QUAND ILS SONT À LA TÂCHE… par François Leclerc

Billet invité.

Les rapiéçages de l’Union européenne se poursuivent, mais à quoi peuvent-ils aboutir, aussi insatisfaisants, si ce n’est qu’à simplement faire durer le processus de son démantèlement ?

Au terme de sept heures de tractations, Angela Merkel est parvenue à un accord de principe avec la CSU, qui va lui permettre d’engager le 18 octobre prochain des négociations présumées de longue haleine avec le FDP et les Verts. Mais ces tout derniers sont totalement opposés à ce que l’accueil des réfugiés soit plafonné, Angela Merkel qui l’était également ayant dû faire preuve d’acrobatie sémantique pour l’accepter sans se renier ouvertement. Dans la pratique, le rythme des arrivées s’est ralenti et se trouve au niveau exigé par la CSU, ce qui dédramatise le problème et n’en fait plus qu’une question de mots, la chancelière s’étant ménagée des portes de sortie à condition que le Bundestag les lui ouvre si nécessaire. Ce sera nettement plus compliqué avec les Verts, avec lesquels les désaccords sur la question sont plus vastes. Côté FDP, il est souligné que la mise en œuvre du droit d’asile interdit tout plafonnement.

En Catalogne, il ne s’agit plus de se mettre d’accord sur des mots – ils sont antinomiques – mais de concrétiser de fortes aspirations en les réinscrivant dans un cadre d’autonomie élargie. L’hypothèse la plus probable est l’instauration dans l’immédiat d’une situation du type « ni guerre, ni paix », les indépendantistes pouvant demain décider de se donner six mois pour déclarer l’indépendance afin de la préparer, mais ce n’est pas garanti.

Un compromis est-il encore possible ? Mariano Rajoy, auréolé de sa défense de l’unité espagnole, ne va-t-il pas préférer susciter des élections législatives anticipées afin de trouver la majorité qui lui fait défaut, après utilisation des ressources de la Constitution pour suspendre l’autonomie catalane ? Quelle est l’alternative ? Que le PSOE se confirme être favorable à une remise en selle du statut d’autonomie de la Catalogne et qu’un compromis l’emporte  sur cette base ? L’hypothèse est ardue d’autant qu’il vient de demander aux indépendantistes de « tout arrêter ! ». Il faudrait aussi que des pressions européennes s’exercent sur Mariano Rajoy, accompagnées pour être efficaces d’un assouplissement des règles budgétaires dont il a besoin. Premier signal de donné, Angela Merkel a discuté avec Mariano Rajoy au téléphone, l’un de ses porte-paroles rapportant ensuite que « ils ont discuté de moyens pouvant renforcer le dialogue interne en Espagne dans le cadre de la Constitution ».

Le monde politique italien est plus avancé dans ses projets afin de continuer à tenir la barre. À Rome, il est question de modifier la loi électorale italienne, encore une fois, afin de barrer la route du pouvoir au Mouvement des 5 étoiles, en autorisant les coalitions de partis de se présenter aux législatives, ce qui est actuellement interdit. Deux pôles surgiraient à cette faveur, l’un regroupant de petites formations autour du Parti démocrate de Matteo Renzi, l’autre coalisant Forza Italia de Silvio Berlusconi et la Ligue du Nord. Selon ce calcul, la victoire se jouerait alors entre eux, le Mouvement des 5 étoiles ne voulant pas entrer dans ce jeu.

Wolfgang Schäuble va assister à son dernier Eurogroupe aujourd’hui, et a accordé pour l’occasion une interview au Financial Times. Qu’en retenir si ce n’est qu’il est convaincu d’avoir eu en tout point raison, et que l’austérité est selon lui « un concept anglo-saxon » ? Ah, si ! il peut aussi être relevé qu’il reconnait ne pas être un économiste mais un juriste.

Son message est clair, le dispositif qui repose sur l’élargissement de la mission du MES étant à ses yeux acquis, la hausse du taux directeur de la BCE est la prochaine étape à accomplir. Ce qui le conduit, non sans quelques raisons, à prophétiser une nouvelle crise financière globale suite à l’éclatement de bulles résultant de la profusion de liquidités. Avec en ligne de mire la succession de Mario Draghi, qui devrait échoir à Jens Weidmann.

À ce propos, que peut-on attendre de la succession de Wolfgang Schäuble au poste de ministre des finances, qui lui va rejoindre la présidence du Bundestag ? Le sort qui va être réservé à la timide tentative de relancer la mise sur pied du 3ème pilier de l’union bancaire va l’illustrer. Pas grand-chose peut en résulter, dès lors qu’elle va aboutir à une inévitable mutualisation des risques. Raison pour laquelle la BCE est mise à contribution en durcissant le traitement des NPL en vue d’assainir la situation du système bancaire européen. La tentative est méritoire, mais va laisser l’union bancaire inachevée.

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