L’actualité de la crise : LA RÉSERVE PROVERBIALE DU CHRONIQUEUR, par François Leclerc

Billet invité.

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La cause est largement entendue à humer l’air du temps ! Les banques se comportent comme des voyous, les régulateurs qui les surveillent regardent de l’autre côté et les autorités politiques les couvrent. Établir la liste des affaires qui viennent d’émerger sans en oublier devient ardu.

Il y a bien sûr Barclays, ainsi que toutes les mégabanques qui attendent derrière que leur sort soit fixé dans un contexte qui dérape en espérant échapper à la vindicte publique, aux amendes et aux poursuites judiciaires. Il y a la vertueuse BNP Paribas, poursuivie en France pour des prêts immobiliers complexes reposant sur la parité euro/franc suisse. Ou bien la franco-belge Dexia, dont on ne présente plus les prêts structurés consentis aux collectivités locales et aux hôpitaux. La britannique HSBC frappe très fort, impliquée selon le Sénat américain dans des opérations de blanchiment d’argent lié au trafic de drogue des cartels mexicains, en lien direct avec le crime organisé, dont également la mafia russe. La perle de l’Asie fait coup double, à la faveur de transactions financières secrètes de 2001 à 2007 avec l’Iran – interdites aux USA – pour un montant de 16 milliards de dollars.

En Allemagne, c’est Morgan Stanley qui est en cause et son patron qui saute en raison de son implication dans la vente litigieuse des parts d’EDF dans la compagnie EnBW. Enfin, et à titre provisoire, il ne faut pas manquer de citer Visa, Mastercard, Bank of America, JPMorgan Chase, Citibank, Wells Fargo et Capital One : en application de la loi américaine qui permet de transiger à l’amiable afin d’éviter des poursuites, elles vont payer environ 7 milliards de dollars afin de mettre fin aux accusations de facturations indues dans les transactions. La plainte avait été déposée en… 2005.

Il est dans ces conditions difficile de parler de conduites isolées et de se contenter d’épingler des second couteaux. La démission de Barclays de Bob Diamond rend compte de ce tournant, alors que la Banque d’Angleterre elle-même est prise à partie et que son gouverneur Sir Mervyn King doit monter au créneau.

Partie émergée du système financier, les banques n’ont plus très bonne presse en dépit de leurs campagnes affirmant mettre leurs clients au centre de leurs préoccupations. La vox populi poursuit par : « pour mieux les plumer! ». C’est probablement l’un des facteurs qui vient de conduire le FMI a exprimer sa préoccupation devant la « lassitude » que pourraient susciter « les plans d’ajustement budgétaire ». On admirera la litote, car s’agit-il de cela quand on se penche sur le cas espagnol ? Des protestations organisées via les réseaux sociaux n’ont pas attendu ces jours derniers la manifestation syndicale du 19 juillet, tandis que le nouveau dispositif gouvernemental destiné à faire rentrer dans le rang les régions du pays était dévoilé.

Celui-ci est la reproduction à l’échelle du pays des étranglements appliqués avec acharnement dans la zone euro : une aide financière est accordée aux régions espagnoles qui doivent consentir des taux d’intérêt très élevés sur le marché obligataire, à condition de montrer patte blanche, c’est à dire de s’engager à respecter une obligation drastique de déficit. Lorsque l’on sait que les budgets de l’éducation, de la santé et de l’aide sociale sont dans une très large mesure gérés régionalement, on comprend que c’est un nouveau garrot qui a été mis en place. L’Espagne renoue avec ses grandes traditions, à quand le retour des tribunaux de l’Inquisition chers à Isabelle la catholique ?

L’abattement et la résignation sont recherchés, à défaut d’obtenir le consentement des victimes qui ne se font pas d’illusions sur le sort qui les attend. Non sans quelques roublardises destinées à faire passer la pilule, quand les marges de manœuvre se rétrécissent, comme c’est le cas en France. Mais s’il se confirmait que la dernière en date – l’adoption de la « règle d’or budgétaire » – nécessite bien une révision de la Constitution et ne peut être adoptée par une simple « loi organique » présentée comme pouvant être plus facilement défaite, le jeu se compliquerait.

Rapporteur général du PS au budget, François Marc a esquissé hier une solide argumentation : « l’harmonisation des règles de gouvernance budgétaire est souhaitable dans son principe, dès lors qu’elle s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de croissance pour la zone euro ». Ajoutant : « Sans union budgétaire en Europe, nous n’arriverons jamais aux Eurobonds et à la mutualisation des dettes souveraines ». Là est tout le pari dont il va être proposé de l’endosser, que le représentant de l’aile gauche du parti socialiste, le ministre de l’économie sociale Benoît Hamon, s’est employé à soutenir, car « la croissance a été replacée au cœur de la construction européenne ». Tout en se félicitant de la mise en place d’une « supervision intégrée, étape fondamentale qui nous permettra de mieux contrôler le secteur financier ». Les dirigeants européens ont selon lui « commencé à tracer la feuille de route d’une intégration solidaire ».

Que l’on n’attende pas du chroniqueur qu’il sorte de sa réserve.

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56 réflexions au sujet de « L’actualité de la crise : LA RÉSERVE PROVERBIALE DU CHRONIQUEUR, par François Leclerc »

  1. « Que l’on n’attende pas du chroniqueur qu’il sorte de sa réserve. »
    Pourtant la barrière est ouverte!… et le destin est là.

    1. La barrière, François l’a enfoncée tout de go dans le premier paragraphe,
      qui a lui seul résume la Chronique de la Crise:

      Les banques se comportent comme des voyous, les régulateurs qui les surveillent regardent de l’autre côté et les autorités politiques les couvrent.

  2. Les banques je les ferme, les banquiers je les enferme…Ce slogan programmatique des années 30 pourrait redevenir furieusement d’ actualité…

    1. On pourrait aussi remettre en service la guillotine et leur couper la tête. L’Etat est sans ressources et n’a plus les moyens de les nourrir en prison. On pourrait même en faire un spectacle. Je suis sûr qu’on remplirait les stades. A moins de lever de nouveaux impots! HIHIHI!

  3. Cher François Leclerc,
    La France ne serait elle pas en train de se bercer d’illusions?
    pardon ! vous ne sortirez pas de votre réserve .

  4. Apparemment, le chroniqueur réservé ne s’interdit pas de piocher dans sa réserve d’ironie facétieuse… 🙂

  5. « Il est dans ces conditions difficile de parler de conduites isolées »

    On voit que vous ne maîtrisez pas encore la novlangue, monsieur Leclerc. La presse mainstream appellerait plutôt à ne pas faire d’amalgames, mais il vient en effet un moment où cela relève de l’impossible.

    « on comprend que c’est un nouveau garrot qui a été mis en place. L’Espagne renoue avec ses grandes traditions, à quand le retour des tribunaux de l’Inquisition chers à Isabelle la catholique ? »

    La comparaison est très malvenue. Le garrot étant la méthode de strangulation utilisée par les milices franquistes pendant la guerre civile et même après.

    Très bon article au demeurant, merci de nous tenir informés.

    1. L’inquisition, le garrot …

      En France, le cas échéant… le choix des références historiques risque d’être beaucoup plus compliqué, car très large.

      Mais c’est le risque quand on juge l’histoire avec des critères contemporains, ce dont on ne se prive pas (je veut dire pas assez …).

    2. Garrot est certainement volontaire et très juste.
      C’est la même classe de bourgeois profiteurs et de parasites,
      qui ont mis la dictature fasciste en selle,
      qui contrôle toujours l’Etat espagnoln
      et qui tente de mener à nouveau ce peuple vers la barbarie.

      Cette fois-ci, il ne faut pas leur abandonner l’Espagne !
      On sait où cela a conduit toute l’Europe.

  6. Parce que vous, vous en avez encore des réserves ???… 🙂
    …alors pensez donc un peu au partage avec tous ces malheureux qui décidément n’en n’ont plus !

  7. UMP / PS no future, il n’y a plus rien à attendre de ces gens là qui sont prisonniers du système.

    Il va falloir construire autre chose à côté de ce système en train de sombrer.

    1. Rien de solide ne sera construit tant que ce système existera, parce qu’il est fait pour avaler tout ce qui passe à sa portée.

      1. Il est fait pour avaler ceux qui ne savent pas , ceux qui ont peur , ceux qui s’en remettent au plus beau ,au plus fort , au plus éloquent , ceux qui ne voient pas plus loin que la promesse de la satisfaction de leurs instincts les plus égoïstes .

      2. Restent ceux qui auront la coupe pleine et résisteront par le sang, faute d’autres moyens… Ceux là seront appelés terroristes… le reste de la plèbe couarde sera la première à leur jeter la pierre et vouloir les emprisonner… Il n’y aura pas de révolution, juste des « hors la loi dangereux » auxquels on fera une chasse sans merci…

  8. rah que j’aimerais vivre bercer d’autant d’illusions ce benoît hamon : La dette est remboursable, la croissance reviendra, le monde est beau et gentil !!
    Mais pour autant je n’aimerais pas être à sa place. Se faire du mouron ainsi, j’imagine, pour des dettes que l’on ne devrait pas rembourser au vue de la croissance zéro, si ce n’est négative, qui s’impose à nous petit à petit…. Vraiment ce n’est pas tentant.
    Quitte à vivre dans l’illusion, autant qu’elle soit belle et heureuse.
    Quitte à broyer du noir, autant que ce soit pour aller dans la bonne direction.

    Reste que je persiste à me sentir prisonnier et sans issue de toute cette histoire….. ballotter d’un bord à l’autre, n’ayant d’autres choix que de subir les invectives du capitaine qui se veux mon sauveur. Mais c’est bien tel un geôlier qu’il résonne dans ma tête, m’emprisonnant dans sa folie sans issue… Ma gentillesse est trop grande, je cherche de ci de la, des bouts de ci, des bouts de cela, espérant que cela me sera utile lorsque l’inévitable arrivera, espérant que la catastrophe m’épargnera suffisamment pour recommencer plus tard. Je crains tout de même que mes espoirs ne soient trop grands.

    Mais au fait, que fait on lorsque le capitaine du navire est devenu fou ? La mutinerie…
    Ma gentillesse est trop grande.. Mes espoirs sont craignos..
    Ma bêtise est elle immense à laisser faire ainsi ?

    1. Prenez garde, maboiteaspam, vous êtes sur le point de vous laisser traverser par ce genre de pensées :  » Je crois au salut de l’humanité, à l’avenir du cyanure » (Cioran)
      Mais pour vous aider , le même dit :
       » Ce qui irrite dans le désespoir, c’est son bien-fondé, son évidence, sa « documentation » : c’est du reportage. Examinez, au contraire, l’espoir, sa générosité dans le faux, sa manie d’affabuler, son refus de l’évènement : une aberration, une fiction. Et c’est dans cette aberration que réside la vie, et de cette fiction qu’elle s’alimente. »

    2. Sur la dette, en passant, un p’tit sourire aux fonds souverains quataris qui, sur un seul salaire (le plus gros salaire brut jamais offert dans l’histoire mondiale du prolétariat sûrement…) et si l’on tient compte des 75% d’imposition, offre ni plus ni moins que 1,5‰ de la charge annuelle de la dette aux administrations françaises (65 millions d’IRPP et de cotisations pour un net de 14 millions pour Ibra). C’est aussi 1‰ des importations d’hydrocarbures du pays. Allez encore un effort, 1000 salariés en France à ce prix messieurs les quataris et on vous réserve une place ou deux au Panthéon (qu’on vous offrirait même en prime, avec les locataires).

      1. A noter que rien n’est fait sur les 75%:

        « A ce stade, les modalités de cette taxation à 75 % ne sont pas arrêtées. Elle pourrait donner lieu à la création d’une nouvelle tranche d’imposition ou d’une contribution exceptionnelle » dixit les echos.

        Exit les 75%.

  9. Dans l’affaire il est oublié de répondre si la croissance est vraiment necessaire ou pas. Pour des raisons financiéres semble t’il oui, mais au niveau écologie il se pourrait bien que ce ne soit pas le bienvenue ! ça devient difficile là, alors pas de débats la dessus car il s’agit de notre niveau de vie.

    Il faudrait faire un point trés clairs sur ce qu’est une croissance supportable écologiquement. Les sociétés occidentales se sont groinfrées avec les ressources écologiques disponibles pendant les sciécles d’avant, il est juste que nous nous interrogions sur notre droit à poursuivre sur la m^me lancée.

    salutations

    1. Croissance?: désormais impossible tant du point de vue écologique que économique.Tout effort devient de moins en moins rentable.

      Au fait, observez-vous comme moi un retour étonnant des hirondelles? Même dans mon jeune âge je n’en avais jamais vu autant.Je suis incapable de m’expliquer cela.

  10. Dans votre inventaire, vous avez oublié UBS, dans le collimateur de la justice française pour organisation d’évasion fiscale. Voir l’excellent livre/enquête d’Antoine Peillon « Ces 600 milliards qui manquent à la France ».

    1. C’est bien vrai. J’ai aussi oublié toutes les banques américaines qui ont négocié à l’amiable pour les motifs les plus variés ces toutes dernières années. A croire qu’elles sont toutes coupables… mais pas responsables.

    2. Ajoutons aussi le mensonge total de la « Banque Verte », le Crédit Agricole.
      Ai vu hier soir Cash Investigation sur le Green Washing.
      Quel beau travail. Enfin du journalisme d’enquête ! Décapant.

  11. Plan de relance en Belgique:

    Le contrôle budgétaire a été bouclé « avec succès », s’est félicité Elio Di Rupo. Les ministres se sont montrés assez satisfaits sur les mesures qui vont être mises en place pour le plan de relance. Le résumé des décisions en PDF.

    Faut il en rire ou en pleurer?Lire les commentaires unanimes à la fin de l’article..

    http://www.slideshare.net/fullscreen/lesoirbe/stratgie-de-relance-le-rsum-des-dcisions/1

    http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2012-07-18/budget-boucle-le-gouvernement-a-ose-927378.php

  12. Traduction d’un article paru dans la Jornada hier au Mexique

    Le cas Zhenli Ye Gon, HSBC déclare devant le Sénat américain
    Dépêche d’agence
    Le 17/07/2012
    Washington. Le cas de l’entrepreneur mexicain d’origine chinoise Zhenli Ye Gon a été présenté aujourd’hui devant le Sénat, à Washington, comme preuve de la faiblesse des contrôles qu’exerce la banque internationale anglaise HSBC au Mexique, lesquels ont permis le blanchiment d’argent provenant des cartels de la drogue mexicains.
    Un rapport donné à connaitre ce mardi par le Comité Permanent d’Investigations du Sénat fait référence au fait que des cadres de HSBC ont permis que Ye Gon puisse conserver ses comptes dans cette banque.
    De même, devant le Sénat des Etats-Unis la banque s’est excusée pour les manquements qui ont facilité ces mouvements dans ses succursales. En même temps, elle a fait savoir qu’elle avait fermé certaines de ses agences au Mexique, spécialement celles situées dans les lieux à haut risque pour ce genre de délit.
    Le président de HSBC au Mexique, Paul Thurston, a déclaré qu’en plus la banque avait clôturé aussi des comptes aux Iles Caïman pour pouvoir effectuer plus de contrôles : « nous fermons des succursales là où nous pensons qu’il existe un risque élevé de blanchiment d’argent et désormais nous sommes en passe de fermer tous les comptes HBMX (appartenant à des Mexicains) dans les Iles Caïman ».
    Selon le rapport présenté ce mardi lors des audiences programmées par le Comité Permanent d’Investigations du Sénat, la filiale HSBC au Mexique avait en 2008 près de 50 000 comptes en dollars dans les Iles Caïman qui, au total, représentaient une somme de 2 milliards 100 millions de dollars.
    Dans un communiqué la banque a déclaré : « Nous savons que dans le passé, nous n’avons pas toujours pu tenir les exigences que les régulateurs et les consommateurs étaient en droit d’espérer. Nous nous excusons, nous reconnaissons nos erreurs, nous répondrons par nos actions et nous nous engageons à corriger ce qui a été mal fait ».
    Ye Gon, soumis à procès d’extradition au Mexique, a été arrêté dans le Maryland en 2007 par les autorités américaines. Il est accusé d’avoir produit et tenté de distribuer des méthamphétamines.

    Economie délinquante
    Affaire HSBC

    Selon un rapport du Bureau des nations Unies contre le trafic de drogue et la délinquance (UNOCD), la criminalité organisée manie quelques 870 milliards de dollars par an dans le monde. Pour mettre cette somme en perspective, il suffit de signaler que le budget fédéral des dépenses publiques, approuvé au Mexique l’an dernier, était de 260 milliards de dollars américains (USD), que le PIB de l’Argentine en 2011 était en dessous des 600 milliards d’USD et que le budget américain de la défense a atteint, toujours en 2011, les 740 milliards d’USD. Mais même ainsi mise en perspective, la somme présentée par la UNOCD parait modeste si on considère que, selon un bulletin publié par le FBI en 2001, le blanchiment d’argent réalisé annuellement dans le monde par les trafiquants de drogue, c’est-à-dire par une seule branche de la délinquance organisée, atteindrait entre 500 milliards et mille milliards d’USD, et que la moitié de cette somme serait blanchie dans les banques étasuniennes. Si on devait y ajouter le trafic d’armes, le jeu, le trafic de personnes, etc., alors à combien s’élèverait cette somme déjà astronomique.

    Selon un rapport récent du Sénat américain, entre 2007 et 2008, la filiale mexicaine de HSBC a transféré, à diverses succursales de cette transnationale financière aux Etats-Unis, environ 7 milliards d’USD, magnitude qui ne peut s’expliquer qu’en y incluant l’argent du trafic de drogue mexicain. D’autres banques ont du récemment affronter de tels signalements, entre autres, Wells Fargo, Bank of America, Citigroup et son associé mexicain Banamex, Western Union et American Express. Le cas de Wachovia est le plus emblématique de tous puisque cette banque a réalisé entre 2004 et 2007, en connexion avec des bureaux de change mexicains, des opérations de fonds illicites pour plus de 378 milliards d’USD.

    La magnitude des opérations financières globales de la délinquance organisée en général, et du trafic de drogue en particulier, démontre bien le pouvoir que se sont octroyés les groupes criminels dans un monde régi par le néolibéralisme et ses impératifs : l’ouverture de marchés sous la bannière du libre commerce, la dérégulation généralisée et l’obtention de taux maximum de rentabilité dans des délais chaque fois plus courts de récupération de l’investissement. Dans le cas du trafic de drogue, il est clair que, avec de telles sommes d’argent entre des mains criminelles, les gouvernements nationaux sont condamnés à perdre les croisades qu’ils entreprennent contre ce type de criminalité et qu’ils ne peuvent plus repousser la conception, la formulation et la mise en application de stratégies différentes à celles jusqu’ici imposées par Washington hors de ses frontières. Le cas du Mexique est malheureusement exemplaire à cet égard, avec ses dizaines de milliers de morts et disparus, la décomposition de ses institutions et de sa société et le pouvoir grandissant des cartels qui ont imposé leur loi sur de grandes extensions du pays.

    Vu sous un autre angle, on peut constater que la criminalité organisée a généré une distorsion globale jamais vue jusqu’ici dans les économies. Avec ses ventes, ses marges commerciales et l’ensemble de ses ressources qui passent inévitablement par le blanchiment, les grandes et respectables institutions financières, les bourses de valeurs et les maisons de change n’ont simplement pas pu empêcher la contamination par l’argent provenant des activités délictueuses. Mais il y a encore plus grave. Dans la logique économique sans morale en vigueur, il était inévitable aussi que ces établissements se fassent concurrence pour capter ces filons d’argent sale et tâché de sang, de destruction et de souffrance. En fin de compte, l’économie dans son ensemble finit par devenir dépendante de ces ressources, parce que leur disparition brutale des circuits financiers provoquerait immédiatement une crise mondiale sans précédent.

    Le regrettable corollaire de ces réflexions c’est que les stratégies officielles contre le trafic de drogue constituent, en dernière analyse, une grande simulation. En effet, si elles étaient établies avec sérieux et sincérité dans le but d’éliminer ou de contenir le trafic de drogue et si elles y arrivaient, nos autorités craignent qu’un déséquilibre financier global de type catastrophique survienne, et en tout cas c’est le prétexte qu’elles se donnent pour laisser faire et regarder ailleurs. En fait, de mon point de vue, ca ne créerait rien de plus catastrophique que ce que nous avons déjà. En effet, le trafic de drogue ne s’éliminerait pas du jour au lendemain, même avec des stratégies fortes cela nécessiterait des dizaines d’années qui pourraient être utilisées pour stimuler un autre type d’économie. D’autre part, l’argent aujourd’hui dépensé en achat de drogue reviendrait dans l’économie régulière et profiterait à des entreprises légales et aux états, cet argent ne disparaitrait pas. Il n’y aurait donc pas de crise puisque nos hommes politiques sont les meilleurs que l’on puisse espérer et que la crise est le résultat de la soudaineté et de l’imprévoyance.

    Devant l’évidence d’une économie délinquante et de pouvoirs judiciaires, policiers et militaires obligatoirement hypocrites, il est indispensable de changer de stratégie. Il finit aussi par être inévitable de dépasser une fois pour toutes les dogmes néolibéraux du consensus de Washington dont l’application sans garde-fou a créé le bouillon de culture nécessaire à l’essor de la délinquance organisée en tant que phénomène global.

  13. J’ai du mal à suivre la nouvelle ligne éditoriale du blog.
    Certes, dénoncer l’immoralité de la finance correspond à la nouvelle casquette du capitaine (félicitations) mais ça n’est qu’un aspect du problème tel qu’il était traité ici, à savoir l’impossibilité ontologique pour un financier d’être honnête et les conduites à risque, à terme fatales pour le système, qui en découlent.
    Je vous (collectif) préfère en savants chroniqueurs d’une longue agonie qu’en moralistes laissant entrevoir un possible salut par la vertu.
    Ce blog tendrait-il vers la sécularisation ?

    1. @ Renard 18 juillet 2012 à 18:46

      Certes, dénoncer l’immoralité de la finance correspond à la nouvelle casquette du capitaine (félicitations) mais ça n’est qu’un aspect du problème tel qu’il était traité ici, à savoir l’impossibilité ontologique pour un financier d’être honnête et les conduites à risque, à terme fatales pour le système, qui en découlent.

      Je n’appartiens pas au monde de la finance. Mais je m’interroge sur le bien fondé de votre déclaration. Pourquoi poser comme principe « l’impossibilité ontologique pour un financier d’être honnête » ? Idem pour « les conduites à risques » ?

      Notre nouveau Président de la république a bien créé une commission de réflexion sur la moralisation de la vie politique, alors, pourquoi ne pas faire la même chose en ce qui concerne les activités financières, d’autant que le principe de précaution est inscrit dans la constitution française ?

      Paul Jorion pourait même jouer un rôle de premier plan dans ce domaine, au niveau de l’Europe, en intervenant depuis sa nouvelle zone d’action à Bruxelles.

      1. « Paul Jorion pourait même jouer un rôle de premier plan dans ce domaine, au niveau de l’Europe, en intervenant depuis sa nouvelle zone d’action à Bruxelles. »
        ou même au niveau mondial !

      2. Cher jducac,

        la commission ad hoc siège sur ce blog depuis déjà quelques années. Elle est parvenue (par de nombreux détours) aux conclusions suivantes :

        La finance parasite naturellement les activités de production et d’échange. Au début, elle s’est révélée utile : change des monnaies, couverture des risques de leur transport (lettres de change). Puis, elle s’est découvert une vocation à prêter l’argent qu’elle avait amassé, ce qui représentait pour elle un double avantage : 1°) éviter d’être immédiatement pillée par des monarques ou des puissants impécunieux; 2°) recevoir en plus du remboursement espéré des intérêts sur la somme prêtée ou sur les bénéfices générés grâce au prêt. La commission a estimé que ces intérêts n’ont de sens qu’en raison de la possibilité pour le prêteur de ne pas être remboursé et que donc cette possibilité doit rester à chaque instant envisageable.

        Puis les financiers ont commencé à échanger leurs prêts comme étant en eux-même une valeur. Pour cela, et afin de donner une apparence de réalité à cette fiction, ils ont multiplié les cotations et les ont complexifiées à loisir. Puis, poussés par l’hybris et l’appât du gain, ils sont parvenus à se persuader qu’ils produisaient par leurs échanges, démultipliés à l’infini, une véritable richesse, qu’ils étaient les véritables producteurs de cette richesse qu’il n’ont jamais fait que ponctionner.

        En foi de quoi la commission a estimé vaine toute tentative de moralisation du monde de la finance, sauf à vouloir l’aider à se perpétuer en se rendant un peu plus discret. Elle a estimé que les objets et services n’ont de valeur marchande qu’au moment de la conclusion de la transaction, en dehors de laquelle leur unique valeur est d’ordre d’usage, ou sociale ou symbolique.

        Enfin, elle a décidé de promouvoir une déclaration solennelle et universelle des droits des banquiers, limitée à un article unique : « Tout prêteur se voit reconnaitre le droit imprescriptible à n’être pas remboursé quand l’exige l’intérêt public. »

        Heureux d’avoir pu vous renseigner, cher jducac. Et à part ça, vous disiez quoi ?

    2. Je vous (collectif) préfère en savants chroniqueurs d’une longue agonie qu’en moralistes laissant entrevoir un possible salut par la vertu.

      Ca, fallait vraiment oser l’écrire !!!

      1. Excellent, Renard 😉
        Mais d’ici qu’il puisse percuter en se rendant compte de l’ensemble de la situation, soit, sortir de son individualisme, c’est plus une falaise qu’il va falloir attaquer. C’est un continent entier.

    3. Pas d’accord. Il est bon que les hommes s’engagent, car la situation l’exige. Si ce blog ne fait que décrire sans construire il ne set à rien. Nous avons besoin de repenser le monde pour pouvoir le reconstruire, il faut prendre des risques pour cela… C’est peut-être difficile mais c’est un devoir qui’il faut être capable de remplir…pour ma part, je souhaiterais même un engagement plus fort. Car comme le disait Orwell en son temps, il existe certains «moments» de l’histoire où l’absence de positionnement confine à la complicité. Nous vivons un de ces moments.

    4. @Renard

      N’est-ce pas là plutôt un vieux trouble positiviste que « la nouvelle ligne éditoriale du blog », qu’il est possible de ne pas suivre ?

    5. Il me semble qu’en fait de dénonciation de l’immoralité native de la finance, il s’agit plutôt de :
      1) Quand on vous disait que la bien pensanse financière (Main invisible, Intérêt bien compris, etc…) ne pouvait pas fonctionner.
      2) Que compter sur la moralité de l’humain pour maintenir un Système en place est illusoire
      3) Qu’il faut la Loi, tout simplement. Et qui se traduit par : « Interdire la spéculation » Point!
      Le tout déclenché 4 ans, après par ce qui fini par apparaitre comme un scandale.

  14. Vla l’père François qui s’prend pour un indien au temps du far-west.

    Mais chacun sait ce qu’il est advenu des indiens et de leurs réserves…..

    Alors il aura le choix l’père François : l’eau de feu ou le bâton de feu….comme les indiens.

  15. Espagne : Justifiant, devant le parlement, les coupes budgétaires drastiques et la hausse de la TVA, le ministère du budget menace que sans ces mesures, il aurait un risque de ne pouvoir payer les salaires des fonctionnaires… « Les fonctionnaires (qui protestent) savent mieux que quiconque qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses publiques et que leurs salaires dépendent uniquement des impôts et ne pas les augmenter met en péril le paiement de ces salaires, ce qui est déjà le cas dans les Régions autonomes et les corporations locales… »
    http://www.eleconomista.es/economia/noticias/4126517/07/12/Montoro-si-no-suben-los-impuestos-no-se-puede-pagar-a-los-funcionarios.html

    Rajoy : « Nous n’avons aucun pouvoir de décider entre bien et mal, sinon qu’entre mal et pire … »
    http://www.eleconomista.es/economia/noticias/4126195/07/12/Rajoy-El-Gobierno-no-puede-decidir-entre-bien-y-mal-sino-entre-mal-y-mal-peor.html

    Arthur Mas, président de la région catalane, appelle les régions autonomes à la rébellion contre les « ajustements budgétaires » de Rajoy…
    http://www.eleconomista.es/economia/noticias/4126581/07/12/Mas-llama-a-la-rebelion-a-las-CCAA-contra-los-ajustes-de-Rajoy.html

    l’Ex chef économiste de la BCE, Jürgen Stark, déclare dans une entrevue avec la revue allemande Manager Magazin, que les pays les plus fragiles, sans donner de noms, devraient dès à présent sortir de l’euro et sa zone qui devrait se restreindre à un noyau fiable, particulièrement le couple franco-allemand…
    http://www.eleconomista.es/economia/noticias/4127025/07/12/Stark-ex-del-BCE-los-paises-mas-debiles-deberian-abandonar-el-euro.html

  16. « Celui-ci est la reproduction à l’échelle du pays des étranglements… »
    Qui attend encore que le chroniqueur sorte de sa réserve ?…Pas moi, en tous cas. 😉

  17. Pour la zone euro l’alternative est claire désormais, et tout le monde est d’accord sur sa formulation si pas sur le chemin à prendre : soit le saut fédéral soit l’éclatement, soit l’abandon de souveraineté soit l’abandon de l’euro, soit la soumission au Marcheé soit la poursuite de l’expérience démocratique nationale. Mon choix est fait. Mais ce n’est pas ce choix-là malheureusement qui sera fait et l’avenir est sombre.

  18. Jeudi 19 juillet 2012 :

    Scandale du Libor : l’enquête se tourne vers quatre banques européennes.

    Les régulateurs bancaires enquêtant sur le scandale du Libor se penchent sur les liens entre les traders de la banque britannique Barclays, à l’origine du scandale, et ceux de quatre autres banques européennes, dont deux françaises, selon le Financial Times.

    Il s’agirait d’employés des banques françaises Société générale et Crédit agricole, de l’allemande Deutsche Bank et de la britannique HSBC, selon le site Internet du journal britannique qui cite des sources proches du dossier, et qui précise que ces personnes ne travaillent plus pour les banques en question.

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/07/19/scandale-du-libor-l-enquete-se-tourne-vers-quatre-banques-europeennes_1735480_3234.html#xtor=AL-32280539

  19. Monsieur Leclerc. Pour votre info. Le deuxième pas est en cours de démarrage :
    http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/07/19/david-cameron-envisage-une-periode-d-austerite-au-dela-de-2020_1735487_3214.html

    « La politique d’austérité britannique pourrait se poursuivre au-delà de 2020 mais des baisses d’impôts destinées à relancer l’économie ne sont pas exclues, a affirmé le premier ministre David Cameron dans une interview au Daily Telegraph jeudi.

    Lorsqu’il lui a été demandé si le programme d’austérité, initié en 2010, durerait une décennie, M. Cameron a répondu qu’il ne voyait pas quand « il n’y aurait plus de difficiles choix budgétaires ». « C’est une période où tous les pays, pas simplement en Europe mais je crois en Amérique aussi, doivent résoudre leurs déficits et avoir des dettes supportables », a-t-il dit au quotidien. « Il ne me semble pas que le relâchement de la pression soit pour bientôt. » »

    Soit, après avoir annoncé une fin de crise, puis face à la continuation de celle-ci, avoir instauré la « rigueur » (soit privatisations et destruction du social, voilà le mouvement de pion suivant :
    Le peuple doit se serrer la ceinture car c’est bon pour « lui »…

    Tatcher battue par KO. 🙂

    1. Mouaarrff…
      Imaginons un Sujet de Sa Majesté, bien de sa personne, cumulant deux boulots pour pouvoir s’offrir un week-end à la mer de temps en temps. (ce que font un paquet d’Anglais, j’ai constaté sur place.)
      Imaginons donc ce respectable et flegmatique Grand-Breton qui, sachant exceptionnellement lire le français (ça, d’accord, c’est exceptionnel.) découvre ceci :
      http://www.lepoint.fr/economie/la-tranche-d-impot-a-75-durera-le-temps-du-desendettement-19-07-2012-1487032_28.php

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      1. Ils achètent toujours de l’immo français yvan. Plus de 10% des acheteurs étrangers (hors français non-résidents) sont encore des gibis. Mais derrière ça pousse du coté des ritals et lusitanos…
        Étude Paribas 2011 :

        Outre la diminution du nombre d’acquéreurs étrangers, l’étude réalisée par la BNP Paribas met en évidence les origines exactes des investisseurs et leurs préférences en terme de territoire d’achat. Ainsi, les Français d’outre-mer ont réalisé à eux seuls 14 % des acquisitions immobilières étrangères en 2011. Les Britanniques arrivent en deuxième position avec 9 % de part d’achats. Ces derniers apprécient particulièrement les biens situés en Bretagne, en Normandie et en Aquitaine. Les Italiens et les Portugais commencent également leur incursion sur le marché et s’acquièrent principalement des logements dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les riches Asiatiques, Américains, Russes et Arabes se trouvent pour leur part en Île-de-France, la région présentant la plus forte concentration de biens haut de gamme.

        Nette évolution du pouvoir d’achat des étrangers

        Malgré leur faible proportion sur le marché français, non-résidents et étrangers possèdent la même particularité : ils disposent d’une capacité financière plus élevée que la moyenne et peuvent s’offrir des biens luxueux et en bon état, souvent inaccessibles aux acquéreurs français. Ainsi, les étrangers achètent en moyenne leur logement pour 265 059 euros en 2011, la moyenne française se situant autour de 205 000 euros. Le montant de leurs investissements a par ailleurs progressé de 12 % l’année dernière, nettement en dessus de l’évolution globale des prix, à 7 %.

        Ah oui, 40 000 achats immos « d’investisseurs non-résidents » à plus de 250 000 € en 2011, ça fait juste un peu plus de 10 milliards d’euros…

  20. Quel est l’intérêt de la règle d’or pour pouvoir mutualiser les dettes ou avoir de euro-obligations. Puisque par définition de la règle d’or, le budget est équilibré, donc l’État n’a plus besoin d’emprunter!

    Certes la règle d’or est aussi molle que le métal du même nom car elle autorise un certain déficit dans certaines conditions, mais malgré tout, si elle est appliquée les besoins de crédit seront si radicalement réduits que la contre-partie en euro-obligations ou autre procédé de mutualisation des dettes devient sans intérêt.

    Ou pas ?

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