Irma et la multiplication des pluies extrêmes et dévastatrices, par David Leonhardt

Billet invité. Merci à Arnaud Castex pour la traduction.

Irma, and the Rise of Extreme Rain, par David Leonhardt
© New York Times, le 12 septembre 2017

L’air chaud se charge de plus d’eau que l’air froid. Ceci se comprend sans même devoir y refléchir. L’humidité plus importante de l’air chaud empêche le desséchement de la peau en été et explique pourquoi les forêts de l’étouffante Amazonie reçoivent bien plus de précipitations que celles du nord du Canada.

Il y a 40 ans, la température de la surface du globe a commencé à dépasser ses limites historiques récentes et elle augmente continûment.

Ce n’est donc pas par hasard si le nombre de tempêtes aux précipitations extrêmes a débuté au même moment.

Selon les travaux de Kenneth Kunkel de l’Institut des Etudes Climatiques de Caroline du Nord, le nombre des pluies extrêmes et dévastatrices est en augmentation de plus d’un tiers depuis le début des années 80 .

Pour Kunkel, le seuil « extrême » des précipitations change suivant les régions, selon la quantité de pluie que celles-ci reçoivent. Ce seuil correspond à la fréquence de tempêtes exceptionnelles, ne se produisant qu’une fois sur une période de plusieurs années,- celles dont l’intensité submerge la capacité organisationnelle d’une communauté à y faire face.

La principale raison pour laquelle ces événements semblent plus fréquents est le réchauffement climatique. Gabriel Vecchi, un chercheur de l’université de Princeton, compare l’air chaud à un grand seau. Il peut transporter une plus grande quantité d’eau depuis les océans pour la déverser ensuite sur le continent.

Mes lecteurs habituels savent que je pense qu’il faut évoquer franchement le lien entre le changement climatique et les évènements météorologiques. Certes les causalités sont complexes. Alors que des pluies plus abondantes sont plus fréquentes sur certaines régions, par exemple, d’autres ont subi plus de sécheresse.

Pourtant les être humains devraient être capables d’appréhender cette complexité. Les preuves que le changement climatique affecte le temps qu’il fait sont accablantes. Irma et Harvey ne résultent pas du changement climatique mais ils n’auraient pas été aussi puissants si l’atmosphère et les mers qui les alimentent n’avaient pas été si chauds.

Et l’augmentation de pluies extrêmes n’est pas limitée aux ouragans. « Les précipitations exceptionnelles sont plus fréquentes sur la plus grande partie du territoire des États Unis » indique la dernière version du rapport d’Evaluation du Climat National, rédigé par des scientifiques soucieux de ne pas faire de déclaration exagérées. Ce rapport relève qu’« Il existe des preuves fortes que l’augmentation de la quantité de vapeur d’eau, du fait des températures plus élevées, est la cause principale de cette augmentation » des pluies diluviennes.

Ce suivi des précipitations nous adresse un avertissement. Le climat est en train de changer. Ses modifications occasionnent déjà des dégâts qui vont s’accélérer à mesure que la planète se réchauffe.

Il suffit de considérer la Floride. Irma, Dieu merci, est arrivée en bout de course et a causé moins de destructions qu’attendu. Mais la Floride doit affronter un problème bien plus considérable qu’aucune autre tempête. Les pluies plus fréquentes aboutissent aux océans dont le niveau s’élève déjà du fait de la fonte des calottes polaires. La Floride est également l’état le plus plat, à peine au-dessus du niveau de la mer. Par conséquent les inondations et des marées destructrices deviennent plus fréquentes.

La ville de Hallandale Plage a dû fermer ses puits d’eau potables, envahis par l’eau de mer, comme le rapportait Elisabeth Kolbert. En 2013 Miami a élu un maire qui a promis de s’occuper des inondations, il a fait campagne en promouvant les déplacements en kayak. Dans la ville voisine de Coral Gables, comme l’a rapporté récemment Christopher Flavelle de l’agence Bloomberg, le maire s’inquiète des risques pour la circulation fluviale due à la hausse du niveau des eaux, les bateaux « rampant » sous les ponts.

Bienvenue à l’époque des pluies extrêmes et devastatrices. Nous pourrons toujours prétendre qu’il ne s’agit que d’une coïncidence et constater passivement l’accumulation des conséquences. Ou nous pouvons commencer à faire quelque chose en réduisant notre consommation d’une énergie sale qui modifie notre climat, et en nous préparant pour un avenir qui sera plus chaud et pluvieux.

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Note : la définition du caractère « extrême » dépend des régions, suivant la pluviométrie typique du lieu. À Beaumont au Texas, par exemple, une averse extrême dépassera les 21,5 cm de précipitations ; à Tucson ce sera 5,7 cm de précipitations. Sources : Kenneth Kunkel, North Carolina Institute for Climate Studies (pluies extrêmes) ; NASA (temperatures).

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