L’après-Bannon à la Maison Blanche

Jusqu’ici, c’est donc la famille qui l’emporte, et Jared Kushner, le gendre, a eu la peau hier du stratège en chef de la Maison Blanche, l’identitaire Steve Bannon.

Bannon se retrouve donc dans le monde extérieur et a immédiatement repris les rênes de Breitbart, son organe de presse identitaire et complotiste. Le leader des manifestants de Charlottesville a d’ailleurs des projets d’expansion : il avait rencontré dès mercredi, en vue de lancer une chaîne de télé, le financier attitré de tout ce beau monde : le milliardaire Bob Mercer. Derrière Trump il y avait jusqu’à hier son marionnettiste, Bannon, mais derrière Bannon, il y a depuis longtemps, son marionnettiste à lui, Robert Mercer, ancien d’IBM et patron de hedge fund. Trump pense très peu, Bannon pense un peu, Mercer pense beaucoup et bien. Avec les frères Koch, il finance les fleurons de la pensée libertarienne ultralibérale : le Cato Institute et la Heritage Foundation. Il finance aussi ici et là, le retour à la peine de mort, les campagnes contre des lois environnementales, etc. en un mot comme en cent, Bob Mercer : un authentique philanthrope !

Qu’est-ce que cela change pour Trump ? Il y a deux possibilités. La première a une chance sur cent de se réaliser, la seconde, 99. La première, c’est que Trump arrête de twitter plus vite que son ombre. Alors prendront un ascendant sur lui, son conseiller financier en chef, à la tête du National Economic Council : l’ancien de Goldman Sachs Gary Cohn, ainsi que son chef de cabinet à la Maison Blanche : le général John F. Kelly, à qui s’ajoutent son gendre et principal conseiller, Jared Kushner, et sa fille et conseillère, Ivanka. Alors le Parti républicain pourra à nouveau se reconnaître dans le candidat qu’il a mené victorieusement à la présidence des États-Unis. La seconde possibilité, celle qui a 99% de chances de se réaliser, c’est que Trump continue de twitter plus vite que son ombre et que les idées qu’il exprime continuent d’être celles qui sont les siennes fondamentalement : celles des identitaires, du Ku Klux Klan, des Néo-Nazis et des derniers bataillons de l’armée confédérée sudiste en déroute. Selon Maggie Haberman du New York Times, le gendre Kushner aurait dit de Bannon : « Il encourage chez mon père, ses pires instincts ».

Que Bannon soit à la Maison Blanche ou sur le trottoir d’en face n’aura alors rien changé, et la dernière bataille de la Guerre de Sécession, comme je l’appelais hier dans ma vidéo, se poursuivra vers son issue incertaine. Parmi les premières victimes certainement dans ce cas-là : la vie de famille de M. Trump. Le rabbin qui a marié sa fille et son gendre a en effet lui clairement choisi son camp – qui n’est pas, notons-le bien, celui de M. Netanyahu à la tête du gouvernement israélien – Haskel Lookstein avait déclaré mercredi :

« En ce jour de funérailles de Heather Heyer, la femme de 32 ans assassinée par un féroce identitaire, Néo-Nazi, nous sommes tous émus par cette tragédie humaine et les scènes horribles d’émeute de samedi dernier à Charlottesville et par le message et les retombées terrifiantes qui nous tourmentent depuis.

Nous condamnons le meurtre monstrueux qui priva de vie Heather Heyer.

Nous sommes horrifiés par cette résurgence du fanatisme et de l’antisémitisme, et par la vigueur retrouvée des Néo-Nazis, du KKK et de l’extrême-droite.

Alors que nous cherchons toujours à éviter de faire de la politique, nous sommes très troublés par l’équivalence morale et l’ambiguïté de la réponse qu’a offerte le Président Trump à cet acte de violence.

Nous prions que notre pays prête l’oreille aux voix de la tolérance, et demeure fidèle à son idéal de droits de l’homme et de droits civils. »

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