L’actualité de la crise : l’Irlande étranglée à petit feu, par François Leclerc

Billet invité

L’IRLANDE ÉTRANGLÉE A PETIT FEU

On s’y perd un peu dans les chiffrages et les acrobaties financières – qui ont changé plusieurs fois par jour – mais les développements de la situation irlandaise appellent une importante constatation. L’Etat, va devenir l’actionnaire majoritaire de quasiment toutes les principales banques du pays, à la faveur d’aides financières massives. Il va en effet encore « remettre au pot » (selon l’expression haïe des actionnaires).

Somme toute, l’Etat remplit son devoir d’actionnaire, alors que les actionnaires privés ne l’ont pas fait ! Alors que, sous couvert d’une garantie accordée aux déposants, les créanciers obligataires de l’Anglo Irish Bank (AIB) ont la promesse d’être remboursés. A l’exception notable des détenteurs des obligations subordonnées – finalement atteints après bien des atermoiements et fausses informations contradictoires dont cette chronique a involontairement rendu compte – dont les titres de dette vont être transformés en actions d’AIB. [Un risque propre à ces obligations, qui est rétribué par un meilleur rendement et permet de les comptabiliser dans les fonds propres des banques].

Voilà qui justifie la position de ceux qui réclament la nationalisation du système bancaire. L’Etat – au moins, lui – se révèle un véritable actionnaire, pour le meilleur et pour le pire…

L’histoire ne va pas s’arrêter là, en dépit des réaffirmations à jet continu que l’Irlande va s’en tirer toute seule, comme une grande. Le gouvernement irlandais va également devoir remettre au pot de la banque mutualiste Irish Nationwide, déjà nationalisée. Et devenir l’actionnaire majoritaire du groupe Allied Irish Banks, par le même moyen. N’en jetez plus !

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L’actualité de la crise, la guerre des devises a commencé, par François Leclerc

Billet invité.

LA GUERRE DES DEVISES A COMMENCÉ

Toutes les devises ont une valeur trop élevée les unes par rapport aux autres, à l’exception du yuan chinois ! Si l’on écoutait les déclarations qui fusent sur toute la planète, il faudrait donc réajuster sérieusement le tir sur un marché monétaire où le régime des changes flottants a été érigé en dogme, au grand bénéfice d’une intense spéculation financière sur celui-ci, le Forex.

Comment alors procéder, dans ces conditions ? Intervenir n’est pas conforme aux principes et spécialement bien vu, mais devient de plus en plus indispensable. Mais pour aboutir à quoi  ?

L’actualité était faite jusqu’à maintenant du lancinant problème de la parité entre le yuan et le dollar, insoluble dans le contexte actuel. Il a fallu des mois et des mois de palabres et de discours prononcés en vain pour en arriver à une vérité toute simple, à laquelle les Américains ne veulent toutefois pas se résoudre. Parce qu’elle est pour eux très dérangeante.

Non compte-tenu de considérations générales sur le rapport existant entre la force d’une monnaie et la puissance économique du pays qui l’émet, il est ouvertement apparu que le régime chinois n’était pas en mesure de procéder à l’important ajustement qui lui est demandé avec insistance. Car cela mettrait en péril son équilibre, en raison des conséquences économiques et sociales qui résulterait d’une chute des exportations, elle-même causée par une forte réévaluation du yuan. Dixit Wen Jiabao, le premier ministre soi-même.

Si l’on prend un peu de recul, cela signifie que le modèle de développement de la Chine, orienté vers l’exportation de produits manufacturés à bas prix, dans un premier temps magnifié, a été porteur d’un déséquilibre accentué. Ainsi que le déplore l’administration Barack Obama, éludant le fait qu’il ne peut pas être corrigé en claquant des doigts comme l’exigent les républicains.

Plus encore, cela met en évidence une contradiction majeure à laquelle la mondialisation a conduit : moteur du développement des pays émergents profitant aux capitaux occidentaux qui s’y sont investis, elle a déséquilibré – sans rémission dans l’environnement actuel – l’économie des pays développés.

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Faillite financière posthume de Platon, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

La valeur : trois ou quatre causes ?

Platon et Aristote ont posé dès l’antiquité grecque les bases de la discussion de la valeur développée dans la civilisation occidentale. La valeur est produite par les actions individuelles conformes au bien commun. Les deux philosophes divergent sur les modalités de discrimination du bien commun. Platon penche pour la dictature éclairée. Sa république est déposée entre les mains de sages. Le peuple peu instruit et inexpérimenté obéit. Il ne peut pas tout comprendre. La lumière lui vient d’un extérieur de la société qu’il forme. Au contraire chez Aristote, la lumière vient de l’intérieur de la société. La démocratie est un procès de discussion de la vérité entre les citoyens. Le bien commun est l’objet permanent de leurs échanges, perpétuellement remis en cause. La vérité est le sens continu de la discussion sociale ordonnée au bien commun.

L’explication de la lumière produite au cœur de la vie sociale est présentée par Aristote dans la métaphysique des quatre causes : la fin, la forme, la matière et l’effet. La métaphysique est simplement la logique du langage que les citoyens adoptent librement pour accroître collectivement leur réalité. Rendre la matière intelligible par des formes partagées au service des fins humaines qui accroissent la réalité. Aristote propose aux individus une vertu qui accroît leur valeur par l’échange. Entre la fin, la forme et la matière conçues par l’intelligence humaine, Platon ne pose pas l’exigence morale de leur intelligibilité réciproque, de l’explication de chaque cause par les deux autres. Platon n’abstrait pas le langage de la réalité. Le sujet n’est pas l’auteur de l’unité de l’être. Au contraire, grâce à la démocratie, Aristote pense l’autonomie du langage dans la réalité. Il ajoute à la matérialité transformée par la finalité l’effet négocié par le langage. Non seulement l’homme unifie les quatre causalités dans son moi, mais il les reçoit de la société dans laquelle il s’intègre. Aristote ajoute la démocratie à la république de Platon. Aristote ne le dit pas mais il est le fondateur de la métaphysique de la personne, l’individu libre en société, la société matrice de l’individu libre.

Économie, monnaie et démocratie

Par sa métaphysique de matière formée par la fin, Aristote fonde ipso facto la science économique. Il définit à la fois la matière qui individualise et se compte et la forme qui donne la valeur à la matière au service des fins humaines. La matière est enclavée dans la quantité. Mais la forme lui donne des qualités. La matière prend la valeur en recevant les fins humaines formées par l’intelligence. La valeur est la matière formée et la forme matérialisée. La matière se transforme mais ne s’accroît ni ne décroît. Informée par des fins humaines, la matière acquiert la dimension économique. Elle produit du plus avec le pareil. Le plus dans la continuité invariable de la matière, c’est la forme. L’information croissante de la matière est impossible sans la démocratie qui renouvelle constamment les formes par la liberté d’en discuter. Elle est non moins possible sans le marché où se rencontrent les citoyens pour échanger des idées dans les objets matériels qui les réalisent.

Le concept de la monnaie émerge naturellement de la métaphysique d’Aristote. Si les objets de valeur échangés sur le marché sont de la matière informée, alors il existe un outil médiateur de l’échange qui à la fois mesure la forme, compte la matière et conserve la valeur dans le temps. Aristote voit tout de suite le concept monétaire dans les pièces de métal marquée par le symbole d’une politie ; des pièces échangées contre des biens marchands alors qu’elles ne sont pas la matière physique dont le vendeur a besoin. Il voit tout de suite que la confiance inspirée par les monnaies provient autant de la matière physique qu’elles contiennent ou permettent d’acquérir que de l’autorité publique qui les émet. En fournissant un dispositif stable de formation des prix, en rendant la forme quantitativement négociable abstraite de la matière, la loi de la cité est la contrevaleur véritablement matérielle des biens échangés sur le marché.

Métaphysique de la valeur

La matière disponible dans un bien à l’instant de l’échange n’est pas la seule cause de valeur. L’ordre de la cité qui se perpétue dans le temps donne de la valeur au prix. Il devient un instrument d’anticipation quantifiable de la forme immatérielle. L’existence de la loi partagée dans la démocratie offre un critère stable d’identification des objets de valeur. Si le prix présente une certaine stabilité, alors il est possible d’inventer de nouvelles formes de transformation de la matière pour servir les mêmes fins avec moins de matière ; ou pour servir plus de fins avec la même matière. Dans la quadri-causalité d’Aristote, le crédit est bien l’effet de la valeur future certaine, à la fois le prix qui ne varie pas et la monnaie dont la contre-réalité est constante. Le capital est l’effet de la valeur future incertaine ; à la fois la réalité qu’il faudra prélever dans les réserves du passé pour honorer un emprunt trop ambitieux et le prix de la plus-value qui restera après remboursement de tous les emprunts. Enfin l’assurance est l’effet anticipé de la mutualisation sur toute la cité du coût des accidents naturels qui frappent aléatoirement les citoyens. La prime d’assurance adossée à une loi effective de solidarité est la matérialité de la valeur sociale.

Aristote n’a pas explicitement défini le crédit, le capital et l’assurance à partir de la monnaie, de la démocratie et du marché. Il a posé les bases conceptuelles de leur développement au cours du Moyen Age occidental. Le crédit est de la matière mesurée en monnaie formée dans la stabilité du temps. Le capital est la variabilité de la matière formée dans l’imprévisibilité du futur. L’assurance est la provision humaine matérielle de l’entropie physique naturelle. La métaphysique d’Aristote arrime la monnaie, le crédit, le capital et l’assurance à la réalité physique et politique, aux limites de la matière physique et aux fins humaines libres.

Prospérité aristotélicienne

Quatre dimensions émergent parfaitement distinctes dans la mesure de la valeur du futur. La réalité physique brute soumise à l’entropie est la matière assurantielle. La réalité physique instantanée intermédiée par le prix est la matière marchande monétisée. La réalité physique du futur intermédiée par le crédit est la matière mesurée en certitude de valeur. La réalité métaphysique du futur intermédiée par le risque des finalités humaines est la matière mesurée en incertitude de valeur. Quatre dimensions distinctes de tout objet financier de valeur anticipée échangeable à un certain terme. Quatre dimensions différentiables non pas matériellement mais par la métaphysique des fins, c’est à dire par l’engagement politique d’un assureur, d’un marchand, d’un créancier ou d’un entrepreneur.

Jusqu’à la fin du Moyen-age, la métaphysique d’Aristote organise l’objectivité politique et financière par la subjectivité disciplinée dans la vertu. La démocratie et l’économie qui en résultent reposent sur des rôles distincts en régulation réciproque. Si elle n’est pas nécessairement réelle, l’efficience de la politique et de l’économie est au moins concevable. Tous les souverains politiquement et économiquement efficaces le sont pas leur capacité à maintenir l’équilibre des rôles d’assureur (les églises et l’aristocratie), de marchand, de créancier et d’entrepreneur. Les souverains inefficaces laissent la confusion s’installer pour tenir plusieurs rôles à la fois et s’enrichir avec leurs affidés aux dépens de la société dont ils servent officiellement le bien commun. A la Renaissance, se produit une rupture métaphysique. La politique s’entremêle à l’économie. Le service politique du bien commun n’est plus la justification du pouvoir. La finance commence à accaparer métaphysiquement la politique. Le virtuel n’est plus ce que la volonté fera advenir mais la réalité qui n’existe pas.

Régression matérialiste

En cinq siècles la métaphysique de la différenciation des causes succombe à la finance. La valeur n’est plus que comptée. La discussion n’a plus de sens. Le langage n’est plus une transformation universelle de la réalité. L’économie surclasse la politique. La démocratie disparaît dans la république. L’effet est une question strictement individuelle non discutable dans la société. Les finalités humaines sont devenues abstraites. Les formes se capitalisent exclusivement dans la matière. La matière est faite pour l’accumulation. Elle ne contient plus de fin décidée par des sujets responsables. La monnaie n’est plus que forme émise en simulation d’une matière sans valeur. Le crédit anticipe une mesure de l’avenir sans réalité. Le capital est accumulation sans intelligence et sans fin de matière physique prélevée sur la nature.

Trois forces profondes ont reconduit la civilisation humaine à Platon. L’extraordinaire expansion de la valeur se perçoit plus facilement par la quantité que par la qualité. L’existence biologique se satisfait de quantité plus que de qualité. L’unification du monde met en contact des systèmes de valeur qui se comprennent plus facilement par la quantité que par la qualité. Enfin la liberté se mesure exclusivement par la quantité dans la réalité terrestre objective de l’humain. L’homme se défiant de lui-même se réduit à la matérialité. La seule preuve qu’il peut obtenir de la liberté qu’il recherche est le décompte matériel qu’il en fait. La fin et la forme inaccessibles en soi par la sensibilité physique sont intellectuellement absorbées par la matérialité.

La république contre la démocratie

La république platonicienne est plus pratique car elle dispense les élites de répondre de la réalité du bien commun. Elles font des affaires avec des régimes politiques qui ne discutent pas le bien commun. La réalité matérielle humaine objective asservit les finalités humaines subjectives. La production de forme perd ses fins et la transformation de la matière se met à détruire plus de valeur qu’elle n’en crée. Le potentiel de transformation de la matière en valeur de service des fins humaines continue de croître. Mais la demande effective de valeur ne sait plus s’exprimer. Le marché de croissance de la valeur était intégrée à la démocratie. Dans la mondialisation, le marché désintègre la démocratie. Les sociétés politiques oligarchiques et corrompues sont mises sur le même plan que les démocraties. Le marché unifié sans loi commune met la force de travail de pauvres sans protection à la disposition d’entrepreneurs dissociés de leur démocratie d’origine.

Le marché international est matériellement unifié mais les formes n’y sont pas partageables. La valeur n’est pas discutable, donc pas vérifiable. Le travail n’est plus rémunéré pour les formes qu’il produit mais pour l’énergie physique qu’il représente. Les prix de la réalité s’effondrent. Mais la monnaie issue exclusivement de la dictature bancaire éclairée est émise hors des limites de fins humaines. Les fins ne sont plus interrogées dans la demande. La monnaie n’est plus étalonnable par la réalité subjective. Le décompte de la réalité est formellement détaché de toute matérialité informée par des fins. La valeur virtuelle étouffe la valeur réelle. L’inflation déflate la réalité. Les prix se virtualisent dans la volatilité financière hautement rémunératrice pour les oligarchies platoniquement opportunistes. La république va-t-elle se révolter ?

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Chemins de mémoire 14-18, par Omar Yagoubi

Billet invité

Bonjour, je suis heureux de vous présenter les Chemins de Mémoire 14-18 de la région Nord-Pas de Calais. C’est court, beau et émouvant je crois…

Je pense à mon grand-père, Djelloul Yagoubi, tirailleur algérien en 1914.

Thierry Lesplulier, Virginie Coquant et Sylvain Berthe ont enregistré ma valse pour ce site. Fernand Iaciu, Jean-Michel Moulin et Anne Le Chevalier, membres de l’Orchestre National de Lille, en ont assuré la 1ère audition en public au Conseil Régional.

A ce sujet, je tenais à vous dire que c’est un compositeur arabo-polonais accompagné par un grand violoniste roumain qui assurèrent cette tâche musicale symbolique. Je souhaitais vous le préciser pour mieux banaliser la diversité et la richesse des origines en France. La politique actuelle sur les Musulmans, les Roms et l’immigration en général me pousse à rappeler cette évidence.

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Fougères, vendredi 1er octobre à 20h30

Je ferai une conférence au Centre culturel Juliette Drouet, sur le thème: « Des défis inédits ».

Attention ! Ce n’est ni ce soir, ni demain, c’est vendredi.

P.S. Le vendredi suivant, le 8 octobre, je parlerai de « L’humanité à un tournant » (si, si, c’est vrai !) à l’Université Bretagne Sud à Vannes, à 14h30. (Je vous le rappellerai en temps utile).

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L’actualité de la crise : la zone euro prise à son propre piège, par François Leclerc

Billet invité

LA ZONE EURO PRISE A SON PROPRE PIEGE

Les échos de la réunion bruxelloise des ministres des finances et de l’économie d’hier résonnent bizarrement aujourd’hui. Un peu comme s’ils avaient discuté de mesures à moyen-terme – à propos des futurs mécanisme et châtiment que subiraient les pays fautifs ne respectant pas les nombres d’or du déficit et de la dette – alors que Rome était menacée par les flammes.

Une nouvelle fois, l’Europe s’apprête à vivre une crise qui va la secouer, sans que le pesant silence qui l’entoure soit rompu. Sans qu’un signal soit envoyé, qu’une aide soit octroyée autrement que dans l’urgence à un gouvernement irlandais qui essaye de résoudre dans son coin une équation sans solution. Sauf à déclarer qu’on lui fait confiance… pour se débrouiller tout seul !

Après avoir été la vitrine de la dérégulation financière et des facilités fiscales accordées aux entreprises, l’Irlande est sommée de rester le bon élève de la classe, montrant l’exemple, en engageant à nouveau des efforts supplémentaires. Efforts des seuls Irlandais, cela va sans dire, dans le but de combler le déficit créé par leur système financier toujours en déroute totale. Et ce n’est pas fini !

La Grèce a la première tracé ce chemin, mais elle bénéficie désormais d’un soutien financier de l’Europe et du FMI, en contrepartie de lourdes exigences. L’Irlande doit pour l’instant s’en passer, mais cela ne sera pas tenable, d’une manière ou d’une autre.

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Le Monde-Économie, lundi 27 – mardi 28 septembre 2010

L’Etat face à la banque de l’ombre.

On qualifie aux Etats-Unis de shadow banking, banque de l’ombre, la partie du secteur financier qui ne bénéficie pas de la garantie automatique de l’Etat, composée de banques d’investissement, de sicav, de fonds d’investissement spéculatifs, etc. Les tailles respectives étaient, à l’aube de la crise, de 20 000 milliards de dollars (15 000 milliards d’euros) pour la banque de l’ombre contre 11 000 milliards de dollars pour la banque proprement dite ; la fourchette s’est resserrée depuis, avec 16 000 contre 13 000 milliards de dollars.

L’Etat dispense sa garantie en assurant les dépôts bancaires jusqu’à un certain montant et en étant prêt à intervenir comme prêteur de dernier recours. Ne bénéficiant pas d’une telle garantie, la banque de l’ombre est soumise à une réglementation plus légère, dont le principal défaut, comme on l’a constaté au coeur de l’orage, est l’absence d’obligation de constituer des réserves à la hauteur des risques encourus.

L’intermédiation financière qu’opère le secteur bancaire traditionnel met en contact immédiat dépositaires et emprunteurs. Le secteur financier non garanti, lui, établit des maillons intermédiaires. Ceux-ci transforment par étapes les flux financiers (intérêts et principal) d’emprunts peu liquides, à long terme et exposés au risque de crédit – le cas typique étant celui des crédits hypothécaires – en flux aisément échangeables à court terme et au risque de crédit réduit par l’établissement de priorités et la constitution de fonds de réserves.

Ce qui autorise en temps ordinaire ces transformations de liquidité, de maturité et de crédit, ce sont la taille des marchés et la diversité de produits financiers dont les fluctuations de prix sont peu corrélées.

Or, en situation de crise, les intervenants ayant subi des pertes, ou craignant d’en subir, se retirent brutalement, provoquant la contraction de ces marchés alors que les pertes essuyées les obligent à vendre des actifs dont les prix se corrèlent à la baisse.

Comme les établissements de la banque de l’ombre sont liés entre eux par de longues chaînes d’engagements réciproques, c’est la fragilité du plus exposé qui détermine la robustesse de la chaîne tout entière.

Mais les difficultés ne s’arrêtent pas là : secteurs de la lumière et de l’ombre sont imbriqués, et le second entraîne alors le premier avec lui. Lorsque le système tout entier menace de s’écrouler, l’Etat vient en aide à tous les acteurs stratégiques, que ceux-ci aient été prédéfinis comme tels ou qu’on leur découvre cette qualité au moment de la crise, le risque systémique ne connaissant pas de barrières.

La distinction entre secteurs garanti et non garanti s’estompe alors, et l’Etat se retrouve garant de facto de l’ensemble du système financier, quel que soit le découpage réglementaire. A ceci près que, pour la banque de l’ombre, les interventions de l’Etat sont plus délicates : moins réglementé, le secteur est moins connu, et les procédures formelles d’intervention, inexistantes. Du coup, les réponses étatiques sont improvisées et souvent incohérentes, comme l’a illustré le cas de Lehman Brothers en septembre 2008.

Le risque systémique dont est porteur le secteur financier de l’ombre, non garanti par l’Etat et peu réglementé, ne peut donc être ni contenu ni cantonné. Or ce risque, en raison de sa capacité à faire passer instantanément les intérêts particuliers au rang de l’intérêt général, constitue en soi une menace pour la démocratie. L’existence d’une banque de l’ombre est injustifiable.

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L’actualité de la crise : une crise, trois stratégies, par François Leclerc

Billet invité

UNE CRISE, TROIS STRATÉGIES

Le monde occidental est aujourd’hui placé devant une même interrogation, à laquelle il apporte suivant les régions et pays des réponses contradictoires. Que faut-il privilégier : la relance d’une économie au mieux anémique et qui pourrait retomber dans une récession généralisée, ou bien la réduction à marche forcée des déficits budgétaires et le dégonflement de la bulle de la dette publique ?

Pour le moins, ce monde-là ne marche pas du même pas. L’Europe, sous la pression d’un groupe de pays mené par l’Allemagne et le Royaume-Uni (hors zone euro), est toute entière orientée vers l’austérité budgétaire, en dépit des résistances de certains – dont les Français – et faute de stratégie alternative.

Le Japon, dont la situation empire au fur et à mesure que le yen continue de grimper, menaçant ses exportations, en vient une nouvelle fois – faute de mieux lui aussi – au financement de la relance via un programme de création monétaire de la Bank of Japan, sa dette continuant de monter allègrement.

Les États-Unis, enfin, sont dans une situation d’attente, le consensus s’étant établi en faveur d’une relance aux bons soins de la Fed et d’un achat massif de T-Bonds à long terme. Reste à l’engager.

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BFM Radio, lundi 27 septembre à 10h46 – Larry Summers

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Mercredi dernier, Larry Summers a annoncé sa décision d’abandonner à la fin de l’année son poste de directeur du National Economic Council, le groupe de conseillers économiques de Barack Obama.

L’atmosphère se détériorait lentement mais sûrement entre Summers et la Maison Blanche depuis que la relance à 775 milliards de dollars, dont il était le principal maître d’oeuvre, se révélait jour après jour n’avoir été qu’un pétard mouillé. On ne lui pardonne pas non plus d’avoir torpillé la « Volcker rule », l’interdiction pour les banques de spéculer sur fonds propres, « règle » dont seule une version résiduelle ã survécu dans le « financial overhaul ». Summers, de son côté, n’a paraît-il pas digéré que Ben Bernanke soit reconduit pour un second mandat à la tête de la Federal Reserve, la banque centrale américaine : il convoitait en effet le poste lui-même. Nous allons voir dans un noment pourquoi il était tout particulièrement qualifié pour cette fonction. Une autre raison est encore mentionnée pour la disgrâce de Summers, je ne la mentionne pas tout de suite, la gardant précieusement pour la fin.

Lawrence Summers naît sous des auspices favorables pour un futur éconmiste, ayant deux oncles prix (à la mémoire d’Alfred) Nobel d’économie : Paul Samuelson (le père de Larry Summers avait échangé son nom de Samuelson pour « Summers »), et Kenneth Arrow. Ses premiers travaux d’économiste sont consacrés à mettre en évidence que la taxation des revenus des sociétés et du capital sont contreproductives, il en va de même pour les allocations de chômage, dont il « prouve » qu’elles encouragent plutôt celui-ci. À la Banque Mondiale, dont il sera l’économiste en chef de 1991 à 1993, il est l’auteur d’un memorandum qui deviendra instantanément fameux, où il défend l’idée que le tiers-monde étant sous-peuplé, il est aussi sous-pollué et qu’il est donc rationnel d’un point de vue économique que les pays industrialisés y exportent leurs déchets toxiques.

Ministre des finances (Secrétaire au Trésor) de Bill Clinton de 1999 à 2001, Summers se distingue entre autres en mettant son veto, aux côtés d’Alan Greenspan et de Robert Rubin – prédécesseur de Summers aux finances –, à une réglementation des produits dérivés, en étant aussi l’artisan de la suppression du Glass-Steagall Act, la loi qui avait en 1933 interdit aux banques commerciales de se livrer concurremment à des activités de banques d’affaires et en particulier de spéculer sur fonds propres, en ayant aussi forcé la Californie à déréguler son secteur de l’énergie, campagne menée aux côtés de Ken Lay, patron d’Enron, à une époque où cette société menait sur ce même marché – on le sut après sa chute – une fraude à très grande échelle.

Summers fut ensuite de 2001 à 2006, président de l’université de Harvard, poste dont il fut révoqué par un vote des enseignants et des étudiants, en raison d’une série d’« incidents », dont les principaux furent la perte d’un milliard de dollars subie par l’université à la suite d’un swap de taux dont il avait supervisé la mise au point et l’application, son utilisation de fonds appartenant à l’université pour éponger les amendes et restitutions auxquelles fut forcé son ami l’économiste Andrei Shleifer, inculpé de délit d’initié pour avoir joué sur la bourse de Moscou à l’époque où il était l’un des principaux conseillers dans le processus de privatisation et de libéralisation des marchés financiers russes, enfin, last but not least, pour avoir défendu dans une allocution consacrée à la sous-représentation des femmes dans la recherche scientifique, l’hypothèse d’une certaine incapacité à posséder une intelligence supérieure, comme étant la plus plausible.

Voilà donc, brossé en quelques traits, le portrait de l’homme choisi par Barack Obama comme principal conseiller économique à l’époque où circulaient également, comme noms de candidats éventuels, ceux de Joseph Stiglitz et de Paul Krugman – soit dit en passant, les principaux critiques des travaux « scientifiques » de Summers. L’annonce avait eu lieu avant même qu’Obama, fraichement élu, n’entre en fonction. Certains commentateurs – dont votre chroniqueur – en avaient conclu (1) – allez savoir pourquoi – qu’Obama était d’ores et déjà fini.

Avant que je n’oublie, et pour conclure, quelle est la dernière raison avancée par Obama pour le remplacement de Summers à la tête du National Economic Council ? « La nécessité pour lui, dans cette période pré-électorale (« midterm elections » du 2 novembre), d’avoir à ses côtés une personnalité plus sensible aux préoccupations du monde des affaires ». On est aux États-Unis, cela ne s’invente pas.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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(1) Dans mon billet de février 2009, intitulé Rideau !.

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La démocratie concrétisée dans la finance, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Hypothèse de la démocratie réelle

La proposition d’une Monnaie Universelle (MU) suscite deux positions métaphysiques de contestation. La première pose que les finalités humaines ne sont pas réelles. Tout est déterminé par la matière, par des forces physiques dont la logique est indépendante de l’intelligence humaine. La deuxième pose que les finalités humaines ne sont pas discutables. L’intelligence échappe à la majorité du genre humain. La liberté humaine est parfaitement manipulable et il vaut mieux qu’elle le soit par quelques intelligences éclairées. La finance est la science de la direction rationnelle des consciences. Soit la démocratie est matérialiste ; soit elle est formelle. Elle ne peut pas être réelle.

Le matérialisme et l’idéalisme conduisent à la même conclusion sous deux formulations différentes. La démocratie en acte y exprime toute la démocratie en puissance. Soit la monnaie n’a rien à voir avec la démocratie ; soit c’est elle qui dirige la démocratie et il ne serait pas sain qu’il en fût autrement. La MU est au mieux une belle rêverie. Imaginons alors que les démocraties admettent dans leur espace physique de souveraineté concrète un espace juridique d’extranationalité où la seule loi nationale qui ne s’y applique pas soit celle de la valeur libératoire de la monnaie nationale. Tous les contrats explicitement conclus en MU à l’intérieur de l’espace juridique national sont exclusivement réglés en MU dont l’autorité d’émission et de régulation est un système bancaire commun aux démocraties adhérentes.

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Certaines égalités sont plus égales que d’autres, par Dissonance

Billet invité.

Paul, je vous fais parvenir cette petite réflexion sur le principe d’égalité, qui m’est venue à l’esprit à la suite de votre discussion avec A. Madelin dans l’émission de F. Taddéi.

Dans la perspective du clivage entre progressistes et conservateurs, les uns comme les autres parviennent très bien à s’accommoder du principe d’égalité moyennant des interprétations différentes.

Ainsi pour le conservateur, la technostructure se doit de traiter les individus de manière égale, avec la conséquence que les inégalités préexistantes entre ces individus sont conservées. L’exemple typique le plus récent tient dans le slogan « travailler plus pour gagner plus ». Dans ce slogan, on ne se soucie pas des possibilités de chacun à choisir son temps de travail, on fait « comme si » cette capacité était la même pour chacun et on leur offre alors indifféremment le droit de le faire. La réflexion de Madelin sur les retraites « à la carte » s’inscrit totalement dans cette logique, à tel point qu’on puisse lui faire dire « cotiser plus pour toucher plus de retraite ». On peut ainsi tout à fait concilier la conservation de l’ordre établi et afficher un certain respect du principe d’égalité.

Pour le progressiste, en revanche, le rôle de la technostructure est au contraire d’être actif face aux inégalités entre individus afin de les compenser, avec l’objectif de long terme de faire tendre ces individus vers l’égalité, en l’occurrence une égalité de moyens. La aussi il s’agit bien d’égalité, mais d’une égalité en tant qu’idéal à atteindre et non pas d’une égalité de traitements (encore appelée « égalité des chances »). On remarque ainsi une faiblesse de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui évoque l’égalité en droits mais ne se soucie pas de la capacité de chacun à pouvoir l’exercer.

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L’actualité de la crise : l’Europe tiendra-t-elle munie de béquilles ? par François Leclerc

Billet invité

L’EUROPE TIENDRA-T-ELLE MUNIE DE BÉQUILLES ?

Une lueur serait-elle en train d’apparaître dans les ciels britannique et européen ? Sous l’égide d’une Commission Indépendante sur les Banques (BIC) mise en place par le chancelier de l’échiquier George Osborne, une réflexion est entamée sur les réformes que devrait connaître la City, deuxième place financière mondiale.

A priori, c’est un paradoxe, quand on sait comment les Britanniques défendent becs et ongles leur industrie financière au sein de l’Union européenne. On peut toutefois le comprendre si on considère qu’une nouvelle crise au sein de leur système bancaire n’est strictement pas dans leurs moyens.

La BIC emprunte a priori les mêmes pistes que celles suivies par les Américains, sans surprise excessive, mais apparaît particulièrement entreprenante, tout du moins à ce stade de ses travaux et de la publication d’un premier document.

N’ayant qu’un mandat d’étude, la commission rapportera dans un an à un comité du Cabinet présidé par George Osborne, et il sera alors possible au vu des décisions de ce dernier de mieux faire l’inventaire de ce qui résultera du processus qu’elle vient d’engager. A noter que les banques étrangères présentes au Royaume-Uni devraient avoir les mêmes obligations que leurs consœurs britanniques, ce qui pourrait en premier lieu affecter Santander, la mégabanque espagnole.

Une séparation drastique entre banques de dépôt et d’investissement (du type Glass-Steagall Act) est évoquée, ainsi que des obligations en matière d’accroissement des fonds propres supérieures à celles que Bâle III a déjà défini sont envisagées. D’autres mesures sont également à l’étude, car Bâle III – après adoption – n’a vocation qu’à être une limite inférieure aux réglementations nationales qui pourront être adoptées. Plus novateur, John Vickers, le président de la BIC, n’a pas exclu que celle-ci puisse également se pencher sur le shadow banking, la banque de l’ombre, et ne s’en tienne pas au secteur bancaire stricto sensus.

Devant l’éventualité d’un tel durcissement, HSBC, Barclays et Standard Chartered – les plus grands établissements britanniques que l’Etat n’a pas recapitalisé – ont tout de go menacé d’aller s’établir sous d’autres cieux, Hong Kong ou Singapour, si le cadre réglementaire venait à se durcir. C’est dire que si les dés viennent d’être jetés, ils s’entrechoquent déjà sur le tapis….

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : l’Europe tiendra-t-elle munie de béquilles ? par François Leclerc

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Le temps qu’il fait, le 24 septembre 2010


1ère prise…

La Roumanie aujourd’hui
L’Irlande depuis lundi
Un frémissement dans le rapport de force entre la finance et les politiques ?
Le prix

Le dessillement : le nouveau numéro de le débat
• Le rôle de la comptabilité, J. Richard
• la tyrannie dans l’entreprise, M. Brischoux
• les multinationales et le non-droit, J.-P. Robé
• le capitalisme est-il libéral ? V. Charolles

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Réflexion sur « La crise du capitalisme américain », par Eric Huber

Un billet invité un peu spécial aujourd’hui, puisqu’il s’agit en fait d’une réflexion par Eric Huber sur le livre de Paul Jorion, « La crise du capitalisme américain » (La Découverte 2007 ; réédition aux Editions du Croquant 2009).

Livre remarquable, ne se laissant pas enfermer dans l’impasse épistémologique habituelle des analystes de la crise récente, qui cherchent désespérément à isoler une cause physique qui déclencherait naturellement tout le reste. Jorion, aussi bien anthropologue qu’économiste, s’attache à décrire la réalité économique dans sa complexité, passant aisément des explications commerciales aux explications sociologiques, et montrant comment les multiples facettes de la société américaine se renforcent ou se contrecarrent. Il prend donc bien en compte la nature humaine des relations  économiques, qui amène à considérer les rapports changeants entre croyances et décisions. Son analyse assez poussée des systèmes de croyances et de valeurs américaines (s’inspirant beaucoup des écrits de Tocqueville et Weber) le distingue très largement des autres commentateurs que j’ai pu lire jusqu’ici. A noter aussi, son insistance sur la bulle immobilière, souvent négligée par les commentateurs en 2008, qui dans le feu de l’action n’avaient plus d’yeux que pour les produits financiers modernes aux noms exotiques.

…. La suite ici.

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Appel de septembre 2010

L’appel d’août a rapporté : 2 069 € (somme brute).

Somme (brute) reçue à ce jour (30) pour septembre : 2 325 €.

Merci à tous ! D’une part vos dons me permettent de poursuivre l’activité du blog et ma propre vie sans me faire de soucis. Ils permettent d’autre part que l’audience du blog et les idées qui y sont défendues se répandent à la surface du globe (je reviendrai sur ceci tout à l’heure ; cherchez ci-dessous le mot « Pologne »).

Août a été relativement calme mais pas dénué d’intérêt pour autant. En voici le sommaire.

Le 9 août, j’ai présenté au « Banquet » de Lagrasse, une communication intitulée : « Hegel : le citoyen et le bourgeois qui se logent en nous ne parlent pas d’une seule voix ». Le petit cloître était bondé, tous les sièges au balcon étaient pris ; certains auditeurs sont d’ailleurs restés debout, faute de sièges. Cette présence nombreuse m’a fait très plaisir.

Le même 9 août, a paru au Danemark mon entretien avec Aske Munck dans le magazine Ugebrevet A4. D’autres organes de presse danois ont réagi à cet entretien.

Le 9 août encore, sur BFM Radio, j’ai fait le point avec Guillaume Sommerer sur « Les subprimes, trois ans plus tard ».

Le 18 août, sur le même sujet : l’anniversaire des subprimes, La Tribune a publié mon entretien avec Eric Benhamou : « Rien n’a véritablement changé ».

Le 21 août, dans le cadre des Journées d’été des Verts à Nantes, j’ai participé aux côtés de Pascal Canfin et de Pierre Larrouturou, à une table ronde sur le thème : « Crise financière : Quelle réalité durable ? Quelle réponse européenne soutenable ? ».

Le même 21 août, mon entretien avec Hervé Nathan et Alexis Lacroix, intitulé : « Renverser la loi de la jungle » a été publié dans Marianne.

Le lundi 30 août, j’ai repris mes chroniques hebdomadaires sur BFM Radio, en commentant le symposium de Jackson Hole : Les banquiers centraux : « Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais de raisons de s’inquiéter ».

Le même jour, Le Blog de Paul Jorion s’aventurait pour la première fois dans le domaine de la BD en publiant le premier épisode de la saga intitulée : « La survie de l’Espèce », par Grégory Maklès aux pinceaux et votre serviteur aux… euh… ben…

En août, Le Blog de Paul Jorion était No 1 des blogs d’économie sur Wikio.

Passons au mois de septembre qui débute aujourd’hui. Le 16 septembre, paraît Le prix, aux éditions du Croquant : la synthèse de mes réflexions sur la formation des prix, des criées bretonnes aux salles de marché parisiennes, en passant par les plages africaines et les subprime américains.

Du 8 au 11 septembre, je serai en Pologne, au XXe Forum Économique de Krynica, un forum qui ambitionne d’être pour l’Europe Centrale et l’Europe de l’Est, l’équivalent de Davos pour l’Europe Occidentale. Je participerai le 9 à une table ronde intitulée « L’économie européenne dans le monde du G20 », en compagnie, entre autres, de Gyorgy Matolcsy, ministre hongrois de l’économie et de Walter Radermacher, directeur d’Eurostat. Plus tôt dans la journée, je présiderai une autre table ronde intitulée « Comment rattraper le temps perdu ? », dont la composition me sera communiquée dans les jours qui viennent mais dont on m’assure qu’elle ne comptera que des chefs d’État et de gouvernement (1).

Une petite remarque, à ce propos : quelle que soit la composition exacte du panel que je présiderai à Krynica, je ne crois pas trop m’avancer en disant qu’on assistera là à une première : ce sera très probablement la première fois que le président d’une table ronde composée de chefs d’État et de gouvernement sera une personne dont la principale source de revenus est constituée des dons que lui versent les lecteurs de son blog. Signe des temps, sans doute, mais signe aussi du fait que c’est mon franc-parler et la liberté de vues dont je fais preuve qui conduit à ce type d’invitations. Combien de fois ai-je souligné ici, à propos de personnalités – en général fort compétentes – qu’elles étaient obligées, du fait de leur fonction, de proférer les bobards qu’on leur entend dire ? Grâce à vous, cet handicap m’est épargné : à Krynica, comme partout ailleurs, je dirai exactement ce que je pense. Cette liberté de vues et de ton, je ne pourrais l’avoir sans l’indépendance que vous m’assurez en versant ces 2 000 € mensuels en donations. Il est essentiel de le rappeler !

Merci à Julien et à François pour leur aide dans la modération et leur suivi quand je suis sur la route. Merci aux auteurs de « billets invités » : ils font de ce blog, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, bien davantage qu’un blog, le creuset d’une réflexion sur le monde, passé, présent et à venir (en dépit de certains calembours vaseux que je note à l’occasion 😉 ).

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(1) Mise à jour :

Marek Belka – President, National Bank of Poland, Poland
Professor of Economics, served twice as Deputy Prime Minister and Minister of Finance, Prime Minister of Poland (2004–2005). In 2006 he became the Executive Secretary of the UN Economic Commission for Europe, and from 2009 to June 2010 Director of the European Department of IMF. On 11th of June 2010 he was appointed as the President of the National Bank of Poland.

Luc Frieden – Minister, Ministry of Finance of Luxembourg, Luxembourg
He studied at the Centre Universitaire de Luxembourg and the Université de Paris I (Panthéon Sorbonne), University of Cambridge (UK) and Harvard Law School in the United States. Since 1989 to 1998 he worked as an attorney–at–law. He taught public law at the Centre universitaire de Luxembourg.

Arseniy Yatsenyuk – Leader /Member of the Parliament of Ukraine, Political Party Front of Change, Ukraine
Former Chairman of the Verkhovna Rada (parliament) and a former Foreign Minister of Ukraine.
http://en.wikipedia.org/wiki/Arseniy_Yatsenyuk

Walter Radermacher – General Director, Eurostat, Luxembourg
He is a Chief Statistician of the European Union and Director General of Eurostat since 2008. Previously the Head of the German Statistical Office, he has held a wide variety of posts, notably in the fields of environmental and economic statistics.

Bernard Wientjes – Chairman, Confederation of Netherlands Industry and Employers (VNO-NCW), The Netherlands
Chairman of the employers organisation AWVN from 1999 to 2004. Irrespectively, he became a member of the Executive Committee of VNO–NCW. In 2005, he took over from Jacques Schraven as the President of VNO–NCW, after leaving his post with Villeroy & Boch AG.

Christian Wiest – Executive Vice-President, Customers & Alliances, Schneider Electric, France
2007–2009, Executive Vice–President of the International Operating Division. Previously Vice–President of the Europe Operating Division. Created Schneider Electric’s Eastern and Central Europe/CIS Zone in 1993.

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L’actualité de la crise : les États-Unis montrent encore une fois le chemin, par François Leclerc

Billet invité

LES ÉTATS-UNIS MONTRENT ENCORE UNE FOIS LE CHEMIN

Branle-bas de combat, le comité de politique monétaire de la Fed se réunit aujourd’hui à Washington en conclave ! En avant-première, les commentaires vont bon train dans les médias afin de lever le voile sur la teneur des discussions que les gouverneurs vont avoir. Un consensus s’est fait : elles devraient déboucher, en guise de nouvelle décision… sur rien ou pas grand chose !

L’agence Reuters citait hier les « sceptiques », qui résumaient à leur façon la situation en expliquant que la Fed ne déciderait rien pour ne pas atteindre sa crédibilité ; de peur que ce qu’elle pourrait mettre en œuvre se révèle inefficace… On ne peut mieux transcrire l’impuissance de la banque centrale de la première puissance économique et financière mondiale.

Les sempiternelles interventions du quarteron de gouverneurs de la Fed annonçant depuis des mois le danger de l’inflation, et la nécessité de remonter en conséquence et sans tarder les taux directeurs de la Fed, sont passés au second plan devant des interrogations moins hors de propos et plus en phase avec la situation économique américaine, laquelle a fait l’objet d’une diminution de ses prévisions de croissance par l’OCDE. D’un taux de 3,2% pour 2010 et 2011, elles dégringolent à 1,5 et 2,3%. Il est toujours facile de prévoir une forte amélioration pour plus tard, quitte à revenir dessus ensuite…

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le débat No 161, septembre-octobre 2010

Il y a deux de mes articles dans le numéro du débat (Gallimard) qui paraît demain :

* « De la chute à l’apaisement ? », qui parle de la crise, de la dette souveraine comme une histoire qui finira mal, de l’impasse où nous sommes coincés et de la nécessité – de toute manière – d’un nouveau Bretton Woods (pp. 43-51).

* « Comment on devient l’’anthropologue de la crise’ », que vous connaissez déjà puisqu’il a paru ici en janvier. Le débat a voulu le reprendre sous forme imprimée, ce qui est une très bonne idée (pp. 129-142).

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La démocratie est-elle soluble dans la finance ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Toxicité financière

La crise des subprimes s’est déclarée par des problèmes de liquidité. Il est devenu impossible à l’été 2007 de calculer le prix de certains actifs financiers, en l’occurrence les actifs subprimes à haut risque. Les actifs subprimes se sont révélés toxiques parce qu’ils sont mutants et matériellement imprévisibles, comme les virus. Ils contiennent en eux-mêmes la cause invisible de leur transformation. Techniquement, un actif toxique est un nominal d’option dont la composition est indéchiffrable et la prime vendue par un opérateur financier de solvabilité inconnue. Une option financière est la promesse de réaliser quelque chose à un certain prix sous certaines conditions. L’acheteur de l’option est celui qui veut avoir le quelque chose au prix à terme annoncé et qui paie une prime au vendeur qui s’engage à le lui réaliser. La prime de l’option représente ce que le vendeur est susceptible de décaisser en monnaie à l’échéance de l’option si la promesse ne se réalise pas au prix annoncé.

La fabrication d’un actif toxique vise à prélever une commission sur la construction d’une option dont le risque est polymorphe ; dont le risque peut être présenté différemment à son acheteur et à son vendeur. L’intermédiaire de toxicité vend le nominal à quelqu’un qui trouve la promesse bien belle pour la prime faible qu’il a à régler. Et il vend la prime à quelqu’un qui la trouve bien élevée pour le faible prix réel du nominal qu’il est censé garantir. L’un achète un risque dont le prix paraît faible tandis que l’autre vend le même risque dont le prix paraît élevé pour ce qu’il semble réellement. Acheteur et vendeur du même actif toxique ne se voient pas et ne se parlent pas : ainsi le fabricant peut présenter son produit sous deux formes différentes qui ne sont pas comparées explicitement. L’agent de toxicité financière est indétectable parce qu’il tient le marché étroit de ce qu’il vend ou parce parce qu’il est trop gros pour que l’acheteur exposé à la toxicité identifie séparément la responsabilité du vendeur de la prime et de son fabricant.

Acheter un risque revient à vendre une assurance. Si l’assureur inspire confiance, il n’est pas imaginable qu’il puisse assurer des événements qui n’arrivent pas aussi fréquemment qu’il l’annonce ; ou qu’il ne soit qu’assureur d’événements qui n’arrivent jamais ; ou encore qu’il soit l’assuré d’un assureur d’événements qu’il provoque lui-même. Un producteur de toxicité financière est l’agent invisible d’actifs transformables à l’insu de l’acheteur qui se croit protégé de la variabilité du prix réel. A partir de l’été 2007, il est apparu progressivement que ces actifs sans prix vraiment rationalisable étaient diffusés dans le monde entier. Toute institution financière d’une quelconque importance avait dans ses comptes une proportion inconnue d’actifs toxiques, soit que ces actifs fussent des primes sans prix rationnel, soit que leur prix fût garanti par un propriétaire de la prime potentiellement insolvable.

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L’actualité de la crise : en Europe aussi, les faits sont têtus, par François Leclerc

Billet invité.

EN EUROPE AUSSI, LES FAITS SONT TÊTUS

L’Irlande vient de rejoindre la Grèce dans le camp des pays européens dont il est très probablement devenu inévitable qu’ils fassent défaut sur leur dette obligataire. Le Portugal entre dans la zone des tempêtes après avoir réussi un temps à l’éviter en se faisant tout petit. Le risque monte que d’autres pays comme l’Espagne et l’Italie les rejoignent, ce qui serait pour l’Union européenne – et pas seulement la zone euro – une toute autre affaire.

Cette perspective n’a rien d’alarmiste, si l’on entre dans le détail.

Willem Buiter, chef économiste de Citigroup et observateur pointu de la scène européenne (il est d’origine britannique), considère en effet que l’Irlande n’est pas en mesure de faire face à l’addition de sa dette publique et du renflouement de son système bancaire, en premier lieu l’Anglo Irish Bank (AIB). C’est d’ailleurs ce qui explique que des tractations sont en cours, menées par le gouvernement irlandais, afin de reporter sur les créanciers de la banque une partie de ses pertes grâce à un mécanisme financier en cours d’élaboration dont il n’est pas dit qu’il soit accepté.

Les marchés vont être testés demain mardi, à l’occasion de deux émissions obligataires à quatre et huit ans. Mais, quel que soit le résultat, le véritable test va être ailleurs : l’Etat irlandais n’a en effet pas les moyens d’absorber les pertes d’AIB. Il est en train de se débattre dans l’improvisation et les autorités européennes comme le FMI ne vont pas pouvoir rester longtemps derrière le rideau, comme ils s’efforcent de le faire en faisant comme si de rien n’était.

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