Berlin, Barcelone : DEUX VISAGES DE LA CRISE POLITIQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Munie de son score étriqué, Angela Merkel a le choix entre deux solutions afin de gouverner, toutes deux inédites : constituer une coalition « Jamaïque » regroupant le FDP et les Verts avec la CDU-CSU – ou par défaut former un gouvernement minoritaire condamné à chercher au cas par cas une majorité au Bundestag. Aujourd’hui, rien n’est joué.

Dans un premier temps, elle cherche à dégager un programme commun de gouvernement entre la CDU et la CSU bavaroise, avec comme principal objectif d’aplanir les importants désaccords intervenus à propos des réfugiés. Un accord de limitation et non de plafonnement du nombre des réfugiés est acquis ce soir dans son principe, mais les détails de son application restent à fixer. La coalition à mettre sur pied n’est pas à trois, mais à quatre ! Et les négociations avec les deux autres partenaires potentiels de la CDU ne pourront débuter qu’une fois ce premier round accompli.

Présentant son programme de travail devant l’organisation de jeunesse de la CDU, la chancelière a auparavant recommandé « d’essayer de ne plus penser davantage » au renouvellement de l’alliance avec le SPD, laissant percevoir un certain regret. Car, a-t-elle reconnu, les discussions à venir vont être « difficiles ». Tout laisse penser en tout cas que leur issue sera défavorable aux projets d’Emmanuel Macron dont l’idée était de se faufiler dans les négociations.

Dans leur diversité, les crises européennes ont en commun de perdurer après avoir éclaté, une fois leurs phases aiguës plus ou moins bien contenues. La conscience de cet état de choses explique la pusillanimité des autorités européennes vis à vis des Catalans, en raison de leur crainte d’ouvrir une boîte de Pandore et de compliquer encore le jeu européen, le gouvernement de Mariano Rajoy restant fragilisé. Ce n’est pas une surprise, elles ne sont pas prêtes à imaginer une véritable Europe fédérale au sein de laquelle les régions auraient un rôle important.

La revendication indépendantiste catalane n’aurait pas débouché sur l’affrontement en cours si les partis de gouvernement espagnols, parti populaire en tête, n’y avaient pas largement contribué ces récentes années. L’existence de 17 gouvernements de régions, plus ou moins autonomes, appelait à une reconfiguration de l’Espagne sur un mode fédéral, mais elle n’a pas eu lieu. Madrid n’a pas su et voulu répondre à des aspirations qui d’autonomistes sont devenus séparatistes. Une mise à plat élargie à tout le pays de cette situation bancale et inachevée aurait pu l’éviter, mais qui pouvait l’entreprendre dans le contexte de la crise des partis de gouvernement ? D’autant que si Franco est mort en 1975, les traces profondes du franquisme sont restées très fortes comme les romanciers espagnols l’ont illustré, notamment Javier Cercas.

Aujourd’hui, Mariano Rajoy a brandi la menace qui se précise de la suspension de l’autonomie de la région. Des centaines de milliers de manifestants sont venus de toute l’Espagne défiler à Barcelone avec des drapeaux espagnols, avec notamment comme mot d’ordre attrape tout « ça suffit, retrouvons la sagesse ! », les Catalans étant impressionnés par la vague de déplacement en catastrophe des sièges sociaux des banques et des grandes entreprises, aux lourdes conséquences fiscales pour la Catalogne. La droite espagnole a les moyens d’être revancharde et n’est prête à aucun compromis, cela laissera des traces.

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