Face à la perspective d’un effondrement sociétal, certains font le pari du changement possible, par Cédric Chevalier

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Olivier De Schutter, professeur de droit international à l’Université catholique de Louvain (UCL) et ex-rapporteur spécial pour le Droit à l’alimentation du Conseil des droits de l’homme à l’ONU, était récemment à Bruxelles, pour discuter de la stratégie régionale « Good Food » et des pressions du dérèglement climatique sur le système sociétal dominant. Dans sa conclusion, face aux pressions croissantes sur le système actuel, dans une potentialité d’effondrement de celui-ci par manque de résilience, et par rapport aux émergences actuelles de toutes une série d’innovations et d’organisation alternatives citoyennes, il entrevoit quatre perspectives possibles.

Un petit détour explicatif s’impose avant de détailler ces quatre perspectives, car Olivier De Schutter les fonde sur la théorie des transitions socio-techniques (Pour plus de détails : ici et ).

Que dit cette théorie ? Un petit dessin vaut mieux qu’un grand discours :

La théorie du changement sociotechnique conçoit le changement de manière systémique en distinguant plusieurs éléments :

– le paysage (socio-technical landscape) : ce sont les contraintes de contexte et tendances lourdes, considérées comme exogènes au système (au moins à court et moyen terme) dans lequel le société fonctionne : les lois de la physique, la raréfaction des ressources fossiles, un changement climatique global, la croissance démographique, etc.

– le régime socio-technique (socio-technical regime) : c’est la configuration particulière, historique, sociale et technique, d’une société humaine. C’est la manière dont une société fonctionne au niveau humain et matériel dans le paysage qu’elle connaît à une époque donnée. Par exemple : le régime socio-technique « chasseur-cueilleur » (pas de machine, force humaine, organisation tribale), ou « agricole médiéval » (moulin à vent et à eau, traction animale, féodalité) ou « industriel du XIXe siècle » (machine à vapeur, libéralisme économique, absence de congés payés) ou notre régime actuel (économie globalisée, production et consommation industrielle de masse, solidarité organisée par les Etats, etc.).

– les innovations de niche (niche-innovations) : ce sont les fonctionnements sociaux et techniques innovants par rapport au régime socio-technique dominant. Par exemple : l’agriculture et l’organisation urbaine étaient des innovations par rapport au régime « chasseur-cueilleur », la machine à vapeur et les syndicats d’entreprise des innovations par rapport au régime « médiéval », l’informatique et le droit de vote des femmes des innovations par rapport au régime « industriel du XIXe siècle ».

Selon la théorie du changement socio-technique, le régime socio-technique est influencé par le paysage et l’influence en retour (par exemple, le changement climatique est à la fois une contrainte exogène et un effet endogène de notre société). Un régime socio-technique ne peut perdurer que s’il respecte à terme les contraintes du paysage. Le régime socio-technique est également influencé par les innovations des niches, qui peuvent éventuellement, si elles se généralisent, devenir parties intégrantes du régime dominant, en se substituant éventuellement à d’autres éléments de configuration antérieurs (comme lorsque le papier remplace le parchemin qui remplace le papyrus ou comme lorsque la solidarité collective étatique remplace la caisse syndicale d’entreprise qui remplace la solidarité tribale).

Les innovations de niche, ne peuvent émerger, croître et influencer le régime que si le régime leur offre un espace plus ou moins protégé où elles peuvent incuber.

Pour illustrer l’ensemble de cette théorie, nous pouvons par exemple dire que notre régime socio-technique actuel, une société et une économie globale, libéralisée, industrialisée fait face à un changement de paysage majeur, le réchauffement climatique, qui impose des contraintes de plus en plus fortes à son fonctionnement. Actuellement, le régime dominant fonctionne toujours sur la base des contraintes du paysage du passé (les énergies fossiles émettrices de CO2 constituent encore l’essentiel de son approvisionnement énergétique et la pratique sociale de la mobilité n’a jamais été aussi élevée). Il n’est pas adapté aux nouvelles contraintes du paysage.

Mais par ailleurs, des niches d’innovation se créent, croissent et influencent le régime dominant : maisons passives, cyclisme, agro-agriculture, énergies renouvelables, économie du partage, mouvement « slow », etc. Certaines innovations sont progressivement absorbées par le régime dominant, comme par exemple le standard d’isolation passif des bâtiments qui devient la norme légale.

Revenons maintenant aux quatre perspectives possibles qu’entrevoit Olivier De Schutter face aux pressions croissantes sur le système actuel, dans une potentialité d’effondrement de celui-ci, par manque de résilience :

1)      le régime évolue en intégrant les évolutions du « paysage », il s’amende et s’adapte et donc change (il ne croit pas à cette piste) ;

2)      le régime récupère les innovations et se reconfigure par cooptation d’innovations de niche (il n’y croit pas non plus) ;

3)      le régime s’effondre suite à des tensions interne au régime ; il y a dé-alignement suivi d’un « ré-alignement », reconstruction à partir des émergences (il ne s’exprime pas sur cette alternative…) ;

4)      Il y a substitution, le régime soutient les innovations qui restent inassimilables et coexistent dans un contexte mixte jusqu’à l’effacement de l’ancien régime (principe du « cheval de Troie ») (il croit plus à cette dernière possibilité et donc milite actuellement auprès de certains pouvoirs publics pour que ces innovations/émergences puissent coexister dans de meilleures conditions possibles).

Pour bien mettre en évidence leurs nuances, je ré-exprimerai les 4 perspectives alternatives de De Schutter de la manière suivante, en utilisant le référentiel théorique de l’évolution, parfaitement adapté pour ce qui nous occupe (car bâti sur environ 4 milliards d’années d’évolution du Vivant dans un paysage en perpétuel bouleversement) :

  • Imaginez que dans un écosystème, la savane, les feuilles comestibles des arbres se trouvent de plus en plus en hauteur à cause du climat. Imaginez que le paysage soit en train de changer inexorablement.

Stratégie 1) : adaptation

o    La girafe allonge son cou pour attraper les feuilles qui se trouvent plus haut dans les arbres. Le régime dominant modifie temporairement certaines modalités d’expression de son fonctionnement sans changer de nature systémique générale. (On reste avec des girafes sans changement d’ADN, pouvant exprimer d’autres comportements). Ça ressemble à la croissance et au capitalisme verts.

Stratégie 2) : évolution

o    Les girafes mutent progressivement sous la pression sélective : les individus aux cous les plus longs survivent davantage. Le régime dominant mute, en modifiant structurellement une partie de son périmètre d’expression de son fonctionnement, en absorbant des innovations de niche, tout en conservant l’essentiel de sa nature systémique générale. (on reste avec des girafes mais leur ADN a changé). Ça ressemble au développement durable et à la transition faible.

Stratégie 3) : extinction massive

o    Les girafes s’éteignent en masse, faute d’avoir pu modifier leur comportement et/ou muter suffisamment rapidement par rapport aux évolutions de paysage. Elles laissent leur niche écologique vide et sont remplacées par des herbivores mieux capables d’atteindre les feuilles sommitales des arbres. Le régime dominant s’effondre et disparaît complètement, son expression disparait avec lui ainsi que sa nature systémique générale. À partir d’émergences diverses, un autre système émerge sur les cendres de l’ancien. (Les girafes s’éteignent, leur ADN disparaît du Vivant). Ça ressemble à l’effondrement (version pessimiste)

Stratégie 4) : extinction progressive/substitution

o    Les girafes s’éteignent mais progressivement. Elles modifient leur comportement et mutent pour certaines mais la plupart sont incapables de changer suffisamment vite pour s’adapter au nouveau paysage. Progressivement, elles laissent leur niche écologique libre pour d’autres herbivores plus performants, plus adaptés au nouveau paysage, d’abord minoritaires et en cohabitation avec les girafes, puis qui finissent par les supplanter. Le régime dominant s’effondre lentement et disparaît finalement, son expression et sa nature systémique disparaissent avec lui. Les émergences ont cohabité plus ou moins pacifiquement avec lui jusqu’à le remplacer complètement et finir par dominer le système. Il s’agit d’une forme de destruction créatrice, comme lorsque les mammifères, contemporains des dinosaures, ont profité de leur extinction pour reprendre toutes leurs niches écologiques. (Les girafes s’éteignent progressivement et leur ADN disparaît du vivant, un autre ADN, plus adapté, les remplace). Ça ressemble au déclin/renaissance ou à la transition forte (version optimiste de l’effondrement, voire très optimiste avec une renaissance)

Ainsi Olivier De Schutter, sans se prononcer explicitement sur la perspective de l’effondrement, fait donc le pari du changement possible et de l’action par le scénario 4. Il estime vain d’espérer que le régime dominant ne s’adapte (capitalisme et croissance verte) ou ne mute (développement durable faible) et ne voie d’espoir que dans la perspective que les innovations de niche actuelles et futures, à condition qu’elles soient au moins tolérées par le régime dominant, finissent par supplanter progressivement ce régime dominant à mesure qu’il disparaîtra, s’effondrera, progressivement et par parties, faute d’être adapté au nouveau paysage (transition écologique forte). L’émergence via ces niches d’innovations socio-techniques nécessite en outre selon lui une militance politique active, afin qu’elles ne soient pas étouffées dans l’œuf par le régime dominant.

La pensée d’Olivier De Schutter présente au moins cinq avantages non négligeables :

–          Elle reconnaît la perspective et l’inéluctabilité de l’effondrement du régime dominant face aux contraintes rédhibitoires du paysage, mais préfère la version progressive de cet effondrement, une sorte de déclin-renaissance, avec substitution d’un régime socio-technique alternatif meilleur, à la version catastrophique, sans solution de rechange, risquant de nous laisser dans un monde à la Mad Max.

–          Elle évite l’écueil du fatalisme et de la résignation de certains parmi les plus pessimistes des collapsologues, en continuant à faire le pari du changement possible et donc de l’action.

–          Elle tire les conclusions qui s’imposent de l’échec des tentatives historiques visant à la possibilité d’un capitalisme authentiquement vert, incapable semble-t-il d’exister sans un principe de croissance illimitée, et d’un développement durable faible, qui reste toujours ambigu face à cette croissance qu’il croit toujours pouvoir la verdir. Elle fait de la philosophie du contournement de l’obstacle un paradigme. Ce faisant, elle permet de rediriger les énergies vers les niches d’innovation et leur protection, dans l’esprit du concept de « destruction créatrice » attribué à Schumpeter.

–          Elle évite l’écueil de l’individualisme survivaliste et du repli localiste d’une certaine décroissance anarchiste, en reconnaissant l’importance toujours vitale de la politique et des pouvoirs publics dans la transition, notamment dans un rôle de protection de l’incubation des niches écologiques et de facilitation de la diffusion de ces innovations pour qu’elles puissent se substituer au régime dominant.

–          Elle donne une ligne politique claire à tous les citoyens qui veulent agir afin d’éviter la version catastrophique du scénario d’effondrement, en phase avec les exemples du film Demain :

o   contribuer à créer et multiplier des niches d’innovation suffisamment protégées du régime dominant pour pouvoir y coexister ;

o   faire de ces niches d’innovation des incubateurs et foyers de contagion permettant d’universaliser par substitution progressive des modes de vies humains authentiquement durables.

Si cette ligne politique a le mérite de donner à agir de manière politique, « positive » et pragmatique dans une époque où le régime dominant semble inébranlable, certains penseurs estiment néanmoins qu’une action « négative » est inévitable. Il ne suffirait pas de créer « à côté » pour engendrer de la destruction créative (contourner l’obstacle), il faudrait également détruire « ici » pour engendrer de la construction créative (détruire l’obstacle). Face au capitalisme néolibéral dominant, c’est la thèse notamment, de Naomi Klein, Hervé Kempf, et… Paul Jorion.

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49 réflexions au sujet de « Face à la perspective d’un effondrement sociétal, certains font le pari du changement possible, par Cédric Chevalier »

  1. J’en reste abasourdi… Les modes de vie humains authentiquement durables ont existé, existent et existeront encore. Ils ne dépendent certainement pas de manière si directe de l’innovation telle que vous la réfléchissez. Puisque vous parlez d’universalité, la moitié de la population mondiale est encore rurale. Et je peux vous citer au bas mot une centaine de situations (mes connaissances restent assez limitées) à travers le monde où l’homme exerce encore, malgré les pressions incessantes de la société globale, un usage fin et mesuré des ressources présentes. Ils ne sont certes pas à l’abri du changement climatique et peuvent en mesurer déjà les effets sur leur vie quotidienne (un mois de décalage des précipitations sur le calendrier agricole traditionnel dans la région andine équatorienne, ce n’est pas rien). Mais ils auront dans un premier temps beaucoup plus de résilience face à ces bouleversements que nous ne pourrions en avoir.
    A l’identique de la civilisation maya, ils nous faudra peut être tout simplement abandonner nos villes sanctuaires et retourner dans la « jungle » pour y retrouver ceux qui ne l’ont jamais abandonnée.
    Et le plus vite serait le mieux.

    1. A l’identique de la civilisation maya, ils nous faudra peut être tout simplement abandonner nos villes sanctuaires et retourner dans la « jungle » pour y retrouver ceux qui ne l’ont jamais abandonnée.
      Et le plus vite serait le mieux.

      A vous l’honneur.
      Merci de laisser les clefs sous l’paillasson et de nous laisser votre adresse. On passera arroser le chat, faire pisser le Ficus, etc.

      1. Non, moi je compte pour du beurre. Ethnologue de terrain, j’ai appris à me déplacer sans attaches depuis une trentaine d’années. Mais je ne suis pas un exemple à suivre.
        Par contre, (et c’est bien là que l’étude de cas de villes comme palanque est significatif), une ville qui s’est alimentée de migrations successives pendant plus de 500 ans peut tout à fait être abandonnée dans un laps de temps si elle représente un péril pour la survie de sa population.
        Si les phénomènes climatiques extrêmes que l’on nous promet à moyen terme devenaient réalité, les grandes villes seraient alors les endroits les plus vulnérables de la planète. Nous verrons alors si les citadins se préoccupent encore d’arroser leur chat et de faire pisser le ficus…

    2. Merci de nous rappeler que l’humanité n’est pas à l’image moyenne de l’urbain salarié occidental qui a le temps et les moyens de pianoter sur son ordinateur individuel.
      Oui, nous oublions trop souvent la diversité humaine qui constitue ce que nous appelons Humanité et les écarts de leurs moyens de subsistance. Bien sûr, la diversité ne s’exprime pas dans une progressivité homogène, certains paysans africains sont équipés de smartphone quand perso, je n’en ai pas !
      Mais se qui nous distingue le plus certainement dans le cas d’un risque d’effondrement civilisationnel, c’est la distance qui nous sépare de la nature et de notre capacité à répondre à nos besoins fondamentaux avec peu de moyens technologiques. Et il est bien évident que celui qui sait déjà aujourd’hui vivre dans le dénuement, aura plus de capacités de résilience.
      Toutefois, il est fort probable qu’il y aura de la part des humains les plus technologiquement augmentés, dans un aveuglement pour leur seule survie, la mise en œuvre de stratégie de prédation sur ces résilients. René Barjavel l’avait très bien décrit dans « Ravage ».
      Dans le billet très intéressant de Cédric, il nous manque une donnée fondamentale : la temporalité.
      Pour l’évolution de l’ADN de la girafe et l’évolution du paysage, nous sommes dans une temporalité longue similaire. Aujourd’hui, la temporalité des évènements de transformation radicale des sociétés et de l’environnement laisse mal augurer de nos capacités d’adaptation.
      C’est pourquoi, de manière caricaturale, nous voyons s’affronter les technophiles persuadés de gagner la course contre le temps dans une fuite en avant technologique et les technophobes qui quittent progressivement le cadre idéologique d’un « progrès technologique » pour mettre sur les rails un « progrès humanisto-écolo-solidaire ». Sans compter une grande majorité de la population qui se laisse guider par le flux dominant en s’inscrivant dans un suivisme du plus grand nombre.
      Complexité et chaos, voilà ce avec quoi nous devons composer sans tomber dans le simplisme.

    3. Merci Denis Farkas pour votre réaction. Je lutte contre mon perfectionnisme stérilisant en osant proposer à la publication sur ce blog des textes imparfaits, mais publiés 🙂
      Je considère que la production intellectuelle est une oeuvre collective émergente dans laquelle personne n’est responsable à 100% de ses apports intellectuels, mais chacun est responsable de rester réflexif, critique et auto-critique dans l’oeuvre collective.
      C’est un peu freudien : je découvre ma pensée en l’exprimant, et j’ose espérer que le lecteur découvre sa propre pensée en me lisant, par contraste. A la fin du texte, je ne pense déjà plus la même chose !

      Tout ça pour dire que je suis entièrement d’accord avec vos remarques, critiques et inflexions.
      Oui, j’écris d’un point de vue particulier : jeune occidental universitaire francophone petit bourgeois d’éducation catholique. Et oui je commets certainement en partie l’erreur de biais d’observateur (je pense que ce que j’observe résume le monde).

      – Je suis parfaitement conscient que l’espèce humaine a vécu de manière durable pendant des dizaines de millénaires avant l’apparition de la civilisation (et qu’aujourd’hui certains parmi les survivants des peuples premiers continuent à vivre de manière durable : enfin je crois qu’il en existe encore quelques-uns).
      – Je suis tout à fait d’accord que l’essentiel de l’Humanité vivante vit avec une empreinte par individu tout à fait durable et se montre a priori plus résiliente car davantage autosuffisante que nous occidentaux.
      – Dès lors, comme Jancovici qui parle des extraordinaires capacités d’adaptation de l’être humain, je ne crois pas à une extinction « facile » de l’espèce humaine, même suite à un effondrement catastrophique. Tant qu’il reste des écosystèmes productifs et des hommes pour les peupler, l’espèce peut tenir.
      – La dépendance à l’innovation pour la survie durable n’est peut-être pas une condition nécessaire pour les peuples premiers ou les agriculteurs autosuffisants (quoi que…), mais elle est une condition nécessaire pour nous, civilisés urbains. Dans le sens où faute de cette innovation, nous disparaîtrons en nombre (la population moyenne d’un Etat occidental dépasse souvent sa capacité de charge sans système agro-industriel/énergie/technologie j’ai l’impression). J’ai l’impression, comme Edgar Morin, que nous devons nous métamorphoser pour survivre dans de bonnes conditions (sans perdre des milliards d’habitants). Ce qui passe nécessairement par l’innovation, sociale, ou technique.

      Enfin, je ne serais pas si optimiste quant à la capacité des peuples premiers ou paysans autosuffisants de nous survivre. Les changements de la biosphère (générés par les occidentaux) affecteront bien davantage les écosystèmes où ces peuples vivent (le Sud grosso modo), et pourraient détruire complètement leur capacité de charge, bien avant la nôtre. Résilient ou pas, on ne survit pas nombreux dans un désert.

  2. Tout ceci me semble bien compliqué !
    Soyons simple (simpliste ?):
    L’espèce humaine a donné suffisamment de preuves de sa solidité: elle ne s’éteindra pas (complètement).
    Par contre , notre démocratie et notre confort sont déjà en cours d’effondrement (ouvrez les yeux et les oreilles). Il en va de même des autres espèces, des paysages et des ressources naturelles (c’est pire).
    Le réchauffement climatique n’est pas la seule ni la principale catastrophe écologique (c’est la plus médiatique).

    Le problème ?

    Une planète finie, des hommes toujours plus nombreux , qui consomment toujours plus.

    La solution ? 3:

    1) Diminuer drastiquement le nombre d’hommes;
    2) Diminuer drastiquement la consommation de chacun;
    3) Diminuer , moins drastiquement , à la fois le nombre et la consommation des hommes.

    Si nous mettons la fusion nucléaire au point, nous pourrons reculer (pour mieux sauter, mais plus tard).

    1. @ Hadrien

      C’est drôle que quelqu’un arrive à penser que les humains ne disparaitront pas alors que seul Dieu est immortel … et que Dieu n’existe pas.

      Et c’est drôle, aussi, de rencontrer un scientiste ; surtout un qui veut construire un soleil. Les scientistes sont risibles, pareils à Candide avant qu’il ne commence à vivre tous ses malheurs.

    2. 1) Diminuer drastiquement le nombre d’hommes;

      A vous l’honneur.
      1) Merci de laisser les clefs sous etc.
      2) Laisser nous votre etc.
      3) On passera etc.

  3. Sortir du capitalisme, oui mais comment ?
    Normalement c’est la politique qui devrait y conduire.
    Seulement voilà, on a remplacé les politiques par des clowns, et les décisions sont prises ailleurs. Alors on fait comment ?

      1. Si j’ai bien compris ce que vous voulez dire, je pense que c’est en route.
        http://www.jardins.tourismewallonie.be/week_end_des_parcs_et_jardins_2017
        Notre potager http://coindeterrejupille.be/ va y participer avec comme thème principal l’agroécologie.
        Sans les actions de tous les bénévoles et des citoyens qui s’en occupent je pense que le ministère de l’agriculture n’aurait pas entrepris une telle initiative.
        Que de rencontre en perspectives, c’est cela pour l’instant l’important.

  4. Cela fait bien longtemps que nos politiques auraient dû agir mais ils n’ont pas été et ne sont toujours pas assez intelligents pour comprendre le b.a.-ba, notamment que ce ne sont pas seulement les artisans et petits paysans qu’il faut surtaxer mais plutôt les multinationales et les agriculteurs industriels pour les nuisances qu’ils occasionnent.

    Ainsi, les maraichers, les artisans aux savoirs faire anciens, les récupérateurs et les petits commerces des villages auraient pu être exonérés de toutes taxes tandis que la finance non locale, les gros commerçants, les « industriagriculteurs », les agro-industries et toutes les multinationales qui polluent et détruisent l’environnement et qui n’ont plus, comme employés, que des robots, des logiciels et des caisses automatiques auraient dû être étouffés de taxes. Cela aurait correspondu à la phase d’incubation que souhaite Olivier de Schutter.
    En plus, avec un tel principe de taxation, les états et leur sécurités sociales respectives ne verraient pas leurs finances dans l’état où elles se trouvent aujourd’hui.
    La capacité de résilience s’en serait trouvée augmentée.

    Les solutions sont dans l’imposition !
    Que dire quand, dans les campagnes de France, pour des revenus faibles et des logements simples, on paye plus de taxes (foncières et habitations) que ceux qui, mieux payés, habitent de beaux appartements parquetés, staffés et stuqués dans la capitale. Cela alors que les villes sont « inécologiques », pareilles à des élevages hors sol, que les campagnes font vivre les villes et que la résilience ne peut être assurée que par les campagnes, l’inverse n’étant pas vrai.

      1. Oui l’imposition bien sûr, c’est la solution Piketty.
        La question c’est qu’est-ce qui mettra les foules en mouvement pour tirer la chasse d’eau ?
        Si c’est la nécessité, rendue inévitable par un collapsus généralisé, il sera trop tard.

      2. Encore tirer la chasse!!
        Rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme.
        Si au lieu de tirer la chasse on optait pour la toilette sèche?
        On n’éliminera jamais rien, on transformera.
        Petit à petit je me suis rendu compte que je pouvais comprendre et expliquer le nouveau paradigme à travers l’action engendrée au potager collectif.

    1. les récupérateurs

      Quand tu penses que les ferraillous sont les seuls professionnels, depuis Sarko, qui n’ont plus droit aux transactions en liquide… Rien que pour ça, s’ils votaient, mes potes manouches lui auraient fait payer au nabot. S’inscrivent même pas ces nazes…
      Pour sûr, c’est plus facile que de lutter contre les prix spéculatifs sur les métaux pour stopper les vols de métaux, et beaucoup plus inefficace.

  5. Une gouvernance du changement sociétal : le transition management, des représentants du patronat, des syndicats et des ONG s’emploient à gérer la transition écologique au sein d’« arènes pour la transition »: niches innovations et policy arrangement, tout ça va finir dans un bunker avec des hystériques confinés qui vont avoir le temps de nous mettre d’accord et qui vont s’appliquer à ce que soit respecté leur putain de génie, les optimistes de l’hypothèse 4 sont parfois un peu dictateurs, c’est un risque que le remède soit pire que le mal.
    Il faut anticiper sans se précipiter sinon on n’essaye même pas de changer le capitalisme, le capitalisme vert ou le développement durable n’ont certes aucune chance car ils s’attachent davantage à modifier le comportement des individus plutôt que le système, mais ceux qui dirigent le système seront ceux qui évolueront le plus facilement grâce aux niche innovations et seront à la pointe de toute organisation (les représentants du patronat des « arènes pour la transition »). Il serait bien de renverser le régime oligarchique avant d’aller s’enterrer vivant, c’est nécessaire pour partir sur une bonne base. C’est glacial comme approche, brrrr.

  6. Tout le monde, et c’est rien de le dire, n’est pas prêt d’avaler les discours d’un De Schutter ou d’une Klein. Et c’est bien le gros souci de l’environnementalisme anticapitaliste de son concept fondateur des deux Révolutions sinon rien.

    Whatever the upheavals of 2017, environmentalism doesn’t look to be engaging its many existential crises any time soon.

    As Mark Bittman, Michael Pollan, Olivier De Schutter, and Ricardo Salvador insist in Civil Eats, the collective issues of “the good food movement” have simply become all the more high-stakes, and the need for coalition-building among progressives all the greater. “It is not so much confrontational as pragmatic to say that it really is us against the plutocracy and its apologists,” they conclude.

    But is it really a fair—or useful—representation of the world, one with two delineated sides in eternal struggle? And does it actually advance any progressive causes? Nate Johnson broaches this subject in his exit interview with Secretary of Agriculture Tom Vilsack. “There’s a growing divide in the U.S. between farmers and eaters,” Johnson says. “It’s a tough conversation to mediate, because it’s made up of a lot of shouting and very little listening.” As Vilsack tells Johnson, progress will depend on productive, as well as inclusive, dialogues, those that include not just questions of ideals but also “what’s physically and economically possible.”

    There’s no real exiting the world we’ve entered in 2017. If we’re truly looking for pragmatic options, we’re going to need to make our voice not a steady shout, but something more like a constructive conversation.

    http://thebreakthrough.org/index.php/voices/exit-voice-and-loyalty
    Au fait, en passant, ici dans notre « régime socio-technique actuel » de Gaule, les énergies fossiles émettrices de CO2 ne constituent pas exactement « l’essentiel de l’approvisionnement énergétique », moins de 48 % en 2015, pour être aussi exact que le ministère Royal ad hoc.
    http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/fileadmin/documents/Themes/Energies_et_climat/Toutes_energies/Bilan/2015/bilan-energetique-2015-tableaux-bilan.xls

  7. Je ne fais partie des « collapsologues », mais je pense que l’on peut pas exclure l’hypothèse selon laquelle il y aura une sélection de plus en plus intolérante voire brutale: la société pourrait décider de se débarasser des gens jugés « inutiles » pour la marche économique, d’autant plus que cette population augmente sans cesse, dans le monde et en Europe. Comparé au 19e et 20e siécle, la classe moyenne n’a plus la même importance pour la classe dominante pour faire fonctionner le système économique, pour dégager des profits. Ce processessus a déjà commencé en excluant -par exemple – des chômeurs de longue durée, et notamment les « seniors »; la « mort sociale » existe.
    Ceux qui pensent que j’exagère connaissent mal l’histoire. Tout peut arriver, absoluement tout.
    Un autre scénario d’horreur: des affrontements armés. La surpopulation de la planète, ainsi que la mondialisation avec ses effets pervers (concurrence accrue, migrations…) pourraient aboutir à des conflits incisifs.

    1. la mondialisation avec ses effets pervers (concurrence accrue, migrations…)

      … dixit Germanicus, Gaulois pas mécontent de sa vie en Germanie…

  8. L’énoncé est bizarre .

    On parle d’entrée de jeu de « changement socio-technique », ce qui limite ipso facto le champ opératoire .
    On énonce ensuite la combinaison de trois systèmes qui formeraient système à eux trois . Au passage , si les deux premiers ne mangent pas de pain, le troisième mériterait d’être mieux introduit pour être justifié .
    On en tire une batterie d’issues qui ,pour se vouloir exhaustives, sont en fait des démonstrations incluses dans les prémisses .

    Je préfère mon moteur à quatre temps , pour autant qu’il y ait accord sur la définition de l’enveloppe du « système » que l’on étudie .

    1. Dans le texte , l’exemple des girafes et de la longueur de leur cou ,à contre -emploi , contestable et contesté par les évolutionnistes dignes de ce nom , n’est pas de nature à faire prendre au sérieux le modèle avancé .

      1. Merci Juannessy, vous avez probablement raison, ma tentative pédagogique d’analogie avec la girafe est probablement mal calibrée et peut heurter le spécialiste. J’espère néanmoins qu’il paraît malgré tout évident que le modèle théorique de l’évolution reste parfaitement adéquat pour penser notre époque, le risque d’effondrement et la concurrence entre conservatisme délétère et émergence salutaire, qui va déterminer l’issue heureuse ou pas de cette époque.

        Je suis persuadé à un haut degré de conviction que les distinctions génériques entre les 4 scénarios restent correctes pour analyser les possibles futurs.

      2. @Cedric Chevallier :

        Je fais aussi le pari que le modèle théorique de l’évolution/sélection est parfaitement ( ou presque , restons prudent ) adéquat pour penser …n’importe quelle époque .
        Tout en rappelant que l’évolution ne sélectionne que les mutants qui se trouvent adaptés aux conditions d’environnement du moment , et que ce ne sont pas ces dernières qui « poussent » à une mutation .

        Ça rend peu probable le scenario d’adaptation , et ça laisse possible un cinquième scenario d’extinction progressive sans substitution .

  9. Je trouve l’article passionnant, merci à l’auteur. Bien sûr, il nous a appaté par Olivier de Schutter (tiens, il est passé deux fois en Drôme en ce début février, je l’ai manqué) , il nous a enrichi par le modèle socio-technique, il nous a posé un dilemme avec ses scénarios. Il faudra y revenir par d’autres articles.
    (Bien sûr certaines remarques tombent dans le bac à sable où Vigneron n’a pas son pareil comme tueur patenté).
    Quelques remarques. J’aime bien cette analyse socio-technique. J’entends pourtant Boltansky et Thévenot, De la Justification, qui disaient combien la relation Patronat-Syndicats était bâtie selon un MONDE de relations de type féodal-vassal, où nous sommes solidaires à défendre le seigneur/patron tout en profitant de sa protection. Quatre mondes étaient ainsi distingués selon mon souvenir. Donc une discussion à avoir autour du modèle socio-technique, sur cette prégnance de Modes de relation, qui structurent les relations sociales.
    Ensuite, je réagis à cette idée que le droit de vote des femmes est « une innovation de niche ». Il me semble que c’est en fait l’autonomie des femmes qui est une innovation qui perturbe le système dominant et qui s’amplifie avec la tolérance du système qui ne parvient pas à la contrarier. En ce sens, la domination masculine est déjà terrassée, même si la majorité des hommes en ignorent l’alpha autant que l’oméga (et notamment sur ce blog, je l’ai déjà signalé), et que le chemin en sera encore très long. Réjouissons-nous si c’est une société de femmes au pouvoir qui transmettra progressivement le flambeau à une société de robots, dans un scénario de transition progressive optimiste.
    Plus loin, j’ai l’impression que les quatre perspectives selon De Schutter sont un peu escamotées dans la présentation, et mériteraient une meilleure introduction. Nous sommes manifestement entre le scénario 2 (intégration de niches dans un système rebondissant) et le scénario 3 (destructuration négative). Dans l’actualité récente de montée des violences, Trump, mieux que Berlusconi ou Sarkozy, nous amène à nous interroger sur le sens du repli comme conservation des acquis mais aussi comme déni et dérivatif dans un monde qui change selon le contexte technique. Vaste débat, les éléments ne sont pas réunis ici pour en discuter.
    Viennent enfin les scénarios (de Cedric Chevalier ?) et les avantages de l’analyse de Olivier de Schutter. Ce serait trop long d’en discuter déjà. Je suis donc en attente…

    1. Les scénarios initiaux sont bien de De Schutter. Comme je les trouvais insuffisamment différenciés sur le plan conceptuel, j’ai fabriqué moi -même 4 versions objectivement différenciées, avec critères discriminant, de ces scénarios.

  10.  » Il ne suffirait pas de créer « à côté » pour engendrer de la destruction créative (contourner l’obstacle), il faudrait également détruire « ici » pour engendrer de la construction créative (détruire l’obstacle). »
    Bien sûr les deux vont de pair.
    Engendrer du nouveau mieux adapté utilise la destruction créative.
    La destruction créative n’est en fait qu’une transformation, comme les ramures des plantes qui se transforment en humus quand elles ont terminé leur cycle de production.
    La nature part de ses déchets pour évoluer.
    A mes yeux, nous ne sommes pas dans une perspective d’effondrement, nous y sommes depuis 40 ans, mais il me semble être exponentiel, la transformation l’est également.
    Qui va l’emporter, les paris sont ouverts.

  11. C’est dingue comme la simple présence d’axes abscisses/ordonnées semble suffire à donner l’apparence d’une légitimité scientifique à n’importe quel discours, même le plus fumeux.

    Non que celui-ci me paraisse à proprement parlé erroné en première approximation, juste [i]sophistiqué[/i] à souhait. Dans quel but? Là est la question.

      1. Si j’avais voulu personnaliser le message j’aurais écrit « Abysse de la dissonance », mais que Dieu m’en préserve !

      2. Rien de sophistique là dedans. Le dessin ne valait juste pas mieux que le long discours dans ce cas précis. Il m’a en fait beaucoup fait pensé aux schémas du banquier dans l’adaptation par Gérard Mordillat de la pièce de Frédéric Lordon.

  12. Je découvre M. de Schutter avec plaisir mais je n’ai pas encore eu le temps de noter tout ce qu’il souhaite mettre sous le terme agro-écologie. cf GRICE – Olivier De Schutter : L’agroécologie, un nouveau rapport aux écosystèmes
    Entrevue sur : https://www.youtube.com/watch?v=8FfPUaK05DI (le poids des lobbies)
    J’aime son approche : nous héritons d’un « système » – écologique, politique, économique, sociétal,… – et comme beaucoup s’y sont adaptés et construits une niche, il sera difficile de le faire évoluer sans y être obligé. Effectivement l’innovation fait peur, principalement aux administrations et aux politiciens en place qui craignent pour leur « statut » et organisent efficacement un blocage par inertie qui ne craquera qu’au dernier moment.
    Il y a certes de lobbies qui orientent les jeux mais « Le concert des puissants » (Denord & Lagneau-Ymonet) s’appuie au quotidien sur les petites mains qui y avaient enfin trouvé « un statut ».. et qui n’envisagent pas de le perdre. Alors intérêt général et adaptation sont des hypothèses secondaires.

    1. Rien ne vaut par exemple un statut d’éminent stakeholder chez EDF. Aux Mines on sait seulement gré à la CGT pour son éminente place dans la lutte contre la fermeture des Centrales. Lobby ? Quel lobby ?

  13. Il s’agit simplement d’une énième relecture de ce que Marx définissait comme mode de production. On l’appellera donc système socio-technique si cela vous chante. De là nous reprenons l’analyse des SST dominants ou de ceux qui perdent de leur importance sans toutefois disparaître. Les SST émergeants seront identifier dans un espace que nous appellerons niche. Ajouter à cela une typologie des modes de relations qui structurent les relations sociales (toutes les relations sociales? on est vraiment obligé d’en arriver là?) que ne renieraient pas les petits enfants de Raymond Aron et là effectivement nous avons vraiment les pieds dans le bac à sable…
    Quant au schéma je suis aussi d’accord il est tout simplement indigeste.

  14. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement – Et les mots pour le dire arrivent aisément.
    L’Art poétique (1674) de Nicolas Boileau-Despréaux

    Hélas, entre la conception et la mise au point d’une action adaptée, il manque un facteur incontrôlable: le temps … parole, parole, parole.

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