LA FAUSSE BAISSE DU CHOMAGE AMERICAIN, par Olivier Berruyer*

Billet invité

« Le taux de chômage aux États-Unis a reculé à 9,4% en décembre, son plus bas niveau en 19 mois, avec 103.000 créations d’emplois, selon les chiffres publiés vendredi par le département américain du Travail. En 2010, le pays a au total créé 1,1 million d’emplois, soit 94.000 par mois en moyenne. […]  Le nombre de demandeurs d’emploi a reculé de plus de 500 000 le mois dernier, pour descendre en dessous de 14,5 millions, son plus bas niveau depuis avril 2009.  […] Le président de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke s’est voulu optimiste vendredi, lors d’une audition devant la commission budgétaire du Sénat. Il a ainsi estimé que la croissance économique devrait être « modérément plus forte » en 2011, par rapport à 2010. Il a toutefois noté qu’il faudra encore patienter quatre à cinq ans pour voir le taux de chômage redescendre autour de 6 %. » [Associated Press, 7 janvier 2011]

La baisse du chômage américain, excellente nouvelle ? Sans aucun doute, mais malheureusement cette information est totalement fausse. L’objet de ce billet est de démontrer pourquoi.

Indéniablement, le taux de chômage officiel a baissé. Il est égal au rapport du nombre de chômeurs sur la population active – ceci est de bon sens. Le chiffre officiel des demandeurs d’emploi non occupés (appelé U3) est relativement simple à calculer. Ce qui l’est moins, surtout aux États-Unis, c’est la population active.

Les statistiques officielles partent de la population totale (311 millions fin 2010), et définissent la population civile hors institutions (Civilian Noninstitutional Population) comme étant celle des 16 ans et plus, qui ne sont pas pensionnaires d’établissements (prisons, hôpitaux psychiatriques, maisons de retraite). Elle est égale à 239 millions de personnes, qui pourraient donc potentiellement travailler. Un certain nombre ne le veut pas (essentiellement les retraités – puisqu’il n’y a pas de limite d’âge dans la définition, beaucoup de personnes âgées travaillant aux États-Unis).

Cette population se scinde entre 153,7 millions d’américains désirant travailler, qui constituent la population active civile (Civilian Labor Force) et 85,2 millions qui ne veulent pas, la population non active (Not In Labor Force). Sur les 153,7 millions, 14,5 sont au chômage, soit 9,4 %, CQFD. En novembre, on comptait 15 millions de chômeurs pour 154 millions d’actifs, soit 9,7 % de chômage : le taux de chômage a bel et bien fortement baissé en un mois.

Mais à la lecture de ces chiffres, on voit vite le problème : la population active a baissé ! Or, on oublie fréquemment un point majeur : la population des États-Unis est une des plus dynamiques du monde développé. La population américaine croît de 1 million d’invidivus tous les 4 mois. Cela implique par exemple que naturellement, la croissance de l’économie y est plus forte qu’en Europe ou au Japon – et qu’il faut bien ramener les données à une croissance par habitant (ce qui n’est pratiquement jamais fait). Mais on comprend également qu’il y a forcément un impact sur l’emploi et le chômage. Observons l’évolution de la population sur les 40 dernières années.

On constate que la population totale a une croissance très régulière, un peu supérieure au cours des vingt dernières années par rapport aux vingt précédentes. On observe la chute historique de la population employée et la hausse consécutive du chômage en 2008. Mais ce qui est plus intéressant, c’est la stabilité de la population active depuis 18 mois, alors que la population totale ainsi que la population hors institutions ne connaissent aucune rupture dans leur évolution tendancielle. Zoomons.

On observe la chute énorme de la population employée (correction faite de l’effet « embauches du recensement décennal » mi-2010), qui est toujours sous son niveau de 2005 On n’a pas représenté la population au chômage pour une meilleure lisibilité, elle a pratiquement doublé – ceci est de toute façon attendu et n’est pas l’objet de cette analyse.

On observe surtout que la crise n’a eu aucun effet sur la population totale, qui continue d’augmenter. Il en est de même pour la population civile hors institutions.

Le point saillant est que la population active a cessé de croitre depuis le printemps 2009 (celui « des jeunes pousses », vous vous rappelez ?). Et qu’elle a même diminué depuis. Un tel phénomène n’est tout simplement jamais arrivé aux États-Unis depuis 40 ans, même au pire de la crise des années 1970 (cf. premier graphe). En conséquence, c’est la population non active qui a très fortement augmenté depuis 2009.

Grossièrement, le bilan entre le 1/1/2009 et le 31/12/2010 est de : 5 millions d’américains en plus, dont 1 million dans des institutions (y compris écoles dans ce sens) et 4 millions hors institutions. Ce sont 4,5 millions d’américains en plus dans la population non active, et 500 000 en moins dans la population active. C’est 3 millions d’employés en moins, et 2,5 millions de chômeurs en plus.

Le phénomène majeur de l’emploi américain concerne en premier lieu les employés, qui perdent leur travail, mais il concerne tout autant la population active qui se vide. Depuis 2007, si on prolonge la population active par sa tendance moyenne des 15 dernières années (elle a toujours été très linéaire), ce sont près de 6 millions d’américains qui manquent à l’appel de la population active.

Où sont-ils passés ? Nous n’avons pas de statistiques détaillées sur ces travailleurs découragés, mais ce sont probablement des sexagénaires et des septuagénaires qui ont cessé de travailler, alors qu’ils auraient continué avant la crise. Et au vu des retraites misérables américaines, on comprend que cette population se retrouve en situation difficile. Oubliée des statistiques, elle doit être ajoutée aux 8 millions de chômeurs supplémentaires, ce qui aboutit à près de 15 millions de victimes majeures de la crise.

Tout ceci montre qu’il faut se méfier de l’indicateur « taux de chômage », car il faut ajouter cette population « inactivée » au numérateur et au dénominateur pour reconstituer un nombre de chômeurs et une population active réalistes – à tout le moins pour permettre des comparaisons temporelle ayant du sens. Le taux de chômage « officiel » n’est donc plus de 9,4 %, mais de 12,4 %.

Notre raisonnement est cohérent avec l’explosion de la population bénéficiant de bons d’aide alimentaire : + 17 millions en 4 ans. Aucune amélioration n’est en vue, confirmant bien qu’il y a un problème sérieux avec le taux officiel de chômage : s’il était juste, cette courbe aurait dû connaître le même plateau, illustrant la stabilisation de la situation économique.

En fait, le Bureau of Labor Statistics, qui calcule les chiffres officiels, fournit différents agrégats. Le taux officiel dont nous parlons depuis le début est le taux U3 (qui correspond à la catégorie 1 en France). La définition la plus large est le taux U6, qui regroupe une partie des travailleurs marginalement attachés à la population active et les travailleurs à temps partiel non choisi. Ce taux de « Sous-utilisation de la main d’œuvre » atteint près de 17 %, ce qui, une fois corrigé de la problématique de la population active aboutit à un taux de chômage large « officiel » de près de 20 %. Et ceci ne se base que sur des statistiques officielles, qui sont toujours biaisées. L’impact total de la crise affecte sans doute près de 25 % de la population active, directement ou non.

Cette situation est historique :

On compare ici l’impact des récessions majeures sur le taux d’emploi aux États-Unis. Évidemment, 1929 est hors-catégorie.

On observe que, même avec le taux officiel (en rose), la situation de plateau depuis 12 mois est inquiétante. Pour les crises de 1973 (1) et 1979 (2), la reprise de l’emploi a été très nette à la fin de la crise. Ce n’est pas le cas actuellement.

Plus inquiétant, la seule période en plateau a été en 1980/1981 (3), et avait été le prélude à la plus forte chute de l’emploi depuis 1929.

Comme :

  • d’une part, contrairement à 1980, le plateau n’est pas « naturel », au sens où il résulte de mesures de soutien se comptant en milliers de milliards de dollars de création monétaire et de déficits publics,
  • d’autre part, la correction du taux officiel (pour le remettre sur la tendance historique de la population active) montre que si la chute est freinée, le taux ne cesse de se dégrader mois après mois,

les prévisions pour le devenir à court terme de l’emploi américain ne peuvent être optimistes, malheureusement…

L’année 2011 porte en elle des risques majeurs.

*Olivier Berruyer est actuaire, et créateur du site internet www.les-crises.fr.

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61 réflexions au sujet de « LA FAUSSE BAISSE DU CHOMAGE AMERICAIN, par Olivier Berruyer* »

  1. Plusieurs biais permettent de minimiser le taux de chômage :
    * corrections saisonnières de plus en plus importantes :
    * fuites des gens hors du pays
    * chômeurs de longue durée découragés n’ayant plus droit aux indemnisation et donc non décomptés
    * emplois de monnaie dette pour faire monter artificiellement/temporairement l’activité économique

    http://www.dol.gov/opa/media/press/eta/ui/current.htm
    http://auxinfosdunain.blogspot.com/2011/01/chomage-us.html

  2. Que les statistiques officielles soient mensongères ici ou là-bas ne surprend personne.
    La vérité sur l’emploi a plusieurs facettes :
    1. Le quantitatif : de plus en plus de personnes sont privées d’emploi pour la bonne raison que les emplois n’existent plus là où sont ces personnes et que ces personnes ne peuvent pas aller là où sont les emplois.
    2. Le qualitatif : les emplois qui restent sont de moins en moins intéressants et de plus en plus mal rémunérés avec des conditions de travail sans cesse dégradées.
    Les emplois qui demeurent sont socialement nocifs.
    La vérité est que compte tenu des délocalisations massives et du recours à la main d’oeuvre la moins coûteuse, la baisse tendancielle du taux d’emploi se confirme dans tous les pays occidentaux.
    Le travail perdu ne reviendra pas malgré toutes les promesses des bonimenteurs.

    1. Bizarrement, si, Marlowe.
      Le travail va revenir par le coût de plus en plus grand de l’énergie. Et des matériaux.

      Tout comme il faut considérer l’humain comme une entreprise et une société (au sens large du terme), nous allons être obligés de recycler de plus en plus. Et cela demande une main-d’oeuvre énorme.
      La preuve : nous incinérons 94% de nos déchets, hors verre.

      Et je ne t’explique pas dans l’agriculture.

    2. à yvan,

      A la lecture de ton commentaire je concède volontiers que le travail risque de revenir, pour la raison principale que tu indiques, mais il va revenir sous une forme encore appauvrie, à tous les sens du terme.

    3. Sur ce coup ci, je suis d’accord avec yvan,
      Mais seront ils vraiment des emplois?

      Le travail perdu ne reviendra pas malgré toutes les promesses des bonimenteurs

      Je suis aussi d’accord avec cette phrase, mais le travail reviendra sous une autre forme.
      La quelle? A nous de l’imaginer.

    4. Michel Lambotte, petits emplois certainement mais avec un revenu ou une allocation universelle, une nouvellle société s’ouvrira, il nous faut le vouloir. Reste à convaincre nos concitoyens.

    5. Le travail ne reviendra t-il pas si les écarts de condition sociale entre les uns et les autres se réduisent ? On en revient toujours à la théorie de Todd.

    6. Le travail n’est jamais parti, seulement les salaires…. et ces derniers ne sont pas près de revenir. Et du travail sans salaire on sait ce que c’est….

  3. faux , tout est faux , le monde est faux.. les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent.
    En 80 voyage en Tunisie , suis éffaré que Bourghiba puisse toutes les heures dire sa bonne parole à la radio , interrogation du taxi , Mossieur il ne faut pas parler de çà…………….
    25 ans après , la torture est dans les commissariats , les manifestants sont tués par balle , un dictateur à pris la place du précédent.
    Les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent.
    Les touristes étrangers qui vont se prélasser dans les hotels à touristes doivent savoir qu’ils entretiennent les dictateurs , c’est bien pourquoi les touristes sont parqués avec peu de contact avec les populations et que les constructeurs de ces parcs à bestiaux ne sont que des mafieux vendus aux dictateurs ou gouvernements corrompus.
    Touristes vous êtes responsables de l’oppression des populations.

    1. C’est marrant ça, quand mon œil attrape une phrase qui me tape sur l’système, elle est toujours signée des mêmes pseudos. Ce coup-ci c’est : « les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent » ! Sentence de bar-tabac.

    2. La phrase « les peuples n’ont les dirigeants qu’ils méritent » peu paraître choquante et brutale en effet, je n’aurait pas employé le verbe « mériter » faisant référence à une morale (du type « c’est bien fait, vous l’avez bien cherchés » etc..). Mais sous l’aspect sociologique, le lien entre une dictature et un peuple est incontestable : prise en ce sens, cette phrase traduit une profonde réalité.

    3. Touristes de loisir et touristes de travail sont responsables de l’oppression.
      Au Mali , au Niger , en Irak , dans tous les pays ou interviennent des acteurs à niveau de vie plus éle vé que les autochtones se crée une jalousie bien compréhensible , prélude à la révolte.

    4. Ce qu’il faut faire ici, c’est lutter contre la mise au service des dictatures
      de l’appareil de répression de l’Etat français, pratique néocoloniale
      que MAM a décidé de banaliser!
      http://www.npa2009.org/content/communiqu%C3%A9-du-npa-r%C3%A9pression-en-tunisie-halte-%C3%A0-la-complicit%C3%A9-du-gouvernement-fran%C3%A7ais

      Meeting unitaire demain à Paris, prélude il faut espérer à des actions
      qui viennent directement en soutien aux soulèvements en cours:
      http://www.npa2009.org/content/communiqu%C3%A9-du-npa-r%C3%A9pression-en-tunisie-halte-%C3%A0-la-complicit%C3%A9-du-gouvernement-fran%C3%A7ais

    5. @pascal b-eisenstein : « sous l’aspect sociologique, le lien entre une dictature et un peuple est incontestable » : il est surtout très élastique. Allez dire aux Espagnols, Argentins, Chiliens, Cambodgiens, etc. que finalement ils ne devaient leurs dictatures qu’à eux-mêmes, à cause d’un « lien incontestable sous l’aspect sociologique » !

  4. Le chômeur du mail.

    Une joue creuse échouée
    Sur un poing fermé ferme
    L’oeil injecté de rage
    L’oeil ailleurs

    L’oeil trompé par la vie
    Qui se braque sur le vide
    Laisse couler quelques larmes
    Comme du métal bouillant

    Et se noie lentement
    Dans une peine enveloppante
    Avec un café refroidi
    Quelque part dans la vie.

    Non,non,non…je n’ai pas perdu le fil rouge

  5. N’est-il pas exact qu’au bout de 99 semaines de chômage, on sort automatiquement des statistiques américaines, et l’on ne reçoit plus d’aide ?

    Dans l’ensemble, le « pouvoir » a intérêt à mentir, pour éviter un climat de crise suivit d’une révolution, et d’une perte du pouvoir. Ce n’est pas pour calmer les esprits comme le dit benoitement P.J.

    La propagande évite la révolte, dans la mesure où l’on n’a rien d’autre à proposer. Elle est logique. La vérité est exclusive de la position du pouvoir.

    Lacan disait que le Maitre ne sait pas il me semble, dans la perspective ou le savoir est inconscient.

  6. merci beaucoup !!
    Le dernier graphique, notamment, est tres informatif. Vous dites que 1929 est hors categorie, mais la pente des pertes d’emploi de la crise 2008 est vraiment tres tres similaire a celle de 1929 (elle survient juste 15-18 mois plus tard).

  7. Analyse très intéressante et instructive. Merci pour les graphiques.
    On sait que les chômeurs bénéficiers de food stamps ne se manifestent pas forcément en tant que chômeurs, la plupart d’entre eux a perdu l’espoir de trouver un emploi par l’intermédiaire d’une agence officielle – on se débrouille. C’est l’une des raisons pour laquelle les statistiques US sont à lire avec précaution. De plus, il n’existe pas de RSA américain qui permettrait de suivre l’évolution de la situation des chômeurs de longue durée, de plus en plus nombreux aux USA.

  8. Juste pour faire avancer le schmilblic .

    Facteur particulier influençant le calcul de la population active aux états unis :

    « Environ 2,3 millions d’Américains étaient en prison en janvier 2010 – soit près d’un Américain sur cent en âge d’être incarcéré –, selon une étude publiée mercredi 17 mars par le Pew Center, qui note une légère baisse de la population carcérale dans les prisons gérées par les Etats. »

    source
    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2010/03/17/un-americain-sur-cent-est-en-prison_1320732_3222.html

    « En janvier 2010, environ 2,3 millions de personnes étaient enfermées dans une prison aux États-Unis[1], soit environ 0,7 % de la population. Dans les années 2000, le pays a le taux d’incarcération le plus élevé du monde et compte plus de prisonniers que la République populaire de Chine (environ 1,5 million de détenus) ou que la Russie (environ 760 000) »[2].
    source http://fr.wikipedia.org/wiki/Prison_aux_%C3%89tats-Unis

    1. Enfin, tant que les américains ne parlent pas des droits de l’homme aux chinois, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
      Le meilleur des mondes, un titre de livre dont l’auteur se demandait si la « terre n’était pas l’enfer d’une autre planète ».

    2. @beber

      Dans un monde despotique, la place de l’homme libre est en prison

      De moins en moins d’hommes libres au pays de la liberté libérale ?

    3. Edifiant, non? Plus de prisonnier que la Russie et la Chine réunie, soit 1,5 milliard d’habitants quand les USA en ont 300 millions. Autrement dit un taux d’incarcération dans les 5 fois supérieur dans the Land of Freedom!
      Si on comparait avec les pays Européens, ce serait trop cruel…

  9. N’y a-t-il pas aussi la population carcérale, si importante aux USA ?
    (on a pu dire il y a qqs années, qu’elle représentait aux USA la « capture » de 2% de chômeurs).

    J’apprécie que l’approche de M. Berruyer soit sur la population active, car cela fait sans doute la part des choses mieux que de chercher des inactifs dans des catégories X ou Y qui ne font pas un tout cohérent.

    1. Bonjour,

      en fait, la population carcérale est considérée en Institution (forcément…), et sortie des stats… Mais il est vrai que c’est donc uniquement son augmentation ou diminution qui joue sur la population active.

    2. Plus de 2,1 millions de prisonniers aux US, c’est pas 2% de chômeurs en moins, c’est plus de 1,6% de la population active en prison ! On va dire, à la louche, un sur trois mini, soit 700 000 qui sont sortis de la liste des chômeurs US, soit 5% des demandeurs d’emploi répertoriés officiellement. Même si pas mal dans le tas sont employés, dans les prisons privées surtout, à quelques dizaines de cents de l’heure pour fabriquer diverses bricoles à prix très compétitifs, en particulier pour le pentagone. D’après le Left Business Observer, « l’Industrie fédérale des prisons produit 100 % de l’ensemble des casques militaires,porte-munitions, gilets pare-balles, cartes d’identité, chemises et pantalons, tentes et gourdes.
      En 2001, alors que le taux de chômage était de 5,4%, seulement, Left Business Observer détaillait ainsi la répartition par groupes ethniques, de sexe ou de diplômes :
      Jobless Detail :

      Unemployment by group, November 2001

      all 5.4%
      men (>20) 4.8
      women (>20) 4.8
      white 4.8
      black 9.7
      black teens 30.1
      Hispanics 7.2
      no diploma 7.7
      HS grads 4.7
      some college 4.1
      college grad 2.7

      Et quant à « où ranger les prisonniers » ? :

      « What about prisoners? If all adults behind bars were included, and all assumed to be unemployed, the unemployment rate would be about a point higher. That for black men would rise stunningly, to near 20%. »

      Wikipédia :

      Mineurs en prison :
      Selon une étude de Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International (AI) publiée le 12 octobre 2005, au moins 2 225 détenus qui étaient mineurs au moment des faits pour lesquels ils ont été condamnés, purgent une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle. Cet élément est en contradiction avec la Convention de l’ONU sur les droits de l’enfant, Convention qui n’est pas ratifiée par les États-Unis.

      Selon cette même étude, c’est aux États-Unis que sont détenus à vie le plus de personnes sans possibilité de libération conditionnelle pour des crimes commis alors qu’ils étaient mineurs. Seuls trois autres pays, parmi les 154 où l’étude a pu être menée, autorisent ce type de condamnation, ce sont : l’Afrique du Sud, la Tanzanie et Israël. C’est en Virginie, en Louisiane et au Michigan que l’on trouverait les plus forts taux de condamnations de ce type. Certains détenus ont été condamnés pour des crimes moins graves que des meurtres.(…)

      Statistiques :
      Le droit pénal américain est devenu de plus en plus répressif, en particulier à partir des années 1970 puis sous Reagan, quand triomphe le slogan get tough on crime (« soyez durs envers le crime »). Alors que les États-Unis se lancent dans la « guerre contre la drogue », l’entrée en vigueur des lois réprimant toxicomanes aussi bien que trafiquants de drogues conduit à des peines de prison minimales incompressibles (ou peines plancher) . En 2004, 25 % des prisonniers du pays l’étaient pour trafic ou consommation de drogue. Cette proportion montait à 55 % des prisonniers fédéraux du pays en 2009 . Depuis 25 ans, les lois sur les peines plancher concernant les stupéfiants ont aussi établi une disparité de 1 à 100 pour ce qui concerne le crack et la cocaïne: une personne en possession de 5 grammes de crack recevait la même peine plancher (5 ans ferme selon la loi fédérale ) qu’une personne avec 500 grammes de cocaïne. Cela conduit à une discrimination ethnique envers les Afro-Américains, qui forment le groupe le plus gros des personnes condamnées pour possession de crack (84,7 % de celles-ci) , alors qu’ils ne représentent que 27 % des personnes condamnées pour possession de cocaïne.

      Dans les années 1990, la « théorie de la vitre brisée » (en particulier à New York, sous Rudolph Giuliani, maire de 1994 à 2001) est en vogue. Le taux d’incarcération, qui était déjà l’un des plus élevés des pays industrialisés dans les années 1970, quadruple en quinze ans: on passe de 240 000 détenus en 1975 à près d’un million en 1995, puis deux millions en 2005.

      Répartition ethnique :
      En 2004, la moitié des détenus étaient des Afro-américains et 1/4 des Latinos

      Comparaison internationale :
      Les États-Unis ont le plus grand nombre relatif de prisonniers de toutes les nations qui ont des statistiques à ce sujet : 714 prisonniers pour 100 000 personnes en 2007. À titre de comparaison, cette même année, le taux d’incarcération en Grande-Bretagne était de 142 pour 100 000, en Norvège de 65 pour 100 000. En France, 91 pour 100 000. En 2007, le taux d’incarcération était de 118 pour 100 000 (seules les personnes condamnées sont comptabilisées) en Chine et de 532 pour 100 000 en Russie.

    3. @ Gullirouge

      Oui, ke voulais dire 2% de la population active, ce qui est vrai dans certaines tranches (noir, homme, etc.) vu que la moyenne est 0,5 % (les 700 000 dont vous parlez) et que les black et black teens font une telle proportion !

  10. Un maître-mot: la CONFIANCE! Et tout est bon pour cela: il y a du chemin à faire, en particulier auprès des « raisonneurs »…

    Cordialement

  11. Au final, peu de personnes ont été dupes de ces chiffres. le chomage est peu regardé pour le moment pour les raisons que vous avancez (+emplois précaires liés aux fêtes de fin d’année) et autres bruits statistiques.
    Les marchés ont été déçus des faibles créations d’emplois qui pourraient indiquer une faible croissance éco aux Etats-UNis sans créations d’emplois.

  12. Merci de cet éclairage extrêmement intéressant qui répond en détail aux raisons pour lesquelles des contradictions flagrantes existent dans les medias.

    j’aurais 2 questions à vous poser :

    1) L’existence de trous statistiques analogues en Europe

    Etant par hasard tombé sur des statistiques de l’emploi en Angleterre (que je ne retrouve plus), vers 2005, me semble-t-il, dans la période dite de « plein emploi » (3à 4% au taux officiel, de mémoire), j’avais été stupéfait de découvrir une catégorie de personnes dites « dispensées de recherche d’emploi pour cause de handicap », et dont l’ajout aurait tout simplement doublé le taux officiel. Ces personnes recevaient un petit subside de l’Etat, et en retour, on ne leur demandait rien.
    Un dispositif analogue semblait exister au Danemark et en Suède, avec les mêmes conséquences numériques. Avez-vous quelques lumières sur ces points, ou des liens à me conseiller pour les retrouver?

    2) Les prisonniers aux USA vs. le taux de chômage

    Les prisonniers, fort nombreux aux USA, ne sont pas inclus dans les statistiques du chômage. Or, leur intégration aggraverait ce taux. On peut se demander, quand une société génère à ce point de la violence systémique, dont une part au moins a une cause clairement économique, s’il est légitime d’exclure les prisonniers de ces statistiques. Quel est votre point de vue?

    1. Bonjour François

      1/ exact pour l’Angleterre, qui gère une partie du chômage via le handicap

      Notez que c’est un peu le cas en France, mais à une bien moindre échelle. Beaucoup de personnes de 58 ans, usées par le travail, sont classées en invalidité par la Ss, et ne comptent donc pas dans les statistiques.

      Disons qu’il me semble plus sain de parler de taux d’emploi plutôt que de taux de chômage. Je ferai un billet sur mon blog sur ça, bonne idée 🙂

      Par contre, je n’ai pas plus d’informations, mais je serai heureux d’avoir vos sources si vous trouvez

      2/ Je viens de répondre précédemment. En l’espèce, j’aurais tendance à penser qu’il est légitime de les exclure : ils ne sont pas dans les chômeurs NI dans la population active. Ils n’influent donc pas vraiment sur le taux officiel (en tout cas il est homogène).

      C’est une notion difficile à gérer, mais le taux si élevé aux USA n’est évidemment au final pas neutre.

    2. Je ne suis pas sûr…
      Le systeme carcéral étasunien est privé, les prisonniers doivent travailler pour avoir de quoi s’offrir plus que l’utra minimum règlementaire… Et au vu des répartitions de populations citées, peu doivent pouvoir compter sur des ressources extérieures.
      Ces gens là produisent, donc…

      Les prisons sont un bon business là-bas…

    3. Oui, on fait un peu bosser en prison.
      Books_magazine rapportait que Madoff avait même proposé dans son pénitencier de …
      s’occuper des comptes de la cantine !

    4. M. Berruyer : vous savez, en France, il n’y a pas besoin d’être classé en invalidité à 58 ans pour sortir des statistiques 😉

    5. pareil en Belgique : on est compté au chômage entre 33 et 66% de handicap, mais pas dans les mêmes colonnes. Et les chômeurs âgés ne sont pas intégrés dans les statistiques non plus (officiellement déclarés en pré-pension). Il faut encore ajouter ceux qui sont temporairement empêchés (déclarés en formation notamment).
      En fait, on ne compte que les chômeurs complets indemnisés de moins de 50 ans. Autrement dit : les demandeurs d’emploi totalement inoccupés (pas les temps partiels involontaires) qui ont droit à l’allocation de chômage (pas les pénalisés, les malades ou ceux relevant de l’aide sociale non plus) de moins de 50 ans.

      Ajoutez également un (énorme) paquet de (simili-) emplois (très !!) subventionnés : activa, titres-services et autres ACS, PTP, CPE, ALE, art.60, premiers emplois, … et une pléthore de fonctionnaires et autres attachés de cabinet digne des Soviets dans leurs belles années.

      Mais au moins, on sait où vont les impôts… Qui a dit « pas dans l’entretien des routes en tous cas ! » ?? 🙂 🙂

  13. Heureusement qu’en France nos statistiques concernant le chômage sont fiables ; nous avons ainsi une vision claire de l’efficacité des politiques menées par notre gouvernement de droit(e)…

    1. Moi je crois pas que les statistiques concernant le chômage en France sont fiables! Pour vous compter juste une catégorie de chômeur, c’est être fiable ?

  14. Loin de moi l’idée de critiquer les statistiques officielles 🙂

    Mais le but de ce billet de montrer un phénomène massif et peu souligné qui n’est nullement manipulé par le gouvernement. C’est un vrai découragement de millions de personnes.

  15. Pour masquer le chômage et le travail partiel, les « autorités autorisées » de tous les pays persistent à parler du nombre de chômeurs. Il faut dire qu’il existe une autre unité qui pourrait rendre compte de façon bien plus précise du sous-emploi : c’est le temps-homme, l’unité qu’on utilise pour quantifier les charges de travail que requiert un projet. On n’aura aucune idée précise du chômage tant qu’on ne le comptera pas en journées-hommes, mois-hommes ou années-hommes.

  16. Je suis surpris de ne rien voir dans votre analyse (soit dit en passant intéressante) sur les deux différentes études qui composent le fameux « employment report ». Avant même de rentrer dans l’analyse de fond, il est essentiel de souligner que la partie qui publie le taux de chômage (« Household Survey ») est notamment réputée pour ses chiffres peu fiables, sa très forte volatilité et ses larges révisions d’un mois sur l’autre. La baisse du chômage à 9.4% est donc probablement le fruit de la volatilité ou d’une surestimation du chômage le mois dernier plus qu’autre chose. Par contre, les chiffres publié par l' »Establishment Survey » (création d’emplois net) est bien plus fiable, même si les révisions peuvent aussi être fortes entre le premier et le second mois, sans parler des révisions statistiques annuelles (celle de 2010 enregistrait plus d’un million de destructions d’emploi supplémentaires sur l’année 2009 si je me rappelle bien).

  17. Bonsoir

    M. Berruyer
    Merci pour votre exposé clair ; votre analyse est en phase avec ce que relatent Michael Panzner et Zero hedge depuis des mois!

    Il y a un énorme effet de propagande agencé par la Fed, la bourse aux cours manipulés au moyen des HFT, les statistiques gouvernementales soigneusement présentées pour faire accroire que tout va mieux et que nous sortons de la crise. Malheureusement (‘ !??) les faits sont têtus et les échanges d’informations « expérimentales » par internet remettent les pendules à l’heure!

    Avoir des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre: cette parole date de 2000 ans mais semble toujours d’actualité!

    Cordiales salutations.

    1. Bien l’OCDE pense que l’économie redémarre…

      http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRWEA037220110110

      « OCDE – Les indicateurs avancés bien orientés en novembre
      lundi 10 janvier 2011 12h02

      PARIS, 10 janvier (Reuters) – Le rythme global de la croissance économique continue de progresser, selon les indicateurs avancés pour le mois de novembre publiés lundi par l’OCDE.

      Les indicateurs de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) montrent des signes claires d’une accélération de l’activité économique en Chine, aux Etats-Unis, en France et au Japon, tandis qu’ils confirment une stabilisation du rythme de la croissance en Allemagne et dans plusieurs autres grands pays avancés (Canada, Italie, Royaume-Uni).

      L’indicateur composite avancé pour la zone OCDE a progressé de 0,2 point en novembre à 102,8 et s’inscrit en hausse de 2,9 points par rapport à novembre 2009.  »

    2. Mais non, il ne faut pas prendre les ricains pour plus bêtes qu’ils ne sont. Vous trouverez des analyses du type de celle superbement réalisée par Olivier Berruyer un peu partout dans la presse US (en moins bien évidemment, là c’est du haut de gamme frenchy…), en premier lieu avec un Krugman au NY Times, ni lui ni le journal qui héberge sa chronique n’étant pourtant ni révolutionnaires ni même vaguement subversif pour 1/50th of a dollar… . Mais il ne faut pas se faire d’illusions effectivement. Plus que la valeur absolue des chiffres ou les pourcentages que la population est tout à fait en capacité d’interpréter à leur juste mesure, c’est la dynamique de progression du chômage qui inquiètent surtout la majorité de ceux qui ont la chance d’occuper encore un poste ou d’attraper des jobs sans trop d’angoisse.
      Le principal étant que la crue soit stoppée, soit annoncée stabilisée ou à peu près; pour le reste, càd pour tous ceux emportés ou noyés par le flot débordant, malheur aux vaincus. Les eaux sont étales, peu importe le niveau tant que j’ai les grolles au sec, quitte à enfoncer avec ces pieds rescapés de l’inondation quelques têtes de futurs noyés récalcitrants qui guigneraient ma place au sec… « Tu dégages mon gars, les food stamps c’est sur l’aut’ rive !« 

  18. bonsoir,

    Vous comptez les millions de latinos et hispanic dedans ???
    parce-qu’ils sont des millions dans le sud des états-unis -plus ou moins reconnus-

    1. Les emplois dans l’agriculture (surtout en Californie), précaires et presque totalement dévolus aux « braceros » latinos, le plus souvent clandestins, sont traditionnellement traités à part dans les stats US. Ils parlent préférentiellement de « Nonagricultural wage & salary
      employment
      « … Bref, un peu comme nous avec les stats des Dom-Tom, on écarte gentiment du revers de la main… Pas vraiment significatif, pas fiable, pas important, pas intéressant…

      Pour voir ce qu’est devenu le rêve verdoyant de la Californie, et en particulier de la richissime Central Valley, 720 km de long et 80 km de large !, je ne saurais trop vous conseiller ce texte qui décrit, façon road-movie, ce qu’on a fait de cette terre promise. En 1880, Karl Marx demandait à Friedrich Sorge dans une lettre :

      Je serais très content si vous pou­viez me trou­ver quoi que ce soit de bon (sub­stan­tiel) rela­tif aux condi­tions éco­no­miques en Californie …. Pour moi, la Californie est très impor­tante car nulle part ailleurs, le bou­le­ver­se­ment dû à la concen­tra­tion capi­ta­liste ne s’est ins­tallé à une telle vitesse et de façon aussi cyni­que.

      130 ans après, il serait pas déçu du diagnostic final, le vieux barbu, enfin bon, façon de parler… plus que réservé, le diagnostic…

      « La crise en Californie. Tout ce que touche le capitalisme devient toxique. »

    2. bonjour

      hmm, ce sont les chiffres « toute population ». Mais si votre question est : compte-t-on les clandestins, la réponse est non. Uniquement les déclarés.

      Pour mémoire, les USA c’est pas loin d’1 million immigrés par an aussi…

  19. Oui d’accord, mais il n’y a pas que les USA qui bidouillent les chiffres. La France n’a pas de leçons à recevoir en ce domaine mais pourrait en donner par contre.

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/27/nicolas-sarkozy-et-les-4-618-600-chomeurs_1458089_3232.html

    Et puis qui a dit que la France n’était pas compétitive? Hein? Le Mag Capital nous donne la recette du stagiaire à la carbo, avec un cynisme… exemplaire.

    http://www.capital.fr/carriere-management/dossiers/jusqu-ou-exploiter-legalement-les-stagiaires-564820/(offset)/1

    PS: Si les liens ne marchent pas on peut encore trouver les articles sur le site du MONDE et sur le Post.fr

  20. Merci beaucoup Olivier Berruyer pour cette analyse très claire.

    Évidemment, l’utilisation des chiffres, des statistiques, par vous ou par Jean Luc D. dans son billet sur la dette reste un sujet classique mais toujours pas résolu. Naïvement – ou stupidement penserons sans doute quelques commentateurs avisés de ce blog 😉 – je me demande comment un citoyen rationnel comme moi qui n’aime rien tant que « 2 et 2 font quatre » comme dit Molière peut s’y retrouver ?

    1. En statistique, il y a deux volets… Le premier accorde de l’importance aux chiffres-deux-et-deux, c’est la collecte des données. Le second s’attache à dégager des tendances et pour ce faire passe les chiffres à la moulinette des calculs savants.
      Au bout, ce qui compte, ce ne sont plus les individus/chiffres mais l’image que forment tous ces « pixels ».

      Et après, il y a la philosophie… 🙂

  21. question , coment l’arméee américaine est comptabilisée ?

    comme « non actif » &  » institution » ?

    j’ai bon ?

  22. « L’inexorable montée du chômage démontre l’inefficacité de toutes les techniques utilisées pour le combattre … On ne luttera efficacement contre le chômage massif que par la réduction massive du temps de travail. Toute la question est : comment faire ? ». Voilà ce qu’écrivait Michel Rocard en 4ème de couverture de son livre « Les moyens d’en sortir » publié en 1997. Treize années plus tard, cette conclusion de l’analyse rigoureuse faite dans son livre par Michel Rocard n’a rien perdu de sa pertinence.

    Lire aussi « Pourquoi l’idéologie Valls-Sarkozy est à l’origine du chômage et de la crise ? », une réponse argumentée aux idéologues du « Travailler plus pour gagner plus ».

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