La résistance s’enracine dans les terres électorales de Donald Trump et les femmes mènent la charge, par Rhonda Colvin

Ouvert aux commentaires. Merci à Marianne Oppitz pour sa traduction.

The Washington Post : Resistance efforts are taking root in pro-Trump country — and women are leading the charge, par Rhonda Colvin, le 14 août 2017

Lorsque Susan Kroger a décidé de participer au lancement d’un groupe d’activistes politique en zone rurale – largement pro-Trump – pour les femmes de sa région elle attendait une petite douzaine de voisins de gauche.

Mais quand elle a ouvert sa porte lors du premier rassemblement du groupe à Sioux Falls, SD, 100 personnes se sont précipitées dans son salon. Aujourd’hui, neuf mois plus tard, Kroger affirme que le groupe compte 2.300 membres actifs.

C’est une histoire qui se répand sur les terres de Trump, où des groupes de base de gauche ont fleuri dans certaines parties les plus républicaines de la nation – un signe que la « résistance » est devenue rurale.

Le plus surprenant, a déclaré Kroger, certains de ses nouveaux membres sont des électeurs déçus par Trump. Elle confirme, ainsi que d’autres organisateurs de groupes de base, que l’incertitude sur la politique des soins de santé est devenue un problème majeur qui pousse les militants à se joindre à leurs rangs.

« Ce qui est passionnant à propos de nos rassemblements, c’est que chaque fois que nous en tenons un, je demande toujours ‘Qui est nouveau?’ Et environ la moitié des gens lèvent la main », a déclaré Kroger, coprésidente de LEAD South Dakota, abréviation de Leaders Engaged and Determined. « J’ai entendu parlé de femmes qui ont eu un coup de coeur pour Trump et qui en sont revenues ».

Donald Trump a remporté 60 % des électeurs ruraux lors de l’élection présidentielle de 2016, un peu plus que Mitt Romney en 2012 et le sénateur John McCain (R-Ariz.) en 2008. Mais depuis lors, la cote de popularité nationale du président est tombée à 39 % à la fin du mois de juillet selon Gallup. Ce qui explique pourquoi les groupes d’activistes politiques sont en plein essor dans des régions en faveur de Trump lors des élections.

Les résultats d’un sondage Washington Post / Kaiser Family Foundation révèlent que Trump est depuis longtemps en position de faiblesse dans les régions rurales du pays. Les ruraux qui ont participé au sondage d’avril étaient partagés quant au travail présidentiel de Trump : 30 % l’approuvaient et 30 % le désapprouvaient Lorsque les résultats ont été ventilés par sexe, les femmes désapprouvaient un peu plus que les hommes, ce qui explique sans doute pourquoi beaucoup de groupes de base sont dirigés par des femmes.

Kelly Sullivan, un serveur de restaurant de 30 ans à Sioux Falls et membre de LEAD, a noté que l’Amérique rurale était politiquement diverse depuis longtemps, mais la poussée récente d’activisme politique l’a rendu plus perceptible.

« Les gens comme nous dans des endroits plus petits et ceux qui vivent dans les communautés rurales, nous sommes exactement les mêmes que ceux des grandes villes », a déclaré Sullivan à propos de ces militants ruraux. « En ce qui concerne le sentiment de ne pas être représentés, ou le sentiment que l’administration actuelle fait des choses avec lesquelles nous sommes en désaccord, nous réagissons de la même façon que les personnes qui se trouvent dans les grandes villes ».

Trump a remporté 51 comtés du Dakota du Sud sur 66, y compris Minnehaha, le comté où se trouve Sioux Falls, une ville d’environ 170 000 habitants. L’état a donné à Trump l’un de ses meilleurs scores dans le pays au cours de ses six premiers mois de mandat – 54 pour cent, selon Gallup.

Pourtant, Sullivan a déclaré que la résistance s’est organisée dans l’état depuis que Trump a été élu. En janvier, elle a co-présidé une marche locale parallèlement à la marche nationale féminine, attirant près de 3,300 manifestants au centre-ville de Sioux Falls par des températures en-dessous de zéro. Sullivan a déclaré que l’expérience – voir la marée de gens liée par la même volonté – l’a transformée : elle qui n’avait jamais rêvé d’être politiquement active passe son temps libre à interpeller les législateurs. Elle se prépare également à sa propre campagne électorale, l’année prochaine, pour un siège lors des législatives.

LEAD South Dakota a un conseil d’administration de neuf personnes et des comités chargés de surveiller l’activité législative de l’État, le recrutement de candidats et d’autres matières. Jusqu’à présent, le groupe travaille avec 75 candidats qui souhaitent se présenter au bureau et envisagent de pénétrer dans des sections à travers l’État pour accélérer la croissance du mouvement.

« J’ai été très surprise de voir le bruit que cela a suscité sur le terrain en Dakota du Sud », a déclaré Kroger. « J’ai une certaine expérience dans la politique, alors je sais ce que l’on ressent quand on est considéré comme le petit gars dans un état où vous êtes quantité négligeable ».

Dans l’Ohio, Moving Forward Together Ashtabula County – un groupe de base affilié à « Indivisible », le mouvement de résistance nationale contre Trump – a également dépassé les attentes initiales de son leader.

Lorsque « Moving Forward » a accueilli son premier forum communautaire en mai pour discuter des préoccupations relatives aux soins de santé et à l’immigration, « J’avais peur qu’il n’y ait que 3 pelés et deux tondus », a déclaré Jessica Leveto, la présidente du groupe. Le forum a eu lieu à Jefferson, en Ohio, une ville rurale d’environ 3 000 personnes, dans un comté dont 57% des électeurs ont voté pour Trump.

« Près de 125 personnes se sont déplacées », a déclaré Leveto.

« Moving Forward a commencé dans un café local en février, et en deux semaines – avec quelques annonces sur les médias sociaux et grâce au bouche à oreille – ses chiffres ont explosé l’endroit », a déclaré Leveto, professeur adjoint de sociologie à l’Université Kent State de Ashtabula.

Leveto souligne que c’est le vote, en mai, de l’abrogation de la Loi sur les soins abordables qui est à l’origine de la croissance de son groupe. Bien qu’habitué à suivre la ligne du parti, le député de Ashtabula, le représentant des États-Unis David Joyce (R-Ohio), figurait parmi les 20 républicains qui n’ont pas voté en faveur de l’abrogation.

« Je pense que nous n’y sommes pas étranger », a déclaré Leveto. « Je ne pense pas que ce soit simplement notre groupe, mais les groupes dans le district. Je pense qu’il y a eu beaucoup d’appels téléphoniques.  »

Joyce n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Les organisateurs d’action politique en milieu rural disent que la révision des soins de santé est la question dominante qui a galvanisé leurs groupes parce que les membres craignent que les citoyens ruraux ne soient en grande partie affectés par ces changements. Leveto a souligné, en particulier, que de nombreux membres de son groupe – qui avait participé à l’événement du mois de mai – voulaient savoir de quelle manière une révision pourrait influencer la lutte contre la crise des opioïdes.

Dans le sondage Washington Post / Kaiser Family Foundation, 95% des ruraux qui avaient répondu ont déclaré que Medicaid est très ou assez important pour leur communauté. 13% ont déclaré qu’ils comptent eux-mêmes sur Medicaid, contre 10% de leurs homologues urbains et suburbains.

« Nos communautés sont à risque et nous voyons même dans le Sud, la nécessité de lutter pour les gens de notre communauté et je pense que c’est quelque chose qui transcende la région », a déclaré Mandy Fowler, membre fondateur du Kudzu Coalition de l’Alabama de l’Ouest, une organisation croissante d’action politique.

Apparenté au groupe « Indivisible », la coalition « Kudzu » accueille des forums locaux, offre une formation en militance et coordonne les appels téléphoniques et les courriels aux législateurs. Son événement majeur est une manifestation hebdomadaire intitulée « Show up Shelby », où les membres se rassemblent dans le lobby du bureau du sénateur républicain Richard C. Shelby à Tuscaloosa pour appeler à une réunion de la mairie.

Le groupe utilise le mot Kudzu qui est une plante, commune dans le Sud. Envahissante, elle résiste à la plupart des herbicides. Fowler a déclaré que c’était un sobriquet approprié dans un état où près de 63% des électeurs ont soutenu Trump.

« Nous grandissons rapidement, nous nous propageons et nous fleurissons sur un terrain où il peut être difficile pour d’autres de prospérer. Nous sommes difficiles à éliminer », a déclaré Fowler.

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19 réflexions au sujet de « La résistance s’enracine dans les terres électorales de Donald Trump et les femmes mènent la charge, par Rhonda Colvin »

  1. Pourquoi les exfiltrer ces abrutis ? On n’assume pas sa liberté d’expression chez les nazebroques ?

    Que ces connards fassent démonstration de leur racisme, de leur violence et de leur haine ça suffit pas ? Faut encore en rajouter avec la violence Policière dont le centre gravité doit plus avoir avec tes 150 consanguins qu’avec les contre manifestants ? Choisi ton camp camarade…

    1. T’as raison, fallait laisser le job aux 40 000 en face et laisser les cops profiter du spectacle, de loin, ou devant leur télé à mater Fox News ou du baseball.

      1. On interdit la manifestation des idées de chiotte, c’est tout, comme ça pas besoin d’exfiltrer en tabassant des contre-manifestants. Elle a bon dos la liberté d’expression. On n’imagine pas une manif de pédophiles réclamant la liberté sexuelle pour les enfants…

        Mais c’est plus facile de frapper des noirs et des gauchistes pour la majorité des forces de police US que des néo nazi.

  2. Vigneron devient indécent…. Quand on sait que des policiers états-uniens sont acquittés après avoir tiré sur des personnes noires non armées pourquoi voudrait on qu’ils se gênent avec des manifestants anti-racistes….

      1. https://news.vice.com/story/police-union-video-quotes-mlk-to-condemn-blue-racism

        Et le doublement des « fatal encounters » en 15 piges ? RAS (le bol !) ? Franchement la formation c’est plus ce que c’était !

        Vigneron, y’a des fois qu’tu f’rais mieux d’aller aux champlards…

        Pendant c’temps là chez les gau-gau les gaulois :

        http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/04/20/31001-20170420ARTFIG00177-gendarmerie-nationale-un-vote-tres-bleu-marine.php

        http://www.lopinion.fr/blog/secret-defense/vote-fn-gendarmes-se-confirme-126224

        http://www.liberation.fr/direct/element/plus-de-50-des-policiers-et-militaires-ont-vote-fn-en-2015_28175/

        Et chez les trumpistes ?

        En tout cas au Québec c’est danse avec les loups :

        http://lahorde.samizdat.net/wp-content/uploads/2017/08/La_Meute_Police.png

  3. Petit rappel historique pour les jeunes du blog : « une guerre pour la civilisation germanique et pour l’Europe blanche » : c’est ainsi que les nazis présentaient leur entreprise qui avait également une dimension de revanche sur la Première guerre mondiale et sur la « honte noire » infligée par les Français. Dans les années 1920 la France avait osé faire occuper le territoire de l’Allemagne par des soldats noirs. En mai juin 1940 environ trois mille de ces soldats coloniaux furent en conséquence assassinés en dehors de toute action de combat, par des unités militaires allemandes, le plus souvent issues de la Wehrmacht, parfois de la Waffen-SS.

  4. Ce cher Vigneron qui veut toujours avoir le dernier mot….
    Quand les inspecteur de police messieurs CONSTANT et CHOUFFOT ont mis « à la disposition »(le 1er décembre 1942) d’un des deux commissaires principaux des Brigades spéciales de la Préfecture de police de Paris ma mère, ils faisaient leur « job » C’est le commissaire Hénocque de la BS2 qui a livré ma mère aux Allemands. Contrairement au Commissaire DAVID fusillé après la guerre, le commissaire Hénocque a pu s’enfuir en Belgique puis au Congo belge où il a exercé son « job » Quand ce pays a repris son indépendanc, Hénocque est revenu terminer ses jours tranquillement en Belgique. Cependant, je dois le dire, le commissaire Hénocque n’a pas torturé ma mère; contrairement à une autre femme du groupe FTP MOI « une étrangère » d’origine bulgare étudiante en pharmacie qui a été battue à coups de nerfs de boeuf.

    1. @ CHAPONIK
      Vigneron a raison de dire qu’ils font leur job. Les forces de polices obéissent au ordres. Si on leur dit de tenir la position et de prendre des coups, ils tiennent. Quand on leur dit de charger et de bastonner, ils le font. La responsabilité est à chercher au niveau des donneurs d’ordres, supérieurs hiérarchiques et politiques, aujourd’hui comme en 1942. Sachant que sous le casque ou le képi est logée quand même une intelligence humaine, et on peut espérer une conscience, on est en droit de se demander jusqu’à quelles extrémités s’applique le devoir d’obéissance.
      Certains policiers et gendarmes durant l’Occupation, ne pouvant se soustraire aux ordres à moins de rentrer de façon radicale dans la clandestinité (plus facile à dire qu’à faire dans le contexte de l’époque), ont fait preuve d’humanité en prévenant la veille les futurs arrêtés. Certes, cette prévenance a semble-t-il plus concernés les requis au STO que les familles juives, surtout d’origine « étrangère ».
      FTP-MOI, c’est quand même cumuler le fait d’être Juif, communiste, « apatride », dans un monde dominé par Vichy et les nazis, avec une quasi absence de parachutages d’armes par Londres (merci Churchill, merci de Gaulle). Leurs chances de survie étaient très réduites, la souffrance au bout du chemin et ils en étaient conscient je pense.
      Pour que les forces de l’ordre refusent d’obéir, il faut qu’il y ait de la révolution dans l’air.

  5. Entre flics racistes français du gouvernement de Vichy et flics racistes états-uniens je ne vois pas la différence, même s’il y a l’océan et une période de 75 ans entre eux…

  6. Cher monsieur Jorion

    Je vais donc intervenir pour la dernière fois en citant Albert Einstein :

    « Ne faites jamais rien contre votre conscience, même si c’est l’Etat qui vous le demande. »

  7. Femmes magnifiques et courageuses : quand on a rien à perdre on va jusqu’au bout.

    Et si nous remontions nos souvenirs à avant 40/45 ? par exemple durant des grèves tant fin du 19ème que début du 20ème des troupes ont refusé de tirer.

    nous avons même un chant qui glorifie les plus célèbres
    Légitime était votre colère
    Le refus était un grand devoir
    On ne doit pas tuer ses pères et mères
    Pour les grands qui sont au pouvoir

    Salut, salut à vous !
    A votre geste magnifique
    Vous auriez en tirant sur nous,
    Assassiné la République !

    ils ne furent pas les seuls exemples : il y en eut aussi durant la guerre de 14/18, ils passaient la frontière et attendaient la paix pour revenir.
    idem pour les déserteurs de la guerre d’Algérie, Vian en a fait un poème d’où fut tirer une chanson si longtemps interdite d’antenne.

    Aux EU aussi durant la guerre du Vietnam : ils ont déchiré leur carte d’appelés.

    le refus d’obéir est un devoir républicain, un devoir de Citoyen.

    1. @ AnnieS
      Ah bon ? Vous pensez que les forces de l’ordre qui ont réprimé les émeutes anti-républicaines du 6 février 1934 auraient dû désobéir ?

      1. @arkao
        « Ainsi, Eichmann eut mainte occasion de se comparer à Ponce Pilate. Les mois, les années passèrent et sa conscience se tut. C’était ainsi, c’était la nouvelle loi du pays, reposant sur un ordre nouveau, l’ordre du Führer. Autant qu’il pût en juger, Eichmann agissait, dans tout ce qu’il faisait, en citoyen qui respecte la loi. Il faisait son devoir, répéta-t-il mille fois à la police et au tribunal. Il obéissait aux ordres, mais aussi à la loi. »
        Ch. 7 Les devoirs d’un citoyen qui respecte la loi, Eichmann à Jérusalem, Hannah Arendt, Ed. Gallimard 1966.

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