CHINE – Année du Coq, par DD & DH

Billet invité.

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Le 28 janvier, le Coq remplacera le Singe selon le principe de succession des douze animaux du cycle duodénaire dit des « Branches terrestres » qui, combiné avec celui, dénaire, des « Troncs célestes » découpe le temps long en sections de soixante années. Le coq occupe la dixième place dans l’ordre de ce déroulement immuable qui continue à rythmer en profondeur le temps des almanachs et des rites de la Chine et de tout pays sinisé. Il n’existe pas de mot en chinois pour dire « le temps » (nous allions dire « le Temps » avec une majuscule, mais il n’y a pas non plus de majuscules en chinois). Donc pas d’équivalent chinois pour ce « temps » abstrait et insaisissable, celui qui « passe », dont nos littératures font si volontiers le fournisseur privilégié des mélancolies et du mal de vivre et dont nous savons, au moins depuis Einstein, qu’il est une illusion très très relative… »Si l’on prend le parti de se référer aux notions qui leur sont propres, il apparaît que les Chinois ont pensé conjointement deux choses : le moment-occasion d’une part (notion de shi), la durée de l’autre (notion de jiu). Ils n’ont pas conçu, en revanche, une enveloppe qui les contienne également tous deux et qui serait le « temps. » (F. Jullien « Du temps » Eléments d’une philosophie du vivre. Ed. Grasset 2001)

Même s’ils ont adopté notre calendrier au début du XXème siècle, les Chinois restent fidèles à leur tradition luni-solaire : jours et années basés sur le soleil et mois calés sur les phases de la lune. Dans ce système, des mois intercalaires (runyue) qu’on pourrait dire « de rattrapage » sont indispensables : il en faut 7 sur une période de 19 ans pour que soleil et lune « se mettent d’accord » et ils ne sont guère appréciés car on les soupçonne d’être potentiellement à risques ! L’almanach (lishu) les signale : on n’y entreprend ni travaux, ni installations de magasins, ni grands voyages et personne n’aurait l’idée de choisir d’y loger son mariage. Périodes où le profil bas est de rigueur et où il vaut mieux se faire oublier. Le découpage de l’année le plus familier aux Chinois, surtout à la campagne (mais, il y a 35 ans, la Chine comptait encore 80% de ruraux) consiste en 24 divisions (sortes de micro-saisons) désignées en fonction de leur météorologie et de caractéristiques connues empiriquement par tout paysan (« petit froid », « grande chaleur », « réveil des insectes », « pure clarté », « rosée froide », « épis à moitié pleins », etc.) afin de marquer par des dénominations le rythme des travaux des champs. En Chine la notion de « temps » (qui passe) ne s’est jamais décollée de celle du » temps » (qu’il fait) et n’a pu acquérir d’autonomie tant s’impose comme une évidence qu’est à l’œuvre un processus continu, régulé et identique dans son fonctionnement quelle que soit l’échelle considérée. Ces 24 divisions correspondent à des déplacements du soleil de 15° en 15° en longitude sur le plan de l’écliptique et c’est en fonction de ce découpage qu’est fixée chaque année la date du Nouvel An proprement chinois, appelé plus communément « Fête du Printemps » (chunjie). Cette date varie en fonction des années selon une amplitude de 30 jours, entre le 21 janvier et le 20 février. Elle est calculée de manière à répondre à 2 impératifs : coïncider avec la « nouvelle lune » (lune invisible dans le ciel parce qu’alignée avec le soleil) et ne pas se situer au delà du commencement de la période dite « Pluies » (le 20 février).

Il peut paraître étrange qu’on l’appelle « Fête du Printemps » alors qu’elle tombe en plein de ce que nous considérons comme le fort de l’hiver et de la froidure ! Et la Chine, au moins celle de tout le nord du Yangzi, a un climat aux étés plus chauds et aux hivers plus rigoureux que les nôtres. Si l’on considère en Chine que le printemps est à l’œuvre dès ces dates et qu’il faut célébrer son avènement par des réjouissances, c’est que le germe du Yang, ayant éclos en toute discrétion, sans bruit et dans l’obscurité dominante des jours les plus courts, au moment où le soleil se trouvait au 11éme mois à 330° sur son parcours (solstice d’hiver), a peu à peu pris des forces et qu’il émerge pour entamer son expansion le 4 février (période dite « Début de printemps » Lichun) pour une durée de 6 mois. Le 4 février est donc la date pivot autour de laquelle évolue (de 15 jours avant à 15 jours après) la date officielle de la Fête du Nouvel An qui pourrait aussi bien et plus justement être appelée la « Fête du Nouveau Yang » ! Ce jour qui correspond à peu près à notre Chandeleur peut en effet être considéré, là-bas comme ici, comme celui auquel l’allongement du jour devient véritablement perceptible. C’est de ce Yang naissant, donc au moment du maximum de ses potentialités puisqu’au fil des mois il ne pourra plus que « s’user » en se dépensant, que le Nouvel An chinois veut capter l’énergie positive par un ensemble de comportements ritualisés visant tous au renforcement du groupe (familial, clanique, national) au profit duquel sont convoqués, de façon redondante par la multiplication des symboles, le bonheur, la chance, la réussite, la richesse et la longévité.

C’est le Coq qui va donner le la (un cocorico tonitruant ?) à cette année et être de faction à compter du 28 janvier 2017 jusqu’au 16 février 2018 où le Chien le remplacera. Ce Coq 2017 est associé à l’élément Feu, ce qui, si l’on en croit tous les horoscopes en ligne sur la toile, annonce une année riche en épisodes animés et un contexte globalement « chaud ». Le coq étant la « grande gueule » de la basse-cour, on peut s’attendre à ce qu’il fasse quelques émules au niveau international, ce qui, somme toute, suivez notre regard (au strabisme divergent en l’occurrence !), ne nous étonnerait pas plus que ça !

Pour les Parisiens et ceux qui se trouveraient dans la capitale à ces dates, nous signalons qu’on peut faire gratis un petit tour en Chine lors des célébrations du Nouvel An par les Asiatiques de Paris. Celle du 3ème arrondissement aura lieu le samedi 28 janvier dans le quartier Arts et Métiers-Beaubourg et celle du 13ème se déroulera dans le triangle Tolbiac-Avenues d’Ivry et de Choisy le dimanche 5 février. Le 11ème, aux dernières nouvelles, n’a pas encore choisi la date du rassemblement des Chinois Bellevillois. Choisira-t-il, comme le 3ème, de caler sa grande parade sur la date mobile du Nouvel An ou, comme le 13ème, sur la date fixe de Lichun ? Quel que soit le jour adopté, danse des dragons, tambours et gongs, défilé costumé, sorties exceptionnelles des dieux et déesses en palanquin, rassemblement des « hui » (associations et guildes) de chaque arrondissement concerné, rien n’y manquera pour l’illusion d’être, le temps d’un après-midi partagé, membre associé de « da jia« , la « grande famille » à la chinoise !

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Bonne et heureuse année à toutes et tous !

Nous pourrions compléter ces vœux par quelques souhaits d’« Heureux Anniversaire » puisque, selon la tradition chinoise, tout le monde se prend en même temps un an de plus au septième jour de la nouvelle année, jour dédié à la Longévité ! La date de naissance réelle d’une personne était en effet gardée secrète et seul, en dehors de la famille, le devin consultait les huit composantes de cette date (année, mois, jour et heure en fonction du double registre des Troncs célestes et des Branches terrestres) quand il lui revenait de déterminer, en vue d’un mariage, la possible concordance de ces huit signes avec les mêmes huit signes d’un éventuel conjoint. Dans le cours d’une vie, le seul anniversaire rendu public et fêté était celui qui marquait l’accomplissement d’un « Grand Cycle », c’est-à-dire quand le retour de la même configuration en vis-vis des termes composant les deux listes, celle de 10 (les troncs célestes) et celle de 12 (les branches terrestres) indiquait que 60 années s’étaient écoulées.

Il reste de tout cela qu’ aujourd’hui encore l’examen des huit signes par un devin n’est pas totalement tombé en désuétude et que la date de naissance n’est généralement pas volontiers divulguée car, connue avec précision hors du contexte familial proche, elle peut donner prise sur l’individu concerné, et plus souvent pour le pire que pour le meilleur. Dernière remarque : cette « chinoiserie » du septième jour de la nouvelle année pouvait donner lieu naguère à un drolatique tour de passe-passe : comme chacun a déjà un an le jour de sa naissance (les 10 lunaisons de la gestation), un bébé né fin décembre (qui aurait donc un mois selon notre calcul) aurait, selon l’ancienne tradition, deux ans révolus autour du 4 février !

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