L’actualité de la crise: quand tout patine… par François Leclerc

Billet invité.

QUAND TOUT PATINE…

La Banque des règlements internationaux (BRI), souvent présentée comme le saint des saints du système financier, a enfin trouvé la solution à la crise, ainsi qu’elle vient de l’exposer dans son rapport annuel. Devant le danger que représente l’existence simultanée de déficits publics grandissants et d’une nouvelle bulle d’actifs en voie de formation, elle propose de dégonfler les deux en même temps. Il fallait y penser !

La BRI vient en effet d’endosser ce qu’elle présente comme l’habit de la raison pour préconiser une vigoureuse action de réduction des déficits publics, tout en avertissant de la nécessité de restreindre les facilités monétaires des banques centrales. Les mesures de stimulus dans l’un et l’autre des domaines doivent selon elle avoir une fin, en raison de leurs effets ; le temps est donc venu de réfléchir à la manière de les arrêter. Elle précise même qu’il ne saurait être question d’attendre la reprise de la croissance pour agir, c’est à dire de tirer ces deux tapis de dessous les pieds des uns comme des autres  !

Cette prise de position remarquée de la BRI ne va pas contribuer à éclaircir une situation déjà passablement confuse à propos de la réduction des déficits publics, dont les chefs d’Etat et de gouvernement ont pris acte à Toronto en décidant pratiquement que chacun faisait comme il l’entendait (ou le pouvait). Car elle contredit les récentes prises de position du FMI, qui, sans être d’une excessive clarté dans l’expression, vont dans le sens opposé. Dominique Strauss Kahn, son directeur général, affirmant pour une fois clairement, au sortir du G20, qu’ « il serait catastrophique que tous les pays resserrent leur politique, cela pourrait détruire totalement la relance ».

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Le « parcellitarisme » peut-il servir d’anti-modèle pour un recentrement démocratique ?, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

Alain Caillé définit la forme d’organisation sociale dans laquelle nous sommes de plain-pied comme un parcellitarisme, c’est-à-dire :

…le mouvement permanent qui tend à décomposer toute chose, tout sujet collectif, institutions ou organisations, tout individu, tout savoir, tout pouvoir, tout territoire ou tout espace de temps, etc., en parcelles, en postulant que cette désagrégation est bonne par elle-même et sans se soucier a priori de la liaison souhaitable entre les parcelles ainsi libérées.

Voyons du côté des interstices que produit nécessairement toute fragmentation

§

Relativement à l’enjeu de démocratie, nous appréhendons usuellement la politique par les formes d’organisation sociale que nous caractérisons comme « démocratique », « totalitaire » et « réactionnaire » ; A. Caillé y adjoint le type « parcellitaire ».  De plus, il unifie cette typologie en analysant leur ensemble sous l’angle de deux antagonismes  fondateurs de l’ordre social. Le premier axe de tension oppose l’unité de la communauté et son pluralisme, le second confronte la nécessité d’organiser le « pouvoir d’agir »  de la communauté en tant que créateur de son propre milieu, sans que l’illimitation de ce pouvoir n’en vienne à détruire le milieu qui conditionne son développement. Ainsi,  pour le « parcellitarisme », les curseurs sont aux extrêmes : tandis que l’illimitation du pouvoir de création du marché ravage la planète, l’unité  réalisée par l’universalité du marché détruit tout pluralisme ; chacun étant réduit à la forme identique d’agent économique abstrait. En ces temps difficiles, nous avons sans doute intérêt à explorer la dynamique du modèle proposé par Caillé en l’appliquant à l’interprétation des faits que la Grande Crise rend désormais plus visibles. Un premier bénéfice serait de nous faire penser judicieusement l’équilibrage des curseurs. Par exemple : une forme de consolidation réactionnaire avalisant  la primauté hiérarchique des méga firmes dans l’ordre social, rééquilibrerait les propriétés en s’emparant de la maison du voisin mais pour ensuite regarder pousser le gazon après avoir négocié l’approvisionnement du quartier en fioul avec une filiale de sociétés « offshore ».  Le deuxième motif d’intérêt serait de nous aider à comprendre  de quoi nous procédons ;  quand bien même,  il nous serait désagréable de constater,  mutatis mutandis, que nous participons tous avec ferveur à un Congrès de Nuremberg qui durerait depuis trente ans… en attendant la suite.

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C’est l’argent qui donne de la valeur à l’individu, par Anastasia

Billet invité.

J’ai perdu mon travail et le temps passant, le moral puis avec la fin des allocations de chômage, l’argent. C’est triste à dire, mais c’est en perdant tout revenu que j’ai découvert un autre regard porté sur moi dans mon entourage. C’est ce regard qui est le plus insupportable. Il est instructif aussi. On voit qui a le sens du partage et comme si cela s’inscrivait dans un logique implacable, on constate que la générosité se trouve là où il y a peu d’argent, là où les comptes sont à découvert mais où la richesse du cœur est inépuisable.

Beaucoup de chômeurs sont dans mon cas, avec des dossiers en attente, perdus ou égarés et ils se retrouvent sans le sou car ne peuvent prétendre aux aides sociales.

Certains se regroupent en collectifs et ces mouvements agissent sur place pour interpeler les directions des pôles emploi ou caisses d’allocations familiales, pour faire accélérer les traitements des dossiers.

Les pauvres commencent à bouger, ce n’est qu’un balbutiement mais, certains partis politiques regardent ce phénomène avec intérêt et tentent même des approches de ces collectifs de chômeurs.

Pour revenir à la valeur du travail, mon observation est que je rencontre peu de gens passionnés par leur travail et ceux qui l’ont été ont été surexploités par leur entreprise avant de connaitre le désenchantement.

Comme je vois les choses, c’est qu’aujourd’hui, ce n’est plus l’individu qui donne de la valeur au travail, c’est l’argent qui donne de la valeur à l’individu.

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Marianne, débat du 28 juin 2010 à 20h30

Merci à ceux d’entre vous qui sont venus. Certains se sont présentés (n’hésitez pas à le faire la prochaine fois si vous ne l’avez pas fait), certains même sont venus boire un coup ensuite (Pierre-Yves D., Olivier Brumaire, Simplesanstete, Florence).

Ceux-là ont pu constater que ça s’est très bien passé. On attend avec impatience que la vidéo soit en ligne : vous y verrez entre autres Lordon et moi réagir à la question de Simplesanstete sur les convergences manifestes entre nos propositions, et ce que nous disons en général.

Merci à Jean-François Kahn et à l’équipe de Marianne : Hervé Nathan et Alexis Lacroix, d’avoir voulu ce débat.

Système financier international : qui osera le réformer, et comment ?

Avec : Paul Jorion, Frédéric Lordon, Liêm Hoang-Ngoc, Stéphane Cosset et Hervé Nathan. Débat animé par Jean-François Kahn.

Lundi 28 juin, 20h30
Maison de l’Europe
35 rue des Francs-Bourgeois
75004 Paris

Par Pierre-Yves D. Pardon à Hervé Nathan, la feuille était trop petite.

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Six propositions pour réorienter l’Europe, par Jean-Luc Gréau

Billet invité

Quelque dix-huit mois après le séisme bancaire occidental de l’automne 2008, les dirigeants politiques européens restent sur l’Aventin. Alors que la déflation salariale est à l’origine première du surendettement privé et de la crise qui s’en est suivie, ils se refusent à émettre publiquement ce diagnostic. Alors que l’explosion de l’effet de levier, de la titrisation et des produits dérivés dans la dernière décennie a fragilisé et déstabilisé le système bancaire et financier dans son ensemble, ils n’osent pas poser le principe d’un retour à la responsabilité des prêteurs. Alors que les banques centrales, jouant le rôle de prêteurs en premier ressort, continuent d’alimenter les banques en liquidités gratuites, leur procurant une véritable rente de situation, ils campent sur les positions anciennes d’un financement non monétaire des dettes publiques. Pourtant, et tandis que le surendettement des ménages, voire des entreprises, n’est pas encore résorbé, nul ne sait comment les Etats occidentaux, y compris les plus puissants, pourront rembourser des dettes publiques rendues disproportionnées, après l’ouverture des vannes pour sauver les banques, par la gravité de l’affaissement économique. Tout se passe comme si la corporation bancaire occidentale, cause du sinistre, exerçait un magistère renforcé sur nos élites politiques.

L’Europe ne sortira de cette situation navrante que si, au lieu de se réfugier dans une incantation  aveugle sur le thème de la rigueur,  sans vouloir en voir les effets déflationnistes, elle a le courage d’entreprendre six réformes fondamentales de son mode de fonctionnement : la réforme des banques, le recentrage des missions des banques centrales, la fidélisation et responsabilisation des actionnaires des entreprises, la remise en ordre de la fiscalité, le rééquilibrage des relations commerciales de l’Europe avec l’Asie émergente et la stabilisation des grandes monnaies occidentales.

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BFM Radio, lundi 28 juin à 10h46 – « En espérant que les choses s’arrangent… »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand on lit les résolutions à l’issue du G-8, qui s’est tenu à 200 km au Nord de Toronto, et du G-20 qui s’est tenu à Toronto-même, on est frappé par le ton de confiance qui s’en dégage : « Ça va être dur, nous dit-on, mais tout finira par s’arranger ». Mais quand on examine les mesures que l’on envisage de prendre, il ne s’agit jamais que de mesures d’appoint : un peu de ceci ici et un peu de ça là-bas. Sans que tout cela ne soit connecté en aucune manière par une philosophie générale, et comme si seuls l’aspirine et le sparadrap faisaient partie des moyens dont on dispose pour remettre le système d’aplomb.

Ce « Tout finira bien par s’arranger » constitue de la même manière le cadre général du fameux « financial overhaul », le paquet de mesures résultant d’un compromis entre le Congrès et le Sénat américains et dont on espère aux États-Unis qu’il ne capotera pas d’ici le 4 juillet, vu que son vote est censé faire partie des grandes victoires que l’on célébrera lors de la fête nationale américaine. Aurait-il fallu plus de 1600 pages de réglementation à la fois tatillonne et sibylline si quelques principes solides avaient été proposés ? Bien sûr que non. De même encore en France, à propos de la réduction de la dette publique : mises à part quelques économies par-ci par-là, on compte essentiellement sur le retour de la croissance pour arranger les choses – sinon sur le court terme, du moins sur le moyen terme. Comment la croissance pourrait-elle revenir alors que l’on s’apprête à réduire le pouvoir d’achat des ménages ? Mystère et boule de gomme.

Que signifie cette conviction que l’on peut se contenter de s’intéresser à des points de détail ? Que chacun continue de compter sur l’autorégulation : on continue de penser que les choses ont tendance à s’arranger d’elles mêmes et que les mesures qu’il faut mettre en place ne doivent pas dépasser en intensité le niveau du « coup de pouce ».

Or l’hypothèse de l’autorégulation a été démentie dans les faits. Une première fois en 1929. On le comprit bien dans les années qui suivirent. Puis on l’oublia : « J’y pense et puis j’oublie », dit la chanson. Pire encore, cette hypothèse fut rapidement ressuscitée : « L’autorégulation était bien là, commença-t-on à dire, mais ce sont les États qui lui ont mis des bâtons dans les roues ». L’hypothèse de l’autorégulation est morte une seconde fois en 2008. Mais tout cela est déjà si loin ! À moins bien sûr que le mot d’« hypothèse » ne convienne pas… et qu’il faille plutôt parler de « croyance » ?

À l’époque où je partageais la vie des pêcheurs bretons, il arrivait qu’à la fin de la journée du vendredi les mines s’allongent, et j’entendais dire alors : « Faut pas s’inquiéter : samedi sauvera la semaine ! » Quand ce n’était pas le cas, on entendait un peu plus tard : « C’est pas grave : la dernière semaine sauvera le mois ! », et puis, vous l’avez deviné, si l’année toute entière tournait à la catastrophe, on comptait sur décembre pour sauver la mise. « L’espoir fait vivre », dit-on, et ceux qui nous gouvernent en semblent convaincus. Mais attention ! le désespoir, c’est le contraire. Et puis, il y a d’autres dictons : pourquoi ne pas passer plutôt à « Aide-toi et le ciel t’aidera » ? Cela nous éviterait à l’avenir bien des pleurs et des grincements de dents.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise: coup double ! par François Leclerc

Billet invité

COUP DOUBLE !

Véritable passoire, une loi de régulation financière est en passe d’être adoptée aux Etats-Unis, tandis que les pays réunis aux G8 et G20, avec au menu le retour de la bienfaisante croissance, étalent leurs divergences et contradictions d’intérêts. Est-il nécessaire d’attendre le texte du communiqué final du G20, dont une version circule déjà, pour constater ce double aveu d’impuissance ?

La taxe bancaire enterrée, les dirigeants du monde entier vont en effet ne laisser comme seule trace de leurs travaux, en dépit de l’utilisation de termes allusifs et choisis pour masquer leurs contradictions, qu’un seul résultat : les pays exportateurs ont été priés, sans succès, de se replier sur leurs marchés intérieurs, afin que les autres puissent rechercher sur le marché international un peu de cette croissance introuvable en interne.

Il n’y a pas de quoi crier victoire, même si chacun va rentrer chez soi en prétendant que son point de vue l’a emporté, condamné à faire non pas ce qui relève du domaine du souhaitable mais tout simplement ce qui relève du possible.

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Appel pour juin 2010

Pour janvier 2010 : 2 378 €
Pour février : 2 616 €
Pour mars : 2 352 €
Pour avril : 2 279 €

Merci pour vos donations en mai ! Objectif 2 000 € largement atteint : 2 595 €.

Somme (brute) reçue à ce jour (30) pour juin : 2 184 €.

Mai a été une fois de plus, un mois bien rempli, même si j’ai dû annuler quelques rendez-vous dans les premiers jours du mois en raison de la grippe.

Dans le domaine de l’audio-visuel, commençons par mes chroniques hebdomadaires sur BFM Radio, le 3 mai : Une inquiétante clinique, le 10 mai : La Grosse Bertha, le 17 mai : Que vaut une action quand les marchés sont nerveux ? et le 31 mai : La faute à pas d’chance ou la faute à quelqu’un ?.

Les vidéos maison, Le temps qu’il fait, sont enregistrées tous les vendredi. Notre statut désormais « Officiel » sur Dailymotion nous offre un tableau de bord bien pratique et bien à nous : Blog de Paul Jorion.

Toujours dans le domaine de l’audio-visuel, il faut encore signaler pour mai : le 9 mai sur Deutschlandfunk : Zerstörerisches Geld ; le 10 mai sur France Culture : Le Journal de 12h30 ; le 15 mai sur RTL : Journal de 8h00 ; le 16 mai sur RFI : Carrefour de l’Europe ; le 17 mai sur France Culture : Le Journal de 12h30 ; et enfin, le 22 mai sur Europe 1 : Les mots pour le dire.

Dans la presse écrite, ma chronique mensuelle dans Le Monde-Économie a paru dans l’édition des 3 – 4 mai : Goldman Sachs et nous ; Le Soir de Bruxelles a publié le 11 mai : « On n’a pas abordé le cœur du problème » ; Der Freitag, en Allemagne, a publié le 13 mai : Zerstörerisches Geld, la transcription de mon entretien sur Deutschlandfunk ; dans Le Nouvel Observateur, Jean-Gabriel Fredet a brossé mon portrait le 20 mai : « C’est arrivé demain » ; l’hebdomadaire belge Trends-Tendance, a publié le 20 mai mon entretien avec Robert van Apeldoorn : « On ne règle pas tout en un week-end ! » ; enfin, Le Télégramme a annoncé le 24 mai ma venue prochaine à Quimper : Crise : Vers le chaos ?

Je ne me suis pas dérobé et j’ai bien parlé à Quimper, à la salle du Chapeau Rouge, dans le cadre du cycle La Liberté de l’esprit, le jeudi 27 mai : « Comment en est-on arrivé là ? » et à Paris, au Théâtre Déjazet, dans le cadre du congrès de Cap21, le 30 mai : « La crise financière est-elle en passe de ruiner la démocratie ? ».

Le mois dernier, j’avais fait un exposé le 22 avril au Focus Stratégique 2010 qui se tenait à Montréal. Ma conférence est désormais visible dans un billet récent.

Après une brève frayeur en avril, pour le top Wikio Le blog de Paul Jorion était à nouveau premier pour l’économie en mai.

Merci à Julien Alexandre et François Leclerc qui, en me soutenant sur le plan logistique, m’ont permis qu’en plus de ce que vous trouvez mentionné dans la liste ci-dessus, j’aie pu en plus écrire mes billets !

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L’actualité de la crise: journée faste pour les banques, par François Leclerc

Billet invité.

JOURNEE FASTE POUR LES BANQUES

En toile de fond du G20, la nouvelle phase de la crise américaine se précise, les Etats-Unis s’apprêtant à rejoindre l’Europe.

L’estimation de croissance de l’année est en baisse, passant de 3% à 2,7%. Une croissance du PIB bien trop insuffisante pour faire baisser le chômage. Le département du commerce a enregistré « une révision à la hausse des importations et une révision à la baisse des dépenses de consommation », des éléments négatifs qui ne sont que partiellement compensés par « une révision à la hausse des exportations et des variations de stocks des entreprises ». Qu’en sera-t-il dans les mois à venir ?

Alors que s’est révélé en Europe le mélange détonnant que représente la combinaison de la crise de la dette publique et de la fragilité du système bancaire privé, il se confirme qu’il n’y a plus de recours possible, les finances publiques ne pouvant plus être mises à contribution comme elles l’ont été. La balle est donc renvoyée aux marchés, qui ne savent pas quoi en faire si ce n’est encore accentuer les déséquilibres.

Barack Obama n’a pas tiré d’autre constatation, en ouverture des G8 et G20 : « Ce week-end à Toronto, j’espère que nous pourrons nous appuyer sur ces progrès en coordonnant nos efforts pour favoriser la croissance économique, continuer les réformes financières et renforcer l’économie mondiale. Nous devons agir de concert pour une raison simple : cette crise a prouvé – et les éléments continuent de le démontrer – que nos économies nationales sont inextricablement liées. Et la tourmente économique peut facilement se propager. »

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Mon billet du 28 mars 2008

Dans mon billet, « Rogue Traders » et krachs, du 28 mars 2008, j’écrivais ceci :

Je reviens brièvement sur l’affaire Kerviel à la Société Générale, non pas que l’enquête connaisse de nouveaux développements mais du fait que le manuscrit de La crise des subprimes en 2007 (1) ayant été envoyé hier à l’éditeur, j’ai avidement repris la lecture de The Great Crash – 1929 (1954) par John Kenneth Galbraith et que parmi les rapprochements curieux entre 1929 et 2008, j’ai découvert sous sa plume un passage très intéressant sur les détournements de fonds.

La crise de 1929 nous dit Galbraith provoqua en réalité bien peu de suicides mais elle mit à jour un très grand nombre de malversations. Il parle de « détournements de fonds » mais je prendrai la liberté d’inclure également dans la catégorie, les « trades non-autorisés ».

Galbraith commence par souligner que dans les périodes fastes où tout le monde fait de l’argent, bizarrement, certains veulent en faire encore davantage et les opérations non-autorisées fleurissent. Pendant ce temps-là, euphorie aidant, le niveau de contrôle lui, baisse. Voici un passage de The Great Crash :

Lors d’une dépression, tout cela s’inverse. Les transferts sont maintenant surveillés d’un œil alerte et inquisiteur. L’agent en charge des fonds est supposé malhonnête jusqu’à preuve du contraire. Les audits se font désormais méticuleusement et en profondeur. La rigueur morale dans les opérations commerciales devient admirable. Les détournements battent en retraite.

Au moment où le krach se produit, observe Galbraith, le changement de climat est très remarquable :

De la même manière que la bulle accélérait le taux de croissance, le krach dope le taux de révélation. En quelques jours la confiance universelle devient méfiance universelle. Des audits sont ordonnés. Les corps tendus, les regards préoccupés sont notés. Plus important encore, l’effondrement des valeurs boursières rend irréparables les positions de l’employé qui détournait des fonds pour jouer les marchés. Il ne lui reste plus qu’à avouer.

Pourquoi je termine de lire d’urgence The Great Crash – 1929 ? Parce que j’ai hâte de reprendre la lecture de Every Man a Speculator. A History of Wall Street in American Life (2005) de Steve Fraser.

Pourquoi je vous rappelle ce billet ancien ? Parce que je viens de lire ce que La Tribune rapporte de la fin de l’audience ce matin au procès Kerviel.

Maître Metzner (avocat de Kerviel) : « … On vous a cité beaucoup d’auteurs dans ce procès. Je n’en citerai qu’un, John Galbraith, peut-être le meilleur des économistes.

Il évoque la crise de 29, dont on sait qu’elle a été originée par une loi de 1927 qui avait autorisé à investir sur le marché en n’avançant que 10 % des sommes investies, le reste étant payé à l’échéance.

Tant que le marché montait, tout était parfait, quand il a baissé, c’était le krach.

Galbraith, en 1954, écrivait : « Quand tout le monde gagne, personne ne voit. Quand tout le monde perd, il faut un coupable, un seul ».

Le président remercie Me Metzner, puis appelle Jérôme Kerviel à la barre pour lui demander s’il a quelque chose à de plus à déclarer.

Jérôme Kerviel s’avance vers le micro et dit : « non… »

Le jugement est mis en délibéré jusqu’au 5 octobre, à 10h.

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(1) Sera publié sous le titre L’implosion (Fayard 2008).

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Le temps qu’il fait, le 25 juin 2010

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Le G 20 : « Soyez davantage comme moi ! »

Le projet de réglementation aux États-Unis

Les lobbys financiers

Le débat de lundi soir

Les ambitions du Blog de Paul Jorion

La philosophie derrière ma proposition d’interdiction des paris sur les fluctuations de prix : la citation de Saint-Just à laquelle je fais allusion mais que je ne connais pas par cœur : « Les révolutions qui naissent de bonnes lois et qui sont maniées par d’habiles mains changeraient la face du monde sans l’ébranler ».

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Je ne rembourserai pas, par Olivier Brumaire

Billet invité

Je ne rembourserai pas – ou « Les pauvres paieront-ils pour les (très) riches » ?

La dette publique française file désormais allègrement vers les 1 800 Md€, soit la bagatelle de 60 000 € par foyer.

En 2010, la situation budgétaire de l’État est dramatique : Ressources nettes 175 Md€, Dépenses nettes 325 Md€, Déficit 150 Md€ (« www.performance-publique.gouv.fr » – le gouvernement a conservé son humour…). Le plafond de Maastricht de 3 % du PIB est enfoncé avec près de 8 % du PIB. Nous dépensons ainsi cette année 190 % des recettes (contre encore 120 % avant la crise)… Et du coup, la dette représente près de 10 ans de recettes fiscales actuelles…

Heureusement les politiques nous l’ont promis : il est hors de question qu’ils gèrent les finances publiques avec « rigueur » – pour ceux qui auraient encore un doute. Voilà enfin une promesse dont nous pouvons être assurés qu’elle sera tenue… Vivons donc au dessus de nos moyens, ou plutôt, enrichissons les riches, et après, que diable, advienne que pourra. Et bien justement, ça advient…

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L’actualité de la crise: crise de la dette, phase II par François Leclerc

Billet invité.

CRISE DE LA DETTE, PHASE II

Nous sommes entrés dans la seconde phase de la crise de la dette publique, avec l’entrée en scène des Etats-Unis et du Japon aux côtés de l’Europe. Cela va désormais être à celui qui va bousculer les autres pour leur voler le rôle de vedette de l’actualité.

« L’économie (américaine) ne progresse pas aussi vite que nous voudrions » vient de reconnaître Barack Obama lors de sa causerie radiophonique hebdomadaire. Il en faut des précautions de langage, à un président, pour admettre que la croissance enregistrée ces derniers temps n’est qu’un feu de paille destiné à ne pas durer ! Alors que les effets des plans de soutien de l’Etat fédéral et du restockage des entreprises s’estompent et que rien n’est prévu pour la suite, si ce n’est la nécessité de réduire le déficit public.

Timothy Geithner, le secrétaire d’Etat au Trésor, a pris moins de gants en déclarant devant une commission parlementaire que « notre économie traverse encore une période extrêmement difficile. Des millions d’Américains cherchent toujours du travail et continuent de souffrir des blessures causées par une récession forte ». Dans la foulée, il a aussi admis qu’elle devait faire face « à des défis considérables ».

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Un nouvel ordre mondial de vérité financière, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Une crise absolument systémique

Le rétablissement de la stabilité financière mondiale s’inscrit dans quatre axes de recherche : les normes de solvabilité financière à long terme, la politique de liquidité des acteurs financiers, la régulation de la création monétaire par la croissance économique réelle et l’équilibre des échanges monétaires et financiers internationaux. La crise des subprimes s’est déclenchée dans le champ de la liquidité. Elle a dévoilé une insuffisante solvabilité du système financier face à des retournements de conjoncture. Les États occidentaux ont du s’endetter pour limiter les développements de la crise dans l’économie réelle. Le sauvetage du système financier débouche sur des déséquilibres profonds de solvabilité publique et de stabilité monétaire.

Les réformes en chantier visent à prévenir par la réglementation la sur-exposition au risque. D’un côté, des fonds propres davantage calculés sur la possibilité de catastrophe, de l’autre des réserves de trésorerie absolument liquides pour encaisser les chocs totalement imprévisibles. L’hypothèse de travail est contradictoire avec l’expérience. La crise est venue d’acteurs imparfaitement couverts par les règles. Ils avaient un intérêt non localisable mais néanmoins objectif à réaliser des bénéfices d’arbitrage réglementaire. C’est la preuve administrée par les faits qu’une réglementation non totalitaire qui ne supprime pas la raison de l’arbitrage offre nécessairement des opportunités contraires à la finalité réglementaire de garantir la liquidité des engagements financiers. L’effort de réglementation est dans une impasse sémantique tant que la plus-value du risque n’est pas objectivement différentiable du crédit actuellement engagé.

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La démocratie aujourd’hui

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’événement le plus significatif – sinon le plus important – des jours derniers, c’est cet appel à la création d’un « contre-lobby » financier émanant de l’euro-député Vert, Pascal Canfin, initiative justifiée par la puissance démesurée des intérêts particuliers dans les décisions que prend le Parlement européen et, comme il est dit dans l’appel, par « un contexte de forte proximité des élites politiques et financières ».

Le même message grave peut être entendu à Washington, communiqué non pas par un parlementaire, comme dans le cas de l’appel de Bruxelles, mais par le Président américain lui-même, affirmant dans son allocution télévisée hebdomadaire du 1er mai, que le pouvoir qui lui est institutionnellement garanti n’est pas de taille vis-à-vis de celui dont disposent les lobbys financiers, soulignant en outre qu’une décision récente de la Cour Suprême américaine a rendu ce pouvoir illimité en déplafonnant les sommes que les entreprises peuvent injecter dans les campagnes électorales.

On ne s’étonnera de la montée du « populisme » que si un éventail de partis démocratiques permet à chaque électeur de voir sa volonté représentée dans le gouvernement réel de son pays. Mais si la « forte proximité des élites politiques et financières » implique que tout vote s’assimile désormais à une voix de plus venant conforter des élites financières détentrices du pouvoir effectif, alors la démocratie n’est pas en danger mais elle est déjà morte.

L’optimiste pense que le courant peut encore être inversé, et il n’est pas impossible que le fossé entre le peuple et ses « élites politiques et financières », aujourd’hui perçues comme intimement liées, puisse encore être comblé. Les jours sont en tout cas comptés. Surtout, dans le climat actuel de nerfs à vif, tout importe ! Aux États-Unis, le président Obama a désigné la Cour Suprême comme « ennemie du peuple », il serait gravissime que celle-ci prenne cette accusation à la légère, il faut au moins qu’elle y réponde. En Europe aussi, l’opinion est en alerte : son regard est immanquablement attiré par la moindre apparence de « proximité excessive des élites politiques et financières ». Dans le contexte actuel, les hommes et femmes politiques vers qui le regard se tourne, à tort ou à raison, auraient grand tort d’écarter la rumeur d’un simple revers de main.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : la prochaine séance de Guignol, par François Leclerc

Billet invité.

LA PROCHAINE SÉANCE DE GUIGNOL

Sans désemparer, la ronde des grandes réunions internationales se poursuit. Le Canada va successivement accueillir un G8 puis un G20 à partir de jeudi prochain. Fait significatif du peu de résultats que l’on en attend, celui de Séoul qui suivra les 11 et 12 novembre prochains est déjà évoqué. Comme le veut une routine désormais installée, Barack Obama a téléphoné en ce début de semaine à Angela Merkel et José Luis Rodriguez Zapatero pour le préparer.

La question mérite être posée : sur quoi donc les membres du G20, salué en son temps comme l’expression achevée de la nouvelle gouvernance mondiale, vont-ils bien pouvoir se mettre d’accord à Toronto ? Car ils sont en désaccord ouvert sur chacun des grands dossiers sur lesquels ils sont censés sortir de la réunion unis. Dans ces conditions, risque-t-on à se demander, comment les marchés vont-ils réagir à ce qui pourrait apparaître comme une guignolade, pour de ne pas parler des opinions publiques dont l’opinion semble déjà faite ?

A propos de la relance et des restrictions budgétaires, Barack Obama vient d’écrire à ses collègues du G20 pour leur demander de ne pas s’engager trop résolument et rapidement dans celles-ci, en totale contradiction avec la position martelée d’Angela Merkel. Ainsi qu’avec celle des Britanniques, qui pour une fois se démarquent publiquement de leurs cousins et annoncent un plan d’austérité comme on n’en a jamais vu depuis l’après-guerre. Tandis que la perspective d’une restructuration de la dette grecque est envisagée à haute voix par les autorités russes et que le sort de l’Espagne  (de ses caisses d’épargne en détresse et de sa gigantesque bulle immobilière, avec de 700.000 à 1,2 millions de logements neufs en stock), inquiète à ce point les Américains qu’ils ont envoyé à Madrid en mission dont le secret a été éventé un secrétaire adjoint du Trésor, Charles Collins. L’Espagne, c’est le pont trop loin.

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Un « Greenpeace de la finance »

Vous êtes deux (Paskov, FreeDem) à mentionner un appel aujourd’hui à la constitution d’un « Greenpeace de la finance », émanant d’un groupe de parlementaires européens à Bruxelles.

D’une certaine manière, c’est bien ce que nous faisons ici de facto depuis début 2007. Nous ne le faisons qu’avec de tous petits moyens : notre budget, ce sont les 2.000 € environ que vous offrez en dons mensuels. Tout le reste, c’est du bénévolat.

Le principal regret c’est qu’avec les moyens dont nous disposons, nous ne pouvons couvrir que l’univers francophone. Ceci dit, il ne tient qu’à nous d’attirer l’attention des initiateurs du projet sur le fait que nous constituons d’ores et déjà l’embryon du « contre-lobby » financier dans le cadre européen qu’ils appellent de leurs vœux pour briser un « contexte de forte proximité entre élites politiques et financières ».

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« Renforcer la « gouvernance » économique dans la zone euro »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je viens de lire le document publié le 10 juin par la Banque Centrale Européenne, intitulé – je traduis de l’anglais : Renforcer la « gouvernance » économique dans la zone euro.

Wolfgang Münchau, le chroniqueur du Financial Times, écrivait hier à son sujet : « Si des sanctions, ça ne marche pas, alors, c’est sûr, des tonnes de sanctions, ça ne marchera pas non plus ». On ne pouvait mieux dire.

L’image qui me vient, c’est celle du pion chahuté qui, tandis que les avions en papier se croisent dans l’espace aérien au-dessus de sa tête et que s’amplifie autour de lui une sarabande infernale (« On se croirait en république ! », s’écriait dans ces cas-là mon instituteur – la scène, il faut le dire, se passait dans une petite nation monarchique), révise avec application son barème de punitions.

Lors d’une réunion la semaine dernière, interrogé à propos de l’espérance de vie de la zone euro, j’ai répondu : « Entre trois semaines et trois mois ». Le document Renforcer la « gouvernance » dans la zone euro ne m’encourage pas a modifier mon pronostic.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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BFM Radio, lundi 21 juin 2010 à 10h46 – Kerviel: la question que personne ne pose

Kerviel : la question que personne ne pose

English version here

Le procès de Jérôme Kerviel entre dans sa troisième semaine, qu’a-t-on appris jusqu’ici sur les grandes questions qu’on se pose ? Sa hiérarchie, par exemple, était-elle davantage au courant qu’elle ne le prétend sur les opérations qu’il passait ? Autre question dont on aimerait connaître la réponse : le fait d’entrer des opérations fictives dans le système de reporting pour masquer ses positions est-il – comme Kerviel le prétend – une pratique courante dans le monde des traders ? Et ce n’est là encore qu’un minuscule échantillon du genre de questions que l’on continue de se poser sur cette ténébreuse affaire. Connaîtrons-nous un jour la réponse ou bien sommes-nous condamnés à deviner, à nous faire une opinion à partir d’éléments disparates et fragmentaires ?

Est-ce parce que j’ai eu l’occasion d’être moi-même trader sur les marchés à terme que la réponse à ces questions me laisse en réalité indifférent ? je ne sais pas. Ce qui m’intrigue par contre c’est pourquoi au cours de deux premières semaines d’audience, personne n’a posé la seule qui me semble cruciale, une question que j’appellerais « à la Lord Adair Turner », du nom du président de la FSA, la Financial Services Authority, le régulateur des marchés britanniques, qui se demandait il y a quelques temps – avec beaucoup de candeur d’ailleurs – si tout dans le système financier que nous connaissons, est utile d’un point de vue social.

Ma question, qui n’intéresse apparemment personne sauf moi, c’est celle-ci : « Ce que Kerviel faisait pour sa banque – que ce soit de la manière dont elle voulait que cela se fasse, ou de la manière dont lui le faisait – à quoi cela sert-il ? » Parce qu’enfin, se mettre comme cela, en position « longue », en espérant que le prix monte, ou « courte », en espérant que le prix baisse et sur des sommes « importantes » – parce que de notre point de vue à nous, particuliers, que ce soient des milliards qui sont en jeu, ou simplement des millions, ce sont quand même de grosses sommes – à quoi cela sert-il ?

Prenons un exemple très simple. Kerviel a fait un pari qui peut rapporter – soyons modestes – un million d’euros. Il le fait au nom de la Société Générale. Et disons, toujours pour faire simple, que sa contrepartie – celle qui a fait le pari en sens inverse – ce soit BNP Paribas. Ce cas de figure n’est pas impossible. Disons que, cette fois-ci, c’est lui qui a gagné : la Société Générale a gagné un million et la BNP a elle perdu un million. La fois prochaine ce sera l’inverse : la Société Générale perd et la BNP gagne. Est-ce que cela sert à quelque chose ? Oui, cela fait augmenter les dividendes et les bonus dans la banque qui a gagné et cela les fait baisser dans celle qui a perdu. Les actionnaires, les dirigeants et les traders de celle qui a gagné sont contents, et ceux de celle qui a perdu sont au contraire tristes.

Et nous, dans cette affaire ? Tout ça nous est indifférent. Sauf… sauf si l’une des deux banques gagne systématiquement et l’autre perd systématiquement, alors nous – en tant que contribuables, nous irons sauver avec nos propres deniers la banque qui a perdu et qui est bien sûr « trop grosse pour tomber » – Too big to fail. Autrement dit, ce que tous les petits Kerviel du monde font, et les banques qui les emploient, ça ne sert qu’à une seule chose : à créer du risque systémique, le risque que tout le système s’écroule un beau jour. Alors, tout cela est-il bien « socialement utile » ? Je crains malheureusement que la question ne soit beaucoup trop sérieuse pour que je m’engage à y répondre – comme ça, de but en blanc – un lundi matin.

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