LE TEMPS QU’IL FAIT LE 22 SEPTEMBRE 2017 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 22 septembre 2017. Merci à Olivier de Taxis !

Bonjour, nous sommes le vendredi 22 septembre 2017 et contrairement à l’ami Georges, je ne dirai pas : — aujourd’hui, le 22 septembre, je m’en fous ! (chanson de Georges Brassens).

La presse anglo-saxonne en particulier parle surtout ce matin de l’utilisation par le président nord-coréen, monsieur Kim Jong-un, de l’expression dotard, à propos de M. Trump, président des États-Unis.

Alors on vous expliquera qu’il y a eu un pic sur Google de gens qui voulaient comprendre ce que le mot dotard veut dire. Apparemment il n’est pas familier du tout des Américains. C’est un mot que les Anglais en fait, à mon sens, connaissent bien mais qui n’est pas dans le vocabulaire américain. C’est un mot qui est utilisé en particulier, j’ai vu, dans plusieurs pièces de Shakespeare et ça veut dire, voilà : — c’est un vieillard sénile. Apparemment le mot dotard vient du français, de radoter. Et donc dans l’escalade entre le président américain qui avait parlé l’autre jour aux Nations-Unies de raser la Corée du Nord et du président nord-coréen qui dit qu’il va faire rentrer les mots dans sa gorge à ce vieillard sénile qu’est M. Trump — notre sort n’est pas en d’excellentes mains ! Ce sont des fous furieux qui sont à la tête de nations peut-être pas importantes, pour la Corée du Nord mais, en raison du fait qu’elle se pourvoit d’armes nucléaires, elle joue un rôle important sur l’échiquier international et menace de les utiliser si on l’attaque, si on la menace.

Alors, vous avez vu sans doute sur mon blog, la meilleure explication à ma connaissance — enfin de ce que j’avais vu moi de la situation de ce qu’est la Corée du Nord — c’est un article par DD & DH — si vous ne l’avez pas vu, je vous recommande de le lire. On me signale, on m’envoie des liens, vers des sites complotistes qui vous racontent des histoires invraisemblables à propos de la Corée du Nord. Là, ici, sur le blog de Paul Jorion, il y a une explication très claire de la situation dans laquelle nous nous trouvons et comment nous en sommes arrivés là — à la suite de vieilles rivalités qui datent du 17e/18e siècle entre la Russie et le Japon sur la zone qui est constituée de la Corée qui n’a jamais fait partie de l’empire chinois et qui a souvent été composée d’un certain nombre de petits royaumes, deux ou trois.

Alors qu’est-ce que ça nous dit cette situation géopolitique explosive ? — parce que quand il y a des fous furieux qui échangent des insultes et que tous les deux ont accès à l’arme nucléaire, évidemment le monde est en danger : du fait que nous avons encore, nous Occidentaux, des alliances par le biais de l’OTAN avec les États-Unis et un président un peu effectivement « fou » à sa tête.

Quand on dit fou, moi je mets « fou » entre guillemets. C’est la même chose que quand on parle de Hitler en disant : — mais vous savez c’est très simple Hitler était un fou. Non, non M. Hitler n’était absolument pas un fou. Il faut comprendre comment les gens fonctionnent. Et les appeler « fous » quand ce sont des gens qui sont élus à la tête d’une nation par des votes démocratiques, il faut faire très attention : non, il ne s’agit pas de fous. Dans le cas de M. Trump c’est un monsieur qui est un homme d’affaires, un chef d’entreprise, qui a réussi et qui considère que les méthodes par lesquelles il a réussi — bien entendu il a déjà hérité au départ de beaucoup d’argent mais il a réussi dans ce qu’il a fait — il a réussi en étant un autocrate, en étant un tyran. En étant en fait — il faut appeler les choses par leur nom — un bon chef d’entreprise. Parce que ce que nous voyons surtout avec M. Trump, c’est ce que ça donne quand un bon chef d’entreprise dirige un pays. Cela nous montre la distance qui existe entre le monde des affaires et celui du sens commun des gens ordinaires. Parce que M. Trump n’est pas seul dans son style. Moi j’en ai vu, j’en ai vu des gens comme M. Trump, des gens qui dirigent des entreprises et qui sont admirés, qui ont des articles extrêmement laudateurs dans des revues comme Forbes, le Wall Street Journal, etc., qui disent que : — ces gens, voilà, réussissent, emploient du monde, font de l’argent, et ainsi de suite.

Le problème c’est que M. Trump n’a pas compris. Il n’a pas compris que quand on devient un chef d’État il faut changer de style, il faut avoir un ton conciliant, montrer qu’on est au-dessus de certaines choses. Non, il continue lui à se conduire comme ça : à se conduire en tyran, en personnage insupportable.

Alors pourquoi ? Il y a une question supplémentaire, c’est : — Pourquoi est-ce qu’il continue à le faire ? Il n’est pas fou, il est d’une intelligence, je dirais, moyenne. On ne peut pas dire non plus simplement que c’est un imbécile. Mais pourquoi continue-t-il à se conduire comme ça ? Pourquoi tient-il à l’ONU un discours de candidat en campagne sur le ton d’un tribun alors qu’il est président des États-Unis.

Et là, il faut peut-être faire un tout petit peu de psychanalyse : c’est qu’il a sans doute le sentiment qu’il n’a pas été élu légitimement. Il n’a pas été élu légitimement : — pourquoi est-ce qu’il a ce sentiment ? Probablement parce qu’il n’a pas été élu légitimement, et qu’il le sait. Et qu’il le sait.

Et c’est une chose qui va apparaître dans les jours qui viennent. Il y a cette enquête faite par le conseiller spécial M. Mueller, qui s’occupe de voir s’il y a eu une influence de la Russie dans les affaires des élections présidentielles aux États-Unis. Et là, la difficulté c’est qu’on voit apparaître de plus en plus par l’enquête — en particulier qui porte sur M. Manafort qui avait été un dirigeant de la campagne de M. Trump —c’est que tous ces gens des milieux d’affaires et tous ces gens, en particulier aussi, des cabinets juridiques, ce sont des gens qui n’ont jamais manifesté une loyauté particulière à qui que ce soit. Seul leur intérêt, seul leur intérêt les a dirigés. Leur intérêt ça a été parfois de travailler pour des oligarques plus ou moins liés à des régimes corrompus ou directement pour ces régimes corrompus parce que nous avons cette représentation dans notre système juridique qu’un avocat c’est quelqu’un qui peut défendre n’importe quelle cause et ça nous vient de loin dans notre culture : cela nous vient de la civilisation grecque ancienne quand les gens qu’on appelait les Sophistes — c’étaient des gens qui enseignaient l’art de parler et de prouver n’importe quoi. C’était ça les Sophistes : ils n’appartenaient pas au courant des Cyniques à proprement parler en philosophie, mais ils étaient cyniques sur ce plan là qu’il n’y a pas de vérité absolue, que la qualité d’un discours pour être véridique, c’est d’être non-contradictoire et qu’on peut prouver une chose ou son contraire d’une manière non-contradictoire. Il s’agit simplement de ne pas se contredire soi-même. Et si vous avez cette qualité-là, vous pouvez faire de la politique dans n’importe quel parti, indépendamment de vos convictions. Du moment que vous ne vous contredisez pas, vous pouvez à la cour défendre n’importe quelle cause. Du moment que vous ne vous contredisez pas.

Et ce qu’on voit apparaître, c’est que dans ce milieu des affaires, dans ce milieu des cercles juridiques auquel M. Trump est associé, on ne fait pas de sentiments, on n’a pas de sens de l’intérêt général, on n’a pas le sens de la collectivité. On fait confiance aux économistes et leur principe d’individualisme méthodologique : qu’il n’y a pas de différence entre une collection d’individus et une société en tant que telle — principe dont je vous rappelle qu’il a été démenti par la quasi totalité des sciences humaines sauf la « science » économique et nous nous retrouvons devant ça, c’est-à-dire que cette enquête de M. Mueller, elle ne va sans doute pas montrer que M. Poutine a donné 1 million à quelqu’un pour faire élire M. Trump, mais elle va montrer que ce milieu qui a produit un M. Trump et tous ses amis et toutes ses connaissances, ce milieu est absolument corrompu sur le plan moral : on a travaillé pour n’importe quel dictateur, ça apparaît ! Maintenant qu’est-ce qui se passe avec une Ukraine qui n’est plus sous l’emprise de la Russie, on voit apparaître les conflits qui existaient en Ukraine avant la guerre civile et qui continuent d’exister dans ce pays, et maintenant apparaît peut-être en surface la manière dont certains Américains, amis de M. Trump, ont travaillé pour les Russes contre les Ukrainiens, je dirais nationalistes, de leur côté.

Ici, je ne donne pas d’opinion, je veux dire, sur ce qui se passe exactement dans ce pays mais tout ça apparaît maintenant en surface : ce sont des gens autour de M. Trump qui sont des gens sans foi ni loi comme on dit, et qui sont tout à fait malheureusement représentatifs des milieux d’affaires d’une certaine manière. Quand je dis ça, il faut toujours que je précise que moi en particulier, dans les entreprises où j’ai travaillé, j’ai connu des patrons comme ça mais j’en ai connu aussi qui sont autrement, alors ça, je le dis. Et que même dans ce domaine des subprimes ou dans un domaine apparenté, j’ai eu affaire à des patrons qui étaient des patrons intègres. Ça existe aussi : il y a moyen de faire du business en n’étant pas absolument corrompu. Il y a malheureusement — je l’ai déjà dit — une certaine tolérance à la fraude qui se situe parfois pas loin du sommet dans les entreprises. Mais il y a moyen de faire cela aussi, je dirais, d’une manière honnête et d’une manière intègre si on veut, tout n’est pas perdu d’avance.

Malheureusement dans ce milieu-là il y a beaucoup de requins, il y a beaucoup de gens aux dents longues qui se considèrent au-dessus des lois, au-dessus de la morale, au-dessus de l’éthique et qui malheureusement trouvent dans la « science » économique un domaine où on nous dit : la rationalité économique n’a rien à voir avec la moralité ou l’éthique : ça a d’autres principes et ces principes sont indépendants de ce que nous appelons l’éthique ou la morale. Cela se trouve déjà chez M. Walras. J’en ai cité un passage l’autre jour.

M. Walras en 1874, je vous le rappelle, il y a là, à cette époque-là, ce qu’on appelle le tournant marginaliste. Il y a un tournant dans la réflexion économique. Jusque-là vous avez des gens comme Adam Smith, Ricardo, Jean-Baptiste Say, Karl Marx : des gens qui pensent et réfléchissent à l’économie en tant que représentants je dirais de sciences humaines, de sciences morales, de sciences politiques comme on disait à l’époque et à partir des années 1870, les marchands entrent dans le temple, c’est la logique des marchands, c’est la cupidité des marchands qui va diriger l’économie et ne produire qu’un semblant, qu’un simulacre de « science » économique, qui est celle qui domine aujourd’hui dans les universités et qui ne laisse, comme vous le savez, aucune place aux autres.

Voilà une petite réflexion sur M. Trump et les implications diverses de son comportement. Ce comportement bien entendu vous le savez est très dangereux pour nous. Ces gens ont le doigt sur [le détonateur] d’armes nucléaires. Ils sont heureusement, je dirais, heureusement entourés de généraux qui réfléchissent parfois un peu plus loin que le bout de leur nez. Là aussi, les généraux c’est comme les hommes d’affaires : il y en a de très bons et il y en a de très mauvais. Mais comme le milieu des affaires, c’est en général un milieu, je dirais, criminogène : c’est à dire qu’il encourage aux comportements non éthiques et aux comportements non moraux. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’individualités qui arrivent à résister à cela.

Mon activité : — Eh bien vous voyez, je suis dans une chambre d’hôtel. Je suis à Mulhouse où j’ai fait ma première conférence depuis un certain temps parce que j’avais dû en décommander un certain nombre à la suite de différents malaises. J’avais un tout petit peu d’appréhension hier soir et puis tout ça s’est bien passé : une heure d’exposé et une heure de questions de la salle à propos du livre Le dernier qui s’en va éteint la lumière. On a dû ajouter des chaises, ce qui fait toujours plaisir, pour accommoder tout le monde : discussion très intéressante, très bonne questions de la salle.

Qu’est-ce qui vient comme activités maintenant ? — La semaine qui vient, jeudi de 14 heures à 15 heures sur France Culture, je serai l’invité de l’émission Entendez-vous l’éco. Voilà : France Culture : — le jeudi 28 de 14 à 15 heures : je reviendrai là-dessus. Et la semaine suivante — la semaine suivante, le 6 octobre très exactement — je me trouverai au Havre et là il y aura un débat très intéressant. Si vous vous pouvez venir au Havre : venez écouter ça. Il y aura un débat de trois quarts d’heure / une heure entre M. Jacques Attali — que je ne dois pas vous présenter, M. Joël de Rosnay — que vous connaissez certainement aussi, et moi-même. Ça va être un débat assez intéressant il me semble. La question ce sera la suivante : « Le monde en 2517 ? ». Alors, comme personnellement vous savez que je pense que l’espèce humaine en tout cas, à la surface de la terre, aura déjà bien du mal à arriver à 2100. Alors 2517…

— J’aurai certainement des choses à dire qui ne seront certainement pas les mêmes que celles que diront monsieur Jacques Attali et monsieur Joël de Rosnay.

Voilà, allez, à la semaine prochaine.

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