prix. On peut aussi envisager de morceler la caisse, c’est ce que propose Zoupic. On peut tenter de combiner les deux dernières approches, c’est ce que je soutiens.

    4. J’oubliais une autre solution qui consiste à faire fondre le magôt détourné, de sorte que, jusqu’à un certain point, le temps travaille avec les autorités qui peuvent renflouer les caisses sans pour autant provoquer de l’endettement. C’est la piste que défendait Gesell, aujourd’hui soutenue avec ténacité par Johannes Finckh.

  7. Bravo pour cette proposition!

    Les idées sont toutes merveilleuses et c’est en les proposant, en les ‘donnant à penser’, en les ajustant que nous construisons ‘autre chose’ …

    merci merci!!

  8. Entre les monnaies libres fondées sur une argumentation de type libertarienne et les monnaies dédiées il y a un monde…

    Si ces monnaies ne sont pas placées en concurrence avec la monnaie « centrale », alors il est vrai qu’elles ne touchent qu’aux symptômes.
    Toutefois il y a là, peut-être, de quoi répondre au problème de la pression mise par la mondialisation. Si on ne peut interdire les parieurs que chez soi, peut être peut-on annuler leurs effets par la mise en place de dispositifs/frontières artificielles reposant sur cette idée de « système monétaire alternatif ».
    (je suppose toutefois que ca demande d’avoir abattu le statut du dollar au préalable)

    Ca n’a peut être aucun rapport mais bon…

    1. A Diabolo,
      Je vais défendre l’idée d’une monnaie dédiée fondante s’appliquant dans le domaine social, en parallèle avec une monnaie de stock (accumulable) s’appliquant à un domaine productif.
      En premier, je ne crois pas qu’il soit possible d’attaquer de front le capitalisme avec des monnaies libres généralistes. Parce que la prise de risque est trop importante, parce que l’expérience de conduite d’une économie avec ce genre de monnaie est encore trop réduit, et parce que les risques de se retrouver isolé est élévé, voire quasi-certain.
      Une monnaie dédiée au domaine social ne présenterait pas ce genre de risque. Elle aurait l’avantage de stimuler fortement et presque gratuitement l’activité de solidarité sociale, en particulier en ce qui concerne ceux qui en ont le plus besoin et pour lesquels on hésite à dépenser assez dans le système actuel. On hésite parce que ça coute cher. Avec cette monnaie dédiée, la conduite de cette économie sociale serait à l’initiative autonome d’un pays. Avec un principe de monnaie fondante, particulièrement bien adapté pour payer un temps de travail, une banque centrale pourrait injecter chaque mois la quantité de monnaie fondue dans le même laps de temps vers les moins autonomes (enfants, vieux, handicapés, étrangers en début de séjour…) afin qu’ils puissent le dépenser sur un marché social (là où les gains de productivité n’ont pas de sens). Il y a d’autres aspects bénéfiques sur le chômage qui peuvent être obtenus avec le développement de ce marché social, à condition de favoriser le transfert d’une partie du temps actif actuel passé dans le domaine productif.

  9. « Je pense que la complexité de ce monde fait que la spécialisation sur un domaine est une des raisons de la crise actuelle, une bonne question au demeurant, ce monde ne serait il pas devenu trop complexe pour l’homme que nous sommes…. »

    C’est un argument d’Aristote (les institutions ne doivent pas être trop compliquées pour ne pas pouvoir être facilement comprises par l’ensemble des citoyens, même si ceci se fait au dépend de l’efficacité), repris par Rawls contre les utilitaristes qui argumentent en faveur du principe d’utilité moyenne « aménagé » (meme argumentation: simplicité et stabilité contre efficience mais complexité).

    Le monde est trop complexe, les postes à l’intérieur du système pouvant les affecter de manière décisive sont trop nombreux pour le nombre de personnes qualifiées qu’on pourrait former (ce genre de « qualification » ne s’apprend pas, puisqu’elle implique outre une compétence technique certaines qualités de probité morales peu répandues sur les noeuds les plus décisifs).

    Un réseau est impossible à réformer et absolument ingérable, car même si toutes les parties s’adaptent en même temps et réagissent « en temps réel », les hommes ne sont ni des animaux (fourmis, guêpes) ni des machines et il n’y a pas d’harmonisation « spontanée » des intérêts. Les noeuds du réseau (nous en sommes chacun un) ne s’adaptent pas dans l’intérêt du système mais seulement en vue de leur intérêt propre. Toute tentative de contrôle dans une démocratie libérale de masse est immédiatement mise en échec/ détournée de son but par les noeuds du réseau qui réagissent à la « contrainte » et de proche en proche recontaminent la totalité du système.

  10. Bravo Zoupic!

    Je n’ai rien à rajouter.

    Il est vrai qu’ici même, il y a environ 18 mois à un an, j’ai souvent tenté (mais je n’ai peut-être pas, dans ce cadre, la pédagogie nécessaire) de parler et de lancer le débats sur les monnaies alternatives dans lesquelles, à plus d’un titre, je suis aussi engagé (pas en France). J’ai, ici, souvent évoqué le WIR suisse comme modèle ou inspiration possible, j’en profite pour rappeler que le coût de l’usage du WIR, dans les plus mauvais des cas, ne doit pas dépasser les 3%, la moyenne est de 2 à 2,5%. Autrement dit tès peu de chose. De même, 70 000 PME et PMI se servent avec succès du WIR en Suisse. Qu’attend-t-on??

    Mais je vois avec une certaine amertume, mais aussi positivement, qu’en 18 mois, les « circonstances », ce sont aggravées, la confiance dans les « autorités » s’est évaporée comme neige au soleil par les mauvais coups conjoints des milieux financiers et politiques auxquels l’on s’est raccrochés stupidement bien trop longtemps… Maintenant seulement je constate ici, par ce billet invité de Zoupic, qu’on commence à s’ouvrir à cette voie des monnaies locales, alors qu’il y a encore 1 à 2 ans la réponse était le silence, au mieux une parole polie.

    Sans cesser les débats et les actions possibles pour parvenir à une réforme financière technique et habile concernant la ou les monnaies nationales, voire plurinationales, je crois que nous sommes
    -obligés- de pratiquer à un degré ou à un autre des monnaies localisées, élaborées par les usagers eux-mêmes et non pas des professionnels se partageant le gateau d’une monnaie dont « on » (il faufrait revenir longuement sur ce « on ») leur a confié (ou fait cadeau), à moins qu’ils l’aient volée progressivement en pervertissant les lois en conséquence, ce qui est à peu près certain.

    Les pays riches sont à présent dans la crise financière et économique. Certes, il faudrait pointer au cas par cas, mais, jusqu’à plus ample informé, une croissance tournant plus ou moins autour des 5% continue dans certains endroits du monde, comme en Asie, et il faudrait vérifier au cas par cas ce qu’il en est pour Amérique Latine. Mais de toute façon une très grosse moitié de l’humanité vit dans la crise, dans les crises, depuis des décennies et des décennies, quoiqu’il se passe pour l’autre petite moitié, « mieux servie », de la même humanité. Certes, ceci est pénible à constater et encore bien plus pénible à vivre, mais cela devrait nous « conforter » quelque peu, car les prises d’initiatives de monnaies locales, même marginales, dans la partie humaine en « crise » depuis « toujours », constituent un enjeu sans doute déterminant. En effet, cet enjeu-là dépasse l’appréciation qu’on en a. Pourquoi? Parce que la moindre réussite, les moindres effets positifs et durables: tel que l’accesssion à un marché (même d’une liste encore réduite de produits et de services) de ceux qui n’ont ni capital, ni patrimoine, sinon que leur maigre et faible savoir faire, fait que ces effets positifs deviendraient ipso facto un modèle à se répandre comme une traînée de poudre. La baffe bien méritée aux banques. Ceux confrontés aux pires situations sans issue entreverraient la possibilité et une façon, enfin, de trouver ou retrouver du sens à leur vie. Le sens de la Vie qui n’a pas de prix et que les dettes assassines, criminelles, écrasantes et abjectes enlèvent collectivement en condamnant (mais d’où vient cette sentence??) à la pauvreté et à la misère définitive une gigantesque proportion humaine. En Afrique Noire, j’en témoigne, 96 ou 97% de la population est écartée de tout accès au moindre crédit, à tout accès à un quelconque marché des capitaux, il y a bien le micro-crédit (il brouille d’ailleurs la compréhension des priorités à entreprendre dans l’urgence), mais celui-ci, entre autres, n’affranchit pas des intérêts à payer, même à une « petite » échelle. Car c’est une réforme financière à entreprendre par les sociétés productrices qui est la priorité des priorités. Rappelés en vitesse, les modèles mondialistes actuels ne sont qu’une version structurale de ce qui fut le socialo-capitalo-communisme dont les scories hantent encore tant et tant d’esprits pour la confusion, l’égarement de tous, et cette confusion serait qui serait comme un ultime temps de gagné par un système aux abois.
    Inutile d’y perdre son temps. On vient d’expliquer ici-même une suite à donner.

  11. C’est une belle idée.
    Je ne pense pas qu’à l’heure actuelle il soit possible d’émettre de l’argent papier avec la sécurité que l’on envisage pour une monnaie. Cela dit, il est tout à fait possible d’envisager des échanges sécurisés sur des comptes de type PayPal.

    Ceux qui adhèrent à la monnaie et créent un compte devront signer un contrat de bonne conduite, une charte morale, n’est ce pas ?… Je continue dans l’imagination, j’espère que vous ne m’en voulez pas.

    Dès lors qu’un groupe social partage une monnaie, il partage également des valeurs, comme vous dites. Je partage tout à fait cette idée que la monnaie est à la base liée à des considérations morales, même si c’est un raccourci.
    Pour garantir une morale sous jacente, il faut donc des lois, ainsi qu’un garant de ces lois. Ne croyez pas naïvement que tout les signataires seront plus honnêtes au niveau auquel vous envisagez la monnaie qu’au niveau auquel elle circule actuellement. (à moins de trouver une autre organisation sociale, une autre culture, etc…) Les organismes de contrôle n’existant pas, on peut imaginer toutes les dérives. Qui est garant de la bonne tenu des comptes ? de la sécurité du réseau ? de la constance morale des possesseurs de cette monnaie ?
    Etant donné le niveau actuel de moralité des institutions financières, je suis assez optimiste vis à vis de l’engagement de ces personnes et de leur bonne volonté, mais l’enthousiasme ne dure qu’un temps.

    Pour qu’une monnaie soit pérenne, il faut qu’il y ai une base d’échange plus ou moins stable. Prenons un exemple. Un groupe d’individus qui échange couramment avec une monnaie des chaussures, du blé et de l’eau. Tout se passe bien jusqu’au jour où une personne choisit d’acheter en plus une brosse à dent… Pour l’acheter, il est obligé de sortir du système monétaire en place parce qu’il n’y trouve que chaussures, eau et blé. Vous allez me dire « mais qu’est qu’il à à faire d’une brosse à dent ? il peut prendre un lacet de chaussure pour faire fil dentaire ! » Le truc, c’est qu’il considère que c’est meilleurs pour lui d’avoir une brosse à dent.

    Il sort donc du système monétaire pour acheter sa brosse à dent. Pour en sortir il doit échanger sa monnaie sociale contre de la monnaie extérieur qui elle autorise déjà l’achat de brosses à dent, mais qui n’a pas du tout le même cours. Avec cette monnaie extérieure, on achète aussi des micro onde, des fruits, etc… Alors comment vendre la monnaie qui ne permet même pas d’acheter une brosse à dent ?
    On peut mettre en avant un principe de charité, mais la charité n’a aucun cours dans le commerce, car à la base du commerce, il y a seulement troc de survies et de plaisirs.

    La monnaie libre d’origine devient donc liée à la monnaie extérieure, si elle n’est pas tout simplement détruite par la pression du marché et abandonnée.

    Pour envisager une monnaie libre, il faut donc déjà définir une base d’échange, et donc un système économique le plus clôt possible. Il s’agit de faire en sorte que tout ceux qui partageant une même monnaie puisse avoir des besoins complémentaires.

    On en arrive donc à l’idée de société autarcique. Mais que faut-il à cette société pour survivre ? Et bien tout ce qu’il faut à tout autre société…

    Maintenant si on parle de monnaie uniquement symbolique, on envisage des considérations morales, éthiques, voir même spirituelles. Dès lors, autant simplement mettre en place des clans…

    « Les Wodani des Hautes-Terres de Papouasie occidentale médiatisent leur reproduction sociale par l’utilisation, lors des compensations de meurtre et de mariage, d’une monnaie de coquillage qui articule la théorie de la personne à la commémoration symbolique du corps de l’ancêtre. La monnaie est ainsi décrite comme une forme de substance sociale. » (BRETON Stéphane).

  12. J’avais vu un reportage sur une monnaie locale à Londres, sur Canal+. j’ai trouvé cette petite information, à creuser pour en savoir plus.
    Royaume-Uni : création d’une monnaie locale dans un quartier londonien

    http://www.ladocumentationfrancaise.fr/revues/grande-europe/breves/royaume-uni-creation-monnaie-locale-quartier-londonien.shtml

    « Le 17 septembre 2009, à l’initiative d’une association environnementale, le quartier de Brixton, au sud de Londres, s’est doté de sa propre monnaie, le « Brixton pound », pour soutenir le commerce de la région. Cette monnaie, non obligatoire, n’est pas présente sur le marché des changes et n’est pas reconnue au-delà des limites du quartier dans lequel elle a été créée. Un pound de Brixton a la même valeur que le pound classique et peut être échangé dans des lieux précis. Il est surtout utilisé comme instrument de paiement chez les commerçants qui l’ont adopté. Brixton suit, en la matière, l’exemple de trois villes britanniques qui ont déjà lancé une devise locale : Totnes (Devon), Lewes (Essex) et Stroud (Gloucestershire). Sur les billets, figurent des célébrités de la région et d’autres de renommée internationale, comme Vincent van Gogh qui a vécu quelque temps dans ce quartier londonien. »

  13. Vous comptez donc des monnaies locales, des monnaies dédiées, plus la « monnaie » internationale, celle-ci étant faite de plusieurs monnaies circulantes…ou déjà pas ( Cuba, Corée du Nord ).
    Votre système ne court-il pas le risque de se substituer à l’échange non marchand, , à la relation gratuite, au Don Maussien ? Cette substitution n’introduit-elle pas une confusion de projet dans les micro expériences que vous citez ?
    Autrement dit l’échance marchand en monnaie locale seconde ne remplace-t-il pas le gratuit qui remplit la vie en société ? Est-ce qu’il n’y a pas confusion dans les projets et les esprits ? Comment différencier ce que je paye en monnaie internationale, en monnaie locale et ce que le donnais ou recevais auparavant ?

    Je ne comprends qu’un fonctionnement réel possible, dans le monopole d’une monnaie sur les autres, et si c’est une monnaie locale, c’est un repli localiste dans une économie peu circulante , celle du village, de la communauté, de la corporation, et pourquoi pas ça se discute comme projet, mais sûrement en terme de nature sociale de l’échange plus qu’en terme de son signe, qu’on l’appelle Cauri ou Sapèque.

  14. Monnaies libres, monnaies locales, d’accord.
    Mais reste le problème de la convertibilité entre ces monnaies. Je pense notamment aux achats de matières premières qui sont loin d’être abondantes partout au niveau local. Il arrive un moment où il faut bien se procurer du fer pour ses outils de jardinage, du coton pour s’habiller, etc… Je suppose qu’à Tao Village on n’en est pas encore à carder et tisser la laine des moutons pour fabriquer ses vêtements.
    Donc dans un premier temps, l’utilisation conjointe de deux monnaies me semble indispensable.
    Je conseille une fois de plus de regarder le documentaire de Pierre Carles « Volem rien foutre al païs ». Contrairement aux apparences, il ne constitue pas nécessairement un plaidoyer pour les expériences alternatives. Il en montre aussi, si on prend le soin « de lire entre les lignes », toutes les ambiguïtés et les limites.

  15. N’étant pas un spécialiste mais m’intéressant un petit peu a ce qui se passe dans l’actualité économique… Une question..Serait il possible de créer une seule monnaie dans le monde et qu’elle en serait les conséquences. Merci de m’éclairer.

  16. Autant il me semble que des communautés peuvent « inventer » et utiliser leur monnaie (dans des cadres associatifs ou communaux par exemple) autant je pense que l’idée des « open money » avec des chambres de « compensation » jouant sur des milliers de monnaies est une douce illusion.

    Car en fait, une monnaie c’est simplement un signe permettant l’échange sans passer par le troc et faisant fi de la distance.
    Mais une dimension essentielle de la monnaie est la confiance dans son acceptation unanime, à la fois dans le présent et dans le futur : « Si, pour une raison quelconque, une substance donnée (bétail, alcool, coquillage) commence à être utilisée en tant que monnaie, le public, y compris les végétariens ou les abstinents ou ceux qui mettent en doute son utilité intrinsèque, commence à lui attribuer une valeur. Aussi longtemps que des biens peuvent être achetés ou vendus contre cette substance, le public consentira à s’en servir pour ses achats et ses ventes. Que ce soit paradoxal ou non, la monnaie est acceptée parce qu’elle est acceptée ! » (P. Samuelson, L’Économique, édition de 1982, tome 1, p. 384).

  17. Personnellement je pense que la monnaie libre c’est l’avenir car elle peut amener une ère de transition du capitalisme à une autre idéologie qui reste complètement à construire.

  18. La monnaie libre et alternative ne peut pas exister … puisqu’elle n’est adossé à la monnaie BC d’une belle Banque Centrale qui pond du véritable « argent » … 😉
    Et comment naîtrait-elle ? sans dépôt préalable ? 😉

    1. C’est facile ;). Monsieur A va à la « banque de la monnaie alternative » et dit au directeur: « ouvrez moi un crédit de votre monnaie – à laquelle, compte tenu de votre réputation, toute la communauté fera confiance et l’acceptera en paiement -, et en échange je vous signe une reconnaissance de dette garantie par ma maison (ou X) »

    2. @michel lambotte

      Cette expérience des Palmas est intéressante mais semble plus difficile à faire fonctionner chez nous, car les situations ne sont pas les mêmes:

      – favelas,bidonville versus logement social
      – taux analphabétisme élevé, niveau scolaire moyen faible versus 80%BAC et « aide à l’emploi »/formation
      – aide minimum (?) versus RSI, alloc
      – culture ouverte(importance du christianisme) versus individualisme athé
      – accès difficile aux soins/médicaments versus CMU,SECU,Retraite
      – peu ONG versus Resto du coeur, etc…

      CLS : Plus un plaisir (d’) intellectuel qu’une réelle alternative…

    3. @ quid34

      Vous avez tout à fait raison, ce serait même inutile de créer cela chez nous.
      Cependant, je pense que la monnaie dédiée a beaucoup plus d’avenir dans nos contrées.
      Un tas de projets durables ne se développent pas faute de moyens.
      En rassemblant suffisamment de personnes autour d’un projet je pense qu’une monnaie dédiée peut aider à sa mise en place.
      D’autre part, une monnaie dédiée mise en place pour de projet précis pourrait faire tache d’huile.

  19. La grande faille de la monnaie centrale, des monnaies centrales, est que leur émission, leur contrôle ne se font pas dans la transparence. Plus le système grossit, plus la tendance se renforce.

    Facile, alors que les gens vaquent à leurs activités, regardant ailleurs, les banquiers, ne regardant que ceci, en deviennent les plus avertis pour pervertir ce qui, sur le papier, était un moyen d’avoir une société dynamique et fonctionnelle. L’optimum, même. D’où la persistance de l’idée de monnaie mondiale chez certains. Suivez mon regard.

    Aux niveaux locaux, géographique, et par secteur d’activité, il est indispensable d’établir aussi un grande transparence. La seule chose qui peut empêcher de tricher, c’est bien la vue des autres, leurs critiques, la mise à l’écart du groupe.

    Ce qui n’empêchera pas quelques cas pathologiques de délinquance : la part incompressible.

    La transparence, comment la mettre en place, c’est la question.

    Les monnaies locales ne sont pas une substitution, juste une alternative quand la monnaie centrale n’est pas « un peu », mais « très » défaillante, mais celle-ci persiste toujours en pilier important des sociétés.
    Moins hégémonique, son contrôle en redevient peut-être plus accessible à une vraie représentation citoyenne ( enfin, j’ai dit peut-être ? )

    L’importance d’internet dans tout ça, pour retrouver tout le réseau et les antécédents de chacun (dans les déviances à l’utilisation de monnaies à droite et à gauche, sans respecter les règles éthiques ) avec rapidité ? Différence entre vérification d’utilité fonctionnelle, et flicage ?

    1. Sur le contrôle des monnaies de substitution, j’ai des doutes… souvenez vous de l’Argentine où les faux monnayeurs ont été fort nombreux, coulant totalement et rapidement les « Crédito »

    2. @Argonaute

      Comme vous le dites, open monnaie implique la mort de toutes les monnaies comportant trop de faux. Cela pourrait-il induire une attitude très responsable de ceux ayant le besoin de cette monnaie particulière dans leur ère d’évolution ? No se senor … mais la monnaie associée aux comptes pourrait être nominative, et disparaître une fois utilisée. N’oublions pas les moyens informatiques puissants à la portée de nos populations bien ordinaires. Mais oui, les ordinateurs se piratent aussi …

      Ce sera ou serait du ad hoc.

      La mort d’une monnaie n’est pas un drame, si subsiste les plus adaptées. Cela dit, à propos de monnaie centrale adossée à on ne sait bien quoi, sans parler de faux monnayeurs, on est déjà dans le bouillon.

  20. L’utopie est neccessaire ; ca redonne confiance. Le problème du communautarisme est au centre de ce débat. Pour moi il est possible que des monnaies dédiées soient l’outil permettant de mieux comprendre l’enjeux des liens sociaux en quantifiant les accords de services rendu a un groupe, un parti, une région, ect
    L’exemple de la monnaie londonienne, bah j’ai l’impression que si c’est un truc de marchand c’est hors sujet, vu que la monnaie dominante est la leurs, on pourrait parler de monnaie-pirate yang et non laboratoire experimental de monnaie Ying, car je suppose que cela s’établit sur un support de vente de marchandise et non de service.
    L’idée d’etablir au niveau social une monnaie dédiée qui établirait les rapports de popularité en un cadre communautaire précis, me semble interessante, ca nous rapproche du féodalisme par contre, car ils y aurait des emeteurs qui seraient en positions d’échangeurs des monnaies dédiées, en monnaie yang en chaque communautée, mais cela peut se rétablir dans un cadre démocratique par l’établissement de votes, qui fournirait le rapport representatif de la communauté emetrice, retransmis et prise en compte par la cours des comptes.

    A la limite, une des sources du malaise actuelle ; c’est la perte des repères et des liens sociaux légitimé aboutissant à la monté de communautés non controlées par l’autorité nationale, ou la monnaie dédié est « la promesse » est n’inspire confiance à ses membres qu’a des conditions intolerables par le systeme global.

    Peut être alors votre utopie serait un moyen de reconsidérer le phenomène et aussi de faire face au desinteressement et à la méfiance, voir la peur, de la population envers l’équilibre économique et ainsi de recuperer un ressort permettant le retablissement du civisme des néobarbares qui habitent dans les angles tranchants des cités exilées au large du biseness …

  21. Il existe déjà des monnaies sectorielles, à usage virtuellement local, dont la valeur faciale est directement exprimée en euros : les chèques-repas, les chèques-livres, les chèques-cadeaux, les titres-services, etc. Il serait certainement utile d’examiner leurs avantages et inconvénients, leur souplesse d’utilisation, leur perception par les populations, leur convertibilité, etc.

    Hentarbleiz (voir ici plus haut, 5 mars 2010 à 16:44) met en évidence des problèmes à ne pas négliger. J’en ajouterais un autre : le financement des biens et services collectifs, ceux qui n’appartiennent à personne en particulier mais servent à tous (mairies, aires de jeux, secours urgents) dont le financement se fait classiquement via l’impôt. Peut-on envisager que ces aspects collectifs soient financés sans le recours à la Grande Monnaie Officielle (GMO) ? La Monnaie Locale (MoLoc) devrait-elle financer les biens et services collectifs locaux ? Les lois nationales régissent la quote-part d’impôt sur les services prestés (TVA); comment la MoLoc (qui permet d’effectuer des échanges de services) pourrait-elle légalement échapper à cette règle ? Et le devrait-elle, ou pas ?

    Comment faire cohabiter adéquatement les deux systèmes monétaires ? Il n’y a pas que le problème du taux de change, mais également un problème de définition des champs d’action respectifs de la GMO et de la MoLoc, parce que les besoins d’interaction entre citoyens ne sont pas nécessairement les mêmes dans une grande agglomération que dans un groupe de villages d’agriculture de plaine, que dans des vallées montagnardes à vocation forestière, ou des localités côtières orientées vers la pêche.

    Je vois ici plein d’idées intéressantes bouillonner au sujet de ces monnaies alternatives, et l’exploration de chacune mérite des développements qui eux-mêmes appellent des arguments, des contre-arguments, et d’autres développements. Il en résulte une réflexion en « arborescence »; or, un fil comme celui-ci est linéaire. Il serait dommage que des réflexions intéressantes exposées ici se perdent dans de gigantesques fils linéaires. Je me demande si nous ne devrions pas aussi penser à un outil qui permette de visualiser clairement et simplement l’arborescence des idées. Je n’en connais pas, mais je pense à quelque chose qui ressemblerait à un diagramme de hiérarchisation d’une entreprise, appliqué à notre réflexion collective sur les monnaies alternatives, avec des embranchements du type [Si..] [Sinon..] comme dans un ordinogramme. Le but ne serait pas seulement d’archiver les idées, les arguments, les obstacles et les résultats d’expériences déjà menées sur le terrain, mais de construire un schéma destiné à passer progressivement de la réflexion théorique élémentaire à une réflexion collective plus complète, plus structurée, pouvant conduire à des simulations (tableurs ? modèles mathématiques ?) et à des propositions concrètes (chartes, « Constitutions », articles de loi, projets de loi-cadre, expérimentations…). Histoire de passer progressivement à la vitesse supérieure et de proposer à terme une alternative au « C’est bien beau toutes ces réflexions, mais… »

    A moins que ça se fasse déjà, quelque part, évidemment; auquel cas il suffirait d’adhérer.

  22. http://www.autreterre.org/
    L’intérêt de ce projet étant la reforestation et in fine, l’intérêt énergétique.
    En d’autres termes, remplacer l’intérêt monnétaire par l’intérêt énergétique.
    Je n’en suis encore qu’au début, mais j’ai déjà rassemblé quelques personnes autour de ce projet, et je pense que cela peut fonctionner.

  23. Merci pour ce billet très intéressant, alors j’en profite pour porter à votre connaissance un projet que je voudrais développer dans le cadre de monnaie dédiée.
    Il s’agit en fait de développer une collecte sélective de matières organiques qui seraient distribuées dans des jardins familiaux collectifs. (il existe un besoin réel qui mérite un développement argumentaire)
    L’objectif à très long terme étant la reforestation.
    On ne peut réellement reforester qu’à partir du moment où on a pris conscience que le recyclage des matières organiques est indispensable.
    D’autre part, on ne reforeste pas pour soi mais pour les générations à venir, ce qui nous oblige de considérer l’aspect à long terme.
    L’aspect énergétique doit aussi ëtre envisager.
    En d’autres termes, remplacer l’intérêt monnétaire par l’intérêt énergétique.
    Mon intuition me dit qu’on peut amorcer la pompe en jouant sur la fibre écologique des épargnants de la Banque Triodos, en leur proposant d’investir sans intérêts dans ce projet à long terme
    Je n’en suis encore qu’au début, mais j’ai déjà rassemblé quelques personnes autour de ce projet, et je pense que cela peut fonctionner.
    J’en ai parlé en autre à http://www.autreterre.org/

  24. L’importance du système monétaire est manifestement centrale à « tout », du moins pour ce qui concerne l’organisation « pratique » des choses de la vie quotidienne.
    Je ne suis pas certain qu’un autre système monétaire, ou « monnaie libre » en l’occurence, apporte vraiment une solution de fond, même si cela a/peut avoir manifestement des effets positifs (comme abordé plus haut).
    Je suis OK pour dire que le problème lié à l’argent vient plus de ce qu’il est détourné de sa fonction initiale en devenant un but (pour quelques « gredins », je cite l’expression cocasse) plutôt que rester un outil.
    Au risque de paraitre un peu simple(iste ?) n’est-ce pas là qu’il faudrait *vraiment* faire qq chose ?
    (et si j’ai bien compris cela est proposé par l’auteur de ce blog : « Cela fait bien 2 ans que Paul écrit sur l’interdiction de la spéculation ». Je vais voir ça de + prés 🙂

    Sur la question de la monnaie, en général pas au sens « libre monnaie », un petit mot sur le micro-crédit, abordé aussi : après lecture récente du bouquin de Muhammad YUNUS « Vers un nouveau capitalisme » (*), et pour faire très court, c’est bien le capitalisme qui pose problème, et non pas le ‘libre échange’, la dynamique des interactions qu’il génère etc…, bref, le commerce et donc finalement le système à base de … monnaie. L’outil !!
    C’est comme un marteau : c’est bien pour enfoncer des clous, pas autre chose, l’image est assez claire non ? Dans ce cas, c’est celui qui tient le marteau qui pose un problème, pas le marteau évidemment.
    (D’accord, le système monétaire (donc la monnaie) ne peut pas être comparée aussi rapidement à un marteau, mais tout de même)

    Lorsqu’une idée, aussi simple (en apparence) que la monnaie en arrive à générer une telle complexité (…), est-ce à l’idée de base qu’il faut renoncer (ou contourner…), ou bien à la « complexité » elle-même ? Revenir à une situation moins difficile à gérer. Est-ce faisable dans ce cas ?
    Je ne serais pas surpris que oui, mais comme pour beaucoup de choses il faudrait s’en donner, tous ensemble(#), les moyens, et c’est là une autre complexité à résoudre, et non des moindres !
    Et c’est comme ça pour TOUT !

    L’optimiste fonce tête haute pour changer le monde.
    Le pessimiste baisse la tête et se dit que c’est fichu.
    L’alternatif, tantôt l’un tantôt l’autre, se demande qui va l’emporter ?
    Quand, et à quel … prix ! :-(=)

    (*) M.YUNUS inventeur du micro-crédit dans les années 1970, prix Nobel de la paix 2006 avec l’institution qu’il a fondé.
    (#) la ressemblance avec un « slogan » réel est tout à fait … volontaire :-))

  25. J’ai eu un gars au téléphone cette semaine qui était très enthousiaste sur ces « monnaies libres ».

    Menfin l’utilité d’une monnaie est par définition de fixer la limite des droits à consommer (le « pouvoir d’achat »).

    Si quand on n’a pas assez d’argent, on s’en crée en rab pour pouvoir toujours s’acheter ce qu’on veut, autant supprimer la monnaie et faire tout gratuit.

  26. D’ailleurs, si on utilise une monnaie, c’est parce que par définition on n’a pas confiance dans l’autre pour ne pas agir en passager clandestin.
    Les monnaies, même libres, ça existe parce qu’on pense que c’est plus digne de confiance qu’un quidam.

  27. Merci à zoupic pour ce texte qui invite à « repenser la monnaie »
    Merci à Michel Martin de rappeler que c’est ce que je propose depuis un certain temps déjà.
    Vous évoquez les WIR en Suisse à juste titre.
    On peut aussi évoquer Wörgl en 1932/33 en Autriche et Lignières-en-Berry entre 1956/58 en France, etc.
    En fait, il me semble qu’une monnaie fonctionne comme monnaie dès qu’une autorité crédible la cautionne.
    Et le problème de nos grandes monnaies c’est que leur mode d’émission fait que les signes monétaires ont plutôt tendance à être accumulés et à s’agglutiner et que l’échange se fait de plus en plus mal.
    Ce fait que vous comparez à juste titre à une partie de monopoly aboutit aux concentrations capitalistes que nous connaissons.
    Cela arriverait aussi aux nouvelles monnaies locales si elles sont émises selon les mêmes conditions.
    D’où mon idée, qui suit, Michel Martin le rappelle, celle de Silvio Gesell:
    Il faut que le signe monétaire soit convenablement stimulé, incité d’aller de main en main.
    D’où l’idée du signe monétaire marqué par le temps (le SMT). En effet, la vraie raison pourquoi le signe monétaire actuel que j’appelle signe monétaire durable (SMD) fonctionne si mal est le fait que sa détention matérielle confère à son détenteur un avantage sur toutes les autres formes de richesses. Keynes a identifié cet avantage comme la « prime de liquidité ». Cette prime de liquidité ou, plutôt, cette « prime de renonciation à la liquidité » quand on prête sa monnaie à la banque par exemple, c’est cela la cause exclusive et initial du capitalisme rentier tel que nous le connaissons. Cela est kla vraie signification de la plus-value de Marx, et l’xploitation de l’ouvrier passe toujours par la case monnaie comme toute autre forme d’exploitation et de spoloiation d’ailleurs. Cette qualité de « capital originel » se transmet ensuite à tous les biens capitaux financés par cette monnaie.
    Dès lors, il s’avère que ce SMD ne circule qu’à la condition qu’il génère la rente du capital ou l’intérêt monétaire net.
    D’où l’idée d’émettre, localement ou, mieux, au niveau de la banque centrale, d’un SMT, à savoir un signe monétaire susceptible de circuler très efficacement sans pouvoir demander un intérêt pour cela. Je préfère SMT à l’expression « monnaie fondante », source de malentendus et de moqueries, car la plupart des économistes sont d’une crasse ignorance et de mauvaise foi.
    Il ne peut en aucune façon être satisfaisant dans l’esprit des autorités monétaires que leur monnaie émise ne circule pas. C’est comme construire desroutes interdites à la circulation…
    En effet, il doit être clair par ailleurs que rien ne doit « fondre » au niveau de la masse monétaire circulante, et il s’agit d’un marquage du temps dûment compensé par l’émission de SMT nouveaux à hauteur de ce que le marquage élimine.
    Un peu comme le renouvellement continu des celules sanguines au fur et à mesure qu’elles meurent.
    L’objectif n’est pas de faire « fondre » l’épargne, mais simplement obtenir que les SMT aillent réellement et rapidement de main en main ou retournent en banque pour être remis en circulation par les banques via des crédits, sans intérêts désormais. Et, cela va sans dire, sans perte pour l’épargnant, car, comme je l’ai exosé ailleurs, en prêtant à la banque, c’est la banque, puis l’emprunteur qui détiennent dès lors le SMT et sont chargés de le faire circuler dans un mouvement continu sans aucune interruption plus ou moins longue comme les spéculations et les thésaurisations. L’épargnant aurait la satisfaction de pouvoir voir son capital, aujourd’hui prêté, lui revenir sans perte au terme du prêt. Et la sécurité serait beaucoup plus grande, car les défaillances des emprunteurs seraient moins nombreuses, simplement parce qu’ils ne seraient étranglés par les intérêts et les intérêts des intérêts. Un mouvement de désendettement général s’amorcerait instantanément.
    Et plus précisément, les spéculations et les thésaurisations disparaîtaient très rapidement avec le SMT, simplement parce que ces opérations deviendraient rapidement un mauvais calcul pour leurs auteurs.
    Ainsi, toucher au signe monétaire en introduisant un SMT, c’est bien toucher le capitalisme à sa racine et le ferait disparaître « en une nuit » comme un mauvais rêve. C’est vraiment aussi simple que cela. Cette simplicité même surprend et, à mon sens, nos penseurs économistes gardent la nostalgie de leurs débats complexes, byzantins sans queue ni tête, et, surtout, sans aucune prise sur la réalité concrète. « Ils ne comprennent pas la nature de la monnaie, car elle est trop simple », écrivait Silvio Gesell déjà dans un échange avec un économiste de son époque.
    Il est sensible que la monnaie n’est monnaie que si celle-ci circule efficacement. Une monnaie accumulée ne sert à rien d’autre qu’à entraver la bonne marche de l’économie et des affaires. Chaque blocage petit ou important représente toujours autant de biens et de services non écoulés et implique dès lors la constitution d’un « surproduction » apparente en face d’une suraccumulation de SMD inefficaces d’un point de vue transactionnel.
    Pourquoi est-il à ce point difficile de faire passer ce message qu’un objet (la monnaie) NE PEUT PAS être à la fois ce qui doit toujours circuler pour constituer la demande solvable et l’objet qui s’acumule du fait qu’il est aussi réserve de valeur?
    Tout peut et doit pouvoir devenir « réserve de valeur », pourquoi pas, mais pas la monnaie elle-même, car cela revient à dire que « la monnaie peut ne pas être monnaie » pour un temps plus ou moins long. Un tel système fonctionnant avec les SMD est parfaitement pervers et, en fait, raisonnablement intenable. Les crises systémiques sont inéluctables et récurrentes. Comment se satisfaire du fait que 90% des sommes liquides dûment émises par les banques centrales sont effectivement thésaurisés et donc inopérantes dans les échanges? Ces chiffres sont ceux de la Bundesbank de juin 2009.
    J’indique même un moyen de débloquer le système très simplement sans déclencher des phénomènes d’hyperinflation que provoquerait inévitablement le déblocage instantané de toutes les sommes SMD thésaurisées. Il suffirait démettre de nouvelles petites coupures en version SMT et d’arrêter l’émission des anciens SMD. Les anciens SMD garderaient leur pleine validité et ne seraient retirés et remplacés qu’à mesure qu’il reviendraient en banque.
    Nous aurions dès lors un déblocage instantané du système, et il n’y aurait plus moyen d’exiger la prime de renonciation à la liquidité.

    1.  » Comment se satisfaire du fait que 90% des sommes liquides dûment émises par les banques centrales sont effectivement thésaurisés et donc inopérantes dans les échanges? Ces chiffres sont ceux de la Bundesbank de juin 2009.  »

      Je vous avais déjà posé la question dans des commentaires, mais vous n’avez pas du la voir… auriez vous une référence (la source) de cette affirmation de la Bundesbank ?

    2. absolument, oui, regardez le « Monatsbericht der deutschen Bundesbank, Juni 2006 », le rapport mensuel de juin 2009 de le Bundesbank:

      Je vous joins ici un article publié en allemand et traduit par moi de Helmut Creutz en décembre 2009:

      La problématique de la thésaurisation
      A) Le phénomène : texte de Helmut Creutz/Traduction de Johannes Finckh, Bordeaux:
      Helmut Creutz : Qui thésaurise aujourd’hui de la monnaie ?
      *Suppositions et faits/Article paru dans « Humane Wirtschaft n°6 », 2009 (nov/déc 2009), pp 6-9
      « On connaît la notion de la « thésaurisation » le plus souvent seulement dans les temps anciens, dans les contes et les traditions qui relatent les mises en trésor de la monnaie, des collections dans des coffres ferrés et sécurisés par des cadenas. Et aujourd’hui, on déterre encore des vases en argile dans lesquels on tentait de préserver ses trésors monétaires à travers les époques. Quand on en parle cependant dans des conférences, on ne récolte souvent que des mouvements de tête incrédules.
      *Les thésaurisations dans le passé
      Par la collection de la monnaie, moyen de l’échange et du paiement, on voulait autrefois conserver d’une façon sûre sa richesse, la protéger contre le vol et la guerre. Le fait restait pratiquement ignoré qu’on affaiblissait, avec de telles collections, la circulation monétaire et donc le commerce et les transactions. On ignorait aussi que ce sont les déclins économiques précisément liés à ces thésaurisations de monnaie qui conduisaient aux campagnes de pillage et de guerre contre lesquelles on tentait de se protéger.
      Un renouveau économique, après de tels déclins, se produisait le plus souvent seulement par la découverte d’or et d’argent ou après la conquête de trésors d’or et d’argent d’autres pays. Dans les cas extrêmes, il se produisait même des pertes de pouvoir d’achat inflationnistes des pièces, quand bien même celles-ci étaient faites d’argent ou d’or pur ! Inversement, les limitations des thésaurisations de monnaie, et même sans accroissement de sa quantité, conduisaient à une circulation monétaire sans perturbation et ainsi – même dans les cas d’une monnaie de peu de valeur propre – à une économie florissante. Il en était ainsi par exemple du temps des bractéates, ces minces pièces de monnaie émises localement par les seigneurs dont la validité avait été, à intervalles réguliers ou irréguliers, « révoquée » et dont l’échange avait été grevé de frais.
      Alors qu’on ressentait ces frais de change confiscatoires toujours comme irritants et porteurs de pertes, on ne saluait cependant guère les effets pourtant positifs à moyen et à long terme de cette monnaie. Dans quelle mesure les bractéates stimulaient cependant l’économie, cela est démontré par la véritable explosion des fondations de villes entre le 12ème et le 14ème siècle et dont nous admirons encore aujourd’hui les constructions. Le professeur d’histoire Heinz Stoob, qui étudia les évolutions des villes sur le long terme en Allemagne, a indiqué pour ces siècles un accroissement des fondations de villes trois à quatre fois au dessus des chiffres moyens des mille dernières années. Il n’est encore guère admis aujourd’hui que cette animation des constructions des villes était avant tout la conséquence de la monnaie bractéate assurée de sa circulation. Alors que ces enchaînements sont faciles à expliquer : La monnaie libérée de la plaie de la thésaurisation était dépensée régulièrement, afin d’être soustraite aux frais de change confiscatoires à venir ; et elle était prêtée sans intérêts ou seulement avec peu d’intérêts, car l’emprunteur devait supporter le risque du change !
      *La thésaurisation aujourd’hui
      La thésaurisation de la monnaie en or et en argent d’autrefois, qui portait sa valeur en quelque sorte en elle-même, peut se comprendre encore. Mais que quelqu’un collectionne, de nos jours, la monnaie en papier dont la valeur matérielle est sans importance, semble, par contre, moins imaginable et conduit de ce fait à cette première question : Qui donc thésaurise encore de la monnaie ? Car si on met de côté les butins de vols, il n’y aurait guère quelqu’un qui enterrerait une caisse remplie de billets d’Euros. Surtout pas quand il s’agit de monnaie provenant d’un revenu de travail.
      Et pourtant, la thésaurisation est encore aujourd’hui un grand problème. Car, pour stabiliser son pouvoir d’achat, la monnaie faisant demande devra être ajustée en volume aux offres du marché. Quand cet ajustement et cette constance du circuit de la demande sont interrompus, il y aura des biens invendus, moyennant quoi les offrants seront privés de possibilités de demander à leur tour des prestations et de payer ainsi le travail d’autres ! Chaque billet retenu ne cause pas seulement une interruption unique de l’échange monnaie/marchandise, mais produit chaque fois une chaîne de telles interruptions des processus d’échange. Par la dépense et la transmission régulières de sa monnaie obtenue, chacun participe au fait que l’activité économique reste fonctionnelle et – à côté de son emploi personnel – que son revenu personnel perdure !
      Certes, il est aujourd’hui simple pour les banques d’émission de remplacer les billets thésaurisés avec du papier et de l’encre colorée. Mais le dosage correct de la quantité émise, tel que la baisse ou la hausse des prix soient évitées, reste – comme nous le savons de la pratique depuis des décennies – aujourd’hui impossible. Ceci est surtout le cas dans les situations où la monnaie thésaurisée, et entre temps remplacée par des émissions nouvelles, est à nouveau réinjectée dans le circuit de la demande !
      *Les ordres de grandeur des thésaurisations aujourd’hui
      Du fait de l’usage anonyme de la monnaie, le volume des thésaurisations de la monnaie ne peut être constaté qu’approximativement et au moyen de sondages échantillonnés ou de comparaisons avec d’autres grandeurs et évolutions. C’est la « quantité de monnaie circulante » qui se compose de billets et de pièces en dehors des banques et qui était, par exemple fin 2008, de 195 milliards d’euros (Ndt : pour l’Allemagne). Mais cette quantité désignée comme « circulante » n’avait – du fait de la part thésaurisée qui y est contenue et qui croît continuellement ! – que peu de rapport avec la quantité réellement circulante et faisant activement demande.
      Alors que ces parts thésaurisées dans la quantité de monnaie avaient, encore dans les années 1980, été considérées par la Bundesbank comme une bagatelle – probablement avec raison -, une étude effectuée au milieu des années 1990 montrait que 30 à 40% de la monnaie émise avait disparue à l’étranger, surtout dans les pays de l’ex-bloc de l’est et les balkans. Et les banquiers évaluaient déjà à l’époque que les montants thésaurisés dans le pays auraient atteinte une grandeur équivalente.
      Que ces estimations n’étaient pas fantaisistes est démontré par le change des DM en Euros fin 2001. Ceci montre la figure 1, dans laquelle sont représentées les évolutions des billets de banque en Allemagne depuis 1985, pour les plus petites, les moyennes et les plus grosses coupures. Il est surtout net que ce sont les grosses coupures qui ont crû. Rien qu’entre 1985 et 1996, leur volume a triplé, alors que les petites coupures, qui dominent la demande de détail, croissaient seulement d’un facteur 1,7 en suivant, à peu de choses près, la croissance économique.
      Le fait qu’après 1996, après l’annonce du change prévu, l’accroissement des grosses et moyennes coupures fut stoppé sans qu’il y ait eu de problèmes de pénurie plaide en faveur de leur usage éloigné du marché. Cela devient encore plus flagrant lors de la réduction à un tiers des grosses coupures dans l’année précédant le changement de monnaie ! Et aussi, la réduction de toute la quantité de monnaie de moitié avant le change n’avait aucune conséquence pour le commerce !
      Une partie des billets allant au-delà du besoin effectif avait été sans doute, avant le change, remise sur les comptes à vue. L’essentiel des grosses coupures avaient été certainement échangé en liquide contre des francs suisses et des dollars US, bien qu’il n’y ait, comme plus grosse coupure dans la monnaie américaine, que des billets de 100 dollars.
      Il est typique aussi que, après le change, les stocks légèrement réduits des petites coupures avaient été rapidement restaurés. On prenait son temps pour les grosses coupures : Seulement trois années après, on atteignait le niveau de 1999 ; depuis, l’accroissement est rapide. En 2008, on atteignait à nouveau la tendance fortement croissante dessinée en pointillés prolongeant la tendance 1985-1996 (figure1) ; tendance qui sera, dans les années à venir, nettement accentuée.
      Dans le rapport mensuel de juin 2009, la Bundesbank publiait une seconde étude, plus volumineuse, sur l’usage des notes émise par elle, où elle confirme cette évolution et les enseignements lors de l’échange des DM contre des Euros :
      « L’accroissement énorme de la circulation des billets en Allemagne dans les premières années après l’introduction de l’Euro ne devrait pas … a priori être inféré à un besoin accru de moyens de paiement, mais à d’autres facteurs. Il en est ainsi avant tout de la reconstitution des thésaurisations à l’intérieur et à l’extérieur de la zone Euro.»
      Et, concernant l’accroissement rapide après la fin 2001, il est noté d’une façon lapidaire :
      « L’accroissement particulièrement fort de la circulation des billets de banque en Allemagne dans les premières années après l’introduction de l’Euro est en corrélation étroite avec la dissolution des thésaurisation en DM précédant le change. »
      Alors que les thésaurisations de monnaie avaient été encore problématisées dans les premières décennies après guerre, aussi par les banques d’émission dans leurs conséquences concrètes, elles semblent entre temps – aussi pour la banque d’émission allemande par ailleurs si soucieuse de stabilité – être une chose allant de soi !
      *Comparaisons internationales
      La figure 2 montre que la détention de grosses coupures, qui est en relation étroite avec la thésaurisation de la monnaie, n’est pas seulement un phénomène dans l’espace DM et maintenant Euro. Sont comparés ici les parts des billets, selon les coupures grandes et petites, en Allemagne et en Suisse de l’année 2000 avec les volumes allemands en Euros de 2008. Alors qu’on observe à nouveau l’identité pour les part allemandes, la part des coupures de 1000 FS constituait déjà depuis dix ans, en valeur, plus que la moitié de la monnaie émise de ce pays alpin ! Et ceci avait ses raisons, même si personne ne s’en pose la question à quoi cela sert ni qui les a reçues et entreposées dans les caves des banques suisses ! Cette question n’est pas davantage posée en Allemagne ! Sans égard pour les états de fait cachés derrière cela ni pour les conséquences possibles des ces thésaurisations constamment croissantes, les banques d’émission des Euros satisfont la demande sans limite – et parlent en même temps de la stabilité du pouvoir d’achat.
      Les banques centrales sont tout à fait conscientes qu’elles favorisent avec ces émissions illimitées des agissements criminels. Bien qu’elles rejetteraient un tel reproche loin d’elles, elles l’avouent indirectement et parfois aussi directement. On a ainsi expliqué, il y a deux ans, l’accroissement particulièrement important des billets de 500 Euros en Espagne, qui y atteignent déjà la moitié en valeur de la monnaie circulante, par les longues côtes par lesquelles s’effectuent l’essentiel des importations de drogues vers l’Europe ! De même, il a été indiqué qu’il est largement habituel en Espagne d’effectuer les affaires immobilières chez le notaire « sous la table », moyennant quoi les grosses coupures s’avèreraient utiles pour de telles façons de frauder le fisc ! Le fait que les grosses coupures représentent pratiquement une aide pour de tels délits reste toujours refoulé dans le public.
      Même la Bundesbank – pour qui la notion de thésaurisation était encore un terme étranger, sans même parler de l’usage criminel – écrit dans son rapport mensuel de juin 2009 comme allant de soi :
      « La monnaie liquide peut être détenue aussi pour des motivations qui ne sont pas de nature légale… du fait de son caractère anonyme. La monnaie liquide qui n’est pas détenue ou utilisée pour des motivations honnêtes ne sert pas à la thésaurisation mais est aussi une part des encaisses de transaction, par exemple dans le domaine du travail au noir ou du trafic de drogue. »

      (page suivante : figure 1)
      Quelques lignes plus loin, il est noté dans ce même rapport que la part nécessaire pour les encaisses de transaction normales en Allemagne n’est plus qu’un dixième de la « circulation des billets de banque » émis ! Et on en calcule approximativement les autres grandeurs comme suit :
      « Si on suppose un besoin pour les encaisses de transaction de l’ordre de 10% des billets circulants et suppose une demande étrangère de 25 à 35%, il reste pour la thésaurisation la part du lion de 55 à 65%. »
      A la question « qui thésaurise aujourd’hui encore de la monnaie et combien cela serait-il ? », il ne peut être répondu qu’en disant que, dans notre situation encore à peu près ordonnée, il n’y a jamais eu autant de monnaie thésaurisée qu’aujourd’hui ! Les taux d’intérêt bas de ces dix dernières années y contribuent pour une bonne part, et ceux-ci sont en lien avec les taux faibles d’inflation. Les corrélations existantes entre les taux d’inflation et d’intérêt d’un côté et les thésaurisations de monnaie de l’autre sont montrées sur la figure 3 pour la période entre 1960 et 1995 : A chaque poussée des coûts de la vie et des intérêts, les détentions liquides baissent, et inversement, les détentions liquides et les thésaurisations croissent avec la baisse des taux d’intérêt.
      *Que faut-il faire ?
      La monnaie est assurément un bien public. Les biens publics sont caractérisés par le fait que chacun peut les utiliser dans les mêmes conditions et personne ne doit les bloquer.
      Ceci est sensible sur une route où le blocage est puni en conséquence. Pour la monnaie, ce blocage est non seulement permis, mais directement facilité par la mise à disposition gratuite d’un nombre illimité de billets toujours plus grands ! Cela signifie que l’on agit comme un office des routes qui, avec l’accroissement des blocages élargit les routes ! Et si on part de la pratique actuelle des banques qui évitent les blocages de monnaie par des fortes rétributions d’intérêts, on pourrait aussi penser que l’office des routes pourrait s’épargner l’élargissement des routes en offrant des primes de déblocage !
      Ce qui, plus sérieusement, serait à faire et qui seul pourrait garantir la stabilité de la monnaie est fort simple : On devrait faire en sorte que la monnaie émise reste en circulation et ne puisse être retenue dans un but spéculatif ! Tout comme pour les bractéates au moyen âge, cela serait faisable avec une taxe sur la détention monétaire. Avec une « taxe à la détention » (carrying costs), comme Keynes les appelait en suivant les découvertes de Silvio Gesell. Une telle taxe des blocages de la monnaie maintiendrait fluide la circulation monétaire un peu comme les amendes appliquées aux blocages routiers maintiennent le trafic. Et, grâce au fait que cela permettra aussi de limiter l’émission monétaire au niveau économiquement nécessaire, cela permettra aux banques d’émission de gérer la quantité de monnaie libre de toute inflation ! »

      (Pages suivantes : figures 2 et 3)

    3. En fait ce n’est pas 90% comme vous l’annonciez, mais  » il reste pour la thésaurisation la part du lion de 55 à 65%. »

      Ce qui est déjà important, mais est ce réellement gênant ?
      Pour ma part, je ne le pense pas. En effet, si un besoin de consommation est ressenti par les détenteurs de cette monnaie fiduciaire, ils sortiront cette monnaie… mais pourquoi vouloir faire boire des ânes qui n’ont pas soif ou qui disposent peut être largement de toute la monnaie scripturale dont ils ont besoin pour leurs achats?

      Le fait que d’autres n’en disposent n’est vraiment pas un problème car, à ce que je sache, ils peuvent néanmoins en demander à leur banque en échange d’une réduction du chiffre du « compteur » 😉 sur leur compte de dépôt à vue. Je n’ai jamais vu une banque refuser ce passage de l’une à l’autre: tout ce qui peut y avoir comme difficultés c’est quelques délais..

      Cela prouve néanmoins que certains ont plus confiance dans les billets – au risque de les perdre dans un vol, in incendie, une inondation, etc., – que dans la reconnaissance de dépôt de leur banque correspondant au montant instantané de leur solde de compte bancaire.

    1. ok, mais si c’est juste pour « jouer à la marchande », ça n’est pas très intéressant!
      Il faut quand même, comme l’écrit ici aussi zoupic, repenser ce qu’est la monnaie!

  28. Création d’une Banque Éthique Européenne

    INTERVIEW AUDIO. En 2011, une nouvelle banque va débarquer en France, avec des objectifs sociaux et écologiques en lieu et place d’un objectif de profitabilité maximale. Comment cette Banca Etica Europa entend-elle “réinventer la richesse” ? Rencontre avec l’un de ses créateurs.

    http://bonnenouvelle.blog.lemonde.fr/2010/03/06/creation-dune-banque-ethique-europeenne/

    On en parle aussi sur le forum de la NEF: http://www.lanef.com/forum/index.php

    1. il en faut tojours pours les gogos!
      En fait, il est impossible à une banque de faire sensiblement mieux que la concurrente, tout simplement parce qu’elle doit rémunérer les déposants (épargnants). En prêtant moins cher, elle doit rémunérer les déposants moins. Dans ce cas, les déposants déposeront ailleurs et chercheront à emprunter dans la banque « éthique », simple bon sens; ce qui ne sera pas possible, car la banca etica europa manquera de fonds, ou alors, devra les emprunter au taux du marché interbancaire aux autres banques – si celles-ci la jugent solvable.
      En dehors de militants agissant par conviction en acceptant la charte de cette banque, celle-ci n’attirera pas un chat (on s’en fout des chats, me direz-vous, mais elle n’attirera pas non plus des épargnants bipèdes de notre espèce)

    2.  » parce qu’elle doit rémunérer les déposants (épargnants). »
      Votre compte à vue est rémunéré ? Dans quelle banque ?

    3. @ Argonaute,
      Je suis moi-même déjà à la NEF où j’ai une modeste épargne et quelques parts sociales : par militantisme !
      Je reçois bien une fort modeste rémunération appelée intérêts (très très bas) du livret d’épargne que je possède. Rien d’autre ! Et effectivement, ceux qui ont un compte-chèque NEF-(Crédit Coopératif) ne reçoivent pas d’intérêts comme dans n’importe quelle autre banque.
      Où est votre problème ?

    4. @Jean-Louis M
      Moi je n’ai pas de problème car je sais que les banques (ce que n’est pas encore la NEF) peuvent faire crédit (nouvelle monnaie scripturale) suivant leur « part de marché », sans avoir besoin de dépôts à terme (épargne préalable), mais en ayant besoin de dépôts à vue, comme expliqué brillamment dans le forum de la NEF … C’est J.F. qui en a un (de problème) semble t-il en écrivant « En fait, il est impossible à une banque de faire sensiblement mieux que la concurrente, tout simplement parce qu’elle doit rémunérer les déposants (épargnants). En prêtant moins cher, elle doit rémunérer les déposants moins. »
      Sauf cas très particulier aucune banque ne rémunère les comptes chèques (dépôts à vue) et aucune ne les ponctionne pour les prêter à d’autres

      1. Pour la énième fois – 180ème il me semble – la théorie des banques qui « marchent au même pas » en fonction de leur part de marché comme description de la réalité de la création monétaire n’est qu’une théorie fumeuse qu’aucune source de vient étayer. La seule source provient en fait d’un exercice théorique dans un bouquin pédagogique. Il est rigoureusement impossible dans le monde réel qu’une banque ne prête que dans la limite de sa part de marché pour au moins 2 raisons :
        – le marché bancaire est compétitif, comme tous les autres. Le but de toute banque est d’accroître sa part de marché.
        – la banque n’a pour ainsi dire absolument aucune prise directe sur sa part de marché. Elle ne sait pas à l’avance quel est le montant des dépôts qui va atterrir sur ses comptes, comme elle ne sait pas à l’avance quel est le montant des prêts qu’elle accorde qui vont atterrir sur les comptes d’autres banques concurrentes.

        Ce qui est intéressant, c’est que mis à part le bouquin dont je parle et son exercice pédagogique (qui n’a pas vocation à décrire le réel, mais à faire prendre conscience de certains mécanismes), les seules références à cette théorie sont les sites de ceux qui crient au scandale de la création monétaire ex nihilo depuis 3 ans et qui ont essaimé jusqu’au forum de la NEF.

      2. Même sans aller dans les théories de création ex nihilo, il n’y a plus de raison pour que techniquement, je ne gère pas mon système monétaire et mes échanges en local.

        L’argent est une information, basée sur rien, du vent, des atomes, de la confiance.
        Le système ne fonctionne plus, les échanges induisent un rapport de force.
        L’argent travaille autant qu’un salarié.
        Croissances exponentielles à la clé, la répartition des richesses et les inégalités ne font que s’aggraver.
        Rien n’y fait, ce sont les règles de la monnaie, son code source qui définissent les priorités et la texture de notre monnaie.

        Même sans aller dans le détail des pouvoirs, changer la monnaie, changer les monnaies, c’est changer la façon d’interagir avec les autres, de se lier et l’espace dans elquel nous vivons.

        L’argent n’est pas rare, il est rendu artificiellement par ce système aux portes d’accès contrôlé.
        Faites comme bon vous plaira, mais gardez cette alternative en tête, un jour, on ne sait jamais..

  29. Merci à toi Zoupic pour cet excellent article de synthèse sur les monnaies complémentaires.
    Merci à Paul Jorion pour son accueil sur son blog ainsi qu’aux nombreux commentateurs qui nous ont montrés leur intérêt pour ce sujet.

    La mise en place de monnaies complémentaires me semble être une des solutions à expérimenter pour re-dynamiser nos économies locales et permettre ainsi de re-tisser le lien avec ceux qui autrement sont actuellement exclus de la vie économique et sociale.

    Tel que le décrit Bernard Lietaer dans son excellent ouvrage « Monnaies Régionales, de nouvelle voies vers une prospérité durable » (http://www.eclm.fr/bdf/ouvrage-329.html), l’objectif de ces monnaies complémentaires est bien de « connecter des besoins insatisfaits avec des ressources sous-utilisées ».
    Elles ne sont donc en aucun cas une alternative mais sont complémentaires à nos monnaies officielles, afin de permettre des échanges qui autrement n’auraient pas lieu.
    Nous possédons tous des richesses que notre monde économique basé sur la rareté nous a fait oublier.

    Je vous conseille aussi le texte d’une conférences de Bernard Lietaer donnée à l’école de Mines de Paris en mai 2009 « Monnaies régionales pour traiter la crise globale » (http://www.lietaer.com/images/Ecole_des_Mines_Paris_30509_Rapport.pdf) qui est d’une très grande clarté sur le lien entre crises structurelles et monnaies.

    Enfin, pour ceux qui sont intéressés par la création de la Banque Ethique Européenne en 2011, je vous recommande la lecture du manifeste qui a été adopté par les sociétaires de le NEF le 24 mai dernier : http://www.lanef.com/upload/news_485b72a88dc92.pdf

    Bonnes lectures

  30. Un régal que de relire l’article et les commentaires un an plus tard, lors d’une nouvelle situation de crise financière – encore déclanchée par la dette, encore accélérée par la spéculation et encore entretenue par des mécanismes d’intérêts. Et qui sera certainement résolue par l’endettement du prochain sur la liste des organismes de contrôle.
    Autant il y a 2 ans de cela, alors que je découvrais seulement ce qu’est une monnaie, je considérais les monnaies libres comme un exercice séduisant. Autant maintenant, je recommanderais vivement de considérer l’alternative des monnaies libres avec le plus grand sérieux.

  31. Je pense qu’une erreur est souvent commise en pensant que l’argent est les but recherché par le sommet des élites. L’argent si effectivement est un but pour les étages inferieurs ne l’est pas pour le sommet, pour eux aussi c’est un moyen mais non pas celui de l’echange mais du contôle.
    Posons nous la question ils possedent le contrôle de l’argent, des ressources, des marchandises et cherchent sepuis des siecles à contrôler les esprits pour faire de nous des esclaves CAR NOUS LE VOULONS BIEN
    Le pouvoir absolu en quelque sorte, ces etres apparament vont avoir la meme durée de vie que la moyenne 9o ans au mieux puis vont mourir.

    Que cherchent ils réellement ? Je pense que leur but paradoxalement n’est pas matériel dans le sens ou on le conçoit.

    j’ai mon idée mais je vous laisse réfléchir et chercher

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