CONJONCTURES BOUSCULÉES, par Panagiotis Grigoriou

30 mars 2012 par Paul Jorion | Print CONJONCTURES BOUSCULÉES, par Panagiotis Grigoriou

Billet invité. Le blog de Panagiotis Grigoriou s’intitule greek crisis.

Nous savons tous depuis Thucydide et l’Épitaphe de Périclès, que la vie est faite de vicissitudes variées, de conjonctures bousculées, imprévues et non rationnelles du point de vue des désirs de tout un chacun, comme le rappelait à ce propos, et déjà bien à temps, Cornelius Castoriadis. Le problème n’est plus là, mais plutôt à la suite de ce constat : Qu’allons-nous en faire ?

Vues des campagnes du centre de la Grèce, ces conjonctures bousculées conduisent à un certain fatalisme ou au mieux, à l’attentisme. Les départementales de la région de Thessalie se vident de plus en plus, on attend alors chez soi, on se retire, mais ce n’est pas pour la contemplation. Vies alors suspendues. Au moins, les livreurs laissent encore des cartons devant les pharmacies avant leur ouverture du soir, sans crainte apparemment, à Athènes ceci est impossible. Durant l’après-midi, le café-restaurant de la forteresse pittoresque dans la ville de Trikala est presque vide, malgré le beau temps. Ainsi, seuls une jeune tortue et un chat semblent en profiter pleinement. À la forteresse comme ailleurs en ville, les établissements ont en plus baissé leurs prix de 25%, l’expresso glacé est à deux euros au lieu de trois, il y a encore deux mois. Peine presque perdue pourtant. Un vendeur ambulant pakistanais, proposait sa marchandise aux rares clients, mais là aussi sans succès : une sacoche pour le rangement et le transport d’un ordinateur portable pour dix euros, et un violon fabriqué en Thaïlande pour cinquante euros.

Mon ami S., instituteur dans le public est formel : « Ils restent tous enfermés chez eux, à l’école tout le monde craint le pire, c’est à dire les licenciements dans la fonction  publique ainsi on se dit que finalement, on pourra vivre avec un salaire à ce point amputé désormais, car au moins on n’est pas à la rue et au chômage. Donc, il n’y a plus rien pour s’y opposer, ni syndicat, ni lutte, ni grève, mais seulement la peur. Pourtant on est mal. Je touchais 1.600 euros par mois après vingt ans de service avant le premier Mémorandum, je touche 800 euros en ce moment, et à partir du mois prochain on nous enlèvera 200 euros encore. C’est parce que nous touchions une prime et cette prime, non seulement elle est supprimée, mais en plus, le budget disons, veut récupérer cette somme. C’est la première fois qu’un tel dispositif… rétroactif prend ainsi effet, une honte, mais encore une fois, pas de réaction ».

Hier, dans la nuit, un amendement décisif, alors introduit par le ministre de l’Économie Sahinidis appartenant au PASOK (P.S.), instaure la priorité au remboursement de la dette et de ses intérêts, avant toute autre dépense de l’État, ce qui peut sans doute fournir une certaine explication au moins, à mon ami instituteur sur ses… vicissitudes variées. On s’occupe aussi dans la presse de la visite du porte-avions américain « Enterprise », il est en  mouillage à deux pas du Pirée pour trois jours, juste avant sa dernière mission au Proche Orient, car ensuite, ce grand navire à propulsion nucléaire sera démantelé, ou sinon, transformé en musée par des sponsors. Donc merci pour la visite et surtout pour sa symbolique, notre petit pays à propulsion… bancaire, appréciera sans doute.

Heureusement dans un sens qu’il y a eu l’Espagne ces derniers jours, car nos médias, ont tout de même évoqué la grève et la mobilisation de nos amis Espagnols, mais après ? Eh bien, difficile à dire. Paradoxalement, un article remarquable du journal Kathimerini, fait état de la crise larvée en Chine, crise non seulement politique, mais finalement, aussi économique, évoquant les travaux pharaoniques, l’injection des liquidités sur son marché, sa bulle immobilière spéculative. L’article relate aussi le limogeage de Bo Xilai, ancien ministre du Commerce et maire de la mégalopole de Chongqing, illustrant les tension politiques, avant la désignation à l’automne des dirigeants de la Chine, et ainsi les orientations futures du pays. On s’interroge alors sur l’avenir et les orientations du capitalisme en Chine, donc également, partout ailleurs !

Mais hélas, la Chine ne passionne pas les campagnes grecques. Au village K. de la plaine Thessalienne, peuplé de mille habitants environ, plus d’une trentaine de jeunes (âgés de vingt à trente ans), sont partis en Allemagne depuis la fin 2011. Ils sont embauchés par les restaurateurs grecs, installés au pays de Goethe depuis plusieurs années déjà. Souvent, ces compatriotes, sont également originaires du même village, la solidarité étant souvent une affaire entre familles. En plus elle serait bien… juteuse parait-il.

Mais on en sent bien les limites. Jusqu’à quand ? Entre-temps, des fonctionnaires issus de ce même village, travaillant à la ville voisine, se mettent à cultiver pour subvenir à certains besoins et pour vendre. Sauf que là aussi il y a des limites, selon certains habitants : « Nous réduisons nos dépenses, nos besoins, mais il y a un moment où il ne sera plus possible de rééquilibrer notre budget, avec ou sans potager, alors arrivera peut-être la révolte avant la récolte ».

Entre-temps encore, les agences de notation sont passées par là. On n’en parle plus tellement d’elles ici, comme encore au Sénat en France, car cela fait partie de l’acquis et du temps des Grecs désormais. La Troïka, les agences de notations implicitement si on préfère, ont imposé chez nous leur temporalité, c’est à dire ce nouveau temps historique, institué dans la polis méta-démocratique, un nouveau mode de faire de la société, modifiant ainsi le rapport au passé et à l’avenir. Et le système politique n’a pas l’air d’en tirer pleinement toutes les conclusions adéquates parait-il. Les politiciens locaux de la droite à Trikala par exemple, tiennent encore des balcons avec vue, vue surtout sur les prochaines élections, alors, comme si de rien n’était. De toute façon, ce n’est pas sous la Papadémocratie que nous verrons le retour de la Boulé dont les membres pourraient être tirés au sort, car, contrairement à la démocratie des Athéniens et de Thucydide, l’équivalence de l’imagé et du réel est impossible. Sauf pour les agences de notation. (Pour l’instant ?)

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53 commentaires

  1. Bossuet

    Hi,

    “In China, every province is a Greece.”

    dixit Larry Lang, chair professor of Finance at the Chinese University of Hong Kong. (Wu Lianyou/The Epoch Times)

    http://www.theepochtimes.com/n2/china-news/chinese-tv-host-says-regime-nearly-bankrupt-141214.html

  2. fnur

    Faut arrêter avec cette Europe, c’est un truc totalement mal foutu et c’est pas en récitant des mantras que va changer. Au contraire les déceptions s’accumuleront et ce qui s’en suit. Les gourous de cette branquignolerie auront un jour à en répondre.

    • TOUILEB Mouloud

      Les dieux grecs veillent et donc surveillent. Les Grecs sont certes les premiers à faire les frais de ce vol et duperie historiques avant que cette Europe-casino ne tombe !

      Mes amis, vous êtes forts. Vous nous avez montré pendant deux cent ans votre courage et votre démocratie. Montrez nous encore le chemin du survivalisme !

      Rien n’y fera ! Leurs mesquins arrangements de fonctionnaires bien nourris, gavés de primes et de traitements ne servirons à rien. Ils n’y croient même pas ! …

      Un mort à l’agonie est un mort en sursis mais surtout en voie de mourir …. Ils font tout pour le préserver. Ce sont leurs intérêts, leurs privilèges éhontés. Ils sont capables du pire ! Organiser une orgie collective de violences sans le Sacré ! Voilà leur immonde projet souterrain.

      Un arc-en-ciel n’est surtout pas un mélange de couleurs ! Un nouveau-né se cacherait-il ?

    • Germanicus

      Cette euro-folie est dûe au chancelier allemand Kohl qui disait que l’euro serait une contrainte, une condition sine qua non pour dynamiser la construction européenne, la rendre irréversible.
      La mentalité de Kohl était encore très marquée par les effets de la guerre.
      Le problème: la classe politique allemande dans son ensemble – sauf l’extrême gauche – est d’accord avec ce principe.

      • fnur

        Les autres pays ont signé aussi, donc le principe de la contrainte neuneu n’est pas l’apanage exclusif de l’Allemagne. Abrutis de tous les pays, unissez vous. C’est fait. Reste à dénouer le nœud des neuneus. C’est du boulot à faire en finesse, à contrario de ce qui a été (dé)fait dans la plus grande expression de la grossièreté des lourdingues.

  3. Kibou

    Deux magnifiques billets pour terminer la semaine ! Merci à leurs auteurs.

  4. Moi

    « une honte, mais encore une fois, pas de réaction  »

    Si j’osais la métaphore belliqueuse pour la lutte des classes, je dirais que les tanks capitalistes sont en train de rentrer comme du beurre dans les lignes de défense prolétaires…

  5. [...] Blog de Paul Jorion » CONJONCTURES BOUSCULÉES, par Panagiotis Grigoriou. [...]

  6. Kerjean

    Comme disait Mercutio à propos de Roméo:
    « ha l’abjecte soumission »

    Quand à l’arrivée prochaine, étonnante dans une zoneporteuse de conflit comme le Golfe, du plus vieux porte-américain (qui en compte 21 à eux seuls sur 22 en service dans le monde…) l’Enterprise, l’avenir prochain nous dira s’il s’agit d’une réédition de la tradition « diplomatique » zunienne dans la ligne du Maine ou du Maddox.

  7. BA

    Vendredi 30 mars 2012 :

    Le Premier ministre grec n’exclut pas une nouvelle aide.

    Le Premier ministre grec Lucas Papadémos a déclaré que le pays faisait tous les efforts nécessaires pour éviter de devoir recourir à un troisième plan d’aide internationale, tout en ajoutant que l’on ne pouvait exclure une telle éventualité.

    « Une forme d’assistance financière pourrait être nécessaire, mais nous devons travailler sans relâche pour éviter une telle éventualité », dit-il dans un entretien publié vendredi par le quotidien Il Sole 24 Ore.

    Lucas Papadémos ajoute que la Grèce pourrait se retrouver dans l’incapacité de retrouver un accès aux marchés des capitaux, même si toutes les mesures convenues dans le cadre du deuxième plan d’aide sont mises en places.

    « Il est difficile de prévoir les conditions de marché et les attentes en 2015″, ajoute-t-il.

    Le Premier ministre grec répète une nouvelle fois qu’une sortie de la zone euro de la Grèce aurait des conséquences désastreuses.

    « Le retour de la drachme susciterait une inflation élevée, une instabilité des échanges et une chute de la valeur réelle des dépôts bancaires », poursuit-il.

    Le 14 mars dernier, les pays de la zone euro ont officiellement approuvé un deuxième plan d’aide, de 130 milliards d’euros, qui permettra à la Grèce de se financer jusqu’en 2014.

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/reuters-00435619-le-premier-ministre-grec-n-exclut-pas-une-nouvelle-aide-307799.php

    … donc ça signifie que le troisième plan de sauvetage de la Grèce aura lieu en janvier 2015.

    Ou alors fin décembre 2014.

    • cedric7693

      Le Premier ministre grec répète une nouvelle fois qu’une sortie de la zone euro de la Grèce aurait des conséquences désastreuses.

      Y rester aussi apparemment !

      Je touchais 1.600 euros par mois après vingt ans de service avant le premier Mémorandum, je touche 800 euros en ce moment, et à partir du mois prochain on nous enlèvera 200 euros encore.

    • Pyrrhogaster

      une chute de la valeur réelle des dépôts bancaires

      Et pas uniquement des dépôts bancaires : de toutes les valeurs grecs qui se retrouvraient libellées en drachmes dévaluées et non plus en euro !

      Fait-on semblant de ne pas remarquer que les mesures actuelles de baisse des rémunérations (en Grèce) a les même conséquences pour les salariés qu’une dévaluation, tout en protégeant les avoirs des possédants. De là à dire que l’euro favorise une politique de classe……

  8. lauremaria

    Incroyable que nous soyons tous à ce point asservis par ce système….. Même si en tant que lecteurs de ce blog, nous aspirons à autre chose. Sommes-nous prêts à laisser une partie de nos acquis et notre petite sécurité perso pour changer les choses?

    • Est-ce si incroyable que ça?

      Si le principe de jouissance est le seul moteur de la société, supprimer la jouissance du confort et de la consommation ne suffit pas, il faut la supprimer assez longtemps pour que tout le monde en prenne conscience et le remette en cause.

      Et même en Grèce, on en est encore (très) loin. Ce que réclament consciemment ou inconsciemment 80% (?) des gens en Grèce, c’est de pouvoir à nouveau aller au restaurant et acheter un iPad, pas de vivre autrement.

      Autre réflexion : on a pu s’habituer depuis les années 80 a avoir 0,5% de la population vivant dans misère, et à s’en accommoder. En partant de là, on peut s’acomoder à 5% de gens vivant (et mourrant) dans la misère, situation qui se rapproche en Grèce.
      Et alors pourquoi serait il impossible de s’accomoder à 30% de gens dans la misère? C’est pourtant bien le cas dans bien des pays d’amérique latine, et les biens-portants ne s’en portent pas plus mal…

      L’homme a une capacité incroyable à s’adapter à un changement de situation Quelque chose qu’on avait du mal à se représenter la veille peut être accepté comme quotidien six mois plus tard. Ca a l’air tout aussi vrai dans le contexte actuel. On dit qu’une personne à la rue accepte sa situation comme normale après trois ou quatre nuits sur le pavé.

      Ce sont des réflexions qui me sont venues après mes voyages en Grèce et en Irlande.

      C’est horrible, mais j’ai l’impression qu’il y a un extrême à atteindre si on veut voir un vrai changement. Va t-on avoir besoin de 5 personnes s’immolant simultanément par le feu sur la place syntagma devant des caméras, avec une vraie revendication politique, pour commencer à voir une vraie prise de conscience?

      La réflexion est violente, je m’en excuse, mais mon travail m’a poussé à réfléchir en continu à ces questions les cinq derniers mois.

      • Moi

        @Etienne : « Va t-on avoir besoin de 5 personnes s’immolant simultanément par le feu sur la place syntagma devant des caméras, avec une vraie revendication politique, pour commencer à voir une vraie prise de conscience? »

        Pas besoin de grand événement spectaculaire, une seule goutte suffit à faire déborder le vase.
        La seule question est de savoir l’état de remplissage du vase. Malheureusement, comme vous dites, le vase peut être étonnamment profond.

      • Renou

        @Moi, espérons qu’il n’est pas percé.

      • lauremaria

        Merci, Etienne, pour cette réponse très réaliste, j’aurais souhaité que notre prise de conscience soit plus importante que notre confort matériel et notre sécurité, mais malheureusement les choses ne se passent pas ainsi…. Et quels que soit les changements sociétaux qui nous attendent, l’espèce en serait sortie grandie si l’humain(en général pas une minorité) avait choisi de se bouger avant qu’on lui ôte le pain de la bouche.
        La société changera mais l’homme ne changera pas…. Enfin, on verra, l’espoir est notre meilleur allié.

      • Charles A

        @ Renou

        Bien vu , car le vase est percé.
        Le trou, c’est celui des urnes.
        Les politiciens du système y détournent les énergies.

        Ils l’ont fait en Grèce.
        Ils l’ont fait en France, en canalisant le mouvement de protestation
        au moment de la casse des retraites,
        à coup de journées saute-mouton,
        de beuglements contre la grève générale;
        de peaux de bananes type référendum.

        Mais il arrive un moment, des fois,
        si la gauche révolutionnaire est suffisamment organisée,
        que le peuple ne se laisse plus détourner
        et dispose des moyens de sortir du cadre.

        L’opportunité peut se présenter en France après le cirque
        de l’Alternance électorale.
        A condition de renforcer les orgas révolutionnaires.

      • Panagiotis nous relate le mot de la fin de cette histoire.

        http://greekcrisisnow.blogspot.de/2012/04/cadavre-du-jour.html

        Paix à l’âme de cet homme.
        Face à cet évènement , je ne peut que me sentir mal à l’aise pour les propos que j’ai tenus la semaine dernière.

        La tristesse augmente d’un haut pallier de plus aujourd’hui.

  9. Il faut du courage, encore du courage, de la patience et un discours de vérité.

    Beaucoup de gens sont accrochés aux idées du passé et reconstruire une autre vision, autour de laquelle on peut se mettre en mouvement, est difficile et long.

    Il faut se rappeler qu’en France, entre la défaite de 40, la trahison du parlement qui vote les pleins pouvoirs à Pétain et la réorganisation qui aboutit à une résistance structurée, des mois et des années s’écoulent.

    Les premiers actes de résistance furent des actes isolés.

    Je pense qu’en Grêce, vous connaissez cela aussi.

    En France aujourd’hui, de la même manière, pour beaucoup de gens, les illusions sont grandes et les déceptions seront probablement douloureuses.

    • cedric7693

      Il faut se rappeler qu’en France, entre la défaite de 40, la trahison du parlement qui vote les pleins pouvoirs à Pétain et la réorganisation qui aboutit à une résistance structurée, des mois et des années s’écoulent.

      L’ennemi avait un visage, un corps. Aujourd’hui c’est une abstraction : Le Marché.
      La résistance est plus ambivalente, nous résistons et collaborons dans un même mouvement.

      • Marlowe

        …nous résistons et collaborons dans un même mouvement.

        L’ennemi est intérieur.

        Nota : cette affirmation doit être comprise dans tous ses sens possibles.

      • G L

        Marlowe : « L’ennemi est intérieur. »

        Question que j’aimerais poser à des grecs, italiens, espagnols, portugais: n’y a-t’il pas dans votre pays le sentiment très répandu que faire partie de l’Europe a été une « aubaine »? (au sens d’avantage inespéré arrivant de l’étranger.)

        Je me souviens avoir discuté avant la fin de Franco avec un étudiant espagnol. En gros c’était: plus il y aura de touristes européens chez nous plus il y sera difficile de prétendre que le fascisme est une bonne chose!

      • cedric7693

        …nous résistons et collaborons dans un même mouvement.

        L’ennemi est intérieur.

        L’ Ennemi intime.
        http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=111536.html

      • RED

        L’ennemi avait un visage, un corps. Aujourd’hui c’est une abstraction : Le Marché.

        Si demain; je me fais prendre à rouler dans un sens unique, et que la police me surprenant me demande mes papiers, je lui réponds : hello, je suis une abstraction voici un document vierge le prouvant, je ne suis personne, vous pourriez me laisser poursuivre mon chemin s’ il vous plaît, vous serez gentil, merci.
        Sérieusement, où puis-je espérer finir la soirée à votre avis?

        Autrement dit derrière la fameuse main invisible du marché (qui fait quand même fort penser à une grosse patte plutôt griffue ce dit en passant), il y a bien des hommes qui agitent cette main prétendument invisible, des hommes qui vivent quelque part, avec des noms et qui devraient être tenus comme vous et moi pour responsables devant les autres hommes de ce qu’ ils font ou pas. Quand bien même on me dira : oui mais ce sont des robots, ici également je dirai : il y a bien quelqu’ un qui pourrait les débrancher sans doute.

        Dans les situations graves, un minimum de sérieux s’ impose.
        A moins que je sois complètement idiot ..

      • alkali

        Hé oui… c’est du Steinbeck des raisins de la colère tout ça…

        Extrait du chapitre XIV

        Un homme, une famille chassés de leur terre; cette vieille auto rouillée qui brimbale sur la route dans la direction de l’Ouest. J’ai perdu ma terre. Il a suffi d’un seul tracteur pour me prendre ma terre. Je suis seul et je suis désorienté. Et une nuit une famille campe dans un fossé et une autre famille s’amène et les tentes se dressent. Les deux hommes s’accroupissent sur leurs talons et les femmes et les enfants écoutent. Tel est le noeud. Vous qui n’aimez pas les changements et craignez les révolutions, séparez ces deux hommes accroupis; faites-les se haïr, se craindre, se soupçonner. Voilà le germe de ce que vous craignez. Voilà le zygote. Car le « J’ai perdu ma terre » a changé; une cellule s’est partagée en deux et de ce partage naît la chose que vous haïssez: « Nous avons perdu notre terre. » C’est là qu’est le danger, car deux hommes ne sont pas si solitaires, si désemparés qu’un seul. Et de ce premier « nous » naît une chose encore plus redoutable: « J’ai encore un peu à manger » plus « Je n’ai rien ». Si ce problème se résout par « Nous avons assez à manger », la chose est en route, le mouvement a une direction. Une multiplication maintenant, et cette terre, ce tracteur sont à nous. Les deux hommes accroupis dans le fossé, le petit feu, le lard qui mijote dans une marmite unique, les femmes muettes, au regard fixe; derrière, les enfants qui écoutent de toute leur âme les mots que leurs cerveaux ne peuvent pas comprendre. La nuit tombe. Le bébé a froid. Tenez, prenez cette couverture. Elle est en laine. C’était la couverture de ma mère… prenez-la pour votre bébé. Voilà ce qu’il faut bombarder. C’est le commencement… du « Je » au « Nous ».

        Extrait du chapitre XXV

        Alors des hommes armés de lances d’arrosage aspergent de pétrole les tas d’oranges, et ces hommes sont furieux d’avoir à commettre ce crime et leur colère se tourne contre les gens qui sont venus pour ramasser les oranges. Un million d’affamés ont besoin de fruits, et on arrose de pétrole les montagnes dorées.
        Et l’odeur de pourriture envahit la contrée.
        On brûle du café dans les chaudières. On brûle le maïs pour se chauffer – le maïs fait du bon feu. On jette les pommes de terre à la rivière et on poste des gardes sur les rives pour interdire aux malheureux de les repêcher. On saigne les cochons et on les enterre, et la pourriture s’infiltre dans le sol.
        Il y a là un crime si monstrueux qu’il dépasse l’entendement.
        Il y a là une souffrance telle qu’elle ne saurait être symbolisée par des larmes. Il y a là une faillite si retentissante qu’elle annihile toutes les réussites antérieures. Un sol fertile, des files interminables d’arbres aux troncs robustes, et des fruits mûrs. Et les enfants atteints de pellagre doivent mourir parce que chaque orange doit rapporter un bénéfice. Et les coroners inscrivent sur les constats de décès: mort due à la sous-nutrition – et tout cela parce que la nourriture pourrit, parce qu’il faut la pousser à pourrir.
        Les gens s’en viennent armés d’épuisettes pour pêcher les pommes de terre dans la rivière, et les gardes les repoussent; ils s’amènent dans de vieilles guimbardes pour tâcher de ramasser quelques oranges, mais on les a arrosées de pétrole. Alors ils restent plantés là et regardent flotter les pommes de terre au fil du courant; ils écoutent les hurlements des porcs qu’on saigne dans un fossé et qu’on recouvre de chaux vive, regardent les montagnes d’oranges peu à peu se transformer en bouillie fétide; et la consternation se lit dans les regards, et la colère commence à luire dans les yeux de ceux qui ont faim. Dans l’âme des gens, les raisins de la colère se gonflent et mûrissent, annonçant les vendanges prochaines.

      • Charles A

        @ RED
        Bien sûr que les « marchés » ont un visage:
        – les parasites expropiateurs qui en profitent, et qu’il faut exproprier
        – les politiciens professionnels de gauche et de droite qui les servent depuis toujours,
        qui n’auront plus alors ni caviar ni gamelle.

    • vigneron

      la trahison du parlement qui vote les pleins pouvoirs à Pétain

      La trahison par le Parlement de qui ou de quoi ? Pas du peuple en tous cas, qui était maréchaliste en juillet – j’ai pas dit pétainiste – après avoir été en juin favorable à l’armistice, chaque fois dans une proportion au moins aussi considérable que celle manifestée par ses représentants.

      Les premiers actes de résistance furent des actes isolés.

      Ben ouais, 27 sur le Massilia déjà, plus 73 élus de gauche ou centre-gauche et 7 de droite ou centre-droit qu’ont voté contre les pleins pouvoirs…
      Ps : Je viens de contrôler sur wiki, les élus girondins sont particulièrement bien représentés parmi les réfractaires au maréchalisme ambiant de l’été 40…. quatre députés et un sénateur girondins (plus Mandel sur le Massilia…) parmi les 80 nonistes…. avec les lyonnais, 6 représentants, les brestois ou les toulonnais, 4, les héraultais, 3… Bon ok, faudrait connaitre le nombre de députés et sénateurs de chaque département ayant participé au vote…
      Paris ? 2 votes contre (mais 3 sur le Massilia..)
      http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Vote_des_pleins_pouvoirs_%C3%A0_Philippe_P%C3%A9tain_le_10_juillet_1940

      • zébu

        Ne parlons pas de la préfectorale, où Moulin est une exception, encore moins du corps judiciaire …
        Dans la coloniale, c’est 2 colonies : Nouvelles Hébrides (à laquelle se joindront la Nouvelle Calédonie et la Polynésie) et l’AEF (le Levant et St Pierre et Miquelon en 41).
        A partir de novembre 42, les colonies basculent … quand les alliés débarquent en Afrique du Nord.

      • franc

        plus les bolcheviks déjà mis en taule…

      • cedric7693

        @Red : Responsable mais pas coupable ! Vous rappelez-vous cette phrase pendant l’affaire du sang contaminé ?
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_du_sang_contamin%C3%A9

        C’est aussi ça le marché…

        Si demain; je me fais prendre à rouler dans un sens unique, et que la police me surprenant me demande mes papiers, je lui réponds : hello, je suis une abstraction voici un document vierge le prouvant, je ne suis personne, vous pourriez me laisser poursuivre mon chemin s’ il vous plaît, vous serez gentil, merci.
        Sérieusement, où puis-je espérer finir la soirée à votre avis?

        Ce ne sont pas les personnes qui sont des abstractions mais l’idée au nom de laquelle ils agissent. Or contrairement au nazisme immédiatement identifié à Hitler et au fascisme à Mussolini (bien qu’agissant tous les deux au nom d’une idée de grandeur), le marché n’a pas de visage. C’est une dictature sans dictateur. Et quand le marché prend un nom, Madoff par exemple, ou Kerviel, c’est juste qu’ils ont été trop gourmand, « plus que de raison », au point d’arnaquer leurs pairs. Ce qui est au cœur du marché, ce ne sont pas des individus, mais des passions : la cupidité, le pouvoir (sur ses semblables, sur l’environnement). Ces passions sont incarnées par des individus à une époque donnée mais elles leurs préexistent et leurs survivent. Ce ne sont pas des noms qu’il faut condamner mais des passions qu’il faut encadrer.

  10. Jolie description du bric à brac actuel et de ces Lumières de la Grèce qui s’éteignent comme une bougie étouffée par les ténèbres avec un « Enterprise » comme dernier témoin, avant disparition. Gloire.
    Παρηγοριά
    Pleure petit violon.

  11. gubebel

    C’est malheureux à dire, mais la seule solution, c’est de couper des têtes, au sens propre ET au sens figuré! Mais de toute façon, lorsque la majorité des grecs auront faim, ça viendra et je suis persuadé que la France sera capable d’envoyer des CRS pour sauver la peau de ces pourris. Et concernant l’Europe, je vous conseille le morceau « Europe » de Noir désir, un délice.

  12. G.

    La cigale ayant chanté tout l’été,
    Se trouva fort dépourvue
    Quand la Bise fut venue…

    Je ne plains pas les grecs. Ce serait trop facile. Ce serait aussi trop réducteur. Ce serait même injuste!

    En vrac, les grecs récoltent la tempête qu’ils ont semé ces dernières années. Il l’ont semé en élisant de mauvais représentants, en signant de mauvais accords, et plus simplement en vivant au dessus de leurs moyens (le bon sens paysan étant renvoyé ad patres).

    – Pas de cadastre, un prélèvement d’impôt très aléatoire. Des rues entières de médecins millionnaires ne payant rien, car déclarant très peu…

    – Une armée démesurée pour un si petit pays: un gouffre à argent sans fond…

    – Une église ne payant rien depuis longtemps, alors qu’elle était un des plus gros propriétaires terriens…

    – Un système de « copinage » des plus injustes: les postes dans la fonctions publics et des secteurs clefs (partout) totalement verrouillés par les « réseaux ». Les diplômes, la compétence et l’éducation ne servaient donc à rien, puisque les postes étaient donnés par « relation ».

    Alors non, le responsable n’est pas le grand méchant capitalisme. Le responsable, c’est le peuple. Les gens se sont laissés bercer par les illusions, les tombereaux de mensonges dont on les a abreuvés. Mais que les grecs se rassurent, ils ne seront pas les seuls à trinquer, car ils n’ont pas été les seuls a choisir la voie de la facilité. Le retour au bon sens, c’est à dire à un strict équilibre budgétaire et un protectionnisme choisi, à une mise à bas du système financier anti-démocratique, risque de se faire un peu partout dans le monde…

    Je ne plaindrai donc pas les grecs, mais j’applaudirai quand des actions collectives seront prises à l’encontre des responsables de cette situation (personnes, systèmes et « lois/accords »).

    • stef

      Monsieur G:
      Donc tout les grecs sont des truands, des magouilleurs des escrocs!..
      Les grands escrocs en Grece ce sont les copains de vos gouvernements et de vos entreprises nationales qui ont gagnes beaucoup d’argents en distribuant genereusements des grosses enveloppes aux dirigeants grecs et en gonflant les prix des produits (armes, médicaments ,signalisations routières, équipement hospitaliers…ect) et on doit crever pour payer ça!! Et c’est encore avec eux qu’ils discutent du sauvetage de la Grece, mais c’est le sauvetage de vos banques pas de la Grece.

      Ils ont mal votes toutes ces années, vous dites,…alors qu’ils pouvaient choisir entre papantreou 1,2,3 ou karamalis 1,2 ou bakogiannis 1,2 ou leurs copains!!! Vivement les élections Françaises pour voir comment vous êtes plus intelligents!
      J
      e vais en plus vous demander….la crise mondiale, si vous êtes d’accord qu’il y en a une, c’est de la faute de ces fainéants de grecs? Il n’y a que la grece qui a un problème de dette?

      • fnur

        Bah, la France est bientôt sauvée grâce à Supermélenchon, l’ex journaliste, venu de la planète Kryptomarxiste, sa grande cape rouge et ses super pouvoirs : vol, super force, super souffle, rapidité et endurance, multiples pouvoirs extra sensoriels, invulnérabilité, longévité, super tchatche et vision aux rayons X.

    • zébu

      « le bon sens paysan »
      « le responsable n’est pas le grand méchant capitalisme »
      « Le responsable, c’est le peuple. »

      rien que ça, déjà, ça devrait suffire à ‘classer son homme’ …

      ‘Les’ grecs, z’êtes sûr ? Tous les grecs ? Femmes, enfants, vieillards compris ? Riches comme pas riches ?
      Sûr, G., z’êtes meilleur, bien meilleur, parce que z’êtes le bon sens paysan près de chez vous, près de vot’ bonnet quoi, qu’est bien blanc.

      « mais j’applaudirai quand des actions collectives seront prises » : ça, c’est du gravé sur l’écran.
      Par qui, par le saint esprit, les mesures collectives ? Et pis surtout, évidemment, faut pas trop vous demander de participer, hein ?

      On va se passer de vos applaudissements, vraiment.

      Ps : quant à vos pseudos arguments, sur les mêmes sujets, j’en ai des tonnes pour vous qu’êtes si blanc-blanc, si français, enfin … une certaine fRance comme dirait la vigne.

    • vigneron

      G punkt,

      Le responsable c’est le peuple. (…)
      Je ne plaindrai donc pas les grecs, mais j’applaudirai quand des actions collectives seront prises à l’encontre des responsables de cette situation…

      Faudrait savoir… sachant que si c’est le peuple grec souverain le seul responsable de cette situation, alors il me semble que vous pouvez d’ores et déjà sortir vos jolies menottes bien blanches de vos poches bien sombres et les utiliser un peu pour faire Clap Clap doucement, et bis et ter si vous voulez aussi… nein ?
      Et dites moi, vous auriez oublié personne par hasard dans votre liste de privilégiés hellènes très « responsables » ? Non pasque l’église orthodoxe, j’veux bien, mais c’est très réchauffé, ça mange pas d’pain vu de la fRance fille de l’Église et pis surtout c’est quelque peu discutable en terme de coût réel pour les finances grecques, non ? Sans compter qu’il faut un chouïa prendre en compte le sens historique de ce statut particulier (rôle de l’église grecque dans la prise de conscience de la nation grecque, identification à la nation, jusque dans la résistance durant la WW2). Par contre le statut des armateurs…

    • cedric7693

      Les gens se sont laissés bercer par les illusions, les tombereaux de mensonges dont on les a abreuvés.

      Le responsable, c’est le peuple.

      C’est ce que nos « élites » tentent de nous faire croire….
      Vous connaissez beaucoup de « gens » qui résisteraient à l’espoir d’une vie meilleure ?
      Chacun, à sa façon, se berce d’illusions. Par exemple, vous pensez avoir une idée sur la Grèce et les grecs mais en fait vous répétez ce que les médias mainstream nous répètent depuis que la Grèce est dans l’œil du cyclone financier.
      Vous avez l’illusion que c’est vous qui pensez, mais en fait vous répétez un discours prémâché…

      En 2005, les français ont voté non au traité européen. En 2007, Sarkozy ratifie le traité de Lisbonne. Au nom de qui ? des français ? de quels français ?

    • punchcoco59

      et pour ceux qui élisent de mauvais représentants

      « Selon différents sondages récents, les trois partis de gauche, qui ont refusé de cautionner le programme de la Troïka, recueillent entre 38% et 42,5 %.
      [...]
      Il semble cependant que la troïka, et les dirigeants de l’UE, exigent des partis qu’ils s’engagent à respecter le programme pour accorder la tenue de ces élections. »

    • Hééé mais mais mais, cher G., ne voila-t-y pas un bon gros troll velu déguisé en commentaire, mmmmh ??

      Les méchants c’est les gens, le peupl’ (beurk beurk beurk) ignorant donc forcément coupable ; zavaient qu’a réfléchir aussi le peupl’.
      C’est vrai quoi, faudrait qu’ils arrêtent de mettre des chars de combat d’occaz partout dans leurs jardins les Grecs, et d’aligner des médecins millionaires par milliers comme ça dans tout les coins c’est pas sérieux !
      Mais vous, vous voyez clair G (oui elle est facile mais je fais partie du peupl’ faites excuses not’ mait’), vous distinguez de suite qui est coupable ; c’est fort, surtout en regard de la situation décrite par Msieur Panagiotis qui est bien entendu un ignorant patenté, pour sûr ….

      C’est vous qui la conduisez la troïka ?

      Avec un argumentaire pareil, zavez aucune chance ici ; mauvaise pioche.

    • G.

      Lorsqu’on met le doigt où ça fait mal, les gens crient…

      Vous criez tous beaucoup, mais réfléchissons un peu aux questions suivantes:

      – Un pauvre = 1 vote, non? Donc si les grecs votaient massivement pour un représentant moins mauvais que les autres, ils pourraient refuser de rembourser, non? Ou taxer lourdement les escrocs, les profiteurs?
      Le seul contre argument, c’est le pouvoir des médias: si les gens gobent tout ce qu’ils voient à la télévision, ils sont cuits…

      – Qui est le plus coupable: l’escroc qui vole le peuple, ou le peuple qui ferme les yeux par paresse ou complaisance?

      Je n’ai jamais dis que la situation était plus rose en France, démocratiquement parlant…

      En attendant, si les grecs sont en difficulté, qu’ils votent! Et qu’ils votent judicieusement.

  13. Résidant à Bruxelles et connaissant plusieurs fonctionnaires européens,leurs propos conçernant leur fonction que ce soit au comité des régions ou chez la baronne Ashton traduisent une absence de sens et un certain désarroi dans leurs idéaux européens…
    Serait-ce un début d’implosion au sein-meme des institutions?

  14. Bonsoir,
    Je vous remercie pour vos commentaires et remarques. Pour paraphraser Hobbes et encore Thucydide via Cornelius Catsoriadis, nul n’est assez fort pour résister à la coalition de tous les autres. Autrement-dit, la force ne suffit pas, non seulement de jure mais aussi de facto, pour asseoir le pouvoir des États, donc aussi du pouvoir actuel, dit « des marchés » alors ? Donc, comment allons-nous obtenir « cette coalition de tous les autres », à quel niveau (politique, géographique, conceptuel…), et ce n’est pas parce que nous sommes ici en Grèce (et pas seulement en Grèce) dans l’urgence que notre horizon de la pensée et de la praxis s’éclaircie ainsi par magie… la Troïka n’est pas un rite de passage apparemment.

    Juste une remarque sur cette idée récurrente sur « les Grecs responsables de leurs maux, escrocs etc ». Elle ne serait pas infondée du point de vue de son anthropologie politique disons, mais je ne veux pas entrer dans ce débat en ce moment. Ma thèse est la suivante, y compris à travers la problématique de mon blog. La corruption balkanisée, n’est pas à l’origine de la… parousie des Troïkans en Grèce ou ailleurs. Il s’agit de deux phénomènes qui se croisent, non d’une cause et de ses effets. Et in fine, les Grecs les plus vulnérables sont les non escrocs si on préfère, ceux qui majoritaires en plus, sont terriblement touchés par « notre » nouveau régime bancocrate.

    Le temps de l’histoire et de la réaction peut aussi être long, je suis aussi de cet avis, mais au fond je ne crois pas au prévisible dans la temporalité humaine, donc pensons et agissons !

  15. Quel bonheur de découvrir un blog de cette qualité !
    Mon impression est que l’adhésion de la Grèce à l’UE s’est faite sur une base plus romantique qu’économique. Le grand soutien de cette adhésion est venu de la France. La France a-t-elle eu tort ou raison ? Quel est votre avis ?

    • Merci pour votre appréciation. Je pense que l’adhésion de la Grèce à la CEE de 1981 était un acte politique d’abord, dans le sens symbolique et ainsi pourquoi pas disons romantique. Je me souviens encore de la visite de VGE à Athènes à l’époque, une vraie fête. Rien de très « économique » n’a été alors expliqué au peuple, hormis une certaine pédagogie primaire et un peu populiste du genre « on deviendra alors un pays plus riche » ! Mais il fallait alors s’y attendre; dans les Balkans, lorsqu’on dit « un pays plus riche » tout le monde comprend qu’il s’agit de son propre enrichissement individuel, de la même manière que l’État doit servir d’abord les intérêts particuliers avant l’intérêt général, ce n’est pas mon avis, simplement il s’agit d’un constat de « raccourci » de type un peu culturaliste. Et lorsque Andréas Papandréou et son PASOK, arrive au pouvoir en 1981, alors toute une « machine » se met en marche, transférant les fonds structurels européens vers la Grèce, mais aussi la souveraineté et le pouvoir économique décisionnel dans l’autre sens, mais ceci, personne ne le disait sauf exception. Le pays a perdu son industrie, une partie de sa culture et ses marges de sa toute relative autotomie. J’étais dès le départ, un opposant à l’adhésion de la Grèce à la CEE, mais à l’époque j’étais parmi les opinions minoritaires. Ensuite, les fonds structurels européens ont aggravé la situation pour ce qui est de la corruption, car lorsque la « richesse » tombe du ciel; tout le monde se déclare alors prêt à en recevoir…

      Et enfin, un dernier argument et pas le moindre, la CEE de 1981, n’est pas du tout l’U.E. de l’après la réunification de l’Allemagne, et cet anachronisme est malheureusement parfois trop présent dans les analyses. Et maintenant il faut sans doute sortit du romantisme….

      • vigneron

        Et enfin, un dernier argument et pas le moindre, la CEE de 1981 n’est pas du tout l’U.E. de l’après la réunification de l’Allemagne, et cet anachronisme est malheureusement parfois trop présent dans les analyse….

        Certes certes… et on se demande d’ailleurs où en serait la pauvre Grèce si elle était parvenue (comment ?) à n’intégrer l’UE qu’avec le dernier wagon plutôt que la CEE dans le deuxième wagon de tête…

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