« Qui étions-nous ? » Le Surmoi remplacé par le Big Data

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Le Vocabulaire de la psychanalyse dit du Surmoi : « Une des instances de la personnalité telle que Freud l’a décrite dans le cadre de sa seconde théorie de l’appareil psychique : son rôle est assimilable à celui d’un juge ou d’un censeur à l’égard du moi. Freud voit dans la conscience morale, l’auto-observation, la formation d’idéaux, des fonctions du Surmoi […] il se constitue par intériorisation des exigences et des interdits parentaux » (Jean Laplanche et Jean-Baptiste Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, Paris : P.U.F. 1968 : 471).

J’ajouterai ceci à propos du Surmoi :

1) il est le vecteur du « social intériorisé » au sens de Durkheim, il est le répertoire de nos « devoirs », et aussi de ce qui nous fait dire « nous-les-Dupont, nous… » ;

2) il est le gestionnaire du répertoire dynamique de nos soucis que nous cherchons à lever : les « choses à faire », les erreurs à réparer ;

3) il nous offre aussi une immunisation par l’indifférence – « obéir sans se poser trop de questions » – contre le caractère arbitraire des injonctions qui nous sont faites et dont le prototype a été constitué par les exigences parentales qui – nul ne l’ignore ! – ne sont pas toujours motivées par davantage que des sur-corrections à contretemps ou de simples sautes d’humeur

Il y a quelques années une firme de logiciel m’avait convié à être l’un des témoins privilégiés auquel on soumettrait un nouveau concept. Voici sur quoi on me demandait mon avis.

Les systèmes de géolocalisation avaient longtemps peiné à suivre un être humain dans son parcours au sein d’un bâtiment mais la question avait été résolue et un certain produit ayant atteint le stade des tests était celui-ci.

Vous entreriez dans un centre commercial où vous avaient mené vos pas quand votre smartphone prendrait la parole pour vous dire ceci : « Rends-toi dans un magasin de chaussures vers lequel je vais te guider. Arrivé là, tu te rendras vers le rayonnage tout au fond du magasin et là, sur la troisième étagère, tu prendras la quatrième paire de chaussures à partir de la gauche et tu les achèteras ». À cette injonction votre réflexe serait de répondre quelque chose du genre : « Mais je ne suis pas venu ici pour acheter des chaussures mais pour remplacer une paire de jeans ! », à quoi votre smartphone rétorquerait : « Réfléchis à ceci, si tu n’achètes pas ces chaussures aujourd’hui alors que tu es là, tu reviendras les acheter ici le 23 octobre, soit dans trois semaines exactement ».

On me demanda comment je réagirais à une situation comme celle-là, à quoi je répondis comme je le ferais encore aujourd’hui : « Certaines personnes seront terrifiées à cette perspective, convaincues que leur volonté leur a été dérobée, tandis que d’autres diront que rien de plus beau ne leur est jamais arrivé ! ».

Pourquoi rien de plus beau ne pourrait-il leur arriver ? Parce qu’elles seraient délivrées du souci de devoir se souvenir de faire quelque chose plus tard, de cette préoccupation dont Jacob Taubes parle comme d’un « tourment » dû au délai entre le « ne pas oublier le rendez-vous jeudi chez le dentiste », et la venue du jeudi qui n’est pas encore là et qui nous apportera la délivrance une fois la tâche accomplie : « le temps signifie Délai […] le temps ne permet aucune insouciance, mais il est tourment (Bedrängnis), le temps presse » (Jacob Taubes, « Le temps presse ». Du culte à la culture, Paris : Le Seuil, 2009 : 509).

Si j’ai rapporté cette anecdote, c’est pour mettre en évidence que l’irruption du Big Data modifie dramatiquement le rôle du Surmoi, en suggérant qu’il pourrait même éventuellement le faire disparaître en le remplaçant entièrement. En prenant nos décisions à notre place, le Big Data présenterait l’avantage sur le Surmoi de nous débarrasser entièrement du « souci » lié à nos préoccupations quotidiennes, du fait qu’elle le gérerait à notre place, et nous empêcherait par ailleurs par l’hyper-surveillance de faillir à nos devoirs ou de contrevenir aux règles assurant l’harmonie du corps social.

La transition pourrait avoir lieu de manière indolore grâce au mécanisme suivant :

1) L’hyper-surveillance que permet le Big Data nous dispense du rôle du Surmoi d’être le vecteur du social intériorisé : la répression de notre comportement déviant grâce à l’hyper-surveillance prend la place qui était celle de notre inhibition devant lui.

2) Le Big Data nous délivre du rôle du Surmoi d’être le gestionnaire du répertoire dynamique des soucis à résoudre en anticipant les décisions que nous prendrions de toute manière.

3) Le Surmoi en tant qu’il immunise par l’indifférence contre le caractère arbitraire des injonctions qui nous sont faites nous permet de tolérer la répression par l’hyper-surveillance ainsi que le fait que le Big Data prenne désormais toutes nos décisions à notre place et gère notre calendrier de choses à faire.

Qu’en penser ? Le Big Data nous rendra ainsi pareils aux insectes sociaux comme les fourmis ou les termites, une pensée qui pourrait nous terrifier. Mais, réfléchissons-y aussi, n’est-ce pas notre seule voie réaliste de salut ?

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114 réflexions au sujet de « « Qui étions-nous ? » Le Surmoi remplacé par le Big Data »

  1. Je suis d’accord sur le rapprochement entre Sur-moi et Big data , via « l’indifférence » ( qui peut avoir ses vertus : être à cran en permanence conduit à la folie ou au suicide ).

    Mais pour le coup le big data me ferait plutôt figure de Sur-nous ,venant se substituer aux règles démocratiques dans une société effectivement proche de la fourmilière .Un monde  » ordonné » .

    Au niveau de l’individu , de l’ego , je garde un espoir au feu , en pariant que le Sur-moi peut continuer à cohabiter avec , aussi bien les règles démocratiques que le big data ,sans s’éteindre complètement .

    Entre le big data et le surmoi , il ne peut y avoir que la démocratie et la responsabilité .

    Une « utopie réaliste » , et non pas une  » voie réaliste de salut ».

    Mais chaque ego pourra donner sa compréhension de salut :

    – » échapper à la mort » ? ( « Devant l’idée du salut public, les intérêts et les caprices de l’individu se sont effacés » / Taine , Philosophie de l’Art )

    – « Félicité éternelle  » , conformité à un idéal moral ?

    Bref le Sur-nous Big data , n’est pas forcément la somme totale des sur-moi ,et en tous cas ne s’y substitue pas complètement , pas plus que le Nous n’est la somme totale des Ego ( que l’on n’est pas parvenu à faire ) .

      1. Xactement mon avis. En plus, exister, c’est être capable de dire non, l’assumer et le proclamer. Ce qui n’empêche pas le oui, passionnel par exemple… Si on le veut bien, la mécanique ( à base de silicium) ne gagnera pas. Il n’y a rien de plus déshumanisant que d’être réduit à une mécanique ( biologique, cette fois) de calcul coût/bénéfice. Ce vers quoi tend l’air du temps, c’est un totalitarisme anesthésiant.

      2. « Le cerveau collectif sans le portefeuille collectif c’est l’esclavage, me souffle mon sur-moi. »

        Ou comment ne pas perdre le nord.

      3. Le sur-moi (ou le big data tel qu’il est encore) , c’est effectivement une variété de portefeuille .

        Le cerveau , l’ego , c’est un peu plus .

        Le Nous , ça reste ouvert .

      1. … car le choix a déjà pris racine avant, sans que l’on s’en aperçoive. Il prend racine dans le souvenir, dans le ventre, dans l’enfance. Oui, dans le rêve de l’enfant. On ne pourrait donc être Responsable, sans travailler, c’est à dire explorer, sans cesse, le rêve qui prend racine à l’intérieur de soi, car le rêve d’hier a toujours ‘quelque chose à dire’ sur l’acte d’aujourd’hui.
        « There is no alternative » (TINA), traduit en français par « Il n’y a pas d’autre choix », pourrait alors tout aussi bien se traduire par « Il n’y a pas de rêve »…

    1. Merci Juannessy de ce recadrage réhumanisateur.

      Pour qu’il y ait « sur-moi » et « sur-nous », il faut la matière du moi et la matière du nous. Il faut donc une différenciation matérielle du moi et du nous qui permette de dire « moi » sans que l’on y voit le masque du « nous » ; qui permette de dire « nous » sans que « vous », « il », « elle », « tu » et « je » soient des particules identiques non séparables et indistinctes dans un « nous » atomique. Pour que le « moi » soit formé par un « surmoi », ou par autre chose, il faut une forme qui donne un sens différent, une substance distincte, à « vous », à « nous », à « il », « elle », « tu » ou « je ».

      Finalement, la forme « je » opère la distinction entre la matière du « moi » et la matière du « surmoi », en mettant l’origine du moi dans la relation à « tu », à « il » ou à « elle » ; et l’origine du « surmoi » dans une détermination moïque par des « nous » ou des « vous ». Peut-être alors que les « parents » sont géniteurs de la matière du moi et de la matière du surmoi par la forme du « tu », de « l’il » de « l’elle », du « nous » et du « vous », qu' »ils » sont pour le « je » du « moi ». Les parents, mais alors aussi les sociétés, les institutions, les États, les réseaux, les religions, les traditions, les cultures, les coutumes et la maison terrestre commune ; supposons en pure hypothèse que tout cela existe réellement.

      Mais, ces matières, dont les « data » sont les informations, ne m’informent que si mon « moi » est ouvert à d’autres formes que celles qui me forment déjà en tant que mon « moi » et mon « surmoi ». Entre la matière dont je suis et la forme de mon existence, il faut la médiation d’un « je », sujet du moi qui ne soit pas juste un objet issu d’autres objets qui n’auraient aucun sujet. D’un « je », qui soit plus qu’un effet de langage ou de logique. D’un « je » formé par autre chose que tous les pronoms personnels et toutes les lois et institutions qui me déterminent et m’instituent distinct des autres individus.

      Si parler, dire et exprimer en mots sert à quelque chose, il est impossible de se passer de l’hypothèse d’un « je » propre à chaque « moi ». Ce « je » aurait la capacité de travailler les effets de matières dont le « moi » aurait l’expérience. Le « je » substantiverait et substantierait les matières éprouvées par le « moi ». Le « je » travaillerait la matière pour la trans-former ; le « je » existerait dans le temps pour faire passer la matière d’une forme à l’autre par la vision d’une finalité qu’il désirerait. Mais les fins qui forment la finalité d’un « je » ne seraient pas totalement matérielles puisque le futur que « je » vois contient des indéterminations par rapport à la matière formée au présent.

      L’indétermination du futur par le présent n’est pas une hypothèse absurde tant que nous observons rétrospectivement des changements entre le passé et le présent que nous ne pouvons pas intégralement expliquer par des déterminations matérielles formalisées. Concrètement, la quantité que les big data accumulent n’ont aucune exhaustivité quant à la qualité de ce qui est et qui se transforme. L’infini ne résout pas l’indéfini. 7 milliards de « moi » bien rangés dans leur « surmoi » aussi parfait, complet et déterminé deviendrait-il, ne suffisent pas à résoudre l’incertitude des formes par quoi la pluralité humaine saisit son existence et son devenir.

      En fait, les big data ignorent parfaitement la matière des « je » qui singularisent indéfiniment les « moi », c’est à dire les personnes. Il y a bien dans les modèles de données qui rangent et classent les data, les formes « nom », « prénom », « patronyme », « domicile », « numéro téléphonique ». Mais comment est assuré l’unicité relationnelle entre les formes identifiantes informatisées et le corps individuel vivant de la personne ? Comment les changements qui affectent le corps d’une personne sont-ils consignés pour tenir la bijection entre l’individu corporel temporel et l’individu nominal statique ?

      A nouveau, chaque personne établie dans l’existence par son corps vivant unique spécifique, fait l’expérience de son indétermination existentielle dès lors que ses liens avec d’autres corps personnels vivant uniques se rompent ou se distendent. La détermination réciproque des « moi » par des « surmoi » plus ou moins cohérents et unifiés est radicalement insuffisante pour porter dans la durée temporelle la personne personnelle identifiée dans une infinité de bases de données réticulaires. Il n’y a que des « je » coordonnés dans des « nous » pour faire passer la puissance existentielle des data en actes donnés personnels et politiques de la réalité humaine sensible.

      Nous touchons ici l’essence de la démocratie sans laquelle « nous » n’existons pas ni comme humains, ni comme personnes, ni même comme individus. Un « demos » est un « nous » formé par l’objet commun d’une pluralité de « je ». Les « je » réunissent librement et délibérément leur « moi » et leur « surmoi » pour former un objectif commun qui est leur fin partageable réciproquement offerte et donnée. Offerte dans un prix égal pour tous. Et donnée par une forme nominale intelligible à tous, c’est à dire un capital réel productif qui ne soit pas le capital virtuel spéculatif exclusif dont nous avons pris l’habitude par le régime de la libre circulation du capital en monnaie abstraite.

      Le « cratos » est la puissance de tranformation créative qui fait passer l’essence de la virtualité à l’acte ; la matière quantifiable sans forme, sans fin et sans effet à la matière qualifiée dans une personne par sa forme, sa fin particulière et son effet universel partageable. La démocratie est le régime d’existence de la réalité par quoi la matière humainement imaginée est formée, effectuée et finalisée par les relations de don et d’échange entre les corps personnels. Les data ne sont pas simplement accumulées pour déformer des consommateurs et le travail virtuel du néant mais systématiquement ordonnées à des personnes incarnées dans un corps physique par des sociétés politiques.

      La démocratie que nous avons perdue avec les big data libérales, qui sont non locales parce que non attribuées à des corps, est le régime de la propriété des données qui appartiennent aux personnes responsables de leur transformation les unes pour les autres. Les data de la démocratie matérialisent exclusivement l’existence des personnes en finalité les unes des autres. Les data de la démocratie sont nécessairement données à des personnes identifiées par un corps physique unique et distinct de tous les autres. La propriété personnelle des data par tous les « je » et les « nous » existant garantit leur valorisation au bénéfice de tous leurs propriétaires qui s’en trouvent effectivement responsables.

      Le surmoi remplacé par les big data est un monde dont il faut parler au passé parce qu’il rend dès à présent l’existence humaine impossible. Nous sommes en pleine guerre civile mondiale entre une utopie de contrôle universel par la dématérialisation libre de toute existence donnée et une réalisation délibérative laborieuse de chaque personne par toutes. Au coeur de cette guerre est la monnaie qui est loi de transformation humaine réciproque de la quantité en qualité.

      Soit la monnaie forme le prix par le consentement partagé visible des personnes libres à une même chose livrable à des corps définis et déterminés donc identifiés. Soit la monnaie matérialise une valeur en soi indépendante de tout effet d’information de finalités humaines interpersonnelles. Si l’hypothèse de la neutralité monétaire est vraie, alors les big data sont la toute puissance de ceux qui savent faire de l’argent avec de l’argent. Dans ce cas, la mécanique d’épuration du réel de toutes ces incertitudes, indéfinitions et indéterminations ira jusqu’à son terme logique informatique. Le risque de la corporéité personnelle libre de l’humain sera éradiquée.

      1. En tous cas le sujet PSDJ a le concept de monnaie « chevillé au corps » !

        J’aimerais vous lire sur une interrogation que j’ai faite précédemment :

        Comment articule-t-on Gratuités et Monnaie selon PSDJ ?

      2. @ Juannessy
        Comment articule-t-on Gratuités et Monnaie selon PSDJ ?

        Par la réalité, le concept et la notion de personne telle que posés dans notre droit judéo-chrétien latin. La personne y est incarnée par un corps physique identifié nommé qui est son existence gratuite ; dans des corps moraux identifiés et nommés en personnes morales exprimées par une monnaie d’échange propre des moyens de l’existence gratuite des personnes physiques. La personne morale solidarise les personnes physiques par les objets moralement mis en commun.

        L’existence est gratuite pour la personne physique dans l’ensemble de ses droits objectivés par les personnes morales dont elle est membre. La gratuité de l’existence pour toute personne physique s’appelle l’État de droit. L’État de droit réalise la gratuité de l’existence de tous ses membres à la condition d’agir comme personne morale avec un objet formel défini et comptable en droits inaliénables des personnes physiques légalement inscrites dans son champ d’action.

        La gratuité par la personne morale de l’Etat de droit souverain signifie que l’existence des personnes physiques a un prix infini selon les droits du citoyen ; prix qui n’est donc pas dû ou réglé par l’individu concerné mais par la société politique toute entière qui porte et active L’État de droit. La monnaie est l’unité comptable de la personne étatique dans sa fonction d’assurance de l’existence gratuite des personnes. Concrètement, cela implique que la personne morale étatique répond de l’équilibre permanent entre le prix total de la demande humaine des droits personnels garantis à chacun et le prix total de la production des objets offerts en satisfaction des besoins matériels résultant des droits reconnus à tous.

        L’équilibre de l’offre à la demande matérielle de droits implique que tout objet de droit soit publiquement adossé à l’ensemble des causes travaillées qui sont nécessaires à sa production. Pour que le prix légal d’un objet soit gratuit en existence de la personne, il faut que la personne reste libre de corps ; que ses défaut d’existence soient réparés par la société ; qu’elle soit en situation d’information réciproque des prix avec tous ses concitoyens ; et qu’elle dispose d’un revenu monétaire proportionnel aux droits d’existence des autres que son travail personnel transforme effectivement.

        Autrement dit, la monnaie assure la gratuité de l’existence de chacun à la condition d’une intermédiation personnelle étatique des prix par les droits et le travail de tous. La monnaie de gratuité de l’existence humaine n’est donc possible que par l’indexation des signes comptables sur les jugements de légalité et de justice des personnes physiques créancières de l’État de droit par leurs dettes objectives publiques de production nette par leur travail personnel. Concrètement, cela signifie que le marché de la liquidité interbancaire n’est autre qu’un marché du travail et des emplois indexé par le prix des droits humains représentés par l’étatisation en monnaie des personnes morales.

        http://pierresartondujonchay.over-blog.com/article-de-l-internet-des-objets-a-la-monnaie-des-droits-humains-101715295.html

      3. @ Juannessy

        J’essaie de vous répondre par mes formulations propres dont vous avez une certaine habitude. Vous serait-il possible de reformuler mon propos dans une langue plus appropriée aux lecteurs du Blog qui partagent nos convictions mais par un autre langage ? Y a-t-il d’autres problématiques que celle de la gratuité par la monnaie qui méritent approfondissements ou éclaircissements conceptuels, techniques ou pratiques ?

      4. @PSDJ :

        Je retiens que l’articulation ne se ferait que par l’Etat providence , ce qui donne aussi tout leur poids aux appels de Paul Jorion dans le même sens .

        A ce point , il me semble que pour progresser au delà de la pertinence conceptuelle du « système » avancé , il faudrait se montrer plus prolixe sur le détail de la « machine démocratique » qui permet de « peser  » ce qui doit et peut être du domaine de la gratuité ( les contours de l’indispensable ), et ce qui peut et doit être du domaine du marché ( les contours du superflu ).

        Ce qui suppose que ce même état providence soit à la fois l’accoucheur , l’enfant et le tuteur de l’expression de ces contours ( lequel terme n’est pas forcément juste , mais c’est le moins mauvais qui me vient à l’esprit ).

        J’ai par ailleurs émis l’idée dans un autre commentaire que la gratuité mise en élément de politique ,obligeait à se préoccuper des frontières . L’exemple de notre ami Pierre le belge émigré , ou de querelle des « appels d’air » , ou des bisbilles aussi violentes que sporadiques lors des migrations de « gens du voyage », peut illustrer le propos .

        D’une certaine façon , c’est le combat des idées en cours sur le thème nationalisme , mondialisme , fédéralisme , confédéralisme … qui peut être alimenté utilement , sinon tranché , par des enjeux plus porteurs d’avenir que les a priori idéologiques qu’ils soient « progressistes » ou conservateurs .

        C’est d’ailleurs ce chemin à trouver entre les trois vagues du soliton , l’indispensable et le superflu , la liberté , l’égalité , la fraternité , qui de mon côté me faisait espérer , parce qu’elle en a les moyens , que L’Europe saurait proposer quelque chose qui ressemble à ce chemin audacieux et « salutaire » qu’aucun de ses états membres , seuls , ne peut envisager .

        Espoir encore déçu à ce jour , et la ligne de plus grande pente , si l’état de la planète en laisse l’opportunité , semble bel et bien un abandon par nos sociétés consuméristes des droits civiques au profit de leurs « droits » à continuer à jouir de leurs « biens » , via un « big data » ou un  » big chinois » , qui se chargera de définir QUI est indispensable et QUI est superflu .

        PS : Je vous demande comme une faveur de ne pas me transformer en votre traducteur , car ça va m’empêcher de dormir entre 7 heures et 8 heures du matin , qui est l’heure où je dors et rêve , privilège que j’ai longtemps attendu jusqu’au jour de ma retraite, et qui reste un de mes derniers plaisirs avant de dormir absolument .

      5. « Vous serait-il possible de reformuler mon propos dans une langue plus appropriée aux lecteurs du Blog qui partagent nos convictions mais par un autre langage ?  »

        M Pierre Sarton Spock du Jonchay,

        « Vous serait-il possible de reformuler mon propos dans une langue plus appropriée aux lecteurs du Blog qui partagent nos convictions mais par un autre langage ?  »

        M Pierre Sarton Spock du Jonchay,

        en tant que représentante de la fédération des peuples vénusiens de la constellation du Sagittaire, et de la grande fédération des galaxies d’Ursis Major, du Dragon et d’Andromède, je vous le demande solennellement : vous serait-il possible de vous initier au français intergalactique commun, car nous sommes très peu nombreux à comprendre le vulcain aristocratique de l’ère de Meiji ? Il vous faut savoir, entendre et comprendre que cela contribuerait grandement à assouplir et faciliter les échanges entre les représentants (tes) des différentes peuplades intergalactiques que sont les lecteurs et trices du BPJ. Sans parler de la richesse de nos fructueuses bavasseries, dont nous ne voudrions pas priver notre hôte et le bpj. A ce sujet , je pense que Vigneron serait tout à fait prêt et heureux de participer à la mise en forme de votre prose, car sa compréhension du vulcain pré-Meïji universel n’a d’égale que son talent et sa rigueur d’écriture. Et ce n’est pas Juanessy qui me contredira. En tout cas, merci pour vos contributions zé autres mystérieuses formules d’humain gratuit qui préfigurent un possible universel gratuit, inaugurant des gratuités essentielles et la réciprocité constructive, libre, positive et gratuite itou (en Meïji du second décadaire d’avant le dernier solstice d’hiver). Demain, ami argonaute, nous n’irons pas en Colchide conquérir la Toison d’Or, le cap Horn suffira.

        Irma soit qui mal y pense.
        https://www.youtube.com/watch?v=r8VZ34hBnGg

      6. PSDJ, Je vous comprends et c’est pourquoi il m’est arrivé de vous adresser une remarque : la notion de transfert (cf. Freud puis Lacan) fait objection à l’espoir d’harmonie que les réglages monétaires que vous développez laissent augurer. J’ai pensé à vous en visionnant « Le coût de la vie » qui montre ça très bien, poétiquement. Bresson dans « L’argent » avait une autre approche, plus optimiste ? Je pars demain en Mongolie, du coup le Père Huc m’est revenu…
        […] Le commerce des chameaux ne se fait jamais que par entremetteurs ; le vendeur et l’acheteur ne traitent jamais l’affaire ensemble et tête à tête. On choisit des gens étrangers à la vente, qui proposent, discutent et fixent le prix, l’un prenant les intérêts du vendeur, et l’autre ceux de l’acheteur. Ces parleurs de vente n’ont pas d’autre métier ; ils courent de marché en marché, pour pousser les affaires, comme ils disent. En général, ils se connaissent en bestiaux ; ils ont le verbe très délié, et sont surtout doués d’une fourberie à toute épreuve ; ils discutent avec une éloquence, tour à tour violente et cauteleuse, les défauts et les qualités de l’animal ; mais aussitôt qu’il est question du prix, la langue cesse de fonctionner, et ils ne se parlent plus que par signes : ils se saisissent mutuellement la main, et c’est dans la longue et large manche de leur habit qu’ils expriment avec leurs doigts la hausse ou la baisse de leur commerce. Quand le marché est conclu, ils sont d’abord du dîner que doit payer l’acheteur ; puis ils reçoivent un certain nombre de sapèques, conformément aux usages des diverses localités.[…]

  2. Je ne vois très bien le lien entre le « Über-Ich » défini par Sigmund et le « Big Data »dont parle l’article – franchement ca m’échape.
    La tentative d’influencer ou même de donner des ordres pour consommer ou pour agir dépend d’autres mécanismes psychiques. Il y a par exemples maintentant des « influencers », en novlangue ca veut dire des gens ordinaires qui se font apprécier par le public débilisé via la télé ou l’internet; ceux-là se vendent ensuite aux entreprises pour faire de la pub. Le problème ce que cela ne fonctionne pas toujours comme prévu. On ne peut pas comme ca ad hoc manipuler un public – cela demande généralement un « travail préparatoire ». C’est un peu comme l’hypnose: personne ne peut être hypnotisé contre son gré.

    1. Y’a pas de lien entre le sur-moi et la grosse caisse. Que l’un puisse se substituer à l’autre ou s’y adjoindre est un fantasme comme un autre… Ce qui est néanmoins en jeu est notre humanité. Pas d’autre solution que de dire non, repousser sommairement ce fantasme sans argument inutile. Pour ma part, je refuse parce que je me sens menacé; je nous perçoit menacés. Plutôt que ces excès, regardons pousser l’herbe, ou n’importe quoi de pacifique. Une base de la stratégie est de pas faire ce que l’ennemi voudrait que vous fassiez. Etre humain, simplement humain, imparfaitement humain est un emploi à plein temps , difficile et plein de pièges, n’en rajoutons pas.

      1. « Une base de la stratégie est de pas faire ce que l’ennemi voudrait que vous fassiez. »

        Une base de la stratégie est de ne pas faire ce que l’ennemi s’ATTEND à ce que vous fassiez.

      2. Exact, Maître. Et je le pense; pas toujours, pas en permanence, mais je ne l’oublie pas.
        Néanmoins , comment pénétrer la pensée de votre ennemi? On arrive presque logiquement à l’induction en erreur, et la meilleure , créer une prévention contre la vérité. Si vous le voulez bien, c’est exactement ce à quoi ont participé Hegel et la cohorte de philosophes allemands contemporains. Au nom du cri de guerre: « Deutschland erwache ». Wikipédia ne parle que de la récupération du slogan par les nazes. C’est une erreur: c’était un cri de libération anti-français et anti-Napoléonien.

    2. @Germanicus
      « C’est un peu comme l’hypnose: personne ne peut être hypnotisé contre son gré. »

      En principe, oui… Sauf si la personne a été spécialement « préparée », par l’administration de drogues (pharmakeia: remède et poison)!

      Ce que vous envisagez clairement: « travail préparatoire », qui peut se faire de manière aussi subtile que discrète, mais paradoxalement au vu et au su de tous.

  3. Ce n’est pas le salut pour beaucoup d’humains que de gagner du temps dans un centre commercial, surtout avec la livraison par drone qui éviterait d’autres petits tracas dont celui des bouchons qui sont le tourment par excellence. Ici le smartphone créé le tourment par cette injonction à acheter car si je n’y pense pas il n’y a pas le besoin immédiat. Que se passe t-il si malgré cela je ne parviens pas à acheter ma paire de chaussure, la frustration n’en est-elle pas augmentée?
    Le smartphone devrait plutôt nous enjoindre à visiter telle personne en période de canicule par exemple, des choses de ce genre plus proche des préoccupations d’animaux sociaux.

    1. J’habite rue de Sainton à Vannes. FedEx a envoyé le colis à Sainton et s’est étonné de ne pas m’y trouver, message envoyé hier soir : « Vous avez donné une adresse incorrecte ». J’apprends ce matin que le colis a été renvoyé à Rennes.

      Vous me direz que ce sont encore des humains qui lisent les adresses et que les robots qui diront aux drones où aller ne seront jamais saouls !

  4. J’ai toujours su que le surmoi était très artificiel est non nécessaire, cependant si nous pouvons s’en débarrasser sans le remplacer par un poussif à la consommation , merci.

      1. Juannessy a raison. Ce n’est pas seulement le surmoi, mais surtout le moi qui est en cause?
        Le présent questionnement est primordial, car la population ne fait rien pour empêcher l’érosion du moi par les artefacts que nous nommons désormais  » I.A. » pour occulter les effets d’une artificialisation générale de l’intelligence. A savoir la pratique qui consiste à systématiquement stocker dans son smartphone les images de la vie courante.Seule manière de s’assurer qu’on les a vécus? Ou bien , dans les expositions Monsieur Toulemonde photographie les oeuvres au lieu d’en éprouver l’effet de présence: Il utilisera, ou bien pas, en différé, seulement des reproduction imagées Monsieur Toulemonde se décrète partie intégrante d’un monde de la Culture dès lors qu’il a dans ses Tablettes dernière mouture assemblé une masse de données. Mais le vécu alors s’est échappé. Quel sens est en émergence ( le propre de l’intelligence animale ou humaine) à partir des assemblages de données ainsi stockées au lieu du vécu ( en retrait du vécu, du lieu m^me du vécu biologique, des  » là » de l’être-là)?

      2. @ thersite69

        Si on prenait moins de photos avant, c’est parce qu’une photo ratée, ça coûtait des sous. Je ne pense pas qu’on avait moins envie d’en prendre.
        Quand on a vu arriver les touristes japonais qui photographiaient tout, on s’est dit qu’ils étaient fous. Non : ils étaient déjà au numérique alors que nous achetions encore de la pellicule.

  5. Ah si une voix même téléphonique pouvait à chaque instant décider de ce qui va faire jouir, ce serait le repos de l’égaré dans son désir.

    N’empêche, il est patent que certains ont plus de mal que d’autres à trouver chaussure à leur pied, y compris au rayon godasse.
    La voix de Madame Bigdata suffirait-elle ?
    Même pas sûr pour tous,

    Par contre : Lacan 1972-11-21 séminaire Encore
    …[ Ici je pointe la réserve qu’implique ce champ du droit, du droit à la jouissance. Le droit ce n’est pas le devoir. Rien ne force personne à jouir, sauf le surmoi. Le surmoi c’est l’impératif de la jouissance : jouis ! C’est le commandement qui part, d’où ? c’est bien là que se trouve le point tournant qu’interroge le discours analytique.]…

    Alors pour se faire le militant de la jouissance de Monsieur Bigdata, il y a déjà ce qu’il faut depuis longtemps, la voix ou l’image de la publicité gouvernent…

    Pour se distraire :
    https://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0605200055.html
    https://www.cairn.info/revue-mouvements-2002-2-page-50.htm

    1. Rien ne vaut l’odeur de cuisson d’un bon pain, du bouillon de confiture ou celle de l’herbe fraîchement coupée, pour attiser des envies. Même l’odeur des livres…
      Le sur-moi, je le vis comme un rabat-joie destructeur et source d’interdits, plongeant l’ego dans un silence motifère incapable d’exprimer ses frustrations, ses joies, ses élans vers d’autres ego sans les truchements de modes, de selfies ou de mimétismes.
      Sur-moi ferme ta gu***e et laisse moi vivre.

      1. Et grande est la traîtrise du sur-moi, comme vous l’aurez remarquée, il a camouflé « mortifère » sous « motifère », comme quoi la vigilance est toujours de mise.

      2. Ni traitrise ni camouflage dans ces irruptions énigmatiques qui témoignent et de l’échec de la maîtrise vigilante, et de l’état d’un conflit entre forces qui ne tirent pas dans la même direction. La vie quoi…

  6. Remplacer le Sur-moi par le Big data !
    Whaou !
    Quelle belle idée !
    Laissez moi contribuer ; je vais vous pondre un argumentaire… et en avant !

    A priori , je me pose la question que m’inspirent de plus en plus d’innovations technologiques : Mais , pour quoi faire ? ( en pensant au sketche des Inconnus : eh Manu ? Tu descends ? – Mais pour quoi faire ? )
    Les grands singes n’ ont – ils pas fait une connerie en descendant des arbres ?

    Pourquoi remplacer ,( ou au moins lui adjoindre une prothese), ce bon vieux surmoi, auquel nous tenons tant ( à moins que ce soi l’inverse ) qui fait deja sans doute son boulot avec beaucoup plus de possibilités qu’une prothese ? ainsi qu’un membre valide semble encore preferable (?)

    Tel n’est pas le but , n’allons pas si loin, rassurons nous … il s’agirait d’organiser sa consommation personnelle (?) , sans doute de rationnaliser la consommation globale , gagner encore un petit peu plus d’argent en accelerant et en repartissant plus finement les flux des produits de consommation. Une enieme victoire du naturel et confortable conformisme … de la vitesse…un conformisme encore plus economique , l’ homo economicus enfin sur les rails ! enfin …

    Il ne nous manque plus que de nous affranchir de la pesanteur pour completer le tableau , nous deplaçants comme des fantomes , comme l’ame sortie du corps, comme un reve entre les grands rayons des hyper marchés !

    mais non , mais non , c’est encore une idée trop naive , il n’ y aura plus d’ hyper marchés !il n’ y aura plus de bagnoles et d’embouteillages du samedi matin… tout sera livré avant que l’on ai eu le temps de le demander , de l’imaginer , de le desirer…

    la fin du surmoi , la fin du desir , la fin du temps…
    la fin de la consommation ?
    les dernieres consistances existencielles vaincues …?
    frisson d’effroi …

    Mais non, mais non… nous allons tout remplacer, nous allons tout ameliorer , tout augmenter de votre vie psychique !
    à vrai dire c’est une question de survie de notre société dans son ensemble … soyons solidaires.

    Plutot un accroissement des possibilités de consommation ! Salivons !
    au lieu d’acheter les chaussures de rihanna , achetez toute la panoplie ! de toute façon endettée vous le serez immanquablement dans deux mois , suicidée dans deux ans, profitez-en avant qu’il ne soit trop tard , vivez votre ( notre ) reve d’une société hedoniste et spirituelle… ( on pense à toi Michel … On fraye… )
    programmez des maintenant votre trekking spirituel au nepal … nos manufactures du reve sont en train d’y construire une petite brocante , vous pourrez y trouver cette petite pipe à fumer de l’opium ( c’est quand meme plus joli que des electrodes ) que vous ne desirez pas encore , mais qui soulagera votre mal de dos dans trois ans ! ( probablement un cancer veniel… l’occasion d’une petite phase de desespoir existenciel qui resserera les liens familiaux ; et qui recevra le traitement medical adequat n’en doutez pas , signez là , endettez les, vos enfants comprendrons… la dictature economique dans une vingtaine d’années… nous les y preparerons avec toute l’ethique necessaire … ils ne cederonts pas aux faineants , aux cyniques etc…etc… )

    – He ! Manu Macron ! tu descends dans la rue ?
    – Mais pour quoi faire ?
    – He ! Manu ! tu descends ?
    – Mais pour quoi faire ?
    -He ! Manu… ?
    – …

    1. C’est plutôt rigolo , mais je pense que le fond du billet amenait plutôt à pointer l’indifférence , pas forcément un Manu lui même dans le big data …ou le sur-moi .

      1. à Juannessy
        Vous avez écrit plus haut « Je suis d’accord sur le rapprochement entre Sur-moi et Big data , via « l’indifférence » ( qui peut avoir ses vertus : être à cran en permanence conduit à la folie ou au suicide ). »
        Cette « indifférence » qui rapproche Big Data avec le Surmoi et qui nous permettrait de nous immuniser contre l’arbitraire de notre réalité, c’est toujours l’arbitraire non? Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide.

        Nous pourrions redéfinir la matière et le temps à partir d’une carte de crédit si une banque assurait ce rôle d’indifférence. Nous aurions alors la possibilité de nous détacher des impératifs auxquels l’homme a dû se plier les siècles passés. Après la rationalisation du capitalisme la possibilité de glisser sur un modèle socialiste où la production serait assurée par des robots. D’où l’opportunité et le devoir pour une banque aujourd’hui de remplir les fonctions de redistribution équitable des ressources. Une carte bancaire nouvelle définition jouerait le rôle d’un surmoi où le client (ou allocataire) vivrait autrement le rapport à la matière, une situation de rentier mais où la terre et la matière seraient perçues autrement par l’esprit qui n’aurait plus à se focaliser sur sa consommation, au lieu d’être possédé par le sentiment frauduleux d’avoir, la carte (la matière rationalisée) nous délivrerait de nos démons en prenant le devant, l’esprit satisfait de sa dépendance vis-à-vis de la matière, tout serait assuré par une puce de carte bancaire, nous serions livrés sans même avoir notre mot à dire pour notre bien-être, nous serions ravis de nous voir livrer périodiquement une paire de chaussure, mais s’il était question de chaussures dans un centre commercial avec le signal d’un smartphone, cela commence d’abord par les besoins alimentaire, hygiène et sécurité seraient eux aussi assurés par une carte bancaire nouvelle définition, elle nous comblerait selon nos droits universels et inaliénables des bienfaits du progrès et de la nature.
        Entre Surmoi et Big Data, une carte à puce peut faire le lien et cela n’est pas indifférence, la matière et le temps seraient perçus autrement.

      2. @Maissire :

        Ce que vous racontez de la carte à puce , bancaire ou pas , est sans doute judicieux , mais je ne trouve pas que ce sera un intermédiaire entre big data et Sur-moi , parce que c’est déjà une part du big data .

      3. C’est une part du Big data mais l’analyse du Big data engendre du Big data, jusqu’à intervertir cet ordre de grandeur?

      4. Vous voyez juste Juannessy : j’évoquais Big Brother, je ne faisais pas une recommandation.
        Mais j’imagine un manuel du futur : « Le remplacement du Surmoi par le Big Data fut recommandé par un certain Pol Jaurion. Le succès fut immédiat et nous jouissons depuis de ses fruits. Ayons une pensée pour cet ami véritable du genre humain ! »

      1. L’interiorisation ne résistera pas des lustres à une instabilité générale et une sortie violente de la zone de confort du grand nombre….collectivement et individuellement….tous au jihad buthlerien….

      2. @François Leclerc :

        Réponse brève mais recevable pour l’intériorisation collective .

        Pour l’intériorisation individuelle ?

    1. Vous avez raison. Le danger pourrait même être immédiat, par effet de mode. C’est bien pourquoi le refus est nécessaire. Ce réel danger de répression intériorisée est très fortement augmenté par les dissolutions sociales impliquées par le chômage.

    2. On ne voit pas très bien ce que vous entendez par « répression sociale intériorisée ».
      Il ne faut oublier que l’individu est soumis au règne d’un ou plusieurs systèmes (au sein de la société), qui eux peuvent exercer des pressions sociales, même très fortes. De plus il est plus difficile qu’auparavent de progresser socialement – « grâce » au système.
      Mes parents faisaient partie de la haute aristocratie européenne, par conséquent je sais comment les subalternes furent traités. Ils n’avaient pas de problèmes au niveau matériel (le logement, les repas et les vêtements, plus un modeste salaire) et même en cas de maladie et viellesse, on ne les laissait pas tomber. En revanche, ils n’avaient aucune chance de sortir de leur rang de subalterne.
      J’observe un phénomène similaire dans certains pays européens. La survie au point de vue matériel est assurée, il y a le RSA et d’autres aides, mais les possibilités de l’individu de sortir de sa condition sociale sont nettement moindres qu’avant, alors que les défenseurs du néolibéralisme anglosaxon ou germanique vous diront que chacun est le forgeron de son bonheur. En terme de déni cynique, il en connaissent un rayon!

      1. « On ne voit pas très bien ce que vous entendez par « répression sociale intériorisée ». »
        Soit vous êtes aveugle, soit vous êtes parfaitement intégré, soit vous vivez sur Sirius, soit vous êtes un être d’exception, fort et autonome.
        Je connais des quartiers où les filles ne sont pas libres de s’habiller selon leur choix. Un seul mot suffit « putes », il n’a même pas besoin d’être exprimé. La répression est totalement incorporé au mode de pensée de ces filles. Elles ne sont plus libres, intériorisation totale de la contrainte. Et cet exemple est minuscule…

  7. Je ne sais pas pourquoi, mais cette réflexion me fais songer à certaines expériences vécues dans le désert (sans GPS, ni gentils organisateurs, bien sûr) – ceux qui ont vécu ça comprendront… (désolé pour ce commentaire un peu décalé…).

      1. A chacun son désert… au centre du lac d’Annecy, une frêle bouée qui se dégonfle lentement autour du corps (épuisé de fatigue): impression de solitude totale garantie.
        En réalité le pédalo n’était pas loin…

  8. Je ne connais pas vraiment le Surmoi (nous n’avons jamais été présentés…) mais je pressens que le raisonnement vers le Big Data est très plat.
    D’abord mon Surmoi est à moi ! « Intériorisation des exigences et des interdits parentaux », il est bien une construction romanesque à moi. Ainsi dans ma réflexion permanente à consommer moins d’objets/aliments industriellement traîtés, mon surmoi résiste au Big Data, il m’y travaille. Car il me dit de participer à un Nous et en même temps d’assurer ma distinction dans ce Nous. Nous/famille, nous communauté villageoise, nous/ genre (sexe), nous/blancs, nous/intellectuels, nous/nation, nous/espèce humaine.
    Ses injonctions sont « arbitraires » ? Oui et non, puisqu’elles s’inscrivent dans un collectif, avec donc une part de légitimité/légalité. Ne sont-elles pas plutôt multiples, complexes, contradictoires ? Liés à mes identités (« nous ») multiples ? Le Surmoi n’est il pas le créateur autant que le « gestionnaire » de nos « soucis » ? Et ces soucis sont déterminés par ces « conscience morale, l’auto-observation, la formation d’idéaux » qui sont les vecteurs du Surmoi. « Aller chez le dentiste jeudi » est autre chose qu’un souci de calendrier ! c’est un écho du « lave-toi les dents » et du « nous nous lavons les dents » et du « le dentiste t’attend jeudi comme tu en a pris l’engagement contractuel téléphonique ».
    Enfin l’immunisation par l’indifférence ou « l’obéir sans se poser de questions » n’est qu’un outil, un truc partiellement satisfaisant. Car c’est loger le Surmoi dans le Sur-Nous, au mépris de ma distinction identitaire, essentielle. Sans doute le « big Data » (défini selon l’anecdote) a-t-il cet espoir de nous formater entièrement. Mais c’est une illusion.
    J’ai participé à des expériences de suivi de consommation par les « cartes de fidélité » pour suivre l’effet d’une campagne de conseils aux achats verts dans une grande surface. La campagne peut avoir des effets mesurables, mais elle ne nous dit rien du travail du Surmoi !
    Donc les trois indications d’une « transition indolore » ne parviennent pas à me convaincre. Admettons que le Big Data « singe » le Surmoi. Mais il ne peut gérer le travail du « Moi distinct dans le Nous commun ». Parce que l’immunisation n’est pas totale, n’est satisfaisante qu’un moment, pour laisser la place à d’autres soucis. D’où la réponse de PAul Jorion : les uns seraient privés de liberté, les autres ne seraient plus tétanisés par l’angoisse d’échec.
    Pour finir, le recours à Taubes fait écran (argument d’autorité), car il résume le temps au tourment du délai. Mais il y a aussi le délai du désir, le tourment de l’idéal dont on ne saurait se passer si on veut être moi.
    Ce tourment qui me faire lire Jorion et le commenter…

    1. Je n’ai pas compris qu’il était dit dans ce billet que le big data  » singe » le sur-moi . Il y est écrit que parmi les attributs multiples du big data , il y en a un qui répond à notre besoin « d’indifférence » qui est un des nombreux attributs du Sur-moi .

      Et que ,de la même façon qu’une IA est plus performante que « Nous » , le big data peut , par destination , manipulation ou pas , servir de support facile à cette  » indifférence » en partie nécessaire , d’une certaine façon  » déléguée » .

      Cette « indifférence », dans mon propre cinéma , c’est une des caractéristiques de l’une de nos quatre attitudes possibles relativement au « temps » , en l’occurrence , le Présent .

      Quand cette caractéristique du rapport au présent est seule en piste , elle donne des gourous , des disciples grégaires , des nazillons , des esclaves volontaires .Elle est alors le domaine de la rigidité , de la soumission ,du formalisme , de la dévotion ,de « l’optimisation formaliste », des « data » impossibles à changer …

      Quand elle est partie d’un ensemble , individuel ou collectif , qui « intériorise » en « même » temps , Passé , Hors du Temps , Futur , avec leurs exigences de qualités propres , elle devient une qualité nécessaire au progrès et au « salut » . C’est alors le domaine de la connaissance ,de la confirmation ,du dévouement, de l’optimisation économe , des juristes , des ingénieurs , des professeurs , des « professionnels » , des « data » sans cesse critiquées et actualisées .

      C’est la restriction mentale au « présent » ( qui d’ailleurs n’existe pas puisqu’il est déjà évanoui quand on en parle ) , qui est le drame , et c’est bien le risque si l’on ne se confie qu’aux data du présent d’une IA .

      Comme le passé et le futur sont aussi accessibles à l’IA , j’en reste à parier que c’est l’aptitude au « hors temps » , en notre for  » intérieur » , qui nous fait autres qu’une IA capable de régenter ( éventuellement mieux que nous ne l’avons fait ou le faisons ) notre espèce , sinon la terre et ses environs .

      J’ai baptisé mon for intérieur , Big Ego , pour être sur qu’il englobe le Nous !

      1. Je comprends un peu mieux, mais un outil ne suffit pas à faire un peuple moutonnier. Même si la publicité doit avoir un effet au vu des sommes engagées chaque jour. Le dilemme tel que posé par P.J. persiste : je veux bien ne pas manquer bêtement un rendez-vous mais pas que ma liberté soit aliénée à ce point. Ne prenons pas les autres pour des moutons. Ne réduisons pas le « souci » induit par le Surmoi (vecteur du regard critique aussi bien) à des problèmes de liste de courses.

      2. Un outil ne suffit effectivement pas à faire un peuple tout court , mais il est toujours un élément nécessaire parmi d’autres .

        Il y a des peuples aimants ….ou geignards ,
        Il y a des peuples créatifs …. ou chagrins et fantasques ,
        Il y a des peuples « pro » ….ou nazis ,
        Il y a des peuples audacieux et forts ….ou tyrans et brutaux .

        Dans chacun d’eux , les « outils » sont nécessaires pour assurer les connexions entre leurs membres .

        On cherche les peuples « pleins » capables d’être l’expression de ces quatre qualités , en échappant à leur quatre verso « viciés ».

        Il y en a qui sont plus capables que d’autres d’avancer dans cette voie , de par leur meilleur « sur-moi » accumulé dans leur histoire .

        Mais , pour le coup , ce sont quand même bien les « outils » qui restent à forger , pour réussir cette symbiose .

        Au point où l’on en est , je ne repère guère que:
        – « chantier sur le Pouvoir ( dont bien sur Démocratie , Etat providence et approfondissement du concept de Responsabilité ) « ,
        –  » chantier sur les Propriétés » ( dont Gratuités qui posent la question des frontières) ,
        – « chantier sur les savoirs et toutes les formes de cultures  »
        ( principale garantie de la dynamique et de la faculté d’adaptation ).

        Et un « réservoir à désirs » :

        Liberté , Egalité , Fraternité étendue au vivant .

        Ce sont ces outils là ( je veux le croire ) qui peuvent parer à un outil  » Big data » accompagnant les peuples dans une aventure moutonnière telle que celle de sinistre mémoire .

        Hé Manu ! Faudrait tirer Angela de sa paresse , de son trésorier cynique et de son extrémisme comptable !

        L’Europe , comme les Anarchistes , semble s’y casser les dents , et pourtant elle dispose de l’histoire et des peuples pour aller dans ce sens , avant qu’un Big chinois ne s’impose , qui ne rend pas compte de la pluralité des individus et de leurs aspirations .

    1. Le big data tient lieu de surmoi au sens de la psychanalyse: ce qui instruit la personne de l’extérieur. Tout ce qui la façonne selon comme on dit  » les lois et codes de la tribu ». Il faut dire aussi en quoi il détruit les codes acquis, et produit leur dépassement. L’article donné en référence sur l’I.A. ( conférence à la Sorbonne) contribue à comparer les « extracteurs artificiels de caractéristiques » ge l’I.A. avec les méthodes qu’utilise le seul cerveau (animal ou humain) et les sociétés antérieures à la nôtre, ou bien la nôtre. Par exemple nous sommes encore souvent instruits aux caractéristiques d’un domaine sans avoir conscience ou connaissance d’une méthode efficace d’extractions systématique des caractéristiques, comme dans les machines spécialisées. Exemple: Soit l l’apprentissage de la lecture: méthode alphabétique ou globale prennent-elles en compte le fait que les lettres ont des jambages et une tête, ce que savait très bien le typographe mais pas l’instituteur, à savoir les caractéristiques générale du système… Ce que le cerveau de l’enfant finit par trouver sans le savoir, comme monsieur Jourdain. Un tel surmoi de l’esprit scientifique, plutôt ou autant que moral ou éthique n’est est en effet  » pas pour tout de suite »?

      1. @thersite69 :
        Si l’on définit le « surmoi » comme « la capacité d’un individu humain, animal, ou « machine » à l’apprentissage non supervisé », les limites que posent Yann LeCun sont toujours valables.

      2. @thersite69
        D’où la problématique, big data ou pas : Pourquoi Sapiens Sapiens déléguerait-il son « surmoi » à des machines qui manifestement ne peuvent (pas encore) en avoir ?

      3. Dans le Big Data je n’ai encore vu que des méthodes de type statistique (éventuellement statistiques avancées, comme la régression logistique ou l’analyse de survie) appliquées à de la gestion de base de données. Mais il y a peut-être des choses qui ont échappé à mon attention.

    2. Tout est relatif. « tout de suite » ça peut vouloir dire 1 an ou 1 siècle, selon le contexte. Pour vous, c’est combien « pas pour tout de suite »?

      Il faut bien voir qu’en un siècle, en terme d’intelligence artificielle, on est passé de « rien » à « meilleur que les meilleurs experts humains » dans beaucoup de domaines. On a aussi de très bonnes théories de ce qu’est l’intelligence et de ce qu’est la complexité.
      Il n’y a a priori pas tellement de raisons de penser que cela va s’arrêter, quand on voit le nombre de personnes qui travaillent maintenant à améliorer tous ces systèmes le plus vite possible.
      Bref, à un horizon de quelques générations, je ne vois pas grand-chose qui ne pourra pas être fait aussi bien par une machine.

      Comme d’habitude, l’homme pense être unique, et va avoir du mal à accepter que ce n’est pas le cas…Le problème, c’est que cette fois-ci*, cela va avoir des conséquences très réelles.

      *autres situations similaires dans l’histoire de l’humanité:
      – quand l’homme s’est rendu compte que la terre n’était pas au centre de l’univers
      – quand l’homme s’est rendu compte qu’il n’était pas très rationnel
      – quand l’homme s’est rendu compte qu’il était essentiellement un animal
      – quand l’homme blanc s’est rendu compte que ceux qui ne lui ressemblaient pas n’étaient pas inférieurs
      …etc…
      Mais pour tous ces exemples, le fait de « ne pas se rendre compte » n’avait pas beaucoup de conséquences pratiques.

    3. Surmoi : dansez sur moi.

      https://www.youtube.com/watch?v=EtvimvzUR-c

      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Le soir de vos fiançailles
      Dansez dessus mes vers luisants
      Comme un parquet de Versailles
      Embrassez-vous, enlacez-vous
      Ma voix vous montre la voie,
      La voie lactée la voie clarté
      Où les pas ne pèsent pas
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Qui tourne comme un astre
      Étrennez-vous, étreignez-vous
      Pour que vos cœurs s’encastrent
      Tel un tapis, tapis volant
      Je me tapis sous vos pieds
      C’est pour vous tous que sur mes doigts
      La nuit je compte mes pieds
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Le soir de mes funérailles
      Que la vie soit feu d’artifice
      Et la mort un feu de paille
      Un chant de cygne s’est éteint
      Mais un autre a cassé l’oeuf
      Sous un saphir en vrai saphir
      Miroite mon sillon neuf
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi
      Dansez sur moi

      1. @Paul
        « Il n’y a pas de rapport connu entre le Big Data, un ensemble d’outils statistiques, et l’Intelligence Artificielle. »
        Donc vous conceptualisez le « machine learning »sans « big data ? Hébé …

      2. Sapristi, est-ce que l’apprentissage par le cerveau humain se fait par la connexion à du big data ? J’crois bien que non…

        La reproduction et/ou l’identification de valeurs moyennes, médianes ou extrêmes par la superposition d’énormes bases de données permettra évidemment de « simuler » l’intelligence (on insiste bien sur « simuler »).

        S’il s’agit de créer de l’intelligence tout court, c’est une autre paire de manche, et tout le big date du monde ne sera d’aucun secours.

      3. Je pensais pourtant que c’était par exemple les réseaux neuronaux artificiels qui pouvait faire que le réservoir Big Data devienne « I.A. »

        Mes propres neurones deviennent décidément has been .

      4. @Julien,
        Quand Paul écrit :
        « 2) Le Big Data nous délivre du rôle du Surmoi d’être le gestionnaire du répertoire dynamique des soucis à résoudre en anticipant les décisions que nous prendrions de toute manière. »
        Je suis d’accord sur l’argument jusqu’à ce point : remplace « gestionnaire (du) big data » par instance programmée sur un périphérique qui t’affiche ces données pondérées, et tu as la définition basique de l’IA, sans l’étape décrite par Yann LeCun dans le lien que j’ai donné plus haut : l’apprentissage non supervisé (le vrai surmoi) qui signe la machine vraiment intelligente qui soit dit en passant se conçoit que si elle peut traiter beaucoup de données. Alors pourquoi Sapiens Sapiens sous-traiterait-il son surmoi à une machine qui manifestement ne pourra jamais prendre conscience ?

  9. Est-ce le surmoi des pillards de Saint Martin qui leur a dit ?:
    « Rend toi dans le supermarché de Marigot, va au fond de l’allée à droite et prend le téléviseur 140 cm que tu ne pourrais jamais te payer sans ce p… d’ouragan »

    1. Si l’on admet que le cerveau reptilien est un coffre fort à sur-moi(s) , peut être bien .

      Pas sur qu’il ne s’agisse pas aussi de « revendre » plutôt que de disposer d’un bel écran .

      En tous cas , quand on habite sur une île , c’est un peu risqué vis à vis du big data .

      Par contre le sur-moi acquisition de données des soit disant marins qui ont laissé leurs bateaux décoller alors qu’un ouragan était annoncé depuis 8 jours , me parait un peu dérèglé .

    2. « Est-ce le surmoi des pillards de Saint Martin qui leur a dit ? »

      Non, la réponse est évidente : c’est le Ça : une combinaison de la volonté du corps de survivre et de celle de copuler.

      C’est leur corps qui les a conduits devant la vitrine brisée. Leur conscience est arrivée là avec entre 1/2 et 10 secondes de retard.

      1. « Ça » alors !

        Et s’agissant des marins qui ne savent pas ce que c’est que la météo , un bateau et la navigation ?

      2. C’est pareil : c’est la volonté du corps de rentrer à la maison. Les marins savent le temps qu’il va faire, c’est vrai, mais ne leur demandez pas comment ils font : leur conscience n’y est pour rien !

      3. Ça tombe bien, la Justice humaine ne juge et n’emprisonne (ou ne supplicie) que les corps, coupables oh combien coupables, voire décapitables.
        Le Tribunal des consciences, céleste probablement, entre en scène plus tard, entre 1/2 et 10 secondes plus tard.

      4. Je demandais ça parce que je connais un type sur Annecy assez fortuné pour avoir un bateau ancré à Saint Barth , mais assez marin et futé pour avoir sauté dans un avion avant l’ouragan et prendre la direction du sud sur son bateau dès qu’il a été là bas .

        Je pensais qu’un marin breton ou antillais plutôt qu’en lac français , avait les mêmes « réflexes ».

      5. Mais je retiens que j’ai sans doute dit une bêtise en croyant pouvoir attribuer au cerveau reptilien la qualité d’un coffre fort à sur-moi(s) , alors qu’il est d’abord le réservoir à désirs .

        Pour m’en tirer avec les honneurs , je dirai qu’il n’est pas très facile de distinguer l’inné de l’acquis dans le cerveau reptilien .

      6. @Paul Jorion
        J’avais un chauffeur qui prédisait le temps plusieurs jours d’avance. C’était un ancien paysan qui, après un passage chez les CRS, préférait le métier de chauffeur. Il disait qu’il observait la nature, voilà tout. Je présume que ces gens-là ont conservé un contact plus intime avec la nature – que nous avons perdu.

      7. Pourtant une demi-heure avant quelqu’un leur a demandé où ils allaient et ils ont répondu <>!
        Il y a quelque chose qui me manque Mondieur Jorion ,
        Quelque chose permettant d’expliquer pourquoi ils savaient où ils allaient avant que leurs corps n’y aillent.
        Sinon dans tous les exemples il y a des choses qui ne tiennent pas vraiment la route dans cette théorie.

  10. Après plus d’un siècle de comportement « fermionique »(égoïsme) sans limite, il est en effet temps que les civilisations occidentales se rapprochent du « bosonique » (commun), histoire de revenir à l’équilibre du « hadron ».
    Les similitudes qui existent entre les familles de particules élémentaires et les grands groupes de comportement humain ne sont pas une coïncidence « divine » ou fondamentale de notre univers. C’est juste la lampe de poche que nous utilisons pour l’éclairer.
    « Yin/Yang » ou « Force/Particule », il faudra aussi un jour en sortir !

  11. Rien à voir avec le surmoi (quoique), mais je voudrais commenter la vidéo sur Louis Derungs.
    J’admire le courage de ce jeune homme et les défis qu’il se lance, mais le discours de cette vidéo me met mal à l’aise.
    Il est dit clairement que si l’on veut l’on peut.
    Je reconnais là une idéologie de droite pur sucre qui attribue la réussite ou l’échec des individus à leur seule volonté, leur seul mérite. « On est maître de son destin » (à 2mn 58). « On est responsable de ses échecs comme de ses réussites »…
    La richesse des riches est due à leur seul mérite et la pauvreté des pauvres à leur manque de volonté, d’énergie…, bref à leur fainéantise.
    Attention, il ne s’agit pas de tomber dans l’excès inverse et de tout attendre des autres, de l’État…
    Mais si l’on pouvait éviter les clichés et la pensée binaire.

  12. Bonsoir
    Ne perdez pas votre temps. Le big data est un écran de fumée. Les commissaires politiques énoncent le « correct » qui doit être accepté par tous. Le medium technique est accessoire.
    Bonjour chez vous.

  13. Pour ceux qui consentent à quitter de loin en loin les paysages dystopiques jorioniens, la Commission Européenne veut interdire aux entreprises de fournir des moniteurs physiques (genre Fitbit) à leurs employés ou même d’avoir accès aux données si leurs employés en portent et y consentent, y-compris les données agrégées de l’ensemble de leur main d’œuvre.
    https://ec.europa.eu/newsroom/document.cfm?doc_id=45631
    https://www.bloomberg.com/amp/news/articles/2017-09-11/fitness-tracking-startups-are-sweating-due-to-eu-privacy-regulators

  14. Sinon, question Grosses Données toujours, Steve Banane faisait ce matin un petit speech chez un broker de Hong-Kong.
    Ben, entre autres joyeusetés genre « America First chez les bridés », il a déclaré avoir défendu bec et ongles une nationalisation de Google et Facebook durant son passage à la Maison Blanche, rien que ça…

    I was leading the effort within WH to turn Google and Facebook into public utilities.

    Marvelous.

  15. Le big data ne serait-ce que la main invisible (ou trop visible) d’un marketing amélioré (augmenté), qui nous dit ce qu’il faut acheter, ou et quand, sur fond de servitude volontaire.
    Alors si le surmoi est construit pour obéir à ce type d’injonctions, ça peut marcher.
    Très peu pour moi.

    La vraie question c’est qu’est-ce qui détermine le surmoi ? et les conditions de production du surmoi ont-elles changées avec l’invasion massive du numérique et des écrans.

    Bernard Stiegler à réfléchi là-dessus et dans son bouquin « la télécratie contre la démocratie » il montre que les industries du numérique, en court-circuitant les mécanismes d’individuation (ce qui nous constitue) et les mécanismes de trans-individuation (ce qui relie le psychisme au collectif) empêche la transformation des pulsions en désirs.
    Il y a alors blocage au stade des pulsions (narcissiques) et une incapacité d’accéder à une conscience collective, c’est à dire politique.
    (Résumer un bouquin de Stiegler de 270 pages en deux phrases, c’est pas évident, mais je recommande sa lecture)

    1. Si j’ai compris l’esprit du billet , il ne s’agit pas de spécialement pointer le risque accru de manipulation du marché ( qui existe bien sur ), mais plutôt le risque d’une délégation trop facile et confortable de notre souci ( et nécessité ) de banalisation de « préoccupations » de tous ordres , sans les passer à notre propre moulinette .

      En rappelant qu’une des trois composantes du soliton est la Complexité , on peut comprendre que cette tentation ( par paresse, fatigue ou ignorance) est là , et que si notre réponse à la Complexité est l’indifférence et la délégation sans esprit critique , nous sommes en danger .

      Tels Andromaque qui s’écrie :

       » je me livre en aveugle au destin qui m’entraîne »

      Et ici le destin peut prendre le masque du Big Data ( puis de l’IA ).

      Entre héros racinien et héros cornélien ,entre « Ça » et « surmoi », le monde cherche son destin , ses outils , ses plaisirs…

      Sa raison d’être , de faire , de jouir et de communiquer .

  16. « En rappelant qu’une des trois composantes du soliton est la Complexité , on peut comprendre que cette tentation ( par paresse, fatigue ou ignorance) est là , et que si notre réponse à la Complexité est l’indifférence et la délégation sans esprit critique , nous sommes en danger . »

    Oui et trois fois oui !

  17. « Alors pourquoi Sapiens Sapiens sous-traiterait-il son surmoi à une machine qui manifestement ne pourra jamais prendre
    conscience ? »

    Parce que les gafa ont déjà commencé via leurs applis joujoux zé autres SIRI ou google en mode vocal ou maps etc…à jouer partiellement ce « rôle » là et que l’on peut raisonnablement compter sur la facilité et le confort d’usage de ces « prothèses », le big data et le cloud en plein essor, pour que certains finissent par facilité par ne plus pouvoir s’en passer, au point d’abdiquer peut être, hélàs, le peu de conscience et d’esprit critique, ie de discernement qu’ils leur restent, et ce pour le plus grand bonheur des gafa.
    Mais comme le souligne Juan , tant qu’on a le choix.
    Eyes wide open and see you later, alligator.

    Dans l’immédiat les neurones en gelée des quelques agités du bocal qui savent faire usage des médias comme Trump ou Bannon, entre autres, me semblent plus nuisibles via les réseaux et autres médias et l’usage qu’ils font des datas pour enfumer les esprits égarés.

  18. L’idée proposant le « big data » comme nouvelle figure d’un « surmoi » extériorisé; c’est-à-dire paradoxalement l’extériorisation du « social intériorisé » m’a paru très séduisante, puis je me suis demandé ou passerait la dimension inconsciente ?

    Pour faire court, je citerai Jean Oury dans les Séminaires de Laborde (1997)

    §

    « …On a sous les yeux une personne en proie au Surmoi, «
    un Surmoi obscène et féroce », comme le dit Lacan. Freud dit bien que le Surmoi, topiquement, est en grande partie inconscient, sans quoi ça n’aurait pas cette allure vertigineuse. Le Surmoi est en rapport avec quelque chose qui dépasse l’individu, de l’ordre d’une « dette » à payer ; une « dette symbolique » mais que le sujet n’a pas contractée lui-même. C’est d’une injustice inouïe. Il faut qu’il paye de sa personne, de son existence, en faisant des actes absurdes, avec un rituel ridicule dont il a honte ; il est obligé de se plier à ça. Mais qui a contracté une dette pareille ? »

    §

    Puisque le « big data » serait une injonction impérative « à acheter », alors la dimension inconsciente ne serait-elle pas la dette vis-à-vis de la « gratuité de l’indispensable », laquelle obligerait à prendre les transports en commun « gratuits » afin d’aller bosser chez les autres, et -injustice inouïe – pour des miettes « de superflu » ? Mais qui contracterait une dette pareille ?

    1. Je ne sais pas si j’arrive à traduire PSDJ , mais là , je suis dans le brouillard .

      Je n’avais pas compris du propos de Paul Jorion qu’il réduisait le big data à une « injonction impérative à acheter » , ni même que ce soit le caractère marchand de son exemple qui soit (encore trop) le risque pressenti .

       » Une dette vis à vis de la gratuité de l’indispensable »… ?

      1. Par contre , j’ai compris votre premier paragraphe , bien qu’ayant de mon côté plutôt écrit  » externalisation » que « extériorisation  » .

    2. Non, tu irais bosser chez cet autre, ou pour toi-même, c’est pareil, pour que cet autre ou toi-même finance ce transport gratuit avec le produit de ton travail.

      1. @Vigneron,

        Pour – nous -, ce n’est pas pareil d’aller bosser pour autrui. Nous développerons le bien commun gratuit, et bien plus loin que l’indispensable. Pourquoi voudriez-vous que les propriétaires de robots nous nourissent « à la marge », de quel droit obtiendrait-ils ce privilège? Ce ne sont pas les robots qui seraient taxés, mais leur propriétaires.

        Comment mettre en oeuvre la nécessaire transition, sinon en autorisant les désoccupés à oeuvrer librement au bien commun et sur des espaces rendus constitutionellement ouverts à l’exercice pratique de leur philia naturelle et désintéressée ?

  19. Venant du « big data », l’injonction à agir ou à acheter revient à nier tout espace de liberté. L’enferment dans cet espace doit donc reposer sur une culpabilité inconsciente.

    Proposer la gratuité des biens essentiels sans instituer des espaces concrêts pour l’exercice de la liberté, « autres que » d’aller voter et prendre le train gratuit afin d’aller, pour le superflu, librement se subordonner à la volonté d’un autre (travailler), on ne peut rien imaginer de pire. Ne croyez-vous pas ?

    1. Je suppose que Cheter est le sur-moi de Jean-Luce Morlie ?

      Je vais potasser un peu plus cette autre injonction de  » culpabilité » ou  » dette » , qui pour avoir la caution de Freud ( qui dans votre évocation se contente de parler d’inconscient) , n’en mérite pas moins critique .

  20. Un avatar de cette idée dans cette chronique de Eva Wiseman dans le Guardian : le prisme est ici celui des questions « comment … » (how to …) qu’on pose à Google.

    https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2017/sep/17/the-how-to-questions-the-internet-needs-to-answer

    Quelque part, cela bidouille le « surmoi », et un autre halo, mais je ne l’appellerais pas le « sous-moi ». Qui dit mieux ? Une échappatoire vers une conscience « multiple » qui échappe à la « voie unique » que nous impose le couple langage / lecture dans notre flux de conscience ?

    1. « Comment ça marche ?) ne dit jamais pourquoi çamarche .

      Mais les anglo-saxons ( et Gudule ) qui ont « réponse à tout » , répliqueront :

       » if it runs , don’t fix it « .

      1. @Juannessy dit :
        17 septembre 2017 à 14 h 41 min

        merci Juan, mdrr. Cela dit, comme Thersite69 l’ a évoqué (ça ne s’invente pas …) : faire bander la (ie sa) babasse. Ben vi, cool. Ah ?
        Tout cela ne répond pas a la question de CE qui fait que babasse bande, danse and singin in the rain et tout et tout…, ou pas, je vous l’accorde. A fortiori, lorsque les voies du divin sont impénétrables, ça peut être gênant. A vrai dire, ma naturelle et rebelle babasse reconnait (les voies et les voix), et mieux que moi. Youpi. Et elle se fiche comme d’une guigne de savoir si elles le sont ou pas. Mode d’emploi ? C’est koi ?
        Si ça ne fonctionne pas, demandez simplement et gentiment à votre babasse joyeuse. Pour peu que le réseau ne soit pas trop saturé, ni le plafond encombré, elle vous répondra. Sinon ,rien n’interdit d’ouvrir les fenêtres et d’aérez, mais bon, c’est à chacun de s’y retrouver, ou pas, dans son dialogue intime avec sa babasse . Sur ce, ma babasse et moi même, nous nous faisons un vrai plaisir de vous embrasser chaleureusement Juan. 😉

        PS : Quant à choisir, entre la prose ou les vers luisant d’un opiomane ou d’un cocaïnomane explorant-déshinibant son inconscient, je préfère, ô combien la beauté sombre, poétique et lumineuse de l’inconscient de Baudelaire à celui rat-goutant et très encombré, de Herr Freud l’affreud

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