La propriété anéantie par le capitalisme financier, par Pierre Sarton du Jonchay

31 mars 2012 par Paul Jorion | Print La propriété anéantie par le capitalisme financier, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Dans son premier bilan des questions à résoudre, Paul Jorion constate à propos de la propriété la disjonction du XIXème siècle entre la sociologie et l’économie que jusqu’alors les deux sciences n’en étaient qu’une : l’économie politique. Le domaine d’étude commun aux deux sciences est bien la propriété. La réduction de l’économie politique à l’économie a permis de sortir la question de la répartition du capital du champ de la théorie économique. Or l’allocation du capital aux facteurs de production est bien le point sur quoi la doxa économique d’aujourd’hui est en échec patent.

Un problème de la rémunération par le capital

Comme ne cesse de le remarquer Paul Jorion, la crise ravageuse que nous connaissons a son origine dans le processus de répartition de la richesse. La concentration du capital et la rémunération insuffisante du travail provoque une distribution de revenus déséquilibrée par rapport à la consommation de biens et services et à la demande de bien-être. Le déficit de l’offre de revenus réels sur la demande est comblé par le crédit nominal des détenteurs de capital et non par le crédit réel des exploitants du capital.

Les pauvres versent une rente aux riches dont le taux devient supérieur à la croissance de la production globale. La dette s’accumule d’elle-même par le seul effet de l’intérêt qui plonge les plus pauvres dans une insolvabilité juridique. Or la réalité du capital se trouve dans la disponibilité, la compétence et le savoir de transformation des travailleurs qui répondent à une demande expresse de travail en capital nominal. La rente explose dans la distorsion entre le capital réel en travail et le capital nominal en titres de propriété représentant du droit virtuel théorique.

Le « système capitaliste » est actuellement en survie artificielle par la politique monétaire des banques centrales. L’émission de monnaie est supérieure au prix réel vraisemblable des créances déposées en « collatéral ». La liquidité nominale du système financier international n’est plus en rapport avec la liquidité réelle des actifs détenus par ce même système sur l’économie réelle. Autrement dit, le système financier affiche un capital qu’il n’a pas réellement puisque la fraction des créances qui ne sont plus remboursables est selon toute vraisemblance très supérieure au capital nominal des banques, des fonds financiers et des assureurs.

Pour que le système survive par le soutien de ses principaux créanciers internationaux détenteurs des moyens de production réels, il « faut » désormais couper dans les dépenses et assurances publiques afin d’allouer les ressources fiscales au paiement des intérêts. Les États se sont substitués aux débiteurs privés lesquels sont défaillants soit par disparition objective de la propriété soit parce que la propriété est rendue insaisissable par la titrisation du capital domicilié dans les paradis fiscaux.

Euthanasie du capitalisme par liquidation de la propriété

Pour préserver la liquidité nominale du marché mondial des capitaux, il faut désormais démanteler les États garants du droit qui donne contenu à la propriété. Le système financier s’autodétruit en produisant la pauvreté qui supprime toute légitimité à la propriété et aux institutions publiques qui la régulent. Il n’existe plus dans la mondialisation financière d’état de droit économique et juridique entre la propriété du capital et le crédit de cette propriété. Le chaos est certain tant que la règle de propriété ne comporte plus de garantie du crédit par un capital réel mesurable.

Le propriétaire dans le temps de la chose et du prix doit être personnellement engagé dans le prix à terme emprunté de son titre de propriété. La propriété ne signifie rien si elle ne donne possession visible d’une chose à quelqu’un sur une durée déterminée dans le temps. Elle n’existe pas si la possession n’est pas reconnue et acceptée dans le vivre ensemble ; si donc le bénéfice de la propriété n’est pas collectif, partageable, temporel et privatif.

Posons que le bénéfice collectif d’une propriété est l’utilisation par le propriétaire de la chose conforme au bien commun ; que le bénéfice partageable est la transmission de la chose contre un prix public incontestable ; que le bénéfice temporel est la disposition de la chose délimitée par le temps ; que le bénéfice privatif est la reconnaissance de l’utilité exclusive au propriétaire de la chose. Mais que l’utilité exclusive est conditionnée par la disposition temporaire délimitée par la loi collective conforme au bien commun vérifiable dans le marché.

De la propriété subordonnée au crédit, il résulte que la possession d’un titre dépend de la réalité du crédit : la chose et le prix ne sont pas utilisables au-delà du prix nominal annoncé ni au-delà de l’échéance fixée à la transmission obligatoire de la propriété à un autre. Abuser de sa propriété ne peut plus signifier qu’on l’utilise contre le droit d’autrui mais bien dans une durée limitée par le temps ; et dans une durée révocable par la collectivité en surveillance de l’usage conforme au bien commun.

Garantir le crédit de la réalité par le capital

Les conséquences financières pratiques de la propriété limitée par le crédit sont logiques : aucun objet de propriété ne peut être échangé sans le triple règlement par un titre de propriété, par un titre de crédit et par le titre de liquidité qu’est la monnaie. On ne peut vendre ou acheter que ce qui est ou sera réel ; que ce qui est défini par le droit des personnes physiques ; que ce qu’on possède ou possèdera. C’est le règlement en monnaie de la chose, de son titre de propriété et de son titre de crédit qui marque la conformité au bien commun de l’échange nécessairement marchand de la propriété.

L’échange vrai de la propriété conforme au droit humain n’est donc pas seulement un double flux d’objet et de monnaie. C’est un flux de réalité objective et subjective. La relation entre l’objet et le titre de propriété est visible sur le marché. La relation entre le prix de monnaie et les sujets acheteur et vendeur est matérialisé dans les comptes d’un intermédiaire de marché ; c’est à dire une banque qui est un service public exclusivement dédié à la justification par l’intérêt général.

Le service public marchand de la banque est le dépôt de la propriété qui détermine officiellement qui est propriétaire de quoi ; de quoi le propriétaire attitré de quelque chose est responsable ; à qui le vendeur de quelque chose doit livrer ; à qui l’acheteur de quelque chose doit adresser son règlement en monnaie. Sans banque de marché, la monnaie qui mesure la propriété est fausse parce que la propriété sous-jacente n’est pas vérifiable par l’État de droit.

En distinguant le titre de propriété du titre de crédit, la banque de marché autorise la négociation marchande de la propriété. Le titre de propriété est impérativement attaché à un objet réel comptant ou à terme vérifiable en droit. Le titre de crédit est impérativement attaché à un sujet propriétaire de l’objet comptant ou à terme responsable en droit. Sans banque de marché dépositaire de la propriété objective du sujet, la propriété est le vol de la réalité humaine.

Des conditions de la propriété de bien commun

Le capitalisme financier est foncièrement abusif sans séparation de l’investissement dans le réel, du prêt et de l’emprunt en crédit et de la négociation du prix de l’objet. La propriété à terme par le titre dont l’objet n’est pas visible ni la prime de crédit réglée en monnaie dans un marché transparent est une escroquerie. La légalisation de l’escroquerie financière s’est accomplie dans la deuxième moitié du XIXème siècle par la « responsabilité limitée du capital » et l’abandon de l’arbitrage des marchés à terme par la force publique.

La crise des subprimes suivie de la crise des dettes publiques en euro est la plongée finale dans la barbarie. Le pillage du travail et des ressources naturelles entraîne le décrochage mondial de la croissance réelle. En tentant de s’approprier la totalité des ressources fiscales des États, la finance détruit les États de droit nationaux. Les riches exilés fiscaux en sont à chercher l’abolition de la propriété au profit d’une féodalité par l’argent.

Le droit, le capital et le crédit disparaissent nécessairement avec l’abolition de la propriété réelle qui n’est plus que nominale. Les êtres humains peuvent tout à fait renoncer à être ce qu’ils sont vraiment en limitant leur existence à la taille de leur compte en banque garni par les aumônes du système de déshumanisation financière. Dans ce cas, les bilans bancaires continueront d’enfler avec des dettes et du capital nominal adossés à des actifs fiscaux capitalisés sur la misère du travail et le démantèlement des sociétés humaines.

Le maintien de la propriété humanisante est impossible sans une nouvelle société des nations dont l’Union Européenne est la préfiguration ; sans la restauration des gouvernements nationaux de l’intérêt général des humains ; sans l’instauration d’une gouvernance financière multinationale séparant l’investissement du crédit par le marché ; sans la restauration de l’assurance de la justice par la responsabilité politique publique mesurable en monnaie.

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43 commentaires

  1. Marlowe

    Que faire ?

    En tentant de s’approprier la totalité des ressources fiscales des Etats, la finance détruit les Etats de droits nationaux. Les riches exilés fiscaux en sont à chercher l’abolition de la propriété au profit d’une féodalité par l’argent.

    Nous sommes quelques uns à savoir tout cela, mais que faire, quand et comment le faire ?

    • izarn

      Ben oui… Rouler la dette ça veut dire donner une rente régalienne aux rentiers…
      Si vous savez ce que ces mots veulent dire….

  2. johannes finckh

    Très intéressante analyse qui prouve que la monnaie thésaurisable dans sa forme actuelle est à ce point dominante que tout, y compris la propriété, finira par apartenir à une toute petite minorité qui, en plus, achète à vil prix. Et le reste de la monnaie surabondante ne servira à rien d’autre qu’à des coups spéculatifs qui concentreront toujours davantage le capital (exprimé en avoir monétaire).
    C’est seulement quand on se résoudra à introduire une monnaie forcée à circuler sans pouvoir être thésaurisée que les choses pourront se résoudre.
    Une monnaie marquée par le temps qui supprimera très rapidement la rente attachée au capital monétaire et permettra la réduction générale des dettes (et donc des avoirs monétaires les plus élevés.

  3. Oui tout cela est vrai. Mais vous ne pourrez jamais établir une société juste. Lisez Sur la terre comme au ciel de Fritz Hochwälder. « Ce que l’on vous reproche est plus grave….. c’est d’avoir raison « 

  4. Jean-Luce Morlie

    Bonjour,

    vous écrivez :

    « la finance détruit les États de droit nationaux. Les riches exilés fiscaux en sont à chercher l’abolition de la propriété au profit d’une féodalité par l’argent. »

    Ne serait-ce pas l’inverse, c’est-à-dire, au tour suivant, le retour à un capitalisme de propriétaires, avançant leur titre propriété sur des actifs tangibles apporter comme facteur de production et instruments de leur domination ?

    Je ne suis pas certain de comprendre, mais je m’interroge. Étant donné que la science économique est dans le cirage, il faut bien qu’ au casino de l’économie, les gros joueurs tiennent des raisonnements du niveau de ceux qu’aurait tenus ma grand-mère, quoi d’autre ?

    Le montage de l’ Hellenic Securitisation SA me semble se situer à ce niveau d’anticipation et de prévoyance mais aussi, de belle et bonne efficacité ; dans cette hypothèse, « rideau encore derrière les analyses de ce blog » comme l’écrivait Antoine , le 8 juin 2009, serait finalement assez transparent.

    (la crise est une formidable opportunité, une opportunité historique même pour le crime organisé, en col blanc ou pas), et investissements divers et variés dans qlqs terres et gisements d’avenir.)

    Antoine 8 juin 2009

    Depuis 2007, Paul et François nous ont fait lire, en direct et en détail, l’emballement des runaway systémiques du système financier. Tous deux nous ont fait comprendre, qu’ à ce niveau d’organisation, la cause réside dans l’inéluctable la concentration de l’argent, laquelle concentration ne trouve plus que la spéculation pour assurer la survie de sa propre structure, mais alors, au prix de la disparition de l’État et de la démocratie. La phase suivante étant, pour les bien placé dans le circuit de la monnaie et des reconnaissances de dette , être en position de transformer leurs reconnaissance de dettes en monnaie, puis la transformation de cette monnaie en titres de propriété notariés portant sur des actifs tangibles, la valeur desquels suivra l’inflation nécessaire à l’apuration des bonnes vieilles reconnaissances de dettes.

    Nous avons vu gonfler une économie de reconnaissance de dette impayables, c’est-à-dire la vente d’un avenir qui n’arrivera pas : les fonds de pension ne tiendront pas leur promesse.

    Les planches a billet tournent à plein de part et d’autre de l’atlantique, mais cette masse augmentation de la masse monétaire n’apparaît pas sous forme d’inflation, est-ce l’effet d’une trappe à liquidité, la monnaie restant dans les coffres, ou bien l’effet d’une opération de passe-passe par laquelle les détenteurs de reconnaissances de dette pourris, mais bien placés dans le circuit de la monnaie, parviennent à substituer des actifs tangibles dans leur bilan, si c’est le cas, dans le détail, comment font-ils ?

    • Pierre-Yves D.

      La difficulté comme souvent avec PSdJ c’est qu’il fait une critique très dure du système mais qui passe par l’éloge de certains éléments fondamentaux du capitalisme, à l’exclusion de la rente bien sûr.

      Un de ces éléments fondamentaux est la propriété.
      C’est selon PSdJ de ne plus l’être en droit et en justice que la propriété est aujourd’hui condamnable et qu’elle est pour lui abolie. Il y a une part de vérité dans ce constat, et il vaut mieux en effet une propriété dont les tenants et aboutissants soient lisibles pour qu’elle puisse faire l’objet d’une justice sociale.
      Mais c’est une remise en cause du système tellement paradoxale qu’elle en perd de sa force.
      Pourquoi ne pas poser d’emblée que la propriété est un problème inhérent à l’existence du capitalisme ?

      • Marlowe

        Voilà l’un des sujets de la question que j’ai posée sous le titre « que faire ? ».

      • BasicRabbit

        La réponse se trouve peut-être dans le mot « démocratie ». Dans son billet « Bretton woods II » PSDJ fait à Tigue et moi l’énigmatique (pour moi) commentaire:
        « Et notre raison d’espérer est la perspective de découverte de l’objet dans l’espace intersubjectif ; c’est à dire la démocratie réelle parce que nominale. »

      • juan nessy :

        @Basic Rabbit :

        ça veut peut être dire que, pour PSDJ, la perspective démocratique , c’est de pouvoir espèrer la découverte d’objets dans une relation humaine considérée comme subjective .

        Mais je ne suis réellement pas sûr que cette traduction soit nominale .

      • BasicRabbit

        @ juan nessy
        Le langage de PSDJ est ésotérique, réservé aux seuls initiés dont je ne fais, hélas, pas partie.
        J’ai conscience, moi aussi, de mon ésotérisme lorsque je parle de l’oeuvre de Thom (au moins si j’en juge par le petit nombre de réactions). Mon objectif est d’amener mon éventuel lecteur à réfléchir, à défaut d’admettre, aux conséquences de la validité d’une approche lamarckienne de la morphogènèse (qui autorise une action du soma sur le germen avant toute adaptation). Transposé par analogie (de Spencer) biologie/sociologie, licite pour Thom, cela donne: les gueux-cellules somatiques ont leur mot à dire pour écrire les lois, les lois ne sont pas l’apanage d’une élite de haute lignée germinale.

        PS: germinal? Tiens, tiens, ça m’ouvre des perspectives!

      • juan nessy

        @Basic Rabbit :

        Reste à savoir si la Démocratie est un art majeur ( pour initiés ) ou un art mineur .

        http://www.youtube.com/watch?v=-RoiC91WkvA&feature=related

      • juan nessy

        Ou , comme le dit l’étymologie ,  » l’art d’aménager sa maison  » .

        Et dans « Maison » , on découvre des tas de choses .

      • BasicRabbit

        @ juan nessy
        Ineffable Gainsbourg. Ce n’est pas l’homme à la tête de chou, c’est l’homme à la tête de l’art!

      • @BasicRabbit et juan nessy,

        ça veut peut être dire que, pour PSDJ, la perspective démocratique , c’est de pouvoir espèrer la découverte d’objets dans une relation humaine considérée comme subjective

        La traduction de juan nessy est plus que nominale ; elle est fidèle. Le maître de ces lieux a écrit « Comment la vérité et la réalité furent inventées ? ». Ce titre conjugué au présent est celui de la démocratie financée par le crédit compté en unités objectives de responsabilité engagée et transparente du sujet identifiable par le marché régulé par la loi. La vérité et la réalité sont l’invention permanente de la démocratie où chaque décision de citoyen a un prix quoiqu’il propose à ses concitoyens.

      • BasicRabbit

        @ juan nessy
        En relisant votre commentaire du 01/04 18:34, validé par PSDJ, je réalise que c’est exactement ce qu’essayent (et réussissent?) de faire les physiciens. Woir à ce sujet mes citations de Jean Petitot et surtout Jean-Marie Souriau dans mes commentaires du billet « Bretton woods II ». Il est clair pour moi l’objectivité physique est relative à une intersubjectivité préalable des observateurs/expérimentateurs.
        Voir « Les groupes comme universaux » de J.M. Souriau, dispo en pdf sur le net.

    • Bonjour Jean-Luce,

      « la finance détruit les États de droit nationaux. Les riches exilés fiscaux en sont à chercher l’abolition de la propriété au profit d’une féodalité par l’argent. »
      Ne serait-ce pas l’inverse, c’est-à-dire, au tour suivant, le retour à un capitalisme de propriétaires, avançant leur titre de propriété sur des actifs tangibles apporter comme facteur de production et instruments de leur domination ?

      Pour répondre à votre objection et par là-même rendre mon affirmation plus transparente, il faut poser explicitement la problématique de la finance, du droit, de la propriété et de la monnaie dans le référentiel aristotélicien matière-forme-fin-effet. Disons que le capital est l’effet individuel d’intelligence (capita) d’appropriation de la chose par le prix. Le capital est la propriété individuelle des prix formant la matière par la finalité du sujet. La finance est l’activité d’identification des fins aux choses transformables par des prix. Enfin l’État de droit est l’équilibre matériel de la société où toutes les fins individuelles sont rendues réalisables par la propriété.

      droit(matière) + propriété(forme) + prix(fin) = capital(effet)

      Dans l’espace de causalité à quatre dimensions, la capitalisation du temps est positive par le service réciproque des fins individuelles réunies par la société. Le capitalisme financier analysé dans la connaissance humaine à quatre dimensions est une posture individualiste éliminant la société. Le droit fusionne avec le prix ce qui interdit le service de toutes les fins humaines. Le droit à la vie positive n’est plus universel ce qui implique l’intérêt négatif sur certaines vies pour produire un intérêt positif au bénéfice de privilégiés. L’état de droit est privé de sa raison d’être qu’est l’affirmation positive de toutes les fins humaines possibles.

      Le capitalisme financier est une logique de concentration de l’avoir par la négation de l’être. La propriété qui définit les possibilités de la relation positive du sujet étant à autrui par l’objet n’est plus qu’un étant « objectif » donc sans intérêt. La propriété instrument de domination ne peut rien produire puisque le sujet dominé n’a plus de moyen d’accéder au produit. Le capitalisme de propriétaire est une aporie si le capital est considéré hors du droit des sujets reconnus dans leurs fins.

      Maintenant qu’il existe un réseau informatique mondial, la monnaie numérique peut lier les hommes sans obligation de société. Le capital virtuel du capitalisme financier peut exister indépendamment des sujets de droit et des objets réels. La propriété est dématérialisée et n’a plus de finalité. Les banques sont simplifiées en fiefs tenus par des seigneurs de l’argent. Mais à la différence du féodalisme historique, les humains asservis n’ont plus aucune prise sur un réel entièrement capté par la spéculation.

      Peut-être ai-je répondu à Pierre-Yves D. ?

      • BasicRabbit

        @ PSDJ
        « Enfin l’État de droit est l’équilibre matériel de la société où toutes les fins individuelles sont rendues réalisables par la propriété. »
        Donc pas d’état de droit dans une société n’acceptant pas la propriété individuelle?

      • Tigue

        PSDJ essaie de construire un savoir dans un langage mathématique.
        Cette entreprise à été réussie par Euclide qui a bâti une géométrie.
        D’ autres après lui ont fait de même en modifiant son axiomatique

        Le premier des axiomes d’ Euclide est :
         » le point est ce qui n’ a aucune partie »

        Ceci rappelle la définition de l’ être pour Parmenide ( Lui l imaginait sphérique )

        Et si on partait de là ?

        Un secteur irreductible de l’ espace, qui serait défini aussi arbitrairement que le point , mais qui serait intrinsequement « bordé » (comprenant dans son être irreductible le concept de « bord » que n a pas le point).
        Je pense à un angle
        Ensuite, on fait comme Euclide
        « La droite » est une suite d’ angles, qui borde l espace de dimension supérieure en lui donnant non pas une longueur mais une « direction », aussi arbitrairement qu’ une suite de points cote à côte peuvent donner une longueur.

        Ceci permettrait peut etre d’ utiliser les propriétés géométriques des nombres complexes pour transcrire dans les calculs algébriques les rotations qui « projettent » dans un plan causal ce qui existe en puissance dans un autre plan causal ( tout ceci dans un espace au moins tétra dimensionnel ?).
        L’ idée d’ angle vient de la fonctionnalité de la rotation pour modéliser « ce qui surgit apparemment de nulle part » dans un espace donné.

      • @BasicRabbit,
        Le droit de propriété est ce qui permet à l’individu d’exister dans la société, donc à la société d’être une société et pas une masse librement manipulée par des théocrates.

        @Tigue,
        Vous montrez fort bien que le savoir logique de l’économie existe déjà et complétement. Il faut juste décider de mettre ce savoir au service de la démocratie ; ce qui implique que l’unité de compte monétaire soit posée comme le « point de prix élémentaire » des décisions de toute autorité politique au service de la démocratie. Chaque autorité politique constituée mondiale, européenne, nationale ou locale se retrouve responsable de la réalité des services rendus à la démocratie par une monnaie propre dont le change est calculé par un marché de crédit régulé par la démocratie ; laquelle peut au moins être le régime monétaire commun des 6, 9 ou 12 premiers pays fondateurs de l’Union Européenne.

      • BasicRabbit

        @ PSDJ
        Lors de la construction d’une maison la cause matérielle correspond aux matériaux, la cause formelle à l’agencement de ces matériaux, la cause efficiente à ceux qui réalisent cet agencement, la cause finale à la fonctionnalité de la maison.
        Votre analogie est pour moi lumineuse: tant que la finalité sera le prix, la maison commune mondialisée dans laquelle nous sommes n’aura aucune chance d’être fonctionnelle.
        Tout est donc dans le choix de la cause finale (on aurait pu s’en douter!). Le lamarckisme autorise les gueux-cellules somatiques à participer à l’élaboration de ce choix. Ce qui n’est pas le cas du néo-darwinisme qui réserve ce choix à l’élite que constitue l’aristocratique lignée germinale.

        PS: je viens de lire votre réponse à ma question. Dois-je comprendre que le bon choix de finalité est pour vous la propriété individuelle?

      • BasicRabbit

        @ Tigue
        Pour moi l’approche mathématique correcte de la problématique que vous soulevez est la théorie des catastrophes de René Thom. Des singularités organisatrices ponctuelles (puissance) se déploient (acte) « en surgissant apparemment de nulle part » pour éventuellement retourner ultérieurement à la singularité organisatrice initiale.

      • Pierre-Yves D.

        Pierre Sarton du Jonchay

        Oui vous répondez assez clairement.
        Mais on en revient au même point que lorsque nous débattions avec vous du rapport entre démocratie et économie politique dans vos explications.

        Je tire la même conclusion que BasicRabbit concernant la propriété. Vous faites de la propriété un sujet de droit, et non pas un prédicat, seulement possible, de l’être.

        Faire de la propriété une forme à priori du système que vous appelez de vos voeux c’est par là même exclure que la propriété puisse être interrogée en tant que telle, même au sein du système (puisque vous restez dans le cadre du système, ce n’est pas une critique je précise, on peut concevoir une transition à partir de l’existant sans tabula rasa, ce qui est manifestement votre optique, toutefois d’un point de vue pragmatique rien n’empêcherait une critique plus frontale ou la propriété serait critiquée pour ce qu’elle est pour le système capitaliste).

        Je précise encore que mon propos n’est pas de préjuger d’une nécessité de l’abolition totale ou non de la propriété mais de dire que vous n’en faites pas l’objet d’une question en tant que telle, ce qui fait que la problématique n’apparaît pas clairement. Pour vous il s’agit seulement d’en faite une objet maîtrisable.

        J’ai comme le sentiment que c’est votre souci de formalisation et de perfection pour combattre la tares du système actuel qui vous amène à faire de l’économie politique une sorte de modèle où les choix démocratiques deviennent une variable du système au même titre que le capital et la propriété et le droit.

        Or il me semble que la démocratie comporte un point aveugle qui est que ce à quoi on accorde le plus de valeur n’a pas de prix (au sens d’une valeur étalonnée.) Certains payent du prix de leur vie leur attachement à l’idéal démocratique ou d’humanité. Ce n’est pas une valeur marchande.

        La démocratie ce sont bien sûr les institutions, c »est donc un fonctionnement, mais c’est plus que cela, c’est la remise en cause des modalités du fonctionnement, et même parfois la remise en cause du fonctionnement lui-même.
        Il me semble que la démocratie selon Aristote ce n’est pas suffisant, car d’une certaine manière la démocratie selon Aristote présuppose quelles sont les bonnes fins, il ne va pas jusqu’à faire mettre en débat le monde social lui-même au sein de l’agora. La discussion quant aux fins reste enclose dans la réflexion théorétique du seul philosophe. Il s’agit ainsi seulement de délibérer quant aux fins utiles pour une cité préconçue dans son ordre. La démocratie n’est pas encore pensée comme le lieu où des représentations du monde s’affrontent.

        Enfin l’État de droit est l’équilibre matériel de la société où toutes les fins individuelles sont rendues réalisables par la propriété.

        Cela me paraît incompatible philosophiquement avec votre personnalisme dont je me sens pourtant très proche. Selon moi un authentique personnalisme doit dissocier complètement la question de la valeur en tant que dans le débat démocratique, rien n’est fixé d’avance, ni matière, ni forme ni fins et que ce dont il s’agit en démocratie est que tout a priori peut être débattu, d’avec la question du prix des choses en tant qu’il trouve sa logique au sein d’un système donné. De la façon dont vous formulez les choses, tout se passe comme si le prix était tout à la fois une valeur au sens d’une et une seule représentation du monde à laquelle on associe une explication des choses, et le prix du marché.
        Dire comme vous le faites que les fins individuelles sont réalisées par les prix, c’est prendre le processus seulement en aval, c’est passer sous silence le fait que ces fins font d’abord l’objet d’un débat, qu’il y aurait pu très bien ne pas avoir de prix du tout pour quelque(s) fin(s) ou bien des prix dans un autre système.

        Je conçois bien que l’axe central de votre critique du système est de montrer la dématérialisation de son fonctionnement relativement aux humains qu’il devrait servir : il n’y a plus de sujets de droit, puisqu’il n’y a plus de matière sur laquelle ce droit puisse s’exercer. Cet angle d’attaque est indispensable, mais s’arrêter là me semble insuffisant, à moins qu’il ne s’agisse de tromper l’ennemi en parlant son langage ;-)
        C’est une option. Celle-ci ne me semble pas probante. Il me semble plus efficace de porter le combat en imposant à l’adversaire un autre langage. En prenant le questionnement comme préambule à tout exposé.

        Ma critique est facile, ce d’autant plus que je n’ai pas votre « expertise » en matière financière, mais sincèrement, il me semble que vous seriez mieux entendu que vous ne l’êtes si vous reformuliez vos explications, quitte à abandonner certaines de vos prétentions formalisantes qui embrouillent plus qu’elles n’éclairent faute de poser certaines questions.

        Tigue,

        C’est toute la question. PSdJ est-il difficile à comprendre parce que sa formalisation avancée comporte plus de dimensions que le langage courant n’en comporte ce qui produirait ce sentiment qu’il projette sur un espace à n dimensions un espace à n+1 dimensions. Nous, lecteurs serions alors fautifs dans la mesure où n’aurions pas les clés mathématiques pour lire correctement sa prose. Ou encore, parce qu’il n’aurait-il pas transposé en langage humain ce qu’il pense en langage mathématique ?

        Ou bien simplement est-ce parce qu’il y a certaines questions qu’il ne pose pas ? (c’est mon avis)

      • Béotienne

        Deux remarques béotiennes:

        la monnaie numérique peut lier les hommes sans obligation de société.

        – 1° L’internet est il aussi virtuel que nous le croyons ? Ce réseau est quand même un agglomérat de  » territoires » et de « communautés » à la merci de la première panne d’électricité venue.

        -2° La raréfaction des emplois entraîne une diminution du pouvoir d’achat mais un gain de temps.
        Par exemple je refais la vaisselles à la main au lieu d’acheter un nouveau lave-vaisselle. Moins d’argent mais plus de temps et donc du temps pour réfléchir et si le peuple se met à penser …
        Nous sommes déjà au début de l’autosubsistance, c’est encore une autarcie de nantis, rénovation de maison, maintien à domicile de parents âgés etc… la sphère commerciale va rétrécir

      • Tigue

        a Basic Rabbit,

        L analogie de la maison commune est intéressante, mais ce qui est important et qui est Un, c’ est le ciment
        C’ est lui qui determine en réalité par ses proprietés et ses orientations , la forme generale de la maison : il est Un, les pierres sont différentes elles.
        Le ciment c’ est ce qui permet d’ imaginer tous les possibles qui manquent à la forme de la maison, et c’ est ce ciment qu’ on a pas modélisé pour l instant.
        Celui d’ aujourd’hui est friable, et laisse des constructions qui s’ effondrent toujours au bout d’ un certain temps.

      • BasicRabbit

        @ Tigue
        J’ai piqué l’analogie de la maison dans l’article « Cause » de Wikipédia. Cela m’a permis d’éclairer, j’espère sans contre-sens, les propos de PSDJ.
        Je sais que la problématique posée par Aristote est d’un autre niveau, d’un niveau qui me dépasse et qui a agité et agite encore les meilleurs esprits philosophiques.
        J’ai remarqué que, à plusieurs occasions, vous faites référence à Parménide. Définir la substance, la matière, l’être, n’est pas aisé pour un matheux « de base » qui a attendu la retraite et le blog de Paul Jorion pour s’intéresser à ces problèmes.
        Je suis venu à ces sujets par le mathématicien puis philosophe René Thom. Il donne, via la stabilité structurelle et la théorie des catastrophes, une définition dynamique des formes, une définition des formes métaboliques. Mon point de vue est donc plus héraclitéen (« le feu se repose en changeant ») que parménidien.
        J’ai lu, dans l’article Aristote de Wikipédia je crois, que ce dernier considérait que toutes les causes étaient subordonnées à la seule cause finale. Partant de là tout s’organise et devient intelligible: recherche des matériaux, réflexion sur l’agencement de ces matériaux, recherche des agents qui vont réaliser cet agencement. Dans cet esprit c’est clairement la cause finale qui est le ciment.

      • @BasicRabbit,
        Oui la propriété individuelle est indispensable comme et par la propriété collective. Oui la propriété est indispensable mais limitée par le prix au-dessus de quoi la société des personnes se trouve. Le prix de la propriété est limité par la finalité personnelle commune à condition de la démocratie instaurant et régulant le marché de la négociation libre de tous les objets possibles de la propriété. La finalité humainement commune de tous les biens appropriables est la limite morale définitive de toute propriété négociable.
        En adhérant à votre question conclusive sur la propriété individuelle, je ne peux pas m’empêcher d’enrichir mon approbation de la relation, de la société et de la liberté qui placent le prix de la personne au-dessus de celui du simple l’individu qui nous a été imposé par le capitalisme financier libertarien.

        Petit commentaire sur votre réponse à Tigue : la cause finale est chez Aristote la cause de l’ordre. Mais Aristote n’instaure pas d’ordre entre les quatre causalités. Toutes les causalités sont nécessaires pour que l’être soit identique à lui-même sans altération autre que le changement qu’il contient. Les quatre causalités aristotéliciennes sont réciproques les unes aux autres dans l’ordre de l’être. Le capitalisme financier monétariste libertarien s’effondre sur lui-même par négation scientiste de la quadri-causalité de réciprocité.

        Pour capter le monde existant de l’être, le capitalisme opère une réduction platonicienne (celle de la république)en soustrayant une dimension à la discussion démocratique des causes. Une fois la république vidée de sa substance démocratique, l’émission monétaire non causée attribue à des oligarchies de plus en plus réduites la réalité du monde réduite au prix. En détruisant l’autorité du droit à l’échelle du monde, la crise des subprimes a engagé la destruction physique de l’humanité et du monde qui ne peut pas être prise en compte dans le prix.

        La destruction est pour le moment « douce » parce que cantonnée à la disparition des états de droit dans une marée de liquidités. Mais la zone euro a commis l’irréparable : elle a supprimé la démocratie en Grèce et annulé une partie de la dette publique. La justice qui est la raison d’être de l’État de droit, donc du crédit et donc de la monnaie et donc du capital n’existe plus. Les digues de la liquidité de l’être sont radicalement fissurées et vont céder brutalement…

      • @Béotienne,
        Que rajouter à vos remarques qui sont d’un robuste bon sens ? Et qui nous indiquent bien la voie que nous empruntons si nous voulons vivre.

      • BasicRabbit

        @ PSDJ
        J’ai décidément beaucoup de mal avec votre façon de vous exprimer (et donc de penser?).
        « Oui la propriété individuelle est indispensable comme et par [l'est?] la propriété collective. »
        Je pense que vous touchez là un point essentiel (je ne rejette pas a priori votre manière de voir) qui mérite ama d’être débattu et précisé.
        Amha on peut voir la propriété de deux façons: nous appartenons aux choses ou ce sont les choses qui nous appartient. Usus vs abusus.
        Nous venons de la terre et nous y retournerons. Nous sommes de passage. Je suis a priori plus enclin à préférer l’usus à l’abusus: on entretient ce qui nous a été confié. Si j’ai bien compris la significatin de ces mots.

        A propos des causes aristotéliciennes. J’ai bien conscience que les quatre causes aristotéliciennes forment un tout car, si la cause finale est prépondérante, d’où vient alors l’idée du but à atteindre? Question qui subsiste d’ailleurs si on nie la prépondérance de la cause finale. Mais qui disparaît si on élimine purement et simplement la problématique de la finalité, ce que semble faire le paradigme néo-darwinien dans lequel nous évoluons…

      • @Pierre-Yves D.,

        Si j’entends bien votre propos, nous disons exactement la même chose. Il n’en reste pas moins que notre référentiel aristotélicien est interprétable de multiples manières ; c’est bien ce qui fait la puissance de la systémique du langage aristotélicien.

        Faire de la propriété une forme à priori du système que vous appelez de vos vœux c’est par là même exclure que la propriété puisse être interrogée en tant que telle, même au sein du système (puisque vous restez dans le cadre du système, ce n’est pas une critique je précise, on peut concevoir une transition à partir de l’existant sans tabula rasa, ce qui est manifestement votre optique, toutefois d’un point de vue pragmatique rien n’empêcherait une critique plus frontale ou la propriété serait critiquée pour ce qu’elle est pour le système capitaliste).

        Ce que vous dites là est pour moi une interprétation parfaitement juste de mon propos. Mais ce n’est pas celle que je recherche et souhaite vous léguer. La propriété est bien un effet de fin formée dans une matière ; en l’occurrence la propriété est actuellement ce qu’elle est dans un certain capitalisme qui réduit la propriété à la comptabilité des titres de prix et à l’accumulation matérielle. La critique frontale de la propriété capitaliste est déjà bien menée sur ce Blog et je propose comme vous l’avez compris un prolongement systémique à cette critique. En faisant cela, je me contente d’appliquer la démarche cognitive suggérée par Aristote et ses héritiers. En l’occurrence, je voudrais dégager des lignes d’action du discours ; que le discours ait d’autres effets que de se justifier de lui-même.

        D’un point de vue pragmatique, il s’agit bien de contester la propriété dans son interprétation par le capitalisme financier. Je fais de la propriété un sujet de droit parce qu’elle est déjà un prédicat exploité comme tel dans le système financier actuel qui a éludé la question du sujet. Effectivement, tout devient variable par la question du sujet : c’est la position du sujet qui détermine tout équilibre de la réalité et produit le risque de la vie humanisée. Vous avez vu que remplacer la propriété par la délibération du sujet de droit de la propriété réintègre le sujet de la finance dans la démocratie et repose la démocratie comme lieu de la délibération du droit de propriété.

        Je conviens avec vous du point aveugle de la démocratie qu’est la hiérarchisation des valeurs sur une possible primauté de l’humain supérieur à tout prix et à toute négociation de marché. Mais je vois que ce qui fait débat entre nous comme avec Paul, Zébu, Schizosophie et beaucoup d’autres blogueurs, c’est le statut de la valeur dans l’humain. Si la valeur est un artefact de langage éventuellement discutable et négociable dans la démocratie, à quoi sert vraiment cet artefact érigé en concept ?

        Votre mise en relation des concepts de valeur et de personne me paraît bien éclairante pour introduire l’interprétation que je suggère de la monnaie, du prix, du droit, de l’État et de la démocratie.

        Dire comme vous le faites que les fins individuelles sont réalisées par les prix, c’est prendre le processus seulement en aval, c’est passer sous silence le fait que ces fins font d’abord l’objet d’un débat, qu’il y aurait pu très bien ne pas avoir de prix du tout pour quelque(s) fin(s) ou bien des prix dans un autre système.

        Encore une fois, votre interprétation est tout à fait conforme à ce que je veux dire. Mais je préfère privilégier l’interprétation par l’histoire et le temps réel plutôt que par la théorie. Si les fins individuelles sont historiquement réalisées par les prix, cela permet de supposer qu’il y a eu en amont un débat sur ce qui méritait un prix et sur le système qui permettait de le calculer. Je prends donc cette hypothèse pour affirmer que la démocratie n’est pas exclusivement une théorie mais une pratique qui a historiquement existé et que le capitalisme financier a aboli ; ce qui explique l’effondrement totalitaire auquel nous assistons.

        Fort de l’hypothèse de pré-existence de la démocratie, donc d’un État de droit, je veux montrer que le capitalisme financier et les États qui l’ont fondé sont en train de s’auto-détruire par la contradiction de la propriété qu’ils avaient posée. Pour ne pas détruire la personne et l’État qui l’institue, il faut admettre que les personnes et les États puissent se tromper. Donc que le capitalisme financier est une production des États et des personnes qui se sont écartés de leur raison d’être et nous conduisent à l’anéantissement pour tenter la survie par le mensonge sur soi.

        Le problème de l’être est comme vous le pressentez très troublant pour notre intelligence. Il faut que notre langage contienne ce que nous prenons pour de la déraison pour que notre raison n’épuise pas une réalité qui de fait nous dépasse par sa richesse-même et par les sociétés humaines qui fondent notre individualité. Or paradoxalement, le capitalisme financier mortifère a produit une nouvelle source pratique de compréhension du monde. Cette source est la prime de risque du prix nominal. La spéculation l’utilise pour piller les richesses de l’humain. Mais l’instrument peut être retourné pour mettre la finance au service du développement humain, c’est à dire de la démocratie et de la responsabilité du prix.

        Effectivement, je ne pose pas la question des fins qui sont humaines par rapport aux fins qui ne le sont pas. Je ne pose pas la question des valeurs car il faudrait expliquer comment la valeur détermine le prix ce qui est précisément le fonctionnement du système politique et financier actuel pour nous aliéner avec des valeurs qu’il nous interdit d’analyser. Il est pratiquement plus efficace de remplacer les spéculateurs par les États de droit dans la négociation des prix. On utilise alors la détermination des valeurs par les prix en soumettant la négociation du prix au contrôle de la démocratie.

        La vérité est que le retournement de la finance au service de la démocratie est simplissime. Il suffit de subordonner les allocations de liquidité de la banque centrale à l’application de la loi dans les transactions financières. Donc il faut créer un marché public des actifs financiers en obligeant les États, les banques et les entreprises à vendre leur prime de crédit aux investisseurs qui garantissent légalement l’épargne des citoyens. Tous les prix sont couverts par des primes ; lesquelles sont négociables par des intermédiaires de marché dépositaire de la Loi, des intérêts des personnes et de la propriété qui en découle.

        Concrètement on passe de la république de Platon à la démocratie d’Aristote par la monnaie. Toute autorité politique productrice de loi et de justice est émettrice d’une monnaie sur le marché qui la matérialise en société humaine (personne morale). La valeur empirique de toute monnaie est garantie par l’ensemble des primes de change négociées par les positions créditrices de marché des propriétaires souhaitant se couvrir par d’autres monnaies représentant d’autres autorités politiques jugées plus fiables. La parité de change d’une monnaie qui appartient à tout utilisateur de cette monnaie devient explicitement le signe du bien commun indépendamment de tout débat sur la valeur et indépendamment de la cupidité humaine politique et financière.

  5. objectionvotrehonneur

    – « ….Le maintien de la propriété humanisante est impossible sans une nouvelle société des nations dont l’Union Européenne est la préfiguration… »

    J’avoue ne pas arriver à vous suivre… Ma remarque n’a rien d’hostile, c’est juste que je n’ai guère d’aptitude pour une pensée trop abstraite…
    Comme par ailleurs je ne suis toujours très assidu à suivre le blog , il m’arrive de manquer pas mal d’épisodes…
    Si j’ai relevé cette phrase dans la conclusion de votre texte c’est que vous semblez voir l’Union Européenne comme la préfiguration d’une nouvelle société des nations nécessaire pour le maintien d’une propriété humanisante…
    Or l’Europe à mes yeux n’a jamais été qu’une fiction. On ne saurait parler d’Union à son sujet. Elle n’est que la juxtaposition de 27 pays tous entrés en concurrence, non seulement avec le monde entier, mais les uns contre les autres au sein même de ce que vous appelez « Union Européenne »
    Comment peut-on parler d’Union quand tout le monde est en compétition avec tout le monde?
    Parlez en aux chauffeurs routiers de l’hexagone de votre « Union Européenne »
    Ils sauront mieux vous en parler que moi.
    Encore une fois ne voyez aucune animosité dans mon commentaire, mais juste le besoin de dire les choses comme je les pense.

    • @objectionvotrehonneur,
      Effectivement l’UE est une fiction ; mais qui a le sens que nous lui donnons. L’intention fondatrice de l’Europe a été le vivre ensemble européen. Mais le régime politique du vivre ensemble européen est resté en débat faute d’une vision européenne convergente des finalités de la société qui s’est formée. La « libéralisation » des années 80 marquée par la déréglementation financière et la fondation de l’euro monnaie unique a effectivement instauré un espace de guerre économique libre de tous contre tous. Nous sommes pour quelques semaines encore libres de tirer la conclusion du désastre en cours. Soit nous validons l’empire européen de la libre prédation financière en euro, soit nous élisons les architectes politiques de la société des démocraties européennes responsables en euro du bien commun européen. Si nous sommes des citoyens et pas des serfs, alors la compensation en euro des primes de crédit de nos dirigeants politiques, financiers et économiques permet de financer la démocratie européenne par la responsabilité personnelle dans l’égalité sociale des droits et des devoirs.

      • Gyps

        Dès l’origine, l’UE envisageait l’addition des marchés européens avec celui des Etats-Unis. Mais aussi une Europe en paix. L’influence neo-libérale américaine n’a jamais faibli depuis. C’est rapidement devenu une Europe des Marchands et de la Finance, parce que dans son développement, l’UE à oublié d’équilibrer les puissances marchandes par une contre-puissance démocratique (sociale). C’est,semble-t-il, un regret de certains des pionniers de UE.

        Aujourd’hui, la démocratie, c’est-à-dire la voix et la volonté des populations, est considérée comme un frein aux projets de l’UE. Alors celle-ci agit aux ordres des « experts », des lobbys et de l’intérêts des castes au pouvoir.

        Parce que l’on considère que le peuple n’a que des intérêts individuels, ne voit rien à long terme et n’est pas raisonnable, on lui confisque le pouvoir. Mais c’est pour son bien, parce que ces élites savent ce qu’il faut faire pour l’intérêt général.

        Le pouvoir n’est plus entre les mains des peuples depuis des années, et ce n’est plus le vote aux présidentielles ou législatives qui va changer quelque chose.

        Réfléchissez au nombre d’institutions qui décident à notre place (Institutions privées comprises). Votre adresse mail /site web, les règles comptables (2 privés). OCDE, FMI, ONU
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Institution_internationale

        Notre seule ressource est l’information. Et les réactions en chaine à ces informations. Le nombre. Et agir, ici et ailleurs. Et messieurs les journalistes, faites vraiment votre métier pour nous ouvrir les yeux, soyez le vrai contre-pouvoir.

  6. TOUILEB Mouloud

    C’est uniquement l’union des banquiers, des hommes d’affaires, des politiques élus ou pas ! Les peuples n’ont jamais vraiment eu à s’exprimer sur le fond. C’est eux qui éprouvent sur leur territoire et dans leur existence les pires contradictions du système au péril de leur santé !

  7. Mor

    Pour préserver la liquidité nominale du marché mondial des capitaux, il faut désormais démanteler les États garants du droit qui donne contenu à la propriété. Le système financier s’autodétruit en produisant la pauvreté qui supprime toute légitimité à la propriété et aux institutions publiques qui la régulent. Il n’existe plus dans la mondialisation financière d’état de droit économique et juridique entre la propriété du capital et le crédit de cette propriété. Le chaos est certain tant que la règle de propriété ne comporte plus de garantie du crédit par un capital réel mesurable.

    Diable ! Comme c’est bien expliqué. La pulsion de mort du capitalisme le poussant à dévorer sa génitrice : Dame propriété privée. C’est la suite du Saturne dévorant ses enfants de Goya. J’ai comme l’impression d’avoir compris quelque chose d’important. On verra bien. En tout cas, merci à vous.

  8. juan nessy :

    Pour les nouveaux venus , peut on dire , sans vous trahir, que restez dans la lignée des attendus de la DDH qui conserve au droit de propriété un caractère intangible , mais que vous garantissez l’équité de cette propriété par la banque « service public marchand » .

    Cette projection a l’avantage de conserver l’ effet ( vertu ou vice ?) dynamisant de la propriété en ce qu’elle est la frontière ( réelle , et psychologique ) entre le je et le nous .

    On peut la voir alors comme ce point de rencontre entre le Je et le Nous , mais , au niveau de description que vous en faîtes , je ne vois encore qu’une boîte noire dans cette « banque de service public » , même si elle est un peu moins noire que le marché , la bourse et le sytème maffieux ( paradis fiscaux actuels et autres fantaisies ) à l’oeuvre .

    Comment en désigner les bâtisseurs , les règles fondamentales ( là , vous avez commencé ) , les objets et informations traités , les outils , les temporalités , les contrôles internes et externes , les mesures de résultats ( les objectifs ?) , les contraintes d’environnement , les outils de communication , le cadre ( différent de celui dont on sera sorti ) , l’organisation , le recrutement , le rendre -compte , la responsabilité ….dans le désordre et de façon non exhaustive .

    Et surtout la Raison d’Etre ,

    si elle doit être autre que nous sauver de l’assassinat de l’espèce par le capitalisme financier ( ce qui est déjà une bonne motivation , pour d’abord survivre )

    La démocratie , c’est le pouvoir au peuple pour survivre ET vivre .

    Si la monnaie est un pilier essentiel de la démocratie …en économie de marché , elle n’est pas La démocratie , qui doit se nourrir et utiliser des voies plus diversifées pour se prémunir des agressions externes et internes .

  9. Carlos

    Je ne resiste pas à vous envoyer ce petit texte que je viens de lire par hasard :

    « Le commerce intérieur souffre, parce que l’industrie produisant trop en comparaison de la faible rétribution qu’elle donne au travail, et l’agriculture ne produisant pas assez, la nation se trouve composée de producteurs qui ne peuvent pas vendre, et de consommateurs qui qui ne peuvent pas achèter; le manque d’équilibre de la situation contraint le gouvernement, ici comme en Angleterre, d’aller chercher en Chine quelques milliers de consommateurs, en présence de millions de français ou d’anglais qui sont dénués de tout, et qui, s’ils pouvaient achèter de quoi se nourrir et se vêtir convenablement, créeraient un mouvement commercial bien plus considerable que les traités les plus avantageux ». *

    Ce texte est de 1844 et je trouve son actualité epoustouflante. On oublie seulement qu’on peut aussi endetter les citoyens, les entreprises et les états, mais à l’époque on ne pretait pas aux manants et on se méfiait des états.

    * extrait de la « l’Extinction du pauperisme », écrit par Louis-Napoléon, le futur Napoléon III lors de son sejour dans la prison dorée de Ham.
    Cité dans le livre : Napoléon III de Louis Girard. Fayard publié en 1993.

    • Gyps

      L’Histoire est-elle un éternel recommencement? Une formule mathématique à découvrir…

  10. Alotar

    Dans le capitalisme, à moins d’en être sorti, tout est appréhendé a priori comme du capital, outil ou humain, un capital dont le propriétaire se voit confier, comme son délégué ou son mandataire, la charge de l’appropriation, avec en retour une participation au bénéfice de cette charge, moyennant achat et paiement, en argent ou en temps, de son privilège (titre de propriété, brevet, grade ou diplôme) accordé à l’origine et ensuite garanti par l’Appropriant de l’orbe humanisé, c’est-à-dire par les autorités de la communauté dont fait partie le propriétaire en question.

    L’Appropriation globale opérée par le Soi humain, représenté par l’Appropriant, consiste à aménager un séjour humain approprié à tous ses membres. Dans le capitalisme, tout individu, en tant que délégué privé de l’Appropriant, est propriétaire de lui-même, c’est-à-dire de son capital humain, dont il a charge d’appropriation et d’emploi économique pour l’humanisation de l’orbe humain de l’Appropriant.
    Mais tout individu, en tant que délégué privé de l’Appropriant, est également propriétaire de son capital outil. Celui qui, par désinvestissement, par accident ou même suite à une arnaque, abandonne son capital outil, reste néanmoins propriétaire de son capital humain.

    D’une certaine façon un propriétaire ne peut être que privé, car, comme public, le propriétaire s’identifie à l’Appropriant.

    Or l’appropriation du capital outil ou humain, à charge de son propriétaire délégué autorisé de l’Appropriant, consiste surtout à contrecarrer au maximum l’usure de ce capital, à en maximiser l’emploi économique et la capitalisation des acquis. C’est cette capitalisation des acquis, dont la charge est déléguée par l’Appropriant aux propriétaires, dans la perspective d’un emploi par définition plus économique, qui justifie l’héritage de capital outil, matériel ou incorporel, et de capital humain, physique ou intellectuel. Mais moins l’appropriation de cet héritage outil ou humain s’avère économiquement soutenue par son propriétaire privé, plus cet héritage se dilue dans le partage et le refilement de la charge de l’appropriation à d’autres propriétaires privés, et/ou par sa prise en charge par le propriétaire public, à savoir par l’Appropriant.

    Si la capitalisation humaine, la transmission du savoir et de la santé, voit sa concentration contrecarrée grâce à une prise en charge financière par l’Appropriant (enseignement et mutuelle), la prise en charge temporelle (temps de formation et de santé) de cet héritage reste néanmoins du ressort du particulier, c’est-à-dire de son propriétaire privé. Inversement, en ce qui concerne la capitalisation outil, sa prise en charge financière est du ressort des particuliers, tandis que c’est l’Appropriant qui décide de sa prise en charge temporelle (temps de travail et de brevet).

    L’économie n’aurait pas de sens si l’usure ou l’entropie n’étaient pas ce que cette économie essaie constamment de freiner sans jamais y réussir complètement. Ce que s’échangent les reproducteurs de biens et services ce n’est pas leur travail, mais au contraire leur non-travail ou leurs économies en travail : là où le professionnel spécialisé, connaisseur expérimenté de l’ouvrage et bien outillé, s’économise, l’amateur mal outillé et bricoleur inexpérimenté s’épuise. Ce sont donc des économies en travail ou de travail qui s’échangent au travers du bien ou service échangés, bien ou service qui n’est en lui-même à chaque fois que le prétexte sous-jacent quelconque au véritable enjeu qu’est l’économique. Quel serait l’intérêt d’échanger des usures ou des fatigues? En économie, l’emploi de capital, outil ou humain, est par définition toujours emploi économique. Plus d’emploi économique de son capital humain revient à moins de travail, moins de dépense de soi-même. L’emploi, par définition économique, est l’opposé du travail, par définition dépensier.

    Revenu, rente, loyer, intérêt, métayage, salaire, pension, dividende, tous ces termes représentent plus ou moins un retour fixe ou variable, mais régulier et périodique, sur un capital outil ou humain, un retour issu de l’emploi plus économique de ce capital; ces mêmes termes s’opposent à ces autres termes que sont le profit, le surplus ou la plus-value, qui eux résultent d’une réalisation one-shot issue d’une transaction d’achat/vente; un profit tiré, lui aussi, mais en tout premier, de l’emploi plus économique de ce même capital outil ou humain obtenant après coup un revenu comme part fixe ou variable du profit réalisé.

    Or ce qui médiatise le capital humain et son s’économiser, c’est le capital outil; de même que ce qui médiatise le capital outil et son économique, c’est le capital humain. Dans l’ouvrage Le Prix de P. Jorion, notamment dans les pages traitant du swap de taux variable/fixe (p. 266), comme swap de métayage/location (ou dividende/salaire), il est montré que l’actionnaire, en tant que propriétaire de capital outil, est métayeur de son capital outil et locataire du capital humain du salarié; tandis que le salarié, en tant que propriétaire de capital humain, est à la fois loueur de son capital humain et métayer du capital outil de l’actionnaire.

    Avec le principe économique de la productivité fordiste, c’est-à-dire la mobilité d’un travail, amené par la chaîne-outil comme sur un plateau, jusqu’aux pieds d’un travailleur immobilisé, on peut voir en quoi le capital outil, comme chaîne de fabrication, est facteur d’économie d’un capital humain qui se dépense d’autant moins qu’il s’agite moins, contrairement à ce qu’il ferait si, mobile, il doit se déplacer constamment autour d’un travail resté immobile. La rationalité économique fordiste c’est la mobilité du travail et l’immobilité du travailleur. Le capital outil est le levier permettant ainsi au capital humain de s’économiser.

    En retour ce capital humain employé plus économiquement est le levier d’un capital outil d’autant plus économisé. Le levier de la hausse ou de la non-déperdition de niveau économique du capital outil est le capital humain s’investissant dans un emploi de soi-même plus économique. Le gaspillage humain, c’est-à-dire la mise au travail dépensier (et non à l’emploi économique) du capital humain, est facteur de dépréciation du capital outil.

    Comme on le voit, le levier du capitalisme est l’emploi économique, dont tous les propriétaires de capitaux, outils ou humains, sont les esclaves. L’abolition de l’esclavage de quelques-uns par rapport au travail a consisté en une sorte de généralisation à tous d’une nouvelle forme d’esclavage : celui de l’emploi, par définition économique. L’universalité de la liberté et de l’égalité fait automatiquement de chacun le propriétaire à part égale de soi-même, c’est-à-dire de son capital humain et de l’emploi économique de ce dernier, en faveur de l’appropriation humaine.

    Si la propriété a comme une rémanence de vol, c’est que l’Appropriant originel fut le premier accapareur, souvent par violence, de son en-soi humain, à savoir l’orbe de l’appropriation humaine en lequel les humains aménagent leur séjour. Le départ de l’expérience humaine peut se voir comme un trancher à coups de machette dans de l’inhumain et un se retrancher hors du marécage de cet inhumain, afin d’échapper au péril de la mort, sauvant ainsi sa tête, de la peine capitale. Mais plus l’orbe de l’humain s’agrandit et se peuple de têtes, grâce à sa capitalisation, outil et humaine, tirée du plus économique, plus cet orbe se civilise : la légion d’humains, propriétaires privés délégués de l’Appropriant, semble donc facteur de civilisation. Dans un cadre entropique, soumis à la loi du mort, toute non-avancée équivaut à un recul, et la néguentropie de la vie humaine ou l’appropriation du Soi humain est par nécessité capitalisation des acquis et croissance d’économies ou décroissance de gaspillages.

    La propriété privée, ou autrement dit la délégation à des particuliers de la prise en charge de l’appropriation, est donc la façon qu’a trouvée le Soi humain Appropriant pour assurer un séjour à sa mesure, ou un en Soi que pour Soi, en faisant reposer cette charge de l’appropriation sur le dos d’entités d’autant plus dans la concurrence et la cogitation néguentropiques, que cette appropriation est particularisée ou privatisée. La question de la propriété privée renvoie donc à l’Appropriant et son mode opératoire, à l’appropriation du Soi humain comme capitalisation des acquis, et à la performance de cette appropriation, à charge de privés. Quel Soi représente exactement l’Appropriant? Quels intérêts manipulent cet Appropriant, ou, éventuellement, sont instrumentés par cet Appropriant? De plus, si la visée est celle de la performance de l’appropriation du Soi humain, y a-t-il un autre et/ou meilleur système, que celui, issu de l’expérience, d’une capitalisation (d’un sauver sa tête), au départ privée, d’acquis récupérés par la suite par l’Appropriant?

    Le corollaire de tout ce qui précède est que, pas plus qu’il n’y a de rapport direct entre le travail et l’argent, il n’y a de rapport direct entre la chose ou le service et leur prix. Le prix ou l’argent ne représentent que la somme des droits ou des taxes d’appropriation liés à chaque transaction ou transfert de la charge d’appropriation. La monnaie est l’unité de compte d’un péage, droit ou taxe du champ de l’appropriation humaine.

    • @Alotar,

      L’économie n’aurait pas de sens si l’usure ou l’entropie n’étaient pas ce que cette économie essaie constamment de freiner sans jamais y réussir complètement. Ce que s’échangent les reproducteurs de biens et services ce n’est pas leur travail, mais au contraire leur non-travail ou leurs économies en travail : là où le professionnel spécialisé, connaisseur expérimenté de l’ouvrage et bien outillé, s’économise, l’amateur mal outillé et bricoleur inexpérimenté s’épuise. Ce sont donc des économies en travail ou de travail qui s’échangent au travers du bien ou service échangés, bien ou service qui n’est en lui-même à chaque fois que le prétexte sous-jacent quelconque au véritable enjeu qu’est l’économique.

      Cette économie que vous théorisez avec une grande transparence est l’expression du système qui s’écroule. Elle sera remplacée par une autre économie issue d’un nouveau système où le travail retrouvera une dimension que lui a supprimée le capitalisme financier. Cette dimension est celle de l’information de l’offre par la demande. Le motif du travail est la demande de ce qui nous manque par l’offre de production à échanger. L’économie du travail tend vers un accroissement de l’expertise et une décroissance du temps et de l’énergie consommés ; mais cette économie ne se réalise que par l’accroissement de la densité informatique du travail pas seulement sous l’angle quantitatif mais bien plus encore sous l’angle qualitatif.

      La financiarisation et l’informatisation de l’économie reposent actuellement sur l’appauvrissement du travail. Nous sommes monétairement plus riches mais avec une qualité de vie désastreuse par la dissolution du lien social, l’isolement cognitif et la destruction des ressources naturelles. Le ré-enrichissement de la vie impose sans nul doute une ré-appropriation humaine du travail qui signifie l’indexation du signe monétaire sur la qualité informationnelle du travail autant que sur la quantité énergétique et temporelle.

  11. Franz

    Bonjour,

    Propositions
    Arrivant bien tard, je ne sais si je serai lu. Mais il me semble que le sujet reste ouvert et n’a pas reçu ici le commencement d’une réponse. C’est pourtant ce qu’il serait bien d’esquisser au moins. La plupart des commentaires sont restés dans le domaine de l’analyse économique, souvent à un niveau élevé qui m’échappe un peu. Mais, même si je ne suis pas juriste non plus il me semble que l’on pourrait aborder ce sujet sur le point du droit. Car il apparaît qu’il existe surtout dans cette histoire, un vide juridique que rien ne nous interdit de combler. C’est me semble-t-il du ressort du législatif et donc relève exactement de ce qui devrait nous appartenir : le politique.

    Pour situer le cheminement de ma réflexion je vais partir d’un cas concret relatif à la reconduction d’une délégation de service public dans le cadre d’un bail emphytéotique. Dans ma commune, le Casino municipal (donc considéré comme un service public !) a été construit avec un bail emphytéotique de 75 ans par un groupe financier. Durant cette durée donc, celui-ci jouit de l’usage des locaux qu’il a lui-même financés destinés aux jeux et à tout ce qui tourne autour. Mais la délégation de service public est, elle, renouvelée tous les 20 ans.

    La direction de la concurrence et des prix a fort justement relevé que lors du renouvellement de cette délégation il manquait un élément capital : un bail commercial à remettre en jeu. En effet, à défaut de son existence, l’emphytéote est donc libre de disposer des locaux sans limite ne pouvait être que le seul à répondre à l’appel d’offre pour renouveler la délégation. Aucun autre concurrent possible sauf à aller construire ailleurs un autre Casino.

    Je prend un deuxième exemple situé lui aussi sur ma commune. Où ont été créés des salins, il y a environ 150 ans. Ces salins, principale activité de la commune ont été rachetés par les Salins du Midi puis revendus à un consortium international : Morton Industries domicilié à Chicago. Celui-ci a obtenu en quelques années le quasi monopole mondial de la production de sel.

    Pour des raisons d’organisation et de rentabilité Morton décide de la fermeture des salins sur notre commune. Etant le principal producteur mondial il peut diminuer la production, organiser la rareté pour en augmenter le prix tout en produisant dans les régions à moindre coût social. A Madagascar ou au Sénégal par exemple Il gagne ainsi sur les deux tableaux, en toute légalité.

    Notre salin devient alors une friche et les emplois sont détruits. Outre la dégradation du paysage (disparition des miroirs) une ressource importante pour la commune est ainsi éliminée. Que faire de l’espace ? Il est racheté par le Conservatoire du Littoral à condition qu’il soit classé comme espace « naturel’ alors qu’il s’agissait jusque là d’un espace industriel. Et à la condition écrite que l’on n’y exploite plus jamais de sel. Les autorités locales ont signé cela et accepté la destruction pure et simple d’une activité pour respecter le droit des propriétaires. En mettant sa conservation à la charge des contribuables. Nous sommes donc bien dans le questionnement posé ici.

    Il apparaît pourtant qu’il existe un vide juridique : La notion d’activité reconnue comme bien public. Comment pourrait-elle exister ?

    Là je reviens à cette affaire d’actualité à laquelle notre vaillant gouvernement est confronté : Mittal. Voilà un milliardaire qui, avec les subventions européennes, rachète la sidérurgie lorraine. Or, il ne s’agit pas seulement de quelques terrains et machines mais du résultat de plusieurs siècles d’accumulation de travail. Lequel a façonné la richesse de toute une région fait vivre des générations de travailleurs et permis à des milliers d’autres de prospérer avec l’activité induite. C’est cela que l’industriel veut éliminer. Les syndicalistes osent qualification cette décision de meurtre social. L’acte final de la stratégie de Mittal se produit aujourd’hui avec la fermeture définitive du site de Florange après les autres. En donnant six mois à l’Etat Français pour trouver un repreneur. Incroyable injonction !

    Comme si l’Etat ne pouvait obliger une entreprise qui ne veut plus exploiter son site à rechercher un repreneur. Souvenons nous que sous Sarkozy, dans le cas d’Arcelor à Florange, il y avait alors deux repreneurs identifiés. En se conformant à l’exigence de l’industriel, l’Etat les a éconduits en faisant valoir que, dans la mesure où le reclassement était assuré (c’est vite dit), cette question ne le concernait plus et qu’il convenait de respecter le souhait du propriétaire de ne pas vendre. Donc d’imposer l’arrêt de l’activité sur ce site. Evidemment, le but de la manœuvre était de se retirer tout en élimant une quelconque concurrence.

    Que manque-t-il à notre arsenal juridique ? Une notion à inventer et qui ne s’imposera pas facilement parce que remettant sans doute en cause certains principes garantis par les accords internationaux et la Communauté européenne. C’est la notion d’activité reconnue comme bien public. Cette notion permettrait de maintenir le principe de la propriété privée de l’outil de production mais y ajouterait le principe d’activité qui elle reviendrait de droit à la collectivité.

    Pour faire court car il faudrait développer cela ailleurs, on poserait comme principe qu’une collectivité publique ou une pétition citoyenne, disposent du droit de demander qu’une activité économique soit dévolue à la collectivité. Dès lors que cette activité joue un rôle important sur un territoire donné (en particulier en raison des sous traitants) et qu’elle est le fruit d’une accumulation de travail réalisé par les habitants, une collectivité territoriale serait en droit d’imposer, pour un euro symbolique ou plus, un droit à l’activité. Celui-ci pouvant se céder de manière indépendante de la propriété du bien et de l’outil de travail.

    Ce droit serait assorti d’un certain nombre d’obligations. Il serait dès lors possible par exemple de décider que si le propriétaire interrompt son activité sur un site plus de x mois, il aurait obligation, soit de reprendre sans délai l’activité soir de céder ce site à tout repreneur proposant de poursuivre l’activité au risque d’expropriation. Ceci permettrait également d’interdira de déménager tout ce qui participe à cette activité comme les machines, la marque ou la raison sociale. On pourrait tout autant ajouter des obligations de la part de la collectivité détentrice du droit (accès, services etc.)

    Différencier la propriété du bien et la propriété de l’activité. Cette activité, établie par des générations de travailleurs devenant un bien collectif. Ainsi, Mittal pourrait parfaitement décider d’abandonner son activité en Lorraine si ça ne lui convient pas. Mais aurait l’obligation de céder son usine à un repreneur sous peine d’expropriation. En considérant que l’activité primant sur les stratégies privées, celle-ci appartient à la collectivité qui a su la faire vivre et prospérer. En ce cas, le propriétaire devrait céder son bail en même temps qu’il revendrait l’outil. Ou dès lors qu’il n’organiserait plus d’activité pendant un temps donné.

    Il y a des juristes que cela intéresse ? On peut imaginer à partir de là une proposition de loi ?

    Amicalement
    Franz

  12. Franz

    J’ai du arriver trop tard. Ou alors, l’idée était idiote.

    Amicalement
    Franz

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