20 ans de marché unique : La clope qu’on partage (IV)

Ce soir, nous les blogueurs et autres gens de la presse, nous étions invités à dîner avec des communiquants de l’Union Européenne. J’avais en face de moi un monsieur que vous lisez peut-être, ou dont vous connaissez en tout cas le nom, et à côté de lui, une dame de la télévision grecque à Thessalonique.

À un moment donné, la dame a dit quelque chose à propos de son pays, et le monsieur à fait un commentaire un peu désabusé, du genre « Bon, il ne faut rien exagérer ».

La dame n’a rien répondu tout de suite, elle s’est simplement levée, à pris son manteau, puis elle a dit :
« Excusez-moi, il faut que je sorte un moment ! »

Je me suis levé après elle. Dehors, je lui ai dit : « Je suis désolé : il y a des gens comme ça ». Elle a sorti son paquet de cigarettes et m’en a offert une. J’ai dit : « C’est une affaire qui finira très mal » et elle m’a répondu : « Chez moi, elle est déjà en train de finir très mal ».

Les gens comme le monsieur se retrouvent le plus souvent dans le camp des vainqueurs. La dame et moi, rarement. On est plutôt du camp de ceux qui parfois se partagent une clope, sans ajouter grand-chose.

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119 réflexions au sujet de « 20 ans de marché unique : La clope qu’on partage (IV) »

  1. Parlant de cette clope, le mot-clé, c’est « qu’on partage ». Partage! Rien que ça, face à eux, c’est une victoire. Les gens de l’autre bord, cette clope, ils vous l’auraient vendue – ou chouravée. Tout ce qu’on partage, c’est autant que ces … « gens » … n’auront pas. Jamais devenir comme eux. Jamais!

  2. Un nom, un nom! ou un plan de table, on devinera nous même. Même si ces éditiocrates se ressemblent tous, il n’y a pas de raison de ne pas leur renvoyer leur ignominie dans la figure.

  3. Hautement significatif ce « Bon, il ne faut rien exagérer » ! Quelqu’un qui ne saurait pas ce qui se passe en Grèce n’aurait jamais pu sortir une telle réplique. Il faut être plutôt bien informé et ne pas vouloir reconnaître les faits.

    1. un clop(e), c’est plutôt un mégot, alors qu’une sèche c’est une tige de 8, une toute cousue quoi;-)

      1. @Paul Jorion
        Merci cher Paul, c’est bien ce refrain que j’avais en tête et ça me touche particulièrement que vous postiez ce lien, de cette chanson là, que mon cher père dont je fais le deuil chantait en forçant à plaisir sur son accent de titi parisien, l’oeil pétillant du souvenir de sa jeunesse. Il semblait avoir une chanson pour chaque mot. J’en ai pleuré bien sur.
        Alors une réflexion désabusée sur un pays en détresse … les mots me manquent comme à cette Dame. Une chanson pour elle

    1. Trouvé sur un blog ami, à propos de la crise de 29 :

      « Sans doute, dans les premiers temps de la crise, a-t-on tenté d’en atténuer les effets en adoptant des solutions « classiques » conformes à l’orthodoxie libérale. L’Allemagne, le Royaume-Uni, la France […] ont choisi d’appliquer des mesures déflationnistes visant à défendre la monnaie par une réduction des dépenses publiques, et à rechercher l’équilibre de la balance commerciale par la diminution des coûts de production. Ces politiques ont vite tourné court […] Les recettes de l’Etat, amputées par la crise, diminuaient encore plus vite que les dépenses, annulant toute perspective de rééquilibrage budgétaire : la déflation ne faisait que creuser une dépression déjà liée à l’insuffisance de la monnaie et à la chute du pouvoir d’achat. »
      Berstein – Milza, Histoire de l’Europe (2002).

      Manuel d’Histoire déjà assez ancien, donc. Je me demande où tous ces gens soi-disant experts ont bien pu faire leurs études. (Quant à leur muflerie et leur prétention, ça va de pair avec leur bêtise…) Merci d’avoir réchauffé un peu l’âme de cette journaliste, Paul.

      1. Un point pour vous Aster, fallait oser sortir Berstein et Milza de leur carton (de fac en ce qui me concerne). Et pourtant, on ne peut pas dire qu’ils sont particulièrement révolutionnaires!
        Mais, on ne le sait tous que trop bien, ce n’est en rien une question de savoir, c’est plutôt le logiciel qui n’est pas fait pour intégrer les données dans un autre sens.
        Voila pourquoi cette « communauté de pensée et d’intérêt » est si puissante à contrecarrer.
        Comme le sujet de Paul plus haut sur la rationalité et le bon sens, bon sang comme tout cela est gravé dans le marbre depuis bien longtemps maintenant (relisez Leakey, Machiavel, Engels,…la liste serait tellement longue).
        On objectera le « sens de l’histoire » oui, sauf que pour eux, l’histoire c’est eux.
        Allez sur les chaines histoire de vos bouquets tv, où est le « petit peuple » là-dedans? Nada, l’histoire est faite par les vainqueurs et propagée par quelques laquais soucieux de légion d’honneur et autres récompenses en chocolat.
        En ce moment, je relis La Fontaine, quel bonheur!

        Bien le bonjour

      2. Merci d’avoir réchauffé un peu l’âme de cette journaliste, Paul.

        Et quelle classe de la part de celle-ci! En ce qui me concerne il y a une probabilité non négligeable dépendant des circonstances, que ce monsieur ait eu à gérer une situation beaucoup moins confortable…
        Elle mérite mieux qu’une clope, il faut l’aider d’une manière ou d’une autre, elle et les Grecs qu’elle représente.

    2. Je suis assez sceptique par l’article de l’Humanité qui tire à boulets rouges sur le FMI. Il est quand même notoire que ce sont la BCE et la commission européenne qui ont été les plus dures lors des négociations avec la Grèce. Le journal veut-il couvrir l’Europe ?
      L’autre point sur la supposée erreur de calcul sur la valeur du multiplicateur cache probablement une autre explication sur la nature du plan d’aide à la Grèce. Différentes expériences similaires dans l’Histoire montrent que l’objectif des organisations internationales n’est jamais de sauver un pays mais de limiter la contagion à d’autres pays. Dans le cas de la Grèce, l’objectif était d’éviter un défaut aux banques impliquées en Grèce. Le transfert des dettes détenues par les banques au contribuable ne pouvait se justifier que sous la promesse que la Grèce rembourserait bien ce qu’elle devait. Aujourd’hui que le transfert a été réalisé, on découvre que le plan de sauvetage reposait sur des hypothèses de travail idiotes. En clair, c’était un plan bidon visant à justifier l’intervention de la troika. L’avant dernière étape du vrai plan grec est de tirer un maximum de cash du pays. La dernière étape sera la mise en défaut du pays et l’annonce officielle au contribuable européen qu’il devra éponger ce qui manque.

      1. Le Monde/Slate/le Huff plutôt, voire Atlantico ou la Tribune, non Crapao ?
        Pour Quatremer, j’avais bien aimé l’interview de Stelios Ramfos par le quotidien le Temps qu’il avait édité sur son blog en juin.
        La fin de l’interview :

        […] – Et la démocratie ? L’UE négocie avec des gouvernements élus.
        A eux de changer leur pays… On ne peut pas s’arrêter aux élections et croire qu’elles vont tout résoudre. La richesse de Kant et de ses idées régulatrices est justement la recherche de synthèse. En Grèce, nos besoins financiers excèdent de très loin la capacité de nos politiciens à assumer leurs responsabilités. Il faut par conséquent forger des solutions adaptées. Voilà le problème structurel ! Cette crise n’est pas qu’une affaire d’économistes. Pourquoi les fonctionnaires de Bruxelles ne demandent jamais leur avis aux philosophes, aux anthropologues? Nous leur aurions expliqué pourquoi le processus des réformes échouera tant que les Grecs penseront qu’ils peuvent en garder juste une partie: celle qui leur convient…
        – Les Européens sont-ils donc naïfs ?
        Ils le sont. Je suis toujours frappé par les références à la Grèce antique. Or qui sont les plus grands spécialistes de l’Antiquité et de l’archéologie? Des Européens, pas des Grecs. Avec, parm eux, de très grands chercheurs allemands. Or qu’en ont-ils déduit? Que le berceau de ce pays était l’Athènes de Socrate, alors que nous sommes tout autant, voire plus, les enfants des pères de l’Eglise orthodoxe. Je vais être provocateur, mais l’héritage d’Aristote ou de Platon, c’est une affaire allemande, pas grecque. Les Européens ont façonné notre héritage à leur image.
        – Que faire, dans ces conditions ? Lâcher la Grèce ?
        Non, au contraire. L’UE doit demeurer clémente et répéter aux Grecs un unique message avant et après le 17 juin: tout dépend de vous. Il ne faut pas fermer la porte, car l’Union a besoin de son flanc sud pour être l’Europe. La société européenne ne peut exister que si elle assume et gère ses contradictions. Je le redis haut et fort: cette crise n’est pas économique. Elle est culturelle. Il faut parler d’éducation. Il faut poser les questions existentielles et y répondre. Il faut dépasser le nihilisme avec lequel flirte une partie de plus en plus grande de la population grecque. Cette crise doit servir de psychothérapie. En Grèce, la troïka doit changer d’interlocuteurs, rencontrer ceux qui écrivent, qui font vibrer l’âme grecque. Il lui faut provoquer notre philotimo, notre sursaut d’honneur. Il faut stimuler notre amour pour l’UE. Arrêtons de dérouler un tapis rouge aux politiciens médiocres. Ils ne représentent qu’une partie de la solution. Ils pensent en termes de partis. Il faut recréer des formes, réinventer une dynamique. C’est l’indifférence des fonctionnaires qui tue l’Europe. La Grèce des traditions populaires nourrit peut-être les clichés, mais c’est la Grèce réelle.

        http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2012/06/cet-entretien-avec-le-philosophe-grec-stelios-ramgos-73-ans-r%C3%A9alis%C3%A9e-par-mon-confr%C3%A8re-richard-werly-et-paru-dans-le-quot.html#more

    1. Jean Quatremer, journaliste à Libération! Il faut l’entendre pontifier à propos de l’Europe et la dette souveraine des pays endettés sur les ondes de Radio-canada et ce à chaque semaine…
      Deux-Montagnes Québec

    2. Donnez nous un indice Julien sinon on va jamais pouvoir trouver… Dans le genre infâme tranquille, ils sont quand même super nombreux à pouvoir correspondre !

  4. Au risque d’être cynique et de lancer un débat qui a toutes les chances de déraper vers le troll….

    C’est bien cette Europe là qui est Prix Nobel de la Paix ?

    Parce que ça donne envie de pleurer.

  5. >Thomas

    De toute façon, depuis que Henry Kissinger a eu le Nobel de la Paix, on ne peux pas en attendre grand chose de ce Nobel…

    1. Je trouve que le fait de juste savoir que Hitler était sur la liste de ce Nobel pour l’année 1939, ça refroidit pas mal…

      1. Hé bé le Linlin là, ça te démange pas trop le dergeot ta reductio ad Htlerium des Nobels de la paix et de l’UE ?
        Moi si. Tu connais l’histoire au moins ? J’espère que non, alors lis la fiche wiki du dénommé Erik Brandt, t’auras appris ça au moins…

        Eric G. C. Brandt est un membre du parlement suédois, essentiellement connu pour avoir proposé en 1939 Adolf Hitler pour le prix Nobel de la paix, en protestation à la nomination de Neville Chamberlain pour le même prix. Une initiative similaire avait été mise en œuvre l’année précédente par l’écrivain Gertrude Stein.

      2. Tu vois, vivi, tonton Hitler était bien dans une liste pour le prix Nobel de la paix. 😉

        Quand certaines de ces LISTES ont été révélées à la presse, on a pu découvrir qu’Adolf Hitler avait été un temps nommé en 1939 par Erik Brandt, membre du Parlement suédois, avant que celui-ci ne soit revenu sur sa décision quelques jours plus tard.

        http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Nobel_de_la_paix


    1. Ce soir, nous les marché unique et autres marché unique, nous étions invités à dîner avec les marché unique; J’avais en face de moi un marché unique que vous lisez peut-être, ou dont vous connaissez en tout cas le nom, et à côté de lui, un marché unique.
      À un moment donné, le marché unique a dit quelque chose à propos du marché unique, et le marché unique a fait un commentaire un peu marché unique, du genre « Bon, marché unique ».

      http://www.youtube.com/watch?v=t2XJkcXmkUw

    1. Mon dieu! J’ai essayé votre lien, c’est irregardable! Pas pu tenir. Cette interminable séquence de pure propagande en ouverture, digne des meilleures œuvres du réalisme soviétique, avec ces vingtenaires blancs et blonds souriants stupidement sur fond sonore qui vante les mérites du marché unique! Passés au bleu les jeunes chômeurs espagnols, grecs, irlandais. Ignorés les petits précaires allemands à 1€ l’heure, deux heures par jour et un jour par semaine. Effacés les ados banlieusards à l’avenir aussi sombre que leur teint.

      Et puis j’ai zappé de ci-de là. Ces discours creux! Ces mots dépourvus de sens, coupés de toute réalité! On croirait assister à une réunion de pontifes, d’ayatollah et de dalaï lamas vantant les mérites du paradis et de la terre promise, qui s’auto-congratulent pour leurs mérites et leur sainteté réciproques. Pas possible, mais ils y croient vraiment? Ou ils sont juste là parce qu’ils sont (largement) payés pour assurer l’animation de la salle?

      Je comprend que Paul Jorion ait passé la conférence à bloguer sur son laptop : c’est à se pendre, d’ennui ou de dégoût!

  6. Méfiez-vous Paul, la clope , c’est très malsain surtout au beau milieu de l’enfumage de ces « éditorialistes »…
    Cela démontre une fois de plus que cette presse là, il vaudrait mieux s’en passer. Cela ferait économiser à l’état donc à nous, une somme considérable et ces assistés n’auraient désormais pas d’autres issues que de connaître à leur tour la précarité en aillant pointer chez Pole-Emploi

    1. Méfiez-vous Paul, la clope , c’est très malsain surtout au beau milieu de l’enfumage de ces « éditorialistes »…

      Scoop, la clope c’est pas glop. Merci d’être passé(e) erde.
      Sortir s’en griller une c’est justement une bonne façon de s’extirper de l’enfumage des non-fumeurs très polluants (je ne tolère les amis et/ou les femmes que fumeurs et fumeuses).
      Ah oui parmi vos « éditorialistes » invités y’avait un certain Jorion, un invité à enfumer je suppose ?

      Cela démontre une fois de plus que cette presse là, il vaudrait mieux s’en passer. Cela ferait économiser à l’état donc à nous, une somme considérable et ces assistés n’auraient désormais pas d’autres issues que de connaître à eur tour la précarité en aillant pointer chez Pole-Emploi.

      Rassurez vous, si l’État se désengage, « le marché » va finir le boulot; premiers à devoir disparaître – et apparaître à la rubrique nécro du Figaro : l’Huma. Enfin, serait-on tenté de dire, n’est-ce pas ?

  7. Merci.

    Je pense beaucoup à ce genre de scène, justement, en voyant prospérer autour de moi, à tous les niveaux et dans tous les domaines, les comportements (je ne dis pas les êtres) arrogants et mensongers.

    Je m’interroge beaucoup sur cet écoeurement qui, tant de fois, m’a fait abandonner le champ de bataille ou simplement la controverse. Ce n’est pas que je m’accuse d’agir ou d’avoir agi ainsi. Mais il y a là un mystère. Pourquoi sont-ce les personnes comme moi (ou comme cette femme) qui ont besoin de prendre la porte ?

    Qu’est-ce qui met le corps en mouvement pour sortir à ce moment-là, « aller prendre l’air », et laisser la place à la parade des perroquets ? La réponse n’est pas un mot comme « la colère », « la pudeur », « l’écoeurement », « la peur », … La vraie réponse est au delà de ça.

    C’est à mon avis une des clés pour comprendre comment, depuis des dizaines d’années, une forme d’intelligence crapuleuse reste aux commandes, pendant que ceux en qui je me reconnais sortent fumer des clopes en silence.

    L’insondable mystère des corps… Il faudrait savoir si l’on observe des comportements semblables chez les animaux… Dans quelles circonstances s’écartent-ils instinctivement d’un de leur congénère ? A moins d’admettre que cela nous est propre… Etc.

    1. Comme vous le dites , le corps et l’esprit ont besoin d’ aller prendre l’air, car ces gens-là puent , moralement et intellectuellement , leur pus exsudant par tous leurs pores et il faut éviter la contamination, simple réflexe de survie ?…..

    2. Je ne crois pas que l’observation des animaux nous aiderait dans cette question.
      Je ne sais pas comment dire, mais ça se passe du côté des positions existentielles individuelles et des effets de groupe.

      Dans cette réunion à la gloire du marché unique, dont les promoteurs annonçaient avant son instauration qu’il créerait cinq millions d’emploi, pour se taire définitivement ensuite, il est évident qu’il faut tout un parcours de vie, où en général on avale pas mal de couleuvres, pour s’y retrouver, mis à part de temps en temps un syndicaliste pas encore récupéré, un journaliste pas tout à fait dans la norme, un chercheur plus ou moins indépendant, peut-être un politicien minoritaire, des gens qui en tout état de cause ne sont pas là en participants d’office enthousiastes. Je dirais qu’un homme ou une femme libre n’ont pas grand chose à faire dans ces cénacles et qu’en général ils n’y sont pas, comme en de nombreux autres endroits institutionnels.
      Répondre à ce type qui entend ne pas « exagérer » sur la situation grecque est une tâche impossible in situ, elle réclamerait une destruction plus ou moins complète de tout son paradigme existentiel, au moment précis où il se pare de l’unanimité d’une réunion et de la puissance effective de la concentration de richesses publiques et symboliques, toutes creuses et frelatées soient ces dernières. La vie est ailleurs, mais le pouvoir, ou un certain pouvoir, est là.

      Le paradoxe et l’intérêt de la cigarette, c’est qu’elle sert à respirer quand on en a besoin, alors qu’en soi et à long terme elle est un obstacle à la respiration.

      Dans un congrès de gens sortis-de-l’UE-et-d’ailleurs-pour-respirer, c’est le monsieur qui n’exagère pas qui n’y sera pas, et si par accident il s’y trouvait, c’est lui qui ne saurait que dire et apprendrait le silence.

      Vu d’un autre point de vue, il y a une part de bêtise consubstantielle à la loi du groupe dans le monde humain, vous avez déjà remarqué ça? Il faut toujours accepter les petites ou grandes sujétions, l’humour de connivence, l’élévation du chef, le genou en terre des autres, et la mise de côté de quelques-uns.

    3. L’une des raison, c’est le malaise véritablement physique que l’on ressent face à ce genre d’attitude, de déni, cette profondeur d’imbécillité. On a au sens propre l’impression d’étouffer et il nous faut de l’air, tout de suite, et puis une clope (ou si on est non fumeur, un bon coup de raide) pour se calmer les nerfs.

      L’autre, ce doit être pour tenter à tout prix de conserver la maîtrise de soi inculquée par des siècles de bonne éducation. parce, à la place de cette journaliste grecque, seule une sortie digne mais précipitée m’aurait empêchée de lui en coller cinq voir pire à cette enflure si bouffie d’auto-satisfaction!

    4. @ tous

      Oui, tout ça me paraît juste, et résonne.
      La bonne nouvelle dans l’anecdote de PJ, c’est qu’on peut être (au moins) deux à sortir…
      Et qu’on n’est donc pas toujours seul quand on choisit de quitter les lieux ou d’y retourner.
      C’est peu, mais c’est bien.

    5. Paul a souligné il n’y a pas longtemps le « Vous n’êtes pas réaliste! »
      maintenant c’est « Bon, il ne faut rien exagérer »
      ça permet de mesurer l’épaisseur nanométrique du vernis culturel qui nous sépare de la barbarie totale dans le cerveau des costards qui décident de l’organisation d’un monde.
      tout ces drames humains, c’est juste la déperdition énergétique du moteur financier mondial, et « il ne faut rien exagérer » le moteur fonctionne certains le remarque … :-/

  8. Iam medio adparet fluctu nemorosa Zacynthos (Virgile)

    Déjà, au milieu des flots, apparaît Zacynthe la boisée

    1. En fait c’est dans Le port de l’angoisse( To Have and Have Not) le coup de l’allumette .
      Casablanca, c’est avec I.Bergman

  9. Les gens comme le monsieur se retrouvent le plus souvent dans le camp des vainqueurs.

    A une certaine époque dont je ne suis pas nostalgique, les bourgeois ont choisis de couper court à ce genre de personnes en prenant des raccourcis de la taille d’une bonne tête, l’inventeur du procédé a même eu la « chance » de le tester.
    J’espère qu’une solution sera trouvée sans cela.

    1. Wikipedia:

      La croyance que Guillotin soit mort lui-même guillotiné n’a pas de fondement historique. Pourtant, il s’agit d’une idée assez répandue, probablement basée sur l’ironie du sort que cela eût été si l’initiateur de l’utilisation de cette machine avait lui-même été emporté dans la masse innombrable de victimes dont l’engin a facilité l’exécution durant la Terreur.

  10. Ce monsieur me fait penser à tous ces hommes faux.
    Un langage bétonné par les habitudes et la paresse d’esprit.
    Sa femme pourrait lui annoncer : « j’ai un cancer » et le type répondra : « Bon, il ne faut rien exagérer ».
    La plupart de ces hommes vivent comme des crabes ; avec une dure carapace à l’extérieur et mou à l’intérieur, lamentablement mou et indifférent.
    Pas ou plus d’étincelle émotive.

    1. petite anecdote, qui ne concernait que moi ( et donc de bien moindre ampleur, mais c’est l’esprit )… encore jeunette, milieu soignant, travaillant beaucoup, jour, garde, veille, en secteur
      lourd =) forte implication, force intérieure, mais aussi « à fleur de peau » ; une personne trés proche meurt =) je préviens donc la hiérarchie administrative ( c’était à 800 km : à l’époque, pas de TGV =)
      absence de trois jours à minima ) =) réponse : « si vous croyez que c’est le moment de plaisanter !
      votre équipe est en sous-nombre ! » SIC
      je l’ai regardé bien en face, et je suis sortie trés vite ( surtout ne pas montrer à ces gens là combien on est atteint ) …
      ces gens là sont d’une indécence absolue .
      éviter leur fréquentation à tout prix …
      nous sommes dans un temps régressif où ils pullulent.

      bravo de l’avoir accompagnée cette femme : c’est un soutien inestimable ...
      échanger une bouffée – je ne fume plus – parfois, quand il n’y a pas de mots, c’est bien …
      certainement, quelque chose qui nous vient du fond des âges …

      c’est comme partager un repas, simplement, avec une personne venant de subir un grand malheur, alors que les « amis » fuient …

  11. En fait, ce monsieur dont on connait le nom, sa lamentable et insupportable saillie était-elle du:

    – à l’inconscience?

    ou

    -à la plus parfaite mauvaise foi.

    Quant à Quatremer, ça ne peut pas être lui. Lui, aurait péroré sur le fait que c’est très bien ce qui arrive aux Grecs pour qu’ils puissent enfin rentrer dans l’Histoire.

    1. Je plains sincèrement – vraiment – les non-fumeurs qu’auront même pas droit à leur dernière, celle du condamné, ou bien qui devront alors, dans cet ultime sursis, renier leur religion pour s’y mettre ou pire s’y remettre.
      Just a moment messire bourreau.

    2. Venir au monde pour mourir est un autre signe d’infantilisme.
      Mourir très tôt d’un cancer ou très tard dans la famine et la misère, entre les deux mon coeur balance.

      1. Moi, j’ai eu un cancer. Je ne suis pas mort. Par contre, je n’ai jamais fumé. Et j’ai un côté indéniablement enfantin.

  12. ce clope , cette cigarette ..

    « la scène totalement muette et silencieuse du jeune soldat sudiste agonisant auquel Blondin offre une cigarette et son manteau…. »

    dans « le bon la brute et le truand » …

    pour ne pas mégoter , revoir  » il etait une fois l’amérique » … crépusculaire …

  13. C’est vrai il ne faut rien exagérer, c’est la phrase à la mode. Dominique Reynié a dit lui dans l’émission C’dans l’air hier que les Grecs n’étaient que des petits bourgeois et que leur austérité n’était comme même pas la guerre. Pascal Boniface ne l’a pas contredit et c’est bien dommage seul le présentateur l’a relevé. Ses gens se croient tout permis parce qu’en face il n’y a pas de répondant.

    1. Et encore, Dominique Reynié et Pascal Boniface ne sont pas, et de loin, les plus sinistres des intervenants qui ont leurs habitudes sur cette détestable émission.

    2. Ils ont une grille de lecture :

      Quand ils disent qu’il ne faut pas exagérer, ils se réfèrent à la situation politique qui reste toujours en leur faveur :

      Il n’y a pas eu de révolution, avec arrestation (ou pire exécution) des principaux dirigeants politiques grecs responsables du chaos social

      Il n’y a pas eu de coup d’état militaire

      Syriza n’a pas gagné les élections de juin et les nazillons d’aube dorée ne sont pas en mesure de prendre le pouvoir.

      la situation deviendrait critique selon eux s’il y avait un événement politique (ils se contrefichent de la situation sociale ou économique) qui mettrait en péril leur édifice.

  14. Ce sont des billets de ce genre qui rendent irremplaçable la lecture de ce blog.
    Merci Paul JORION, pour votre humanité.

  15. Relevé dans le téléfilm de la 5 hier soir.

    Entre un des protagonistes et un gamin, contexte la défaite de 1870 devant les prussiens:

    « Si tu as des convictions dans la vie, prépare toi à souffrir. »

    Par contre le père du gamin bourgeois négociant en bois « s’adapte » aux changements politiques:

    Bonapartiste avant la défaite de Sedan, Républicain après la défaite, conciliant avec les prussiens pendant l’occupation, soutient de Thiers contre la commune pour finir.

    Alors que celui qui avait des convictions, est fusillé pour s’être rebiffé contre des prussiens qui l’avaient insulté.

    Comme quoi dans la vie il ne faut pas avoir de convictions, à part celle d’aimer l’argent.

    Toujours d’actualité…

  16. les dames ont-elle l’obligation de la courtoisie et du tact face à la pesanteur imbécile?
    dans ces cas là
    personnellement, rien que pour réétablir un certain équilibre, à l’occasion qui s’en présente parfois en différé je suis d’une grande maldresse genre : oh! je vous ai marché sur les pieds,! excusez moi… je suis désolée!

    je ne laisse pas passer avec une clope
    non seulement ce gus est un rustre et cela ne risque pas d’évoluer
    mais ce genre de comportement est un vol d’énergie, il vous blesse et vous épuise et se calmer avec une cigarette ( ça peut faire du bien ) mais c’est soumettre son corps à une double peine et s’enregistrer comme victime.
    donc mes talons se souvienne que ces pieds là sont à écraser en remboursement un de ces jours
    c’est un petit rien mais qui paye ses dettes parait-il va toujours mieux
    une manière de lui faire du bien ,
    à force si toutes les dames lui écrasent les pieds… ça finira par lui remonter au cerveau.
    lentement , mais c’est une manière de garder l’espoir.

    1. @ rahane

      Il s’agit de réflexions de dame s’adressant à des dames, les invitant à une action renouvelée, en vue d’un effet précis.
      Mon point de vue masculin ne peut-être qu’à gros sabots, mais enfin…

      On notera que seule une dame peut s’y livrer sans contrecoup facheux.
      Et il y a mieux. Avez-vous songé, très chère Rahane que votre espoir d’une action partant des pieds pour aboutir au cerveau pourrait très bien s’arrêter en chemin ? Pour être plus précis , entre pied et tête, à mi-chemin.
      Et, pas d’erreur, ne soyez surtout pas désolée. Ils le méritent, comme vous le suggérez.

      Une clope, un bon coup de raide et maintenant un soupçon de choc à la testostérone, y’a de tout sur ce blog. Christine devrait être contente…

  17. Une émission que l’on peut écouter :

    http://www.franceinter.fr/emission-service-public-la-crise-des-annees-30-c-est-maintenant

    Ils militent pour la restructuration de la dette, ou l’inflation.

    François Lenglet
    Journaliste économique, spécialiste de la Chine

    Jean Vigreux
    Historien, professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne

    En cherchant à savoir ce qu’est le bloc-or, je suis tombé sur :

    http://goldcoin.org/money/keynes%E2%80%99s-delusion-and-the-little-fish/3649/

    It was perhaps the perception of the immorality of the Keynesian “solutions” to economic crises that prompted this sarcastic denunciation by Malcolm Bryan, president of the Federal Reserve Bank of Atlanta, 1957:

    If a policy of active or permissive inflation is to be a fact … we should have the decency to say to the money saver, “Hold still, Little Fish! All we intend to do is to gut you.”

  18. Ces gens ne méritent aucune considération.
    Pendant ce temps là au Portugal : http://lejournaldusiecle.com/2012/10/16/le-portugal-senflamme-contre-le-plan-dausterite-de-2013/
    En France on expulse pour construire un aéroport : http://7seizh.info/en-direct-de-notre-dame-des-landes-operations-militaires-dexpulsion-en-cours/
    C’est sur dans le contexte actuel un deuxième aéroport à Nantes c’est vraiment indispensable…

    Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent

    Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
    Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front.
    Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime.
    Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime.
    Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
    Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
    C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,
    C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
    Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
    Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
    Car de son vague ennui le néant les enivre,
    Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre.
    Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
    Le sombre accablement d’être en ne pensant pas.
    Ils s’appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.
    Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,
    Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
    N’a jamais de figure et n’a jamais de nom ;
    Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
    Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,
    Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,
    Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.
    Ils sont les passants froids sans but, sans noeud, sans âge ;
    Le bas du genre humain qui s’écroule en nuage ;
    Ceux qu’on ne connaît pas, ceux qu’on ne compte pas,
    Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.
    L’ombre obscure autour d’eux se prolonge et recule ;
    Ils n’ont du plein midi qu’un lointain crépuscule,
    Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,
    Ils errent près du bord sinistre de la nuit.

    Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière
    Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière,
    Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l’on va,
    Rire de Jupiter sans croire à Jéhova,
    Regarder sans respect l’astre, la fleur, la femme,
    Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l’âme,
    Pour de vains résultats faire de vains efforts,
    N’attendre rien d’en haut ! ciel ! oublier les morts !
    Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,
    Fiers, puissants, ou cachés dans d’immondes repaires,
    Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;
    Et j’aimerais mieux être, ô fourmis des cités,
    Tourbe, foule, hommes faux, coeurs morts, races déchues,
    Un arbre dans les bois qu’une âme en vos cohues !

    Victor Hugo

  19. Après un mois d’absence, je retrouve le blog sur cette séquence : une petite merveille.
    Bien vu Zébu, un mouvement de caméra peut traduire instantanément un récit fastidieux.
    Alors bravo Paul Jorion pour cet éclairage particulier d’une histoire inquiétante !
    Salut l’artiste!

  20. et pendant ce temps là..

    au moins c’est clair.. Europe égal « grande Allemagne »..et pour la souveraineté et la Démocratie.. on n’aura plus de droits.

    Le plan de l’Allemagne pour l’Europe fédérale

    Citation:
    «Nous devons à présent faire un grand pas vers l’union budgétaire»,
    a-t-il affirmé mardi matin à son retour d’Asie. Ce pas se ferait par le
    renforcement des pouvoirs du commissaire aux affaires monétaires qui
    pourrait, par exemple, refuser de son propre chef les projets
    budgétaires nationaux qui iraient à l’encontre du pacte budgétaire et
    réclamer des améliorations. «Là-dessus, il devra décider seul pour ce
    qui concerne le respect du pacte budgétaire»,

    On passerait donc, comme le souligne le ministre allemand d’un droit de
    conseil à un droit d’injonction. «Le commissaire au budget devra être
    aussi craint que l’est aujourd’hui le commissaire à la concurrence»,
    explique-t-il.

    Le ministre allemand veut accompagner cette réforme d’une amélioration
    du droit du parlement européen. Ou plus exactement du parlement de la
    zone euro.

    Dans le projet allemand, ce parlement de la zone euro obtiendrait le
    pouvoir budgétaire des parlements nationaux et devrait valider les
    budgets des Etats-membres. Ce serait un pas de géant vers la
    centralisation de l’Union européenne. Mais Wolfgang Schäuble prévient:
    un député européen devra alors représenter le même nombre d’électeurs.
    Pas question donc de donner plus de pouvoir à Malte ou Chypre que ce
    qu’ils représentent vraiment.

    Une Europe budgétaire unifiée dans le cadre du pacte budgétaire serait
    positive pour l’Allemagne qui imposerait ainsi son modèle de stabilité
    au reste de la zone euro. Un modèle qu’elle a déjà mise en œuvre

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20121016trib000725157/le-plan-de-l-allemagne-pour-l-europe-federale.html

    là, on entre dans une dictature de fait.. un Homme seul , le commissaire au budget ayant tout pouvoir , sans demander d’avis à quiconque de modifier les budgets si ils ne lui plaisent pas, un homme non élu de surcroit..
    la suppression des parlements nationaux au profit d’un parlement zone Euro, dont l’allemagne serait sans aucun doute le patron..

    ce que Hitler n’a pu faire, Merkel va le réussir.. l’Europe sous la botte Allemande, bien sur sans la barbarie, mais avec combien de victimes de l’ultra libéralisme.?

  21. Ce matin j’ai eu la visite de l’Huissier….

    Je lui ai dit qu’on ne pouvait pas payer et que tout cela allait finir très mal. (J’ai dit: ça va péter sévère).

    Il a pris sa veste, au-revoir Monsieur et a détalé très vite.

    Je pense que ces gens là sentent le truc arriver… contrairement à des pseudos-auteurs qui ont le cul dans le coton.

    1. J’espère pour vous que cela va péter collectivement très vite, car pour l’instant tous les rouages mis en oeuvre pour les recouvrement sont encore bien huilés.

      Avez vous une solution de repli?

      1. Oui, à force on s’habitue.

        J’appelle ça la dématérialisation forcée. Que du bénéfice, j’ai arrêté de cloper, je mange des fruits que je ramasse, des légumes du jardin, j’ai revendu ma voiture, a vrai dire je ne suis pas plus malheureux qu’avant, au contraire.Tant qu’on ne me taxera pas les plaisirs gratuits de la vie, comme prendre la guitare, faire du vélo en forêt, aller aux champignons, se cultiver, regarder les étoiles, j’en passe et des millions, alors la vie vaudra la peine d’être vécue. Disons qu’il y a une marge, encore, avant laquelle rien ne sera plus pareil, c’est l’expropriation (la mise à la rue plutôt, mon logement ne m’appartenant pas.)
        Mais quoi qu’il en soit, il sera toujours temps de prendre les chemins de traverses…

  22. en trente ans de journalisme j’ai croisé ce type de profil dans (presque) toutes ses versions, notamment dans la hiérarchie des journaux…ceux sont des gens qui pensent qu’ils ne sont pas concernés par les risques majeurs de l’époque, le quotidien de la majorité de la population. Perte d’emploi, problème d’argent, de logement, d’éducation des enfants, de soins, etc etc, rien ne les atteint. L’histoire glisse sur eux comme l’eau sur les plumes d’un canard. Ils sont insubmersibles, en tout cas ils en sont persuadés. Et les autres, tous les autres, enfin tous ceux qui n’appartiennent pas à leur monde, exagèrent leurs difficultés. le pauvre et plus généralement l’inférieur, se plaint, c’est atavique, en attendant que les neurosciences montrent que c’est génétique. En1991, j’étais en reportage à Alger juste avant les élections qui allaient donner la majorité aux islamistes. Un soir, dans la boîte de nuit de l’hôtel, avec une journaliste du service politique de l’hebdomadaire auquel j’appartenais, nous avons discuté avec une jeune algérienne de dix huit ans. Appartenant à la Nomenklatura, totalement européanisée, elle et sa famille avaient tout à craindre d’une éventuelle arrivée au pouvoir des islamistes. Etait elle inquiète ? Pas du tout. « nous irons vivre à Londres » . Voilà c’est tout simple. Les grecs feraient mieux d’aller vivre dans leur maison de Londres, le temps que la crise passe. Les choses ne sont jamais aussi graves, qu’on veut bien le croire.

  23. Berlin contre l’émission de dette commune.

    « Vous pouvez le tourner comme vous le voulez, ce type d’émission de dette commune ne pourra se faire avec notre gouvernement », a prévenu le ministre délégué aux Affaires européennes allemand, Michael Link, en marge d’une réunion ministérielle à Luxembourg. Berlin rejette donc toute forme d’émission de dette commune. Pourtant, le rapport du président de l’Union européenne, Herman Van Rompuy, le proposait. Il en sera question au sommet européen de jeudi et vendredi.

    http://www.lesoir.be/100115/article/actualite/fil-info/2012-10-16/berlin-contre-l%E2%80%99%C3%A9mission-dette-commune

  24. On est plutôt du camp de ceux qui parfois se partagent une clope, sans ajouter grand-chose.

    Les mots ont une limite. Vous l’avez touchée et franchie avec cette dame. Elle sait comment ça se passe chez elle. Nous avons encore, pas tous, l’illusion d’être spectateurs. Nous y allons dans ce spectacle pour y être acteurs sous la direction des ces gens qui disent

    Bon, il ne faut rien exagérer

    Les mots ne parlent plus. Ils ne décrivent plus la réalité. Ils sont vides.

    Qu’est-ce qu’il y a au delà des mots ? Nous allons l’apprendre. Ce sera moche. Cette dame le voit. Elle n’a pas de mots pour le décrire. Elle est sortie. Elle n’a pas contredit le

    Bon, il ne faut rien exagérer

    de son interlocuteur. Elle est sortie. Vous en avez compris une partie. Elle l’a accepté. C’est plus que ce qu’elle reçoit d’habitude. Vous n’avez pas tout compris. Sinon vous auriez eu beaucoup de choses à vous dire. Vos mots étaient dans la bonne direction mais pas au coeur de ce qu’elle vit et ressent.

    Vous êtes dans la bonne direction. Vous n’êtes pas au coeur de la situation. Elle y est. J’en suis très loin. Elle a une situation, une position, une reconnaissance. Elle n’est pas la plus à plaindre car elle n’est pas écrasée. Je ne l’envie pas.

    Tout ça pour s’assurer que les créanciers revoient leur argent et pour sauver les plus riches de l’appauvrissement. Tout cela pour protéger une mécanique rationnelle qui détruit les peuples et l’Europe. Tout cela nous a mis dans une situation qui me rappelle les années 30 et tout cela est TINA.

  25. Compatir, soutenir moralement, et financièrement les Grecs il faut bien évidemment le faire du mieux possible. Mais, il faut bien voir que ce qui arrive aujourd’hui résulte de ce qui a été fait hier. On oublie facilement ce qui a été fait de bien et c’est naturel, mais on a vite fait d’accabler les autres pour ce qui arrive de mauvais aujourd’hui alors qu’il y avait bien mieux à faire avant d’en arriver là. Au sujet de ce qui arrive de mal, et afin d’être positif, il convient de saisir l’occasion de tirer les leçons et d’en identifier objectivement les causes.

    Au siècle dernier, en l’espace de 50 ans, l’Europe a vécu et a subi sur son sol, deux grandes guerres et une grande crise économique, les trois ayant eu des implications mondiales. En sus, certains peuples ont eu à subir, au-delà du rideau de fer, presqu’un demi siècle supplémentaire sous le jouc d’Etats communistes. Beaucoup de jeunes générations qui ont subi cette terrible période ont hérité de ce que leurs ainés avaient préparé en mal ou en bien, préalablement.

    Les personnes que j’ai connues et qui avaient vécu cela ne se plaignaient pas, mais leurs épreuves les avaient durablement marquées surtout chez celles qui avaient dû travailler dur pour se sortir de la misère. Elles ne se plaignaient pas et auraient très bien pu dire « Bon, il ne faut rien exagérer » parce qu’elles avaient elles-mêmes subi des épreuves peut-être pire que celles que doit endurer le peuple Grec aujourd’hui. Peut-être que l’auteur de cette remarque pensait à ces anciens et voulait tempérer le manque de sensibilité de cette dame aux souffrances passées.

    En effet chez les générations nées après la dernière guerre, surtout celles issues de milieux aisés, la transmission de ces temps d’épreuves plus anciennes, même si elle s’est faite, n’est probablement pas aussi présente que chez les plus âgées. Or, il nous faut quand même ne pas oublier, que nous avons hérité, grâce à nos anciens, d’une Europe, certes imparfaite, mais qui nous a apporté depuis sa création, 60 ans de paix.

    Ce qui marque chez les générations d’après guerre, qui ont connu une vie globalement plus maternée que les précédentes, en sus de n’avoir jamais connu de guerre entre Etats, ou de graves désordres sur leur sol, c’est de ne pas prendre conscience de tout ce qu’elles doivent aux générations qui les ont précédées.

    Elles semblent bien ingrates à l’égard des générations passées qui ont fait de leur mieux pour préparer le futur en mettant L’Union en route, ce qui a quand-même apporté la paix en Europe.

    Elles semblent également bien égoïstes à l’égard des générations futures, en n’acceptant pas de réduire leur propre train de vie actuel afin de donner de meilleures chances aux générations futures de ne pas être mises dans le besoin et dans de plus sévères restrictions parce que les générations actuelles ne veulent pas modérer les salaires alors que l’Allemagne a su le faire depuis dix ans, ni adopter des durées de travail et un âge de départ en retraite en rapport avec ce qu’ont su s’imposer les autres en Europe.

    Alors oui, il faut aider les Grecs mais si l’on veut ne pas trop pénaliser les générations à venir, il faut aussi faire comprendre et comprendre soi-même qu’on doit travailler pour produire des richesses à un niveau en rapport avec celles qu’on dépense. Cela interdit de s’endetter pour surconsommer et sous-travailler.

    Il y a de gros progrès à faire, et pas seulement en Grèce, sans quoi l’Europe du Sud sera larguée.

    1. « Peut-être que l’auteur de cette remarque pensait à ces anciens et voulait tempérer le manque de sensibilité de cette dame aux souffrances passées » ! C’est le manque de sensibilité de cette dame qui est en question ici, vous avez tout compris, c’est l’évidence même, M. Jducac !
      Dites donc, vous n’êtes pas un peu tordu, non!? Il vous en faut des contorsions pour justifier l’injustifiable pour ensuite faire passer votre message sur le crime d’endettement maintes fois ressasé ailleurs qu’ici. Quel rapport?
      Pour le sous-travail voilà en revanche un concept qu’il est intéressant, n’est-ce pas ce qui a été mis en oeuvre en Allemagne pour diminuer les chiffres du chômage? hum, je ne suis pas sûr de vouloir que vous développiez ce concept finalement.

    2. Misère de misère…
      Ce n’est une génération qui exploite une autre,
      ni qui accumule, spécule, et a créé la nouvelle crise de surproduction.
      C’est une classe sociale, un rapport de production, le capital..

    3. Je n’ai pas tout lu. Il y a des morts en Grèce pour respecter la rationalité économique. Leur mort signale qu’une limite a été franchie.

      L’Aube Radieuse (je crois) arrive. Elle est l’un des résultats du franchissement de cette limite. La dernière fois, cela nous a donné Adolf Hitler et ses petits copains. Il n’y a eu que 40 millions de morts. La prochaine fois, nous y allons, ce sera pire. Il y a un parti assez rude en Hongrie. Le Front National est à l’affût en France. En Espagne les partis socialistes et populaires sont totalement discrédités. Je ne sais pas ce qui se passe au Portugal mais je serais étonné s’il n’y avait rien. En Italie, les néofacistes doivent rigoler. Nos armes sont meilleures nous aurons plus de morts et leurs troupes sont en formation.

      « Bon, il ne faut rien exagérer »

  26. Ce qui m’est arrivé hier soir dans un vestiaire de judo quand j’ai évoqué/laissé entendre que la situation en Grèce était très dramatique et qu’on n’en prenait pas la juste mesure ici, cela ressemble fort à la même scène à quelques nuances près.
    Mon ami (que je considère comme tel) n’a pas dit « Il ne faut rien exagérer », il a dit plutôt un truc du genre « ça m’intéresse pas, non mais on va pas s’occuper de toute la misère du monde! ». Il avait même l’air remonté que j’évoque la question, je ne m’y attendais d’ailleurs pas et suis resté interdit. Je crois que ça veut dire à peu près la même chose ce « Il ne faut rien exagérer ».
    J’ai aussi mon propre traducteur intégré: « je suis bête, inconscient, égoiste et je l’assume. J’ai peur d’affronter la réalité mais ça je ne veux pas le savoir. » Bien sûr, je ne pouvais pas lui dire ça.
    Je suis tout de même revenu à la charge pour essayer de lui dire qu’il risquait de se retrouver dans la même situation en occultant ce qui leur arrive et qu’il pouvait défendre mieux ses intérêts en essayant de comprendre. Il a fini par une boutade.
    Et je l’aime bien. Si j’avais dû fumer une clope, cela aurait pu être avec lui… dilemme…
    Que me conseillez vous docteur?

    1. J’ai le même problème très souvent. Des amis qui n’ont aucune prise de conscience des enjeux des crises actuelles.
      Un avec qui j’aurais bien fumé cette clope ou descendu un bière : je lui parle du nucléaire : oh! en France c’est très sur, contrairement au Japon; les gaz de schistes: il faut bien vivre; de la crise économique : c’est la faute au 35h…
      J’arrive même plus à argumenter point par point, je ne sais pas si c’est d’une utilité quelconque.

    2. Il faut tenir compte du fait que quelqu’un qui vous dit à propos d’une question essentielle qu’elle « ne l’intéresse pas » est en fait au bord de la crise de nerfs. Voyez le romancier à succès que se trouvait chez Taddéi quand je suis passé à Ce soir ou jamais l’autre jour. Le chômage ne l’intéressait pas plus que le Traité européen, mais il était très loin d’être détendu à ce sujet. Lorsque j’ai fait un exposé a Profondville il y à quelques semaines, une personne dans l’assistance, au lieu de me dire qu’il détestait ce que je venais de dire, à formulé son antagonisme de la manière suivante : « Une de mes étudiantes, qui vient de vous écouter, m’a dit que les discussions relatives à la crise l’ennuient désormais profondément ! » Je lui ai répondu : « J’espère pour vous que vous vous trouverez à l’avenir des étudiantes plus intelligentes que celle-là ».

    3. Certes, j’ai expérimenté le même déni platement assumé (à divers degrés de conscience). Il y a tellement de crises sous-imbriquées, en effet, qu’il faudrait ne pas s’arrêter d’argumenter, faire des (r)appels historiques, sans compter la culture générale de plus en plus défaillante.

      On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. Mais conduire un troupeau d’ânes au lac qu’ils ne voient pas ?

      Et ces attitudes de fuite vont se multiplier et s’amplifier au fur et à mesure que le puzzle va s’assembler sous les yeux médusés des braves citoyens. Car j’ai le sourd sentiment que ce qui s’accélère dramatiquement, c’est la convergence des crises et la mise en place tranquille de verrous et de boucles de rétroaction (d’ailleurs tiens, ces crises, on dirait qu’elles s’alignent comme les planètes dans la prédiction maya).

      Et à un moment : « mais personne ne nous a rien dit, nuls ces politiques » (bon, en même temps…). Et puis après, on réclamera des têtes (pas les bonnes bien sûr, et celle du voisin de préférence). Et ensuite, on se balancera plein de trucs pas jolis sur le coin de la tronche. Et enfin, la commande ‘cerveau reptilien>violence primaire’ lancera le logiciel ‘dissociété’.

  27. Confusion Reigns In Europe.

    So what about something utterly radical – like simply cancelling government debt? See Gavyn Davies I the FT yesterday. He wrote: “One radical option which is now being discussed is to cancel (or, in polite language, “restructure”) part of the government debt that has been acquired by the central banks as a consequence of quantitative easing (QE).”

    Recently a very experienced leading sovereign default lawyer explained to me and some colleagues a plan for a similar “European Deleverage Programme” that would see sovereign debt/and bank assets addressed simultaneously – radical and then it sounded very unlikely. But perhaps such a radical cancellation of European debt and monetisation is the only answer.

    http://www.zerohedge.com/news/2012-10-16/confusion-reigns-europe

  28. Dans l’émission  » C dans l’air  » hier soir, ce type de personnes que vous décrivez étaient présentent sur le plateau.
    Le sujet était le prix Nobel pour l’Europe, au delà du verbiage habituel pour tenter d’expliquer que nous avions beaucoup de chance d’avoir un projet européen bla bla ..

    suite à un reportage sur la situation des gens en Grèce, et à l’interview d’une femme, qui disait tout ce qu’il y avait de choquant d’attribuer ce prix Nobel, car en Grèce c’était la guerre sociale.

    Après ce reportage, la première intervention a été celle du sieur Dominique Reynié ( expert ….)
    pour, je n’ai plus les termes exacts, expliquer benoitement qu’il ne fallait pas exagérer bla bla … et ceci sans choquer personnes sur le plateau.

    Révoltant

    Je pense que nous avons eu le même type de sentiments.

    1. Une seule conclusion :

      Quand on a Internet et ce blog, la TV est plus que jamais une machine à décerveler, aussi faible soit la dose. Quel est l’intérêt de relever les manques et les ignominies ?
      On sait bien qu’elle les attire.
      Une bonne TV est une TV inexistante.
      Même quand Paul y passe ? Oui, puisque les morceaux choisis sont visibles ici.

  29. C’est pas mal,
    ces petits billets ou billets-tweet,
    que vous nous faites partager…
    taffe after taffe, même innovant.
    À suivre…

  30. Il fut une époque ou j’aurais eu la même réaction que la dame ou je n’aurais pas répondu mais serais resté à table mais plus maintenant. Elle n’aurait pas du quitter la table et aurait du lui clouer le bec en toute politesse.

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