MEDIAPART, Paul Jorion : « La zone euro est à deux doigts de l’éclatement », le 30 avril 2013

Le Handelsblatt a publié vendredi le mémoire de la Bundesbank adressé à la Cour constitutionnelle allemande, contestant la politique monétaire menée par la Banque centrale européenne. Cette fuite intervient alors que la campagne électorale est engagée en Allemagne. Est-ce une manière pour la Bundesbank de s’inviter dans le débat électoral ?

On ne peut que se poser la question de cette fuite. Pourquoi ce mémoire sort-il maintenant ? Est-ce une volonté de la Bundesbank ou du gouvernement allemand ? Il y a un précédent. Au début de la crise grecque, le Spiegel avait publié une longue enquête sur les montages financiers – les swaps de change – mis au point par Goldman Sachs pour aider le gouvernement grec à masquer sa dette. Ces révélations avaient pesé sur tout le débat sur le sauvetage ultérieur de la Grèce : les Grecs avaient triché. Ils devaient donc payer le prix fort. On ne peut que s’interroger sur la motivation qui a poussé à révéler ce mémoire, aujourd’hui. Il est en tout cas clair que la Bundesbank s’invite dans le débat électoral allemand.

Ces critiques marquent-elles une rupture dans le débat sur la zone euro ?

En soi, le mémoire de la Bundesbank n’apporte aucune information nouvelle. Sa position est connue depuis des mois. Jens Weidmann (le président de la Bundesbank) a fait savoir dès cet été tout le mal qu’il pensait de la politique menée par Mario Draghi (président de la Banque centrale européenne) et son opposition aux mesures prises. C’est un banquier central d’un très grand rigorisme.

En l’occurrence, si Weidmann a une fois de plus une opinion qui se distingue de celle de ses confrères européens, ce n’est pas tellement dû – comme on l’imagine toujours – au fait qu’il représente l’Allemagne, mais au fait qu’il comprend les mécanismes monétaires. Sa candeur, c’est de croire que tout le monde les comprend aussi bien que lui. Du coup, il ne prend jamais la peine d’expliquer son raisonnement. Ce qui ressemble à de l’arrogance est en fait une erreur de jugement sur le degré de connaissance de l’opinion.

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L’actualité de demain : CE RISQUE COMBATTU ET RECHERCHÉ A LA FOIS, par François Leclerc

Billet invité

Que se passe-t-il dans les sous-sols de la finance, là où les analystes financiers sont aussi impuissants à anticiper les événements que les sismologues les séismes ? Deux phénomènes parfaitement contradictoires y sont enregistrés. D’un côté le rendement des activités financières diminue, notamment en raison des contraintes réglementaires qui pèsent sur elles ; de l’autre, les investisseurs s’autorisent à nouveau des audaces pour contenir cette baisse. D’où les embellies boursières – dans un contexte de récession – la stabilisation du marché obligataire européen, et le retour enregistré sur le marché des High yields, autrement dit les Junk bonds.

Tout tourne autour du risque, la raison d’être même de la spéculation. Il faudrait d’une main le maitriser et de l’autre aller à sa rencontre, car sans risque, il n’y a pas de gros profits ! Or, en dépit des résistances farouches, les régulateurs tracent leur sillon, même s’il est peu profond. Le dilemme est connu : faut-il réguler, pour sécuriser, ou laisser faire pour sortir de la crise grâce au retour des affaires ? On suit à ce propos les échos de la bataille homérique – loin d’être terminée – au sujet de la définition des fonds propres des établissements bancaires, de leur ratio par rapport aux actifs et de la détention d’un coussin de liquidités, dans le cadre de Bâle III.

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VUB et ULB, chaire « Stewardship of Finance », le Prince Philippe et la Princesse Mathilde de Belgique interrogent les étudiants sur leurs travaux, le 18 avril 2013

Eh bien, toute réflexion faite, dans un monde de confrontations, de désarroi et d’absence de réponses, je trouve que tout cela était, pardonnez-moi le mot, parfait.

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THE WEAVERS (1948 – 1958)

Pas une usine en grève, pas une manifestation, pas une injustice à réparer aux États-Unis, où on n’eut l’occasion d’entendre les Weavers (« les tisserands », en référence à la révolte des tisserands silésiens en 1844).

Parfois ce qu’ils avaient à dire était à ce point indigeste pour le camp d’en face, qu’on les empêchait de venir, comme pour moi chez Alcatel-Lucent. Je suis certain qu’ils vécurent eux aussi ces interdictions comme autant d’hommages involontaires.

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L’EURO EST MORT, VIVE LA NOUVELLE CONSTITUTION DE L’EURO, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

La loi sans rapport avec le fait

Du point de vue du droit et de ses traités fondateurs, l’euro est en faillite. La déposition du Président de la Bundesbank devant la cour constitutionnelle de Karlsruhe est catégorique du point de vue des faits rapportés.

Décrivons quatre faits en remontant le temps. Le dernier plan de restructuration de l’État et des banques chypriotes divise la zone euro en deux avec un euro chypriote valant 90 % de l’euro continental. Subtilité juridique hallucinogène : un euro continental continue de valoir 100 % de l’euro chypriote à la condition de payer 10 % de taxe si on le dépense en espèce sur le territoire chypriote. En conséquence seuls les résidents chypriotes réglant en espèce payent des impôts. L’égalité devant l’impôt selon la nationalité n’est plus une condition d’utilisation de l’euro.

Le rapport Weidmann évoque un deuxième fait que les banquiers centraux de l’euro avaient évité de commenter. Pour faire exister l’euro comme monnaie unique de la zone, il faut alimenter tout le territoire de la zone euro en signes physiques de valeur égale aux signes numériques échangés entre les banques, les entreprises et les États membres dans le système de règlement interbancaire.

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L’actualité de demain : POUR UN PROGRAMME DE MESURES « NON CONVENTIONNELLES », par François Leclerc

Billet invité.

La pagaille européenne prend des dimensions renouvelées. Il faut aussi aller la rechercher dans une étude réalisée par KPMG, le groupe de services financiers, pour la découvrir dans toute sa profondeur et ne pas s’en tenir à ses manifestations les plus spectaculaires qui s’expriment sous la forme du véritable « krach politique » qui s’approche, pour reprendre l’expression appropriée de Martine Orange dans Médiapart.

Il s’avère que les créances douteuses des banques européennes atteindraient 1.500 milliards d’euros (dont 600 milliards pour les seuls établissements britanniques, espagnols et irlandais). Au lieu de nettoyer leurs bilans et constater des pertes en vendant leurs portefeuilles, ce qui viendrait contrevenir au renforcement de leurs fonds propres et inquiéterait les investisseurs, celles-ci préfèrent proroger leurs prêts (les faire rouler).

Nous venons seulement d’arriver, au bout de tant de longues années, à cette constatation qui dès le début de la crise aurait dû s’imposer : les banques sont plus atteintes qu’elles ne veulent le reconnaître et leur désendettement est prioritaire, sans que l’on puisse attendre qu’elles y parviennent par elles-mêmes en faisant de nouveaux dégâts. Les États auraient dû intervenir et appliquer avant l’heure le modèle chypriote de mise à contribution des actionnaires et des créanciers, qui était à l’époque impensable. Quitte à en assumer les conséquences systémiques qui n’auraient manqué d’apparaître, aboutissant à une reconfiguration d’ensemble du système bancaire européen et de la dette souveraine.

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MICROCOSME

Celui qui a créé le « Mur des cons » au Syndicat de la magistrature s’est probablement cru un génie. L’ont conforté dans son opinion sans doute, les 15% de ceux qui sans être personnellement des Séraphin Lampion, ont trouvé cela très drôle. J’ajoute à cela les 50 % de « sans opinion » que l’on trouve partout à n’importe quel sujet et quel que soit l’enjeu. Puis viennent les 30% qui ont dû se dire qu’ils n’avaient jamais vu quant à eux rien d’aussi con que ce « Mur des cons » mais qui ont choisi quand même d’adopter le profil bas, de peur d’aller à contre-courant, de peur de faire des vagues.

Il reste, j’en suis sûr, les 5% qui avaient une bonne opinion de leur propre syndicat avant d’avoir vu ce « Mur des cons » et qui l’ont perdue quand ils ou elles ont eu l’occasion de le voir. C’est à eux que va ce soir ma sympathie : courage ! vous n’avez pas accordé foi à la complicité potache que crée la connerie « entre soi » parce qu’il n’y a pas selon vous de « bonne » connerie par opposition à la « mauvaise » : c’est vous qui avez raison, même si la bataille sur ce plan-là est encore très loin d’être gagnée !

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Addendum à mon billet intitulé « Totalitarisme mathématique », par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité.

Tout bien considéré, parmi les mathématiciens célèbres, il en est assez peu qui aient commis cette obscénité, enseignée pourtant dans presque toutes les unités universitaires de la fabrique des cerveaux, de vouloir coller à tout prix aux préoccupations de leur époque. Encore moins nombreux sont ceux qui ont tiré leur époque à eux, comme on tire sur une nappe, pour diriger vers la panse gargantuesque de leur systématique les régions du génie humain qui échappaient encore à leur insatiable appétit. Dans mon billet du 29 mars 2013, j’exprimais ma déception de voir Cédric Villani verser dans ce second travers en validant par son portrait, sorte de blanc-seing photographique, la réclame d’une plaquette du Monde pour une nouvelle collection de livres de vulgarisation scientifique vulgairement intitulée : « Le monde est mathématique ». Un tel titre était tentant, il est vrai. Il comporte à l’oreille une ambiguïté référentielle qui fait entendre simultanément « Le Monde » et « Le monde ». Un énoncé plus modeste et plus neutre du genre « Usages des mathématiques dans les productions humaines » n’eût sans doute pas percolé autant les esprits spongieux des lecteurs du journal. Non, et cela est heureux, le monde n’est pas mathématique, pas plus qu’il n’est physique ou philosophique. Il est toute sorte de choses en même temps, dont beaucoup d’inconnues et d’instables qui excèdent les limites disciplinaires où notre entendement troglodytique, confondant savoir et possession, s’efforce de les enfermer. S’il n’est pas mathématique, Le Monde entend néanmoins faire du chiffre. Il ne percole pas, il racole et risque à la longue, par de tels raccourcis publicitaires, d’amaigrir la pensée qu’il prétend nourrir. En tant que lecteur du Monde et admirateur de Cédric Villani, je me suis senti doublement offensé.

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L’actualité de demain : AU BÉNÉFICE DE BEAUCOUP DE DOUTES, par François Leclerc

Billet invité.

Le film a un petit air de déjà vu : une réunion internationale décide d’éradiquer un mal en le prenant à bras le corps, des discussions s’engagent… puis finissent par lentement s’enliser. Cette fois-ci l’évasion fiscale forme la trame de l’histoire.

Les déclarations de ceux qui en Europe sont montrés du doigt, pour tenter de biaiser, ne manquent pas. Sur la sellette, la Suisse, le Luxembourg et l’Autriche – excusez-du peu ! – désignés comme les principaux coffre-forts de l’évasion fiscale, qui abritent au niveau mondial, selon Tax Justice International, 21.000 milliards de dollars d’actifs financiers en cavale. Chacun de ces gouvernements tente d’échapper à un échange automatique d’information qui est désormais préconisé au plus haut niveau comme devant être la norme internationale, l’équivalent américain (le FATCA) prévu pour entrer en vigueur en 2014. La palme revenant aux Autrichiens qui entrent dans la négociation en réclamant que les territoires sous juridiction britanniques (îles anglo-normandes et Caïman, Gibraltar…) les rejoignent, plus réputés pour leur secret bancaire que pour leur industrie de la pêche. « On n’y va pas sans eux ! », annoncent-ils, au grand embarras du gouvernement britannique qui se réfugie derrière des négociations en cours avec les autorités de ces territoires…

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LA SYMÉTRIE MONÉTAIRE ET LA COMPENSATION DE L’EURO, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Penser la réalité

Interrogé dans Libération, Jean-Paul Fitoussi qui avait dénoncé le « Débat interdit » de l’euro vient confirmer le diagnostic de l’asymétrie structurelle contre laquelle les pays de l’euro se fracassent. La divergence de compétitivité entre les économies nationales a provoqué l’endettement massif de l’Europe non germanique envers l’Allemagne.

Pour freiner la dérive du crédit en euro entre les membres de la zone, l’Allemagne demande à ses débiteurs d’arrêter de dépenser afin de ralentir la croissance des dettes. Jean-Paul Fitoussi remarque l’ajustement destructueur des choix monétaires euro-européens au fonctionnement des marchés financiers.

Le marché mondial de la monnaie aligne le prix de la liquidité sur son appréciation du risque de crédit de chaque emprunteur de monnaie. Dans la zone euro, le risque de crédit des États est nominalement mutualisé dans la monnaie unique à travers le capital de la BCE. Par construction théorique, les États de la zone euro ne peuvent pas emprunter à des taux différents vu que la BCE prête à une zone économique unique théoriquement assurée par une communauté indivisible d’États.

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L’actualité de demain : LE CALCUL STIGMATISANT DU LIBOR EN QUESTION, par François Leclerc

Billet invité

L’affaire du Libor n’est pas du tout terminée ! Elle n’est pas seulement exemplaire en raison des manipulations auxquelles son calcul a donné lieu, dont la découverte a éclairé des pratiques frauduleuses touchant à l’indice de référence de 350.000 milliards de dollars de contrats en tous genres, au cœur du système financier. Elle l’est également à propos de la suite qui va lui être donnée.

Des enquêtes sont en cours pour savoir si d’autres banques n’ont pas participé à la tricherie, notamment la Deutsche Bank, mais surtout les discussions se poursuivent sans résultat à propos d’un nouveau mode de fixation de l’indice. Car vu le choc créé par ces révélations dans les milieux financiers bien pensants, il n’est ni concevable de continuer comme avant, ni de substituer un nouveau mode opératoire qui ne soit au dessus de tout soupçon. Le Libor et ses petits frères Euribor et Tibor doivent être les indices de référence béton qu’ils n’auraient jamais du cesser d’être !

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SOUS SON FAUX AIR DE THUNE

Je rentre à l’instant de l’Anthropo’ café à Neuchâtel et pendant que je marchais le long du lac, du bar La Superette où se passait la soirée à mon hôtel, la lune immense me fixait d’un tel air de fausse thune que je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à Je voudrais pas crever d’un auteur adorable dont on reparle beaucoup en ce moment.

Je voudrais pas crever

Je voudrais pas crever
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d’argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un côté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
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L’actualité de demain : LA PROMESSE DE LA DÉCENNIE, par François Leclerc

Billet invité

Ils s’y mettent tous ou presque, y compris José Manuel Barroso (qui ensuite recule), mais le gouvernement allemand tient bon dans l’adversité : il réaffirme sa stratégie de désendettement et d’amélioration de la compétitivité en dépit de son absence de résultats. Cela lui est d’autant plus aisé qu’aucune stratégie alternative ne lui est opposée. L’assouplissement qui est demandé est déjà pratiquement acquis et se traduit au cas par cas par un allongement du rythme de réduction du déficit ou du remboursement des prêts. Sans autre effet que de gagner du temps pour un résultat très incertain, à enregistrer les annonces de nouvelles mesures de rigueur budgétaires à venir. L’essentiel est de rester inscrit dans le cadre prescrit.

Les effets pervers de cette stratégie sont connus, la rigueur budgétaire ayant précipité l’Union européenne (pas seulement la zone euro) dans la récession. Il paraît donc de bon sens d’en demander la révision. Mais l’ampleur du désendettement n’a toujours pas été prise en compte, car cela serait dérangeant, impliquant un changement stratégique radical. Après l’avoir longtemps nié, il est désormais reconnu que le système bancaire a également un sérieux problème dans ce domaine, qui n’est donc pas réservé aux seuls États. Il est donc désormais prévu qu’une décennie sera nécessaire pour globalement le résorber, et qu’il faut en attendant tenir sur le même registre.

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ALCATEL-LUCENT, Paul Jorion : Débat avec les salariés d’Alcatel-Lucent, le 17 mai – MATCH REMIS

Une invitation m’avait été lancée de venir m’adresser au personnel d’Alcatel-Lucent à Nozay, j’avais donné mon accord et je devais prendre la parole le 17 mai, je viens de recevoir le message suivant :

C’est avec beaucoup de regrets que je dois finalement vous faire part du refus de la Direction de l’établissement de Nozay de vous recevoir et de prêter la salle de conférence (plus de 300 personnes) pour la tenue de ce débat.

Ce type de décision frileuse et conservatrice pris par une part du management d’Alcatel-Lucent a probablement contribué aux difficultés que rencontre le Groupe.

Je n’ose vous proposer de réaliser ce débat en petit comité dans les locaux du Comité d’Entreprise.

En vous priant de bien vouloir accepter mes excuses.
B. Leclerc

N.B. Une invitation similaire faite à Nathalie Kosciusko-Morizet en janvier avait elle été acceptée par la direction.

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ARS AMANDI, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité

Peut-être serait-il temps, à présent que le gros de bataillons hostiles à l’union des personnes de même sexe a regagné ses casernements, abandonnant aux escarmoucheurs les plus endurants le soin de continuer la lutte à bas bruit, jusqu’au prochain regain, de redonner à l’institution du mariage la plasticité anthropologique que les traditionnalistes lui ont déniée avec fracas. Bien avant que l’affaire, à l’occasion du vote, n’enflât aux proportions d’un marqueur sociétal absolument clivant, un absolu relatif, du reste, l’effet de masse ayant cette vertu miraculeuse de transformer un élan minoritaire en force irrésistible, le projet du candidat, puis du président Hollande avait donné lieu, dans différents médias et sur différents supports, à quelques analyses pointues, argumentant pro et contra, que n’émoussaient pas encore les passes d’armes haineuses et caricaturales auxquelles nous avons assisté ces derniers jours. Il vous sera aisé de les retrouver et vous aurez même plaisir à les (re)lire, fussiez-vous en désaccord avec leurs conclusions. Les esprits sont las d’avoir été sommés de prendre position en des termes qui leur font injure. Vous n’aurez donc pas droit au texte virulent que m’avait inspiré la débauche de discours imbéciles, voire factieux, proférés par les chantres de la Manif’ pour tous et leurs soutiens du parlement, qui avaient visiblement oublié que le divorce de l’Église et de l’État a été prononcé il y a un peu plus d’un siècle et que cela ne s’est pas fait exactement par consentement mutuel. Le plat que je vous sers est moins relevé, plus scolaire, mais il sort de la même cuisine. Non pas que je me réclame d’un camp précis – mon éducation républicaine m’incline à la sympathie davantage qu’à l’adhésion partisane –, mais il me semble que le mariage mérite mieux, en fait de louanges, qu’une bordée d’exclusives – et je dis cela à l’adresse des chrétiens assez familiers des Évangiles pour en extraire des principes de savoir-vivre humanistes.

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RETOUR AUX ANNÉES 30 ?, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité. Le point de vue exposé ici par Jean-Pierre Pagé sur l’appréciation des mesures engagées par les autorités gouvernementales diffère très sensiblement de celui de Paul Jorion. Il a cependant le mérite d’explorer une voie politique pour l’Europe qui pourrait se révéler complémentaire à une solution déjà exposée ici-même, lorsqu’il fut question du seul moyen de sauver l’euro.

Assiste-t-on au « retour aux années 30 » en Europe, selon l’assertion qui revient, telle une rengaine ? On doit reconnaître qu’il y a des ressemblances inquiétantes : fort endettement du secteur public succédant à un « laisser-aller » (« années folles » 1920-1930 versus 2000-2008), mais fortement creusé par des évènements exceptionnels (« guerre de 1914-1918 ; programmes contracycliques de 2008-2009).

Et l‘on retrouve en Europe de nombreux ingrédients de politique économique sur la base du même postulat erroné : « mettons de l’ordre dans nos affaires, assainissons notre situation financière, et la confiance des marchés, ramenant les investissements, reviendra ». On sait comment cela s’est terminé à la fin des années 30.

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QUESTION DE TAILLE

La brume combinée aux effets d’un printemps tardif font que la végétation que j’aperçois par la fenêtre du train ressemble davantage à de la moisissure qu’aux arbres, arbrisseaux et buissons qui la composent en réalité. Et je m’imagine alors haut de cinq kilomètres et considérant tous ces chênes altiers et séquoias vénérables qui ont un jour fait mon admiration comme moisissures diverses, semblables à celles qui ont parfois retenu mon attention à la surface d’une pomme blette.

Mais, que vois-je ? De la vermine s’agite au sein de toute cette pourriture ! Regardons de plus près (cette bestiole est vraiment minuscule !) Ah ! ce n’est rien : simplement moi à ma taille véritable !

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