FUKUSHIMA : une décontamination très mal partie, par François Leclerc

Billet invité

L’opérateur se débat toujours avec la décontamination des masses d’eau hautement radioactives, diminuant en désespoir de cause les injections d’eau de refroidissement dans le réacteur n°3, au risque d’une élévation de sa température, afin de ne pas accroître leur volume. Ce réacteur est en effet le plus fort contributeur à la production d’eau contaminée.

Le système de décontamination en service fonctionne en effet toujours très en dessous de son rendement prévisionnel, tandis qu’un nouveau système, fabriqué au Japon, va être installé et doit encore être testé.

Les pluies torrentielles du typhon Ma-On qui se sont abattues sur une partie du Japon, dont la zone de la centrale, ont pour leur part contribué à faire monter les eaux contaminées dans les sous-sols des réacteurs, mais l’opérateur n’a que fort peu communiqué à ce sujet, après avoir mis en avant l’installation de grandes plaques métalliques de 5 mètres sur 16 mètres au sommet du réacteur n°3 pour tenter d’empêcher que la pluie n’y pénètre, ruisselle et soit contaminée avant de rejoindre les sous-sols.

Les injections d’eau ont donc été diminuées pendant le passage du typhon, pour contrebalancer la pluie parvenant à rentrer. L’enveloppement par des bâches fixées sur une armature métallique d’un premier réacteur ne commencera qu’en septembre prochain.

Tepco a également annoncé avoir découvert 700 nouvelles tonnes d’eau fortement contaminée – notamment par du césium 134 et 137 – dans les sous-sols d’un nouveau bâtiment, proche du stockage provisoire d’eau contaminée mis en place, une fois pompée des sous-sols. Le résultat probable d’une fuite qui est recherchée.

La découverte d’un pic de radioactivité très élevé de 10.000 millisieverts (10 sieverts) par heure, proche de débris entassés entre les réacteurs 1 et 2, a été suivie aujourd’hui de mesures, suite auxquelles une radioactivité de 5 sieverts par heure a été détectée dans un local du second étage du réacteur n°1. Après avoir reconnu être incapables d’identifier la cause de ces très fortes contaminations, l’opérateur a aujourd’hui incriminé des tuyaux ayant servi aux opérations de purification de l’air à l’intérieur des réacteurs, dont la présence a été localisée dans les deux endroits.

L’explication vaut ce qu’elle vaut, mais incite à relever qu’au fur et à mesure que des opérations de décontamination sont menées sur le site, des installations et des kilomètres de tuyaux contaminés s’y accumulent désormais, créant de nouvelles sources de pollution.

Enfin, la situation du combustible fondu (corium) ne fait toujours pas l’objet d’une quelconque communication.

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50 réflexions au sujet de « FUKUSHIMA : une décontamination très mal partie, par François Leclerc »

  1. « Silence du corium »

    Tel pourrait-être le titre d’un ouvrage en ce XXI ème siècle.

    Merci encore, à tous ceux qui oeuvrent sur ce blog pour votre travail partagé.

    Et pour ce mois d’août, ce simple glanage : Dialogue entre Jean-Pierre DUPUY et Dominique LECOURT animé par Michel ELTCHANINOFF. En partenariat avec Philosophie Magazine : http://ks39417.kimsufi.com/spip.php?article198

    (Cher Alexandre, j’ignore par quelle magie vous nous livrer les liens magenta !
    Cette clef rouge pourrait-elle être mise dans ma réponse ? )

    58 minutes d’Apocalypse now ?

    1. Face à l’effondrement sanitaire – Catherine Levraud (médecin)
      http://www.contre-grenelle.org/?chemin=videos
      note :seule l’introduction parle de Fukushima ( / Belarus)

      Geneviève Azam aborde aussi à la fin de son intervention, son thème est celui de « l’effondrement » (pas seulement « social », mais aussi financier, économique, écologique, voire politique, mental)
      même lien
      « Face à l’effondrement social – Geneviève Azam (économiste) »

    1. oui, mais de tout temps, le monde se serait mieux porté si les guerres avaient été exécutées par les seuls généraux.. malheureusement, les QG sont calfeutrés.

    2. Bonjour,
      J’ai lu l’article. Il montre bien qu’être scientifique n’est pas un gage d’objectivité. Ces quatre scientifiques évitent de parler de ce qui ne va pas avec l’industrie nucléaire. De plus, il ne font que répéter qu’on a besoin d’une électricité dé-carbonée et que les énergies renouvelables ne sont pas « crédibles ». Vraiment pas sérieux. Mais bon, Claude Allègre est aussi un scientifique.

      1. @ RiC ; Noam Chomsky a déjà parlé de ceci ; à savoir que sur nombre d’ invités aux US dans les émissions télévisées beaucoup appartiennent à des lobbies.
        Toujours se renseigner sur qui parle et quels conflits d’ intérêts éventuels donc.

  2. Merci pour cet article, vu que le silence radio est assourdissant sur les medias main stream sur ce sujet : s’il y en a qui doutaient encore que nous sommes dans un régime dictatorial qui contrôle parfaitement sa propagande, Fukushima en fournit la démonstration 😉

  3. Merci pour ces informations. Peut-on évaluer la quantité d’eau contaminée qui a rejoint l’océan ? Il me parait impossible de la contenir dans les sous-sols de la centrale sans qu’une partie ne finisse par s’écouler ou s’infiltrer vers le rivage.

  4. Ce que l’on sait c’est qu’il y a 120 000 tonnes d’eau à décontaminer, et probablement plus, si on continue à en découvrir de ci, de là.
    Je ne sais si on connait le volume d’eau utiliser jusque là, je vais chercher.

  5. Un article dans le canard enchaîné aujourd’hui à propos du démantèlement de Superphoenix . Froid dans le dos ……..

    1. Ajoutez a cela la bioconcentration: Les mollusques peuvent concentrer la pollution radioactive d’un facteur 100 a 1000. Huitres japonaises, qui en veux?

  6. On peut considérer ces infos comme largement euphémisées, déjà, TEPCO ayant mentit gravement et à répétition depuis le début de cette triste histoire, où elle a oublié d’annoncer que les coeurs avaient fusionné quelques heures à peine après le tsunami.
    Ensuite, la permanence de rejets des eaux contaminées, depuis maintenant des mois, implique une contamination de la faune marine, sans doute massive.
    La contamination va donc très logiquement remonter la chaîne alimentaire.

    Il serait intéressant de savoir si des scénarios de propagation/contamination ont été établis dans la filière alimentaire générale, ou spécifiquement pour l’alimentation industrielle.

  7. Jérémie 47:2 Voici, des eaux (rouges de sang) qui s’élèvent du septentrion, Elles sont comme un torrent qui déborde; Elles inondent le pays ( de peste, de maladie ) et ce qu’il contient, les villes et leurs habitants. Déjà les premiers hommes poussent des cris ( versent des larmes et c’est déjà la deuil ), Tous les habitants du pays se lamentent.

    Jusqu’à ce que cela finisse pas toucher violemment le monde autre part, c’est juste une question de temps, d’aveuglement caractérisé à chacun sa grande catastrophe du moment. Eux aussi personne ne les écoute dans la misère et la pauvreté, tais toi donc prophète de malheur !

    L’eau radioactive ne féconde plus guère le sol surtout sur des années et à l’échelle humaine, elle n’étanche plus guère la soif, ne guérit pas plus les maux qui se répandent sans cesse sur le fond, c’est la croissance, c’est la destruction du monde à grande marche forcée, fermons bien encore les yeux, pas bon non plus pour la bonne image médiatique de nos premières élites mondiales.

    Qu’en pense également le premier Ange des eaux mon Dieu ? Des eaux radioactives qui n’apportent plus guère la vie, la santé, com la bonne nourriture à manger et à consommer aussi bien pour les petits poissons que pour les hommes.

  8. Source : http://2000watts.org/index.php/energytrend/nucleaire/accident-nucleaire-japon/626-catastrophe-nucleaire-le-fil-de-linformation-part-6.html
    « Vendredi 29 juillet 2011
    TEPCO estime que les Réacteurs 1, 2, 3 et 4 relâchent 1 milliards de becquerels de substances radioactives par heure. L’opérateur de la Centrale va essayer d’évacuer l’air radioactive contenue dans les bâtiments afin de mesurer plus précisément la quantité de substances émises. A ce rythme, les quantités d’émissions radioactives vont dépasser le chiffre de la dette américaine! »

    Comme quoi on en revient toujours à la dette états-unienne mais aucune des deux ne fait rire.

    En plus (pour les anglophones)
    source : http://www.reuters.com/article/2011/08/02/us-radiation-fukushima-idUSTRE77147N20110802

    Plant operator Tokyo Electric Power (Tepco) reported on Monday that radiation exceeding 10 sieverts (10,000 millisieverts) per hour was found at the bottom of a ventilation stack standing between two reactors.
    On Tuesday Tepco said it found another spot on the ventilation stack itself where radiation exceeded 10 sieverts per hour, a level that could lead to incapacitation or death after just several seconds of exposure.

    10 Sieverts / heure !!!!!!!!!!!!!!!!!!
    🙁

  9. Des experts indépendants critiquent sévèrement dimanche le traitement des déchets nucléaires dans le dépôt intermédiaire de Würenlingen, en Argovie, remettant en cause l’avis de l’Inspection fédérale de la sûreté nucléaire.

    TRIBUNE DE GENEVE

    1. Ça commence très mal : »Experts indépendants » est une expression a bannir car elle désigne un concept faux, une chimère, je n ai pas lu la suite.
      Il n’ existe pas de réalité objective indépendante de nos points de vue.
      Ce qu il faut faire, c est désigner leur qualité et leur formation, et dire qu ils expriment tel ou tel point de vue. A chacun de les situer ensuite dans les rapports de force.

  10. FUKUSHIMA : une décontamination très mal partie et une fréquentation du sujet en baisse tangible
    Triste confirmation. Un mois de solitude sur ce fils……
    6 mois après la catastrophe de Fukushima, un fort taux de césium 137 radioactif a été relevé dans du riz japonais. Ce sont les résultats d’analyses menées ces derniers jours. Ce riz produit à proximité de la centrale nucléaire endommagée affiche entre 200 et 500 becquerels par kilo.
    A 56 kilomètres à l’est de Fukushima, à Nihonmatsu, les autorités ont mesuré un taux de 500 becquerels par kilo sur un échantillon de riz.
    http://www.france-info.com/monde-japon-2011-09-24-du-riz-fortement-radioactif-au-japon-564245-14-517.html

    1. Certes… Fragile.

      La « centrale » est un chantier qui aurait subi un bombardement, 3 réacteurs nous ont fait chacun un corium qui est juste refroidi à 100°C en surface et ils appellent ça « froid », les fuites tant hydrauliques qu’aériennes ne se comptent plus et ne peuvent toutes être contenues, les gars qui osent approcher sont certains de repartir avec un cancer à venir, à 56 Km ils retrouvent du riz luminescent, Tokyo se reprend une dose de radio-activité à chaque tempête,…

      Fragile…

      Je vais modérer mes propos car la dernière fois que j’ai critiqué le gouvernement japonais, il a démissionné…

  11. Tepco, a demandé, vendredi 28 octobre, une aide publique de mille milliards de yens (9,4 milliards d’euros)
    http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/10/28/l-operateur-de-la-centrale-de-fukushima-se-tourne-vers-tokyo-pour-une-aide-publique_1595710_3216.html

    La sous-traitance dans le nucléaire, un reportage édifiant de Pascale Pascariello
    http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-la-sous-traitance-dans-le-nucleaire

    Près de 80% de la maintenance des installations nucléaires est aujourd’hui sous-traitée.

    « EDF utilise pas loin de 20 000 personnes en sous-traitance, aux cotés de ses 20 000 salariés. C’est vraiment un souci ! Ces sous-traitants doivent être formés, travailler dans de bonnes conditions, être bien protégés, bien surveillés ». Ce cri d’alarme a été lancé le 29 aout dernier par le Président de l’Autorité de Sureté nucléaire, André-Claude Lacoste, en charge de veiller sur les 19 centrales françaises.

    Nous sommes donc allés voir ceux qui entretiennent les centrales. Certains sont des « nomades » qui vont de centrales en centrales et logent dans des campings ou des gites. Souvent interdits de parole sous peine de licenciement, les sous-traitants du nucléaire éprouvent aujourd’hui le besoin d’alerter l’opinion sur les risques qu’ils encourent et sur la dégradation des conditions d’intervention à l’intérieur des centrales.

    Les témoignages que nous avons pu recueillir sont instructifs : « Je suis tout seul dans l’atelier de décontamination mais je ne sais pas faire. Donc le boulot est mal fait» affirme un décontamineur à l’abri des regards non loin de la centrale dans laquelle il intervient depuis près plus de 15 ans.

    A quelques heures de route de là, dans un autre site nucléaire, un jeune homme de 22 ans vient de finir sa journée. De la grande distribution, il s’est reconverti dans le nucléaire. Las, il s’assoit à mes côtés dans un petit bureau attenant à la centrale : «Souvent on m’a demandé de faire des trucs seuls comme vérifier des fuites ou décontaminer alors que je ne suis pas habilité à le faire » explique t’il, décidé à quitter ce travail trop dangereux.

    Encore des kilomètres et une autre centrale plus loin, nous arrivons dans un camping occupé en cette fin d’été non par des vacanciers mais des sous-traitants. Devant une caravane de 6 mètres carrés, Fred, intérimaire, et deux de ses collègues acceptent de faire part de ce qu’ils vivent, épuisés par leur condition de travail : « Au bout d’un moment y en a qui vont péter les plombs (…) C’est de la survie ». Du côté des agents EDF, le malaise se ressent également. Les agents EDF en charge de veiller à la maintenance des installations nous confient qu’ « au bout du compte, on ne surveille pas comme il faut, et parfois on ne surveille pas du tout ! ».

    Nous avons donc rencontré des salariés de la sous-traitance et de EDF, et nous avons également interrogé Annie Thebaud-Mony, directrice de recherche honoraire à l’Inserm, Thomas Houdré, directeur des centrales à l’Autorité de Sureté Nucléaire, Philippe Druelle, directeur adjoint de la production nucléaire d’EDF et Pierre-Yves Cuche, ancien directeur de la centrale de Tricastin.

    http://www.ma-zone-controlee.com/
    Suite à des incidents dans la centrale de Tricastin, des salariés de la sous-traitance ont décidé de créer en novembre 2009, ce site et de “tenir informés des conditions de travail , de santé et de vie” dans les centrales.

    http://www.sst-nucleaire-chimie.org/
    « Santé, Sous-traitance nucléaire-chimie » est une association à but non lucratif qui soutient et défend les droits de ces salariés n’ayant aucun recours ».

  12. Un millier de « liquidateurs » de Tchernobyl ont tenté d’entrer dans l’enceinte du Parlement ukrainien, à Kiev, mardi 1er novembre. Ces hommes ont participé au nettoyage autour de la centrale de Tchernobyl après la catastrophe nucléaire de 1986 et protestaient contre un projet de loi qui vise à abolir leurs avantages sociaux. Le projet de loi, voté en première lecture en septembre, a provoqué le même tollé dans la société ukrainienne
    http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/11/01/des-liquidateurs-de-tchernobyl-tentent-de-prendre-d-assaut-le-parlement_1596757_3244.html

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