LE TEMPS QU’IL FAIT LE 15 SEPTEMBRE 2017 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 15 septembre 2017. Merci à Marianne Oppitz !

Bonjour, nous sommes le vendredi 15 septembre 2017 et parfois dans la vie il y a ce qu’on appelle d’heureuses coïncidences. Et ce matin, quand j’ai ouvert mon courrier, quand j’ai regardé mes mails, il y avait une heureuse coïncidence. C’est qu’on me proposait – quelqu’un qui fait souvent des billets pour le blog – ce dont je le remercie : Alexis Toulet, il me proposait un billet qui dit exactement le contraire de ce que je m’apprêtais à vous dire. Et, du coup, je l’ai mis en ligne avec enthousiasme, mais en précisant que la thèse, défendue par lui, était absolument le contraire de ce que je pense. Alors, je vais quand même faire un petit exposé pour en arriver là.

Vous l’avez peut-être vu et en particulier vous avez peut-être souffert du fait que vous vouliez me voir, vous vouliez m’entendre, à Montpellier, à Toulouse ou à Auch et que je ne m’y suis pas trouvé. Il y avait une bonne raison, c’est que j’aurais eu bien du mal à arriver jusque-là. On a fait des examens qui ont éliminé, je dirais, les hypothèses les plus tragiques et les plus dramatiques et il en reste une qui est relativement bénigne mais pas, pour autant non-douloureuse !

Toujours est-il donc que je me suis retrouvé aux urgences, dimanche soir et plutôt lundi matin ! Je me suis retrouvé à un endroit qu’on appellerait sans doute, à juste titre, l’antichambre de la mort parce qu’il y a… je fais partie de ces personnes qui ont pu repartir chez elles après qu’on ait pu regarder ce qu’elles avaient… mais il y en a qu’on a envoyé dans des chambres là-haut !

Donc, on réfléchit (rires), on a l’occasion de réfléchir sur ces brancards, sur son brancard, entouré de personnes qui… certaines crient que leur cas est plus grave que ce qu’on imagine, ça c’est assez dramatique. Il y en avait un autre, un vieux monsieur qui criait lui, au contraire, que son cas était beaucoup moins dramatique que ce qu’on imaginait : qu’il n’était pas là pour son pacemaker défaillant mais qu’il était là parce qu’il était tombé de moto et qu’il s’était fait mal au genou. Près de moi, il y avait un jeune homme, c’était le jour du semi-marathon de Vannes et là… il y a aussi une leçon à tirer de ça ! la doctoresse vient et dit : « On a le résultat de votre examen sanguin. Est-ce que vous savez que vous avez une maladie rénale sérieuse ? » Et le monsieur dit « oui » et elle a ajouté : « Et vous avez participé au semi-marathon » ? Et il a dit « oui » mais le résultat, c’est qu’il se retrouvait aux urgences. Elle n’a rien dit, mais elle a levé les yeux au ciel. Et ça, c’est le problème des médecins en salle d’urgence, les infirmiers, les infirmières qui ont des gens là comme moi qui leur disent : « Est-ce que vous êtes sûr qu’il y a vraiment un anti-douleur dans cette perfusion ? » (rires) mais il y en a d’autres qui hurlent et qui… voilà, qui ont peur.

Et donc, quand on est allongé là pendant de nombreuses heures, le temps qu’on comprenne ce que vous avez et qu’on trouve un médecin ou une médecine qui soit par là… pardon, un docteur ou une doctoresse, vous avez le temps de réfléchir et de vous poser la question, si vous n’êtes pas très, très prêt de la porte de sortie et de faire peut-être un bilan…

Oui ! j’ai eu l’occasion de faire ce bilan (rires) et en particulier de me demander où j’en étais de mes écritures. Parce que cela fait des années et des années et, comme j’ai travaillé dans le privé, je n’avais pas toujours le temps d’écrire ce que j’avais envie d’écrire, de faire les livres que j’avais envie d’écrire, et surtout de trouver, à une époque, des éditeurs qui auraient envie de publier ce que j’écris – ce qui est le problème de la quasi totalité des auteurs, vous le savez bien. Une fois qu’on a amorcé la pompe et qu’il y a des gens qui aiment vous publier, on est sauvé de ce côté-là. Et je m’étais dit à ce moment-là, c’était quoi ? dans la nuit de dimanche à lundi, je m’étais dit : eh bien, j’ai pratiquement terminé avec Qui étions-nous ? », j’ai pratiquement terminé d’écrire ce que j’avais envie d’écrire. Voilà : les choses, les idées ,que j’avais envie de mettre sur le papier. Comme il y aura 22 volumes (rires) ce n’est déjà pas mal, hein ? Voilà, j’aurai rempli ma mission de ce côté-là qui est de vider mon cerveau à l’intention de tout le monde, pour partager ce que j’ai pu trouver – que ce soient des illusions, des mirages ou des vœux pieux, pourquoi pas ? mais enfin, j’aurai dit ce que j’avais envie de dire.

Et, là, je me suis posé la question : « Mais qu’est-ce que tu feras ensuite, si tu as la chance de sortir ce soir (rires) – ou plutôt, ce matin très tôt – de l’endroit où tu te trouves ? » Et, là, je m’étais dit : il y a deux choses. La première, je vous en ai déjà parlé, la première c’est… j’ai appris à faire de la psychanalyse, à être psychanalyste et j’ai commencé à le faire. Certains d’entre vous qui me lisez ici, le savent et je crois que je fais ça… c’est un métier que je fais correctement. Vous me direz que je faisais mon métier de banquier aussi correctement, mais pourquoi est-ce je crois que je peux faire un bon psychanalyste ? D’abord parce que j’en ai fais une moi-même et que… une qui a été réussie et l’autre chez quelqu’un qui n’avait absolument pas le talent pour le faire et dont je me demande comment il était arrivé là où il était. D’abord, j’aieffectivement appris le métier et puis je crois que dans un métier comme ça, il faut beaucoup d’empathie, pour pouvoir se mettre à la place de quelqu’un d’autre. Il faut que les émotions que quelqu’un ressent devant vous, il faut que vous puissiez les faire vôtres, en écho. Et là, il y a un neveu qui me regarde sans doute, ici aussi (rires), qui m’avait demandé l’autre jour de faire un test d’empathie et, j’ai fait le test et j’ai découvert que j’étais en dehors de la fourchette… j’étais en dehors de la fourchette… pour les hommes ! Pour trouver une note comme la mienne, il fallait aller dans la fourchette des dames. Voilà ! Je me retrouvais ne pas être un homme, de ce point de vue, mais d’être plutôt une femme, c’est à dire, d’être vraiment très haut dans la fourchette (rires) et je crois que c’est une des qualités qu’il faut pour pouvoir faire un métier comme celui-là. C’est de vibrer en écho avec la personne qui vous parle de ses soucis !

Il n’y a pas que cela en psychanalyse ! il faut reconstruire dans sa tête, le graphe, le réseau de la personne et surtout la partie où cette personne n’a pas accès. La partie dont Freud disait qu’elle en a fait un tabou : la partie à laquelle cette personne ne peut plus accéder. Alors, là, l’interprétation, c’est de dire, sous forme de mots, d’énigmes… de rébus comme disait Lacan. Une forme de rébus : de dire à la personne ce qui manque, ce qu’elle a caché, ce qu’elle se cache à elle-même. Pas sous forme de longues explications futiles et bavardeuses, mais sous la forme d’un mot, simplement, qui bloque.

Mais, l’autre chose et, c’est ça qui me renvoie à l’article d’Alexis Toulet, je me disais : « Si j’ai encore un peu de chance, oui… (rires) encore un peu de chance et encore un peu de temps », une chose que j’ai dû interrompre non pas parce que j’avais l’impression que j’avais terminé de faire ce qu’il fallait faire là, mais simplement parce qu’on m’a dit : « Il n’y a plus d’argent pour continuer à vous payer » et, j’ai expliqué plusieurs fois, on m’a dit à ce moment là, comme aux autres membres de l’équipe : « Vous ne le saviez pas mais, en fait, vous étiez payé pas par nous, British Telecom, mais par les fonds du ministère de la défense ». En ajoutant : «  Si on ne vous l’a pas dit c’est parce qu’on sait bien que si on vous l’avait dit, eh bien, vous ne seriez pas là : vous n’auriez pas accepté de le faire. » Et ça, c’est une raison très importante. C’est la raison pour laquelle des gens comme Stephen Hawking et Elon Musk et d’autres ont raison de dire qu’il y a un très grand danger à confier simplement, dans chaque pays, à confier la direction de la recherche sur l’intelligence artificielle au ministère de la défense. Ce n’est pas une bonne idée. L’article d’Alexis Toulet que vous allez voir sur mon blog dit que, eh bien que comme on est encore très, très loin d’être arrivé à quelque chose en intelligence artificielle, le danger n’est pas aussi grand que ça. Non, non, non ! On est très près, on est très près d’arriver à ce qu’on appelle la singularité, contrairement à ce que dit Alexis Toulet.

Ma conclusion, c’est que si j’ai encore un peu de temps, si j’ai encore un peu de « supplément », comme disait Jean-Jacques Rousseau, c’est dans… je crois que c’est dans Les Confessions. Un jour, il croit mourir et puis il réfléchit après et il se dit : « Maintenant, comme j’ai fait une croix sur moi-même au moment où j’ai cru que j’allais mourir, chaque jour qui viendra en plus, sera un supplément. Chaque jour de plus est un luxe et que j’apprécierai comme un luxe ». Alors, si j’ai le luxe de vivre encore un peu de temps, ce que je voudrais faire, c’est retourner à la recherche en intelligence artificielle (rires). Vous me direz c’est un… oui, j’ai un âge avancé pour commencer… mais, non ! je ne commencerai pas : j’ai quand même un bon bagage, et Alexis Toulet a la gentillesse de le reconnaître dans son papier qu’il avait d’ailleurs, à l’origine, publié d’abord sur son propre blog : je ne partirai pas de zéro : j’ai de bonnes bases.

Alors, on va voir… on va voir ce qui va se passer et, si j’ai la possibilité, j’aimerais bien me remettre à ça, parce que, c’est vrai ! c’est qu’en 1990, au moment où on m’a dit : « On n’a plus l’argent pour vous payer », il y avait des goulots d’étranglement ou des goulets d’étranglement. Il y avait des choses qui… on avait vraiment l’impression d’être bloqués. Mais certains de ces bouchons ont sauté et on peut repartir sur de meilleures bases. Et puis surtout, la capacité de calcul, en arrière-plan, est bon… vous connaissez la loi de Moore … on n’était pas – en 1989 – on n’était pas limité par la taille de la mémoire mais il y avait quand même des choses qu’on ne pouvait pas envisager du tout de faire. Par exemple la simulation en taille réelle du fonctionnement du cerveau humain. Maintenant, ça devient de l’ordre du faisable.

Bon, ben voilà ! Voilà ce que j’avais envie de vous dire aujourd’hui. Encore mes excuses à ceux qui sont venus à Auch, Toulouse ou Montpellier pour m’écouter, je n’étais pas en forme. Vous me direz : « Mais vous êtes très en forme aujourd’hui ! » Mais oui, heureusement, heureusement ! On me fait encore lundi des examens qui essayeront d’approcher au plus près de ce que j’ai véritablement. Alors, je ferai peut-être une sale tête (rires) en fin de journée lundi, mais en attendant, oui, voilà ! pour le moment, ça va.

Allez ! À bientôt.

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