L’actualité de la crise : RIEN À SIGNALER, par François Leclerc

Billet invité

Résumé de l’épisode en cours. Antonis Samaras cherche toujours à persuader ses partenaires au sein de la coalition, afin de leur faire adopter un plan de mesures supplémentaire touchant à nouveau sévèrement les pensions de retraite, ainsi que l’emploi des fonctionnaires et les crédits de la santé publique. A Madrid, et contre toute vraisemblance, Mariano Rajoy essaye de faire croire que les demandes de soutien des régions autonomes s’inscriront dans le cadre de l’enveloppe de 18 milliards d’euros qui a été attribué au fonds mis en place à cet effet; il recherche parallèlement une solution de recapitalisation de Bankia qui éviterait d’imposer des pertes aux petits investisseurs ruinés qu’il ne veut pas politiquement assumer. A Lisbonne, où se trouve en mission la Troïka, la perspective d’un second plan de sauvetage du Portugal prend corps car exiger du gouvernement de nouvelles coupes budgétaires serait faire de ce pays un nouveau cas de type Grec.

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SUR L’EUROPE, par Zébu

Billet invité

Une pièce supplémentaire a été versée au dossier spécifique qu’est l’Union Européenne, sorte de sous-sous dossier au sein du grand classeur « La Crise », lequel indexe ses archives de manière aléatoire et pas forcément de manière alphabétique. Pour le coup, cela change de nos propres pièces, franco-françaises, lesquelles sont parfois rondes et sentent le renfermé. Il est intéressant en tout cas d’instruire la vision d’une analyse allemande sur l’Europe comme sur l’Allemagne, surtout quand elle est plurielle et de ce niveau là (Peter Bofinger, économiste ; Jürgen Habermas, philosophe ; Julian Nida-Rümelin, philosophe et ancien ministre de la culture). Il y a beaucoup à dire dessus, à charge comme à décharge, au sens d’apporter ou d’enlever, en tout cas, des éléments de construction à prendre parce qu’extérieurs à nos réflexions propres. Et des éléments à déconstruire aussi, radicalement. « L’exégèse » d’un tel texte a en tout cas de quoi fournir d’amples débats. Je me limiterai à en proposer quelques-uns.

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L’actualité de la crise : DES PEURS TRÈS RATIONNELLES, par François Leclerc

Billet invité

Mario Draghi vient de préparer le terrain dans Die Zeit en affirmant que « l’accomplissement de notre mandat réclame parfois de dépasser l’usage des outils standards de politique monétaire », en raison des « peurs irrationnelles » alimentant les marchés. Suit une phrase clé mais dérangeante de son texte : « La BCE n’est pas une institution politique, mais sa responsabilité est engagée en tant qu’institution de l’Union européenne », justifiant donc son intervention très décriée par avance. On avait entre-temps appris que le président de la BCE ne se rendrait pas à la réunion mondiale des banques centrales de Jackson Hole, comme d’ailleurs les six autres membres du conseil exécutif. En cause, une préparation du conseil des gouverneurs du 6 septembre prochain qui s’avère très ardue.

À la fois présentée comme la clé de la situation et la source de grands dangers, selon les cas, le projet d’intervention de la BCE continue de faire question. Les gouverneurs ne parviennent pas à peaufiner leur dispositif, une fois entériné le principe d’achats de titres souverains à court terme pour les pays qui demanderaient au FESF/MES à être financièrement aidés et s’engageraient à respecter des contreparties budgétaires. Voilà en tout cas ce que le Financial Times croit pouvoir avancer.

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AVEUGLE DANS SA VILLE NATALE

Je viens de passer une demi-heure dans les rues de Bruxelles. Comme l’hôtel où l’on m’a invité est proche de la grand-place, j’y suis allé, et je l’ai regardée, j’allais dire « avec des yeux neufs », mais ce n’est même pas ça : plutôt « pour la première fois ».

Je me suis même penché sur la dentelle dans la vitrine des magasins à touristes, pour voir comment c’est fait la dentelle de Bruxelles, de Malines ou de Bruges.

Pourquoi est-on aveugle, pourquoi n’a-t-on jamais rien vu dans sa ville natale ? Peut-être parce qu’on connaît déjà tout ça par cœur avant même de comprendre ce que veut dire  « réfléchir à quelque chose ».

 

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L’actualité de la crise : LA LOGIQUE DU PONT-LEVIS, par François Leclerc

Billet invité

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Un front des banques allemandes s’est levé, afin de refuser toute ingérence d’un organisme de surveillance – en l’occurrence la BCE – au nom de leurs particularismes et de leurs petites faiblesses cachées, mais aussi du risque de se voir mettre à contribution via un fonds européen pour sauver les établissements d’autres pays. Les caisses d’épargnes, mutuelles et banques régionales (Landesbanken) qui le composent représentent 70 % des dépôts en Allemagne.

La perspective d’une séparation précisément des activités de dépôt des opérations spéculatives suscite également une levée de boucliers, cette fois-ci dans le rang des banques universelles. Toutes s’entendent pour obtenir le report des échéances de renforcement de leurs fonds propres prévues par Bâle III. On n’en finirait pas d’énumérer, sur tous les dossiers ouverts, dont certains à peine ou même vite refermés, comment les établissements financiers freinent des quatre fers avec succès devant les tentatives pourtant très mesurées de les contrôler, les réguler et les renforcer. Ils veulent rester maîtres chez eux.

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LE SPÉCULATEUR ET SON SOUCI (de bonne foi, si, si, je vous assure !) DU BIEN COMMUN, par Bertrand Rouziès

Billet invité.

Dans mon dernier billet, je m’interrogeais sur la sorte de sagesse pratique qu’il nous faudrait pour déjouer les pièges d’une éthique a minima qui s’épargne la fatigue de parcourir le nuancier des faits. Je baptisai cette sagesse pratique du nom d’économie du discernement – formulation plus opératoire, à mon sens, que économie durable – et me livrai, pour donner l’exemple de ce que je préconise, à une brève analyse de la dérive sémantique récente (XVIIIe siècle) du mot spéculation, qui dégrade rétroactivement sa première acception d’« observation méticuleuse », de « projection intellectuelle » préliminaire à l’action. La spéculation financière ne relève pas de la spéculation en tant que moment essentiel du processus cognitif, dans la manière ambulatoire de la rêverie rousseauiste. Si de jeunes mathématiciens ou ingénieurs prêtent leur concours à l’agiotage, on n’aura pas la naïveté de croire qu’ils le font par amour de la science (à moins qu’ils n’espionnent pour le compte d’un laboratoire d’anthropologie). C’est par habitude autant que par hypocrisie (comme si nous lui laissions une chance de se racheter) que nous conservons à la spéculation financière une dénomination certes méchamment connotée, au moins depuis la Révolution, mais pas assez explicite, quant au fond, pour décourager les vocations de spéculateurs. En revanche, les items de la rubrique « L’utopie réaliste » du blog de Paul Jorion ressortissent pleinement à la spéculation telle que l’envisageaient les Anciens, et leurs auteurs n’ont pas à rougir de s’y être adonnés.

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PIQÛRE DE RAPPEL : Vivent les Roms !

Mon billet du 10 septembre 2010.

P.S. : C’est fou ce que je suis obligé de faire de « Piqûres de rappel » ces jours-ci. Il y a dans l’air, comment dire, un tel parfum de « déjà vu ».

Honnêtement, jusqu’à ce soir, le bilan de mon séjour à Krynica me paraissait assez mitigé. Mais les choses ont changé grâce au groupe de rock rom (hongrois) Besh o droM qui animait avec un bel enthousiasme notre soirée d’adieux.

Merci les Roms pour votre contribution à la musique. Merci d’être un peu différents dans un monde qui a toujours la fâcheuse tendance de se prendre beaucoup trop au sérieux.

P.S. : je me suis laissé dire que c’est le Département d’État américain qui règle la note de notre forum. Merci donc au Département d’État de nous avoir offert l’occasion de nous régaler de rock rom en clôture, c’est une attention délicate.

Besh o droM et Mitsoura

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Remettre l’intelligence de la personne au service de la réalité politique de l’économie du vivre ensemble, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. Certains d’entre vous seront tentés de dire « inintelligible » – peut-être par simple réflexe. À ceux-là, je n’ai qu’un conseil à donner : « Reprenez votre lecture jusqu’à ce que le sens vous apparaisse : c’est de la préhistoire de la manière dont nous pensons aujourd’hui qu’il est question. C’est essentiel. Quand vous aurez assimilé ce qui est écrit ici, vous aurez compris tout ce qui nous a été volé depuis ».

Ce texte est une interprétation libre de la scolastique en langage d’aujourd’hui. Il est construit sur le billet de Paul Jorion Crise financière et logique de la prédisposition.

La réalité dans le temps

Crise financière et logique de la prédisposition nous conduit à trois conclusions scientifiquement fortes. Première conclusion : la « science économique », par quoi il est convenu d’analyser l’actuelle crise économique exposée à notre entendement, n’est pas une science. La crise est économique au sens où aucun des cadres effectivement scientifiques dont nous disposions ne permet de l’analyser et de la comprendre scientifiquement. Ce que nous appelons « science économique » est une histoire que nous nous laissons raconter afin de consommer distraitement la matière sans économiser la vie. Cette « science » est apparue dans la deuxième moitié du XIXème siècle pour suspendre la faculté politique de jugement à vouloir ce qui est possible dans la réalité vraie.

Jusqu’au renversement aujourd’hui achevé de l’économie politique en « science économique », le débat de la politique est la discussion collective et universelle de séparation du vrai et du faux dans la réalité positive et négative. La réalité négative matérialisée par les dettes qui submergent l’humanité actuelle n’est pas en vérité la spéculation qu’elle est devenue. Une dette vraie ne peut pas se constater sur ce qui ne peut pas exister physiquement ni au présent ni au futur. La dette ne peut être qu’un discernement sur ce que l’individu dans la société doit véritablement rendre à la réalité du présent vers le futur. La réalité n’est pas la seule matière physique qui se compte en quantité mais la matière informée par l’esprit. L’esprit qualifie l’être dans le temps éternel ; il donne le prix de l’existence dans et par la vie sociale d’intelligence de la relation dans le temps.
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L’actualité de la crise : TOUT SIMPLEMENT AFFLIGEANT, par François Leclerc

Billet invité.

Au fur et à mesure que l’étau se resserre sur le gouvernement grec, avec l’assentiment de François Hollande, les dirigeants espagnols redoublent leurs efforts pour ne pas avoir à connaître le même sort et retardent le moment où ils vont devoir faire leur demande. Le rapport sur la Grèce de la Troïka est de son côté reporté à début octobre, le plus tard possible, afin d’en faire autant des décisions la concernant. Après Antonis Samaras, Mariano Rajoy va entamer un ballet de séduction auprès des dirigeants européens afin d’obtenir une remise de peine, tandis qu’Olli Rehn, commis à la toujours désastreuse communication de Bruxelles, évoque la possibilité que l’Espagne puisse éviter d’entrer dans la logique infernale d’un plan de sauvetage, fondant ses espoirs dans un événement qui doit intervenir entretemps.

Mais que peut-il donc se passer en septembre, dont l’annonce est à ce point attendue et qui doit changer si radicalement la donne ? S’il s’agit de l’intervention de la BCE, tout ce monde risque de déchanter. Que celle-ci calme durablement le marché, le coup n’est pas gagné !

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PIQÛRE DE RAPPEL : LES 100 JOURS DU NOUVEAU PRÉSIDENT

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Le Monde, le 27 août : La cote de Hollande chute de 11 points, selon Ipsos

Mon billet du 29 mars dernier.

Dans le cadre du LELAB2012 de la TNS Sofres, page d’entretiens relatifs aux enjeux des présidentielles et législatives en France, la question m’a été posée hier de mes « 100 jours de rêve ». Les voici :

1. Restauration de la prohibition de la spéculation

Restauration de l’article 421 du Code pénal : « Les paris qui auraient été faits sur la hausse ou la baisse des effets publics seront punis des peines portées par l’art. 419 », de l’article 422 : « Sera réputé pari de ce genre toute convention de vendre ou de livrer des effets publics qui ne seront pas prouvés par le vendeur avoir existé à sa disposition au temps de la convention, ou avoir dû s’y trouver au moment de la livraison. »

Restauration de l’article 1965 du Code civil : « La loi n’accorde aucune action pour une dette de jeu ou pour le paiement d’un pari »

2. Interdiction des transferts d’information (dans les deux sens) entre chambres de compensation et paradis fiscaux (tous les paradis fiscaux : y compris ceux tolérés par des États dans des enclaves sur leur propre territoire)

3. Redéfinition de l’actionnaire d’une société comme contributeur d’avances (prêteur) et non comme propriétaire

4. Détermination des cours à la Bourse par fixing journalier

5. Abolition des privilèges des personnes morales par rapport aux personnes physiques

6. Prohibition de l’optimisation fiscale des sociétés par le biais de transactions entre la maison-mère et ses filiales ou entre ses filiales

N.B. : Oui, je sais la Liberté-tagada-tsoin-tsoin-des-marchés aura été assassinée, trucidée, etc. etc. mais le reste du monde se portera lui TELLEMENT mieux !

 

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LE MONDE-ÉCONOMIE, Le retour de l’opinion publique, lundi 27 – mardi 28 août 2012

Finance : Le retour de l’opinion publique

Le 6 août, Standard Chartered, cinquième banque britannique, se voit accusée par l’État de New York d’opérations illicites avec l’Iran pour un montant de 250 milliards de dollars. Elle réagit alors brutalement : l’accusation est selon elle sans fondement et pour porter un coup d’arrêt à des pratiques attentatoires à la bonne réputation des banques, elle envisage une réplique inédite : poursuivre le régulateur américain devant les tribunaux.

Quelques jours plus tard, la banque reconnaît que des opérations proscrites ont bien eu lieu mais à hauteur de 14 millions de dollars seulement, une fraction négligeable de la somme évoquée dans l’accusation.

Le 14 août, coup de théâtre : Standard Chartered annonce qu’un accord à l’amiable est intervenu et qu’elle s’acquittera d’une amende de 340 millions de dollars. Elle admet également avoir engagé des opérations avec l’Iran pour le montant mentionné initialement.

Que s’est-il passé ? Les principaux actionnaires de la banque, effarouchés par la publicité négative qui pourrait résulter des passes d’armes à venir, lui ont enjoint de mettre un point final à l’affaire.

Parallèlement, dans un autre secteur de la finance, les fonds d’investissement portant sur des denrées alimentaires connaissent une défection massive. Le mouvement s’est amorcé au cours du premier trimestre 2012 pour s’accélérer au cours du second, alors qu’il était pourtant déjà clair que des opportunités spéculatives apparaissaient sur le marché des céréales en raison de la sécheresse sévissant aux États-Unis, en Russie, en Ukraine et au Kazakhstan.

Volksbanken en Autriche, Commerzbank en Allemagne, annoncent qu’elles cessent d’offrir à leurs clients des produits financiers indexés sur le prix des denrées alimentaires. Deutsche Bank fait savoir qu’elle gèle son activité dans ce secteur en attendant le résultat d’une étude relative à l’impact éventuel de la spéculation sur les prix – une concession inédite dans le monde financier où l’on clamait jusqu’à très récemment que l’innocence de la spéculation dans ce domaine était une chose démontrée.

CalSTRS, le fonds de pension des enseignants californiens, le second en taille aux États-Unis, a réduit en deux ans ses investissements dans les matières premières, de 2,5 milliards à 150 millions de dollars, en raison de protestations d’initiative citoyenne.

Ici aussi donc, une question d’image. Le fait que les investisseurs en matières premières s’étaient retrouvés au banc des accusés durant l’été 2008 en raison de hausses spectaculaires, alors que se déroulaient des émeutes de la faim aux quatre coins du monde, avait laissé un souvenir cuisant.

On imaginait à l’automne 2008, dans la période qui avait suivi l’effondrement des marchés financiers, que l’opinion publique serait entendue. Elle avait au contraire été mise K.O. par le monde de la finance rapidement requinqué par l’aide publique qui lui avait été accordée sans conditions. Bob Diamond, le PDG de la Barclays, forcé à la démission le 3 juillet à la suite du scandale du LIBOR, avait déclaré dans une allocution fameuse en janvier 2011 : « Il y eut pour les banques une période de remords et de plates excuses, selon moi cette période doit maintenant prendre fin ».

C’est l’opinion publique qui reprend aujourd’hui du poil de la bête à l’occasion d’une nouvelle série de scandales bancaires auxquels participent en sus de celles déjà citées, la banque américaine J.P. Morgan Chase en raison d’une gestion du risque catastrophique et la britannique HSBC, inculpée pour blanchiment d’argent de la drogue. Au point d’ailleurs que ce retour en force de l’opinion commence à inquiéter les régulateurs, ainsi que ceux qui les supervisent. Ainsi M. Andrew Tyrie, le président du comité parlementaire britannique qui enquêta sur l’affaire du LIBOR, déclarant le 18 août à l’occasion de la publication du rapport produit par son comité que « Les régulateurs ne doivent pas déterminer la composition des comités de direction en fonction des gros titres des journaux ». Un paragraphe de ce rapport explique :

Il n’est pas dans les attributions de la FSA (Financial Services Authority : le régulateur britannique), ni de la Banque d’Angleterre, de révoquer des dirigeants de banques en vue de satisfaire l’opinion publique, médiatique ou parlementaire. Des situations ne manqueront pas d’apparaître où il leur sera nécessaire d’intervenir sans que le soutien de l’opinion publique soit requis pour justifier leur initiative. En d’autres occasions, les autorités de régulation devront au contraire se montrer fermes et s’abstenir d’intervenir en dépit des pressions exercées par l’opinion publique ou par le pouvoir politique.

Dont acte. De tels principes devraient-ils toutefois être rappelés si les régulateurs ne s’étaient montrés aussi inefficaces durant la période qui déboucherait sur les événements dramatiques de l’automne 2008 ? C’est Benjamin Lawsky, le Procureur de l’État New York qui vient de faire plier Standard Chartered, qui observait en juin que les relations entre régulateurs et les établissements financiers dont ils supervisent l’activité évoquent jusqu’ici celles qui prévalent « dans un dîner aux chandelles entre amoureux ».

 

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APPEL D’AOÛT 2012

L’appel de juillet a rapporté 3 177€. Merci beaucoup à vous tous, lecteurs du Blog de Paul Jorion, pour votre mécénat citoyen !

Somme (brute) reçue à ce jour, le 30 août 2012 : 3 459 €.

Comme nous vous l’avons signalé au cours du mois de novembre 2011, nous avons inauguré une nouvelle formule avec objectif 3 000 €, où les premiers 2 000 € me reviennent (les frais de maintenance du site et de location des serveurs étant à ma charge), tandis que les 1 000 € suivants reviennent à François Leclerc.

Un résumé maintenant de mon activité extra-blogaire du mois de juillet que vous avez soutenue, tout comme le blog lui-même, par vos dons.

Les exposés en juillet :

Le 3 juillet, à Rennes : CHEDD, Les chemins de la transition

Le 20 juillet, à l’Université d’été des frères de Saint-Jean à Saint-Jodard : Le libéralisme.

La Poste a également diffusé en juillet mon petit exposé : « C’est quoi, la confiance des marchés ? »

Ensuite, mes écrits hors-blog :

Le 16 juillet, ma chronique dans LE MONDE-ÉCONOMIE : LE SCANDALE DU LIBOR, C’ÉTAIT EN 2008

Le 18 juillet, dans LIBÉRATION, « Il faut pénaliser le pillage et la rapine »

Également le 18 juillet : ATLANTICO.fr, Scandale du Libor : les banquiers sont-ils totalement indignes de confiance ?

Et encore le 18 juillet : LE POINT, Comprendre le Liborgate.

Le 27 juillet sur ATLANTICO.fr, Les banques, responsables de la crise : pourquoi la question de la séparation des activités de dépôt et de spéculation est un faux débat

Au cours du mois de juillet j’ai également évoqué certaines choses à venir : LA NOUVELLE CHAIRE « STEWARDSHIP OF FINANCE » À LA VRIJE UNIVERSITEIT BRUSSEL qui m’a été confiée, et que j’occuperai à partir du 1er octobre et pour cinq ans. Cela aura une incidence sur le système de donations du blog ; on en reparlera en temps voulu.

LE TEMPS QU’IL (FERA) LE 22 FÉVRIER 2013, qui aura lieu ce jour-là en soirée au Théâtre du Rond-Point à Paris. Pour me signaler que vous viendrez, soyez gentil d’utiliser la fonction « Me contacter », ici en haut à droite.

Misère de la pensée économique paraîtra le 3 octobre chez Fayard et La survie de l’espèce, avec Grégory Maklès, chez Futuropolis, en principe, peu de temps après.

François Leclerc, de son côté, a ceci à vous dire :

« Ma petite installation se poursuit ! Suite à un voyage, L’Humanité Dimanche a publié le 26 juillet un ensemble de trois articles sur la crise au Portugal, dont l’un s’intitule « Le rêve brisé de la modernité », puis m’a demandé une série de quatre papiers pour les numéros du mois d’août. Le premier est titré « L’impossible désendettement » et paraîtra jeudi prochain. Pour la seconde fois, j’ai participé à l’émission Forum de la Radio Suisse, aux lendemains du sommet européen et de la réunion de l’Eurogroupe, puis elle m’a ensuite proposé d’être le « contre » dans un débat m’opposant à un « pour » l’euro. Pas dans le bon rôle, j’ai décliné. Marianne m’a interrogé à propos de la situation en Espagne et en a rendu compte. La Tribune, avec qui d’autres projets sont en cours, continue à mettre en ligne régulièrement mes billets dans sa rubrique « Tribunes ». Enfin, un nouveau livre consacré à la catastrophe de Fukushima est en préparation, toujours chez le même éditeur : « Osez la République sociale ! ». Parution en octobre ».

Merci à tous les contributeurs de billets invités qui font que le cerveau collectif ne laisse rien passer à travers les mailles du filet. Merci aux habitués et merci aux nouveaux venus !

Merci également bien sûr à tous les commentateurs !

Merci à Julien, à François, à Bénédicte, à Jean-Baptiste et à Nathanaëlle pour œuvrer en coulisses au bon fonctionnement du blog !

En juillet, Le blog de Paul Jorion, était No 1 pour l’économie sur Ebuzzing (ex-Wikio) ; c’était la 29e fois au cours des 32 derniers mois qu’il était N° 1 pour l’économie.

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L’actualité de la crise : LA DÉCEPTION QUI S’ANNONCE, par François Leclerc


Billet invité.

Le débat à propos des modalités de l’intervention de la BCE enfle au fur et à mesure que s’approche la date de la réunion de ses gouverneurs du 6 septembre prochain. C’est en Allemagne qu’il prend tout son relief, suscitant dans la presse des oppositions à toute relance en grand des achats obligataires, qui s’appuient sur les arguments doctrinaires habituels, notamment le risque de voir mise en cause l’indépendance de la banque centrale en raison de son implication dans le sauvetage des États.

Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, n’a pas manqué de renouveler ses objections car « une telle politique est pour moi proche d’un financement des États par la planche à billets » (on remarquera le « proche » ), s’abritant tel un prétexte derrière le principe que « en démocratie, ce devraient être les parlements et non les banques centrales qui décident d’une telle mutualisation des risques » (ce en quoi il ne peut pas lui être donné tort !). « Il ne faut pas sous-estimer le danger que le financement par les banques centrales peut rendre accro, comme une drogue », a-t-il commenté dans son interview au Spiegel.

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L’actualité de la crise : FAUSSE ROUTE, par François Leclerc

Billet invité.

La crise européenne n’est pas une crise de l’Europe comme on voudrait nous le faire croire : elle est l’expression régionale d’une crise mondiale. Il en ressort que toute stratégie qui ne vise qu’à répondre à l’incomplétude de sa construction ne va pas à l’essentiel et se trouve condamnée à se perdre dans les sables. Vu sous cet angle réducteur, la crise reste incompréhensible et ne peut au mieux que devenir chronique, ne pas en éclaircir les fondements n’étant pas nécessairement pour déplaire à tout le monde.

Certes, la création de la zone euro est imparfaite, comme l’a d’ailleurs été depuis sa création la construction européenne, toujours inachevée. On connait les domaines régaliens réservés de ses États-membres : politique étrangère, fiscalité, défense… et on ne peut que continuer à dénoncer la manière dont la dimension sociale de l’Europe a été écartée. Si celle-ci a débuté sous les auspices de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, elle était devenue bien plus qu’une union économique en acquérant progressivement une dimension culturelle. Il n’y a bien entendu que les Européens pour parfois ne pas s’en apercevoir.

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COMPRENDRE LES TEMPS QUI SONT LES NÔTRES

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Depuis le début de la crise en 2007, une chose est claire en politique européenne : les sortants ne sont pas reconduits. Devant l’incapacité des gouvernements et des majorités en place à résoudre les problèmes de l’heure, les électeurs – enfin, ceux de plus en plus clairsemés qui prennent encore la peine de se déplacer – votent pour l’opposition, quelle qu’elle soit.

Dans ces conditions, le manège ne peut faire qu’un nombre restreint de tours avant qu’on ne passe aux gouvernements d’union nationale, préludes aux comités de salut public.

Le gouvernement français ne vient encore que de fêter ses premiers 100 jours, mais il n’est pas trop tôt pour lui de penser à la nouvelle tendance qui s’est dessinée au sein des électorats européens.

« De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! », c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui si l’on veut sortir de l’ornière, et d’autant plus si l’ornière en question n’est que le révélateur de l’immense bourbier que constitue désormais la zone euro dans son ensemble.

Or le traité européen sur lequel la France doit se prononcer en octobre est tout sauf de l’audace. La fameuse Règle d’Or, offre un faux sentiment de sécurité quand les choses vont bien – pour autant que ceci puisse un jour redevenir d’actualité – et aggrave dramatiquement la situation quand les choses vont mal.

Les dépenses d’une nation ne se mesurent pas en points de Produit Intérieur Brut, elles se mesurent plus banalement par rapport à ses rentrées. Le PIB est un mauvais étalon dans le meilleur des cas car plus il contribue à la destruction de la planète, mieux il se porte. Mais là n’est pas même la question : dans un monde d’où le travail disparaît et où la concentration du patrimoine atteint de nouveaux sommets en raison du mode extravagant de répartition de la richesse créée que nous tolérons, le Produit Intérieur Brut des nations, constitue aujourd’hui leur corps en proie à la fièvre, et le moment est alors particulièrement mal choisi pour vouloir faire de lui un thermomètre.

Si les sortants ont cessé d’être reconduits en Europe depuis 2007, c’est parce qu’ils ont adopté un profil bas, sont allés dans le sens du courant, ont attendu que les choses s’arrangent. Or les choses ne s’arrangeront malheureusement plus : la crise que nous connaissons depuis 2007, crise de l’effet de levier et du crédit facile comme substitut du salaire, n’est plus qu’à deux doigts de se transformer en véritable dépression. C’est de cela qu’il s’agit, c’est à cela qu’il faut s’attaquer, car un énorme retard – cinq ans – a déjà été accumulé.

« Les mesures à prendre doivent être à la hauteur de la gravité de la situation » a dit il y a quelques années, M. Barroso. Mais ni lui, ni aucun de ses collègues européens ou à la tête d’une des 17 nations composant la zone euro, n’a encore compris le sens de ces mots. Ceux qui se prononceront en tant que membres du gouvernement ou que représentants de la nation française, devront avoir cela présent à l’esprit.

Le « Je ne veux voir qu’une seule tête » convient bien au régiment qui marche d’un cœur léger dans la campagne, mais il s’agit aujourd’hui d’autre chose : de sauver la mise alors que c’est une pluie de bombes qui s’abat sur nous.

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PIQÛRE DE RAPPEL : Complots et thèse du complot

Mon billet à ce sujet, publié ici le 16 septembre 2007.

C’est la deuxième fois que je procède de cette manière : le commentaire à un de mes billets vient d’abord, et je rédige le blog ensuite. L’ordre est un peu inattendu mais les choses se passent de la manière suivante : l’un de mes lecteurs a une très forte envie de me communiquer quelque chose et il me le dit à travers un commentaire, sans rapport évident avec le billet qui se voit ainsi commenter.

Cette fois–ci, ce sont les conspirations, les complots. Comme vous le verrez peut–être (en temps utile) dans un commentaire, le complot en question touche à l’attentat du World Trade Center à New York, le 11 septembre 2001. Personnellement, et à l’heure qu’il est, je ne pense pas qu’il y ait eu dans cet événement davantage que ce qu’en dit sa version officielle : je ne pense pas qu’il existe un mystère ni quant à ses responsables ni quant à leurs motifs. D’une manière générale, pour que la thèse d’un complot me retienne, il faut d’abord que je me convainque de l’existence d’un mystère, autrement dit, que je découvre ou bien que l’on attire mon attention sur une anomalie. Or, dans ce cas–ci, la version officielle me semble, jusqu’à preuve du contraire, complète et cohérente.

Dans un cas parallèle, les premières photos d’un astronaute américain sur la lune, l’ami, convaincu lui de l’existence d’un complot, avait fait preuve de persévérance et m’avait persuadé de la présence d’une anomalie : le rapprochement de deux des photos prouvait que les ombres portées ne pouvaient pas être dues à une source lumineuse lointaine – comme le soleil – mais devaient être causées par une source proche – comme un projecteur dans un studio. Cela ne suffit pas à me faire croire que les Américains ne sont jamais allés dans la lune, simplement que les « premières photos » de leur alunissage sont truquées. Pour quel motif ? Je n’en sais rien : désir d’anticiper l’événement en ayant des photos « déjà prêtes » ? Faible qualité des vraies photos ? Autre pépin ?

L’assassinat de John Kennedy est une autre affaire : les anomalies abondent et donc le mystère vous est offert tout chaud, tout rôti. J’ai aimé en particulier « JFK », le film d’Oliver Stone et je continue de prêter l’oreille à tout nouvel élément d’information. Il y a une quinzaine de jours, quelqu’un que l’on présentait comme un spécialiste du tir isolé, expliquait à la radio que le recul d’un fusil tel celui censé ayant appartenu à Lee Harvey Oswald, oblige à un certain réajustement sur l’objectif entre chaque décharge, ce qui interdit un rythme aussi rapide que celui des balles qui furent effectivement tirées. Grande fut ma surprise quand le reporter révéla l’identité de ce nouveau témoin à charge dans la thèse du complot : nul autre que le Président de la république cubaine, ayant ainsi trouvé un moyen d’occuper sa longue convalescence !

Les vrais complots existent bien entendu : il arrive que des gens se réunissent en secret et décident d’agir ensemble et dans l’ombre. Toutefois la vulnérabilité de la thèse du complot, c’est que son économie fait d’elle une explication par défaut tentante dans tous les cas envisageables. En effet, si l’on ignore une partie importante de la manière dont quelque chose fonctionne, il est extrêmement pratique de remplacer le bout d’explication manquante par l’action supposée de quelques hommes ou femmes résolus. Il est même possible, dans les cas où l’on ne comprend absolument rien du tout, de produire comme explication globale la volonté de quelques personnages déterminés, voire même celle d’un seul. On parle dans le premier cas de religions « polythéistes » et de religions « monothéistes » dans le second.

Si la chose que l’on cherche à expliquer est néfaste et que l’on nourrit du ressentiment à l’égard d’un groupe particulier, il est très tentant, du point de vue de l’affect, de supposer à la place du mécanisme réel – qui peut être extrêmement complexe – la conspiration d’un certain nombre des tristes sires en question. Ainsi les maux qui affligeaient la République de Weimar avaient plusieurs origines et il était beaucoup plus économique de leur supposer comme cause unique un complot tramé par les Juifs. Dans la crise que traversent en ce moment les États–Unis, personne à ma connaissance n’a formellement accusé les Chinois mais la promptitude avec laquelle la presse locale rapporte tout incident relatif à de la nourriture pour chat contaminée ou à la peinture au plomb utilisée dans la confection de marionnettes, m’inquiète énormément pour la suite. Les lecteurs de mon livre savent que la Chine a effectivement une part de responsabilité dans la crise mais rien que l’on puisse véritablement lui reprocher : en achetant de vastes quantités de Mortgage–Backed Securities elle a contribué à maintenir des taux d’intérêt américains très bas, soutenant la consommation des ménages et alimentant ainsi indirectement la bulle immobilière.

On aura compris que j’accueille avec une très grande prudence toute explication en termes de complot. J’avais eu l’occasion de réfléchir à la question de manière approfondie à l’époque où j’étais chercheur en intelligence artificielle. J’avais développé dans le cadre du laboratoire d’IA des British Telecom un logiciel intitulé ANELLA (Associative Network with Logical and Learning Abilities). Celui–ci apprenait en posant des questions et en stockant en mémoire sous forme d’un graphe les mots constituant l’explication. Il pouvait ensuite les réutiliser et produisait – en suivant un gradient d’affect – des raisonnements ayant une tournure logique. Or, j’avais découvert un moyen très simple de faire souscrire ANELLA à la thèse du complot, il suffisait que le graphe que constituaient ses connaissances ne soit plus entièrement connecté, l’obligeant à se dédoubler en deux graphes autonomes sans passage possible de l’un à l’autre. Toute explication était donc nécessairement locale puisque confinée dans l’un des deux graphes. Le point d’entrée déterminait à partir duquel l’explication serait produite. Celle–ci était alors éventuellement à l’emporte–pièces parce qu’elles ignorait certains éléments d’information dont elle aurait eu besoin mais qui étaient stockés dans l’autre graphe. Du fait de la lobotomie que je lui imposais, ANELLA était forcé de réinventer la thèse du complot ! (*)

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(*) Voir pour un exposé complet, Principes des systèmes intelligents (1990 ; à reparaître en octobre) pages 79 et 80, où je propose une explication en terme de graphes de la névrose et du rôle joué par la forclusion dans l’étiologie de la psychose chez Lacan.

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