À QUOI PENSENT-ILS QUAND ILS SE REGARDENT DANS UNE GLACE ? par François Leclerc

Billet invité.

Il faut beaucoup de mauvaise foi pour reprocher aux dirigeants européens de rester les bras croisés face à l’exode des réfugiés à la recherche d’un abri qui se poursuit malgré tout. Pour faire suite à la fermeture des frontières, la Commission est en effet passée à l’action. Elle a pris le mal à la racine et la question à bras le corps. Que l’on en juge !

Dimitris Avramopoulos, le commissaire en charge des migrations à Bruxelles, avait été reçu en mai dernier à Pékin par le ministre chinois de la Sécurité publique, Guo Shengkun. « La Chine peut aider l’UE dans sa lutte contre les passeurs de migrants en Méditerranée », a-t-il déclaré à son retour, dûment informé que « les canots pneumatiques utilisés par les réseaux de passeurs en Méditerranée sont fabriqués quelque part en Chine et sont exportés ». Rapportant sur sa mission, il a fait savoir : « j’ai demandé le soutien des autorités chinoises pour repérer ce commerce et le démanteler, car ces produits ne sont pas dans l’intérêt commun, il s’agit d’outils très dangereux mis entre les mains de voyous ».

Et ce n’est pas tout ! Début juin à Berlin, Angela Merkel a réuni de nombreux dirigeants africains et plus d’une centaine d’investisseurs, avec pour objectif « de renforcer la coopération pour un développement économique durable des États africains », dans le but de réduire les migrations. Les nombreux candidats africains au départ auront été certainement sensibles aux bonnes intentions de Christine Lagarde, qui a honoré la rencontre de sa présence et a entendu contribuer, dans un langage simple qui parle au cœur, à « la création de la valeur pour eux et leur famille ». Précision qui mérite d’être soulignée : il ne s’agit pas de financer un programme public d’aide au développement, mais d’attirer les investisseurs privés en leur accordant un soutien politique.

Heureusement, la politique de renforcement de la marine libyenne, afin qu’elle intercepte les réfugiés tant qu’ils sont encore dans les eaux territoriales, commence à porter ses fruits. On n’ose pas dire que ceux-ci sont sauvés, car leur destin est alors de rejoindre des « centres de rétention », un sort peu enviable qui n’est guère plus favorable que de retomber aux mains des passeurs. Les rapports des organisations internationales sur la maltraitance que subissent les réfugiés en Libye sont terrifiants, et il est de la responsabilité des autorités européennes, qui ferment les yeux, de les condamner à la subir. Plus on en apprend des ONG, plus le haut-le-cœur vous prend.

Le plan de « relocalisation » des réfugiés malgré tout parvenus en Europe arrive à échéance mais cela ne va pas donner lieu à des flonflons. Seuls 20.000 réfugiés en ont bénéficié sur un très modeste objectif de 160.000. Aux portes de l’Europe, la Grèce et l’Italie accueillent avec des moyens de fortune les réfugiés par dizaines de milliers. C’est encore un grand succès à mettre à l’actif de la Commission et des gouvernements qui ne tiennent pas leurs engagements. Selon Amnesty International, l’Espagne n’a ainsi accueilli qu’un peu plus de 1.300 réfugiés sur les 17.300 de son quota.

Une dizaine de milliers de manifestants, la maire Manuela Carmena parmi eux, ont hier sauvé l’honneur en réclamant dans les rues de Madrid que soit honoré l’engagement espagnol, avec comme slogan « des ponts, pas des murs ! ».

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