MARX ET LA BAISSE TENDANCIELLE DU TAUX DE PROFIT

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La baisse tendancielle du taux de profit est selon Marx la raison pour laquelle le capitalisme est condamné à terme. La brutalité de la crise née en 2007 a conduit un certain nombre d’économistes marxistes à se repencher sur cette question, et en particulier, Michel Husson, qui a mis en évidence deux éléments très importants pour la comprendre : d’une part, aucune baisse du taux de profit n’a été observée durant la période qui va du début des années 1980 à 2007, mais bien au contraire une hausse, en tout cas dans un ensemble de pays constitué des États-Unis, de l’Allemagne, de la France et du Royaume-Uni ; il existe d’autre part une erreur conceptuelle dans la manière dont ce que Husson appelle la « vulgate marxiste » pose le problème de la baisse tendancielle du taux de profit : le même facteur, le gain de productivité, se trouve à la fois en numérateur et en dénominateur dans l’équation utilisée, annulant l’effet de cette variable dans le calcul (Husson 2010a : 8).

D’autres économistes marxistes ont émis des doutes sur les calculs de Husson, mais sans jamais entamer, me semble-t-il, la validité générale de ses conclusions. Il met en effet en évidence l’augmentation considérable de la part des dividendes au cours des années récentes, et il confirme par les chiffres qu’il rassemble la stagnation, voire la régression de la part des salaires dans le partage du surplus – phénomène connu par ailleurs (voir en particulier un autre de ses textes : Husson 2010b). Il écrit par exemple, à propos de la rentabilité des grands groupes français sur la période 1992 – 2007 :

« … l’augmentation de la rentabilité est due pour l’essentiel à un recul considérable de la part des salaires dans la valeur ajoutée : elle baisse de 11,6 points sur la période retenue [de 66,4 % à 54,8 %]… [une] augmentation des dividendes versés qui passent de 2 % à 6,2 % de la valeur ajoutée. Même en retirant du profit les intérêts (en baisse) et les impôts (en hausse), la part du résultat brut, autrement dit des profits après impôts et intérêts (mais avant amortissements), augmente de 9,5 points » (Husson 2010a : 4-5).

Comme le souligne Husson, la hausse du taux de profit est évidente, même si l’on se contente de la faire apparaître indirectement comme résidu, à partir simplement de la baisse de la part des salaires et de la hausse de la part des dividendes.

La discussion entre Husson et ses critiques fait apparaître un autre élément dans l’appréciation de l’évolution du taux de profit : la révérence excessive de certains économistes pour le texte de Marx, révérence qui s’assimile au dogmatisme et qui fige malheureusement le débat dans certains cercles marxistes. La question qui se pose est en effet celle-ci : est-il possible que le capitalisme soit à l’agonie, alors même qu’on n’observerait pas en ce moment de baisse tendancielle du taux de profit ? Et la réponse de certains économistes marxistes à cette question est non. Pour eux, l’hypothèse posée par Marx que la mort du capitalisme viendra de la baisse tendancielle du taux de profit étant vraie (sans qu’elle ait jamais pu être vérifiée empiriquement jusqu’ici bien sûr), la hausse du taux de profit constatée actuellement exclut que nous puissions assister en ce moment à cette mort. Une telle position est tout simplement dogmatique : elle érige en dogme une hypothèse de Marx et se ferme à l’observation.

Marx avait apparemment raison en prédisant la mort inéluctable du capitalisme, sa mémoire en tant qu’économiste serait-elle ternie si le capitalisme devait mourir pour une autre raison que celle qu’il avait déterminée il y a cent cinquante ans ?

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Husson, Michel, « Le débat sur le taux de profit », Inprecor n°562-563, juin-juillet 2010a

Husson, Michel, « Le partage de la valeur ajoutée en Europe », La Revue de l’Ires n°64, 2010b

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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142 réflexions au sujet de « MARX ET LA BAISSE TENDANCIELLE DU TAUX DE PROFIT »

  1. Pour l’efficacité des commentaires à venir ( Schizosophie et Jean Nimes doivent être dans les starting -blocks) , on aurait pu avoir en même temps :

    – le rappel en un mot , pour ceux qui ne suivent pas ou qui ne viennent que par hasard , des raisons  » jorioniennes » d’affirmer pourquoi le capitalisme est condamné .

    – décrire en deux mots à quoi il est condamné ( pour aller au devant de la suspicion d’être en fait le Samu du capitalisme par les propositions faites ) .

  2. A ce propos, je relisais la semaine dernière le manifeste du parti communiste… et j’ai été troublé par l’effrayante actualité du propos. Évidemment on ne peut que sourire lorsqu’on lit la prédiction d’une mort annoncée et rapide de la bourgeoisie par Marx, dont on voit bien aujourd’hui qu’elle s’est encore renforcée dans nos société, non seulement en termes de population mais aussi d’esprit, de « culture ». Néanmoins le vieux barbu avait vraiment le regard perçant, le constat, l’analyse des mécanismes et des causes sont d’une pertinence à couper le souffle. Il est bon de se replonger dans ces textes qu’on a parfois lu il y a trop longtemps, cette lecture m’aura permis de remettre les événements en perspective, une perspective historique, politique et indispensable : je la recommande vivement !

    1. C’est marrant, moi aussi je suis en train de lire le Manifeste du parti communiste. Et j’arrive à la conclusion inverse de la votre: le texte a mal vieilli.

      Le capitalisme est condamné non pas pour les raison données par Marx, mais parce-qu’il ne tient pas compte d’éléments non-capitalisables, comme la pollution ou les énergies fossiles. Par construction.

      En effet, les énergies fossiles n’obéissent pas à la loi de l’offre et de la demande (quand il n’y en a plus il n’y en a plus, quel qu’en soit le prix), ni la pollution (dont le prix à payer est trop lointain).

      Et comme par hasard, le capitalisme s’effondre en 2007 alors que le pic pétrolier a été atteint en 2006.

    2. en lisant l’article, j’ai eu la même pensée que zolko:
      la disparition des ressources qui alimentent le capitalisme sera, à mon avis, la cause première de son auto anéantissement

      le rapport du « Club de Rome » modélise cet effet (si l’on considère qu’il prédit l’anéantissement de la civilisation capitaliste)

    1. « trop gros pour être avalé ? Permettez-moi de vous faire aimablement remarquer que votre réaction est lourde de confusion. Sur le plan strictement logique, le raisonnement de l’auteur est imparable : la baisse des taux de profits est une cause hypothétique et jamais vérifiée de la mort du capitalisme, de sorte qu’il est loisible d’en imaginer d’autres. Mais vous avez compris, évidemment, que l’auteur aurait affirmé : « le capitalisme est mort », sans remarquer qu’une telle assertion n’existe pas dans le texte, même de façon allusive.

  3. Il est un peu réducteur de limiter le débat sur la question de la baisse tendancielle du taux de profit à 2 interlocuteurs Husson et les marxiste dogmatiques parmi lesquels vous comptez un peu Marx. Marx lui même a souligné à de multiples reprises que cette tendance s’exprimait justement comme tendance.. c’est à dire qu’elle coexistait avec d’autres qui pouvaient pendant une certaine période la contrecarrer. Même si Marx présente ce phénomène comme l’explication fondamentale des évolutions du capitalisme, il n’a jamais eu une conception mécaniste de l’histoire… si non pourquoi son activisme militant durant toute sa vie ?
    Il est vrai que depuis 20 ans on constate plutôt une hausse tendancielle du taux de profit, mais on a mesuré aussi l’inverse dans les décennies précédentes. Ce qu’il souligne, et c’est un phénomène d’une grande importance pour analyser les transformations du capitalisme c’est que la hausse de la productivité du travail se paye souvent d’une baisse de celle du capital, qui conduit régulièrement à la baisse de la productivité « globale » des facteurs. C’est il me semble l’explication la plus convaincante à la « crise du fordisme » qui n’est toujours pas à ce jour close.
    On peut d’ailleurs penser que la propension des entreprises à aller dans des pays moins développés est une manière de modifier la « composition organique du capital » dans un sens plus favorable au taux de profit. De même que les nouvelles formes d’organisation du travail (qui depuis ne sont plus très nouvelles) ont comme obsession de faire la chasse au capital inutilisé, bref de faire progresser conjointement la productivité du travail et du capital.

    1. Est-il écrit que le profit doit diminuer lentement et régulièrement?
      A mon avis il va disparaitre rapidement quand l’économie occidentale s’effondrera, ce qui se fera en peu de temps (pas tout de suite mais en peu de temps), alors que les économies émergentes auront fermé leurs portes aux spéculateurs. Le capitalisme s’arrêtera faute de combattants à exploiter, ou pas de façon rentable. Ou peut-être faute de capital…?
      Le capital n’est un problème que s’il n’est pas soumit aux règles de société, s’il est bien encadré la forme « sauvage » disparaît et avec lui ses profits les + intéressant pour le spéculateur ou l’exploiteur. Dans ce cas le capital n’est pas détruit mais utilisé de façon rationnelle et positive.

      De toutes façons Marx n’est pas un prophète, ce qu’il a laissé est à considérer parce que plein d’idées brillantes, mais pas à croire tel quel.

    2. On peut justement voir la mondialisation néo-libérale comme une entreprise ayant visé à contrecarrer cette baisse tendancielle du taux de profit, manifeste dans les années 60-70.

      Et ce faisant, le capitalisme est peut-être allé de Charibde en Scylla, échappant à un mal connu et redouté pour se précipiter dans la gueule d’un autre encore plus redoutable mais imprévu. Qu’en pensent les chers auteurs de ce blog?

  4. Tout ceci est certes très intéressant mais comment peut-on imaginer un point d’appui solide dans le raisonnement quand on sait que la masse monétaire est toujours plus « ex nihilo »…. sauf votre respect…

    Toutes ces démonstrations, historiquement étayées, débattues très intelligemment, ne sont à mon sens qu’épiphénomènes réthoriques, très utiles, etc… mais qui ne tiennent pas bien compte des deux « big frames » qui emballent le phénomène : Temps et espace.
    L’homme, cette machine à produire, qui ne controle pas grand chose, incapable de communiquer avec les autres êtres, etc… à produit deux phénomènes qui se sont développés en contrepoint, très vite en terme temporel.

    1) La virtualisation de l’argent (ou du pouvoir)
    2) L’épuisement des ressources de son vaisseau monde.

    J’aimerai bien qu’on me fasse un brin de conduite là-dessus un de ces jours.

    1. Vous avez bien écrit.

      Puis-je me permettre d’ajouter :

      3)L’extériorisation de notre mémoire
      Internet trouble notre système. À l’instar de l’imprimerie, du langage, de la roue, du feu, du pouce préempteur…

      4)La complexion exosomatique de notre matrice économique.
      Elle est en mode « désastres cycliques », comme l’a magistralement prophétisé Naomi Klein.

      Et ça ne durera pas, pour les deux excellentes raisons que vous écrivez.

      Qui osera reprocher au vieux Marx de ne pas avoir prévu ces bouleversements? Qui ne fêtera pas la fin de l’ère capitaliste avec les fanatiques et dogmatiques de tous bords?

    2. Répondre
      Mike dit :
      Votre commentaire est en attente de modération

      25 novembre 2010 à 13:07
      Ah oui, pas mal… non, vous me l’apprenez…

      Chuis pas non plus ingénieur (à Grenoble)

      SORRY, erreur d’aiguillage pour le post identique au dessous du commentaire 5

    3. @Pipas

      Merci pour votre retour. Ce que vous ajoutez, de manière pertinente, entre tout entier dans le concept de la « ruche » terrienne… telle qu’elle fut explicitée par Teilhard de Chardin…. à mon sens. J’aime bien le cadre dans lequel il essaye de placer tout ceci.

      « L’homme-individu est essentiellement famille, tribu, nation. Tandis que l’humanité, elle, n’a pas encore trouvé autour de soi d’autres Humanités pour se pencher sur elle et lui expliquer où elle va. » Teilhard de Chardin, L’apparition de l’homme

      Bref, ces paramètres pris en compte, l’auto contrôle semble très difficile, mais nous y serons obligés. On ne peut compter sur d’éventuels « autres »…

      Et ça se passe maintenant.

    4. Bamos !

      Un enfant qui découvre une salle de jeu ou un énooooorme plat de frites ne se pose pas de question sur le pourquoi du comment. Il en a été de même pour l’humanité qui découvrait son vaisseau. Pour ce faire, pour ne pas être gênée dans sa découverte, elle a dû masquer ses peurs existentielles grâce à toutes les croyances possibles et autres opiums. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui nous affrontons une crise de civilisation : ces peurs refont surface, notamment parce que l’opium de la société de consommation, du capitalisme, n’a plus l’effet de ses débuts. Fin du constat.

      Il semble donc (logique) qu’il nous faille réagir si nous voulons profiter de cette crise pour « repartir » sur de bonnes bases. Parmi les réactions possibles il y a principalement la reconnaissance par tous de nos erreurs, de celles de nos aïeux, n’en déplaise à certain. Il nous faut donc affronter nos peurs, et pour cela rien de tel que la thérapie de groupe, la psychanalyse de groupe !

      Mettons ce débat sur la table, et chacune des crises particulières (écologique, énergétique, économique,…) trouvera la meilleure réponse possible : celle d’une humanité sereine et véritablement démocratique, à la Aristote.

      Bien sûr des problèmes ne manqueront pas d’apparaître (certains veulent des réponses toutes cuites avant de faire le premier pas…ce qui va bien évidemment à l’encontre de cette démarche où chacun va faire sa propre prise de conscience !), il y en a un qui (me) semble plus important que les autres : une humanité enfin délivrée de ses peurs, et qui aura donc pleine conscience de la valeur de son existence, ne pourra plus accepter l’asservissement, notamment la tyrannie du salariat ; comment va-t-elle s’occuper ? J’ai bon espoir que ce « problème » trouvera également sa solution dans la prise de conscience elle-même, mais rien n’empêche d’introduire la question dans le débat, ne serait-ce que comme support à la réflexion, à la thérapie de groupe.

      Bonne soirée.

      PS : un p’tit bonjour à jducac qui me voit comme gourou du Temple de la conscience !

  5. Il y a bien longtemps que l’on sait, y compris chez les marxistes que la loi de Marx n’a jamais été sérieusement démontrée par Marx lui même. Selon son paradigme, le taux de profit est fonction de 2 variables: la « composition organique du capital » d’une part ,et le « taux de la plus value » d’autre part. Or ces deux variables ne sont pas indépendantes, en sorte qu’il très difficile d’énoncer une quelconque loi du taux de profit.
    En réalité, Marx n’a pas beaucoup insisté dans son exposé, car il pensait que de toute façon la loi de baisse tendancielle du taux de profit avait déjà été démontrée par Ricardo. Donc pas de démonstration à refaire, sauf que…
    Maintenant, toujours selon Marx, la « loi de baisse tendancielle » ne serait que l’une des contradictions du capitalisme, et il en est une qui serait plus importante: la contradiction entre « la création » et la « réalisation » de la valeur. Ce thème qui empiriquement est une contestationn de la loi des débouchés de Say, fût repris d’une certaine façon par Keynes et bien des auteurs marxistes et non marxistes. certains voient dans la forme présente de la mondialisation la contradiction que marx aurait anticipé il y a maintenant 160 ans.

    1. S’il était possible de voter pour des commentaires, je voterais pour le vôtre.

      Que la loi de la baisse tendancielle du profit soit vérifiée ou non, nous avons actuellement une crise systémique sur les bras, et elle n’a pas été causée par une baisse du taux de profit, bien au contraire. Dans ce cadre, il semblerait donc plus « pragmatique » de s’intéresser aux causes de la situation actuelle, puisque leurs effets se manifestent les premiers.

      Et de ce point de vue là, il me semble difficile de faire mieux que des analyses de type Keynesiennes. Sur les causes en tout cas, sur les solutions c’est sûrement un peu plus mitigé…

  6. Il y a un décalage non négligeable entre la valeur produite par une entreprise et la valeur de sa capitalisation boursière.

    Par exemple Microsoft réalise un chiffre d’affaire annuel (total de la valeur d’échange sur un an) de 70 milliards d’€ et dégage un profit annuel de 25 milliards d’€, tandis que sa capitalisation boursière est de l’ordre de 260 milliards d’€.

    Ces 260 Milliards encaissés a travers la Bourse,ne sont pas investis en appareil de production,mais servent a la speculation de cette entreprise sur les marchés financiers et donc ses gains financiers sont integés dans son taux de profit ?

    Pour Google et tant d’autres “valeurs” du Net,c’est encore plus flagrant, que veut dire alors le taux de profit,sinon un vestige d’un autre temps ?

    Toutes ces entreprises cotées en bourse,ne sont elles plus que des banques deguisées ?

    1. Vous venez de montrer par la pratique que les théories économiques manquent de paramètres et nous retrouvons ici un parallèle amusant.
      Lorentz a tué Newton.
      Entrer dans les équations le paramètre monopole ou oligopole, et ces équations rejoindraient un peu plus la pratique.
      Nous avons donc, une fois de plus, tout le coté subjectif qui empêche de mettre l’humain en équation.
      Saint Freud, pardonnes-moi de mon offense.

    2. @ vladimir

      La capitalisation boursière d’une entreprise ne la concerne pas directement. Quand le cours monte ou baisse, l’entreprise ne touche pas un centime de plus ou de moins. L’entreprise n’échange rien sur le marché secondaire (la bourse), seuls les actionnaires y échangent les actions existantes et voient changer leur richesse potentielle. Par contre quand l’entreprise émet de nouvelles actions (marché primaire) ou quand elle rachête ses propres actions, alors elle vend ou achête elle-même contre son propre argent.

      Vous pouvez le comparer par exemple à la revente d’un véhicule d’occasion : le fabriquant ne touche pas le moindre centime sur cette vente.

    3. Ce que vous dites me semble plausible. Cette augmentation du taux de profit serait purement virtuelle. C’est un taux de profit en reconnaissance de dette et non un taux de profit en argent. Dans ce cas, un effondrement de la chaîne des reconnaissances de dettes entraînerait un énorme effondrement simultané du taux de profit de toutes les grosses entreprises.

    4. L’augmentation du taux de profit n’est pas seulement virtuel.

      Les opérations financières réalisées par les groupes
      rapportent des plus-values. Les actions sont aussi une « monnaie » d’échange
      pour les fusions-acquisitions ainsi que pour la rémunération des dirigeants
      sous la forme de stocks-options.
      Or les reconnaissances de dettes dont l’échange sur les marchés est à l’origine des plus-values
      ont pour origine la compression des masses salariales, le désengagement de l’Etat, dans nos pays riches, et dans les pays où les multinationales exploitent la main d’oeuvre à moindre coût.
      Il y a au départ transfert de richesses au profit du capital
      et au détriment de la rémunération du travail. La virtualisation de l’économie
      n’intervient qu’en aval, c’est une conséquence du rapport de force initial défavorable aux salariés qui permet à certaines catégories d’investir le surplus dont ils n’ont pas besoin pour vivre.

      Et comme dirait notre Vigneron, ces catégories bénéficiaires des surplus sont plus nombreuses qu’on ne le pense, ceux sont par exemple les 20 % des français détenteurs de produits financiers qui font et défont les majorités présidentielles !

      Mais, et c’est là que le bât blesse dans ce système, les masses salariales ne
      peuvent être comprimées indéfiniment. Il arrive un moment où le déséquilibre global est tel
      que tous les réajustement conjoncturels ne peuvent plus rien pour remettre la machine infernale sur les rails.

  7. Je crois pour ma part que le capitalisme disparaîtra par la baisse tendancielle de notre capacité à le supporter.

    1. c’est à dire lorsque nous aurons plus que faim et froid ? il faut se rappeler que l’economie capitaliste est notre docteur et bienfaiteur divin actuellement.

  8. Je ne sais pas trop où Mr. Husson a trouvé ces chiffres sur le partage du PIB mais ils ne sont pas ceux de l’INSEE. Je suis d’accord pour dire qu’à la fin des années 80, nombre de pays en menant des politiques désinflationnistes ont provoqué une déformation du partage de la VA au détriment du travail. Mais depuis (20 ans) le chiffre reste stable sur un niveau qu’on peut discuter. Le rapport Charpin affirme qu’à 66%, la France est sur sa moyenne historique mais, il faut reconnaitre que ce chiffre est tributaire du mode de calcul, et si on regarde jusqu’aux années 20, ce niveau correspond à un minimum car il faut remonter au début des années 50 pour retrouver un niveau comparable. Personnellement je pense qu’une moyenne qui passe par son minimum, ça fait pas sérieux pour un rapport de l’INSEE.
    Cependant, et je le souligne de nouveau, rien ne laisse apparaitre une modification du partage depuis les années 90. Les économistes énoncent un autre argument pour expliquer le ressenti des gens avec les statistiques officielles en pointant du doigt la montée de l’inégalité des salaires entre salariés. Les plus hauts salaires confisquant une bonne partie des augmentations. Mais on peut rétorquer que la subsitution du capital au travail peut expliquer la baisse de la rémunération du travail non qualifié relativement au travail qualifié qui, lui est complémentaire du capital. Dans une perspective marxiste, on pourrait en déduire que le travailleur qualifié est l’ami du capital.
    En tous les cas, les discours sur le partage de la VA est très nébuleux et je pense qu’il est difficile d’en tirer des conclusions tant les chiffres avancés sont contradictoires.

    1. Voilà une intervention pour laquelle on verra avec intérêt venir infirmations ou confirmations, car le point soulevé est crucial.

    1. appeau ? pipeau ? Tant que ça ne tourne pas au spectacle !

      J’ai tout de même le vague souvenir que monsieur Jorion avait dit qu’il reviendrait sur c’t affaire de la baisse tendancielle du taux de profit, je ne doute pas qu’il le fasse avant tout pour lui-même (et il fait bien) et que c’est tout aussi bien un appeau à ce Husson-là.

      Il y a une vie hors du (von der) blog.

    2. quoi qu’il en soit jorion a raison d’essayer de vous faire sortir du bois, vous vous faisiez rare ces temps-ci. 🙂

  9. sa mémoire en tant qu’économiste serait-elle ternie si le capitalisme devait mourir pour une autre raison que celle qu’il avait déterminée il y a cent cinquante ans ?

    De toute façon les plus endurcis des marxistes auront beau jeu de faire remarquer qu’à la suite d’une hausse constante du taux de profit on aura observé une chute instantanée précédent immédiatement la mort du capitalisme, mort par contraction violente à laquelle ils donneront la date et l’heure, tout en donnant raison à Marx.

  10. Pour reprendre une expression de Paul Mattick, la théorie de Marx nommée baisse tendancielle du taux de profit

    se borne à dire en effet que des crises éclatent forcément, sous forme de surproduction de capital et comme instrument pour assurer la reprise de l’accumulation

    La baisse tendancielle du taux de profit n’est pas la condamnation fatale du capitalisme. Elle est l’aspect économique de sa contradiction , une forme de son autolimitation et elle est tendancielle dans le double sens où elle est permanente, comme une tendance naturelle à ce mode de production, et où elle atteint par moments un seuil critique tel que la valeur d’échange ne sait plus où s’investir dans la réalité de la production.
    La finalité n’est pas la fin ! Car ces moments peuvent être dépassés par le capitalisme lui-même en produisant de nouveaux besoins (le portable, les nanotechnologies par exemple) ou en modifiant son appareil de production d’agissant d’anciens besoins (le CD remplace le vinyle par exemple). En un mot, le capitalisme conjure la révolution sociale par sa révolution des choses.
    Bien entendu il faut comprendre ce processus de manière générale et sans se laisser hypnotiser par la valeur. La confiance du capitalisme envers lui-même – qui lui fait ne pas s’inquiéter des retombées productives de la valeur – prend en compte, mais en juxtaposant toutes ses formes de paris sur l’avenir, non seulement les paramètres de transformation productive de telle ou telle branche, mais des données sociales, géographiques, géopolitiques, des savoirs scientifiques, notamment s’agissant des ressources énergétiques et des procédés de transformations qu’elles induisent. La baisse tendancielle du taux de profit n’est donc pas le contraire de la hausse momentanée du taux de profit. Et il n’est pas étonnant qu’une période de hausse générale atteigne quelques décennies lors de moments historiques où le capitalisme s’étend géographiquement et s’apprête à construire des classes moyennes constituées de millions d’âmes tout en baissant le salaire moyen par des délocalisations. Il n’est pas étonnant non plus que le retournement soit brutal comme en 2008 lorsque la machine pense fonder la valeur sur la richesse des pauvres et à propos de la valeur d’usage dont ils ne peuvent se passer, leur logement.

    Mais son agonie durera tant que le salariat, c’est-à-dire le rapport de production centré sur la valeur d’échange qu’entretiennent les hommes entre eux, durera. Et elle durera non sans remissions momentanées. Il faut savoir qu’il ne suffit pas d’attendre.

    Les spéculations calculatoires d’économistes se réclamant de Marx (dont paraît s’étonner Husson aujourd’hui, mais qui se discutait jadis du temps de Bernstein) relèvent bien d’un dogmatisme, mais d’un dogmatisme lié au tropisme économique plutôt qu’à ce à quoi aurait mené une lecture de Marx non réduite à l’économie. Un parfait Kondratiev, même a posteriori, serait encore un Nostradamus. La quête d’une anticipation de l’avenir par la connaissance de lois cycliques, fait d’ailleurs foutrement penser, mais à une échelle historique, au travail quotidien des boursiers : combien de temps le capitalisme survivra-t-il ? Pendant combien de décennies le capitalisme aura-t-il, en quelque sorte, une valeur historique positive ? Qu’en dirait un opportuniste ?

    Marx avait apparemment raison en prédisant la mort inéluctable du capitalisme

    dites-vous monsieur Jorion. « Inéluctable » peut-être, mais dans la mesure où cela ne signifie ni « automatique » ni quelque chose de l’ordre d’une objectivité sans subjectivité.

    1. « Inéluctable » ne veut pas dire « automatique », en effet : on n’est pas, avec les sociétés humaines, dans le domaine du minéral, où des cailloux s’entrechoquent mais dans le biologique où les êtres anticipent leurs comportements mutuels.

    2. Là j’ai vraiment envie de tempérer votre propos Mr Jorion.
      Certes le minéral apparaît inerte, ce qui est vrai par rapport à nos sens (disons que nous nous situons dans des vitesses vibratoires très différentes… peut-être).
      Mais je ne suis pas persuadé qu’on puisse affirmer que dans le biologique les êtres anticipent leurs comportement mutuels. Il y a interaction, certes, mais cette interaction est sous tendue plus que généralement par ce qu’on pourrait apppeler des programmes de comportements (issus d’un apprentissage dans un biotope). Je ne suis pas anthropologue hélas mais je crois vraiment que la part d’automatismes dans les comportements est très majoritaire. Me semble que Leibnitz a décortiqué la chose.
      Mais je ne suis pas philosophe….

    3. Mais son agonie durera tant que le salariat, c’est-à-dire le rapport de production centré sur la valeur d’échange qu’entretiennent les hommes entre eux, durera. Et elle durera non sans remissions momentanées. Il faut savoir qu’il ne suffit pas d’attendre.

      C’est beau !

      Il ne suffit pas d’attendre une réponse économique, c’est sûr. Si l’on change arbitrairement le rapport qu’entretiennent les hommes il n’est pas du tout certain (euphémisme à l’attention de PYD) que le salariat ne se transformera pas en une autre forme d’asservissement.

      Rendons la philosophie populaire !

      Diderot

      Les philosophes n’ont jusqu’ici qu’interprété le monde, il s’agit maintenant de le transformer !

      Marx

    4. Marx avait apparemment raison en prédisant la mort inéluctable du capitalisme

      Pourquoi discuter autant autour de ce truisme? Ce qui aurait été une affirmation proprement stupéfiante (et ridicule) c’est que quelqu’un dise que le capitalisme ne mourra jamais et a toujours existé.
      Un vrai scientifique expliquerait lui comment et quand cette mort aura lieu. En tous cas, c’est uniquement cela qu’il est intéressant d’apprendre.

    5. @Mike: je dis vrai scientifique parce que c’est à l’épreuve de la réalité qu’on les reconnait. Il faut dire comment et quand, et ensuite on vérifie que cela se passe comme prédit.

    6. Allô ? Allooooô ? Halo ?

      Non…y’a personne…et pourtant…la présentation était bonne, excellente même…comprends pas…à moins que ce ne soit le marketing ! Et oui. Reprenons :

      « Mais son agonie durera tant que le salariat, c’est-à-dire le rapport de production centré sur la valeur d’échange qu’entretiennent les hommes entre eux, durera. Et elle durera non sans remissions momentanées. Il faut savoir qu’il ne suffit pas d’attendre. »

      Si vous êtes d’accord : tapez 1.

      Sinon : tapez 2.

      Voila, espérons que ça marche…au pire il faudra offrir une râpe à fromage ou un panier garni au 500ème appel…

      Bonne journée (Ah ces sectes ! Y’a pas que du bon, la forme par exemple : cette manie de se promener en robe, la croix et tout l’emballage. Mais y’a pas que du mauvais : le fond !)

    7. @ Moi :

      « Un vrai scientifique expliquerait lui comment et quand cette mort aura lieu. »

      Avec plaisir:

      comment: le capitalisme actuel repose sur la création monétaire par le crédit (pour les investissements) avec intérêts (pour couvrir le risque pris) et ce système est un vaste système pyramidal, qui doit toujours s’étendre, et quand il ne peut plus s’étendre il implose. Concrètement, la valeur créée pendant la période pyramidale disparaît. 90% de l’argent part en fumée.

      quand: après le pic pétrolier, c.à.d. maintenant (l’AEI a situé le pic pétrolier en 2006).

    8. @Fab: j’avais pas vu. Je tape 1. Mais j’en reste au « comment et quand », car une fois qu’on sait que le salariat est l’essentiel pour la survie du capitalisme, rien n’a changé encore.

    9. Moi,

      Mais j’en reste au « comment et quand », car une fois qu’on sait que le salariat est l’essentiel pour la survie du capitalisme, rien n’a changé encore.

      Ça dépend du nombre de gens qu’il y a derrière le « on » !

      J’espère que ça répond aussi à votre « comment et quand » !

      Bonne journée

      PS : pour info : on est actuellement à 100% de réponses favorables !

  11. La hausse des profits a été favorisé par les gouvernements : on parle de l’irlande et de son taux d’imposition sur les entreprises, mais on ne parle pas ni du rmi ni du rsa ni du non encadrement des crédits consommations, ni des charges moindre sur les bas salaires ect…
    Ni du chômage à travers le Nairu qui arrange bien .
    Je dis que la dette publique n’est rien moins que ce que le privé n’a pas voulu payé et dont il s’est déchargé sur l’état. Alors la comédie sur cet état impénitent ça m’énerve, sans l’état impénitent ça fait longtemps que les peuples se seraient révoltés, les dettes publiques ne sont que la contre partie des immenses profits de l’élite du privé, rien d’autre que cela.

    1. tout à fait d’accord

      la libre entreprise qui se déploye et par sa seule force maintient son existence économique est un conte pour enfants raconté par les idéologues libéraux. Sans la béquille de l’état ( tant haÏs par les idéologues, mais sont ils si aveugles ? ) il y a bien longtemps que le capitalisme se serait effondré.

      L’état n’est pas au service des peuples , mais au services des possedants.

  12. Le capitalisme est immortel aussi, dans le cadre où les créanciers accepteraient de prêter ad libidum. La question de la baisse tendancielle du taux de profit, comme celle du PIB par ailleurs, n’a pas de sens en dehors de la question du crédit.

    On n’a pas constaté de baisse tendancielle du taux de profit sur la période en question, à cause de la bulle sur l’économie réelle qui poussait l’argent du crédit vers elle.

    Dans une économie comme la nôtre qui fonctionne grâce au crédit (voir le taux d’endettement des Etat) l’on ne peut raisonner en termes d’équilibres, or, la baisse tendancielle.. est un raisonnement qui suppose un contexte en équilibré, à savoir où les comptes sont équilibrés. Le crédit est le contraire d’un équilibre et rend ce raisonnement caduque. Il ne peut y avoir ce genre de loi, que dans un contexte rigide où les lois économiques sont homothétiques à des lois physiques or le phénomène du crédit ne ressort pas d’une loi physique mais d’appréciations psychologiques de la situation, il ne peut donc entrer dans aucune équation.

    C’est la limite du marxisme….

    Avec l’adjonction de crédits et de généreux préteurs, pourquoi voudriez-vous constatez une loi telle que la baisse tendancielle du taux de profit ?

    1. Il y a du crédit et des prêteurs parce qu’il y a des emprunteurs solvables. Supprime le solvable et les prêteurs s’assoiront sur leur capital, s’ils arrivent à en récupérer une partie. Pour supprimer le solvable il « suffit » de diminuer la production (de façon pas trop prévisible) par le moyen de l’assèchement des dépenses des consommateurs (via des réductions de salaires et de redistribution) : ses dettes noieront l’emprunteur qui comptait sur une croissance sans fin et étoufferont le prêteur.
      Peut-être que ça peut rappeler une situation connue? ;o)

      On ne prête qu’aux riches, dit-on. Parce qu’ils possèdent de quoi rembourser, pense-t-on, quitte à tout lui prendre en invoquant le droit à la propriété privée. Sauf s’il emprunte plusse qu’il ne possède ou ne possèdera, mais dans ce cas ce n’est plus un riche, c’est un escroc.
      La différence n’est pas visible à l’oeil nu sinon tous les dirigeants d’états occidentaux seraient en prison.

  13. Marx avait apparemment raison en prédisant la mort inéluctable du capitalisme, sa mémoire en tant qu’économiste serait-elle ternie si le capitalisme devait mourir pour une autre raison que celle qu’il avait déterminée il y a cent cinquante ans ?

    Je comprends bien votre propos dans l’idée de moins nuire à la mémoire de cet économiste, mais un grand mal peut en cacher grandement un autre, baisse tendancielle ou pas du profit je ne sais pas, on pourrait même en discuter pour plusieurs siècles encore, mais ce que je sais c’est que Karl Marx s’en prenait bien plus souvent à deux choses à la fois, le capitalisme et l’esprit trop religieux de l’homme en société je crains donc de nouveau le pire demain si les nouveaux bourgeons et bonnes pousses mécontentes de l’anti-capitalisme mondial ne suivent pas en effet bien correctement à la lettre l’esprit réellement visionnaire de KM.

    Vanité d’un monde, vanité de l’histoire tout n’est que vaine réussite temporelle

    Fort heureusement, chaque réussite est l’échec d’autre chose. [Jacques Prévert]

    Un autre gendre du capitalisme ne devrait pas toujours faire plaisir à sa belle mère

    La vaine réussite n’est souvent qu’une revanche sur le paradis perdu. [Bernard Grasset]

    Ma voiture, mon appartement, ma rolex, ma chose, ma femme, ma réussite, ma ligne,
    ma sexualité. L’échec de l’homme est en fait grandement inavouable. [Isabelle Sorente]

    Toute réussite (idéologique) est relative. Vous pouvez améliorer votre réussite relative en dénigrant les compétences et les résultats de votre entourage. [Scott Adams]

    L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs. [John Fitzgerald Kennedy]

    La réussite est la place qu’on occupe dans les journaux. La réussite est l’insolence d’un jour.
    [Elias Canetti]

    A quoi servira-t-il à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie ? Mt 16.26

    La réussite du matin n’en est pas une, c’est celle du soir qui compte. [Proverbe baoulé]

    1. Pour la route j’en rajoute une de St Tomas D’aquin, l’apôtre du féodalisme :
      – Le meilleur gouvernement est celui d’un seul chef

  14. Merci à Paul.
    Le texte proposé (Husson, Michel, « Le débat sur le taux de profit », Inprecor n°562-563, juin-juillet 2010)
    est très riche, mettant en valeur la baisse de la part salariale
    pas seulement en France, mais dans beaucoup de pays.
    Et en tirant les arguments pour mettre un terme au capitalisme.
    A lire d’urgence, dans l’accélération de sa maladie sénile.
    Rappelons aussi que Marx lui-même a souligné
    que la tendance à la baisse du taux de profit
    était contre-carrée par plusieurs contre-tendances,
    dont la principale il me semble est l’augmentation du taux d’exploitation.

    1. @Charles A : je viens de me renseigner sur le net, , et il apparaît que parler du taux d’exploitation ou de la part des salaires dans la valeur ajoutée, ça revient au même.

      [ 1 / (1 + (profits / salaires)) ] = 1 / (1 + taux d’exploitation)

      Vous voyez donc que, lorsque la part des salaires dans la valeur ajoutée baisse, cela signifie que le taux d’exploitation augmente : on peut donc suivre l’évolution du degré d’exploitation en suivant l’évolution de la part des salaires dans la valeur ajoutée.

    2. En fait, je crois que Marx décrit plusieurs facteurs tels que l’allongement de la durée du travail, son intensité, ou la baisse de la rémunération réelle, qui haussent le taux d’exploitation et peuvent dans certaines circonstances compenser la fameuse baisse tendancielle du taux de profit.
      Mais il faudrait prendre le temps de relire tout cela…On doit trouver ici:
      http://www.marxists.org/francais/index.htm

  15. A propos de la théorie de Marx de la baisse tendancielle, je crois que l’essentiel à en retenir a été écrit en quelques mots par EMMANUEL (Le profit et les crises, Maspéro 1974, p.133):
    « Il n’en reste pas moins qu’il n’existe aucune loi ni de baisse ni de hausse du taux de profit. Il existe un théorème des variations du taux de profit, qui nous donne les conditions de baisse et les conditions de hausse. Suivant que les unes l’emportent sur les autres, il y a baisse ou hausse. Le tort de Marx est d’avoir affirmé que les premières l’emportent nécessairement sur les secondes, c’est à dire d’en avoir justement fait une « loi » « .
    Quant à la fin inéluctable du capitalisme… je n’y crois pas: ce système, au cours des derniers siècles, a fait preuve d’une telle plasticité et adaptabilité qu’il mute, change de forme et se renouvelle donc sans disparaître. Pourquoi pas encore une fois?

    1. Outre savoir comment il pourrait survivre , on peut aussi se demander pourquoi il devrait survivre …

      Schizosophie , avec moi !

    2. Exact, la véritable question est pourquoi devrait-il survivre ?

      Peut-être arrivera-t-il à survivre encore à cette crise, mais au prix de combien de vies et de malheurs cette fois-ci encore.

      Un manifestant (je ne sais si c´est de lui, mais c´est d´un manifestant que je tiens cette réplique) disait : « Le capitalisme est malade. Il se trouve que je suis pour l´ euthanasie. »

      Effectivement, il va nous falloir nous atteler à sa mise à mort si nous ne voulons pas risquer d´être entraînés dans ses soubresauts.

  16. La question qui se pose est en effet celle-ci : est-il possible que le capitalisme soit à l’agonie, alors même qu’on n’observerait pas en ce moment de baisse tendancielle du taux de profit ?

    L’analyse marxiste de l’économie tend à démontrer que l’élévation organique du capital amène la baisse tendancielle du taux moyen du profit. Mais elle indique aussi que le capital dispose de plusieurs leviers pour maintenir et accroitre durablement ce taux moyen de profit.
    Sans être exhaustif ont peut citer en vrac :
    – Renforcement de l’exploitation des salariés pour accroitre la plus value
    – Le progrès technique, qui engendre des gains de productivité et donc du chômage, pèse sur le marché du travail, ce qui permet aux entrepreneurs de figer ou de diminuer les salaires
    – Au fur et à mesure que la productivité du travail se développe, la valeur des moyens de production (machines, outillage, matières premières……) diminue. Ce qui a pour effet de ralentir l’élévation de la composition organique du capital, et de facto la baisse du taux de profit
    – Délocaliser la production dans les endroits où les normes sociales et environnementales sont les plus faibles
    Mais toutes ces actions ont une limite, même si cette limite reste à ce jour lointaine.
    A mon sens il est donc trop tôt pour donner un avis définitif sur la prédiction de Marx, 150 ans ce n’est rien dans l’histoire de l’humanité. Combien de siècles ont été nécessaires en occident pour passer le l’esclavage au capitalisme, via la féodalité? Les mutations de civilisation sont lentes et pas à l’échelle d’un être humain.

    1. Le capitalisme a commencé de façon repèrable , il y a plus de 6000 ans , par la culture du millet en asie mineure .

    2. @ juan nessy

      L’agriculture et l’élevage ont bien constitué une révolution fondamentale dans l’histoire de l’humanité (du moins pour une partie de l’humanité puisque de nombreux groupes humains – sciemment ou non – n’ont pas choisi cette voie). Il est vrai que la faculté de produire, de surproduire (ou de pouvoir acheter) plus de nourriture semble faire partie des conditions primordiales pour qu’une société puisse s’engager dans la voie de l’expension.
      Pour autant, faire du Néolithique l’origine du capitalisme me paraît un peu réducteur de la grande diversité des systèmes socio- économiques qu’ont connu les sociétés depuis cette époque.

    3. @ juan nessy

      P.S.
      En ce qui concerne la question des origines du capitalisme, il vaut mieux chercher du côté de l’Age du Bronze (- 5000 / – 2000 av j.c. selon les aires géographiques et culturelles). Les gisements de cuivre et d’étain n’existant que dans quelques secteurs restreints du continent européen, le développement de l’usage de ce métal a engendré de vastes réseaux d’échange contrôlés par les premières oligarchies héréditaires.
      Pour résumer très, très, grossièrement (désolé, manque de temps)
      Néolithique: développement démographique et sociétés de type « égalitaire ».
      Age du Bronze: échanges de matières premières intra-européens, accumulation de richesses et développement de sociétés inégalitaires.
      Age du Fer: formation des états et des premiers empires (confédération de Délos, Rome, etc…)
      Fin de l’Empire Romain: sans doute la première « Grande Crise » qu’ait connu l’Europe occidentale.
      Cdt

    4. @Arkao :

      Je vais aggraver mon cas .

      En fait je me demande si le capitalisme n’est pas né beaucoup plus tôt , quand l’homme des cavernes qui avait la plus grosse ( massue ) , s’est  » accaparé  » les meilleures femellles et les mâles les moins rétifs, pour le servir et souffrir à sa place .

      On a sans doute valorisé le capital ( cheptel ) humain avant le capital matériel ou alimentaire .

      Je crois d’ailleurs ( je suis sur ) que capital et cheptel ont la même racine latine .

    5. « Il me semble que vous pensez à l’économie de marché plutôt qu’au capitalisme. »

      Merci de reconnaître que vous pensez aussi peu que moi avant d’écrire.

      Vous m’expliquez l’éventuelle dissociation des deux, if you please..???

      Désolé par avance d’être lucide.

    6. L’origine du capitalisme ce sont les grands projets coloniaux, époque Napoléon 3. Ces projets nécessitait trop d’argent pour qu’une seule personne ou même plusieurs réunies, même les + riches, ne puisse les financer. Canaux, mines, transports par chemins de fer ou maritimes…

      Le commerce, la finance, la spéculation, l’investissement et une forme primitive de capitalisme « personnel » ont de tout temps pré-existés, de même que ses corollaires des droits des puissants contre les moins riches, et de leur exploitation qu’elle permet, par la force directe ou celle du droit du + fort.

      Le capitalisme c’est le placement, dans un système organisé, d’argent « en trop » dans des projets de production (au sens large) espérés profitables, rien d’autre. A la différence du commerce ou de l’artisanat, ce n’est pas le propriétaire de l’argent qui oeuvre, il confie son argent à un autre, et de façon anonyme (ou interchangeable).

      En choisissant les projets les + rentables ceux qui disposent d’argent en trop en possèderont toujours +, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de projet rentable du fait de la concentration de l’essentiel de la richesse sur trop peu de têtes. Plus assez d’argent qui circule, tout simplement.
      Je suppose que c’est ainsi que Marx voyait la fin du capitalisme.

    7. euh sans être un grand spécialiste, je pense que vous confondez l’apparition des échanges entre groupes humains et apparition du capitalisme qui n’est qu’une des multiples formes prises par l’échange de marchandises entre humains.

      ce qui me fait doucement rigoler , c’est de croire que le capitalisme ( qui n’est qu’une forme historique de l’échange ) est indépassable et éternel ( un peu comme le troisième reich pour mille ans ….. )

      je ne sais pas si il y a des lois qui permettent de montrer que le capitalisme va s’effondrer un jour, par contre ce que je peux voir et sentir tous les jours CONCRETEMENT c’est le résultat de ce système d ‘échange : l’individualisation poussé à son paroxisme qui finira par la destruction des sociétés , l’ignominie de l’opulence des uns et de la misère des autres ( penser un instant au choléra en Haiti ) , le refus anti-humaniste de reconnaitre à chacun le droit de vivre dignement, la destruction de la planète, …..

      bref, pas besoin de lois et autres dogmes pour s’indigner puis se révolter et enfin tenter autre chose ! seule la petitesse de beaucoup ( et d’abord des plus éduqués ) permet à ce système mortifère de nous mener dans le mur !

      Socialisme ou barbarie

    8. L’échange (marché) est lié à la spécialisation des tâches, qui entraine à terme la monnaie.
      L’agriculture facilite la survie par les réserves (accumulation).
      L’un et l’autre sont compatibles avec tout mode de production,
      mais ne les définissent pas qu’il soit esclavagiste, féodal ou capitaliste.

      Ce dernier ne devient dominant qu’avec le progrès scientifique et technique, et la révolution industrielle.
      Il faut que ce progrès ruine les travailleurs individuels (artisans), et les jette dans l’usine.
      Le capital les a alors expropriés, c’est le capitalisme,
      jusqu’à ce que les travailleurs exproprient le capital.

      C’est l’ordre du jour de la grande crise en cours.
      Mais rien d’inéluctable.
      La race humaine peut aussi disparaitre,
      faute de s’adapter à l’évolution de son environnement.
      A nous d’en décider.

    9. juan nessy, vous nous faites un pastiche de jducac?

      yvan, l’économie de marché « est un système économique où les biens et services sont échangés sur la base des prix relatifs (c’est-à-dire du prix d’un produit ou d’un service par rapport aux autres) grâce au mécanisme de l’offre et de la demande. » En gros, si tu as un marché et que les prix sont libres, il y a économie de marché. Cela existe depuis des millénaires.
      Le capitalisme, c’est autre chose. C’est un système social qui implique la recherche du profit, l’accumulation de capital, le salariat généralisé, la propriété privée des moyens de production, etc. Il faut avoir bu beaucoup de piquette pour dire que cela existait à l’époque des pharaons…

    10. @ Moi :

      Relisez moi et relisez vous et vous verrez que selon votre définition , mon homme de cro-magnon macho et dominateur était bien  » capitaliste » .

      Ce qui ne veut pas dire que j’accuse Jducac d’être un homme de Cro-magnon .

      Et qu’il faut toujour savoir d’où l’on vient pour avoir une chance d’échapper à sa condition.

      Dans cet ordre d’idée , je me rappelle une formule de Samy Davis Junior ( l’homme à la mèche décolorée ) qui , interrogé dans un des premiers numéros du Nouvel Observateur ( ça ne me rajeunit pas ) , disait , à propos du racisme, ceci que j’ai fait mien :

       » Raciste ? Oui je crois que je suis raciste , et m’en rendre compte est la seule chance que j’ai de l’être moins ou plus du tout . »

    11. quand l’homme des cavernes qui avait la plus grosse ( massue ) , s’est » accaparé » les meilleures femellles et les mâles les moins rétifs, pour le servir et souffrir à sa place .

      propriété, oui…dès qu’un sapiens, ou avant, fatigué d’avoir couru après le gibier (celui que vous choisissez…), s’est assis sur un rocher, en se disant  » ce rocher est bien confortable « , et , se sentant reposé, est parti vaquer à d’autres occupations …et puis, de loin, voyant un adulescent tenter de s’assoir sur le rocher qu’il venait de quitter, s’est senti « contrarié », et s’est exclamé : « >!!…=)## ! § %& % ! grrrrrrrrrrr » ( je préfère ne pas traduire) : on pourrait dire qu’il a découvert le sens de la propriété : « c’est à moâ, grogneugneu ! ». Il y a donc déposé sa marque …
      pré-capitalisme : ce même Sapiens, subissant une forte poussée d’évolution,
      se dit :je vais en marquer plusieurs (rochers), et en interdire la possession aux autres ;
      Bon, s’ils sont fatigués, ou malades, ou abîmés par une bête, je leur prêterai : je serais donc reconnu, comme un dominant généreux …en cas de pépins, cela pourra servir (solidarité) …
      capitalisme: autre poussée d’évolution – pas dans le bon sens – à moi, tous les rochers et les grottes de la région ! beaucoup plus qu’il ne m’en faut, à moi et à mon clan …
      je vais mettre mes fistons, avec massues et lances, pour les garder (pendant ce temps là, ils n’iront pas courir le guilledou), et si un autre clan déboule, il faudra qu’il paye le prix fort, pour y accéder : outils, armes, damoiselles( l’endogamie, je sens que c’est pas bon), et gibier à foison(tant pis s’il est faisandé) …pendant ce temps là je me reposerai …Ah, faire travailler les autres ! ….etc,etc … »
      Bon enfin, j’ai peut-être pas tout compris !…

    12. @juan nessy: « Relisez moi et relisez vous et vous verrez que selon votre définition , mon homme de cro-magnon macho et dominateur était bien » capitaliste » . »

      Mais qu’est ce que l’accaparement des femelles a à voir avec l’accumulation de capital? Le capital n’est pas de l’humain ou du millet. Le terme « capital humain » c’est juste de la novlangue qui n’a aucun sens, ne parlons même pas de « capital alimentaire » (comme si les greniers à grains de Pharaon servaient à gagner de l’argent). Il est vrai que de nos jours (depuis au moins Bourdieu et son « capital symbolique »), « capital » est synonyme de tout ce qui s’accumule et sert à gagner de l’argent, mais c’est un abus de langage, une métaphore.
      De toutes façons, même en admettant cette idée, il manque encore beaucoup de choses pour que Cro-Magnon soit capitaliste. Il n’a pas d’employés salariés, il ne recherche pas le profit mais juste la jouissance de ses biens (il ne fait donc pas de calcul de profitabilité), il ne connait probablement pas la propriété privée, il ne connait pas l’argent, etc.
      Cette idée d’un Genghis Khan capitaliste (en cravate?) ou d’un Alexandre le Grand pdg, franchement… Et c’est même pas politiquement neutre, cela veut juste nous faire croire que le capitalisme est naturel donc indépassable, etc. Manque plus que jducac, le Bossuet de l’économie, dans ce débat…
      Pas de chance, le capitalisme est historiquement et géographiquement daté depuis les travaux de Polanyi et Braudel. Il débute lors de l’appropriation des communs dès le XVIIè siècle en Angleterre pour Polanyi, deux siècles auparavant en Italie pour Braudel (mais il s’attache plus au capitalisme financier). En tout état de cause, il n’y a pas de capitalisme avant le XVè siècle malgré quelques embryons rapidement disparus (en Grèce ou en Chine dans l’Antiquité par exemple).

      » Raciste ? Oui je crois que je suis raciste , et m’en rendre compte est la seule chance que j’ai de l’être moins ou plus du tout . »

      Ben ouais. Et charité bien ordonnée commence par soi-même. Pierre qui roule n’amasse pas mousse. etc.

    13. @ Moi

      Pas de chance, le capitalisme est historiquement et géographiquement daté depuis les travaux de Polanyi et Braudel.

      Bel exemple du cloisonnement de la recherche.
      L’historien de l’époque contemporaine trouve les origines du capitalisme dans la Révolution Française, le moderniste au XVIe siècle, l’antiquisant dans le monde grec, le protohistorien dans les ages des métaux.
      Les travaux de Fernand Braudel sont évidemment majeurs, mais la recherche évolue constamment en raison de la mise en évidence de nouvelles données et d’une approche plus globale des phénomènes.
      Un géo-histoire mondiale reste à écrire et certains s’y emploient depuis une décennie.

    14. Débat non clos à mon goût .

      Je vais interroger la femme de mon cantonnier Cro-Magnon .

      Elle est de bon conseil car c’est un peu elle qui l’a fait évoluer .

    15. « Il me semble que vous pensez à l’économie de marché plutôt qu’au capitalisme. »

      « Vous m’expliquez l’éventuelle dissociation des deux, if you please..??? »

      – l’économie de marché, c’est l’offre et la demande: facile, ça a toujours existé. Enfin, depuis que l’homme s’est sédentarisé.

      – le capitalisme est né pendant la colonisation, où ceux qui avaient l’argent pour équiper les bateaux n’étaient pas les mêmes que ceux qui étaient capables de mener ces bateaux. Les riches équipaient donc les bateaux, mais ils n’avaient le retour que des années après. Si un armateur souhaitait récupérer sa mise avant le retour, il pouvait vendre sa part dans le bateau à un acheteur.

      C’est aussi en même temps qu’a eu lieu l’industrialisation, et l’utilisation massive d’énergies fossiles.

      C’est aussi en même temps qu’est né le concept de réserve fractionnaire et la création d’argent à travers le crédit.

      Le capitalisme est donc un ensemble de choses qui sont toutes apparues il y a 200-300 ans.

    16. @Zolko :

      Merci d’être finalement arrivé .

      Je crois que j’avais déjà reconnu mon extrapolation hasardeuse en parlant du millet , qui n’avait sans doute rien à voir avec le capitalisme , d’ailleurs peut être pas complètement non plus , selon moi ,avec le commerce à ces tous débuts , car sa motivation initiale me parait davantage ressortir de l’idée qu’il était sécurisant de produire plus pour stocker et passer ainsi le cap de la période improductive sans angoisse . Mais les surplus vite obtenus ont dus effectivement assez rapidement donner des idées d’échanges .

      Pour Cro magon , même mea culpa .

      Pour sauver la face ( je suis comme les chinois ), je reste cependant sur l’appréciation que cette double période a vu se matérialiser la tendance primale à accaparer pour se donner la garantie d’un lendemain réputé sans souffrance .

      Instinct de survie « à tout prix » , dont j’ai dit qu’il alimentait potentiellement toutes les pires organisations humaines ( capitalisme ou totalitarismes ) comme une des forces que la nature nous donne avec d’autres instincts plus subtils .

      La civilsation, qu’est ce d’autre que de mettre les instincts au service d’une intelligence de vie commune.

      ça devrait le faire quand on percevra majoritairement que c’est la civilisation qui doit prendre le relai de l’instinct réflexe reptilien , pour assurer cette survie .

      Et qu’il n’y a pas d’autre issue .

  17. Bonjour,
    Il me semble quand même que c’est bien la baisse tendancielle du taux de profit qui a conduit progressivement le capitalisme industriel occidental à déserter ses terres d’origines pour délocaliser massivement vers des pays à moindre coût de main-d’œuvre afin de récupérer ses marges bénéficiaires, abandonnant ainsi le terrain au capitalisme financier qui a alors pour tâche de compenser la perte de production de richesses réelles par la production de richesses virtuelles par le biais de crédits sur l’avenir distribués massivement tant au privé qu’au public et qui ne vont servir qu’à entretenir un marché de consommateurs captifs susceptibles d’absorber la production délocalisée (ce que ne peuvent pas faire les pays nouvellement producteurs sous peine justement de reprise de la baisse tendancielle du taux de profit)
    Ce que Marx ne pouvait pas prévoir à son époque c’était cette situation inédite dans l’histoire de l’humanité, un monde coupé en deux, entre consommateurs et producteurs sans lien autre que le strict échange à sens unique de marchandises et qui avec une rapidité étonnante va se déséquilibrer jusqu’à atteindre le point de rupture.
    Je rajouterais que l’époque actuelle donne raison à Marx sur un autre point, l’aveuglement du système marchand, incapable de se concevoir en tant que civilisation se projetant et se construisant sur des bases pérennes et non pas sur de simples transferts de capitaux allant rechercher le profit maximum au moindre coût (et demain sera un autre jour…)

  18. Il y a peut-être un facteur négligé dans l’analyse : celle de la tendance, née dans les années ’80, à la réduction des capitaux propres des entreprises cotées. Afin d’améliorer le ROE, paramètre fétiche des boursiers. Si bien que dans un cycle de récession, des défaillances majeures pourraient intervenir à cause de la faiblesse (avérée) des fonds propres, les grands groupes ayant pris l’habitude de farder leurs bilans avec des actifs dits « incorporels », dont la valeur comptable est totalement arbitraire. Et largement fictive. La remontée observée des taux de profit pourrait ainsi n’être qu’une illusion d’optique (cf. les profits des banques commerciales alors qu’elles sont potentiellement en faillite).
    Si l’on calculait l’actif net réel des multinationales, il est probable que l’on serait très surpris de sa modicité.
    Ce n’est qu’une hypothèse, mais l’ingénierie comptable n’a rien à envier à son homologue financière dans l’utilisation du strass…

  19. Puisqu’on ne peut pas toujours parler de banques et que de toute façon, la crise avance bien sans nous, voici la suite des aventures, ou interactions, de Mr Klebs & Roazalie.

    épisode précédent :
    http://www.youtube.com/watch?v=ZBPu6ezZcLI

    nouvel épisode:
    http://www.youtube.com/watch?v=jaC2mKKCZGU

    Ceci dans le seul but de sauver la pièce, et la performance des acteurs, de l’oubli. Ils le méritent assurément.

    Mais cela donne à réfléchir également sur les machines, la machine, et les fantasmes ou représentations dont elles font l’objet. Depuis Blade runner en passant par Terminator, I robot, Matrix, 2001 Odyssée de l’espace, et récemment Batelstar Gallactica (série), les humaniodes envahissent nos écrans.

    La machine serait le point de fixation imaginaire de l’Altérité moderne ? On relèvera plusieurs thèmes, d’abord celui du remplacement de l’humanité imparfaite, par une forme de vie, ou de non vie, parfaite, sorte de sur-humanité dont nous aurions été un prototype. L’avenir serait une utopie mécanisée, un peu une fin de l’histoire à un stade supérieur dialectiquement parlant. Le deuxième thème étant celui du brouillage de la distinction du même et de l’autre : Au fond, la machine est plus humaine, sensible, intelligente que l’homme, l’Autre est la partie manquante du Même, son révélateur aussi. Dans BSG, les Cyclons ne se distinguent en rien des humains, sauf qu’ils existent en plusieurs exemplaires. Ils transpirent, souffrent ressentent des émotions. A propos, l’un de Cyclons dans l’épisode 8 dit :

    « Je vois l’univers, je vois l’avenir, je vois à l’avance ce que chaque moment de chaque jours va présager. Oui tout est là, j’arrive à le voir. Et pas vous. »

    Ceci m’amène à la réflexion suivante : L’émotion est justement un principe d’action. L’émotion est ce qui relie pour nous les instants entre eux, qu’ils ne se succèdent pas sans liens ni rapports, elle est la véritable forme de la subjectivité, du « Je » pour rappeler Kant. Kant n’a pas vu que pour que la forme temporelle soit utilisable par la conscience il fallait une capacité de faire exister la continuité, et c’est pour le psychisme, l’émotionnel. L’amour, la peur, donnent une continuité aux actions sans quoi rien n’aurait de suite.
    Donc, dès que je vois une oreille de lion pointer au dessus des broussailles par exemple, l’émotion embraye sur cette perception pour bloquer la suite de la réflexion, et mettre le corps en alerte en vue de l’action immédiate : la fuite.
    En revanche, percevoir chaque instant séparément est intéressant, car chaque instant ne peut faire souffrir que brièvement. Ce n’est pas long, ce ne sera pas long. Pouvoir découper le temps en instants est un remède à l’angoisse, précisément car l’angoisse tendrait à agglutiner le temps, comme toute émotion, pour faire resurgir une continuité.
    J’ajoute qu’autant qu’une émotion individuelle pousse à l’action, il doit logiquement exister des émotions de groupe, en dehors de toute observation du style de Lebon, Durkheim, etc, car les groupes doivent pouvoir agir également ! Mais ceci est une autre histoire.

    1. « Je vois l’univers, je vois l’avenir, je vois à l’avance ce que chaque moment de chaque jours va présager. Oui tout est là, j’arrive à le voir. Et pas vous. » : « magie » du cinéma et puis de la télé qui ont malheureusement chassé la littérature, provoquant un manque et le besoin de se raconter l’avenir.

    2. Crapaud R et sans doute aussi la fascination convocable et reproductible de pouvoir éprouver ses identifications multiples à l’amour à la nostalgie à la peur à la furie protégé par procuration et l’avantage d’une durée réduite qui clos l’expérience, ainsi que la nature collective ou d’appartenance du produit. la baisse tendancielle du taux de profit je ne sais pas mais avantage donné excroissant à l’image qui fait masse, aux mots d’ordre qui résolvent tout. avant c’était un imaginaire langagier né sans doute de la fatigue l’insatisfaction le ridicule du monde et de l’existence menée, et de sa non acceptation bien qu’il se donne inéluctablement pour bon, en dehors de toute raison -en tous cas pour ce qu’il reste de narcisse, nous n’avons pas tellement le choix, faut-il déjà le savoir. un imaginaire qui n’avait que les mots et la peinture pour quelques uns et les icônes pour tous (l’histoire telle qu’on la racontait chez nous) avait un champ d’action au monde où s’offraient l’exploration la découverte (pas le nouveau) d’un espace à habiter, d’une culture qui ne va pas de soi, qui n’est pas objet; le mot avait un pouvoir de matérialisation et de décisions, une prise sur le temps que la technique les modèles ont peu à peu étouffé. son pouvoir incantatoire ironiquement destructivement est confiné dans les journaux du JT. je fatigue et dois un peu déconner: j’avais juste envie de poster pour la seconde fois ce texte de Perec, qui pour être suffisamment inactuel brille à éclairer un engagement et une action dans ce monde où si on ne sait pas où on va c’est sûr on y est; « Approches de quoi? » in L’Infra-ordinaire (Le Seuil)
      Ce qui nous parle, me semble-t-il, c’est toujours l’événement, l’insolite, l’extra-ordinaire : cinq colonnes à la une, grosses manchettes. Les trains ne se mettent à exister que lorsqu’ils déraillent, et plus il y a de voyageurs morts, plus les trains existent; les avions n’accèdent à l’existence que lorsqu’ils sont détournés; les voitures ont pour unique destin de percuter les platanes: cinquante-deux week-ends par an, cinquante-deux bilans: tant de morts et tant mieux pour l’information si les chiffres ne cessent d’augmenter ! Il faut qu’il y ait derrière l’événement un scandale, une fissure, un danger, comme si la vie ne devait se révéler qu’à travers le spectaculaire, comme si le parlant, le significatif était toujours anormal: cataclysmes naturels ou bouleversements historiques, conflits sociaux, scandales politiques…
      Dans notre précipitation à mesurer l’historique, le significatif, le révélateur, ne laissons pas de côté l’essentiel: le véritablement intolérable, le vraiment inadmissible: le scandale, ce n’est pas le grisou, c’est le travail dans les mines. Les  » malaises sociaux  » ne sont pas  » préoccupants  » en période de grève, ils sont intolérables vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an.
      Les raz-de-marée, les éruptions volcaniques, les tours qui s’écroulent, les incendies de forêts, les tunnels qui s’effondrent, Publicis qui brûle et Aranda qui parle! Horrible ! Terrible ! Monstrueux ! Scandaleux ! Mais où est le scandale ? Le vrai scandale ? Le journal nous a-t-il dit autre chose que: soyez rassurés, vous voyez bien que la vie existe, avec ses hauts et ses bas, vous voyez bien qu’il se passe des choses.
      Les journaux parlent de tout, sauf du journalier. Les journaux m’ennuient, ils ne m’apprennent rien; ce qu’ils racontent ne me concerne pas, ne m’interroge pas et ne répond pas davantage aux questions que je pose ou que je voudrais poser.
      Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est il ? Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, I’évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, I’habituel, comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ?
      Interroger l’habituel. Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l’interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s’il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s’il n’était porteur d’aucune information. Ce n’est même plus du conditionnement, c’est de l’anesthésie. Nous dormons notre vie d’un sommeil sans rêves. Mais où est-elle, notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ?
      Comment parler de ces  » choses communes « , comment les traquer plutôt, comment les débusquer, ies arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu’elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes.
      Peut-être s’agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie: celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. Non plus l’exotique, mais l’endotique.
      Interroger ce qui semble tellement aller de soi que nous en avons oublié l’origine. Retrouver quelque chose de l’étonnement que pouvaient éprouver Jules Verne ou ses lecteurs en face d’un appareil capable de reproduire et de transporter les sons. Car il a existé, cet étonnement, et des milliers d’autres, et ce sont eux qui nous ont modelés.
      Ce qu’il s’agit d’interroger, c’est la brique, le béton, le verre, nos manières de table, nos ustensiles, nos outils, nos emplois du temps, nos rythmes. Interroger ce qui semble avoir cessé à jamais de nous étonner. Nous vivons, certes, nous respirons, certes; nous marchons, nous ouvrons des portes, nous descendons des escaliers, nous nous asseyons à une table pour manger, nous nous couchons dans un lit pour dormir. Comment ? Où ? Quand ? Pourquoi ?
      Décrivez votre rue. Décrivez-en une autre. Comparez.
      Faites l’inventaire de vos poches, de votre sac. Interrogez-vous sur la provenance, l’usage et le devenir de chacun des objets que vous en retirez.
      Questionnez vos petites cuillers.
      Qu’y a-t-il sous votre papier peint ?
      Combien de gestes faut-il pour composer un numéro de téléphone ? Pourquoi ?
      Pourquoi ne trouve-t-on pas de cigarettes dans les épiceries ? Pourquoi pas ?
      Il m’importe peu que ces questions soient, ici, fragmentaires, à peine indicatives d’une méthode, tout au plus d’un projet. Il m’importe beaucoup qu’elles semblent triviales et futiles: c’est précisément ce qui les rend tout aussi, sinon plus, essentielles que tant d’autres au travers desquelles nous avons vainement tenté de capter notre vérité.

    1. oui, l’option 2 semble probable ( voir l’expropriation massive qui est en cours dans nos pays ) mais… mais… rien ne dit que « civiliser » l’économie ( et donc passer à autre chose et à mieux que le capitalisme ) soit impossible.

  20. Quelques références sur la question de la loi de Marx de la baisse tendantielle du taux de profit et une critique des thèses réformistes et staliniennes sur la déformation de la conception de cette loi :
    http://www.capitalisme-et-crise.info/fr/Bienvenue/Nouveaut%C3%A9s
    http://revueinvariance.pagesperso-orange.fr/Developpementcapitalisme.html
    http://classiques.uqac.ca/classiques/bordiga_amedeo/trajectoire_catastrophe_forme_capital/trajectoire.html

  21. Et si la spéculation omni présente n’était qu’une tentative désespérée d’enrayer la baisse du taux de profit, le moment historique qui précède et cause la chute ?

    1. C’est par la notion de capital FICTIF et rente foncière (rente petrolière + rente immobilière) qu’on pourra comprendre la signification de la période des années 75 aux années 2007 : création d’une accumulation de contradictions décuplées :
      – par le capital fictif
      – la délocalisation
      -fuite dans le crédit
      -épuisement des contre tendance à la baisse tendantielle au taux de profit
      Le capital surmonte t il ses contradictions ou déplace t il les problèmes dans la période actuelle ?

      Comment l’être du capital cherche à s’émanciper de la loi de la valeur ; la monstrueuse nécrose qu’il a fabriqué comme le capital fictif qu’il doit dévaloriser pour pouvoir reprendre un nouveau cycle d’accumulation capitaliste ; comment repartir avec un citoyen américain surrendetté, des banques potentiellement en faillite, un transfert des dettes gigantesques à l’état et une délocalisation massive des activités industrielles entrainant une externalisation de la production de plus value dans certains pays emergents rendant obsolète toute reprise économique fondés sur un nouvel endettement massif des citoyens et accentuant la difficulté à réaliser le cycle d’accumulation du capital.

  22. Bonjour,
    Zaz a beaucoup de succès avec cette chanson.
    Serait-ce un signe?
    Est-ce elle ou ceux qui viennent l’applaudir qui pensent un terme au capitalisme.
    Qu’y avait-il avant le capitalisme?
    Qu’y aurait-il après lui?
    Quelle serait la transition?
    Ce n’est pas tout de voir dans une boule de cristal et voir le bout du tunnel, il faut en sortir.
    L’uni-formalisation de la société?
    Tous avec le pouvoir de se nourrir, de consommer selon son choix..
    Le taux de profit dépend de l’attrait des acheteurs pour ce qui est à vendre.
    C’est l’économie de marché est un système économique où les biens et services sont échangés sur la base des prix relatifs grâce au mécanisme de l’offre et de la demande, comme dit wiki qui entraine le capitalisme, la thésaurisation pour ne pas perdre le fruit des ventes. Car il y a l’inflation. Le bas de laine sous le matelas n’existe plus. On veut de la sécurité en plus. Les fluctuations de monnaies ajoutent encore une raison de plus.
    D’accord pour dire que le capitalisme a les germes de sa destruction, mais alors quel système ne l’aurait pas?

    1. ni elle ni ceux qui viennent l’applaudir ne veulent mettre un terme a quoi que ce soit

      a chaque fois que j’entends cette chanson, j’imagine cette pauvre fille a 40 piges « vivant sa liberté » dans une caravane miteuse d’un camping de province, avec des dents pourries et pas assez de thunes pour aller chez le dentiste…. je me demande si arrivé là on a encore envie de jouer de la guitare manouche et chanter que l’argent ne fait pas le bonheur …

      c’est juste la création d’un mythe romantique et bohème autour de la notion de liberté, pour faire croire aux gens que la misère du quotidien a en elle quelque chose de sexy.

      en vrai cette chanson ça dit :
      prenez moi ma retraite, je ne dirai rien.
      avoir un travail stable, en vrai ça craint
      j’ai une bagnole pourrie mais ça me va bien
      j’aurai jamais mieux mais ca me convient.

      des idiots utiles qu’on appelle ça…. j’ai même entendu rama yade dire que c’était son morceau préfèré… ils doivent quand même bien rire entre eux d’être face des jeunes aussi cons…

    2. Von der blob,
      Très juste.
      A condition que vous considérez dans cette phrase « des idiots utiles qu’on appelle ça…. », que ce sont bien des spectateurs, les idiots utiles, bien sûr.
      Avant, il y avait les belles histoires de « Nous deux ». Aujourd’hui, on n’achète plus les CD pour 10-20 euros, mais on va voir les artistes sur place pour 100-200 euros.
      Il y a un besoin parmi les spectateurs de rêver juste pendant le temps qu’ils viennent les écouter.
      Après, ils retournent à leur vacation
      🙂

    3. « Qu’y avait-il avant le capitalisme?
      Qu’y aurait-il après lui?
       »

      avant les capitalisme il y avait un système féodal.

      après le capitalisme, il y aura un système libertaire. Enfin non, juste après la capitalisme, il y aura le chaos. Et c’est après le chaos que viendra un système libertaire.

  23. Merci pour cette discussion vraiment très instructive. Il ma semble toutefois qu’il manque un des aspects que Marx considérait pourtant comme essentiel; l’infrastructure qui conditionne les rapports de production entre capital, pris au sens d’équipements industriels, et le travail.

    Bien que Marx ait pu constater les dégatssociaux provoqués par les changements technologiques à l’origine de et aussi causés par la révolution industrielle, il n’a pas pu intégrer cet aspect dans son analyse de l’évolution du capitalisme car son raisonnement restait encore trop lié à une compréhension mécanistique et Newtonienne des phénomènes économiques comme d’ailleurs l’étaient les analyses des économistes libéraux.

    Le recul de la part des salaires dans la valeur ajoutée vient autant d’une forte augmentation de la productivité horaire du travail causée par l’autmatisation de plus en plus poussée des processus de production et même de distribution que d’une baisse directe des salaires qui en est plus une conséquence: l’offre de travail baissant les entreprises ont pu exercer un chantage à la baisse des salaires et des protections sociales dont ils finançaient une partie par la part patronale dans les cotisations sociales…

    Cette double articulation a permis, au moins pour un temps, tout à la fois une augmentation de la production malgré le moindre nombre de salariés et même le moindre d’heures de travail d’un côté et une augmentation des profits de l’autre tant que persistait une demande suffisante pour écouler les productions, ce qui risque d’être fortement compromis avec la baisse structurelle de la part des salaires dans la valeur ajoutée qui petit à petit mine les espoirs de croissance des entreprises qui se retrouveront avec des excédents de production assez rapidement. On a d’ailleurs déjà un peu entendu quelques voix s’élever en faveur d’une augmentation des salaires. Je vous rassure 🙂 ce n’est pas par un sentiment social subitement réveillé que ces voix se font entendre…

    A ce propos je viens de retrouver un passage fort édifiant dans un livre de Buckminster Fuller « Utopie ou disparition dans le déclin », dans un passage où il explique qu’une des premières applications des premiers ordinateurs dignes de ce nom avait été une modélisation économique . Il s’agit du texte d’une intervention qu’avait faite Buckminster Fuller lors d’un congrés intitulé « vision 65 »
    Après une introduction où il explique que les puissants syndicats de travailleurs de l’industrie automobile s’étaient emparés de le technologies informatique pour faire développer un modèle économique.
    Je traduits directement:
    « Le modèle devait répondre à la question: Qu’est-ce qui apporterait le plus de profits à Géneral Motors? fallait il Accorder ou ne pas accorder au syndicat units des travailleurs de l’automobile,non seulement des horaires plus courts et des paies plus élevées, mais aussi des congés payés, des droits à la retraite et des avantages sociaux à vie ?.
    La réponse de l’ordinateur fut :Géneral Motors gagnera bien plus d’argent en accordant ces avantages »
    Les directions générales , élues par les actionaires pour maintenir les profits de leurs entreprises au profit des actionnaires, n »avaient toujours jusque là pas cédé un pousse aux travailleurs. Toutefois avec l’introduction des ordinateurs chez Géneral Motors la direction a aussi fait les calculs et sont arrivés à la même conclusion.

    la direction générale de Géneral Motors céda sans se battre aux demandes sans précédants des syndicats »
    Cette histoire est assez crédible quand on se rappelle les mythes qui entouraient les premiers gros ordinateurs: « C’est l’ordinateur qui l’a dit… »

    Buckminster Fuller rajoute: « en trois ans, après avoir accordé ces conditions avantageuses au syndicat, Géneral Motors fut la première compagnie dans l’histoire à atteindre 1 milliard de dollars de profit net après impots »
    L’ensemble de cette histoire montre à quel point l’aveuglement des dirigeants actuels choisissant le profit à court terme est contreproductif, même selon leur propres inttérêts à moyen terme…

    Paul

    1. 3 ans, ce n’est pas non plus du long terme. Je doute que GM ait attendu 10 ans pour voir le retour de sa générosité se concrétiser.
      Les entreprises n’ont pas changé, elles calculent toujours et depuis toujours leur profit à court terme. Ce qui a changé c’est l’environnement. Aujourd’hui, si GM faisait cela, ses ouvriers achèteraient des télés chinoises ou des voitures japonaises et il n’y aurait aucun retour direct. A l’époque, les gens devaient acheter national et l’argent circulait en vase plus ou moins clos.
      L’ouverture des frontières a signé le glas de ces politiques fordistes.

    2. La contradiction entre offre et demande pousse le capitaliste individuel
      à encourager la hausse du pouvoir d’achat, sauf de celui de ses salariés.

      La même contradiction qui pousse la bourgeoisie d’un Etat à demander à celle de l’Etat voision et/ou partenaire commercial à faire de la relance, où à prendre des mesures protectionistes.

      Seul un capitalisme monopoliste, donc sans concurrence, aurait intérêt à augmenter les rémunérations, mais en commençant par celles de la classe dirigeante.
      Les Rolex avant les rollers.

    1. Oui, ça va dans la même sens!

      Mais aussi « le crédit social » risque d’être prit en charge par un groupe qui s’exclut de la société. Le ‘crédit social’ devient un dogme/monopole d’un groupe « élu ».

      On doit toujours garder contact avec l’espirit des intentions original et vérifier que nous sommes sur la bonne chemin. Un espirit dans laquelle tout l’homme est égale à l’autre en intégrant tout les différentes qualites de l’ homme.

    2. oui, c’est vrai qu’il faut tjrs un citoyen impliqué avisé et informé.
      je ne suis pas très familier des théories monétaires, mais au plus simple, au plus clair et au plus transparent, çà me paraît bien^^

      pour « Le ‘crédit social’ devient un dogme/monopole d’un groupe « élu » », çà me fait penser à ce parti canadien qui…fait çà^^… un peu comme les verts, çà influe un peu le débat public, mais sur l’accessoire souvent…

      cdt

  24. Tout cela me fait sourire. La nature de l’argent, tel qu’il est pensé et tel qu’il circule ou s’accumule, est d’être enjeu, et ce pour tout le monde, du plus pauvre qui survit avec 1 dollar par jour, à la multinationale qui brasse des milliards. Un enjeu étant « ce que l’on peut gagner ou perdre, dans une compétition, une entreprise », (ou un achat…) et personne n’ayant envie de perdre sa mise, fût-ce dans l’acquisition d’un bout de pain, le principe du profit est indéboulonable. Et tant qu’il en sera ainsi, le capitalisme sera « immortel » comme dit Lisztfr ci-dessus. Pour vraiment le tuer, il faut que le profit cesse d’être une nécessité, donc que les entrepreneurs puissent faire des pertes autant qu’ils peuvent faire de profits, donc que l’argent cesse d’être un enjeu, donc qu’il coule aussi abondamment que l’eau de pluie. Mais qu’aurions-nous à faire de cette espèce d’argent ? C’est ce qu’il faudrait inventer, et ce n’est pas demain la veille qu’on l’inventera.

  25. J’avais cru comprendre que la baisse tendancielle du taux « moyen » de profit devait intégrer l’ensemble des activités de la société (c’est le « moyen » qui est important). C’est à dire au niveau de toute une société les activités non rentables, les services publics parfois déficitaires, les faibles profits des sous-traitants et des PME… C’est l’ensemble qui permettrait d’observer si au niveau de l’ensemble d’une société le taux « moyen » baisse ou non. Le problème reste : comment mesurer au niveau social le taux moyen de profit ?

  26. la discussion sur Marx par Paul est tout à fait d’actualité elle sera passionnante surtout si on fait référence à des auteurs comme Husson, et j’espère Bensaïd et Lucien Sève…

  27. Amusant! On devrait savoir ici que le taux de profit est calculé sur une fraude comptable. Légalisée par ailleurs depuis Reagan, Thatcher et Bale I, II et III.
    En effet la dette des entreprises qui sert à l’investissement n’est pas comptée en tant qu’actif.
    Il y a une forte difference entre rentabilité économique et rentabilité financiére.
    La rentabilité financiére se concentre sur le seul capital apporté par les actionnaires.
    De manière comptable, la dette remplace l’actionnariat, qui profite des benefices en valeur absolue sans bourse déliée. Ce qui permet à l’acteur majoritaire de rester au controle sans ouvrir le capital à d’autres investisseurs…Et de se remplir les poches, frauduleusement car ces benefices devraient servir prioritairement à éponger la dette le plus rapidement possible. Ce qui n’est pas le cas. Fraude, car ces bénefices devaient appartenir à l’entreprise, à sa trésorereie et nullement aux actionnaires. D’ou la Crise.
    En fait la rentabilité affichée est bidon. Cette stratégie permet de contourner par la dette, ce qu’avait prévu Marx, la baisse de rentabilité tendancielle du capitalisme.
    La crise aujourd’hui en est meme la démonstration parfaite…
    Désolé Mr Husson et Jorion…

  28. Crapaud Rouge écrit:

    Pour vraiment le tuer, il faut que le profit cesse d’être une nécessité, donc que les entrepreneurs puissent faire des pertes autant qu’ils peuvent faire de profits, donc que l’argent cesse d’être un enjeu, donc qu’il coule aussi abondamment que l’eau de pluie.

    Si on voit que le profit est que un levier comptable qui nous a enfermé dans une logiciel bureaucratisé. Peut être, peut être il y a des entreprenuers capable de réfichir et de pose de questions.

    Mais je doit reconnaitre cette drogue est façon parler pire que l’alcohol, drugs, sex, etc. etc.

    Mais je pens ce n’est pas impossible, quand les entrepreneurs vont voir la bureaucratie c’est une boomerang qui ont façon parler lancé eux même, je suis certain ce n’ai plus une sujet taboe, comme aujourd’hui!!!

  29. Puisque l’on m’a provoqué… je réponds !

    Parmi les excellentes réponses qui ont été faites, l’une a mentionné le double moment du processus capitaliste : d’une part le temps de sa création dans la production et d’autre part le temps de sa réalisation dans la circulation (sinon comment le capitaliste ferait-il pour récupérer ses billes, plus quelques autres ?)

    Alors soyons dialectiques jusqu’au bout : pourquoi le taux de profit a-t-il augmenté depuis quelques décennies ? Cela a été dit mais je retiens particulièrement l’augmentation de l’exploitation (dans la production) car contrairement à ce qu’affirme Gribouille (de la politique éponyme) le SMIC a été décroché en 1983 du taux de croissance pour être accroché à l’inflation (merci Delors) ce qui fait perdre quelques pourcents à la part des salaires dans la valeur ajoutée, et les dividendes ont été multipliés par trois… comment rien n’aurait-il changé dans le rapport des deux ???

    Et la contradiction radicale du capitalisme apparaît entre la création et la réalisation de la plus-value car si le taux de profit a augmenté, du même coup la capacité d’achat par les salariés a diminué (c’est bien ce qu’on a dit pour les salariés US qui ont compensé la perte de revenus par le crédit jusqu’à la catastrophe… au lieu de se battre pour augmenter les salaires ils ont acheté des actions de ceux qui les grugeaient… Exactement ce que Marx a toujours dit : étudiez, comprenez comment le capitalisme fonctionne et peut-être vous pourrez vous en émanciper).

    Aïe ! Alors la réalisation de la plus-value ne se fait plus aussi bien : contraction des marchés, retour sur investissements en berne, suppression des investissements, spéculation folle pour tenter de gagner de l’argent avec de l’argent sans passer par la case production (capital fictif = dix fois le PIB mondial annuel, où va-t-il pouvoir s’investir pour gagner 15 à 25 % ? Les matières premières et l’alimentation, c’est un bon plan. Mortel évidemment. Mais pas pour les mêmes dans un premier temps, car quand il n’y aura plus d’agriculteurs, ils boufferont leurs dollars ?).

    Pas bon pour les prolétaires et les capitalistes…

    Marx n’a jamais dit que le capitalisme mourrait de lui-même, mais que travaillé par cette contradiction, les prolétaires, s’ils savaient saisir leur chance, pourraient le tuer, enfin, le dépasser, parce que le capitalisme fait partie de l’histoire de l’humanité et qu’on ne peut pas le tuer sans faire disparaître l’humanité. Voilà qui est un peu plus dialectique.

    Il faut donc que les salariés (les prolétaires pas ceux qui sont déjà un peu inclus dans la classe bourgeoise grâce à leurs stock-options) prennent conscience du piège qui est en train de les broyer : Islande, Hongrie, Roumanie, Irlande, Portugal…en attendant les suivants, pour les pays européens.

    Car les capitalistes pour augmenter encore le taux de profit et/ou l’empêcher de suivre sa pente naturelle vont déclencher toutes les guerres nécessaires. Dans cet ordre nous avons Irak I, Yougoslavie, Irak II, Afghanistan, en attendant Pakistan ou Iran, au choix.)

    Si nous, les prolétaires de tous les pays, ne nous unissons pas !

  30. Beaucoup d’interventions de ce blog, fruit d’un marxisme non pas dogma, mais critique,
    rappellent l’apport inestimable de Daniel Bensaid, dont pas mal de textes se trouvent sur le net,
    y compris la préface de son dernier ouvrage, « Marx et les crises »,
    où Bensaid consacre plusieurs pages à une discussion critique de la fameuse « loi ».

    Ici : http://www.contretemps.eu/sites/default/files/pr%c3%a9face%20marx.pdf
    Extraits:
    Derrière l’apparence économique de la loi de
    « la baisse tendancielle » se manifeste en réalité
    l’ensemble des barrières sociales sur lesquelles vient
    buter l’accumulation du capital. Cette étrange loi,
    dont Marx expose dès le chapitre suivant « les
    contradictions internes », a nourri bien des controverses.

    Elle semble, de fait, ne pouvoir s’imposer
    qu’à travers ses propres négations : l’augmentation
    du taux d’exploitation qui vise à redresser le profit ;
    la prédation impérialiste qui permet d’abaisser la
    composition organique du capital par l’exploitation
    d’une force de travail à bon marché et par la baisse
    du coût des matières premières ; l’accélération de la
    rotation du capital grâce à la publicité, au crédit, à
    la gestion des stocks pour compenser la baisse du
    taux de profit par l’augmentation de sa masse ; l’intervention
    publique de l’État par le biais des dépenses
    publiques, des aides fiscales, et notamment des
    dépenses d’armement.

    Loi fort bizarre donc, cette loi qui se contredit et se contrarie elle-même :
    La dépréciation périodique du capital, qui est un
    moyen immanent au mode de production capitaliste
    d’arrêter la baisse du taux de profit et d’accélérer
    l’accumulation du capital par la formation de capital
    neuf, perturbe les conditions données dans lesquelles
    s’accomplissent le processus de circulation et de
    reproduction du capital et, par suite, s’accompagne
    de brusques interruptions et de crises du processus
    de production…

    Ce n’est pas une loi mécanique ou physique,
    mais une « loi sociale » (si tant est que le terme de
    loi soit encore approprié). Son application dépend
    de multiples variables, de luttes sociales à l’issue
    incertaine, de rapports de forces sociaux et politiques
    instables. Elle ne cesse donc de se contrarier elle même
    en suscitant des contre-tendances :
    – l’augmentation du taux d’exploitation tend à
    redresser le taux de profit, soit par l’allongement
    du temps de travail, soit par l’augmentation de sa
    productivité, soit par la compression des salaires
    au-dessous du taux d’inflation, soit encore par l’amputation
    du salaire indirect (la protection sociale) ;
    – les mécanismes de domination impérialiste
    contribuent à faire baisser la composition organique
    du capital par l’appel à du travail bon marché
    et par la réduction du coût de production d’une
    partie du capital constant ;
    – l’accélération de la rotation du capital compense
    la baisse du taux de profit par l’augmentation
    de sa masse ;
    – l’intervention économique de l’État soutient
    l’économie par le biais des dépenses publiques, des
    dépenses d’armement, des aides fiscales, et par « la
    socialisation des pertes » ;
    – l’intensification du travail – augmentation de la
    plus-value relative.
    – l’allongement de sa durée – augmentation de la
    plus-value absolue.
    – la réduction du capital variable par la baisse
    des salaires directs ou indirects.
    – la réduction du capital constant par la baisse
    du coût des matières premières, la production à flux
    tendus, le stock 0…

    Marx ne parle jamais d’une « crise finale ».
    Il démontre seulement comment « la production
    capitaliste tend sans cesse à dépasser ses barrières
    immanentes ». Contrairement à ce qu’ont pu
    prétendre, dans les années 1930, Evgeni Varga et
    les théoriciens de la crise d’effondrement final du
    capitalisme (Zusammenbruchtheorie) au sein de la
    Troisième Internationale, ces crises sont inévitables,
    mais pas insurmontables. La question est de
    savoir à quel prix, et sur le dos de qui, elles peuvent
    être résolues. La réponse n’appartient pas à la critique
    de l’économie politique, mais à la lutte des
    classes et à ses acteurs politiques et sociaux.

  31. Suivant cet excellent blog depuis maintenant quelques années, je profite de ce sujet pour y re-intervenir. Je m’étais manifesté l’an dernier mais avais été stoppé net … par des problèmes oculaires exigeant que j’arrête un peu avec les écrans, puis par les diverses occupations que l’on peut avoir.
    Bref, si je ne saurai rivaliser avec lui pour expliquer un indice boursier et le prendrai au contraire volontiers comme référence, je trouve par contre souvent que Paul Jorion concernant Marx est un peu « léger », car tributaire de lectures et de commentaires là où il faudrait lire et relire la source elle-même et à fond, de façon réellement non dogmatique c’est-à-dire pas en cherchant à pièger ce qui serait dogmatique chez Marx (cela, c’est encore une lecture dogmatique), mais en cherchant à restituer ce qu’il a réellement voulu dire dans son contexte (quitte ensuite, mais ensuite seulement, à en démontrer le caractère dogmatique ou non).
    Il est très exagéré de dire que pour Marx la baisse tendancielle du taux de profit est la raison majeure pour laquelle le capitalisme serait condamné. D’une façon générale, il est difficile de dire quelles sont chez lui les « contradictions insolubles » du capital -NB : du capital, le mot capitalisme … n’existe pas chez Marx ! -, tant sa critique forme un ensemble compact de contradictions terribles, inséparables de la dynamique du capital.
    Ainsi : on pourrait sans doute dire que la plus terrible contradiction du capital chez Marx est sa nature de chose auto-motrice, de valeur en procés ne pouvant pas s’arrêter de croître, c’est-à-dire cela même qui en apparence ne comporte justement pas de contradiction, puisque du moment que les êtres humains et le milieu naturel veulent bien se laisser dévorer, sa croissance est par elle-même sans limite aucune. Cette contradiction absolue qui se présente comme non-contradiction, c’est cela même qu’Aristote craignait dans la chrématistique. La critique de Marx s’inscrit pleinement dans cette veine.
    Pour en revenir au chapitre du Capital sur la baisse tendancielle du taux de profit (livre III section 3, un brouillon de recherche pour Marx qui n’en envisageait pas la publication sous cette forme), il faut en rappeler le contexte : cette histoire de baisse tendancielle était un lieu commun des économistes dits classiques.
    Avant Adam Smith on parlait de la tendance à la baisse des taux d’intérêts dans les pays riches.
    Adam Smith tient la tendance à la baisse du taux de profit pour une chose évidente et acquise, l’envisage bien comme baisse du taux de profit plutôt que seulement des taux d’intérêt, et l’explique sous le mode de l’évidence (pour lui) par l’abondance des capitaux et leur concurrence (Robert Brenner, un auteur marxiste étatsunien, qui par ailleurs fournit des données empiriques à l’appui d’une baisse réelle des taux de profit moyens aux Etats-Unis dans la seconde partie du XX° siècle, a réactualisé cette interprétation « smithienne » tout en tenant pour dogmatique le « marxisme » dominant à ce sujet).
    Chez Ricardo, bien qu’il ait eu un gros doute à la fin de sa vie (cf. son débat avec Sismondi sur les effets du machinisme suite à la crise de 1815-1816), la baisse du taux de profit, tenue là aussi pour un fait acquis, est expliquée par ce que nous appelerions l’écologie -la « loi » des rendements agricoles décroissants- combinée aux rapports sociaux (les profits seraient à l’arrivée piégés entre les salaires et les rentes foncières).
    Quand Marx appelle cette « loi » « la plus importante de l’économie politique moderne », ce n’est pas une affirmation qu’il fait sur le capitalisme, c’est une critique qu’il adresse à l’économie politique!
    S’il aborde ce sujet, c’est, initialement, en raison de la place que cette « loi » -parmi d’autres qu’il a réfutées : loi d’airain des salaires, loi des rendements décroissants, loi des débouchés de Say … – tient dans l’économie politique. Et il se lance dans une démonstration dont la majeure partie, si on veut bien la lire sans conviction pré-établie, fait justement ressortir la non évidence de cette « loi », qu’il affuble de l’adjectif « tendancielle » : il identifie des contre-tendances et il observe que le fait empirique réellement remarquable est que le taux de profit soit ne baisse pas, soit baisse bien peu comparé à ce qui devrait être le cas si seule la cause première de la loi prévalait.
    De sorte que là où l’on a par la suite voulu voir un texte montrant l’effondrement inéluctable du capitalisme pour cause de taux de profit décroissant, on a en réalité une critique serrée de l’économie politique classique qui, elle, prenait cette baisse pour une « loi » !
    Beau contresens dont les textes de Marx, comme Aristote, comme Machiavel … sont coutumiers, et pas plus qu’eux ne peuvent solidement en être tenus pour responsables. Cette lecture de Marx reprise ici par Paul Jorion (« La baisse tendancielle du taux de profit est selon Marx la raison pour laquelle le capitalisme est condamné à terme ») est d’ailleurs tardive : le marxisme « classique » du mouvement social-démocrate et révolutionnaire européen, celui d’avant Staline et Hitler, avec des protagonistes comme Kautsky, Lénine ou Rosa Luxemburg, n’est pratiquement pas préoccupé par la dite « baisse tendancielle », et il est particulièrement frappant que Rosa Luxemburg pour qui il était politiquement et moralement essentiel de démontrer l’inéluctabilité de l’effondrement du capitalisme n’y a pas du tout recours.
    De plus, comme le fait remarquer Moshe Postone (Temps, Travail et Domination Sociale, éd. Mille et une nuits, 2009) le livre III du Capital dont fait partie cette section est une critique des formes superficielles, des apparences nécessaires (salaires, profits, intérêts, dividendes, rentes, revenus et classes sociales) et non des fondements du capital, ce qui du point de vue de Marx inscrit la « baisse tendancielle » dans la catégorie des formes nécessaires mais non essentielles, des manifestations de surface si l’on veut.
    Cela dit, l’une des raisons ayant par la suite facilité l’institution de cette simple tendance nécessaire en un dogme inéluctable, est que c’est précisément depuis les années 1860 au plus tard que l’économie officielle a cessé de la tenir pour un fait acquis, tenant au contraire pour la normalité une croissance équilibrée et éternelle du capital. Du coup le texte de Marx, écrit en 1865 et édité en 1894, est, ce qu’il ne pouvait évidemment pas savoir, le dernier grand texte économique à traiter de la dite « loi’, et pour longtemps (réserve faites de quelques similitudes chez Keynes mais qui ne relèvent pas du tout du même contexte intellectuel ni des mêmes perspectives historico-politiques).
    C’est surtout le stalinisme qui a affirmé qu’il y avait là une loi inéluctable. Elle avait l’avantage de faire de l’effondrement du capitalisme et de l’avènement du socialisme un processus mécanique avec lequel l’auto-organisation, l’auto-émancipation, de l’humanité, n’avaient au fond strictement rien à voir : une « loi scientifiquement démontrée » de façon mécaniste avec des arguments ayant l’apparence de l’irréfutalité technique (si C monte, PL/C+V doit baisser).
    Mais l’anti-dogmatisme est souvent lui aussi un dogmatisme. A cet égard, la position de Michel Husson qui ne prétend pas seulement réfuter le dogme (chose facile et faite depuis longtemps) mais aussi jeter aux orties l’idée marxienne d’une tendance tout de même nécessaire et significative, me semble très pauvre et très peu approfondie.
    Expliquer que « la loi de la baisse tendancielle » est réfutée parce que les profits ont augmenté entre 1979 et 2008 (la grande période néolibérale dont Paul Volcker, tel l’abbé Siéyès envers la révolution, fut le portier ! ) est, je m’excuse, affligeant, car c’est confondre profit et taux de profit et c’est réfuter les contradictions du capital par le constat de l’enrichessement des capitalistes que nul ne songerait à nier. Dire que la « vulgate marxiste » serait réfutée … parce que les dividendes ont augmenté (résumé synthétique lapidaire mais fidèle de l’argumentation de M.Husson par Paul Jorion) est un enfantillage qui se situe au même niveau que la dite vulgate voire en dessous.
    C’est ensuite mettre entre parenthèses trois autres phénomènes : 1°) l’hypertrophie de la finance comme substitut, temporaire et localisé, aux profits issus de la production et du commerce « réels », dans cette période 1979-2008, 2°) la réalité contemporaine d’une accumulation par prédation-destruction et 3°) l’importance renouvelée de la rente foncière. Intérêt, pillage et rente font partie du profit au sens de Marx, mais la baisse du taux de profit ne les concerne pas directement. Leur hypertrophie momentannée, mais décisive, structurelle, dans la période néolibérale de la fin du XX° siècle, a-t’elle été un paliatif destructif à la baisse du taux de profit issu de la production de marchandise (industrie, agriculture, mines, énergie, transports), baisse résultant de l’augmentation des investissements en capital constant (matériel, machines, technologies, infrastructures) ? La question mérite au moins d’être prise très sérieusement en considération, et mérite mieux que d’être évacuée par un « mais vous voyez bien que les dividendes ont augmenté » qui est à côté du sujet. En tout cas si la réponse est oui, alors la « baisse tendancielle » serait un facteur fondamental de notre époque à travers la dimension destructrice des traits financiers, prédateurs et rentiers pris par le capitalisme précisément à cause d’elle !
    Enfin il ne faut pas passer à côté de ce qui fait la profondeur de la critique marxienne de l’économie politique à propos du taux de profit : qu’il existe une tendance à sa baisse découle du fonctionnement de la valeur, le rapport social finalement exclusif et dévorant, sous la forme de capital, car pour s’auto-valoriser toujours plus elle rend la proportion concrète du capital constant par rapport au travail humain toujours plus élevée à l’avantage du premier -là il ne s’agit pas de valeur marchande ni de monnaie, mais de « biens », les moyens de production, en regard des êtres humains.
    Cet élément très général constitue précisément ce qui fait que Marx parle tout de même bien d’une « loi », et il est bien, lui, observable empiriquement (en fait il décrit le monde dans lequel nous vivons …). Or, si la source de la valeur et du capital, c’est le travail humain abstrait créateur de valeur, alors pour le rendre toujours plus efficace (efficace pour produire du capital), le capital le rend toujours proportionnellement moins important dans les processus concrets du travail productif global et de la vie. Progrés potentiel immense d’un côté, contradiction effective terrible voire meurtrière de l’autre, qui signe le caractère historiquement daté du capital, qui sous la forme de la valeur repose toujours sur l’exploitation du travail alors qu’il créé les conditions matérielles du dépassement de cette situation tout en l’interdisant. Il rend le travail pour partie superflu tout en reposant sur son exploitation, avec des effets absurdes et meurtriers. C’est cela qu’il y a dans l’analyse marxienne de la « baisse tendancielle ». Voila sa profondeur. Elle ne signifie pas effondrement ni nécessaire, ni automatique.
    La principale contre-tendance, celle qui est réellement décisive car elle est une contradiction interne de la « loi », est que l’accroissement de la productivité du travail, permis par l’augmentation de la quantité concrète de capital constant, produit aussi une dévalorisation de celui-ci, atténuant donc considérablement et pouvant en théorie, pour Marx lui-même, annuler et inverser la tendance à la baisse, qui n’en existe pas moins comme signe et symptôme de la finitude du capital que ses faisant fonction les capitalistes et leurs économistes veulent croire capable d’auto accroissement infini.
    L’autre grande contre-tendance, celle à la hausse du taux d’exploitation, c’est-à-dire l’incontestable recul des salaires dans la valeur ajoutée dont parlent Michel Husson et bien d’autres, n’a pas ce caractère de contradiction fondamentale pour la loi elle-même, car la hausse de l’exploitation absolue (temps et intensité du travail voire baisse des salaires) a des limites extérieures, et la hausse de l’exploitation relative (investissements productifs) fait par contre augmenter le capital constant.
    Ceci est contenu, de façon plus ou moins intuitive parfois, dans le texte touffu de Marx, et le fait qu’il poursuive par des considérations, inachevées elles aussi, sur les crises, peut faire penser qu’il aurait peut-être accepté une interprétation non pas linéaire, mais cyclique, de la manifestation empirique réelle de la « loi tendancielle ».
    Etant donné que la « loi » chez Marx se situe sur le plan de la valeur d’usage, des moyens de production concrets par rapport aux forces humaines de travail vivantes, et que la contre-tendance qu’est la dévalorisation du capital constant se situe sur le plan de la valeur prenant forme de valeur d’échange, que par conséquent la loi dans la mesure où elle est incontestable n’est pas exprimable en termes monétaires, alors que la contre-tendance l’est, il s’ensuit que
    -évidemment le dogmatisme qui pose que malgré sa dévalorisation relative la hausse de C doit forcément être plus forte que celle de PL/C+V est inconsistant,
    -mais le dogmatisme à l’envers qui voudrait prouver le contraire est lui aussi inconsistant : voila une remarque qui s’applique à la théorie hussonienne des variables communes au numérateur et au dénominateur.
    Comme le dogmatisme qu’elle prétend réfuter, elle implique une incompréhension des différents niveaux d’analyse de la marchandise et de la production chez Marx, de la différence entre la loi (hausse de la proportion des moyens de production par rapport au travail humain concret) et la contre-tendance (dévalorisation du capital constant). Ce n’est pas un hasard ni l’effet de mathématiques insuffisantes si Marx n’a pas tenté d’exprimer mathématiquement, quantitativement, la « loi de la baisse tendancielle » et s’en est tenu à des remarques qualitatives qui, comme telles, sont pénétrantes.
    Il est temps de conclure.
    Une certitude structurelle : le monde va très mal à cause du capitalisme.
    Une certitude conjoncturelle : le capitalisme lui-même va mal, mais s’il se rattrape … au détriment du monde, il peut aller mieux.
    Que les causes de l’état du monde et du mal être du capital n’aient rien à voir avec le taux de profit est une affirmation pour le moins imprudente.
    Le constat de la hausse des dividendes ne prouve rien du tout ici, ou alors autant croire tout de suite que la crise est finie puisque certains stocks-options ont crevé le plafond depuis la faillite de Leman Brothers : tel est justement le genre de croyances dans lesquelles les analyses de P.Jorion et F.Leclerc nous évitent de tomber, alors ne tombez pas dedans par la fenêtre après les avoir évacuées par la porte !
    PS : ce texte que j’ai démarré en voulant faire un mail de 10 lignes (si, si ! ) a pris les proportions d’un article, je m’en excuse et précise que vous pouvez bien sûr en disposer comme vous voulez sur votre blog.
    PPS : merci pour Neil Young et quelques autres !

    1. Merci pour ces remarques très détaillées. Première chose, vous m’avez donné envie de lire à tête reposée ces cinquante pages du « Livre III du Capital » consacrées à la « Loi tendancielle » qui, pour ceux qui l’ignoreraient, sont des notes éparses rassemblées en volume par Engels. Les réflexions de Marx dans ces notes sont évidemment toujours intéressantes, mais comme vous le soulignez, n’aboutissent en général pas et il n’est jamais très clair ce que Marx en aurait fait dans un texte construit en vue d’une publication. Nous sommes donc d’accord a priori sur deux choses : le texte de Marx sur la « Loi tendancielle » se prête particulièrement peu à être érigé en dogme et, le texte de Marx est bien plus intéressant que ce que certains de ses lecteurs y ont lu (ce qui est d’ailleurs un principe général qui vaut aussi pour la plupart des auteurs qui méritent d’être lus). Ceci dit, je doute que Husson ne soit pas d’accord avec ce que je viens d’écrire et c’est pour cela qu’il parle de « vulgate de Marx ». La question est alors : « Faut-il s’intéresser à cette vulgate de Marx ou l’ignorer ? » ; votre commentaire suggérerait plutôt que non, ce qui est une attitude possible. Husson lui se situe par rapport à d’autres auteurs « marxistes » et considère que oui, ce qui est aussi son droit le plus strict. La prochaine démarche pour moi consiste à lire et comprendre ce que Marx dit dans ces cinquante pages, ce que je vais faire ; vous m’en avez déjà offert une grille de lecture très éclairante et je vous en remercie.

      PS : je transmets à Neil Young, c’est lui qu’il faut remercier 😉

    2. Présumey Vincent, merci de ces précisions.

      J’ai déjà eu l’occasion sur ce blog de signaler que la lecture correcte de Marx était un préalable à une discussion sérieuse de ses démonstrations… J’ai même dit que j’étais fatigué de répéter… Donc de risquer d’être pris pour un rabâcheur et de fatiguer les lecteurs !

      Mais, votre commentaire me redonne le courage de dire que Marx dans le Capital traite de la société dont le mode de production est capitaliste et non d’une économie politique qui serait vraie en tous temps et tous lieux, comme l’économie politique classique le voulait. L’économie politique est une science des situations économiques singulières : celles qui se produisent à tel moment, en tel lieu, après telle histoire, face à tels événements naturels ou sociaux… Rien à voir avec des généralités générales qui ne veulent rien dire (c’est-à-dire de fausses abstractions).

      Les contresens sur la lecture de Marx commencent dès la première phrase où quasi tous les économistes imaginent que Marx pensait que la richesse d’une société capitaliste résidait dans une « collection de marchandises ». Alors qu’il lui faut 3000 pages pour montrer qu’il n’en est rien, cette richesse est le capital. Mais on sait bien que faire croire qu’on est riche parce qu’on a beaucoup de biens est un bon moyen de pousser à la consommation tout en cachant que les vrais riches ont eux le capital…

      Ces contresens sont innombrables et souvent, donc, très intéressés. Vous en démontez encore un.
      Il y a plus à gagner dans cette compréhension profonde de Marx qui nous fait sortir de la vulgate marxiste et de cette imposture qu’est l’interprétation stalinienne.

      Pour ceux qui souhaiteraient en savoir un peu plus sur le Capital et la pensée marxienne, et qu’y a-t-il de plus urgent aujourd’hui dans l’ordre de la connaissance, achetez le livre de Lucien Sève : « Penser avec Marx aujourd’hui » qui donne quelques clés pour ne pas tomber dans les pièges idéologiques tendus par la pensée dominante néolibérale.

      PS pour l’administrateur du site : ce serait bien d’avoir une recherche qui permette de retrouver les commentaires antérieurs sans être obligé de passer par Google…

  32. Méthodologie : comment se calculent les taus de profits « globaux »? utilise-t-on des variables macro-économiques fournies par les organismes statistiques de chaque pays (ex : l’INSEE pour la France), ou bien va-t-on rechercher un échantillon d’entreprises qu’on espère représentatives?

    Je suis troublé car ce sont souvent les chiffres des grandes entreprises qui sont cités à l’appui des arguments. Il est vrai que ceux-ci s’obtiennent facilement. Qu’en est-il des TPE, PME/PMI, etc… qui auraient fermé en France (parfois sous-traitants des grands groupes) pendant que d’autres PME se développent, par exemple en Chine, sur la même activité. Comment calcule -t-on le taux de profit qui en résulte, et surtout dans la durée?

    Sait-on calculer des marges d’erreur sur ces chiffres, qui apparemment divergent d’un source à l’autre.

  33. C’est toujours pareil dans ce blog, le temps de se retourner et on est déjà le 36ème commentateur.

    Du coup, beaucoup de choses ont déjà été dites, je ne peux que les saluer.

    Un point n’est pas abordé suffisamment me semble-t-il. C’est celui de la mondialisation.

    Il est tout à fait clair que la loi de la baisse tendancielle exposée par Marx n’est pas une loi automatique puisque c’est justement une loi tendancielle. Donc, en toute logique, il peut exister transitoirement des situations durant lesquelles diverses causes s’opposent à cette tendance générale pour faire remonter le taux de profit. Cela a été mentionné par plusieurs commentateurs, je n’y revient pas davantage, une des principales causes possibles est la hausse du taux d’exploitation de la classe ouvrière, dont la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée est un marqueur probable .

    Il s’agit là d’une possibilité théorique et valable en tout temps. Ce qui me semble intéressant, au delà de cette explication théorique est de comprendre précisément comment depuis 20 ans les choses se sont déroulées, car à ce moment, la théorie devient un guide pour l’action.

    Je pars des hypothèses suivantes :
    1) derrière la financiarisation de l’économe, les bulles et tout ce qui peut être artificiel (schéma de ponzi-madoff, …) dans la finance, il y a eu néanmoins une réelle phase de reconstitution des taux de profits de 1980 à 2000 voire 2005.
    2) cette phase s’est matérialisée par un recul assez profond du mouvement ouvrier, par une dégradation du rapport de forces entre travail et capital, et en particulier par une dégradation des conditions de vie des salariés dans les pays « capitalistes avancés », Europe, USA, Japon en particulier.

    La question est « pourquoi » ?

    Pourquoi, alors que de 1945 à 1975 environ, le rapport de force travail capital s’est constamment amélioré et avec lui les conditions sociales des classes populaires, (et, sauf erreur de ma part, le taux de profit avait baissé simultanément) pourquoi cette tendance s’est-elle soudainement inversée ?

    Peut-on réellement attribuer cela à Reagan et Thatcher ? Considérer que cela est uniquement le fait de capitalistes qui de gentils seraient devenus méchants ? Il me semble que cela ne serait pas sérieux. Je ne pense pas que ce soit la différence de personnalité entre Reagan et ses prédecesseurs (Nixon, Eisenhower, ou même le play-boy Kennedy), ou ses successeurs (Carter, Clinton, Obama) qui suffise à expliquer cela.

    Il me semble qu’une telle rupture historique doit nécessairement avoir des bases dans la réalité économique du rapport de force entre les classes, et je pense que cette base réside précisément dans la mondialisation. La mondialisation a représenté, entre autres, l’entrée de plus d’un milliard de nouveaux travailleurs, par continents entiers dans le coeur du système de production capitaliste, l’industrie.

    En 1980, la population active mondiale s’élevait à 1 milliard 887 millions de personnes (stats banque mondiale – oit), en 1990, elle était passée à 2 milliards 342 millions. En 2006, la barre des 3 milliards était passée. En 25 ans, une augmentation de plus de 50 %.

    Si on regarde par pays, 4 exemples : les USA, la Chine, l’Inde, la Russie, la France.

    entre 1980 et 2006,
    la population active des USA passe de 112 à 155 millions (croissance 38 %)
    la population active de la Chine passe de 503 à 766 millions (explosion 52 %)
    la population active de l’Inde passe de 253 à 432 millions (explosion 70 %)
    la population active de la Russie passe de 77 à 75 millions (décroissance)
    la population active de la France passe de 24 à 28 millions (croissance 16%)

    Non seulement la population mondiale a fortement cru mais son centre de gravité s’est déplacé (l’Inde et la Chine representent près de la moitié de l’augmentation totale) et loin d’être cantonné à la production de matières premières, les pays dits émergeants ont obtenu par le biais de la mondialisation le transfert des pans les plus importants de l’industrie lourde et légère mondiale, industrie qui a accompli à cette occasion un changement d’échelle considérable et bénéficié de différentiels de salaires et de rapports monétaires très favorables liés précisément à la jeunesse de la structure socio démographique de ces pays, et au fait que, passant d’une économie rurale à une économie industrielle, le taux de profit initial y était très bas et que le potentiel de croissance des profts très élevé.

    La loi tendancielle de baisse du taux de profit exposée par Marx vaut dans un système économique fermé. En intégrant des pays jusque là peu présent sur le marché mondial, et disposant d’une structure économique moins capitaliste, la classe capitaliste a pu reconstituer son taux de profit qui avait trop baissé dans le régime de développement précédent issu de la 2nde guerre mondiale .

    Ce qui est une bonne et une mauvaise nouvelle à la fois, c’est que c’est probablement terminé.
    D’abord, seule l’Afrique dispose d’un réservoir démographique similaire mais elle arrive après. En proportion, elle ne permettra pas une augmentation de même ordre. Ensuite, l’Afrique n’est pas encore prête en termes d’infrastructures et sa situation politique l’empèche d’émerger.
    Enfin et surtout, le système technique du capitalisme a atteint désormais les limites physiques de la planète et il n’existe plus les ressources qui permettent un élargissement du système.

    Il faudra alors soit que le capitalisme développe un nouveau régime d’accumulation (mais honêtement, je ne vous pas quelle pourrait en être la base) soit mettre fin au capitalisme, et vu comment nos dirigeants s’y accrochent, cela ne sera pas une partie de plaisir.

    1. « …je pense que cette base réside précisément dans la mondialisation »

      Personnellement, je crois que ce sont les stock options. J’ai eu l’occasion de l’expliquer à plusieurs reprises, en particuler dans L’argent mode d’emploi>/i> : Les stock options et la fin de l’équilibre capitaliste (2009 : 320-329).

    2. @Paul et Franck

      Je ne pense pas qu´il y ait une et une seule cause à ces dérives constatées.

      Vous avez raison tous les 2. La mondialisation et libéralisation des marchés permet aux capitaux de reconstituer leur profits en allant exploiter des travailleurs plus faibles.
      Les stock-options en faisant des alliés les entrepreneurs et les capitalistes lève un possible contre pouvoir des entrepreneurs envers les capitalistes. Mais si on poursuit dans cette voie, on peut peut-être remonter un peu plus haut dans l´histoire et aller jusqu´à avancer que la révolution bourgeoise avec la défense de la propriété privée dans sa définition et son acceptation actuelle a fait objectivement des bourgeois (c´est à dire, dans nos sociétés, à peu prêt tout le monde) des petits (ou grands) capitalistes en puissance ou en espoir.

      Pour ma part, il me semble que le point de fixation essentiel se situe dans la définition que nous donnons à la propriété privée et que nous allons devoir nous pencher sérieusement sur cette question cette fois si nous voulons aller au bout des réflexions pour la définition d´un après le capitalisme.

      Qu´en pensez-vous ?

    3. Merci à tous les trois .

      Cro Magnon trouve vos trois propos plus clairs que la baisse tendancielle du taux de profit .

      Il commence à fouetter un peu pour la définition de son cheptel .

      Mais sa femme se charge de lui faire comprendre que c’est pour leur bien commun et l’avenir des enfants .

      Cromagnon et le paysan de l’Indus n’étaient donc pas capitalistes selon la définition de base ( « système » économique ). Mais son instinct reptilien « d’appropriation /accumulation /Gaged’avenirgarantiiagréable » était et reste un carburant potentiel pour le capitalisme et tous les totalitarismes .

      Contrairement à Moi qui ironise sur une éventuelle facilité proverbiale , je persiste à affirmer que , à défaut d’être en conscience de nos tares ( et qualités) , on ne peut facilement et durablement changer le monde .

      Ce qu’on appelle se civiliser en quelque sorte .

      PS par association d’idée :

      1 – je crois me souvenir d’une anecdote où l’on raconte que dans une société de singes avec un mâle dominant balèze censé être le chef de bande , ce dernier était tellement agressif , possessif , maltraitant et blessant grièvement ses jeunes concurrents et ses propres enfants , que la majorité des femelles icelui soumises se sont révoltées un jour et lui ont foutu en groupe une méchante correction . Puis elles sont allées séduire un mâle assez bien de sa personne , plus soucieux du bien être et de la paix du groupe ( et surtout du respect des enfants ). La femme n’est pas forcément l’avenir de l’homme mais elle a plus souvent le souci de l’avenir de leurs enfants .

      2- le peit jeu de ping pong en suite du fil d’Argeles 39 ci dessus , m’avait fait relever en souriant que l’acte de décès du capitalisme semblait plus assuré que son acte de naissance .

      Le capitalisme sera mort quand Cro magnon n’en aura plus besoin ; ça approche . C’est Cro magnonne qui me l’a dit .

      Juste avant de partir folâtrer avec le nouveau bellâtre revêtu d’une superbe peau de bête dans la caverne d’à côté .

    4. Cause du basculement ?

      Guerre du Vietnam ; effondrement du dollar ; décrochage de l’or ; augmentation du pétrole (OPEP compense la perte de valeur du dollar) ; les multinationales trouvent de nouveaux salariés pas chers à exploiter ; les néolibéraux prennent le pouvoir partout et soutiennent les multinationales ; il faut casser les résistances des classes ouvrières des pays développés (développés grâce aux solidarités collectives et aux diverses nationalisations), les corseter dans des dettes nationales (décret Pompidou, 3 janvier 1973) et dans une Union européenne qui ne défend que la rente (inflation = 0), d’autant plus facile à faire que la casse de l’industrie permet de licencier des dizaines de milliers de militants syndicaux, ce qui freine la syndicalisation (évidemment, cf. l’écart entre le nombre de syndiqués et celui des manifestants en France…) ; pour parfaire le système le néocapitalisme a besoin d’une part de continuer à faire croire en l’ascenseur social (travaillez plus pour devenir riche, comme si un travailleur acharné était jamais devenu capitaliste par son travail…) et d’autre part se constituer une garde rapprochée de mercenaires prêts à tout (les stock-options vont être l’instrument pour transformer des cadres, susceptibles de soutenir la classe ouvrière dans ses efforts d’émancipation, en fidèles serviteurs du capital qui vont au comble de l’absurdité se licencier eux-mêmes pour faire augmenter leurs dividendes !) ; cerise sur le gâteau, faire emprunter pour consommer l’argent qu’on ne donne pas en salaires ; bulle spéculative monstrueuse qui explose « lentement » à nos frais et qui va ramener au niveau de vie du milieu du XXe siècle des pays entiers pour éponger une « dette » de dix fois le PIB mondial. Sauf si…

      Voilà comment je vois l’essentiel du scénario, mais il y a beaucoup d’autres aspects que je n’ai pas cités, je crois qu’ils s’y rattachent sans le contredire.

    5. C’est Cro magnonne qui me l’a dit .

      Juste avant de partir folâtrer avec le nouveau bellâtre revêtu d’une superbe peau de bête dans la caverne d’à côté .

      Voilà ce qui arrive quand cromagnon choisit une cromignonne ! …
      Heu………

  34. « Le pouvoir de consommation des travailleurs est limité en par­tie par les lois du salaire, en partie par le fait qu’ils ne sont em­ployés qu’aussi longtemps que leur emploi est profitable pour la classe capitaliste. La raison ultime de toutes les crises réelles, c’est toujours la pauvreté et la consommation restreinte des masses, face à la tendance de l’économie capitaliste à dévelop­per les forces productives comme si elles n’avaient pour limite que le pouvoir de consommation absolue de la société. »

    Marx, Le capital.

  35. Moi dit:25 novembre 2010 à 21:41

    « Aujourd’hui, si GM faisait cela, ses ouvriers achèteraient des télés chinoises ou des voitures japonaises et il n’y aurait aucun retour direct. »

    Bien entendu il n’est plus question qu’une seule entreprise, si grande fut-elle, se mette à augmenter les salaires et les avantages sociaux… Il n’est même plus question qu’un état fasse ce genre de politique, c’est pourquoi ce devraient être l’ensembles des pays où règne encore en maître des économies capitalistes de marché qui se concertent pour entreprendre des politiques semblables à celle de GM en 1965; je dis bien dans leur intérêt de capitalistes, il est évident que je ne crois pas un moment que ça serait par une quelconque compassion pour le bien social, mais elles ne le feront certainement pas.

    Il y a donc un risque grave que des manifestations violentes comme celles récentes au Portugal et comme celle des étudiants Londoniens, ou pires
    locaux…de socialisation des pertes, ainsi que d’externalisation des dégats environnnementaux…

    Mais il ne semble pas qu’on ait encore trouvé de lunettes pour corriger la myopie des hommes et femmes politiques, d’ailleurs à ce point de vue pour tous les pays industrialisés du monde quels qu’en soient les régimes…

    Notons, pour revenir au sujet de l’analyse marxiste, que Marx pensait que les patrons baisseraient les salaires jusqu’au strict minimum nécessaire au maintien de la force de travail dont ils ont besoin pour faire fonctionner leurs entreprises.

    Or les entreprises ont de moins en moins besoin de force de travail car elles ont le choix entre d’un côté délocaliser leur poduction dans d’autres pays à bas coût salarial (salaires et charges sociales) se développent devant des politiques iniques de privatisation des profits et de l’autre côté le choix de remplacer la force de travail par des machines de plus en plus automatisées.

    Dans ce dernier cas on a même vu des relocalisations se faire sans la moindre création d’emplois
    On risque par ailleurs de voir une reprise de la croissance sans création d’emplois, le problème se posera alors de savoir qui consommera les biens produits. Certainement pas les machines automatisées… Et les consommations de luxe des privilégiée seront loin d’absorber les excédents de production ainsi réalisés…
    Paul

  36. IMPORTANCE DU VI° CHAPITRE INEDIT DU CAPITAL ET L’OEUVRE ECONOMIQUE DE MARX :
    Le capital en tant que valeur en proces et la contradiction fondamentale valorisation dévalorisation :
    http://revueinvariance.pagesperso-orange.fr/consequences.html
    http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/index.htm

    Travail productif et improductif et pourquoi le capitalisme se débarrasse des couches moyennes en période de crise et liquide l’Etat providence :
    http://revueinvariance.pagesperso-orange.fr/travail.html

  37. Désolé pour les fautes de frappe et de copié collé dans mon message précédent… Je ne sais pas comment corriger une fois que le mezssage est parti… Je croyais bien avoir relu mon messages pourtant…

    Paul

  38. Votre présupposé erroné selon lequel Marx pensait que le capitalisme était condamné du fait de la loi de la baisse tendancielle du taux de profit vous entraîne dans une démonstration en porte-à-faux qui répond d’ailleurs au raisonnement bancal de Husson et de tous ces lecteurs de Marx qui obéissent à votre principe général, et lisent le texte sans comprendre qu’il est bien plus intéressant que ce qu’ils y ont lu. Tout d’abord la baisse tendancielle du taux de profit ne signifie nullement que les profits ne puissent augmenter dans leur masse comme le souligne Marx dans le chapitre XIII du Livre III ; dans le chapitre XIV, il explique également comment la baisse du taux de profit est une tendance qui peut-être contrecarrée. Il n’a nulle part émis l’hypothèse que la mort du capitalisme viendrait de la baisse tendancielle du taux de profit ! Ce qu’il a par contre affirmé en écrits et en actes c’est que seul le prolétariat organisé pouvait mettre fin au système de la propriété privée des moyens de production et de l’exploitation de l’homme par l’homme.

  39. Il me semble aussi, évidemment, que cette baisse tendancielle du taux de profit, à rapprocher de la baisse de l’efficacité marginale du capital de Keynes, nécessite plusieurs remarques à la lumière des mécanismes financiers que nous observons depuis quelques années.
    En effet, ces mécanismes dictent une autre réalité.
    Tout d’abord, il faut apprendre à distinguer – mais cela demande une certaine subtilité qui échappe en général aux marxistes – entre « profit productif » et « profit financier ».
    Il est clair et compréhensible que les actionnaires, qui, en collusion avec les nouveaux managers (davantage associés aux profits capitalistiques et rémunérés comme tels), veuillent maximiser les profits financiers.
    Or, cette maximisation se fait clairement au détriment du renouvellement adéquat de l’appareil productif. En clair, ce qui assure le rendement élevé des équipements, c’est en partie leur non renouvellement dans les pays industrialisés tels les USA, la France et la Grand- Bretagne notamment. C’est un peu moins le cas en Allemagne, mais cela existe aussi, bien sûr dans ce pays.
    Les nouveaux équipements sont installés davantage dans les pays émergents où les salaires sont très bas.
    Au fond, les dirigeants des grandes entreprises, comme je l’ai lu sur ce blog déjà, sont de plus en plus inclus dans la classe des rentiers, et leur rémunération en actions et en stock options y a évidemment beaucoup contribué. Leur stratégie est donc nécessairement la maximisation des profits à court terme, quittes à casser l’équipement pour délocaliser ensuite.
    Il s’agit là, évidemment, d’un mécanisme qui a totalement échappé à Marx, et l’analyse qu’en font les marxistes d’aujourd’hui est, comme d’habitude, tout à fait insuffisante et conduit à des positions « antimarché » comme d’habitude.
    Si ces « idiots utiles » du grand capital pouvaient apprendre à raisonner juste, ils iraient un peu plus loin.
    En effet, si le capital financier ne pouvait plus se retirer pour fonctionner essentiellement dans des circuits spéculatifs mais s’il devait rester investi et engagé dans la seule production de biens et services, nous aurions bien cette baisse tendancielle du taux du profit.
    Or, dans le domaine de la spéculation financières, cette baisse n’existe pas, c’est pourquoi l’argent va là.
    Selon mon analyse, il s’agit donc bien de modifier l’émission de la monnaie en émettant un SMT, afin de maintenir la monnaie présente dans l’économie dite « réelle ».
    En faisant cela, c’est vrai que le capitalisme serait enfin réellement amené à disparaître pour laisser place à une économie de marché sans capitalisme. Mais je crains que ces considérations subtiles dépassent la religion marxiste.

    1. C’était juste pour souligner que la lecture que vous faites de la baisse tendancielle du taux de profit correspondait à la façon dont je l’interprète.Et je vous remercie ainsi pour votre commentaire et votre explication.Je n’ai pas de position à expliciter plus longuement.

  40. Aliénation et crise financière

    Débarrassé de la réthorique idéologique qui l’avait fortement imprégnée pendant des décennies, un concept que l’on avait un peu oublié ressurgit à la faveur de la profonde crise que nous traversons : ce concept, c’est celui de l’aliénation de l’homme.
    Un concept central de l’anthropologie marxiste selon lequel l’aliénation ne serait pas le fruit de la « chute de l’Homme» telle que la décrit la Genèse, mais le fruit du rapport entre l’homme et son produit, entre l’homme et son travail.

    L’homme serait ainsi destiné à être inéluctablement dépossédé du fruit de son travail.
    Jusque là, rien de très nouveau. Mais là où les choses deviennent intéressantes, c’est lorsque l’on constate que cette aliénation de l’homme est le résultat douloureux de la séparation entre son Etre réel et ses produits.

    Une séparation douloureuse que l’on conçoit aisément quand elle s’applique à un salarié du Nevada qui vend sur le marché sa force de travail et constate que le produit de celui-ci – par exemple sa maison à laquelle est lié un emprunt immobilier à taux flottant – ne lui appartient plus et prend une existence indépendante de lui-même dès lors que la difficulté à le rembourser le conduit inexorablement à le refinancer jusqu’à l’issue fatale.

    Happé dans la spirale de l’aliénation, notre travailleur du Nevada devient la proie de « fétiches irréels » qui modifient sa conscience. Et pour poursuivre avec la terminologie appropriée, sa conscience n’étant plus la conscience de sa vie réelle, il se nourrit alors des illusions d’un monde meilleur où la fantasmagorie d’un Quantitative Easing est censée recréer l’univers immortel d’une idéologie fondée sur le capitalisme à crédit.
    Et la conscience du financier New-Yorkais chargé d’assembler des CDO, qu’en est-il ?
    Ne nous y trompons pas. Le processus de la logique dialectique n’étant que le prolongement et la reproduction des actes naturels humains, la réponse est en définitive assez simple.

    L’aliénation de sa conscience est à la mesure des propres « fétiches » qu’il s’est lui-même créé et dans lesquels il s’aliène : rachat de prêts hypothécaires et souscription de CDS, assemblage d’autres prêts du même type sous forme d’obligations, agrégation de celles-ci dans des CDO revendus à des investisseurs. Une mécanique diabolique au terme de laquelle des bonus bien mérités lui font également perdre la conscience de sa vie réelle. Il se nourrit alors des illusions et des idéologies qu’il s’est forgées, paradoxalement les mêmes que celles de notre salarié du Nevada : « illusions d’un monde meilleur où la fantasmagorie d’un Quantitative Easing est censée recréer l’univers immortel d’une idéologie qui puise ses racines dans « la finance structurée » et les ventes à découvert …

    Et pourtant, selon la même logique dialectique, tout cet univers serait faux, mais son rôle serait essentiel dans le processus historique. Toute l’histoire humaine ne serait-elle pas l’histoire de l’aliénation de l’homme dans ses productions ?

    Gilles BOUCHARD
    CEO Sequoia Network

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