ANTHROPOCÈNE, par Cédric Chevalier

Billet invité.

L’espèce humaine fait changer le climat 170 fois plus rapidement que les forces de la nature.

On a découvert des taux de pollution toxiques extraordinaires à 10km de profondeur dans la fosse des Mariannes.

Une étude internationale a cartographié les proportions de continent se trouvant à plus ou moins de 1km d’une route humaine. Cette étude constate que « le réseau routier a découpé les continents en environ 600.000 fragments, dont la moitié mesure moins de 1km² », conduisant de facto à une fragmentation généralisée et délétère des écosystèmes.

Etc.

La production scientifique récente est à l’avenant, des milliers d’articles publiés dans des revues à comité de lecture disent la même chose.

Devons-nous dès lors encore douter que nous sommes entrés dans l’Anthropocène ?

Anthropocène, un mot que nous entendrons de plus en plus régulièrement, se propage au sein de la communauté scientifique et médiatique.

Un mot qui exprime une idée qui émerge progressivement : que nous sommes entrés dans une nouvelle période géologique, une période dans laquelle l’espèce humaine est devenue pour la première fois une force de changement d’ampleur géologique pour le système Terre, peut-être même, vu la vitesse des changements que nous avons déclenchés, d’ampleur supérieure, par un facteur de 170, aux forces géologiques et astronomiques qui influencent la Terre depuis 4,5 milliards d’années.

Relayer ces informations, est-ce se lamenter, même à juste titre, ou est-ce lutter pour rester conscient du monde tel qu’il est afin de pouvoir penser et agir en conséquence ?

Ne note-t-on pas en parallèle l’émergence d’une conscience planétaire, d’une noosphère constituée d’Internet, de la communauté scientifique internationale, des ONG et d’autres associations humaines mondiales ?

Cette conscience planétaire pourra-t-elle exercer son retour réflexif sur la société humaine qui a généré l’Anthropocène, en se diffusant plus rapidement que les changements géologiques en cours ?

Et si cette conscience noosphérique réflexive échoue à se diffuser, si l’Anthropocène est l’époque où l’espèce humaine devient une force géologique incapable de s’autolimiter, sont-ce des forces d’ampleur géologiques ou astronomiques qui se chargeront de nous limiter à nos dépends ?

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