L’honneur, et les différentes manières dont on entend le mot, par Éliane Chaponik

Billet invité.

Ma mère avait reçu la Légion d’Honneur au titre de sa participation à la
Résistance et du fait qu’elle avait été déportée pour cela. De son convoi comprenant 1100 personnes seules douze femmes étaient encore vivantes en 1945. Maman faisait partie de ces douze.

C’est pour cela qu’apprenant à qui l’on venait de donner la Légion d’Honneur, j’en ai été sidérée.

Quelle déchéance pour mon pays La France ! D’autant plus qu’à l’occasion de l’anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale une promotion exceptionnelle de la part de la Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur devait avoir lieu au profit des anciens combattants et résistants. Pour notre part dans le Rhône nous en avons obtenu une seule…

Cet après-midi j’ai participé au nom de mon association l’ANACR
(Association nationale des anciens combattants et ami(e)s de la
Résistance) à un hommage rendu au journaliste, poète et résistant René Leynaud, grand ami d’Albert Camus. Une plaque a été dévoilée sur le mur de l’immeuble où il demeurait rue de l’Ancienne monnaie à Lyon, rue qui portait déjà son nom après guerre.

René LEYNAUD arrêté par la milice, a été assassiné par la Gestapo le 13 juin 1944.

Ce qui m’a particulièrement étonné durant cette cérémonie est le fait
qu’aucune des personnes ayant pris la parole : ni son fils, ni la maire du 1er arrondissement, ni l’adjoint à la mémoire au maire de Lyon, ni même les enfants des écoles (ils ont récité le poème d’Eluard « Liberté ») n’ont dit des vers de Leynaud.

En voici donc, écrits avant la guerre, car ce poète, comme René Char, avait choisi le silence en poésie durant la Résistance :

Vivant je ne le suis sinon qu’en vos poitrines
Réside encore la voix que la mort me ravit,
Et redire mon nom me fait l’ombre divine
Du soleil de mes jours venir à mon envie
Et moi venir à moi et ma chair transparaître
Mieux acquise aux voix que mon chant ne sut l’être.

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