Le duc d’Aiguillon, le vicomte de Noailles, le vicomte de Beauharnais et le duc du Châtelet

La discussion d’hier dans « N’est-il pas temps, alors, de s’engager ? » a attiré mon attention sur une différence importante voire même fondamentale, entre certains d’entre vous et moi-même, alors que nous disons les mêmes choses et semblons pourtant viser les mêmes buts.

Pour moi, le but est clairement défini, disons pour faire vite : « un monde meilleur », et ceux qui s’opposent à ce monde meilleur que j’entrevois, constituent une masse indéterminée qu’il s’agit essentiellement de rallier à mes idées. Pour certains d’entre vous, l’ennemi est clairement défini, alors que le but est moins circonscrit, en gros : « me débarrasser de mon ennemi ».

La différence est cruciale parce que ce qui m’apparaîtra dans ma cause « centrée sur le but », comme une victoire apparaîtra aux yeux de celui « centré sur l’ennemi », comme ma défaite. Ce qui m’apparaît comme le fait d’avoir pu convaincre mon « ennemi d’un jour » après une longue lutte (il ne s’agit bien sûr que d’une première bataille et non de la guerre), apparaît à mon ami « ennemi-centré » comme le fait que je me sois rallié au camp de l’ennemi. Comme il me l’a été dit hier dans un mail anonyme : le fait que Mme Merkel, Mrs Sarkozy, Papandréou, Barroso, réclament désormais une interdiction partielle des paris sur les fluctuations de prix, fait de moi un « vendu ».

Quel est le raisonnement qui conduit là ? Le fait que vous ayiez convaincu l’ennemi fait que vous et lui disiez désormais la même chose, et c’est vous qui parlez donc désormais comme l’ennemi. Si ma mesure avait été bonne, jamais Mme Merkel, Mrs Sarkozy, Papaandréou, Barroso, jamais de tels « ennemis jurés », ne l’auraient adoptée. Or ils l’ont fait, et le faisant, ce n’est pas moi qui les ai fait rejoindre mon camp, c’est eux qui m’ont fait rejoindre le leur. Ou plutôt, ont révélé « qui j’étais vraiment ». La qualité d’ennemi est ici, je l’ai dit, intangible : elle est déterminée une fois pour toutes et rien ne la fera changer ; il ne s’agit pas, dans cette perspective, de convaincre, mais uniquement d’en découdre.

Ceci éclaire il me semble, non seulement la discussion d’hier mais aussi celle qui eut lieu précédemment à propos de la « création monétaire par les banques commerciales » : trier parmi les torts de l’ennemi est une perte de temps puisque son statut d’« ennemi » ne sera jamais mis en cause. Cela explique aussi pourquoi nous procédions, de notre côté, en proposant une démonstration toujours plus fouillée, toujours plus complète, alors que nos opposants s’efforçaient eux d’allonger la liste de ceux qui sont de leur avis. Cet argument « par le nombre » me déconcertait : « Quel importance, le nombre ! », me disais-je, mais le nombre n’est pas indifférent s’il s’agit de se compter, de compter « ceux qui sont comme nous » et « les autres ».

Qu’est-ce qu’il me reste à faire ? Je ne changerai pas de méthode bien entendu : il s’agira pour moi toujours de convaincre. Convaincre cette fois, ceux qui n’en sont pas convaincus, que ce n’est pas l’identité de l’ennemi qui compte mais la nature de l’objectif. Les guerres fondées sur l’ennemi se perdent ou, dans le meilleur des cas, leur issue se détermine au hasard, celles fondées sur le but sont plus certaines d’être gagnées. Et rappelez-vous : la nuit du 4 août, ce sont des aristocrates qui se réunirent pour abolir les privilèges. Merci au duc d’Aiguillon, au vicomte de Noailles, au vicomte de Beauharnais, au duc du Châtelet et aux autres, de vous être laissés convaincre : nous vous sommes toujours redevables.

Partager

127 réflexions au sujet de « Le duc d’Aiguillon, le vicomte de Noailles, le vicomte de Beauharnais et le duc du Châtelet »

  1. Monsieur Jorion,

    C’est un honneur d’etre abonne a votre Blog, et votre dernier « post » m’en convainc ancore davantage.

    Merci de rappeler que la seule bataille qui vaille la peine de prendre des risques est celle au service du bien d’etres humains, sans creer de nouvelles victimes, fussent elles des « ennemis ».

    Vous le savez certainement, cultive comme vous l’etes, que les Mayas se saluaient couramment par un terme qui se traduirait par :  » vous etes un autre Moi »… Ah si on pouvait integrer cette realite dans notre quotidien !

    Cordialement, et respectueusement, je vous salue, vous, cet autre Moi.

    Vincent , un Francais a Dubai

  2. La difficulté de fond est double : celle de la tension entre technique et politique, d’une part, et de l’autonomie du chercheur, d’autre part. Pour passer de l’interdiction des CDS à la remise en cause du financement intégral de la dette publique par les marchés financiers, je pense qu’il faut beaucoup plus qu’une discussion technique, mais un véritable tournant de l’offre politique. La légitimation des dérivés est directement issue d’un friedmanisme échevelé (comme le montre Gillian Tett), et de l’idée d’auto-régulation des marchés, très largement défendue par les think tanks de droite puis progressivement adoptée par la gauche centriste (Democratic Leadership Council de Clinton, nouveaux travaillistes, SPD allemand, etc.). Le rôle des chercheurs est évidemment à débattre mais il me semble que leur influence sera vaine tant qu’une offre politique ne viendra pas se greffer sur leurs travaux : François Morin, dont l’exposition médiatique est inversement proportionnelle à son talent, pointe depuis 2006, en vain, le risque des dérivés de crédit, le pouvoir de marché des banques d’investissement, (cf. « Le nouveau mur de l’argent », Seuil, 2006). Comment mettre en musique, de façon structurale et non éparse, l’ensemble de vos propositions – interdiction des paris spéculatifs sur les prix (Jorion), dédoublement des politiques monétaires et système socialisé du crédit (Lordon), internationalisation progressive des économies (Sapir), renforcement de la régulation (Morin), développement des monnaies de réserve partiellement démarchandisées (Stiglitz) – sinon en l’intégrant dans une offre politique globale ? L’autonomie du chercheur, n’est-elle pas somme toute relative ? Lorsque vous évoquez dans vos ouvrages les effets de la désinflation compétitive en raison d’une perte de pouvoir salarial dans un contexte mondialisé de concurrence déloyale, vous êtes inévitablement positionné sur l’espace des prises de positions politiques (même si la vôtre est étayée empiriquement) et vous aurez beaucoup de difficultés à convaincre tous ceux pour qui à droite, et depuis quelques années au sein de l’asociale démocratie, la mondialisation est à accepter telle qu’elle est.

    1. Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous dites.

      J’ajouterais qu’il n’y a pas de contradiction entre la façon dont Paul conçoit son action politique qui consiste à convaincre comme il le dit très bien dans son billet, et l’action politique plus collective, c’est à dire autour d’un mouvement traditionnel ou dans une autre forme qui reste à déterminer.

      Clairement, Paul ne s’assigne pas comme rôle de constituer un mouvement politique sous sa bannière au sens militant . Je comprends et j’approuve sa position. Elle a sa sa logique propre, qui est imparable. Son but est de convaincre et non pas de faire accéder au pouvoir sous sa bannière tel ou tel groupe de partisans, ce qui est le but premier de tout parti politique. Si le but premier devenait l’accession au pouvoir d’un parti avec en bandoulière quelques une de ses idées comme par exemple l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, ces idées en bandoulière se verraient immédiatement diluées dans le petit jeu des oppositions partisanes.

      Le terrain d’action de Paul Jorion c’est la République des idées et non pas le paysage politique parce que c’est sur ce terrain des idées qu’il a plus de chance de parvenir au but, qui est de convaincre et de faire adopter la ou les quelques mesures qu’ils pensent cruciales.

      Et quand bien même ces mesures seraient-elles adoptées, leur adoption a contrario ne lient en rien Paul à ceux qui les adoptent. Il conserve sa liberté d’expression et de critique.

      Par contre, et là je rejoins votre propos, rien n’interdit les partis politiques traditionnels de reprendre à leur compte les préconisations de Paul. Mais, pour l’heure, il faut bien le constater, on entend peu sinon pas du tout les leaders des grands partis sur ce terrain des idées développées par Paul (et quelques autres, dont ceux que vous citez), ceux-ci préférant avancer des propositions passe partout et qui puissent être comprises instantanément, bref des idées qui ne nécessitent pas un certain effort de pédagogie.

      Sans désespérer tout à fait des partis politique, car ils s’inscrivent tout de même dans une dynamique, il faut donc inventer d’autres façons de faire de la politique,notamment au travers de groupes idées-action qui ne visent pas l’accès au pouvoir, mais avant tout l’influence. Y compris en exerçant cette influence sur les partis politiques. Bref des sortes de lobbies citoyens !

      Cette idée commence à émerger il me semble, ici ou là dans les commentaires.

    2. C’est étrange que beaucoup soient d’accord sur l’influence des think tanks de droite sur les avancées du néo-libéralisme ces 30 dernières années mais qu’on doute de l’influence du blog et des livres de Paul d’une manière parallèle mais diamétralement opposée (si, si c’est topographiquement possible).

      J’ai fréquenté longuement et de très près des responsables politiques de toutes obédiences et peux vous dire que ces « gens-là » ne sont pas des robots qui votent les ordres du grand timonier le petit doigt sur la couture du pantalon mais femmes et hommes qui ont, certes, les a priori de leur groupe social et politique, mais réfléchissent, échangent et changent parfois plus souvent d’opinion que le commun des mortels. En régime démocratique, on peut se fourvoyer un peu, voire beaucoup mais indéfiniment cela a pour conséquence de vous mettre hors-jeu. Etre le plus malin, le mieux informé ou le moins décalé par rapport au réel est une garantie de survie dans un milieu très concurrentiel.

      Arrêtons un peu de tout mettre sur le dos des autres, les capitalistes ou les politiques, balayons devant nos portes et réjouissons-nous qu’il y ait des intellectuels qui ne jouent plus dans le registre de « La trahison des clercs ».

      u

  3. Je préfère aussi cette attitude qui consiste à convaincre ou se laisser convaincre plutôt qu’à conquérir . Elle est à l’aune de la modestie que je faisais mienne en citant Tolstoï précédemment .

    L’histoire , même si certains pensent que c’est un mythe , est faite dans ces péripéties de convictionnement , de combats engagés toujours perdus ( j’ai revu avec émotion récemment sur Arte « les sept samourai » avec létonnante conclusion de leur chef après la victoire sur les pillards :  » encore une guerre perdue , seuls les paysans gagneront toujours la bataille »), de contingences , de naissances innattendues ….

    Dans ce mouvement votre contribution avec des milliers d’autres parfois antagonistes , n’est pas la plus aisée ni la plus inutile . Ni plus ni moins que celle de celles et ceux qui ont voulu  » changer » .

    Vous avez raison de dire que les meilleurs alliés ne sont pas toujours où on les attend .Dans l’aristocratie parfois . Mais alliés de qui ? Et pour aller où ?

    Pour rajouter à l’arc en ciel , je poste ici ma référence préférée à l’engagement de Jean , l’ardéchois coeur fidèle d’adoption :

    1. Merci monsieur Nessy pour cette communion, et merci à FR3, une fois n’est pas coutume pour son dernier hommage à Louise MIchel, co-fécondatrice de la première internatinnale……
      Tenez, faites donc une petite expérience avec Google earth : Cherchez où se trouve la rue Thiers et l’éventuelle rue louise Michel sur les communes de France….. Vous obtiendrez une superbe carte géo-politique !!!

  4. Il est historiquement patent que rien ne peut changer sans qu’une partie de l’élite ou de leurs rejetons n’ait opéré une prise de conscience. Une fois cela admis, la paranoïa ambiante ratiocinera sur l’honnêteté de ces revirements. Sont-ils opérés par conviction, par intérêt, un mélange des deux?

    Malheureusement, force est de constater que nous sommes en face de phénomènes qui touchent le fonctionnement humain partagé. Malheureusement pour notre confort intellectuel, un membre de l’élite ne fonctionne pas différemment, fondamentalement, de celui qu’il opprime et chacun peut constater qu’il est ou qu’il a été, par goût ou par nécessité, un moment ou à un autre, l’oppresseur de quelqu’un.

    La tolérance, (il y a des maisons pour cela disait je ne sais plus qui) n’est pas forcément la bonne attitude,. Excuser et comprendre ne constituent pas des attitudes suffisantes. Fustiger les comportements égoïstes et inhumains est certainement indispensable. Mais un changement qui s’opérerait par l’élimination morale ou physique d’une partie de la population par une autre, serait sans lendemain.

    Quelques soient les stratégies visant au changement, convaincre l’autre de son erreur est probablement ce qui entraîne le changement le plus durable. Cependant, lorsque la planète entière a perdu tout repère, que les élites aussi bien que l’homme de la rue s’illusionnent dans un monde de croyance en la chimère de l’abondance éternelle, on peut au moins avancer qu’il reste un travail considérable à effectuer avant que la raison triomphe. Quelques soubresauts atteignant le « confort » de chacun pourraient être salutaire pour la prise de conscience.

  5. La nuit du 4 Août…

    Sa seule évocation en fait encore enrager beaucoup, pour qui le « monde d’avant » était meilleur, forcément meilleur, et on les comprend…
    Nous en devrions la version moderne à Mme Merkel, Mrs Sarkozy, Papaandréou, Barroso…?

    J’aurais plutôt tendance à me demander quel Bernanke, quel Goldman Sachs, qui aujourd’hui détiennent la réalité du pouvoir, prendrait la place de ces Ducs et Vicomtes ?
    Pour eux, ce sera plutôt « tout sauf ça ! »…Car le monde qu’il souhaitent, eux aussi, vous le devinez, c’est bien entendu le meilleur…

    Votre démarche, convaincre, reste bien entendu la seule possible, à mon sens.

    C’est votre titre qui me laisse un peu songeur, « toute révérence gardée »…

  6. Merci pour ce billet et continuez pour « un monde meilleur ».

    « Je voudrais parler des rapports humains…
    Il me semble que nous devons comprendre, non pas en tant que théorie, ni en tant que concept hypothétique et divertissant, mais plutôt comme un fait réel, que nous sommes le monde et que le monde est nous-mêmes. Ce monde est chacun de nous ; le sentir, être véritablement imprégné de cette compréhension, à l’exclusion de toute autre, entraîne un sentiment de grande responsabilité et une action qui doit être non pas fragmentaire mais globale…
    Je crois que nous sommes portés à oublier que notre société, que la culture dans laquelle nous vivons nous a conditionnés, qu’elle est le résultat des efforts du conflit des humains, de la souffrance, de la misère humaine. Chacun de nous est cette culture, la communauté est chacun de nous. Nous ne sommes pas séparés. Sentir ceci non pas comme une notion intellectuelle, comme un concept, mais en vivre véritablement la réalité, nous entraîne à examiner la question de ce que sont les relations humaines ; parce que notre vie, notre existence même est fondée sur ces relations. Notre existence est un mouvement qui se poursuit dans le sein de ces relations, et si nous ne comprenons pas ce qu’elles impliquent, nous arriverons inévitablement non seulement à nous isoler, mais à créer une société où les être humains seront divisés non seulement nationalement ou religieusement, mais encore dans leur vie intérieure, et c’est pourquoi ils projettent ce qu’ils sont dans le monde extérieur… »
    Krishnamurti (l’éveil de l’intelligence)

  7. Bonjour à tous.
    Tout d’abord, bravo au courageux auteur anonyme…

    Monsieur Jorion, j’ai un doute. Car vous savez que tout désavantage concurrentiel entre pays ferait immédiatement fuir les personnes dont le but est de vivre aux crochets de la société…
    (Et, par extension, nous pourrions aussi penser qu’Obama a rejoint notre camps. Mais voyez à quel point ses projets sont tués dans l’œuf)
    Ces politiques européens ont beau adopter nos idées, j’ai vaguement l’impression qu’il faudra encore lutter longtemps…

  8. C’est bien beau tout ça, c’est presque comme dans un Disney, mais messieurs les vicomtes n’avaient pas le choix cette nuit du 4 aout. Ils ne faisaient qu’essayer de calmer les choses.
    Si le peuple n’avait pas grondé, les privilèges seraient toujours là.

    1. C’est pas gentil pour « messieurs les vicomtes ». Je ne connais pas l’histoire en détail, mais les lois de la statistiques suffisent pour supposer que parmi eux s’en trouvaient de plus éclairés que d’autres, donc plus conscients de la nécessité de changements profonds.

    2. Je ne dis pas le contraire, Crapaud. Je dis juste que ces vicomtes, et peu importe leur sincérité, ont pris les décisions que le peuple réclamait APRES que le peuple soit sorti dans la rue. En gros, ils cherchaient à sauver ce qui pouvait l’être. Sans cette nuit du 4 août, les privilèges auraient été abolis de toutes façons mais le roi et d’autres auraient vécu encore moins longtemps.
      Mais on peut refaire l’histoire « façon bisounours », si ça en rassure certains.

    3. @ attention à la mythologie ..
      Il y a l’histoire de France telle qu’elle s’est faite, et l’histoire que l’on a écrite pour des objectifs à courte terme. Cette histoire du peuple qui se serait levé comme un seul homme contre les aristocrates en fait partie. Mais en réalité, Voltaire, Sieyes et Diderot étaient des best sellers des décennies avant 89. Et à votre avis qui les lisait : le peuple ou les aristocrates ?
      amicalement

    4. « Cambiare tutto per non cambiare niente »
      Il Gattopardo, Giuseppe Tomasi di Lampedusa.

      Cette citation devient récurrente sur ce blog, en cette période d’incertitude.
      Le prince de Salina se résout à accepter le changement parce qu’il comprend que c’est le seul moyen de conserver ses privilèges. C’est un aristocrate « éclairé », conscient du fait qu’une transformation cosmétique de la société est un moindre mal dont il peut tirer avantage.
      Ceci dit, il a nettement plus de classe que nos tristes barons de la finance, surtout sous les traits de Burt Lancaster dans le très beau film de Visconti.

    5. Dans les époques révolutionnaires, par exemple, ceux qui s’attribuent, avec un si étrange orgueil, le facile mérite d’avoir développé chez leurs contemporains l’essor de passions anarchiques, ne s’aperçoivent pas que, même en ce cas, leur déplorable triomphe apparent n’est dû surtout qu’à une disposition spontanée, déterminée par l’ensemble de la situation sociale correspondante, qui a produit le relâchement provisoire et partiel de l’harmonie générale : comme on peut aisément le vérifier aujourd’hui, à l’égard des principales aberrations sociales, dérivées du dévergondage moral, résultant de notre anarchie intellectuelle ; il en fut de même en tout temps.

      Auguste Comte, Cours de philosophie positive, Tome IV

  9. Billet invité : Mohandas Karamchand Gandhi

    « L’erreur ne devient pas vérité parce qu’elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit. »

    « Les systèmes économiques qui négligent les facteurs moraux et sentimentaux sont comme des statues de cire : ils ont l’air d’être vivants et pourtant il leur manque la vie de l’être en chair et en os. »

    « La machine a gagné l’homme, l’homme s’est fait machine, fonctionne et ne vit plus. »

    « Si nous entretenons dans notre cœur la malice et la haine et que nous faisions semblant de ne pas vouloir la vengeance, celle-ci devra faire retour sur nous, et elle nous conduira à notre perte. »

    « Cultiver l’humilité revient à cultiver l’hypocrisie. L’humble n’a pas conscience de son humilité »

    «Mon exigence pour la vérité m’a elle-même enseigné la beauté du compromis.»
    [ Gandhi ] – Autobiographie ou Mes expériences de vérité

    «Tout compromis repose sur des concessions mutuelles, mais il ne saurait y avoir de concessions mutuelles lorsqu’il s’agit de principes fondamentaux.»
    [ Gandhi ] – Harijan

    «L’homme est soumis à l’obligation de se laisser guider dans toutes ses actions par des considérations morales.»
    [ Gandhi ] – Extrait des Lettres à l’Ashram

    « La vie sans religion est une vie sans principe, et une vie sans principe est comme un bateau sans gouvernail. »

    «Le fait de s’incliner n’humilie pas l’agresseur mais l’élève.»
    [ Gandhi ] – Extrait des Lettres à l’Ashram

    « S’abstenir de punir n’est pardon que quand il existe le pouvoir de punir. »

    « La force du nombre ne réjouit que le peureux. Celui qui est courageux en esprit se fait gloire de combattre seul. »

    « La victoire obtenue par la violence équivaut à une défaite, car elle est momentanée. »

    « Là où il n’y a le choix qu’entre lâcheté et violence, je conseillerai la violence. »

    « Tout ce que tu feras sera dérisoire, mais il est essentiel que tu le fasses. »

    Namaste à tous!

  10. « L’ennemi est bête : il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui ! » (Pierre Desproges)

    On renforce ce à quoi on s’oppose, selon le vieux lao.

    Convaincre en laissant « percoler » me semble en effet bien plus efficace…

    Amicalementao à tous

    1. Revenir au fondement, quand tout part en couille. Desproges.
      C’est aussi lui qui avait lors d’un tribunal des flagrants délires avait publiquement humilié de la plus belle façon qui soit Le Pen, en démontrant que l’on pouvait rire de tout mais pas avec n’importe qui.
      Je suis effectivement d’accord pour convaincre. Mais dans une certaine limite.
      Cordialement.

    2. « L’ennemi est bête : il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui ! » (Pierre Desproges)

      Fou rire irrépressible.

  11. Pour survivre et se conforter, l’illusion du « MOI j’existe et je suis plus malin que les autres » aime se fabriquer des ennemis extérieurs. Il crée artificiellement une frontière intérieur/extérieur, ou moi/non-moi qui n’est que fictive : celle-ci naît, évolue, change et disparaît avec le temps, alors où est sa réalité solide et permanente ? Le concept « ennemi » est une fabrication mentale dont il convient d’observer en quoi elle est utile ou nuisible, quelle est sa fonction ? L’ignorance de la complexité indescriptible du monde, l’illusion d’être du côté des gentils-intelligents-sages (rayer les mentions inutiles) et non, par chance, du côté des méchants-stupides-cupides sont pour le coup des ENNEMIS bien plus redoutables que nos ennemis imaginaires.

  12. « L’individu qui pense contre la société qui dort, voilà l’histoire éternelle, et le printemps aura toujours le même hiver à vaincre »

    Emile-Auguste Chartier dit Alain.

  13. J ‘ adhère à votre point de vue tout en sachant
    que le facteur temps ne fera aucun cadeau aux futurs victimes.

    On peut avoir un sentiment d’ urgence tant la conversion de l’ ennemi sera longue et couteuse.
    On pourra éléver un monument aux morts de la guerre financière ( l’ Afrique semble le lieu approprié) avec cette dédicace:
    « Désolé, il a fallut attendre un 4 Août;
    et nous avons beaucoup souffert à
    vous voir mourir inutilement ».

    J ‘ adhère à votre point de vue mais ne nous fixons aucune contrainte.
    Ne nous retirons pas le droit à l’ erreur.
    La solution idéale, celle à la fois moralement satisfaisante et
    matériellement efficace risque d’ intervenir sur un champ de ruines.
    Le fighting spirit et l’ esprit pratique ne sont pas à dédaigner.
    La motivation d’une sanction-vengeance (symbolique, naturellement)
    en vaut bien une autre.

    Les ci-devant nobles du 4 Août ont été perçus comme
    des traitres par leur classe et la Révolution ne les a pas épargné:
    duc du Châtelet : guillotiné.
    vicomte de Beauharnais: guillotiné.
    vicomte de Noailles: femme, mére et grand-mère guillotinées.suspect et exil.
    duc d’Aiguillon: décrété d’accusation, exil.

    C’est peut-être la raison pour laquelle il ne faudrait pas trop
    attendre des continuateurs. Il est des périodes où la gloire
    et l’ honneur sont trop proches de la mort.
    Raisons de plus pour ne compter que sur notre force.

  14. Bjr Paul,

    Si j’ai bien compris,
    vous proposez cette dichotomie entre votre combat et celui de certains de vos contradicteurs, qui pourtant semblent dire les mêmes choses et semblent viser les mêmes buts :

    Votre démarche : Rallier à vos idées ceux (masse indéterminée) qui s’opposent au « monde meilleur » que vous entrevoyez
    L’autre démarche; je vous cite : Pour certains d’entre vous, l’ennemi est clairement défini, alors que le but est moins circonscrit, en gros : « me débarrasser de mon ennemi ».

    Je partage votre analyse, avec cette nuance :
    Vous ne tenez pas compte de la notion de « bonne foi ».

    Que valent les arguments face à des personnes coupables de malhonnêteté et de mauvaise foi ?
    Pensez-vous réellement que vos propositions de solutions « techniques », aussi pertinentes soient-elles, les amènent à des réflexions nouvelles sur ce qu’est l’intérêt général ?

    A ce titre, je rentre dans la catégorie de vos amis « ennemis centrés » mais avec ce distinguo fondamental :

    Mon objectif n’est pas celui que vous m’attribuez : « me débarrasser de mon ennemi »
    Mon objectif est identique au votre : « rallier le plus grand nombre à mes idées ».

    Et mes idées sont que nous avons affaire à une caste dominatrice malhonnête et de mauvaise foi. Ces gens-là fonctionnent en cercles fermés et qui n’ont que faire des arguments que nous opposons à leur action.

    Et mon objectif est que « le plus grand nombre » les reconnaissent pour ce qu’ils sont, que « le plus grand nombre » leur retire leur « supposée » légitimité, que « le plus grand nombre » fasse entrer la contradiction au sein des « cénacles », en portant à la direction des affaires de nouvelles personnalités issues de courant « non alignés ».
    Parce qu’aussi longtemps qu’on laissera les manettes économiques, politiques et médiatiques entre les seules mains de ceux qui ont franchis « le plafond de verre », nos idées seront regardées avec condescendance et mépris.

    Je partage pleinement donc votre objectif :
    « Convaincre cette fois, ceux qui n’en sont pas convaincus, que ce n’est pas l’identité de l’ennemi qui compte mais la nature de l’objectif ».

    La nature de l’objectif étant à mes yeux celle-ci : convaincre mes concitoyens qu’on ne pourra faire bouger les lignes sans changer les hommes qui s’avèrent n’être rien d’autres que les gardiens de ces lignes.

    1. 100% d’accord. Il faut quand même une grande naïveté pour considérer que le personnel dirigeant actuel est de bonne foi ou intoxiqué par je ne sais quelle idéologie. Ils savent très bien qui ils défendent et sont devenus des spécialistes du double langage.

      C’est une caractéristique que l’on retrouve dans toutes les dictatures, la sémantique servant à désigner des choses différentes selon qu’on soit dominant ou dominé.

  15. Que le camp adverse adopte des idées (ou, comme Sarkozy, des personnalités) de son propre camp est très déroutant. Il donne ainsi des gages de bonne conduite à son opposition, mais on peut douter qu’il soit sincère. Ce n’est peut-être qu’une manœuvre de marketing politique destinée à affaiblir l’opposition en lui coupant l’herbe sous le pied. Dans le cas des CDS, il s’agit probablement de préparer l’opinion à des annonces beaucoup moins réjouissantes. Quoiqu’il en soit, il est trop tôt pour pavoiser, le capitalisme récupère et détourne à son avantage les buts les plus nobles.

    1. C’est exactement ce qui s’est passé avec mai 68 : le capitalisme n’a pas attendu 10 ans pour retourner le mouvement à son compte et produire une société individualiste et hédoniste, libérale dans le bon sens du terme (entendre libéralisation des échanges financiers), avant que de reprendre en main ce qui avait été donné un temps sous la menace. Le capitalisme joue sur ce temps long, qu’il a pour lui, puisqu’il est désormais ‘seul’ au monde.
      Je suis donc très méfiant par principe quand ‘un ennemi’ utilise mes idées : en général, c’est qu’il veut me faire un enfant dans le dos.
      Et comme le diable est dans les détails, les annonces, elles auront été faites ‘au peuple’, le temps que la colère puisse redevenir gérable et ensuite ‘business as usual’ …
      Mef’ !!

  16. il est vrai que l’abolition des privilèges est tout en l’honneur des aristocrates qui l’ont estimée nécessaire.
    Tout comme TALLEYRAND, de famille noble, ecclésiaste , et homme politique à l’origine de la confiscation des biens du clergé. Mais c’est également lui qui est à l’origine de la RESTAURATION.

    Pour ma part, la reconnaissance de ces hommes a ses limites, tant il est vrai qu’à la première occasion (qui s’appelle Napoléon), ces mêmes hommes se sont réappropriés leurs droits.
    Le Code Civil, qui remet au premier rang le système de transmission de la propriété tel qu’il est défini bien avant la RÉVOLUTION, en est le témoignage flagrant.
    Cela a donné du grain à moudre à un certain ZOLA par la suite. Et probablement qu’à l’heure actuelle, d’aussi bonnes plumes sont en train de trouver des mots.

  17. En consultant les notices wikipédia de tout le beau monde cité en titre, j’ai pu me rendre compte que leur espérance de vie avait quelque peu souffert de cette abolition….

    Donc les « centrés sur l’ennemi » peuvent se réjouir: les deux options ne sont pas irréconciliables 😉

    Jérôme: Le regretté Pierre Desproges disait, de mémoire: « L’ennemi est con. Il crois que c’est moi l’ennemi, alors que c’est lui ! J’en ris encore ! »

    Plus sérieusement, je crois que les « centrés sur l’ennemi » sont aussi d’essence conspirationnistes. On ressent certainement moins le besoin de se débarrasser des gens quand on pense qu’ils naviguent à vue, qu’ils légifèrent au gré des sondages et des crises, et qu’en fait de liens directs entres grands groupes d’intérêts il y a un gros bazar qui s’appelle le monde…

    PS: Mr Jorion, avez-vous eu le temps de lire Nausicaa ? 🙂

  18. Ce lien illustre la discussion du jour
    http://pagesperso-orange.fr/calounet/extraits/villes_calvino.htm

    Extraits de « Les villes invisibles » de Italo Calvino:

    – » L’enfer des vivants n’est pas chose à venir ; s’il y en a un, c’est celui qui est déjà là, l’enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons d’être ensemble. Il y a deux façons de ne pas en souffrir. La première réussit aisément à la plupart : accepter l’enfer, en devenir une part au point de ne plus le voir. La seconde est risquée et elle demande une attention, un apprentissage, continuels : chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l’enfer, n’est pas l’enfer, et le faire durer, et lui faire de la place. »

  19. il nous faut des principes pour savoir le juste.
    le premier principe serait l’interet general.
    à partir de là,en fonction du contexte,on peut savoir qu’elle est la bonne direction.
    il ne s’agit plus d’amis ou d’ennemis,ni de batailles ou de guerres mais d’actions paradoxales pour la justice holiste et holoniste.
    n’oublions pas que la forme peut etre simple,mais le fond est tojours complexe!

  20. Sur le principe, je suis d’accord, Paul. Je ne me suis jamais cherché d’ennemis. Mais force est de constater que ce sont eux qui me choisissent! Lorsque Sarkozy détruit systématiquement le système judiciaire, lorsqu’il porte atteinte à nos/mes droits fondamentaux à travers les dérives de la police nationale, lorsqu’il prend des mesures fiscales qui vont précisément dans le sens contraire à celui que vous préconisez, je suis bien obligé d’en tenir compte. Je croirai aux velléités visant à l’interdiction de la spéculation s’attaquant aux Etats européens lorsqu’elles se seront concrétisées. Le président français parle beaucoup pour, au bout du compte, ne rien faire qui vaille. Notez au passage que je ne dirais pas la même chose d’Angela Merkel, qui me paraît autrement plus responsable et cohérente que son homologue français.

    On verra bien ce qui va se passer dans les mois à venir…

  21. @Paul :
    La différence majeure entre les acteurs de la nuit du 4 Aout et nos politiciens, c’est que certains artistos avaient déjà pris conscience depuis au moins 1750 que le royaume courrait à la faillite puisque les nouveaux riches étaient déjà les bourgeois et la petite noblesse était déjà ruinée. Ce qui décrédibilise complètement tout le personnel politique de notre époque moderne, c’est qu’aucun d’entre-eux n’a compris la crise, ni ne l’assume, ni ne l’a vu venir. Or l’économie faite science est ce qui a donné l’alibi scientifique à la « science politique » qui leur sert de prêt à penser. Prendre conscience d’une erreur idéologique n’est pas le business des avocats et des économistes devenus politiciens, tant que le capitalisme est amendable, ils l’amenderont mais vous verrez qu’en coulisse ces gens là ne sont pas encore prêt à comprendre la crise de leur « civilisation ». Les opinions sont faites pour changer, par contre changer l’idéologie qui légitime le sentiment de puissance, c’est une autre paire de manche.

  22. « Moi » ci-dessus marque un point un peu bestial par rapport à ce billet ma foi bien argumenté. L’angle des arguments intelligents ne pèsent pas lourd par rapport à celui du pouvoir. Ou plutôt, si, il pèse, mais il pèse « aussi ». Il vienten second. La condition nécessaire au changement, c’est la possibilité politique de le faire. Dans notre cas, c’est amené la situation sur le terrain dans une situation où tous les Ducs d’Aiguillon qui se présenteront pourront dire à tous les Goldmann Sachs de tout poil « soyez raisonnables, la fête est finie » et que ceux ci soit assez hébétés pour lacher les manettes auxquelles ils s’agrippent. Du genre d’hébètement que provoque la vue d’une foule en train de bruler votre voiture.

    Il n’est pas déraisonnable d’espérer que la classe dirigeante actuelle se montre plus souple et plus rapide à voir le raisonnable que ce dont elle fut capable à l’époque de la révolution française. Essentiellement parcequ’à l’époque, la possibilité pratique de la guerre des classes totales a été mené explicitement, créant par là même un référent parlant pour illustrer jusqu’à quelles extrémités peut mener un trop grand entêtement.

    « Ces gens-là » se définissent et se reconnaissent entre eux sur des critères de force, pas d’intelligence. Ils peuvent être aussi intelligent, mais la force est ce qui les préoccupe. Enfin, pas tous, mais l’experience récente montre que ceux pour qui c’est le cas ont garder la main haute jusque maintenant. Maintenant ou effectivement les déclarations de nos dirigeants donnent de l’espoir… Espoir qui pour ma part reste prudent vu les précédents écarts observés entre les paroles et les actes. Wait&see !

  23. Bonjour Paul,

    Tout d’abord, l’accusation de « trahison » qui vous a été faite : cette accusation est-elle aussi répandue que ce que vous évoquez? (La force de votre réponse me laisse penser que vous pouvez souvent être blessé par les propos qui vous sont adressés).

    De là à en conclure qu’il existe un « camp »/ « groupe » dont la seule fin est d’en découdre avec un ennemi intangible -dont vous seriez- est peut-être un petit peu fort?

    Restreindre leur schéma de pensée à une simple volonté de destruction, je trouve ça un peu décourageant. Décourageant pour ces contributeurs, mais aussi pour ceux qui sont partisans de votre approche (ne serait-ce que parce que ceux-là sont peut-être des parents eux mêmes…). « La jeunesse croit beaucoup de choses qui sont fausses ; la vieillesse doute de beaucoup de choses qui sont vraies », dit un proverbe allemand. Ne pouvons-nous pas avoir de l’indulgence pour ces deux travers?

    « Un monde meilleur » : je pense que c’est un but partagé également par les plus révoltés de ceux qui s’expriment ici. Personnellement, la différence que vous mettez en exergue m’apparaît moins porter sur la finalité que sur les moyens d’action : convaincre par le raisonnement / se débarrasser de son ennemi. Mais dans les deux cas : pour aller vers un monde meilleur. Je suis convaincu que le but est le même.

    Je me souviens de cet échange télévisé entre Balavoine et Mitterrand (en 80?). Il attirait l’attention sur le désespoir de la jeunesse, un désespoir selon lui « mobilisateur ». Il mettait en garde contre les possibles actions violentes qui pourraient naître de ce désespoir.

    On dirait que, 30 ans plus tard, nous y arrivons. Doucement, mais nous allons y arriver. Ce nombre croissant de jeunes gens soutenus à bout de bras par leur entourage. A défaut de dignité et d’indépendance, au moins ceux-là ont-ils un toit et de quoi manger. Parce que pour ceux qui sont déjà SDF, la messe est dite, n’est-ce pas? (A côté de ça, la planète n’a jamais compté autant de milliardaires qu’en 2010, on ne va pas bouder les bonnes nouvelles…)

    Ce milieu étudiant qui semble de nouveau travaillé par l’action politique.
    Ces messages qui sont autant de signaux d’alerte que quelque chose ne va plus, vraiment plus.

    Quel référentiel ont ces gens? Pour ma part, j’ai eu la fin des années 80, Tapie et sa philosophie de supermarché. Il fallait savoir se vendre : le mot d’ordre était « tu n’es pas un demandeur d’emploi mais un offreur de services »!! C’était déjà la guerre sur le marché du travail, mais on n’avait encore rien vu. Sont venues les années 90, les stages gratuits, les CDD à répétition, les formations bidons, l’outplacement, Daniel Porot et ses manuels de survie. Et puis les années 2000, les traders triomphants, l’exil des winners à la City, les interviews au JT de ces jeunes loups qui faisaient l’apologie du pognon, les écoles de commerce à 4000 € l’année…

    Se construire une identité d’homme, avoir une réelle estime de soi : voilà un enjeu de première importance. Mais dans ce contexte…
    Comment « penser » un monde à ce point culpabilisant, qui vous met sur la touche dès vos plus jeunes années, vous condamnant à un sentiment aigu d’inutilité? Je passe sur le simple fait d’avoir compté parmi les rejeton d’une génération de jouisseurs, d’avoir baigné dans des valeurs de consommation et d’individualisme (je n’accuse pas mes parents, mais c’est tout de même un élément de contexte) : lorsqu’en plus le monde vous impose pour surnager de « déconstruire » la plupart des valeurs que l’on vous a inculquées, on peut dire que la pente est forte, je pense.

    Au final, faut-il s’étonner qu’il y ait aujourd’hui une tentation chez certains de trouver un ennemi à qui « faire la peau »?

    Vous ne niez pas la parole de ces révoltés, c’est tout à votre honneur. Vous avez, à la fin de votre billet, réaffirmé votre volonté de les convaincre. C’est un message d’espoir, un engagement qui réchauffe le coeur. Pour autant, « nous qui balançons entre deux âges », sachons ne pas oublier d’ou ils viennent et ce qu’ils vivent.

    Amicalement,

    Frédéric

    1. Très beau commentaire.

      Nous appartenons à la même génération de « rejeton[s] d’une génération de jouisseurs » et j’ai autant de mal que vous (mais je lis peut être abusivement entre vos lignes) à séparer le particulier du général et à ne pas reprocher à mes parents d’avoir suivi le courant lorsque l’idéalisme s’est transformé en résignation.

      J’ai un petit souci avec un morceau d’une de vos phrases (à savoir : « déconstruire la plupart des valeurs que l’on vous a inculquées »), sans pour autant l’interpréter abusivement et vous faire dire ce que vous n’avez pas dit.
      Je m’explique : ces déconstructions ne concernent pas uniquement la perte du sens de la communauté et la glorification du pseudo-individualisme du consommateur nombrilique produit en série. Elles concernent aussi des sujets qui me tiennent à cœur, comme la déconstruction du racisme hérité de l’époque coloniale ou la remise en cause du sexisme, de la domination des femmes par les hommes et des rôles fossilisée qui nous sont imposés en fonction de notre sexe biologique.
      Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, sinon cette époque agonisante pourrait déboucher sur des temps plus sombres encore.

  24. Oui, je suis d’accord avec votre démonstration, ne pas se polariser sur l’ennemi, mais l’objectif à atteindre… le bien-être humain, le partage (pour moi) de toutes les richesses…(mais tout le monde ne veut pas!)
    Le seul problème, c’est que je ne crois pas que l’ennemi ait intérêt aux mêmes objectifs que moi…il veut généralement me lessiver…donc, je suis plus méfiante que vous…je raisonne pour avoir un combat d’avance, ne pas me faire avoir bêtement, par exemple par une confiance totale dans les déclarations de bonnes intentions.
    En tant que femme, je connais déjà cela avec les hommes… des promesses, des promesses… et à l’arrivée, il n’y a plus personne…
    C’est vrai, je suis une « pétroleuse », mais je le revendique haut et fort car je ne me ferai jamais avoir, ou si je me fais avoir…je TIRE!

    1. Vous avez raison de penser que d’autres peuvent avoir envie de vous berner, de vous exploiter pour assouvir leurs propres intérêts égoïstes. Il ne faut pas être naïfs, nous ne vivons pas chez les bisounours. Mais une forme de naïveté plus subtile est de ne pas remarquer que l’ennemi est fondamentalement l’ignorance, l’aveuglement, l’égoïsme, la jalousie, la colère, la haine, la mesquinerie, tout ce que vous voudrez, et c’est cela qu’il s’agit de contrer. Il est tout à fait légitime de se défendre, de combattre pour préserver ses droits, sa dignité. Mais l’illusion, c’est croire que l’ennemi est une chose solide, réelle et personnifiée à l’intérieur de la personne de l’autre. Ceci est une projection illusoire. Croire que l’ennemi c’est l’autre alors que lui croit que c’est nous, quel idiot comme disait Desproges 🙂 Si les circonstances de la vie vous avait fait naitre dans un autre milieu, avec une autre histoire, une autre éducation, d’autres valeurs et croyances ou à-priori, vous auriez une vision et des actions différentes, peut-être très proches de celles que l’on peut reproche à nos « ennemis » actuels. Pourtant, vous feriez, tout comme eux, de votre mieux pour être heureuse…

    2. @ bric à brac baroque

      Il y a des beaux tempéraments qui fréquentent ce blog! et ça fait plaisir, par ces temps mous où nous sommes (je suis allé faire un tour sur votre blog aussi; c’est déjà le printemps chez vous!).

      Bien vue, votre comparaison femmes-hommes pour éclairer la discussion.
      En vous lisant je me demande si vous n’êtes pas finalement « totalement » d’accord avec Paul Jorion. Le « seul problème » que vous dites n’en est pas un, puisque l’objectif à atteindre est le même chez ceux qui vous font des promesses et des promesses. Ils n’ont pas l’intention de vous « lessiver », mais plutôt de danser le tango (cette danse « inventée par un indécis », selon les mots de Félix Leclerc). Et comme on dit: pour danser le tango, il faut être deux.
      (je crois que le but de Jorion est que tout le monde se mette enfin à danser le tango, et qu’il puisse tranquillement aller s’asseoir à la buvette avec sa femme, ses gosses et ses amis, pour regarder tourner tout ça en musique, dans la tiédeur ensoleillée d’une fin de journée bien remplie. Ce serait chouette).
      Si « à l’arrivée, il n’y a plus personne », ou que le danseur vous marche sur les pieds, ce n’est pas que celui-là est un ennemi, mais qu’il faudra chercher ailleurs pour persévérer vers l’objectif. Car à la fin, il faut que ça tourne, non? (inutile de gaspiller des balles à tirer sur des demi-sels; par contre l’armement de pétroleuse se voit de loin, comme le drapeau d’un parti, et peu décourager les bonnes volontés …quoique). Je vous imagine, bric à brac baroque, en danseuse de tango: fière et indomptable (hé! les gominés! attention à vos pieds pendant la « barrida »!).
      Et si, à l’arrivée, la danse tourne bien, ce n’est pas que vous aurez baissé les armes face à l’ennemi supposé, ou que lui-même se sera désarmé, mais qu’un objectif sera atteint.
      Oui, c’est un peu baroque tout ça, mais ça paraît coller avec Jorion.

  25. « Cet argument « par le nombre » me déconcertait : « Quel importance, le nombre ! », me disais-je, mais le nombre n’est pas indifférent s’il s’agit de se compter, de compter « ceux qui sont comme nous » et « les autres ».  »

    Paul, je suis à peu près d’accord avec vous sur les notions évoquées dans ce billet, hormis concernant le paragraphe que j’ai pris soin de citer ci-dessus. Précisément en ce jour d’élections, vous devriez être conscient que le nombre a son importance, puisque dans le processus électoral c’est lui qui différencie ceux qui obtiennent le pouvoir d’agir de ceux qui doivent se contenter de commenter, conseiller, critiquer, en bref, ceux qui ne disposent plus que de leur droit à la parole – c’est déjà pas mal me direz-vous, mais comme vous devez le ressentir de plus en plus dans les messages de pas mal d’intervenants ici, ça ne paraît pas forcément suffisant.

    Par ailleurs, il convient de remettre les choses à leur place exacte: L’attitude de Sarkosy vis-à-vis de votre proposition n’a pas grand rapport avec celle constatée au cours de son mandat. Lorsqu’on observe par exemple sa « politique d’ouverture » et la manière dont il l’a défini, il n’a jamais été question d’accueillir des idées prises en dehors de sa famille politique, mais rallier des personnalités autrefois adversaires à sa propre cause.

    Si cette attitude n’est pas celle-là à votre propos, tant mieux, cependant le doute reste permis.

  26. Voui, mé zalors ,

    Aiguillon … poursuivait il un but ou un(e) ennemi (e) ( en l’occurence ,une ennemie : la marie antoinette qui avait fait tant de mal à son père http://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Armand_de_Vignerot_du_Plessis)?

    La confusion des genres parait inévitable , l’ennemi étant le symbole d’un système , tout en sachant que détruire un symbole ne saurait détruire un système .

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Armand_D%C3%A9sir%C3%A9_de_Vignerot_du_Plessis

  27. Si vous avez pu réussir à convaincre certaines personnes influentes je vous tire mon chapeau Mr Jorion quand bien même elles seraient d’un bord ou d’un autre quelle importance vous avez raison.
    Permettez moi néanmoins de m’interroger sur la nature de l’objectif que vous poursuivez depuis des années c’est tout à votre honneur, tant le combat contre le monde de la finance nous accapare et nous révolte tant l’esprit surtout en ce moment.

    Mais qu’est-ce qu’il me reste encore à dire si tout le monde se met à suivre le même objectif de travail que moi aussi noble et courageux soit-il pour le bien d’une société et en période de crise.
    Si ça se trouve le mal du monde ne vient pas que des gens de la finance mais bien d’autres gens préférant encore œuvrer dans le secret et dans bon nombre de loges secrètes.

    Peut-être bien que derrière le mal de ce monde se cache encore un autre mal, qui a déjà vu par exemple des politiciens des bureaucrates verts ou pas commençaient déjà à se réunir et à s’abaisser en public pour abolir leurs privilèges et leurs abus médiatique de plus pensez-vous,
    non ils préfèrent d’abord profiter de la crise financière, du malheur de plus des gens rigoler encore et encore sur des tribunes, fréquentant encore les beaux restaurants et hôtels de luxe un peu comme les gens de la finance, vous lire de temps en temps sur le blog, vous approcher, vous entendre surtout dire d’interdire les paris et les fluctuations de prix en coulisses.

    Et si la nature de l’objectif que nous recherchons tant à détruire et à combattre avec certaines personnes ne nous permettez pas toujours de mieux relayer la parole des petits, dans l’espoir d’être mieux compris et entendu à travers leur propre position.

    Oui j’aurais tellement bien aimé parfois mais bon c’est votre blog pas le mien …

  28. Je suis assez d’accord avec votre texte du jour.
    C’est bien le but qui importe.
    Et il est vrai que les détenteurs de créances, s’ils ne peuvent plus parier sur les fluctuations des prix des actifs, via les CDS ou directement, ils devront accepter que leurs actifs seraient temporairement ou définitivement invendables, car en maintenant la valeur nominale ou à peu près du titre de créance (il serait interdit de parier sur les fluctuations…), la seule chose qui leur reste possible de faire serait une négociation directe avec le débiteur, par exemple le gouvernement grec, et de voir comment un compromis politique serait possible.
    Ce serait une façon d’obliger les plus fortunés à prendre leurs responsablités à hauteur des dégâts causés par la rente capitaliste…

  29. Quelle hécatombe ces derniers mois…’Meurent parmi les meilleurs.
    La faucheuse a égaré ses lunettes.
    Allez, je chasse cette comptabilité abjecte de mon esprit.

    D’autant que si l’homme est mort, son souvenir, ses paroles et ses idées
    sont bien vivantes en nous.

    Qu’on se saisisse de la portée de vos analyses monsieur Jorion me réjouit.
    Mais que fait-on des conflits d’intérêts?

    Alors bien sûr il ne s’agit pas de s’en prendre à des personnes, par contre il s’agit à mes yeux
    de faire basculer le rapport de force en faveur des arguments de ceux qui défendent l’intérêt, non pas de quelques uns, mais l’intérêt général. Votons!

    Si notre cher président a fait ce choix, est-ce en faveur de l’intérêt général?
    Ou bien est-ce parce que les intérêts des plus riches et des plus puissants risquent plus à poursuivre sur cette voie, en terme de conflits sociaux, de rapports de force politiques, qu’à lâcher un peu de leste?

    A ce titre je ne crois pas une seconde que Sarkozy, pour ce que j’en sais, soit comparable à un vicomte de Beauharnais.

    Je pense que pour que les propositions des plus inspirés, dont vous faites partie, puissent trouver
    à s’appliquer,
    outre qu’il faut probablement un climat économique et médiatique rendant visibles des coutures qui sont prêtes à rompre,
    il faut également une refondation politique, une ou des politiques capables d’une refondation politique de la façon de penser l’économie et la société en faveur de l’intérêt général.
    Certes avec tous les tâtonnements, héritages, innovations et débats nécessaires. Lesquels débatteurs se saisissent, s’approprient vos analyses (à vous et à d’autres), convaincus et pour convaincre à leur tour. Ici et partout où les débats ont lieu qui font avancer le schmilblick.

    Allez je pars voter.

  30. « Les guerres fondées sur l’ennemi se perdent ou, dans le meilleur des cas, leur issue se détermine au hasard, celles fondées sur le but sont plus certaines d’être gagnées. » : oui, mais l’histoire enseigne qu’il y a des clivages intellectuels fondamentaux qui, contrairement aux théories de la physique, ne peuvent coexister indéfiniment dans la paix. Le phénomène de « percolation », qui me semble tout à fait pertinent appliqué à une société, fait qu’il arrive un moment où « la Raison » en chacun est sommée de choisir son camp. Dès lors, la « guerre centrée sur le but » se mue en « guerre centrée sur l’ennemi », et ce qu’on le veuille ou non. La guerre de Sécession en est l’exemple le plus connu et le spectaculaire.

    1. Dyscophus

      Lorsque des idées nouvelles auront gagné la majorité du peuple, lorsque le rapport de force politique fera que les choses seront sur le point de basculer, alors, c’est vrai, il est à craindre que le pouvoir réel se démasquera et c’est lui qui fera de nous ses ennemis. Cela signifie que le combat ne se portera plus sur les plans du convaincre, du séduire, du persuader, du rassembler mais apparaîtra probablement la force brutale et la violence institutionnelle. Le rôle de Paul et des blogueurs sera lors fini et l’on peut espérer que les plus déterminés de ceux qui sont déjà dans l’affrontement ici, auront le courage de s’opposer. J’espère quand même qu’il n’y aura pas trop de guillotinés.

      Mais je pense que nous sommes encore loin du basculement précité. En attendant, red frog, accumulez bien vos toxines pour les projeter sur vos agresseurs 😉

    2. @ crapaud rouge
      Permettez moi de m’appuyer sur votre post pour illustrer la position de P Jorion, dont vous imaginez bien que je la partage .. Comme vous avez dû vous en rendre compte, je suis de ceux qui, depuis plusieurs mois, mettent le doigt sur la différence entre les autorités européennes, et américaines et ont montré que les autorités monétaires de Francfort n’étaient pas « liées aux intérêts des spéculateurs » comme beaucoup, ici le croyaient . Si je l’ai fait c’est que j’imagine bien que de nombreux blogueurs pensent comme vous que « l’histoire enseigne qu’il y a des clivages intellectuels fondamentaux qui, contrairement aux théories de la physique, ne peuvent coexister indéfiniment dans la paix ».
      Je connais bien les clivages dont vous parlez, et je peux vous dire que vous vous trompez complètement.
      Et je le dis avec l’assurance de celui qui connaît un peu la période de l’histoire qui est la plus proche de celle que nous vivons : l’angleterre post cromwellienne et pré-révolutionnaire. Cette époque est celle des troubles monétaires et financiers (lesquels seront dépassés grâce aux institutions financières). Et je peux vous dire que les clivages intellectuels qui s’y sont déroulés n’ont rien à voir ..et qu’ils ont été autrement plus profonds et plus préennes que ceux que nous connaissons Ce sont d’ailleurs des clivages analogues qui se sont fait jour dans l’Allemagne de Weimar.
      Si vous voulez me faire plaisir : plongez vous dans cette histoire et demandez vous si les fameux clivages que vous avez en tête sont aussi pertinents
      amicalement

    3. bonjour
      3 petits points sur votre intervention :
      – les vendeurs de guerre n’ont-il pas intérêt à créer les conditions de ces affrontements en faisant croire qu’il n’y d’autre issue que l’affrontement violent ?
      – la violence n’est-elle pas engagé par celui qui pense qu’il vas perdre a long terme ?
      – la violence n’est-elle pas engagé par l’impatient qui veux voir ses idées gagner au lieu d’attendre que la confrontation idéologique ailles a son terme ?

      je ne veux mourir pour mes idées car je les défends mieux vivant que mort !

  31. Cher Paul,
    Vous pardonnerez mieux à ceux qui pensent l’enjeu politique comme un combat, en refaisant la trop longue liste de tous ceux qui, pour encore mieux convaincre les puissants, ont fini par s’aligner sur leurs idées.

  32. Il me semble que les (faibles) changements auxquels nous assistons aujourd’hui dont fait partie cette attaque contre les CDS (si jamais elle aboutit, ce qui n’est pas dit) marque non pas notre victoire mais notre défaite. J’entends par ce nous, des gens comme Paul Jorion, Lordon etc et l’immense majorité des gens de ce microcosme bloguesque. Car en effet, si l’on considère que la crise actuelle est la marque que nos thèses étaient les bonnes et ce depuis le début de la contre-révolution thatcherienne, alors celle-ci n’aurait pu avoir lieu ou aurait été tuée dans l’oeuf. Or après trente ans de combat, ce ne sont toujours pas nos thèses qui gagnent mais celles de Thatcher et Reagan qui marquent le pas à travers cette crise. La défaite reste quasimment totale pour nous. Ce n’est pas nous qui avons gagné mais le néolibéralisme qui a perdu (sous les plus grandes réserves), c’est très différent !

    Par ailleurs Lordon développe cette idée dernièrement qu’il n’est pas dit que le néolibéralisme sorte de cette crise vaincu ou au moins affaibli mais bien encore plus puissant qu’avant !

  33. Je suis un lecteur occasionnel de ce blog , et j’apprécie les analyses des intervenants et les position de jorion, mais je suis un peu surpris de la naïveté qui règne ici. Pensez vous vraiment q’un blog , même argumente et aussi inteligent sue celui ci puisse changer quoi que ce soit dans le comportement des dirigeants ou du public. Les dirigeants mondiaux sont abreuves des idées néolibérales et ils dont payes par les vrais commenditaires pour représenter leurs intérêts . C’est de les prendre pour des imbéciles que de croire sue ce qui est dit dans ce blog eux l’ignorent. Quant au public , il est incapable de comprendre en quoi un CDS est nocif a l’économie. D’ailleurs le fait d’interdire les Paris ou les achats et ventes a découvert ou tout autre produit structure ne changera pas grand chose au problème . Le problème est l’accaparement de la richesse produite par un petit nombre de personnes , qui est cette fois ci le véritable enemi que lui n’a aucune envie de se laisser convaincre.

    1. Une brève du Monde de hier je crois :
      7,8 millions de ménages américains diposaient en 2009 d’un million de dollars ou plus d’avoirs disponibles, sans compter le capital investi dans leur résidence principale. (selon Spectrum Group).
      Cela fait combien de trillons ?

  34.  » Le drame il faut savoir y tenir sa partie et même qu’une voix se taise

    Sachez -le toujours le choeur profond reprend la phrase interrompue

    Du moment que jusqu’au bout de lui même le chanteur a fait ce qu’il a pu

    Q’importe si chemin faisant vous allez m’abandonner comme une hypothèse  »

    C’était aussi « l’épilogue » de Jean , assez proche de celle de Léon dans Guerre et paix .

    Alors , à peine moins vieux que lui , je chante , je milite , je participe à la vie de ma cité , je défile , je me soucie des laissés pour compte , je vote , je tente de répondre à ma descendance , j’évite de dégueulasser la planète et la voie des autres , je chante des chants guerriers et des chants grégoriens , des chants paillards et des chants de séduction … sachant très bien et le demandant que ce chant n’est que « chemin faisant  » …

    S’agissant de mon propre contact avec les ducs , vicomtes , mes expériences sont contradistoires , mais j’en avais tiré une leçon au travers deux rencontres de travail ( avec implication foncière ) :, toutes les deux dans la plaine du Forez , berceau de l’Astrée et de propriétés domaniales de très vieilles familles de la noblesse française :

    – l’une , il y a 25 ans , avec une baronne De Rocquefeuille sur une terre de 1800 hectares ( oui , oui , la branche mère des Rockfeller ) , pour assister un maire ( pourtant de droite ) dans une négociation en vue de la construction d’un lotissement communal : envie de meurtre .

    – l’autre avec un noble héritier d’une branche Louis XV , 900 hectares , fermier , maire de sa commune de 90 habitants : le meilleur de l’aristocratie , un sens de l’honneur digne de Montesquieu , debout à 5 heures , couché à 23 heures , des heures de conversation passionnante dans un décor de vieilles armures et tapisseries mitées , pas de chauffage , une sorte de De Gaulle campagnard . Mais pauvre . Là , il n’y avait rien à négocier , sauf à être à la hauteur du personnage . Il a donné .

    Conclusion : c’est le pognon et la banque qui pervertissent l’aristocratie , comme le mitage pervertit les grandes propriétés foncières , immenses réserves écologiques , quand il y a trop d’héritiers lors du partage .

    1. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec votre conclusion. Ce ne sont pas les banques et le pognon qui pervertissent les individus, chacun à la force en lui, à la possibilité en tout cas de la trouver cette force pour résister à l’envie, à l’appât, à la perversion, chacun est donc responsable de son échec à ne pas résister. L’être humain est libre de devenir meilleur, c’est de sa responsabilité ! mais libre aussi d’être un salaud, c’est aussi sa responsabilité, cela n’est pas imputable à l’autre, au voisin, à la famille, aux structures sociales.

  35. Je viens de voir Invictus de Clint Eastwood. L’opposition entre les deux approches présentées dans ce billet apparait clairement dans ce film. Paul soutient plutôt la position adoptée par Nelson Mandela. Mandela refuse toute idée de vengeance contre les Afrikaners alors que ceux-ci ont exploité, humilié sans retenue, et dénié toute humanité à son peuple pendant des générations. Ayant gagné la bataille politique, il a compris qu’il était contreproductif de faire expier ses adversaires. Ça a du être terriblement frustrant pour un très grand nombre de militants. Fallait-il une purge ? Faut-il nécessairement de la violence pour casser un système ?

    1. « Paul soutient plutôt la position adoptée par Nelson Mandela. »

      Vous vous trompez. Les deux approches concernent la façon de mener la lutte, pas la manière de gérer la victoire.
      Voici des extraits de la bio de Mandela tirée de wikipedia:
      « L’ANC est interdit en 1960 et, la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l’ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des objectifs militaires. Arrêté par le gouvernement sud-africain avec l’appui de la CIA, il est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. »

      « Pendant les années 1980, le MK lance une guerilla contre le régime de l’apartheid, dans laquelle de nombreux civils sont tués. En février 1985, le président Pieter Willem Botha offre à Nelson Mandela, contre l’avis de ses ministres, la liberté conditionnelle en échange d’un renoncement à la lutte armée. Mandela rejette l’offre… »

    2. @ Moi

      Magnifique, et très utile précision! Les discussions de cette page portent en effet sur les façons de mener la lutte, et non de gérer la victoire.

      Et encore! Il faut s’entendre sur le mot « lutte ».
      Mandela, comme De Gaulle, et d’autres dirigeants de nations ont pu être un temps des chefs de guerre, qualifiés parfois de terroristes. Les guerres qu’ils menaient les obligeaient à être sans pitié pour ceux qu’il fallait bien qualifier d’ennemis, dans une lutte à mort.
      (Bien que Lemar apporte plus bas des infos complémentaires ( http://www.pauljorion.com/blog/?p=9094#comment-64734 ) qui affirmeraient une nouvelle fois l’aspect « non guerrier » de Mandela, que vous contredites. Ceci étant, ses trois décennies de prison lui ont peut-être évité de plonger ses mains dans le sang. Je ne peux pas croire que la violence de l’Apartheid pouvait se combattre seulement avec des discours. Quant à Gandhi, même si il a semble-t-il construit sa conscience politique en Afrique du Sud, sa lutte pour l’indépendance de l’Inde était différente, et Lord Mountbatten n’était pas Hendrik Verwoerd. Ne pas avoir de sang sur les mains n’est pas un choix qui est toujours offert, hélas. Et rappelons également, à toutes fins utiles, que Wikipédia est une auberge espagnole où l’on adore polir les statues.)
      Une fois la victoire acquise, ces chefs de guerre ont eu l’intelligence de comprendre que seul le pardon pouvait rebâtir l’union. La paix à ses raisons que la guerre a toujours ignoré.

      La lutte contre les horreurs économiques, qui font des millions de morts par an, est d’une autre nature. Ce n’est pas une guerre de position, avec l’ennemi posté dans la tranchée d’en face, car nous sommes tous des cibles, même si certaines cibles se repèrent plus facilement grâce aux Rolex qui brillent au soleil. Le système à engendré la guerre de tous contre tous, et si nous voulons éliminer tous nos « ennemis » ce système mortifère ne s’en portera que mieux, et il ne restera personne pour signer l’armistice.

      Tout cela n’a rien à voir avec les sujets qui nous occupent ici, même si Jorion, Leclerc et d’autres tentent de trouver les moyens efficaces de modifier le système. Il serait temps de calmer le jeu, qui devient un peu grotesque.
      A force d’essayer de poser sur Jorion le masque de nos fantasmes (Gandhi, Mandela, Jésus (!) un peu plus loin -vous avez raison Moi: « mort de rire »-, on attend Abraham Lincoln, Charles de Foucauld, le Dalaï-Lama, Che Guevara et Don Bosco qui ne devraient pas tarder), la raison se perd.
      Qu’est-ce qui se passe en ce moment? c’est le printemps qui pousse ou quoi?
      Ou bien est-ce à cause des élections d’aujourd’hui? On cherche un guide? (J’ai lu ce matin dans le journal qu’une des choses que Jean Ferrat déplorait le plus, était que les français aient toujours eu besoin d’un grand homme, d’un chef, d’un guide, et qu’ils soient incapables d’avancer sans cela.).
      On est d’accord? ici c’est « ni Dieu, ni maître » …ou alors je vais voir ailleurs.

  36. Couper des têtes ne sert à rien quand on s’attaque à une hydre.
    Sommes nous dans un système à bout du souffle ,à la veille de son effondrement un peu comme nos unités centrales d’ordinateur qui déraillent au bout de quelques années de fonctionnement? Auquel cas il n’y a plus qu’à prier ou s’enivrer.Ou,peut on greffer quelques patch qui vont pérenniser l’édifice?
    Ses interrogations ont elles,un sens pour des peuples qui ne donnent pas l’impression de pâtir du monde tel qu’il est ?

  37. @ P. Jorion :
    Concernant le nuit du 04 août, il serait bon de remettre en perspective les choses.
    Car les nobles que vous citez, et non des moindres (Duc de Noailles), s’ils ont effectivement été à l’origine de ce mouvement là (à l’encontre des députés de la bourgeoisie !!, qui voulaient réprimer et rétablir l’ordre : c’est dire si la bourgeoisie, quand on touche à son ‘droit de propriété’, est révolutionnaire …), ont aussi effectué une analyse très concrète.
    A savoir que suite à la prise de la Bastille, les paysans se sont armés et ont attaqué l’aristocratie locale, par peur de représailles suite au 14 juillet 1789. Les nobles ont donc voulu, en connaissance de cause, rétablir la paix en luttant contre les origines dont ils pensaient être la source de ces troubles.

    Ce qui fait que si la prise de la Bastille le 14 juillet ne s’était pas produite, le rapport de force politique ne serait pas produit, forçant ainsi les nobles à revenir sur leurs privilèges. Sans cet élément, on ne comprend pas la dynamique de ces faits.
    En clair, bien que ‘perméables’ à ces idées (depuis de longue date, à savoir depuis le siècle des lumières, bien plus que les bourgeois en définitive), ces nobles n’auraient peut-être pas pris l’initiative, pour rétablir l’ordre, de renoncer à leurs privilèges.
    http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=17890804

    Or la prise de la Bastille est tout sauf de la persuasion de l’ennemi : c’est un acte d’une grande violence (même pour l’époque : le marquis de Launay fut décapité par un boucher et sa tête mis en bout de pique, initiant ainsi une ‘première’ en France).
    Attention : je ne dis pas ‘mettre les têtes sur les piques’.
    Mais seulement prendre conscience que ce dont vous parlez ne vaut que par ses antécédents, des antécédents où le rapport de force ‘politique’ s’est exprimé (dans la violence, certes).

    La persuasion ne vaut, aussi, que dans un cadre de rapport de force. Sans rapport de force, vous ne persuadez que ceux qui veulent bien être persuadés. Inversement, un rapport de force livré à lui-même ne peut immanquablement tourner qu’à la violence. D’où la nécessité de la persuasion.
    « Une main de fer dans un gant de velours ».

    Cordialement.

    PS : c’est apparemment Bernadotte, en tant que Roi de Suède et de Norvège, qui a déclaré cette citation sur les français au Comte d’Artois, futur Charles X. Il était bien placé pour le savoir, lui qui était français et qui devint suédois de coeur !

    1. @ zébu 14 mars 2010 à 15:43

      « Attention : je ne dis pas ‘mettre les têtes sur les piques’. »

      Certes, mais en apportant des données historiques qui justifient le contraire, vous ne fournissez pas d’éléments qui militent en faveur d’une évolution positive du comportement des hommes qui soie digne du 21ème siècle.
      Vous laissez entendre que les démarches à la Gandhi, Mandella, Paul Jorion et tous ceux qui oeuvrent positivement et sagement à la résolution pacifique des problèmes de leur temps, ne sont pas les meilleures aujourd’hui. Je milite pour le contraire et en suis fier.

    2. Jducac: j’ai déjà répondu plus haut concernant Mandela. Son pacifisme est une légende.
      Gandhi, lui, était bien pacifiste (ce qui ne veut pas dire que le mouvement indépendantiste l’était en entier, Gandhi n’en étant qu’une figure, certes la plus importante).

    3. « en apportant des données historiques qui justifient le contraire » : je n’ai pas à apporter quoique ce soit qui justifie l’une ou l’autre orientation. Ce sont des données historiques. Point. Qu’elles ne vous satisfassent pas ou ne correspondent à ce que vous en attendez, c’est une toute autre chose.
      Que vous le vouliez ou non, la révolution française s’est ainsi construite. A la base du 04 août 1789, il y a le 14 juillet 1789. Et on pourrait multiplier les exemples.
      Vous me faites un procès d’intention que je n’ai pas. Je respecte votre positionnement et vous pouvez en être fier. Mais même Gandhi (et à fortiori Mandela) ne dédaignaient pas le rapport de force, y compris jusque dans ou provoquant la violence, qui découlait de ce rapport de force politique.
      « ne sont pas les meilleures aujourd’hui » : je n’ai rien dis de cela. Ce sont d’autres armes (cf. mon post plus bas). Respectables. Mais qui ne sont pas forcément suffisantes, en l’absence d’un rapport de force politique : c’était justement tout la force de l’exemple que j’ai fournis concernant la nuit du 04 août, l’exemple qu’a choisi P. Jorion.
      S’il avait pris un autre exemple, j’aurais tout simplement regardé ce que le contexte historique de cet exemple aurait pu nous instruire. Or, il n’a pas pris un autre exemple (vous pouvez le regretter mais cela ne changerait rien car c’est le choix qu’a effectué P. Jorion). Dont acte.
      Vous devriez en faire autant : vous en tenir aux faits, au lieu de faire des procès d’intention.
      Cordialement.

    4. @jdudac

      Comme « moi » vous le dit,le pacifisme de Mandela est bel et bien une légende (voir commentaire de lemar plus bas).

      Quant à Gandhi,il a connu deux phases dans son militantisme:durant la première,ce n’est pas le Gandhi qu’on raconte tout le temps;exemples:il ne réclamait pas les mêmes droits aux Çudra qu’aux autres castes d’Indiens; au moment où l’armée impériale britannique réprime férocement les Zoulous,il appelle les Indiens à s’engager au service de cette armée; pendant la Grande Guerre,il réussit l’exploit de recruter 500 000 hommes pour l’armée de la Reine (excusez du peu!!); il souhaite même que ses fils se fassent enrôler.

      Durant la deuxième phase,c’est le Gandhi de la non-violence qu’on connait; il adopte cette approche parce qu’il a remarqué que par la force,les Indiens ne pouvaient rien face à l’armada de la reine:ce sont les massacres d’Amritsar (1919) qui l’amènent à adopter cette approche et non un quelconque pacifisme. Mandela fut décidé à la lutte armée après les massacres de Shapeville (1960).

      Comme je l’ai dit à lemar, l’utilisation de la force n’est pas de l’initiative de celui qui se défend, elle est dictée par le comportement de celui qui attaque.

    5. @ Moi et Eric
      Merci de m’avoir corrigé.

      Pour servir l’idée que je souhaite faire passer, j’aurais dû seulement dire : « Vous laissez entendre que les démarches à la Paul Jorion et tous ceux qui oeuvrent positivement et sagement à la résolution pacifique des problèmes de leur temps, ne sont pas les meilleures aujourd’hui. Je milite pour le contraire et en suis fier. »

      J’espère que vous me pardonnerez cette erreur.

      J’espère que l’on ne va pas ressortir un fait historique prouvant qu’en d’autres temps Paul Jorion a prôné la violence pour aider à résoudre les problèmes de son temps. Mais, si cela lui était arrivé, cela ne me gênerais pas du tout de lui pardonner dès lors que le vois agir d’une manière qui me semble être bien meilleure aujourd’hui.

      Eviter les divisions, préférer l’argumentation, écouter les autres, intégrer leurs bonnes idées, ne pas humilier ceux qui ne pensent pas comme vous, mais les placer devant leurs responsabilités d’artisans de notre futur commun, voila ce qui me semble être mon devoir d’homme du 21ème siècle.
      Je me suis assigné ce devoir difficile que je n’y parcviens pas toujours. Mais peu importe, j’insiste.

      Cela peut paraître prétentieux de ma part d’exprimer ainsi cette vision des choses comme aurait pu le faire un directeur de conscience dans les siècles passés.
      C’est seulement pour moi la possibilité d’agir en toute occasion, sur notre marche commune en donnant de petites, mais multiples impulsions, allant toutes dans le sens du monde meilleur que je me représente.

      J’espère enfin qu’il n’y aura pas demain d’embrasements violents. Il est certain que ceux qui, sans ambiguïté, ont prôné la non violence, ne s’en sentiront pas responsables. Ce ne sera pas la même chose pour d’autres qui vont jusqu’à s’exonérer en déclarant en substance « Je suis un être supérieur et responsable et si je ne me contrôle pas pour éviter la violence, c’est forcément la faute de l’autre ».

  38. Ah, le Jorion que j’aime !
    Clin d’oeil a Brassens, « mourir pour des idees ».
    Benoit, des rives du Mekong.

  39. Tout en appréciant le propos, je voudrais suggérer le mot « adversaire », peut être plus judicieux que le mot « ennemi »

    1. Il y a quatorze fois le mot « ennemi » dans ce texte. L’insistance est particulièrement forte. C’est assez clair je crois, Mr Jorion désigne des ennemis, pas des adversaires. Comme Mr Badiou d’ailleurs, même si les deux hommes sont bien différents, il faut en convenir. Ce choix lexical mériterait une analyse assez serrée du sur-discours de notre hôte qui, quoi qu’il en dise, a bien du mal à échapper à l’humeur belliqueuse de notre époque.

      Quant aux fameux archi-duc-du-fermoir-du-monsac, je leur suis moins redevable que les auteurs des cahiers de doléances. On a les affinités électives qu’on peut…

    1. ..ou bien leur envoyer un plein camion de machines à coudre,
      pour qu’ils délaissent enfin les machines à découdre!

  40. Je précise ma ‘pensée’ (bien que ce terme soit inadéquat car cela n’a rien de construit). A mon sens, il est nécessaire de construire une image stéréotypique d’un ou de plusieurs ‘ennemis’, sur la base d’actes ou d’idées complètement opposés à celles que l’on souhaite défendre.
    D’abord parce que cela aide à identifier, dans les discours et les actes, ce qui relèvent de la démagogie (‘Faîtes ce que je dis mais pas ce que je fais’ : M. Sarkozy est champion tout terrain en la matière), de stratégies utilitaristes. L néo-libéralisme est ainsi à mon sens un ‘ennemi’, qui a instauré les règles (ou plutôt l’absence de règles) qui font que nous en sommes arrivé là. Dire qu’aucun ennemi n’existe, c’est dépolitiser les batailles d’idées. C’est démobiliser en premier lieu ses ‘partisans’. Et c’est se couper des possibilités ‘établir les rapports de force nécessaires pour faire aboutir ses idées.
    Dans cette perspective, ce type de positionnement a néanmoins nullement l’intention d’exclure ceux qui pensent différemment, et qui pourraient, avec la persuasion, intégrer in fine un mouvement, en tant qu’individu. Si l’image stéréotypique d’un ou d’ennemis est nécessaire en termes d’identification, il reste évident que les individus en tant que personne et non en tant que porteurs des idées ‘ennemies’ doivent pouvoir être persuadés : les êtres humains ne sont pas des ennemis.

    C’est pourquoi je pense que M. Jorion a choisi ses armes. Elles lui conviennent. Et c’est très bien ainsi. Personne ne peut le lui reprocher, en tout cas pas moi, qui grâce aux siennes, m’informent et me permettent de réfléchir et de m’exprimer.
    A chacun de choisir les siennes, en fonction de ses aptitudes et de ses désirs.
    L’essentiel, c’est d’être armé.
    Car la bataille fait rage.
    Et on a besoin de tous.

    « Aux armes citoyens !! … » (lol, ‘rapport au to-thème’ du billet).

  41. Il me semble que vous faites une description idyllique de la nuit du 4 août. L’histoire est plus sombre, les motivations plus calculées, les paris plus hardis dans le sens du jeu ou de la stratégie du sauve-qui-peut : on lâche ceci pour pas perdre cela. Un petit clic sur Wikipédia indique aussi que :
     » Louis XVI n’accorda sa sanction à ces décrets que contraint, le 5 octobre. Ainsi disparaissent les privilèges des ecclésiastiques, des nobles, des corporations, des villes et des provinces. Toutefois, les droits féodaux sont déclarés rachetables, ce qui, en pratique, conduit à leur maintien jusqu’au 17 juillet 1793, quand la Convention vote leur abolition complète, sans indemnité, et le brûlement des titres féodaux. »
    Il semblerait donc que ce soit dans une atmosphère de lutte et de pression violente que les décisions se prirent, ce qui n’a rien d’un conte de fées. La formule que vous utilisez du « toujours redevable pour la nuit du 4 août » est comme un ton trop haut à mon oreille.
    Bien sûr le sang ne va pas couler dans les jours qui viennent pour ce qui concerne les CDS, mais l’achoppement des idées peut prendre des formes différentes où les manifestations de force ne sont pas exclues, assorties de règlements sur des contentieux divers. L’Histoire qui se fait ou ne s’écrit pas dans le cadre strict des portées d’un papier musique. C’est après coup que l’on peut en donner un air significatif et l’esquisse que vous brossez me parait « soft ». Je me l’imagine plus « hard », prenant le risque de me tromper. Détrompez-moi si c’est le cas.
    Le vote de dimanche (par exemple) sera probablement un vote sanction pour nos gouvernants, quelque peu détourné du sujet. Lorsqu’on vous pose une question et que vous répondez à côté en marchant sur les pieds du questionneur, c’est tout de même violent comme attitude. Acceptable ou regrettable au regard de la démocratie ? (question).
    Lorsque j’entends les signes de compassion de certains politiques au décès de Jean Ferrat, je me laisse difficilement convaincre, je me dis qu’une demi-sincérité ne fait pas sincérité.
    J’ai des doutes, des doutes sur les propos tenus par les uns et des autres concernant les CDS.

  42. «  »Le fait que Mme Merkel, Mrs Sarkozy, Papaandréou, Barroso, réclament désormais une interdiction partielle des paris sur les fluctuations de prix » » , ne fait certainement pas de Paul Jorion « un « vendu » ».

    Grâce à sa force de conviction, il les a ralliés à CETTE idée. Mais au-delà ? L’interdiction de ces paris est, à lire tous les billets et les commentaires de ce blog, une parmi beaucoup d’idées que nous cherchons à promouvoir pour créer un monde meilleur : mais les personnes précitées vont-elles se laisser convaincre à en adopter quelques-unes parmi ces multiples autres idées, aussi «  »facilement » » qu’ils ont adopté ladite interdiction et pour une raison qu’il n’est pas difficile de percevoir : il en va de la survie même du capitalisme et donc de leur propre personne en tant que politique.

    Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le terme de conviction est utlisé dans le billet : la conviction s’adresse à la raison et il serait assez terrifiant que les Merkel, Sarkozy, Papaandréou, Barroso, l’aient perdue, cette raison.

    Pour aller plus loin dans la réalisation d’un monde meilleur, il faudrait, en plus de les convaincre, les persuader : et là c’est une autre affaire, car la persuasion s’adresse coeur. Mais en ont-ils vraiment ? Ce qui nous ramène à nouveau à la morale et à la question de savoir si le capitalisme peut être moralisé!

  43. Comment croire un seul instant que des gens qui agissent avec constance pour la préservation des intérêts de leur caste puissent changer? Peu importe le discours qu’ils tiennent, il est toujours de circonstance.

    L’ennemi est partout puisque dans ce monde de faux semblants, chacun est amené à vouloir prendre l’ascendant sur son voisin (libre concurrence non faussée). Des lors, seuls les actes déterminent ceux qui veulent aménager (participer?) le système, et ceux qui le pensent fondamentalement vicié.

    Or discuter avec des hypocrites et les croire, par naïveté ou par calcul, c’est le début de la collusion. Relisez tous l’histoire de Vichy et de tous ces bons patriotes qui sombrèrent d’eux mêmes dans la pire des infamies en croyant agir pour la bonne cause.

    On ne pactise pas avec ses ennemis. Si on tente de les comprendre, c’est pour mieux lutter contre eux, pas pour se compromettre. C’est un nœud Gordien qu’il vous faudra tous trancher un jour ou l’autre, probablement plus tôt que beaucoup ne pensent…

    1. Paul n’a peut-être pas d’ennemis a priori, mais il a certainement des adversaires de circonstance, en tant que ceux-ci véhiculent des idées qu’il pense fausses et nocives, de cela j’en suis convaincu, il n’y a qu’à revoir sa participation à une certaine émission de télévision de la nuit, assez récente, où il s’adressait à un ministre de la République.

      Ce dont parle Paul dans son billet c’est d’autre chose, c’est du ressentiment que l’on peut avoir pour une classe, une caste, un homme sensé représenter les idées que l’on exècre, au point de vouloir absolument associer cet homme à une substance qui serait inhérente à sa personne. Or, si effectivement le but essentiel est d’aller vers un monde meilleur, quel progrès y aurait-il si cela devait se faire au prix de l’éradication de tel ou tel groupe humain, de tel ou tel individu ? Aucun, ce serait au contraire la plus grande défaite que l’on puisse imaginer, car on aura alors été vaincu par une idée fixe liée à ce type particulier d’affect, pour tout dire régressif.

      Le monde meilleur ne peut être que l’ordre du dépassement. Ce ne peut être l’éradication d’une partie de la société par une autre, y compris sur le plan des idées lorsque par exemple on brûle les livres ou interdit de penser quiconque ne pense pas comme il faudrait. Cela suppose donc un dépassement de la raison et du rapport de celle-ci aux affects. Ce que Paul nomme la Raison, laquelle, entre parenthèses, selon Jorion, ne se comprend tout à fait qu’a postériori. IL ne s’agit donc pas de bâtir de toutes pièces un nouveau monde. Lui trouver quelques nouveaux principes suffit. D’où l’importance de la bataille sur le plan des idées.

      Or, il se trouve que c’est précisément ce domaine, celui du rapport de la raison aux affects, qui est concerné par une part essentielle de sa réflexion. L’anthropologie selon Jorion apparaît donc à la fois philosophique et scientifique car elle intègre tout à la fois la dimension éthico-politique d’Aristote, le projet progressiste des Lumières, et les acquis méthodologiques de la pensée scientifique contemporaine.

      Ethique, politique et science dans la pensée joronienne se comprennent ensemble et ne peuvent agir que de concert.

      De là que sa position peut se justifier sur deux plans, le premier étant celui d’une stratégie où il s’agit d’abord de convaincre, et l’autre étant celui où l’humanité elle-même se transforme à la faveur d’une crise exceptionnelle. C’est évidemment un projet, un désir, rien ne peut être garanti d’avance, mais si l’on a pas cette ambition, car c’en est une, à quoi bon ?!

      L’approche originale de l’économie sous l’angle du rapport de forces développée par Paul n’a pas pour but d’éliminer complètement tout rapport de forces, puisqu’elle suppose une réalité intangible du rapport de forces en tant que tel, mais d’établir une nouvelle configuration sociale, politique, culturelle — au sens générique –, où, certes, le rapport de forces n’aura sans doute pas complètement disparu, mais où, pour le moins, celui-ci aura été sérieusement modifié, libérant de nouvelles possibilité à la créativité humaine et au vivre ensemble.

      L’éradication totale du rapport de forces serait, à mon sens, la réduction de l’humanité à l’état de choses, la disparition de toute affirmation de l’originalité individuelle. Le danger du rapport de forces ce n’est pas la force, l’énergie qui part d’un point A pour aller vers un point B pour un effet C. Cela c’est même le quotidien de l’amour, de toute relation sociale, des mille petites influences dont sont faits nos jours.

      C’est lorsque une configuration sociale permet de maintenir, voire amplifier l’application de forces concentrées vers les multiples figures qui composent une société — que ces figures soient institutionnelles, familiales, économiques ou autres –, que le rapport de forces vire au cauchemar, si bien que les humains qui composent ces figures sont en réalité les jouets des premières forces.

      Le danger c’est donc le rapport de forces qui se coagule, se fige, qui empêche l’émergence et l’expression de la vie qui est en nous et où l’éthique et le politique forment un tout solidaire. Le néo-libéralisme tend saper ces fondements éthiques et politiques pour ne plus laisser qu’un univers d’objets sans qualités et auxquels sont rapportés eux-mêmes les humains. Ce type de rapport de forces est une machine infernale qui nie les sujets, pour en faire ses sujets.

      Face à ce projet qui atteint de plus en plus ses limites physiques, politiques, psychiques, il y a une proposition, certes parmi d’autres, mais qui vaut amplement le détour, c’est celle de Paul Jorion.
      Elle consiste essentiellement à domestiquer une sphère économique encore soumise aux forces brutes de la nature, en d’autres termes des forces que la raison humaine n’avait pas encore pensées sérieusement comme telles, faute sans doute d’avoir dépassé certains seuils que la crise actuelle nous révèle en pleine lumière.

      A nous maintenant de voir comment nous pourrions le mieux franchir ces seuils pour bâtir un monde fondé sur de nouvelles prémisses. Notre principal ennemi n’est pas l’autre, mais nous-même lorsque nous théorisons notre impuissance, notre incapacité à penser autre chose que ce que nous avons sous les yeux.
      L’adversaire existe bien mais ce ne sont pas des hommes sur lesquels on aura collé des étiquettes définitives, l’adversaire c’est principalement une situation intolérable que l’on veut dépasser. Et pour cela il faut d’abord con-vaincre. Vaincre avec, c’est à dire vaincre y compris avec nos adversaires, aussi paradoxal que cela puisse paraître au premier abord.

      Certains commentateurs ont alors argué qu’il est des situations où l’on n’a plus d’autre choix que de s’engager dans un combat à la vie à la mort quand l’adversaire a fait de vous un ennemi. Cela n’est pas douteux. Dans des époques pas si lointaines chez nous, ou même aujourd’hui en certains endroits du monde, des hommes et des femmes risquent leur vie, leur liberté pour défendre une cause. Mais, en sommes-nous à ce point ? Non, ce me semble tout à fait inapproprié que de le penser pour ce qui concerne notre situation d’européens qui disposons encore de la liberté d’expression, tout au moins à travers certains canaux, dont il ne tient qu’à nous d’amplifier la puissance.
      Cette mise au point faite, raison de plus alors pour ne pas gaspiller nos énergies dans un combat douteux contre des moulins à vent, contre des ennemis qui ne tiennent en réalité à rien d’autre qu’à la situation dans laquelle ils s’insèrent et agissent. Ce qui signifie qu’en agissant en amont, c’est à dire sur la situation, on modifie nécessairement les comportements de nos adversaires, soit parce que la situation les aura rejetés hors du champ de bataille, soit parce qu’ils auront eux-mêmes modifié leur façon de voir les choses. Or pour modifier un terrain, une situation, quoi de mieux qu’une idée forte ?

      Si donc, malgré tout, ne croit guère à la force des idées, à quoi bon vouloir un monde meilleur ?
      Le monde où les idées n’ont plus court, c’est l’état de guerre, le totalitarisme, la dictature. Combat-on l’état de guerre, le totalitarisme, la dictature sans idées ?

  44. Bravo M Jorion,
    Lorsque la réalité apparait distinctement comme extérieure à nos affects et à la peur que nous inspirent nos ennemis, l’action pour le bien commun devient possible car elle nous rassemble dans son évidence et peut fédérer ceux qui la voient de la même façon.
    C’est bien ce qui rend Invictus si intéressant et qui ouvre une espérance que la mort de Socrate et de quelques autres semblait avoir anéanti.
    La pensée magique qui obscurcit la réalité et impose une vérité mimétique le plus souvent faite d’imprégnation et de dualisme nous conduit au contraire au sacrifice des ennemis et des minorités troublantes sous l’empire de la peur ou sous la pression de la cupidité et autres délires.

  45. Je respecte les points de vue de chacun sur la délicate question « faut-il nécessairement de la violence pour casser un système », et je suis par ailleurs incapable de me forger une opinion sur cette question, je suppose simplement qu’il doit y avoir des cas ou cela est inévitable. Mais je serais toujours perplexe face au double langage de certains professionnels de la « révolution », maniant les sous-entendus mais en gardant, de façon étonnante, une position de principe anti-violence qui ne devrait pas leur ressembler, ce qui parfois me met mal à l’aise.

  46. Autre chose, si les Aristocrates ont abandonné leurs « privilèges » le soir du 4 Aout 1789, c’est en grande partie parce que les dits « privilèges » étaient pour la plupart tombés en désuétude et qu’ils rapportaient en fait bien peu à leurs bénéficiaires. Les Français d’alors en avaient plus après les impôts royaux qu’envers les « seigneurs ».

    Par ailleurs, les Aristocrates devenus minoritaires du fait du doublement du tiers n’avaient aucun moyen de s’opposer à des mesures initiées par le tiers et le clergé (du moins sa partie populaire). C’est donc la première opération de « com » politique consistant à faire passer une reculade inévitable pour une mesure généreuse et visionnaire.

    Dernier point, parmi les « Aristos », beaucoup faisaient du commerce en sous main et avaient les mêmes intérêts objectifs que le Tiers. Les cocus dans l’affaire étant le clergé qui sera durement spolié les années suivantes. Comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences…

    1. @Roland :
      « Par ailleurs, les Aristocrates devenus minoritaires du fait du doublement du tiers n’avaient aucun moyen de s’opposer à des mesures initiées par le tiers et le clergé (du moins sa partie populaire). C’est donc la première opération de « com » politique consistant à faire passer une reculade inévitable pour une mesure généreuse et visionnaire. »

      Exactement, et d’ajouter que les historiens parlent de la naissance de « l’opinion publique » vers les années 1750, avec l’apparition des pamphlets et de la presse qu’on échange sous le manteau à Paris. Dans la chronologie de la révolution, il y’a déjà l’apparition du troisième pouvoir, ce qui allait devenir les médias qui canalise ce qu’on appelait autrefois « la rumeur ». Les aristocrates de la période ont donc eu le temps de voir le vent tourner, une opinion publique naissante et résolument critique envers leur classe et la ruine effective du royaume illustrée dans les faits par la petite noblesse qui est obligée de travailler pour survivre.

  47. Chapeau bas, Mr Jorion.
    C’est digne d’une parole de l’Evangile.
    Merci d’amener la réflexion à un tel niveau.

    1. « Un homme traça un trait au sol entre nous pour m’exclure alors moi j’ai tracé un grand cercle pour l’inclure »

      Ça a la même tonalité que ce post, j’aime bien, ça sonne comme une évidence, c’est sans doute même intelligent.

      Tous les désaccords entre nous persisteraient que je ne me réjouirais pas moins pour autant des avis que nous partageons déjà.

      Chrétien, machin, truc… peu importe la case où il vous plait de caser cet avis, c’est l’avis qui importe.

  48. Les privilèges étaient tombés bien avant la nuit du 4 août 1789. Ils étaient tombés avec l’apparition de la bourgeoisie.

    A la veille de la révolution française, les grandes banques parisiennes connaissent un essort considérable, et l’arrivée de Necker à la direction des finances de l’Etat témoigne de leur influence politique. Il se dit même que c’est parce que ces banques ont fermées le robinet des avances à l’Etat que le roi a dû se résigner à réunir les états généraux comme il l’avait promis.

    Les débuts de la révolution ont été accueillis avec sympathie par de nombreux banquiers qui pensaient que cette dernière entrainerait une réforme des finances publiques, permettant à l’état d’honorer ses dettes…

    Ceci ne vous rappelle pas quelque chose ?

    Il n’y a pas une vérité, mais des vérités tout dépend comme j’ai l’habitude de dire de quel point de vue on observe la scène.

    Si Louis XVI n’avait pas été guillotiné et si nous avions eu une monarchie parlementaire, le monde aujourd’hui serait il le même ???

    Je lisais hier un texte de Monsieur Jorion que je qualifie de compliqué : Pourquoi comme les chats nous avons neuf vies ? D’où mon parallèle plus haut.

    A ce titre, je voulais vous remercier Monsieur Jorion de votre blog, car en dehors des sujets abordés ici qui mènent à la curiosité et à la réflexion, il y a d’autres qui s’immiscent d’une part des différents intervenants, et d’autres parts des multiples domaines de connaissances qui sont les vôtres et que je découvre à tout petit pas tant l’ensemble est pour moi neuf et vaste.

  49. Il me semble que si l’on poursuit fermement un but, ceux qui poursuivent un but contraire sont forcément des ennemis ou en tout cas des adversaires. Le choix ne me paraît pas se poser entre « poursuivre un but » et « combattre des ennemis ». L’un ne va pas sans l’autre !. En revanche il s’agit de garder à l’esprit que « combattre les ennemis » n’est qu’un moyen (et non une fin en soi) pour permettre d’atteindre le but.
    Quant aux « ennemis » (ou « adversaires », ils ne sont évidemment pas ce qu’ils sont par essence, mais par leur attitude, leur comportement, leurs actes à tel ou tel moment : ils sont nos « ennemis » (ou nos « adversaires ») tant qu’ils s’opposent à l’atteinte de notre but, ils cessent de l’être dès qu’ils cessent de s’y opposer, voire, mieux encore, qu’ils s’y rallient…

    1. @ Thierry,
      le but commun me semble être la recherche de la vérité, sans a priori. En quoi peut on être adversaire ou ennemi sur cette question? Ce serait différent si l’on avait à défendre une position préconçue.

      cordialement, B.L.

    2. @ Bruno Lemaire

      Dans les buts que l’on poursuit il me paraît évident qu’il ne s’agit pas que de vérité. Par exemple, certains préféreront la liberté (par exemple la liberté d’entreprendre, la liberté de pouvoir travailler plus ou de pouvoir s’enrichir plus) à l’égalité (ou en tous cas, au fait de ne pas nous retrouver dans une trop grande inégalité). Le fait de préférer l’une de ces valeurs à l’autre n’a rien à voir avec des questions de « vérité », il s’agit de préférence éthiques, esthétiques même, si l’on veut.
      Si l’on est pour l’une de ces valeurs, plus que pour l’autre, ceux qui s’y opposent sont forcément des ennemis ou à tout le moins des adversaires, non ? On peut les respecter, mais, tout en les respectant, les combattre…

  50. Rien ne s’obtient que par le rapport de forces : je le préfère pacifique, démocratique, que violent… certes, mais lorsqu’il s’agit de faire progresser la justice contre les privilèges, le rapport de force l’emporte au final, quoi qu’ait pu y contribuer (et heureusement), la raison.
    La stratégie d’éviter la violence est mille fois préférable, si toutefois elle mène au changement. On en n’est pas là, à ce jour …
    Ennemis ou adversaires : sachez QUE NOUS DESIRONS TOUS ARDEMMENT VOUS INTERDIRE DE NUIRE parce que nous avons un code éternel dans chacune des cellules de nos corps et de nos esprits : LA JUSTICE ET LE DROIT DE VIVRE DIGNEMENT POUR TOUS LES HABITANTS DE NOTRE PLANETE;

  51. Je suis profondément d’accord avec ce billet, à tel point que je ne peut m’empêcher de le témoigner par écrit.
    Les valeurs écrites dans ce billet sont d’ailleurs une des raisons pour lesquelles je lis ce blog.

    J’ai également beaucoup apprécié l’intervention vidéo du vendredi.

    Merci 🙂

  52. “There’s class warfare, all right, but it’s my class, the rich class, that’s making war, and we’re winning.”
    Warren Buffett, 26 novembre 2006

  53. Sarkozy a un jour dit (c’était en 2003) que le principal problème des Français c’est qu’ils n’étaient pas assez endetté et il répétait dans d’autres termes cette même idée en 2007.
    Je pense que les CDS est un dossier assez technique, pas assez porteur, et Sarkozy peut dire oui à l’interdiction parce que un conseiller lui aurait dit ça mais ça ne fera pas avancer le problème de façon définitive parce que Sarkozy pense ce qui est marqué ci-dessus qui est une idée assez simple à prononcer, à faire comprendre, assez claire dans son esprit. En ce sens, il faudra bien changer profondément et radicalement les idées des gouvernants…

  54. paris sur les fluctuations de prix, le terme est-il bien choisi?

    Le mot « pari » induit l’idée que le pronostique du parieur (sauf cas de tricherie) n’influence pas le résultat du processus dont l’issue n’est pas encore connue.
    Hors j’ai cru comprendre (entre autre en vous lisant) que, par exemple, acheter une grande quantité d’une matière première et donc organiser sa pénurie, peut faire monter son prix et permettre un bénéfice à la revente.
    En revanche, parier gros sur un cheval ne le fait pas courir plus vite.
    En ce qui me concerne, je ne soutiendrais pas un homme politique qui n’afficherait pas une volonté évidente d’empêcher la spéculation et qui n’expliquerait pas comment on peut faire . Avez vous réfléchi à ce dernier point?

  55. @ Moi (Toi)

    Je ne suis pas d’accord avec vous :
    D’après Wikipedia
    « Nelson Mandela favorise le sabotage, qui «n’entraîne aucune perte en vie humaine et ménage les meilleures chances aux relations interraciales», avant de s’engager dans «la guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte»[15]. Un membre de l’ANC, Wolfie Kadesh, explique la campagne de sabotage à la bombe menée par Mandela: « (…) faire exploser des lieux symboliques de l’apartheid, comme des bureaux du passeport interne, la cour de justice pour natifs, et des choses comme ça… Des bureaux de poste et… Des bureaux du gouvernement. Mais nous devions le faire d’une telle façon que personne ne serait blessé, personne ne serait tué.  »

    J’en conclus que Mandela combat des idées, un système, mais pas des personnes physiques. Il en est de même pour Ghandi. C’est cette intransigeance sur des principes qui en font pour moi de très grands hommes. La fin ne justifie pas les moyens, surtout des moyens que l’on condamne. En passant, je n’ai jamais compris qu’un homme qui a du sang sur les mains (directement ou indirectement) puisse recevoir le prix Nobel de la Paix.

    « …Pendant les années 1980, le MK lance une guerilla contre le régime de l’apartheid, dans laquelle de nombreux civils sont tués. »
    A cette période Mandela était en prison et je ne crois pas qu’il maîtrisait totalement son mouvement. De mémoire, sa femme était beaucoup plus radicale que lui (et moins honnête) et a entraîné le mouvement vers une lutte armée plus violente. Mais, je peux me tromper …

    1. @lemar

      L’utilisation de la force n’est pas de l’initiative de celui qui se défend, elle est dictée par le comportement de celui qui attaque.Dans le cas de l’ANC,sa politique originelle bannissait tout recours à la lutte armée. Avec les massacres de Shapeville en 1960 par la Police Nationale,les membres de l’ANC ont décidé de prendre les armes. Au départ, Albert Luthuli, le Président de l’ANC,était réticent à la création de l’aile militaire de son mouvement et c’était la même position qu’avait prise Nelson Mandela; mais avec ces massacres ,les deux hommes ont donné leur accord à la création de Umkhomozi we nsizwe , l’aile militaire de l’ANC dont Mandela lui-même deviendra d’ailleurs Commandant Suprême.

      Plus haut,vous évoquez un film de Hollywood pour montrer les sources de l’idée que vous vous faites de Mandela; sachez que les services secrets américains ont aidé la police sud-africaine à arrêter Mandela;faites alors le lien avec les films produits à Hollywood et vous obtenez l’image que celui-ci doit donner de ces services. Plus proche de nous,il y a beaucoup d’informations sur ce qui se passe en Irak; allez voir le dernier film qui a récolté de multiples oscars et l’image qu’il donne de ceux qui mènent cette guerre.

    2. @Lemar qui écrit : « La fin ne justifie pas les moyens, surtout des moyens que l’on condamne »

      On ne peut mieux dire: et votre référence à Gandhi – ou au Christ en cette période de carême – et à tous ceux qui ont condamné la violence est une leçon que chacun se doit de méditer. Plus facile à dire qu’à faire, certes, mais on peut demander, au moins, à un Prix Nobel de la Paix d’incarner complètement ce principe.

      Cordialement, B.L.

  56. « Les guerres fondées sur l’ennemi se perdent ou, dans le meilleur des cas, leur issue se détermine au hasard, celles fondées sur le but sont plus certaines d’être gagnées »

    Permettez moi donc une version « sportive » :
    Les matchs fondés sur l’étude du « mental » des équipes adverses, se perdent, ou, dans le meilleur des cas, leur issue se détermine au hasard de l’achat d’un arbitre « à convaincre », ceux fondés sur le but sont plus certain d’être gagnés dans la mesure ou celui ci est « dégagé » de tout défenseur et que le portier mongol joue si possible au loto sportif.

    Ou peut-être une version « soir d’élection » en ce soir emblématique pour les téseux-abstenant:
    Les élections fondées sur des icônes médiatisées par l’état spectacle, se perdent ou, dans le meilleur des cas, leur issue se détermine au hasard du hoquet de l’espace-temps d’une machine à voter, celles fondées sur le but sont plus certaines d’être gagnées dans la mesure où toutes les idées sont comprises dans le forfait « juste prix » de la ménagère de cinquante ans qui choisit bien, …qui choisit but.

    2 à 0 malgré les abstentions…… Mais encore 6% comme dab pour ma pomme. Pfffff. Je suis un petit joueur!

  57. Peu de personnes parviennent à faire la différence entre convaincre l’ennemi et vouloir l’abattre à tout prix, pour le geste plus que pour la cause ! Une preuve de … sagesse !

  58. Paul a publié ce matin (14 mars 2010) un billet (Le duc d’Aiguillon, le vicomte de Noailles, le vicomte de Beauharnais et le duc du Châtelet) qui permet de comprendre un peu ce qui l’amène à censurer de plus en plus de commentaires depuis des mois : petit à petit, faute d’arriver à les convaincre, il en est venu à (faire semblant de) penser que tous ceux qui le contredisent sur le sujet de la création monétaire sont des adeptes de la théorie du complot, convaincus d’avance et donc impossibles à convaincre. Avec une vision pareille de l’interlocuteur, on peut effectivement prévoir qu’on aura du mal à rapprocher les points de vue, mais à qui la faute ? C’est un peu facile, une fois à court d’arguments et incapable de convaincre l’autre par la raison, de prétendre que l’autre est de mauvaise foi et que son jugement est fixé d’avance depuis longtemps, selon de mauvaises intentions cachées… Un peu facile, assurément. Sans compter qu’on pourrait aisément lui faire le même reproche, sans doute.

    Paul Jorion résume ainsi la situation, de son point de vue : « Pour moi, le but est clairement défini, disons pour faire vite : « un monde meilleur », et ceux qui s’opposent à ce monde meilleur que j’entrevois, constituent une masse indéterminée qu’il s’agit essentiellement de rallier à mes idées. Pour certains d’entre vous, l’ennemi est clairement défini, alors que le but est moins circonscrit, en gros : « me débarrasser de mon ennemi ». La différence est cruciale parce que ce qui m’apparaîtra dans ma cause « centrée sur le but », comme une victoire apparaîtra aux yeux de celui « centré sur l’ennemi », comme ma défaite. Ce qui m’apparaît comme le fait d’avoir pu convaincre mon « ennemi d’un jour » après une longue lutte (il ne s’agit bien sûr que d’une première bataille et non de la guerre), apparaît à mon ami « ennemi-centré » comme le fait que je me sois rallié au camp de l’ennemi.  »

    Un peu plus loin, Paul précise sa pensée : « Ceci éclaire il me semble, non seulement la discussion d’hier mais aussi celle qui eut lieu précédemment à propos de la « création monétaire par les banques commerciales » : trier parmi les torts de l’ennemi est une perte de temps puisque son statut d’« ennemi » ne sera jamais mis en cause. Cela explique aussi pourquoi nous procédions, de notre côté, en proposant une démonstration toujours plus fouillée, toujours plus complète, alors que nos opposants s’efforçaient eux d’allonger la liste de ceux qui sont de leur avis. Cet argument « par le nombre » me déconcertait : « Quel importance, le nombre ! », me disais-je, mais le nombre n’est pas indifférent s’il s’agit de se compter, de compter « ceux qui sont comme nous » et « les autres ».  »

    _______________

    Mon commentaire (ÉC) (je le publie ici, chez moi, puisque Paul censure désormais aussi mes réactions les plus anodines, apparemment) : la dérive de Paul est assez triste. Il ne lui apparaît nullement que la liste qui s’allonge des avis argumentés contre le sien est probablement un travail fouillé tout aussi respectable que son propre travail, et que ce qu’il appelle « un argument par le nombre » est en fait un grand nombre d’arguments, arguments avec lesquels il n’est pas d’accord, certes, mais qu’il n’arrive pas à réfuter pour nous convaincre, ce qui le conduit à nous discréditer par d’autres voies, celles des « mauvaises intentions » qu’il prétend identifier. Il n’imagine pas (il n’imagine plus), apparemment, que ses propres « démonstrations toujours plus fouillées » puissent être simplement fautives, complexes mais inopérantes (sauf pour noyer le poisson de la critique sociale contre les banques).

    On est donc de plus en plus, chez Paul, depuis des mois, dans le procès d’intention au lieu du débat, débat qu’il fuit depuis longtemps en répétant brièvement que tout est réglé depuis des lustres, qu’il suffit désormais de relire les débats passés, et surtout d’acheter son livre pour être instruit de la vraie vérité, enfin éclairée par Paul Jorion, et que seuls des obstinés mal lunés, qui ont certainement décidé à l’avance de ne pas changer d’avis, continuent à ergoter…

    On notera qu’apparemment, seuls ceux qui contredisent la thèse de Paul Jorion sont ainsi animés de mauvaises intentions, et donc censurés.

    Ce matin, vers 10h, j’ai envoyé un message, assez irréprochable je crois, qui expliquait à Paul que ma position n’est ni la sienne (« convaincre ceux qui nuisent à l’intérêt général au lieu de les combattre »), ni celle qu’il imagine de ses contradicteurs (« vouloir la peau d’un ennemi fixé à l’avance, sans recours possible ») : je lui ai expliqué une « troisième voie », mon approche par les institutions, précisément au-delà des dominants du moment, quels qu’ils soient.

    Il est tard ce soir, Paul m’a envoyé quelques mails dans la journée pour me dire que le nombre ne fait rien à l’affaire et que je ferais mieux d’analyser les problèmes au fond (comme si ce n’était pas ce que je fais depuis le début, très au fond), et à 23 h 55, mon commentaire n’a toujours pas été publié. Paul m’a dit qu’il ne sait pas pourquoi mon commentaire n’est pas publié, que ce n’est plus lui qui « modère », qu’il va demander…

    Tiens, à 19h 20, il m’a donné cette explication sibylline : « il me dit qu’il l’a rejeté ».

    Qui ça, « il » ? Je ne sais pas.

    Alors j’en ai assez de voir des dizaines de commentaires satisfaits être publiés librement toute la journée chez Paul, alors que le mien est finalement censuré !!!

    1. Etienne : mentionne un sujet sur lequel ton opinion a changé, ne serait-ce que d’un millimètre depuis que nous débattons ici. Nous n’arriverons pas à un accord : tu ne demandes qu’une seule chose, c’est que ton interlocuteur se rallie à ton point de vue, cela s’appelle la rigidité. Du coup, tu te répètes ici depuis plusieurs années. Ce n’est pas dérangeant, c’est simplement lassant, et ça finit par lasser. Désolé.

  59. (Message original du dimanche 14 mars 2010, à 10 h 15)
    Pas de quoi fouetter un chat, n’est-ce pas ?

    Censuré, pourtant.

    Carrément.

    À bien y réfléchir, c’est peut-être surtout la force adverse de l’image —le message trop clair de l’affreuse pile…— qui a donné de la force au ciseau censeur

    (Vous pouvez cliquer sur l’image de la pile et ensuite utiliser Ctrl + roulette de la souris pour agrandir l’image et lire les titres.)

    Malgré mes conseils insistants l’an passé, Paul a mis le doigt dans la facilité de la censure, et il est en train de se faire prendre le bras et le reste : il censure désormais carrément tout ce qui le dérange un tant soit peu. Si le blog de Paul Jorion n’accepte plus exclusivement que les intervenants qui lui vouent une dévotion sans faille, ça retire beaucoup d’intérêt (et de crédibilité ?) à ce lieu de débat : on est en train d’y passer de la science à la religion. Pour ma part, ça ne m’intéresse pas trop d’aller écouter la messe, de Paul Jorion comme de qui que ce soit

    Et quand Paul se présente, en conclusion de son billet, comme toujours à l’écoute de tout le monde malgré les mauvaises intentions de ses interlocuteurs les plus obstinés, alors qu’en fait, il censure en douce tous les commentateurs qui le gênent, on ne reconnaît plus le Paul des premiers temps, humble animateur d’un « cerveau collectif » pétillant, idée formidable : Paul croit qu’il reste le même, mais en fait, il change. Je me fais une autre idée du progrès. Je trouve tout ça assez triste.

    Je continuerai à lire François Leclerc, dont l’intérêt ne faiblit pas depuis le premier jour.

    En tout cas, pour ma part, je sais de mieux en mieux pourquoi, autant que possible, je m’interdis de censurer sur mon site : je tiens à la libre contradiction comme à la prunelle de la démocratie.

    Tout ça est plutôt décevant, mais c’est assez humain aussi.

    Étienne.

    1. Même remarque :

      Etienne : mentionne un sujet sur lequel ton opinion a évolué, ne serait-ce que d’un millimètre depuis que nous débattons ici. Nous n’arriverons pas à un accord : tu ne demandes qu’une seule chose, c’est que ton interlocuteur se rallie à ton point de vue, cela s’appelle la rigidité. Du coup, tu te répètes ici depuis plusieurs années. Ce n’est pas dérangeant, c’est simplement lassant, et ça finit par lasser. Désolé.

    2. Et vous, Monsieur Jorion, sur quoi votre opinion a t-elle évoluée ?
      (tiens, on va voir si ce message est aussi censuré)

    3. Changer d’opinion, c’est manifester de l’amitié en intelligence. Merci à tous ceux ici qui m’ont fait changer d’opinion.

    4. Il m’est arrivé aussi d’être censuré , sans que j’ai encore vraiment compris pourquoi , sur ce blog ,lors de l’épisode Corinne Lepage . Jamais chez Etienne mais c’est vrai qu’on y trouve moins de monde . J’en salue cependant les intervenants .

      Il m’est arrivé ici d’écrire que l’histoire en marche se nourrissait de paranoïas . Je prends le risque d’vavancer que l’on en a ici une illustration , quand deux intellectuels après avoir beaucoup réfléchi pensent tenir une idée , l’IDEE : nterdiction de pari sur les fluctuations de prix s’appuyant sur une  » vérité  » relative à la monnaie pour l’un , désignation élective par tirage au sort chez l’autre avec une autre vérité relative à la monnaie .

      Messieurs, l’immense majorité des citoyens de ce pays ( les abstentionnistes encoreplus que d’autres) ne comprend rien à vos extraits de jus de cervelle et ne sait d’ailleurs même pas qu’ils existent.

      Tentez de les faire connaître ( c’est le cas pour tous les deux d’ailleurs ) de façon accessible et « en réponse de » , au lieu de faire question ,et c’est l’écho ou son absence qui vous dira si vous êtes utiles . C’est la seule « censure – sanction  » qui vaille .
      La » vérité » s’il y en a une ne se mesure effectivement pas au nombre d’échos flatteurs dans la paroisse , ni au mètrage de bouquins ingurgités . Elle se mesure au grand air , en terre d’élections .

      A ne pas le comprendre , vous nous lasserez tous les deux .

  60. @tous,
    Pouvoir changer d’opinion est effectivement signe d’une grande ouverture d’esprit, surtout quand on précise en quoi la dite opinion a changé.

    Bien sûr, changer d’opinion ne signifie pas que la dernière opinion émise est la bonne, et, à l’inverse, ne pas changer d’opinion ne signifie pas que la dite opinion soit mauvaise.

    Pour ma part, grâce aux débats qui ont eu lieu sur ce blog, et ailleurs, j’ai changé de point de vue sur la monnaie. Il y a quinze mois, je pensais que la monnaie n’était pas très importante, comme, hélas, beaucoup d’économistes, « certifiés » ou non.

    Je crois maintenant que la monnaie, ses gérants, ses émetteurs, sont d’une importance cruciale: et c’est bien pourquoi le débat sur la monnaie a tant d’importance.

    Si on ne sait pas qui sont les véritables responsables d’une gestion « calamiteuse » de la monnaie, aucune piste de réforme, voire de révolution, ne peut être envisagée. Sans réforme monétaire, le monde court (encore plus vite) à la catastrophe. Mais il n’est pas sûr, hélas, qu’une simple réforme, voire révolution, monétaire puisse empêcher cette catastrophe.

    Cordialement, B.L.

  61. Pour revenir au sujet de ce message.

    Mr Jorion présente d’une manière un peu trop idéale la nuit du 4 août 1789, cela a déjà été constaté ici, et je ne m’y apesantirais pas.

    En revanche, ce message me paraît ne pas réaliser un virage majeur, que tout le monde a ressenti, mais qui n’a que rarement été distingué.

    Les méthodes démocratiques « classiques » de conviction et d’alternance ne marchent plus.

    Les ressorts de la démocratie et de l’Etat de droit sont soumis à une telle pression, que les pratiques passées ne sont plus suffisantes.

    Comment convaincre ceux qui ne veulent pas être convaincus ? Pas par malveillance, mais plutôt par aveuglement idéologique, aveuglement qui confine au fanatisme (il suffit de voir la virulence des réactions des européanisants libéraux dès que l’on prononce les mots maudits : protectionnisme, nation, etc…).

    Et comment faire si le pari de la conviction n’a pas marché ? Car soyons sérieux, si les élites avaient du se rendre compte de ce qu’elles avaient fait, il y aurait longtemps que les politiques auraient pris les décisions pour mettre fin aux dérives dénoncées partout (ici, mais aussi chez Lordon, Todd, Gréau, Sapir, etc…).

    Il y a des époques de tournants, où les méthodes antérieures ne fonctionnent plus. Souvenons-nous (mutatis mutandis bien sûr) du tournant des années 30 ? Ceux qui pensaient que l’on pouvait « convaincre » Berlin, Rome, Tokyo etc… nous ont mené à Munich…

    Je ne soutiens pas la violence (qui est le refuge de l’incompétence), mais plutôt le changement de méthodes, pour s’adapter à un tournant majeur.

    Les digues républicaines cèdent les unes après les autres, au point que le Président de la République lui-même peut se permettre de « jouer » tous contre une communauté (au mépris de l’article 5 de la Constitution), que les derniers garants d’un Etat de droit sont systématiquement mis à mal, etc….

    Je pense donc que le temps n’est plus à la « conviction » simple, mais à un sursaut républicain, voire « Churchillien » contre une évolution qui n’est ni inéluctable, ni bénéfique.

    Cordialement,

    CM

    1. Ben oui…

      Je fais référence au Churchill des années 30.

      Et le sursaut est de 1940.

      Je vous invite pour appréhender ce que cela signifie de lire (ou relire) l’excellente biographie de Churchill par François KERSAUDY, et surtout un livre qui doit sortir dans les prochains jours sur Mers el Kébir de François DELPLA.

      CM

    2. @CM:

      Bonjour !

      Je connais un peu Churchill . Je voulais simplement laisser entendre que je préfère une action d’ici et avec les hommes (et femmes) d’aujourd’hui , sans avoir besoin du recours à une piqure de dopant churchillien pour se donner du courage .

    3. Je m’en doute que vous connaissez ce phénomène historique « extraordinaire », mais cela pourra éclairer quelques lecteurs sur l’ampleur du vide abyssal actuel…

      Un homme / femme « d’aujourd’hui »… Certes mais où est-il/elle ?

      Croyez-vous qu’un tel réflexe républicain peut venir de JF Copé ? de M. Aubry ? de F. Bayrou ?

      Je veux bien croire à un « frémissement » au sein d’une certaine frange du PS (qui commence à remettre en cause le libre-échangisme et la libéralisation / dérégulation… cf Hamon et les derniers éléments de travail sur les « écluses économiques « à instaurer aux frontières…).

      Mais qui aura le courage et la force de caractère de soutenir un tel projet face à la vindicte de cette doxa libérale dominante et castratrice, et surtout face aux pbs qu’engendrera une politique de rupture ? Qui aura le courage de « tordre le bras « à l’Allemagne pour la contraindre à changer de politique ?

      un Galouzeau de Villepin ? il a capitulé bien vite sur le CPE…

      Un Chevènement peut-être ? malheureusement, lui-même semble donner des signes de faiblesse, attendant tel Mandel des « chocs extérieurs » pour résoudre le problème… (cf son interview du 11/02/2010).

      Un Churchill n’attendrait pas lui ! Ce qu’il nous manque est cette espèce de « bouillonement d’action pure », ce tumulte volcanique porté par un amour inextinguible de la démocratie parlementaire…

      mais on s’éloigne du sujet du message de P. Jorion.

      Cordialement,

      CM

    4. NDA ? je l’ai oublié c’est vrai… Mais j’ai des doutes sur sa capacité à rassembler à gauche (Curieusement GdV lui en a une), et à renoncer à ses ambitions pour s’allier en vue de faire triompher ses idées avant tout.

      @ Nessy

      Vous avez quoi d’autre à proposer ? Que chacun créé son parti ?

      Je ne comprends pas votre question en fait…

    5. @CM :

      ça n’était pas une question, juste l’affirmation que si une vertu ou un projet ont effectivement besoin d’être incarnés ( pour un temps) par une femme ou un homme , ça ne peut se produire que si suffisamment d’individus montrent aussi cette même vertu ou imaginent le même projet .
      Faut il rappeler que la vertu individuelle , en démocratie , où chacun exerce dans l’idéal une partie du pouvoir collectif , est la condition même de son existence ( pour mémoire l’honneur pour l’aristocratie , la peur pour la tyrannie .)

      Mes efforts personnels étaient évoqués dans mon post du 14 mars à 15h21 lignes 6 à 10 .

      Pour ce qui est des partis , je préfère travailler avec ceux en compétition et qui sont déjà assez nombreux . De ce point de vue , je ne suis pas éloigné de l’analyse de Pierre-Yves D.
      En avançant pour ce qui est du modem et du centre « social-humaniste », que faute d’avoir pu correctement modèliser une « troisième voie » ( rapport concret au marché pas assez net et « révolutionnaire ») , c’est en fait lui qui se rapproche de la « gauche » qui est elle même en train d’évoluer . Enfin j’espère , car depuis le « tabula rasa » nécessaire évoqué dans un billet d’Attali – archives de son blog) au lendemain des présidentielles -, le PS a été un peu désespérant .

      Mais comme l’UMP en appelle maintenant à Europe Ecologie et au FN , pour le second tour des régionales , j’imagine avec amusement que nous n’aurons bientôt plus qu’un seul parti en France.

      Pour y voir plus clair , si l’on tient essentiellement à garder les vocables de gauche et droite , j’aimerais bien que les deux camps ( s’il doit n’y en avoir que deux ) se positionnent par rapport aux enjeux déjà évoqués :

      – limites du marché et son rapport à la « liberté » . Place du service public .Outils de sanction ( régulation= Jorion ?…). Qui écrit la règle du jeu ? Le marché est il le bon jeu ?

      – limites de la liberté individuelle et son rapport à la démocratie . Les outils de sanction .

      – limites du marché et de la liberté dans le rapport à la nature et les dégradations irréversibles .

      – l’association du citoyen au plus proche des décisions .

      – contrôle démocratique de l’action et outils d’évaluation /sanction .

      – définition d’une identité française , dans son rapport à l’Europe et au monde , relativement aux cinq points qui précèdent .

    6. Merci de cette réponse. J’ai eu sincèrement du mal à comprendre ce que vous disiez.

      Et nous sommes finalement très proche (sauf que je n’en suis plus pour ma part aux questions, mais aux réponses…).

      La seule différence que j’entraperçois entre nous réside finalement dans une nuance :

      La politique n’est pas seulement affaire de « cristallisation » de l’opinion ambiante. Il y a aussi une part, plus ou moins importante, liée à la décision et à la force de caractère d’un seul homme, placé au bon endroit.

      Si l’on devait se limiter à cela, on ne pourrait saisir en quoi l’action de Churchill en 1940 ou de Roosevelt au cours de ses mandats (le premier en économie, le troisième en politique extérieure notamment) n’a pas seulement été la résultante d’une synthèse des opinions, de attentes, des « vertus » ambiantes…

      Ceci n’empêche pas chacun d’essayer dans ses actes quotidien de tendre vers la « vertu », j’en conviens.

      D’ailleurs, avant de questionner les partis de gouvernement sur leur rapport au libre-échange et au marché, que faisons-nous chaucn à notre niveau ?

      Pourtant il y a des choses à faire, même dans ses actes de consommation ou de production au quotidien. voir quelques initiatives citoyennes, dont celle de ce blog (et du site qui va avec) : http://www.hexaconso.fr/blog/

      Ce n’est qu’une nuance toutefois…

      CM

  62. ‘Prix Nobel’, citoyen d’une grande nation sans complexe
    et fighting spirit sans état d’ âme:
    Paul Krugman.
    Voir « http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3000″.
     » Déclaration de guerre économique » au Yuan chinois.

    procédure:
    – prise de conscience du problème et analyse/identification.
    – Examen des solutions possibles et extraction de celle jugée efficace.
    – Décision: public pris à témoin et menaces ( et sans doute: conseil au prince qui gouverne )

    Nulle et non avenue:
    – attente d’une nuit du 4 Août.
    – tentative de convaincre par le talent la partie adverse désignée comme telle.

    Mais il est affable: n’ employant que des moyens légaux, il ne menace
    pas de l’envoi d’un groupe de porte-avions.

    Nous avons, et nous préconisons, les moyens de notre culture.
    Ou de nos traditions ( sans doute post 1956).
    Un connaiseur, Jean-François Deniau: « l’Europe a peur de son ombre ».

    1. Avez-vous vu lu sur Contreinfo les 20 propositions pour un New Deal de Jean-François Khan ?

      Si c’est ça le programme du MOdem, ce parti se situe maintenant à la gauche du parti socialiste !
      Je plaisante bien entendu, ces propositions n’engagent que JFK et non pas Bayrou.

      Alors populisme ? Je ne le crois pas, les électeurs ne sont pas dupes.
      JFK est un homme d’idées avant d’être un politicien. C’est surtout une envie de faire bouger les lignes de son parti, et celles qui traversent tout le paysage politique français. Je ne sais pas si lui et Mme Lepage se parlent, mais il me semble y avoir là une certaine convergence sur le problème de la finance.

      On pourra critiquer le détail de telle ou telle proposition. De même il ne parle pas de l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, JFK préférant taxer les transactions financières en fonction de leur fréquence dans une période donnée, mais sur le fond, son « programme » vise résolument la réduction de la rente du capital, pour favoriser l’investissement à long terme.

      Tous ceux qui pensaient que l’avenir de la gauche était au rapprochement avec le centre se sont lourdement trompés. Le centre est une idée creuse. Front de gauche a trouvé sa place à la gauche du PS alors que peu lui donnaient cher de sa peau. Les écologistes font de l’écologie politique et constituent sociologiquement le véritable centre en attirant aussi bien les bobos que ceux, moins friqués, qui sont surtout réfractaires au productivisme.

      Il serait temps qu’au Parti Socialiste on en tire quelques enseignements au delà de l’autosatisfaction qu’a pu procurer le scrutin des régionales. Le PS va-t-il oui ou non s’affirmer comme un grand parti de gauche en tournant résolument le dos à plusieurs décennies d’accointances avec le capital ?

      Le PS va-t-il encore faire l’erreur de se présenter comme un parti de gestion, sans souffle, sans force de proposition, sans perspectives idéologiques claires ?
      Pourtant la Grande Crise ouvre un boulevard pour tous ceux qui font le constat que le système est quasi hors service et qu’il faut maintenant préconiser des mesures radicales pour assurer sa transition vers une société plus équitable et plus solidaire. Alors pourquoi ne prend-t-il la tête du mouvement qui s’accélère au lieu de courir comme à l’accoutumée derrière le dernier train de l’Histoire ?

      IL ne sera plus temps de faire de la gestion lorsque les problèmes financiers, économiques et sociaux se seront encore aggravés. Il faudra trancher dans le vif, prendre des décisions, avoir une stratégie, une vision.

Les commentaires sont fermés.