Mark O’Connell, To Be a Machine (II) La mort, une question soluble ?

Ouvert aux commentaires.

Dans son remarquable To Be a Machine, Mark O’Connell se montre-t-il favorable ou hostile au transhumanisme dont il rend compte à partir du contenu de nombreux entretiens et d’expériences partagées avec des militants du mouvement ?

De manière générale, il s’y montre hostile, comme quand il nous fait part de son irritation envers l’un ou l’autre militant qu’il interroge, le taxant de stupidité, ou incriminant un groupe entier, comme quand il évoque « un mirage mégalomane partagé par des programmeurs informatiques et des patrons d’entreprises technos et des geeks égocentriques et misanthropes, pour qui le destin de l’espèce est entre leurs mains : une grotesque eschatologie noire ou blanche où le monde sera damné si le code est maléfique ou connaîtra le salut s’il est au contraire bénéfique… ».

O’Connell manifeste cependant parfois son hostilité à une thèse – ou à un militant en particulier – de manière plus subtile. Comme quand il souligne par petites touches que durant son entretien avec Aubrey de Grey (l’homme qui lança le fameux « L’un d’entre vous vivra certainement mille ans ! »), son interlocuteur se lève à plusieurs reprises en proie à l’anxiété pour aller commander une bière de plus au comptoir : « le petit déjeuner venait tout juste de s’achever et Aubrey chassait par son souffle la mousse à la surface de ce qui n’était peut-être pas sa première pinte de la journée » ou bien : « plissant les yeux par-dessus le rebord de sa pinte ».

Ceci dit, O’Connell s’astreint à l’objectivité en présentant le pour et le contre sur chaque thèse en particulier. Mieux encore, il n’hésite pas à relever les moments où il se sent troublé ou pris à contre-pied par la validité de l’argumentation d’un interviewé dont il désapprouve pourtant la position globale. Il écrit dans ce sens : « Leur rhétorique est à ce point convaincante qu’elle vous force à défendre une position dont vous n’êtes cependant pas sûr que ce soit bien la vôtre ».

Ainsi il s’avoue désarçonné quand de Grey lui rétorque que « la mort nous retient captifs, elle nous tourmente, et la manière dont nous nous en accommodons s’apparente au syndrome de Stockholm ».

Nous en serions venus à aimer ceux qui nous avaient pris en otages, comme une stratégie de survie et non parce qu’ils étaient aimables d’une quelconque manière. Et, autrement dit, il en serait aussi ainsi de la mort : si nous lui découvrons de bons côtés, comme « donner un sens à la vie », etc. c’est parce que dans le cas contraire, nous désespérerions. Mais nous trahissons ainsi que nous sommes la proie du syndrome de Stockholm : nous avons succombé à « une idéologie ‘mortaliste’ – la nécessité de nous protéger contre la terreur de la mort en tentant de nous convaincre que notre mort à venir n’est pas l’horreur qu’elle est en réalité ».

Aubrey de Grey – immortaliste

Et, alors qu’est sur le point de s’achever son périple à bord de l’Immortality Bus, O’Connell est forcé d’admettre la profondeur de son ambivalence personnelle envers le projet transhumaniste : « Il m’apparaissait sans plausibilité aucune que tout ceci cesse un jour de m’être accessible, que je mourrais un jour et ne respirerais plus jamais l’air autour de moi – que je n’entendrais plus ces sonorités : les grillons, le bruit du trafic, ces mots prononcés […] Il me semblait ridicule d’imaginer qu’il n’y avait que ceci et qu’il n’y aurait rien d’autre : une seule fois seulement, et ensuite, plus jamais ».

Et au cas où l’on douterait encore de l’ambivalence de O’Connell vis-à-vis du projet transhumaniste : une anecdote qu’il rapporte en laissant entendre que tous les parents d’enfants en bas âge agiraient de même – ce dont, par expérience, je suis très loin d’être personnellement convaincu.

Un jour où le petit garçon de l’auteur, âgé de trois ans, quitta le trottoir sans crier gare, ses parents le réprimandèrent : les voitures, c’est très dangereux ! S’il se faisait renverser, ce serait terminé : kaput ! finito ! C’est ainsi que O’Connell Jr. découvrit le concept de la mort.

Lorsque le chien des cousins mourut de vieillesse, les O’Connell sautèrent sur l’occasion pour enfoncer le clou des bagnoles tueuses : « Tu vois ! Wouffy s’est précipité sur la rue sans faire attention et boum ! Wouffy kaput ! ».

Pour l’arrière-grand-mère, il fallut quand même invoquer un autre scénario possible, à savoir la triste vérité : que l’on peut devenir vieux et finir par mourir de vieillesse.

Le petit, fine mouche, n’eut aucune peine à généraliser aux cas de Maman et Papa. Et là, la splendide explication de la mort par simple écoulement du temps tomba sur un os : « Il ne voulait pas que nous devenions vieux, vraiment très vieux et mourions. Même pas en toute fin de compte. Même pas dans très très longtemps ».

Alors la Maman O’Connell, « ayant le sentiment qu’il fallait le protéger de cette prise de conscience terrible de la manière dont sont véritablement les choses, lui dit qu’au moment où il aurait l’âge qu’ont Maman et Papa maintenant, il est bien possible que la mort n’existe plus, et qu’alors il n’aurait plus du tout à se faire du souci. Il était question après tout d’un avenir très lointain, et qui peut savoir ce qui se passerait d’ici-là ? Parce qu’il y a des tas de Monsieurs et de Madames très malins qui travaillent très dur là-dessus, sur ce problème de la mort, et qui parviendront peut-être à en trouver la solution ».

Et O’Connell, un opposant pourtant résolu selon lui du projet transhumaniste de l’immortalité pour tous, de se pardonner à sa femme et à lui leur couardise vis-à-vis du petit : « L’option du Ciel nous faisait défaut, mais ceci nous apparut comme le substitut ad hoc. Pas aussi solide que le Ciel bien sûr, pas aussi évocateur, mais une soupape néanmoins aux intimidations psychiques de la mortalité. Et selon les apparences, cela marchait. Le problème de la mort avait été résolu, tout au moins dans notre maison, tout au moins dans l’immédiat ».

(à suivre …)

Partager

74 réflexions au sujet de « Mark O’Connell, To Be a Machine (II) La mort, une question soluble ? »

  1. À défaut d’un autre mot, il faudrait mettre des guillemets à immortalité vu que, bien avant que le soleil ne s’éteigne, la mort par accident semble inévitable.

    Avant cette fin aussi imprévisible que certaine, la peur de l’accident rendrait l’existence « invivable » à cause du nombre infini de précautions à prendre?

    (L’insistance mise de plus en plus sur les questions de sécurité me semble liée au fait qu’en moyenne nous parvenons à vivre plus longtemps que nos ancêtres.)

      1. On raconte même que d’ici 1 milliard d’années au moins il n’y aura plus d’eau. Faire le deuil de l’espèce c’est plus dur que de faire le sien , c’est cependant inéluctable.
        Essayer d’atteindre la véritable paix avant de disparaître, voilà mon souhait.

      1. Sous son propre poids j’en doute ( Vigneron corrigera),mais je rajouterai le gel , la sécheresse, les insectes ,la pollution , les champignons , les virus …

        Au passage, un arbre mort est en fait transmetteur de vie en participant de la nourriture et équilibre écologique des environs , ce qui n’est pas forcément notre cas si on se fait cramer.

      2. [P. J. : Commentaire de 2Casa qui m’a été transmis par lui pour que je le publie avec les liens (option qui m’est offerte dans l’éditeur)].

        Salut Juan,

        Ce n’est qu’avec quelques jours de retard que je me décide à réagir à votre commentaire afin de souligner la force avec laquelle la justesse de vos propos m’a frappée. C’est même, en ce moment, et compte tenu des circonstances, le seul qui fasse sens pour moi.

        Loin de moi l’idée de vouloir comparer nos situations, je vous lis toujours avec le plus grand intérêt et je sais ce que vous avez à peine évoqué sur ce blog. Je sais le courage et la dignité avec lesquels vous revenez ici nous faire part de votre riche expérience et de vos enseignements sur la vie. Je n’ai pas votre force de caractère, je suis au mieux un pouët à mes heures, vous êtes un sage, vous êtes dans l’épreuve d’une tranquillité qui m’est bien étrangère, quand je geins sans vergogne pour que dalle, vous êtes dans la distance du raisonnement quand je me complais dans l’émotion, surtout si elle est triste. C’est elle qui, conformément aux paroles de M. Jorion, tape sur ce clavier ce soir pour dicter à ma page les mots qui viennent tout seuls et pour la première fois depuis longtemps. Je cherche le puits de potentiel !

        Voilà quinze jours que je suis sorti de l’hosto. Je rentre à deux heures du mat’ d’une de ces ballades nocturnes le long de la grève qui, par je ne sais quelle grâce, jusqu’à la première suée, dissipent cette douleur dont vous parlez. Douleur qui me tient depuis fin juin, douleur qui a bien failli avoir ma peau ce vendredi soir de juin quand elle m’a explosée la tête.

        Une semaine de soins intensifs, la dévotion des équipes médicales, dans un hosto à bout de souffle où j’ai retrouvé les joies de l’attente que je n’avais connues qu’à l’armée, puis une bonne demie palette de médocs et le soin d’une bande de potes fidèles, d’une amie loyale malgré moi, et de ma sœur presque jusqu’alors perdue de vue, m’ont ramenés chez moi. J’ai retrouvé mes chats, fidèles et déconcertés par une absence si longue à laquelle je ne les avais pas habitués. J’ai retrouvé la mer et les paysages magiques de la Bretagne. J’ai retrouvé la douleur, fidèle, elle aussi, qui m’empêche de dormir et de tenir en positon plus de deux heures me poussant à une activité dont je ne suis pas coutumier, loin de là. Cossard de compét‘, glandeur de stature internationale, me voilà tracté par l’émotion suscitée par votre commentaire à noircir cette page et à oser après pas loin de dix ans étaler mon pathos sur ce blog. Loin des blagounettes pas forcément drôles et avec cette musique populaire qui me tient debout de puis si longtemps, par tous les temps.

        Cette douleur qui nous fait nous tordre dans un lit étranger, douleur qui ne vous lâche pas malgré la morphine injectée en continu par des seringues grosses comme des pompes à vélo, douleur qui vous fait pousser votre journée de trois heures en trois heures dans l’attente misérable du prochain comprimé, de la prochaine ampoule, du sommeil qui fuit pour vous laisser avec des hallus dignes d’un trip sous LSD ou d’un poster psychédélique des années 70. (article jorion affiche ou pochette de disque). Douleur qui, jusqu’à aujourd’hui et l’opium ne me laissait dormir au mieux que deux heures d’affilée et deux sessions par nuit. Pourtant ce matin, j’ai dormi d’un sommeil de plomb. Je suis reposé, et ce soir après ma ballade, les mots viennent tout seul pour répondre à votre post. J’en fais des caisses encore, face à votre sobriété, mais c’est là ma façon d’être, c’est peut-être cela être « littéraire », ego hypertrophié et complaisance à l’égard de soi-même. Ou juste le plaisir des mots après ces trois semaines de galère.

        Trois petite semaines seulement, je sais Juan, mais elles ont eu le goût de l’éternité !

        Je vais bien, j’ai eu du bol, je m’en sors avec une veine de pendu et les autres tellement pleines de trous à force de perf’ que je ne sens plus mes avant-bras. Une fois, pas deux, m’a-ton dit, sinon y’en aura probablement pas de troisième. Ou alors je ne m’en rendrai pas compte au mieux, ou je finirai dans un fauteuil, diminué à tel point que je me demande si la vie, qui m’est déjà si étrangère en temps normal, vaudra encore la peine d’être vécue. De quoi relativiser mes petites galères matérielles habituelles, affronter avec sérénité la double peine de celui qu’est tributaire d’un flux, parce que quand on fait le choix comme moi de travailler le moins possible, on ne constitue pas de stock ou si peu, et qu’après l’amputation d’une bonne part de mon maigre revenu, je crois bien qu’on me sucrera la prime d’activité. Six mois de galère en perspective mais je m’en fous. Je loue notre système de santé, je loue les bribes de notre état providence qui font de moi ce privilégié qui peut ses soucier de son bien-être moral et de sa mécanique intellectuelle et pas de trouver à manger au jour le jour dans « le chantage permanent à nos conditions matérielles de susbistance » (merci Frédéric Lordon).

        J’ai bien failli le trouver l’interrupteur, en attendant ! Est-ce que je le regrette ? Même là, plus proche que jamais de ce que j’ai parfois désiré avec tant d’ardeur – je t’entends vigneron, mes nuits d’insomnie ne t’ont pas attendues ! – une éventuelle disparition reste extrêmement abstraite. Comment penser l’après ? Comment penser le rien ? Seule consolation, j’ai eu la sagesse de ne lier personne dans une dépendance à mon incompétence à gérer ma situation matérielle. Pas de petit bout que je laisserais là. Tous les instincts ne se valent pas semble-t-il, et si celui de survie m’a habité pendant que je traînais sur mon lit d’hôpital celui de reproduction ne m’aura pas poussé à ajouter de la misère à la misère du monde.

        Tout cela doit vous paraître bien grandiloquent, des mots, des mots, des mots encore des mots ! Mais le plaisir que je prends cette nuit à les tracer est le signe que je suis bien vivant et c’est avec vous que je voulais les partager. Pour vous remercier aussi, de tous vos commentaires, de toute cette sagesse que la vie, pleinement vécue et avec le recul nécessaire dont vous faîtes preuve, vous a enseignée et que vous partagez à l’image de votre devise, avec générosité et quelle que soit l’adversité que vous affrontez. Alors merci Juan, pour tout ça. Pour avoir su trouver les mots déchaînant en moi ce torrent d’émotion qui circule sur cette page et me remettre à écrire.

        Qu’importent les fâcheux, les crypto fachos de la monnaie, les clowns vaniteux de quelque couleur qu’ils soient, les accapareurs avides et les psychopathes – au mieux – qui dirigent les multinationales, qu’importent les marchands et les petits bourgeois plus soucieux de pognon et d’ostentation que de justice sociale, qu’importe vigneron et sa haine morbide étalée au grand jour depuis quelques temps – tu nous avait habitué à mieux mon petit pote ! Je vois chez toi depuis quelque temps un parfait résumé de notre humanité : tant d’intelligence, tant d’érudition, tant de talent pour au final n’être qu’un parfait… connard ! – Je trouve chez Ruffin, Autain, et même Mélenchon, dans les vidéos de la luciole mélenchanté de nouvelles raisons d’espérer, enfin des paroles vraies et je suis content d’être là. Simplement. Une ballade, un chat sur les genoux, l’ordi qui scintille devant les yeux qui manquent de sommeil prêt à affronter la dissolution des passions coupables qui m’ont habitées jusqu’à il y a trois semaines – la société a fait de moi au mieux un délinquant, au pire un criminel. On poursuit bien ce qu’on veut et l’évasion fiscale mériterait bien quelques bataillons supplémentaires de contrôleurs au lieu d’emmerder les jeunes des banlieues et leur fumette ! Même si elle a bien failli avoir ma peau… – et le vide laissé depuis lors. Je suis content que des gens défendent ces idées généreuses et se battent contre la société que Macron nous bâtit avec ses potes de la Banque et de la presse, du pognon et de l’avidité, contre Schaüble et la droite allemande, contre le néo-libéralisme et l’individualisme méthodologique, contre le chacun pour soi et le tout pour ma gueule.

        Et merci Juan d’être avec nous quelles que soient nos divergences d’opinions parfois, merci pour vos leçons, merci pour votre simplicité et votre complexité, merci pour votre profondeur et la gentillesse qui déborde chacun de vos commentaires.

        Aujourd’hui, je crois, je suis prêt à affronter le premier jour des restes de ma vie.

        2Casa

      3. Salut 2 Casa :

        Merci de votre confiance ,celle que vous m’accordez ( en m’idéalisant sans doute ), et surtout celle que vous retrouvez en vous et qui ne vous quittera plus. Quand les faux barrages cèdent , et que l’émotion trouve les mots, on ne peut revenir aux vieilles lunes .

        Je ne vous suivrai pas sur votre condamnation de Vigneron . Si j’avais la sagacité que vous me donnez , je dirais qu’il n’est pas vraiment celui qu’il veut paraître par le sarcasme et l’ironie, son arme favorite ( elles ont longtemps été les miennes) pour « démontrer » à ses interlocuteurs la fréquente pertinence et subtilité humaine de ses vérités . Il ne devient « connard » que lorsqu’il ne pige pas à temps le point où il va trop loin , et où il blesse son interlocuteur, et qui le rend inaudible et rejeté . C’est sans doute ce point de rupture qui l’attire, et ,comme vous ,peut être le trouvera-t-il un jour en lui pour le rendre encore meilleur qu’il n’est déjà , en lâchant les « vannes » plutôt que des vannes .

        Bon vent !

      4. @Juannessy dit :
        19 juillet 2017 à 10 h 43 min

        « encore meilleur qu’il n’est déjà »

        Oui ! Je suis entièrement d accord, Vigneron est bien au-dessus de cela ! Merci à vous Juan .

      5. Salut Gudule,

        Il me semble avoir insisté au départ sur ses étonnantes capacités au vigneron : intelligence, érudition, véritable talent littéraire, on pourrait ajouter son humour ravageur, l’extension de ses domaines de compétences, etc ( A part chez M. Jorion vous voyez ça chez qui, vous ?!). Ce que chacun peut constater depuis le début de ses interventions sur le blog, le rôle éminent qu’il y joue et la valeur ajoutée qu’il y apporte par ses debunkages permanents et les éléments ou analyses qu’il fournit.

        Toutefois je trouve son acharnement sur Mélenchon, personnalité « clivante » pour reprendre un terme à la mode, un tantinet exagérée. De même pour les Pinçon-Charlot par exemple. Mettre à jour certaines accointances douteuses pourquoi pas ? Interroger sur le projet européen dudit Mélenchon, why not ? Ou encore son parcours, sa volonté de démolition du PS ( au moins ces élections auront-elles eu le mérite de débusquer les faux-nez de centre droit qui y avaient fait leur nid depuis 20 piges ! Dommage d’ailleurs pour le soldat Hamon…).

        Mais le plaisir malsain qu’il y prend ? « Morbide », un rien, nan ? Bref, je ne trouve pas ça à son niveau, quoi.

        Je ne suis pas insoumis. D’ailleurs je n’ai voté qu’une fois dans ma vie en 2012 et ce n’était pas pour faire élire quelqu’un mais pour en sortir un autre !

        N’empêche, à l’écoute des dernières interventions parlementaires, je ne peux m’empêcher de trouver leur discours extrêmement proche – enfin ! – des idées et valeurs qui m’animent et franchement en ces temps de novlangue perpétuelle et de flou savamment entretenu, ça fait du bien.

        Et puis je fais confiance à Ruffin.

      6. Heidegger et Céline par exemple aussi étaient érudits, savants et d’un talent littéraire certain. So what ?

      7. Bien vu CloClo, au moins la comparaison avec Céline ne devrait pas lui déplaire. Et Morand et Drieu et… D’où le canard et le talent ! ‘Quelle âme Arthur est sans défaut ?’ J’avais une enseignante de littérature contemporaine qui trouvait dommage l’omerta sur ces auteurs et encourageait les mémoires sur eux. Elle ne semblait pas plus marquée politiquement que cela.

        Mais bon je vais arrêter de parler de vigneron en son absence, ça va être la dégelée au retour et je ne me vois pas encourir ses foudres plus que cela. D’ailleurs il est où ? Banni encore ou il rererereboude ? Et puis c’est pas le sujet de la file. J’avais juste envie, par la bande, de lui signifier que sa vindicte semblait personnelle tellement c’était virulent et mesquin. Presque autant que le ramping devant Science Po ! Et bim 😉

        Sur ce, la mort avant l’heure… Je l’entends qui vient !

  2. Amusant: ce remplacement de la vie après la mort (le Ciel dans l’anecdote citée) par l’option transhumaniste est assez révélateur: une illusion perdue, il faut vite en inventer une nouvelle pour atténuer la peur de l’inéluctable néant. J’ai toujours pensé comme GL que la survie dans l’hypothèse transhumaniste serait tellement conditionnée par des précautions invraisemblables que cela ne pourrait déboucher que sur une insupportable anxiété névrotique qui rendrait la mort… désirable.

    1. Le truc dont la religion n’a pu nous convaincre qu’à moitié : que nous serons immortels plus tard – une fois morts, la science va nous l’offrir – affirment les transhumanistes – pour de vrai.

  3. Pour moi, le transhumanisme a toujours été l’exagération de l’individualisme ambiant…
    la mort a bel et bien une fonction dans le sens ou l’espèce doit évoluer et le nombre ne peut pas grandir à l’infini.
    Si, pour l’individu, la mort est un problème, elle est plutôt une solution dans le cas de l’espèce entière (pour éviter le coté « lemmings »).
    Donc mon point de vue sur la question du transhumanisme est que ce n’est qu’un symptome de l’époque actuelle (individualiste et megalomane) où l’homme se prend pour dieu.
    Bien entendu, je peux me tromper…

    1. Qu’y voir d’autre que d’énièmes arguments mercantiles, routines néo libérales post calvinistes, qu’on ne peut s’empêcher de nommer ici « continuité du colonialisme anglo-saxon. » Peut-être le moindre mal, je ne sais.

      Ainsi formulé par Mark O’Connell

      « Il m’apparut que le transhumanisme était l’expression de l’envie profonde qu’a l’homme de transcender toute cette confusion de désirs, d’impuissances et de maladies du corps, en se réfugiant dans l’ombre de sa propre dégradation. Ce désir avait toujours été du domaine de la religion et il devenait maintenant le terrain de plus en plus fertile de la technologie. »

    2. @ Nicolas I.

      Oui : la mort des individus, stratégie de survie pour l’espèce, réel souci pour … les individus.

      Réponse des transhumanistes : l’espèce peut survivre autrement que par la fuite en avant.

      1. Oui il existe effectivement d’autre chemin possible mais (ce n’est qu’une intuition) tous les autres nous lancent dans une course a la complexité que rien ne dit que nous gagnerons ! Et en grand amateur de science-fiction sous toutes ses formes… je n’ai jamais eu l’impression que se transformer en robot était preferable a notre condition actuelle… ca nous ferais disparaitre un peu moins vite c’est tout 🙂

  4. La relation avec la mort était, dans un passé (ou un présent, ailleurs…) pas si lointain, écrasante : chacun savait qu’il pouvait perdre un enfant, un conjoint, ou un ami très proche, du jour au lendemain, au sens propre, ou disparaître lui-même tout aussi vite.

    Cette extrême précarité de la vie, et donc la conscience très aiguë du fait d’être mortel, sous-tendaient de fait toute décision humaine, tout engagement, toute relation, toute société aussi. Elles conditionnaient de façon essentielle la morale d’action de chacun.

    Il y a très peu de générations (2 ou 3, sans doute), personne ne pouvait éviter, dans le cours de sa vie, d’avoir à prendre, au moins une fois, au moins une décision qui engage directement sa vie même (ou celle de ses proches).

    Aujourd’hui (je veux dire : ici en Europe, et pour l’instant…), c’est pratiquement l’inverse : très peu de gens auront été exposés, de fait, à cette situation de responsabilité vitale, dans le cours de toute une vie.

    Ceci résulte bien sûr d’une amélioration continue de la sécurité générale, qui est corrélée au progrès humain.

    Mais nous ne voyons pas assez qu’une corrélation inverse l’accompagne : celle de la dignité de la condition de mortel. Celle qui fait que lorsque nous lisons les moralistes de l’antiquité, nous ne pouvons plus très bien comprendre de quoi ils parlent…

    Renoncer à la mort (!), c’est inévitablement renoncer à une part prépondérante de notre héritage humain.

    1. Analyse très juste.
      Je pense cependant qu’il reste une mémoire des temps pas si anciens, de cette mort « quotidienne ». Et que ce qui fait tenir le capitalisme c’est encore l’illusion qu’il est inexorablement indissociable du progrès de l’amélioration des conditions de vie et de la baisse des taux de mortalité et de morbidité.

    2. Nous avons en effet une espérance raisonnable, pour nous-même et pour nos proches, de mourir de vieillesse.

      Mais les transhumanistes nous rétorquent : la vieillesse est une maladie comme une autre, pourquoi lui accorder une bienveillance particulière ?

      1. Déjà répondu !

        Parce que la vieillesse ne m’inquiète pas, ni la mort .

        C’est la souffrance qui me chatouille (Champ libre à toutes les innovations pour me soulager de ça ).

        Autant que de ne pas mourir .

      2. Car vous l’avez dit, il y a des gens raisonnables, nous, attaché à notre humanité, la vieillesse est belle, Elle est inscrite en tout, J’aimerais arriver très vieux quitte à ne regarder d’un cathéter tant pis ma fenêtre est ouverte. quelqu’un de malade est beau, surtout si on le soigne, si il n’est plus malade ce n’est plus un homme.
        Les transhumanistes ne nous aime pas, comme votre maître anthropologue, ( enfin sûrement différemment… )
        mais moi j’ai envie de nous aimer.
        Le peu qu’il y a à aimer je veux l aimer fort.
        Les pisse-froid non merci.
        Leur existences les a rendu comme ça, la mienne , autrement.
        C’est encore une question de choix ?
        alors tant mieux

    3. Très bonne analyse M Peltier . Je pense à la mort depuis tout enfant , mais pas de manière morbide , comme une condition essentielle de la vie , et en fait aujourd’hui je devrais déjà être mort 2 fois , les 2 fois sauvé par la technologie médicale moderne , et je n’arrive pas à prendre cela comme allant de soi, comme quelque chose à laquelle j’ai droit et hop on passe à autre chose , je n’arrête pas de penser aux générations antérieures, celles que j’ai connues physiquement et celles que j’ai connues dans les livres d’histoire, et quand je demande à mon toubib ce qui se passait  » avant  » , avant qu’on ait ces molécules , il me dit que ça allait très mal , vraiment très mal , et que la mort n’était pas plaisante . Je sors de chez lui et me demande comme quand j’étais gosse quelle est ma place dans l’ordre des choses , et si je me rends bien compte que je suis un survivant . Je suis reconnaissant d’être né dans une démocratie ouest-européenne après les horreurs de la 2ème guerre que j’ai eu le bonheur de ne pas connaître, dans un système état providence qui a bien pris soin de moi , et comme je crois à la réincarnation ( je laisse bien volontiers les transhumanistes à leur rêve fumeux d’immortalité physique ) je me demande si par hasard je vais pas renaître dans un taudis du quart-monde à côté d’une décharge que j’irai piller dès l’âge de 4 ans pour pouvoir survivre , et qu’est-ce que j’aurai fait dans cette vie pour éviter ça

  5. Cette histoire de la quête de l’immortalité, me rappelle une émission de Frédéric Taddei dans laquelle le thème était la disparition du travail. Frédéric demanda à Paul Jorion, un des invités de l’émission, ce qu’il en pensait et Paul expliqua calmement que la disparition du travail était quelque chose voulu par l’homme depuis la nuit des temps. Le plateau resta silencieux devant cette évidence….C’est la même chose pour l’immortalité, l’homme l’a toujours voulu. Il cherche par tous les moyens à se rajouter un peu de rabe, quelques tours de manège supplémentaire (en forme bien entendu). On le sait tous, c’est difficile d’imaginer qu’on ne se sentira plus la douceur de l’eau tiède d’un océan en fin d’été, que l’on ne pourra plus s’émerveiller devant un coucher du soleil flamboyant, apprécier une crème au caramel qui nous rappellerai notre enfance….que de beauté sur cette planète nous devrions laisser!!!!!!!!!!!!!!!Fasse à ce cruel destin, les hommes notamment riches donc jouissant de tous les plaisirs terrestres, devraient se résigner à mourir gentiment en silence????
    Vous l’aurez compris, pour moi, le transhumanisme, la transplantation du cerveau comme dans « Ghost in the shell », etc, etc, sont des techniques qui vont être étudiés et testés….Certains trouveront cela horrible peut être parce qu’eux même ne pourront pas en bénéficier et ils voient à juste titre le monde injuste vers lequel on se dirige, un monde séparé entre des pauvres mortels et des riches « demi-dieu immortel »….Les complotistes vous diront que c’est planifié tout çà….Je sais pas…peut être…En tout cas, on s’y dirige!

    1. « Un peu de rab ? » demande l’homme. C’est la nature humaine. Mais que deviendra celle-ci, quand l’homme, devenu immortel recevra à satiété tout le rab dont il avait rêvé quand il était mortel ?

      1. Effectivement, c’est une question intéressante. Imaginons un monde où l’homme devient immortel ou même il est possible de conserver en lieu sûr sa conscience, mise à jour régulièrement, au cas où son corps soit définitivement endommagé et qu’il soit nécessaire de le remplacer. Imaginons ce monde où l’homme reste à un âge fixe, prenons entre 25 et 30 ans. Vous vivez comme cela des centaines et des centaines d’années. Bien entendu, des hommes disposant d’une telle technologie auront aussi fait des progrès pour sortir de Terre et pourront faire des voyages interstellaires, ce n’est pas insensé que de l’imaginer. Alors, le problème il est là. Après avoir vu des milliers de planètes, respirer autant d’atmosphères différentes, goûter à toutes sortes de fruits et sentir des parfums aussi étranges de plantes extraterrestres d’où viendrait alors cette force qui nous pousse à comprendre l’univers si nous n’avons plus rien à découvrir et à aimer tout simplement? La question , est ce une vie que d’être Dieu? Est ce que annihiler la mort ce n’est pas aussi ôter le sens de la vie? Il est clair que nous sommes programmé génétiquement pour mourir afin de permettre l’évolution de l’espèce . Un début de réponse à ce problème, serait d’imaginer que ces hommes du futur auront aussi les moyens de modifier leur psychologie naturelle. En fait, je pense que si il est possible de modifier le corps alors il le sera tout autant pour l’esprit.
        Après, il y a quelque chose qui nous échappe encore mais c’est notre rapport au temps et à l’espace. Avez vous vu le film « Arrival »? Il parle de ces problématiques d’espace-temps comme « Interstellar » d’ailleurs ou bien « 2001 l’odyssée de l’espace ». Je pense qu’on réfléchit trop à partir de nos sens alors que la physique moderne depuis l’avènement de la mécanique quantique, nous a permis d’entrevoir un monde qui défi notre entendement. L’élasticité du temps, le principe d’incertitude d’Heisenberg sont autant de phénomène que notre seul « bon sens » ne peut plus appréhender. Donc oui, » rajouter du rab aux hommes » cela peut être un problème du point de vu de nos connaissances actuelles mais demain ces dernières ne seront elles pas suffisante pour le dépasser?

      2. Il aura trouvé… l’enfer éternel.

        Je pense que les candidats à cette immortalité devraient signer un fois pour toute que ce serait un engagement sans retour possible, quoi qu’il arrive…
        Pas de fuite possible, ça pourrait, peut-être, faire réfléchir ?

  6. To be or not to be , or to die or not to die,what is the question?

    La « question » ( qui a pris un tour bizarre au moyen âge), c’est la quête, la recherche.

    Et c’est la recherche qui nous fait « homme », la « solution » qui nous fait matière ….ou transhumains ( trans plus du tout humains).

    1. La mort est donc soluble comme il a été dit du café dans un billet précédent: il faut mouliner son café soi même , c’est comme ça que le café est le meilleur .

      Mais c’est parfois douloureux , et je me souviens qu’en me livrant à cet exercice pour le bien de toute la famille quand j’étais minot , assis sur une chaise et le Peugeot serré entre les genoux , qu’est ce que j’ai pu me pincer la peau des cuisses !

      1. Moi aussi c’était un Peugeot et moi aussi je me coinçait la peau entre la chaise et le socle du moulin …mais la compensation était de profiter à fond de l’odeur du café moulu.

      2. Je confirme, le moulin pince grave les cuisses et en plus on en met de partout. Vraiment, ça m’amusait bien quand je m’en servais, à l’occasion, chez feu ma tite mamie. Mes « madeleines », le Forez, le Velay, le Lyonnais aussi, les odeurs, du bois, de l’herbe, de l’air, de l’eau, des pierres etc…les sangliers, les mains dans la terre, le café. Je me suis pris des fous rires toute seule avec ce drôle « d’insecte » à tiroir. Et le café : quel goût, quel délice…

  7. Le transhumanisme est un fantasme individualiste, éventuellement généré par l’angoisse de la mort voire autant que par l’abus de bière ou d’autre substances psychoactives.
    L’idée de paradis « aprés » me semble encore préférable.

    La mort, il y en a tellement de niveaux différents (familial, social, culturel).
    Pour se rapprocher du cas évoqué par O’Connel.
    La mort de l’enfant dévoile à son parent l’absence d’un sens de la vie « ab initio », individuel ou collectif. Il acceptera éventuellement celle ci par un travail de deuil, aidé par d’autre fables comme la religion peut en fournir. Mais qui ont l’avantage d’un rite et d’une construction partagée.

    La réponse faite à l’enfant me semble vraiment illustrer cet évitement de l’éducation par certains parent. C’est pour moi une très mauvaise réponse, notamment dans le contexte évoqué par O Connel (il n’y a pas de trauma dans l’histoire familiale, mais c’est le chien du voisin qui est mort).
    Il faut préparer les enfants (les futurs adultes) autant que possible à ce qu’est la mort. Avec des mots adaptés pour l’enfant. Donc non, « tous les parents d’enfants en bas âge n’agissent pas de même.

    1. Je crois aussi , sans être psychanalyste des enfants , que les attitudes et interrogations devant « la mort » sont plus variables et complexes qu’on le résume trop vite .

      J’ai souvent remarqué que l’analyse et le ressenti des enfants sont moins affolés que ceux des adultes pourvu qu’on ne réponde pas par des faux fuyants ou des constructions littéralement incroyables. Il n’est pas interdit de dire qu’on ne sait pas et qu’on a de la peine. C’est bien sur un crève cœur quand le décédé est un parent immédiat de l’enfant .

      J’ai souvent été estomaqué par la lucidité presque froide et sereine d’enfants malades que l’on savait et qui se savaient
       » condamnés » .Ce sont parfois eux qui consolent par avance leurs parents ( exemple en tête d’un gamine de 13 ans morte d’une tumeur au cerveau) .

      Je sais par contre intimement , comme Aliocha Karamazov , qu’on n’explique pas la mort d’un enfant, la seule fois où j’ai mis genou en terre , la seule empreinte qui ne disparaît pas avant que tout s’efface .

      1. Je n’ai pas lu les frères Karamazov mais j’essayerais de me rattraper.
        La relation parent enfant est magnifiquement rendue dans la tragédie d’anticipation « La route »de Cormac Mac-Carthy.

      2. Chez Dostoïevski il ne s’agit pas de rapport père -fils , de transmission ,quand Aliocha se révolte contre l’injustice de la mort d’un enfant . Par contre la spiritualité ( le
         » flambeau » humain chez Cormac Mac-Carthy ) est en jeu.

        C’est sans doute Albert Camus et l’Absurde qui peut faire le lien entre ces deux écrivains.

        Mais on sera pas étonné de le citer quand on parle d’humanisme .

      3. Mon souvenir d’enfant à propos des bombardements n’est pas du tout d’avoir eu peur mais d’avoir été surpris par le comportement très inhabituel des adultes (du genre descendre à la cave et réciter des prières à haute voix, être transporté dans un landau alors que je n’en avait plus l’age.) La peur est venue longtemps après, sous la forme de cauchemars!

        D’après wikipedia en anglais avoir peur est quelque chose qui s’apprend (« People develop specific fears as a result of learning. » https://en.wikipedia.org/wiki/Fear#Causes ), ce qui me semble assez évident en ce qui concerne la peur de mourir.

      4. @Lucas

        Lu et approuvé.

        « Il faudrait comprendre, si elle existe, l’immortalité provient de la présence, celle de maintenant.
        Lorsqu’un trou noir s’efface le temps n’existe plus.
        Tremblez heureux mortels »

    2. parfois je pense que tout ce désir d’immortalité ne peut venir que de petits esprits étroits, superficiels et égocentriques , en rébellion totale contre ce que je considère être un tout organique et spirituel supérieur à ses composants, comme en fait des cellules cancéreuses en rupture de ban qui décident de proliférer jusqu’à détruire l’organisme qui les abrite

      1. « contre ce que je considère être un tout organique et spirituel supérieur à ses composants, »

        Vous êtes pantheïste ?

      2. « Yep, les enfants font de bons soldats. »

        Effectivement vrai, dans ce cas, c’est hélas le monde à l’envers : aux adultes de protéger les enfants et non l’inverse !

  8. Ce que j’ai pu remarquer, c’est que la plupart des sujets qui craignent et mettent la mort à distance, font de même avec la vie, sans s’en apercevoir.
    Il va de soi que les deux sont intriqués mais l’Occident a énormément de retard sur cette question.
    Et comme on le sait les multiples et grandes avancées sur bien des choses marquent aussi le revers de grandes carences sur d’autres. Pour les civilisations comme les sujets.
    Il faudrait comprendre, si elle existe, l’immortalité provient de la présence, celle de maintenant.
    Lorsqu’un trou noir s’efface le temps n’existe plus.
    Tremblez heureux mortels.

    1. Petite remarque en passant….notre pensée est purement occidentale..
      . » La nature entière nait et meurt à chaque instant, chaque instant est un instant de plénitude. » (1242- Dogen)..
      …autre façon de voir…ailleurs…pourtant aussi taraudé  » par le désir ou le besoin » que « ça dure »….encore un peu ….ça me laisse rêveur….
      Par nécessité…de faire de la place à d’autres……Mais il nous est impossible de penser le …rien….

      1. François Berger : « Le transhumanisme est un charlatanisme dangereux »

        « Prônant un positionnement ferme des scientifiques contre cette idéologie, le neuro-oncologue François Berger appelle à encadrer les innovations majeures dont les patients ont besoin. »

        Les patients ont-ils tant besoin d’innovations technologiques ?

        « En consultation, dans 95 % des cas, je rencontre des patients atteints de glioblastome [tumeur du cerveau] ou de maladies neurodégénératives, dont les chances de survie ou de guérison sont malheureusement faibles, quelle que soit la thérapie proposée. Pourquoi ? Parce que le cerveau est tellement inaccessible que nous avons toutes les difficultés à développer des médicaments. Les nouveaux outils nés de ce que l’on appelle la  » micronanotechnologie  » [technologie miniaturisée] et de l’électronique, comme les puces ou les implants, ouvrent de nouvelles pistes. Déjà, les électrodes de neurostimulation implantées au plus profond du cerveau soulagent les malades de Parkinson. De même, des interfaces cerveau-ordinateur permettent de traduire le signal du cerveau de paraplégiques pour qu’ils parviennent à activer directement une prothèse. Il faut continuer, faire de la recherche, informer le patient et sa famille de l’innovation, mais ne pas leur vendre des utopies technologiques, et — surtout — ne pas nuire, selon le primum non nocere cher à tout médecin. »
        https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/francois-berger-le-transhumanisme-est-un-charlatanisme-dangereux_104462

        http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/04/05/31003-20170405ARTFIG00130-l-homme-augmente-fantasme-d-un-monde-qui-reve-d-abolir-la-mort-de-quelques-privilegies.ph

    2. Oui et les enfants ont cette présence consciente, cette force et cette lucidité du moment présent, de l’ici et maintenant, mais pas tous.
      Aux adultes, d’entendre et d’accompagner ie soutenir cette richesse.
      En outre, depuis quelques années le regard sur la mort a beaucoup évolué, et s’est humanisé, notamment dans les unités de soins palliatifs par le biais de l’accompagnement.

      1. Oui.
        Garder un regard enfants c’est sûrement avoir compris ceci.
        Beaucoup d’enfants ont très vite su, c’est ensuite qu’on oublie.
        À cause de quoi ?
        De l’argent.
        Notamment, et je suppute, en grande partie.

  9. Dans un autre domaine, on évoque souvent la mort de l’art et du coup on se pose la question mais qu’est-ce que l’art ?
    La réponse est simple, l’art c’est l’humain.
    L’intuition que l’on peut partager sur la fin de l’art est beaucoup plus claire à voir et simple à comprendre si l’on fait le lien avec l’humain et sa possible disparition. C’est là que gît la fin de l’art, dans la disparition de l’homme en tant qu’espèce.
    Sur l’art, Malraux, après d’autres, en parlant « d’anti-destin », a tapé juste pour désigner ce désir de se survivre, de gommer, effacer le temps, transgresser la mort sans la nier.
    Toute la machinerie de la Divine Comédie de Dante repose là dessus, son désir d’amour pour Béatrice en est le symptôme transcendantal (avec l’accent de Dali, pour une fois).
    En comparaison, les transhumanistes sont de pauvres et tristes petits plaisantins.

    1. On parle aussi de l’agonie du capitalisme sans qu’il soit corrélativement humain …

      Mort aux vaches est plus connoté , mais plus « humain » .

  10. « La mort, une question soluble » : en dehors des considérations tenant au transhumanisme, hormis la Belgique et la Suisse, il n’est pas possible de choisir sa mort via l’euthanasie ou le suicide assisté.
    La loi ne semble pas devoir être changée en France, il subsiste trop de blocages au niveau politique.
    J’ai correspondu avec l’écrivaine Anne Bert en partance pour la Belgique, atteinte de la maladie de Charcot, elle veut pouvoir choisir sa mort et mène un dernier combat pour faire reconnaître ce droit en France.

    1. @ Tout me hérisse

      Effectivement, en France, d’un point de vue éthique le choix est celui du maintien en vie, dans la limite de ce qui est collégialement déclaré digne pour le patient. Et, seule la loi Léonetti de 2005, a promu des avancées humaines notables dans ce domaine et est venu renforcer le droit des patients .

      « La loi Léonetti du 22 avril 2005 relative aux droits des patients en fin de vie, complétée par les décrets du 6 février 2006 a recherché une solution éthique à l’encadrement juridique de la relation médicale entre le médecin et le malade en fin de vie. Cette loi apporte trois dispositions essentielles à la relation de soins et favorise l’expression de la volonté, discussion en collégialité. »

      « Interdiction de toute obstination déraisonnable ;
      Droits du patient renforcés ;
      Processus décisionnel en cas de patient inconscient ou arrêt des traitements reposant sur deux mots clés : Collégialité et transparence de la décision. »
      https://www.infirmiers.com/profession-infirmiere/legislation/droits-des-patients-en-fin-de-vie-la-loi-leonetti-faisons-le-point.html

      Sinon pour les candidats au «  »départ choisi » .
      Ben vi, env 10 000 € le passage (l’injection létale) tout de même…ça roule ma poule pour le praticien… et en voiture Simone. À ce prix là j’espère qu’il a la dernière Porsche Cayenne « l’ami » helvète bien vivant. Faut ce qui faut quoi ….

      Europe 1 a recueilli le témoignage d’une nonagénaire qui a prévu de recourir au suicide assisté en Suisse.
      http://www.europe1.fr/societe/suicide-assiste-gemma-92-ans-ira-mourir-en-suisse-2393893

  11. A partir du moment où l’homme a commencé à se poser la question : « qu’est-ce qu’il est possible de faire? » et a réussi quelques jolis coups comme les bâtiments, le bateau, le moteur, l’avion, l’ordinateur,etc…, il est évident qu’il allait bien un jour arriver à essayer:
    – de s’améliorer lui-même
    – de vaincre la mort
    – de créer des machines aussi intelligentes que lui
    – d’aller se balader sur d’autres planètes (ça c’est déjà un peu réussi).

    Et de ce que nous comprenons du fonctionnement du monde, cela ne semble pas impossible. Et si c’est effectivement possible, on a l’impression que cela ne prendra plus que quelques générations maximum.

    On pourrait dire: ces trucs cela ne sert à rien, y’a plein d’autres choses à faire pour rendre les gens heureux avec la technologie actuelle, mais je crois que pour beaucoup d’individus de notre espèce, ces questions sont trop tentantes, trop excitantes pour s’empêcher d’essayer.
    Je pense même qu’il est impossible d’arrêter cela, c’est trop dans notre nature. Et puis quoi, c’est quoi l’alternative? Une civilisation « steady-state » éternelle? Moi cela me semble un peu tristounet comme scénario.

    1. « Jamais trop… » selon Socrate .

      trop long ou trop court .
      trop immobile ou trop agité .
      trop joyeux ou trop triste…

      Et ce « jamais trop « n’est surtout pas une moyenne , ou « la normale », seulement ( énormément) la synchronisation humaine individuelle et collective des quatre temps et de leurs enjeux, et de l’espace , entre voyage sur d’autres planètes et nid douillet , entre nomade et sédentaire .

      L’humanisme c’est la responsabilité de cette synchronisation .

      C’est même la responsabilité tout court ,ce chiasme de la matière et du ..et de ….De quoi au juste ?

      De ce qui n’est pas la matière, de ce qui justement nous fait homme , et fait que l’humanisme n’est pas le libéralisme .

      1. Décidément Schizosophie ne nous lit plus , sinon il m’aurait tombé sur le poil en me taxant de confusion entre matérialisme marxiste et réification .

      2. Mon post était plutôt à destination de ceux qui écrivent qqch comme « vaincre la mort, c’est perdre notre humanité ». Avec ce genre d’argument, on l’a déjà perdue pas mal de fois notre humanité (avec l’agriculture, avec la navigation, avec l’écriture, …)

         » l’humanisme n’est pas le libéralisme »
        Là on est bien d’accord. Et c’est sur cet angle-là que tout cela semble assez funeste: que ces nouvelles capacités ne soient accaparées par une petite élite, et pour eux. D’un autre côté, il faut bien voir que cela a été historiquement sans doute le cas pour beaucoup d’avancées technologiques, au début.
        Mais on pourrait argumenter que vu la nature de ce dont on parle, « cette fois, c’est différent »…

      3. « …Juannessy dit :
        19 juillet 2017 à 20 h 20 min
        Décidément Schizosophie ne nous lit plus , sinon il m’aurait tombé sur le poil en me taxant de confusion entre matérialisme marxiste et réification … »

        « On parle de moi ? » comme le disait JC Convenant dans « caméra café » !

        Oui sans doute, puisque les 99% des mortels qui parlent de Marx, le font comme sur ce blog, c’est à dire mal, et que les 1% restant, les marxistes matérialistes dialecticiens, ce résume hélas aujourd’hui à peu près à moa.

        Pour répondre à ta boutade Jean, je ne suis pas trop inquiet parce que partant du postulat que la seule chose immuable c’est le changement, et le passage de la vie à la mort (et inversement), ton amateurisme vis à vis du marxisme, partira avec toi.

        La vie ça finit toujours mal !

        Pas trop vite quand même pour ce qui te concerne, sans quoi je n’aurait plus de faire valoir pour étaler ma science (et mes fautes d’orthographes).

        Enfin je dis ça, les doigts de pieds en éventail , au bord d’une piscine, dans un complexe hôtelier capitaliste, entrain d’engraisser les actionnaires d’un groupe touristique, actionnaires capitalistes qui eux ne sont pas prêt de mourir, au train où vont les choses et vue la vigueur de nos attaques.

        On en reparlera dans un autre monde …

  12. Salut 2casa,

    Merci pour cette mise au point.
    Vigneron : sa générosité évidente souvent rugueuse, sa sensibilité, son intégrité et son courage vous auraient-ils échappé ?
    Quant au reste, adressez-vous directement à Vigneron.

    Cordialement.

  13. Une promesse faite par Laurent Alexandre, lors de sa conférence à TEDx-Paris:
    «  Il est possible que nous bénéficions d’une espérance de vie que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd’hui.
    Et vous ? pensez-vous comme certains experts, que l’homme pourrait devenir immortel, à brève échéance.
    Ma conviction personnelle, est que certains dans cette salle, vivront, mille ans.
     »

    C’est un Monsieur sérieux, qui ne passe pas pour un fanfaron…
    (Entrepreneur, DNA vision) auditionné au Senat le 19.01.2017 pour parler de l’impact de l’Intelligence Artificielle sur la société et l’économie française.
    Voir ses nombreuses vidéos…

      1. Je ne vous le fais pas dire !!!

        ou plutôt, si 🙂
        Mais ce Monsieur a droit de cité, c’est cela qui est fantastique !

  14. Il me semble que si la mort est abolie un jour, alors la vie cessera d’avoir la valeur qu’on lui donne aujourd’hui, et que les massacres ne seront plus tabous.
    Il en est déjà ainsi pour les produits. Autrefois les appareils photo étaient des choses précieuses, qui coûtaient fort cher. Aujourd’hui on jette à qui mieux mieux les appareils photo électroniques, lorsqu’ils n’ont pas assez de mémoire, ou autre motif futile. Et pourtant, ce sont toujours des appareils photo !
    On dirait que la « valeur » associée à un appareil photo s’est diminuée, dès lors que leur prix a diminué.
    S’il en était de même de la vie humaine ? ce serait tragique, la vie cesserait d’avoir un prix…

  15. Pour le formuler autrement,
    Des hommes devenus immortels, ou vivant extrêmement longtemps, (1000 ans par exemple, comme cela est évoqué) ne finiraient-ils pas, par considérer que la vie (courte en proportion de la leur) de ceux qui ne sont pas immortels, est une chose sans prix, une quantité de vie négligeable ?

  16. Pour suivre (répondre à) un message de « Pierre », qui parlait de couchers de soleil et du goût d’une crème brûlée…
    Avant de naître _ou du moins d’être conçu?_ je n’étais pas, ou je n’en étais pas conscient, je n’éprouve donc guère de problème à l’idée de ne plus l’être après ma mort.
    La souffrance, là, +/- d’accord; bien que ce qui m’inquiète soit surtout les incapacités à venir, de la tête en particulier!
    Mais, en attendant, je profite de l’odeur de l’air, du sourire des personnes, du mouvement d’un nuage ou du vol d’une libellule.
    Putréfaction ou pas, après je retournerai au « grand tout », dont est probablement fait ce que j’appelle l’univers…
    Quelque forme qu’ai ce « truc » !
    (Dans un film de Jim Jarmush il est dit  » L’univers n’a pas de centre »)
    Pour moi la vie est un « passage » dont il faut profiter…
    Il est, à ce sujet, et à mon sens, un film iranien incontournable : « Le goût de la cerise », apparemment long, mais une leçon puissante dont se souvient pendant des années!
    Abraços e boas noites,
    Wang-Fo

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *