AUDITION DE JERRY DEL MISSIER, EX-COO DE LA BARCLAYS, DEVANT UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE BRITANNIQUE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

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Jusqu’ici, dans les dépositions de témoins devant une commission parlementaire britannique dans l’affaire du LIBOR, chacun mentait dans son propre intérêt essentiellement. Le résultat : une cacophonie bien entendu, amplifiée par les changements de stratégie à mi-parcours, comme ce fut le cas en particulier de Bob Diamond, ex-P-DG de la Barclays, qui un jour cherchait à entraîner dans sa chute Paul Tucker, vice-gouverneur de la Banque d’Angleterre, pour tenter le lendemain-même d’exonérer celui-ci de toute responsabilité, avec le résultat catastrophique que l’on imagine facilement.

Du côté des officiels, régulateurs et dirigeants de la Banque d’Angleterre, une performance à peine plus convaincante : « saving one’s ass », comme on dit dans la langue de Shakespeare : sauver sa peau, comme on dit plus poliment dans la langue de Molière.

Jerry del Missier, Chief Operating Officer, N° 3 de la Barclays jusqu’il y a quelques jours, a choisi hier une autre stratégie : la franchise. Difficile à dire s’il s’agit de la franchise à 100 % mais on approche quoi qu’il en soit, voire dépasse même probablement les 90 %. Et c’est beaucoup plus efficace bien entendu, pour une raison qui ne devrait pas surprendre : si on peut mentir de mille façons différentes, il n’y en a qu’une de dire la vérité, ce qui évite de trop s’emmêler les pinceaux.

Le dommage collatéral est considérable évidemment car dans sa candeur, del Missier mouille absolument tout le monde, non seulement les menteurs des jours passés mais aussi de nouveaux acteurs dont il cite très libéralement les noms bien que personne n’ait mentionné ceux-ci jusqu’ici.

Quand on lui dit : « Si comme vous l’affirmez, les ordres venus d’en haut vous enjoignaient de maquiller les taux à la baisse, pourquoi votre bras n’a-t-il pas été paralysé à la pensée que c’était illégal ? », il répond benoîtement : « Euh… ben non, puisque c’était effectivement la seule chose raisonnable à faire pour sauver le système ! »

Pourquoi les autres n’adoptent-ils pas cette ligne de défense, et sacrifient en conséquence des dizaines de millions de livres sterling en salaires et en bonus ? Parce que le Veau d’Or a dit un jour devant les foules prosternées : « La finance est autorégulée et le paradis terrestre qu’elle promet existerait parmi nous s’il n’y avait ni régulateurs, ni gouvernements ! » et que ces dizaines de millions perdus ne représentent du coup pas grand-chose si c’est le prix à payer pour que leurs propres enfants et leurs petits-enfants puissent continuer de répéter les paroles du Veau d’Or pour les siècles à venir.

Jerry del Missier, ex-COO de la Barclays

Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre, Paul Tucker, vice-gouverneur de la Banque d’Angleterre, Adair Turner, président de la Financial Services Authority, le régulateur britannique

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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25 réflexions au sujet de « AUDITION DE JERRY DEL MISSIER, EX-COO DE LA BARCLAYS, DEVANT UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE BRITANNIQUE »

  1. « Et c’est beaucoup plus efficace bien entendu »

    Hum. Efficace pour quoi faire? Mon petit doigt me dit que Bob Diamond s’en sortira mieux que Jerry del Missier dans quelques années. Ou alors c’est que les choses auront vraiment changé…

    Sinon, dans le genre cri d’orfraies: http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2012/07/libor-le-drapeau-rouge-flotte-sur-bruxelles.html
    Ou ces gars sensés réguler débarquent de la planète Mars, ou ils sont vachement incompétents, ou ils jouent la comédie de l’indignation…

  2. Merci de nous rendre accessible ces auditions…
    Entendre les inénarrables périphrases et voir les pauvres mains de Jerry del Missier se tordre font ressurgir les images de l’audition du non moins fameux « Fabulous Frenchy Fab » de Goldman Sachs devant la sous-commission du Sénat américain…
    Une fois de plus les dénégations sont les mêmes « Je n’ai fait que transmettre, je suis un petit télégraphiste, il faut tenir compte du contexte… »
    Bien sur ce n’est pas dans nos merveilleux journaux de référence français que l’on trouvera trace de cette audition. Le « journaliste » des Echos n’en étant encore qu’à parler « d’une tentative de manipulation du Libor » minorant par la-même la déclaration rapportée de Michel Barnier (dangereux extrémiste comme chacun sait…) au Financial Times déclarant « qu’il n’avait jamais cru à l’autorégulation… »
    http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0202162527205-scandale-du-libor-l-enquete-elargie-aux-banques-francaises-342069.php

  3. Timothy Geithner dit avoir prévenu les anglais en 2008 d’un possible dysfonctionnement du Libor, accidentel ou volontaire et le gouverneur de la banque d’Angleterre affirme aujourd’hui que rien n’avait été dit par M. Geithner au sujet de manoeuvres frauduleuses…

    « M. Geithner avait adressé six recommandations pour « renforcer la crédibilité du Libor », notamment par la mise en oeuvre de « procédures destinées à éviter des erreurs de soumissions accidentelles ou délibérées ». » Extrait de http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/scandale-du-libor-aucune-indication-de-malversation-en-2008-17-07-2012-2093087.php

    Tout est dans le « ou délibérées »…Il a laissé aux anglais la possibilité de continuer à tricher et lui-même s’est couvert.

  4. Si une telle chose a pu se faire en Angleterre et à l’insu des opinions publiques, qui nous dit que c’est pas moins le cas ailleurs et dans l’actuelle désinformation des premiers organes de presse officiels ?

    « Euh… ben non, puisque c’était effectivement la seule chose raisonnable à faire pour sauver le système ! »

    Pour mieux combattre le mauvais oeil en société, la faim et la soif des premiers nantis dans le monde, on ne sauve pas un panier de fruits lorsqu’on préfère d’abord élargir le champ d’influence des plus gros fruits véreux qui pourrissent le panier, ce n’était donc pas la chose la plus raisonnable à faire !

    « La finance est autorégulée et le paradis terrestre qu’elle promet existerait parmi nous s’il n’y avait ni régulateurs, ni gouvernements ! »

    C’est comme si je vous disais que les plus grands mafieux et psychopathes en cols blancs de la planète n’avaient pas plus besoin de se faire réguler, déprécier, diminuer, pour qu’il y est moins de malheur et de dégâts des eaux.

    C’est comme si je vous disais que la terre, n’avait pas plus besoin des premiers thermostats naturels du climat pour mieux faire beau temps avec les premiers algos des marchés mondiaux.

  5. Il y a tout de même de quoi être stupéfait de l’autorité que peuvent avoir les membres du Parlement britannique y compris sur les fripouilles. Même genre de stupéfaction devant les commissions du Congrès des Etats-Unis. La publicité de ces genres d’audience leur donne la capacité de mettre en lumière d’incroyables vérités. Ce type a l’air davantage embarrassé par ses propres contradictions que par l’autorité qui le reçoit, comme s’il avait préféré être aussi gentleman que son propre costume. Et pourtant, chacun sait que les membres du Parlement ne sont pas incorruptibles. Preuve – peut-être – que la vertu ne peut fonder la bonne constitution, mais que la bonne constitution peut fonder la vertu. Le grand Robespierre se serait-il mépris?

    1. Je vous arrête tout de suite : c’est du théâtre, un peu plus sincèrement et mieux joué que d’habitude, mais on reste dans les limites du cadre, du système de corruption matérielle, politique, financière et morale, qui est au moins autant, sinon – à mon sens – bien davantage encore, l’apanage des pays anglo-saxons avec leur soi-disante démocratie et justice dont ils rebattent les oreilles du pauvre monde « libre »…
      Aux US of A, la Cour Suprême US a dynamité en deux coups ce qu’il restait de démocratie US : 1) 2000, coup d’Etat judiciaire empêchant le recompte des voix en Floride et désignant donc comme « l’élu », Bush, par – 4500 voix dans les comtés à recompter (et ils le furent, plus tard, après la bataille) et, accessoirement, par – 550 000 voix au niveau national (ce qui ne comptait pas aux termes de la magnifique Constitution US bicentenaire, puisque l’élection du Prez ne s’est jamais faite au suffrage universel direct) ; 2) 2010, arrêt « Citizens United » qui permet aux personnes morales de financer sans frein les candidats politiques, au nom de la liberté et de l’égalité d’expression !
      En GB, entre autres ignominies parlementaires, par deux fois (Chilcot inquiry) Blair fut blanchi de sa co-responsabilité dans le crime contre l’humanité que constitue la guerre en Irak (plus d’un million de morts à ce jour).
      Je n’ai pas le moindre commencement d’intérêt pour ces mises en scènes hypocrites qui prétendent soulever un coin du voile quand tout le système est plongé dans des abysses de noirceur et de déshumanisation…

      1. NK, azote potasse, n’amuse que les zozos, ne fertilise que les potaches attardés.
        Les quoi ? vacances ? kèsecé ce truc ? Un amuse-bourges ou une passion triste de prolos sûrement. Connais pas.

  6. Je ne suis pas capable de visionner les vidéos. Je suis sur Linux et le plugin Silverlight ne Micro$oft marche pas ce qui oblige à Installer le plugin Moonlight qui, lui, est très instablle. Ne serait-il pas possible d’utiliser plutôt le plugin « Flash » d’Adobe, plugiciel plus versatile?
    Deux-Montagnes Québec

    1. Vous faites confiance à des plugiciels versatiles, et vous vous étonnez d’avoir des problèmes! 😉

  7. Le Jerry il lâche deux noms. Morse et Dearlove, deux pontes de la Barclays, mais personne à la banque d’Angleterre ni au gouvernement.

    Plus cela avance plus la Barclays fait figure de parangon de vertu. Alors que toutes les autres banques trichent, eux ne trichent pas, ou alors c juste quelques Kerviels névrosés qui font du zèle. Il faut la pression de la banque d’Angleterre !!! pour que Barclays s’aligne sur les autres banques et soumette des taux manipulés. Taux qui n’intervient pas dans l’élaboration du LIBOR puisque Barclays triche toujours moins que les autres banques. Chaque échelon hiérarchique a agi avec un certain dégout, presque de façon éthique. Ils se sont contentés de passer les ordres de la banque d’Angleterre à l’échelon inférieur sans jamais en reparler entre eux, comme pour signifier le caractère honteux de cette démarche. Au passage ils n’ont pas oublié de se mouiller les un les autres en mettant tout le monde dans le secret.

    Alors, où ça coince ? Dans le concept de « l’honnêteté du banquier » :

    Barclays est coupable !! Elle a triché, elle a manipulé un taux. Après un coup de téléphone de la banque d’Angleterre, hop, on change le taux, on impose une petite omerta et… on gagne de l’argent. Combien de coup de téléphone de ce genre y a-t-il dans le monde ? Qui manipule quoi ? Jusqu’où ? Mon argent rapporte-t-il ce qu’il mérite ? Bref, le roi est nu.

    Concept important quand vous avez un banquier…

  8. C’est très exactement ce que j’écrivais le 04 juillet at 21h47

    Mettre un peu de philia dans « LA main invisible », soit!
    Mais pourquoi le faire en douce, si ce n’est pour faire vivre la légende de l’autorégulation.
    Désolé! Si le système est mal foutu au point de s’autodétruire, qu’on le reconnaisse clairement, au lieu de nous vanter sa divine autonomie.
    Dehors les charlatans. L’Économie doit être pilotée à vue. C’est ça ou l’embardée finale.

    SAUVER LE DOGME ! ! ! : c’est leur dernier espoir. Ils sont pitoyables et donc vulnérables. Il faut les démolir et c’est maintenant.

    1. Il faut les démolir et c’est maintenant.

      Ne recherchez pas trop à les démolir, vous en finirez par descendre au même niveau de conduite et de propos que ces gens là. Non au moment même de donner le coup fatal, remettez-les plutôt à la justice, si bien sur le monde moderne n’est pas trop totalement corrompu à ce moment là et pour le genre humain.

      Là au moins vous ferez vraiment preuve de responsabilité dans leurs premiers idéaux de suffisance. Ils font d’ailleurs cela très bien eux-mêmes les premiers dans les plus hautes fonctions privés et bien sinistres de ce monde en grande faillite morale.

      Recherchez plutôt et si ce n’est pas trop tard à causer des premières réalités essentielles de la vie à vos petits enfants. Par exemple que l’histoire, la vie, ce ne sont pas toujours que les seules choses de l’avoir, de l’argent, de la possession, du pouvoir, de la brutalité, car à quoi bon le continuel manège qui fait du mal dans les têtes.

      La terre se meurt de tout ceci et cela dans les sociétés, l’humanité en souffre bien progressivement en son Ame et dans la chair de voir autant d’hommes d’affaires pressés au dessus de tous, ni Ciel, ni Maître, ni comète, ni idôles au dessus de nous, disaient-ils tous pour moins souffrir prioritairement du manque de faim et de la soif, et puis voilà que l’impensable se produit graduellement devant nos yeux.

      J’avance et j’évolue en société, que si je ne recherche d’abord à écraser et doubler la voix du plus pauvre que soi.

  9. Cette vaste truanderie du Libor fâche même (c’est eux qui le disent) les autorités européennes en place. A commencer par notre Michel Barnier national, par ailleurs Commissaire au marché européen et aux services. Celui-ci, avec d’autres hauts fonctionnaires européens outrés, constate tout rouge que les marché avaient une façon bien à eux de s’autoréguler. Et que tout ça va changer fissa, nom d’un petit bonhomme de haut fonctionnaire européen !

    Mais voilà ce qu’envisagent Michel Barnier et ses collègues pour réguler cette autorégulation de « salauds ». Je cite le dernier article de Jean Quatremer dans Libé :

    « L’affaire du Libor souligne une nouvelle fois l’urgence de mettre en place une surveillance européenne des banques qui soit à la fois détachée des intérêts nationaux et efficace, comme l’a décidé le Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement des 28 et 29 juin […] Pour l’instant, c’est la Banque centrale européenne (BCE) qui tient la corde pour assumer le rôle de ‘superviseur européen’. »

    Autant dire qu’avec la BCE et ce genre de superviseurs détachés de tout contrôle nat… euh, « détachés des intérêts nationaux » (pourquoi pas la Banque d’Angleterre pendant qu’on y est ?), c’est un rempart « efficace » pour dissimuler toutes les magouilles futures des marchés qui se met en place.

    1. Alors ça c’est une idée! La banque d’Angleterre contrôle les banques continentales, et la BCE contrôle les banques anglaises! Non… je plaisante…

  10. Le Libor est un vrai scandale pour les Anglais , parce que chez eux on ne triche pas , en principe .
    Chez nous non , c’est normal que les autorités trichent , Michel Garnier en l’occurence nous apparait comme le Tartuffe de la piéce , comme si il ne savait pas .
    Le Libor en cache un autre de scandale , plus profond . C’est que tous les indicateurs ont été faussés . On nous a bernés d’illusions depuis au moins 30 ans . L’illusion par exemple que l’endettement pour l’immo ou l’état n’était pas grave parce que comme pour les années 60-70
    la dette serait rognée par l’inflation . Ce qui fait qu’une proportion considérable de la population
    soit tombée dans le panneau . Hélas ! la fois précédente était une farce , celle-ci est une tragédie .
    Il va falloir payer réellement . C’est là le scandale , toutefois cette partie de la population n’a pas
    encore pris la mesure exacte de l’embrouille , c’est pourquoi le scandale du Libor n’est qu’un
    amuse-gueule par rapport à ceux qui se profilent .
    Les banques sont surtout coupables de ne pas la créer cette inflation . Que fait Ben Bernanke ? Comment se fait-il que cette monnaie
    abondamment crée par la BCE ne descende pas dans ‘léconomie réelle’ ?

  11. Une analogie me frappe: « je n’ai fait qu’obéir aux ordres ».
    C’est ce qu’on a entendu du début à la fin du procès de Nuremberg.
    Beurk

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