Mettre un terme à la mortalité devient techniquement envisageable

La mortalité à laquelle nous ne pouvions apporter jusqu’ici que des solutions intellectuelles d’ordre métaphysique entre maintenant dans la sphère du technologiquement soluble. Nous nous y attaquons donc et le mouvement transhumaniste entérine avec enthousiasme ce projet d’une résolution éventuelle du problème pratique que pose la mortalité.

Le fait que le transhumanisme adopte un langage pseudo-religieux, en particulier quand il évoque ce sujet de la mortalité de l’homme, est considéré par certains comme une preuve de plus qu’il veuille usurper la place qu’occupe la religion jusqu’à présent. Mais la véritable explication est sans doute beaucoup plus prosaïque, c’est que, parlant des mêmes choses, il les évoque nécessairement dans des termes très semblables. Il n’y a rien d’étonnant alors que le vocabulaire propre à la théologie soit le mieux adapté puisqu’il s’agit aux yeux des transhumanistes de réaliser cette fois ici-bas ce dont on nous a affirmé durant des millénaires qu’il n’aurait lieu que dans l’au-delà, après notre mort.

Pour exprimer les choses sous une forme lapidaire, le transhumanisme projette que nous n’attendions pas la mort pour aller au Paradis mais que chacun s’y rende de son vivant, étant devenu immortel par la grâce du génie technologique de l’homme.

Pour le transhumanisme, le manque de signification que nous ressentons de notre propre vie aurait pour sa source la certitude de notre mort individuelle. L’immortalité comblerait alors ce vide en apportant tout le sens qui manquait jusque-là.

Mais il se pourrait bien qu’il y ait là une grande naïveté si le manque de sens ressenti n’était en réalité rien de plus qu’un donné : un trait général de la destinée humaine. Devenus immortels, nous pourrions très bien, à notre grand désespoir, nous retrouver face à une absence de sens qui continuerait de nous fixer de ses yeux vides.

Fait plus décourageant encore sous ce rapport, nous pourrions découvrir que la succession des générations constitue un élément essentiel de la signification – même élémentaire – que nous trouvons à la vie aujourd’hui. La Ministre de la Santé française, Agnès Buzyn, posait cette question lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence en juillet 2007 : « Qu’est-ce que c’est qu’une société où nous serions immortels ? Quelle serait la relation que nous aurions avec nos enfants ? Qu’est-ce qu’on transmet ? Quelle est l’utilité de l’enfant ? L’enfant, c’est la prolongation de soi. Donner la vie, c’est pour la prolongation de l’espèce, c’est donner la vie, c’est la transmission. On a l’espoir que les enfants seront meilleurs. Est-ce que le but serait que nous soyons nous, à la place de nos enfants ? » [@ 30m]

La seule différence essentielle dans notre attitude vis-à-vis du monde, une fois devenus immortels, pourrait être au niveau de la responsabilité que nous nous sentons envers lui : notre immortalité mettrait nécessairement un point final à l’attitude qui nous caractérise aujourd’hui : « après moi le déluge ».

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