<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?> <rss version="2.0" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/" xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/" ><channel><title>Blog de Paul Jorion</title> <atom:link href="http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2" rel="self" type="application/rss+xml" /><link>http://www.pauljorion.com/blog</link> <description>« Big Brother mangera son chapeau ! » (Lisztfr)</description> <lastBuildDate>Wed, 16 May 2012 10:02:29 +0000</lastBuildDate> <language>en</language> <sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod> <sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency> <generator>http://wordpress.org/?v=3.3.1</generator> <item><title>L&#8217;actualité de la crise : DEUX DÉSENDETTEMENTS SINON RIEN ! par François Leclerc</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=37031</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=37031#comments</comments> <pubDate>Wed, 16 May 2012 10:02:29 +0000</pubDate> <dc:creator>François Leclerc</dc:creator> <category><![CDATA[Economie]]></category> <category><![CDATA[Europe]]></category> <category><![CDATA[Finance]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=37031</guid> <description><![CDATA[Billet invité Les retraits des banques grecques auraient atteint lundi la somme de 700 millions d’euros, selon Károlos Papoúlias, le président grec. Le gouverneur de la Banque de Grèce, Georges Provopoulos, a annoncé mardi que « la situation des banques est très difficile » et qu’elle serait « pire au cours des deux prochains jours ». Evangélos Vénizélos, le [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Billet invité</p></blockquote><p>Les retraits des banques grecques auraient atteint lundi la somme de 700 millions d’euros, selon Károlos Papoúlias, le président grec. Le gouverneur de la Banque de Grèce, Georges Provopoulos, a annoncé mardi que « la situation des banques est très difficile » et qu’elle serait « pire au cours des deux prochains jours ». Evangélos Vénizélos, le précédent ministre des finances, avait déjà évalué à 16 milliards d’euros les sommes soustraites des banques pour être déposées dans d’autres pays, principalement en Grande-Bretagne et en Suisse. Les grandes fortunes et les entreprises n’avaient pas attendu la dernière heure pour prendre leurs petites précautions.</p><p>Hier, il a été confirmé que les Grecs allaient être à nouveau convoqués à partir du 17 juin prochain pour élire leurs députés, aucune solution gouvernementale n’ayant pu être trouvée en dépit de consultations répétées ces derniers jours. Une pression maximale va être exercée sur les électeurs, sur le thème d&#8217;une expulsion de la zone euro, tandis que les dirigeants européens, au pied du mur, mesurent mieux l&#8217;étendue des dangers qu&#8217;elle représenterait. Angela Markel et François Hollande ont ainsi réaffirmé hier soir leur attachement au maintient de la Grèce dans la zone euro&#8230;</p><p><span id="more-37031"></span>Autre craquement, le <i>spread</i> entre l’Espagne et l’Allemagne a ce matin dépassé les 500 points, ce qui signifie que les Espagnols doivent concéder 5 % de plus que les Allemands pour emprunter sur <i>les marchés</i>. Dans la presse espagnole, on apprend ce matin que l’agence de notation Moody’s, après avoir dégradé 26 banques italiennes de un à quatre crans, s’apprêterait à en faire autant de 21 banques espagnoles. Comme un jeu de massacre, l’examen de 114 banques européennes est en cours, pays par pays, et se terminera par la France, la Grande-Bretagne et le Benelux.</p><p>Qu’ont pu se dire hier soir à Berlin Angela Merkel et François Hollande ? Une seule indication a filtré, selon laquelle de nouvelles aides financières destinées à la relance de la croissance grecque pourrait être versées, contredisant l’hypothèse affichée par Jean-Claude Juncker d’une révision du calendrier du <i>plan de sauvetage</i> en cours, qui n’a pas d’autre avenir désormais que d’être revu ou abandonné.</p><p>Le dîner informel des chefs d’État et de gouvernement du 23 mai prochain va avoir un ordre du jour chargé, qui va faire suite à la tenue du G8 à Washington. Car les Américains exercent une énorme pression pour que soit entreprise en Europe une révision stratégique, qui les prendrait pour modèle.</p><p>C’est dans ce contexte que Reuters nous apprend que l’agence Fitch considérerait nécessaire un troisième round d’injection financière massive à destination des banques par la BCE. Anticipant déjà l’impossibilité dans laquelle celles-ci seront de rembourser les prêts précédents et la nécessité de faire rouler la dette. Une telle annonce ne peut avoir d’autre objet que de suggérer une décision de cette nature à plus court terme, car 30 mois, c’est l’éternité par les temps qui courent.</p><p>Le moment se précise où les dispositions péniblement adoptées par les dirigeants européens vont apparaître pour ce qu’elles sont : timorées et insuffisantes. D’autant que les socialistes allemands font monter les enchères pour voter au Bundestag la ratification de la création du Mécanisme européen de stabilité, réduisant en attendant le <i>pare-feu</i> européen aux seules disponibilités du Fonds de stabilité (FESF).</p><p>Le débat sur la relance de la croissance parait dans ces conditions bien accessoire et se réduire à une opération de communication de plus. Quand ni le désendettement des États ni celui des banques ne fonctionnent comme prévu, et que toute perspective de croissance est lointaine, que reste-t-il à faire ?</p><p>Eurostat vient de publier les chiffres du 1<sup>er</sup> trimestre et d’annoncer une croissance nulle (0 %) de la zone euro, ce qui permet d’afficher qu’elle n’est pas en récession. C’est techniquement exact, si cela peut être une consolation. Mais cela ne résiste pas à la simple constatation que ce sont les fragiles 0,5 % de croissance allemande mesurés qui permettent de justesse de l’éviter.</p><p>On ne change pas une équipe qui gagne&#8230; revient-on sur une stratégie qui s’écroule bien avant la ligne d’arrivée ?</p><p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;<br /> Les <a href="http://www.osez-la-republique-sociale.fr/boutique/#ecwid:category=0&#038;mode=product&#038;product=11341370"><b>CHRONIQUES DE LA GRANDE PERDITION</b></a> viennent de paraître.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=37031</wfw:commentRss> <slash:comments>26</slash:comments> </item> <item><title>L&#8217;actualité de la crise : LA LANGUE DE CHÊNE MASSIF, par François Leclerc</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=37006</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=37006#comments</comments> <pubDate>Tue, 15 May 2012 22:03:00 +0000</pubDate> <dc:creator>François Leclerc</dc:creator> <category><![CDATA[Economie]]></category> <category><![CDATA[Finance]]></category> <category><![CDATA[Banque de France]]></category> <category><![CDATA[Christian Noyer]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=37006</guid> <description><![CDATA[Billet invité Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, n’a pas attendu la passation de pouvoir de François Hollande pour lui demander dès la veille « d’éviter la précipitation ». En l’occurrence, il évoquait le très épineux dossier de la séparation des activités de dépôt et de spéculation des banques, qui menace leur statut de [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Billet invité</p></blockquote><p>Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, n’a pas attendu la passation de pouvoir de François Hollande pour lui demander dès la veille « d’éviter la précipitation ». En l’occurrence, il évoquait le très épineux dossier de la séparation des activités de dépôt et de spéculation des banques, qui menace leur statut de « banque universelle ». Cela suppose, fait-il remarquer, « un travail d’analyse assez complexe », y revenant ensuite pour préciser : « un travail d’analyse tout à fait serein sur lequel nous pouvons apporter toute notre expertise ».</p><p>Le gouverneur a également recommandé que le doublement du plafond du livret A annoncé par le nouveau président soit mené afin de « laisser le temps aux établissements de s’adapter », et &laquo;&nbsp;d&#8217;éviter de créer des situations de tension, que ce soit dans le secteur de la banque ou de l&#8217;assurance, avant tout, in fine, pour le bon financement de l&#8217;économie française&nbsp;&raquo;. Pas un mot n’est dit sur les raisons assez mercantiles de cette prudence : le transfert qui en résultera se fera au détriment d’autres produits financiers des banques. Or celles-ci devront partager les dépôts sur le livret A avec la Caisse des Dépôts, qui les centralise pour financer le logement social. Alors qu’elles cherchent des fonds pour se renforcer, ils vont être réduits.</p><p><span id="more-37006"></span>Pour le reste, le gouverneur est lui-même serein. « Quoi qu’il arrive, ce ne sera pas un problème pour le secteur financier français », a-t-il assuré à propos de la Grèce. Le coût d&#8217;un défaut total serait pourtant de 19 milliards d’euros pour les banques, d’après Eric Dor de l’Université catholique de Lille, et de 66 milliards pour l’État, tout compris. Sans compter les effets indirects et l’effet domino en Europe, impossibles à chiffrer.</p><p>Les additions donnent le tournis, ce qui a fait déclarer lundi à Jean-Claude Juncker au sortir de la réunion des ministres des finances : « La possibilité que la Grèce sorte de la zone euro n’a pas été l’objet de débat, personne n’a plaidé en ce sens. » Et à Charles Dallara, de l’Institute of International Finance : « Je pense que le coût pour la Grèce, le coût pour l&#8217;Europe et le coût pour l&#8217;ensemble de l&#8217;économie globale sont encore suffisants pour faire en sorte que les responsables politiques grecs et les responsables politiques européens fassent une pause avant d&#8217;appuyer sur la détente de la sortie. » Nous savons maintenant qu&#8217;Angela Merkel et François Hollande sont pour que la Grèce reste dans la zone euro, sans pour autant donner le mode d&#8217;emploi.</p><p>À propos du Crédit Immobilier de France, un dossier très chaud, Christian Noyer n’a pas failli : « au moment où je vous parle, il n’y a pas de problème en soi ». Admirons les deux réserves, et le parapluie qu’il ouvre en ajoutant : « depuis des années, nous avons encouragé le groupe à chercher un adossement ».</p><p>La capitalisation boursière des grandes banques françaises est en chute libre depuis 2007, si on compare les chiffres. Pour BNP Paribas, elle est passée de 108,9 milliards de dollars à 32,4 milliards (29,5 %). La Société Générale pèse aujourd’hui 12,2 milliards de dollars, soit 14,2 % des 85,5 milliards de l’époque. Le Crédit Agricole affiche 7,6 milliards de dollars, soit 11,6 % des 65,4 milliards de 2007. Cela n’affecte pas le gouverneur de la Banque de France, qui a toujours soutenu mordicus que les banques françaises étaient en excellente santé. Il ne s’est pas davantage exprimé sur la débâcle de Dexia, pour laquelle le gouvernement belge demande actuellement à son homologue français un nouveau partage de la garantie financière de 90 milliards d’euros assurée avec le Luxembourg afin que la banque puisse garder la tête hors de l’eau. Ce qui n&#8217;est pas un très bon signe, des fois que cette garantie devrait jouer.</p><p>Il faisait hier un temps à ne pas mettre un banquier dehors.</p><p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;<br /> Les <a href="http://www.osez-la-republique-sociale.fr/boutique/#ecwid:category=0&#038;mode=product&#038;product=11341370"><b>CHRONIQUES DE LA GRANDE PERDITION</b></a> viennent de paraître.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=37006</wfw:commentRss> <slash:comments>63</slash:comments> </item> <item><title>JEAN-CLAUDE MICHÉA ET LES TEMPS QUE NOUS VIVONS, par Nikademus</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=37002</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=37002#comments</comments> <pubDate>Tue, 15 May 2012 17:45:07 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[anthropologie]]></category> <category><![CDATA[Histoire]]></category> <category><![CDATA[Philosophie]]></category> <category><![CDATA[sociologie]]></category> <category><![CDATA[Jean-Claude Michéa]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=37002</guid> <description><![CDATA[« Mais si l’on veut savoir d’où naît le préjugé défavorable au peuple, généralement répandu, c’est que tout le monde a la liberté d’en dire ouvertement le plus grand mal, même au moment où il domine ; au lieu que ce n’est qu’avec la plus grande circonspection et en tremblant qu’on parle mal d’un prince. » Machiavel, Discours [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<blockquote><p> « Mais si l’on veut savoir d’où naît le préjugé défavorable au peuple, généralement répandu, c’est que tout le monde a la liberté d’en dire ouvertement le plus grand mal, même au moment où il domine ; au lieu que ce n’est qu’avec la plus grande circonspection et en tremblant qu’on parle mal d’un prince. » Machiavel, <em>Discours sur la première décade de Tite-Live</em>, LVIII.</p></blockquote><p>Les ouvrages de Jean-Claude Michéa, ou parfois ce que l’on imagine être leur contenu, suscitent sur ce blog comme ailleurs des réactions tranchées et un intérêt suffisant dans des milieux et des groupes avec des perspectives pourtant radicalement opposées pour que chacun d’eux estime important d’en parler, même ou surtout pour le critiquer sévèrement<a title="" href="#_edn1">[i]</a>. Nous n’insulterons pas ici le lecteur bienveillant en sous-entendant ni que l’auteur et ses écrits ne méritent pas un tel excès d’emportement : Michéa emploie un style polémique dont il n’est que juste qu’il supporte les conséquences ; ni que l’on doive croire, sans plus de preuves, que cela signale l’énoncé de « vérités qui dérangent » : ceux qui s’y intéressent réellement devront juger sur pièces. Pour notre part, nous aimerions dans les lignes qui suivent, bien plus que rendre compte des réponses qu’il propose, rappeler le cadre de sa réflexion et les questions qu’il pose, et qui demeurent pendantes, même à ses contradicteurs.</p><p>&nbsp;</p><p><span id="more-37002"></span>Jean-Claude Michéa inscrit de son propre aveu la réflexion qu’il mène dans une tradition historique inaugurée d’abord par Hegel au XVIIIème siècle et qui a été reprise et développée à sa suite au XIXème et XXème siècle dans une perspective de critique sociale. Elle se caractérise par une tentative de saisir le monde socio-historique humain dans son ensemble, comme une totalité qui est en mouvement, du fait des contradictions qui la minent perpétuellement entre ce qui est et la manière plus ou moins teintée d’illusions dont on se représente ce qui est et dont on s’en satisfait, ou pas<a title="" href="#_edn2">[ii]</a>.</p><p>Pour résumer rapidement les conclusions auxquelles parvient ce courant de pensée, ce qui caractérise une civilisation où domine l’économie marchande, ce n’est pas tellement ou seulement d’être un système (« capitaliste »), ou un mode d’échange des biens sous forme de marchandises, mais d’imposer à tout un chacun un mode de vie particulier, pour la simple raison que c’est celui qu’il trouve au moment où il naît, dans lequel pour subvenir à ses besoins élémentaires il doit vendre quelque chose, en général lui-même, et où il se retrouve donc doté d’une valeur et d’une cote plus ou moins bonne sur le marché de l’emploi. L’individu d’aujourd’hui constitue un type anthropologique singulier, dans sa manière de vivre, de concevoir le monde, de se lier, bien différent de celui que l’on trouve dans une société rurale et agraire telle qu’elle a subsisté pour une large part en Europe même jusqu’au XXème siècle, fondée sur l’autosubsistance d’une cellule familiale vivant du produit de sa ferme. L’organisation politique et la représentation du monde qui en découlent sont évidemment forts différents de l’une à l’autre : quant à la société rurale, de nombreux travaux ont montré le lien concret qui unit une telle manière de vivre avec la structure familiale patriarcale, la religion monothéiste, et enfin la représentation des intérêts collectifs et la conduite des affaires par une élite de notables (à justification guerrière d’abord puis savante et marchande ensuite).</p><p>&nbsp;</p><p>Qu’en est-il de l’homme moderne ? L’individu libéral occidental s’est libéré des liens traditionnels qui ont structuré les sociétés, pour le meilleur et pour le pire, depuis que l’homme existe. Les guerres de religion furent son grand traumatisme et le déclencheur du projet subséquent d’organiser la vie sociale en dehors de tout jugement de valeur, selon les lois du marché libre, qui règlent l’économie des biens, et du droit abstrait, qui régit les rapports entre les personnes ; aidée en cela par la science galiléo-newtonienne qui devait fournir le modèle d’un monde de choses inanimées expliqué par un expert objectif dépassionné. Cette « société idéologiquement neutre » a été la première et la seule à penser qu’elle pouvait se constituer sur la base de l’intérêt individuel bien compris, c’est-à-dire promouvoir partout et toujours cet <em>homo œconomicus</em> de l’individualisme méthodologique, qui non seulement n’agit que par pur égoïsme, mais encore en toute circonstance comprend quel est son propre intérêt, véritable petite entreprise à lui tout seul, volontariste, flexible, rentable, auto-entreprenant. Le résultat, on le voit s’étaler sous nos yeux ébahis, c’est notre monde moderne, son impasse écologique et sa démocratie qui s’exporte à coups de canons ; on nous l’assure, le meilleur reste encore à venir.</p><p>Mais tout cela est en réalité bien connu. Ce sur quoi Jean-Claude Michéa insiste, avec une sensibilité à l’anomalie et à la contradiction qui rappellera quelque chose aux lecteurs réguliers de ce blog, c’est que ce modèle anthropologique est à la fois contradictoire dans les faits, mais aussi dans les discours. Dans les faits, Michéa le rappelle et cela avait déjà été noté par Cornélius Castoriadis, une société qui ne formerait que des marchands, comme cela est l’ambition affichée du système éducatif moderne, sera bien en peine une fois disparue une certaine classe d’âge formée à un stade antérieur, de trouver un juge intègre, un instituteur dévoué, et même un entrepreneur capable de monter une affaire destinée à <em>produire</em> quelque chose ; autant de types anthropologiques dont elle a besoin mais qu’elle ne peut plus tirer d’elle-même. Dans les discours, ce petit porteur individualiste et marchand porté aux nues par les zélées instances bureaucratiques, médiatiques et marchandes qui nous gouvernent, et dénoncé par le plus grand nombre (la dénonciation des ravages de l’individualisme est tellement répandue que l’on devrait soupçonner qu’elle est non pas le summum de la lucidité et de la clairvoyance mais bien le lieu commun le plus éculé des temps modernes), n’a aucunement l’existence majoritaire qu’on lui prête. En effet, comment cette représentation de l’individu égoïste mû par son intérêt particulier, s’accorde-t-elle avec ces faits pratiques, quotidiens, concrets ?  la plupart des gens respectent les formes élémentaires de la politesse et de la civilité en se disant bonjour et en tenant la porte à la dame, se font des cadeaux pour le plaisir, vont aux spectacles de fin d’année de leurs enfants, continuent même à faire des enfants, s’intéressent à ce qui se passe autour d’eux et dans le monde, cotisent assez souvent à des « œuvres », s’enthousiasment pour les résultats départementaux de leur club de judo ou pour le prochain voyage d’échange avec la ville jumelée de leur commune, donnent de leur temps à des associations, etc., etc.<a title="" href="#_edn3">[iii]</a> Comment même une relation d’échange marchand serait-elle possible sans un minimum de confiance dans la possibilité d’un échange ?</p><p>&nbsp;</p><p>En bref, cet homme moderne est et il n’est pas. Il est une tendance, il est une menace, il est un projet impossible, il est la contradiction de notre temps, il est ce qui est cru comme étant la généralité des comportements et ce qui est nié par la plupart dans leur propre vie. Il est ce parasite de ce que Michéa nomme après d’autres la socialité primaire<a title="" href="#_edn4">[iv]</a> ou la « common decency » (George Orwell) et qui n’est rien d’autre que le socle originel de toutes les relations humaines dans toutes les sociétés, un ensemble d’invariants anthropologiques, qu’il résume comme étant la capacité à « savoir donner, recevoir, rendre »<a title="" href="#_edn5">[v]</a>. Ce ne sont rien d’autre que les fondements nécessaires à la vie en commun, qui se construisent tout au long de la vie d’une personne par des relations intersubjectives, et dont l’exact négatif est dessiné par l’illusion moderniste que toute forme d’appartenance signifierait cloisonnement, que l’on pourrait faire société d’individus désaffiliés de tout et en mobilité perpétuelle. Cette <em>philia</em> d’Aristote, pour reprendre le même contenu sous un terme évoqué régulièrement ici par Paul Jorion, Michéa y insiste, est nécessaire, et elle ordonne réellement déjà nos rapports, même si on ne veut pas la voir et si elle est menacée, mais elle n’est pas suffisante à elle seule<a title="" href="#_edn6">[vi]</a>. Il lui manque l’idée d’égalité sociale, idée qui fut étrangère à la plupart des sociétés précapitalistes.</p><p>Sur ces deux aspects qui le font, à la suite d’Orwell, se dire anarchiste (partisan de l’égalité sociale et d’un projet socialiste au sens ancien du terme) et conservateur (d’un substrat social comme il faut l’être d’un monde pour qu’il reste viable), nous renvoyons aux ouvrages de Michéa<a title="" href="#_edn7">[vii]</a>. Sur ce quoi, il nous a paru utile d’insister et qui nous paraît décisif dans ses réflexions, c’est la mise en avant de la schizophrénie de l’homme moderne, qui se vit et se représente lui-même en contradiction de ce qu’il est et peut être, comme le démontrent abondamment les questions que ne cesse de poser Michéa et qui ne sont que les contradictions que l’époque actuelle devra résoudre afin de passer à sa nouvelle forme :</p><p>&nbsp;</p><p>Comment peut-on à la fois prétendre défendre ou réactualiser des valeurs traditionnelles (si l’on est un conservateur ou un réactionnaire « de Droite ») ou pleurer sur le lien social et la civilité (si l’on est un progressiste « de Gauche »), et chanter en même temps les louanges de la flexibilité (du travail), de la mobilité infinie (des personnes), et de la transgression permanente de tous les « tabous » ?</p><p>Comment peut-on proposer comme seule possibilité de société la transformation constante <em>de tout</em> à la poursuite de la croissance économique et du progrès technologique, tout en dénonçant comme infâme populisme démagogique la moindre proposition d’organisation politique qui ne soit pas celle dont notre civilisation a hérité du XIXème siècle, qui elle doit donc rester imperturbablement la même ?</p><p>Comment ne voit-on pas que l’apologie <em>non critique</em> de la libération de toute contrainte sous quelque forme que ce soit (éducative, légale, sociale) produit un individu atomisé qui bien loin d’être entièrement libéré n’a d’autre perspective que de consommer sans fin pour compenser le vide absolu d’une vie sans lien ?</p><p>&nbsp;</p><div><br clear="all" /></p><hr align="left" size="1" width="33%" /><div><p><a title="" href="#_ednref1">[i]</a> Sur ce blog : <a href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=32432">http://www.pauljorion.com/blog/?p=32432</a>. Comme ailleurs :<cite><a href="http://www.lherbentrelespaves.fr/pdf/michea.pdf">www.lherbentrelespaves.fr/pdf/michea.pdf</a></cite><cite>.</cite><cite></cite></p></div><div><p><a title="" href="#_ednref2">[ii]</a> On peut citer quelques noms célèbres de ce courant de pensée informel : Bakounine et Marx, Georg Lukács dans les années 20, l’école de Francfort avec notamment Herbert Marcuse, le psychanalyste Wilhelm Reich, le sociologue français Henri Lefebvre, Cornélius Castoriadis, l’Internationale situationniste, etc. Bien que ne se revendiquant pas d’une telle parenté philosophique, les travaux de la sociologie française du début du XXème siècle, Emile Durkheim et Marcel Mauss, ou de l’école historique des Annales (Marc Bloch) de par leur tentative de saisir le monde social comme un tout parviennent à des conclusions parallèles et similaires.</p></div><div><p><a title="" href="#_ednref3">[iii]</a> Entendons-nous bien, il existe aussi des escrocs, mais justement, comme cette corporation le sait bien depuis qu’elle s’est fondée sous les auspices d’Hermès, elle prospère sur ce qu’elle appelle pour sa part « la naïveté du pigeon » et qui n’est rien d’autre que l’incapacité à dire non ou à suspecter l’entourloupe parce que ce n’est pas sa manière d’être personnelle, la gentillesse, le désir de rendre service, et dont continuent à faire preuve la grande majorité des gens.</p></div><div><p><a title="" href="#_ednref4">[iv]</a> Alain Caillé, « Don et association », 1998. <a href="http://www.journaldumauss.net/spip.php?article202">http://www.journaldumauss.net/spip.php?article202</a>.</p></div><div><p><a title="" href="#_ednref5">[v]</a> Cet universel transversal, Michéa en dresse le portrait à partir de la vie pratique quotidienne, de tout un chacun, et non pas, comme on le lui reproche un peu trop souvent de manière fantaisiste, d’un modèle imaginaire tiré de fantasmes sur une supposée vie passée idyllique. Le détour par l’anthropologie ou l’histoire des sociétés que l’on appelle traditionnelles est un classique de la réflexion depuis Montaigne (« Des cannibales ») ou les <em>Lettres Persanes</em> de Montesquieu : rien ne nous semble plus naturel et évident que ce que l’on a l’habitude de voir, on ne voit donc jamais clairement directement ce que l’on a sous les yeux.</p></div><div><p><a title="" href="#_ednref6">[vi]</a> « [L]’obligation de se montrer généreux, loyal ou reconnaissant, si elle est effectivement partagée par tous les peuples du monde, peut s’accommoder, dans les faits, aussi bien de rapports amicaux et égalitaires, que de rapport agonistiques (par exemple dans le « potlatch » ou la vendetta) ou encore organisés par une hiérarchie de type féodal, voire par un système de castes ». <em>Le Complexe d’Orphée</em>, Climats, 2011, p. 90.</p></div><div><p><a title="" href="#_ednref7">[vii]</a> On peut commencer à lire n’importe lequel de ses ouvrages dans le désordre. Le reproche qu’on lui a parfois fait de se répéter est injuste dans la mesure où il s’en explique précisément en ouverture de ses ouvrages : il tente de faire œuvre dialectique. Il approfondit chaque fois la même réflexion globale qu’il restitue dans une structure en spirale qui développe chaque fois des points particuliers non abordés dans les ouvrages précédents : l’éducation, le militantisme, l’histoire de la Gauche, etc.</p></div></div> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=37002</wfw:commentRss> <slash:comments>62</slash:comments> </item> <item><title>GRANDEUR ET DÉCADENCE DU SERVICE PUBLIC, par Vicè</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36998</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36998#comments</comments> <pubDate>Tue, 15 May 2012 16:47:29 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[La vie de tous les jours]]></category> <category><![CDATA[sociologie]]></category> <category><![CDATA[Travail]]></category> <category><![CDATA[administration]]></category> <category><![CDATA[qualité de la vie]]></category> <category><![CDATA[service public]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36998</guid> <description><![CDATA[Billet invité. Des coquards et des coquâtres Autrefois, le titre de « secrétaire » était réservé à toute personne au service d’une autre, d’un rang hiérarchique supérieur, dont elle était chargée de rédiger et de transcrire les lettres et les dépêches officielles (c’était le titre de Jean-Jacques Rousseau, à Venise). De nos jours, dans un même contexte [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Billet invité.</p></blockquote><p><em>Des coquards et des coquâtres</em></p><p>Autrefois, le titre de « secrétaire » était réservé à toute personne au service d’une autre, d’un rang hiérarchique supérieur, dont elle était chargée de rédiger et de transcrire les lettres et les dépêches officielles (c’était le titre de Jean-Jacques Rousseau, à Venise). De nos jours, dans un même contexte administratif, il désigne un agent de catégorie B de la Fonction publique d’État. De façon encore plus explicite (du moins pour qui la langue française vaut plus qu’une de ces chansonnettes de coquâtres<a title="" href="#_ftn1">[1]</a>, qui encombrent les ondes), le grade équivalent dans la Fonction publique Territoriale s’intitule « rédacteur ».</p><p>Saurait-il encore écrire – connaîtrait-il la syntaxe, l&#8217;orthographe et la grammaire – que le pauvre cadre B, aussi zélé fût-il, n’en aurait pas le temps. Cela vous étonne ?</p><p>Demandez donc leur avis aux « coquards » du service public, entrés en fonction autour de 1968 : profondément écœurés, comme leurs jeunes collègues, ils ont du moins cette consolation d’une retraite imminente. Ces Grognards qui, en leur temps, prirent la peine d’apprendre leur métier, tant sur le terrain qu’en amont, à l’école (du temps qu’elle enseignait encore le français), notent avec consternation l’évolution des services publics, depuis 2007 voire avant. Au sein du personnel, cette évolution concerne surtout les cadres A et B, les employés de catégorie C n’étant considérés que comme des « petites mains » décervelées. En effet, ces cadres (ou les « coquâtres » qui en tiennent lieu), ne connaissent rien d’autre que des techniques de management et de communication, qui, certes, en imposent lors des entretiens d’embauche. En effet, dans la Fonction Publique, ceux-ci tendent à se substituer à l’égalitaire et républicain « concours d’entrée ». C’est d’ailleurs la raison du peu de considération dont pâtissent les diplômés des facultés de lettres, que les recruteurs du privé, non sans condescendance, renvoient systématiquement à leur « pré carré » professoral et littéraire.</p><p><span id="more-36998"></span><em>Le Diable qui se mord la queue</em></p><p>En cet an de grâce 2012, où par hasard (à moins que ce ne soit par nécessité, après tout), les élections présidentielles tombent en même temps que la commémoration aux États-Unis de la naissance du Fordisme (mise en pratique du Taylorisme), du travail à la chaîne et de la société de consommation, l’administration française, celle d’État, du moins, que je connais, a presque entièrement renoncé à son Idéal constitutif de « service public », avec ce qu’il implique de dévouement, de désintéressement (moral et pécuniaire) et de neutralité. Même s’ils sont encore protégés par leur statut (qui, par parenthèse, loin de constituer un « privilège », garantit leur neutralité vis-à-vis du pouvoir politique), les fonctionnaires sont dorénavant « managés » selon les méthodes du secteur privé. Les cadres passent l’essentiel de leur temps à mesurer leur <em>productivité,</em> non pas tant, malgré le caractère extrêmement pointilleux voire intrusif des outils statistiques, <em>l’activité réelle</em> dont on tirerait le bilan après-coup, mais <em>l’activité prévisionnelle,</em> qu’on quantifie en termes de flux différés et de projections de stocks, dans la plus pure optique communicationnelle. Il s’agit de fournir au Ministère de tutelle des chiffres qu’il puisse, s’ils lui conviennent, transmettre aux médias, dans le cas contraire, dont il puisse se prévaloir pour justifier les coupes budgétaires. D’où la pression exercée sur les cadres pour améliorer les chiffres, et celle exercée sur les agents par ceux-ci pour « optimiser » des moyens qui font de plus en plus défaut.</p><p>C’est le diable qui se mord la queue.</p><p>La désorganisation des services devient si dramatique qu’il est presque interdit à certains agents de tomber malade, tant les conséquences peuvent s’avérer désastreuses pour leurs collègues, sur qui l’on fait retomber la charge de travail supplémentaire, alors même qu’ils n’ont guère le temps de s’acquitter correctement de leurs tâches habituelles. La « polyvalence », ce pimpant concept choyé par les DRH qui cherchent à remotiver leurs troupes, en les gonflant d’estime de soi, n’est qu’un paravent visant à cacher la nudité d’un grand corps qui n’aura bientôt plus que des haillons à se mettre. Dans certaines préfectures, on voit ainsi des personnels techniques réaffectés, d’autorité, sans consultation, sur des postes administratifs, mais sans aucun des droits attachés au corps des personnels administratifs (salaire et congés). Il n’est pas rare également qu’on jongle avec les notions pourtant fondamentales d’ordonnateur et de comptable, quand on demande au régisseur de recettes de quitter son poste en cours de journée pour « donner un coup de main » au service des cartes grises. Si jamais le régisseur tombe malade, à son tour, qu’à cela ne tienne : on ouvre le coffre-fort, comme un gang de Rapetou, où l’on prélève toutes les formules vierges dont on a besoin pour atteindre les objectifs chiffrés du jour, et, le soir venu, une fois la curée finie, on laisse tout en plan : à charge au régisseur de tout remettre en ordre dès son « congé » maladie terminé.</p><p><em>Tout travail mérite… bâton</em></p><p>La comparaison avec le secteur privé s’avère plus limitée qu’il n’y paraît : en effet, si l’on prétend, d’un côté, « responsabiliser » davantage les agents (pour légitimer les baisses d’effectifs – bien réelles – et leur contrepartie illusoire, les hausses de salaire), on décourage par tous les moyens possibles l’esprit d’initiative, en pervertissant au passage les valeurs humanistes censées fonder une administration née du Conseil National de la Résistance. Comme au carnaval, où tout est renversé, les qualités et les vertus des agents (pour ceux, bien éduqués, qui les ont apprises de leurs parents), telles que l’entraide, la charité ou la compassion, sont disqualifiées et réprimées au profit d’une mise en concurrence qui ne saurait être bénéfique, puisque précisément, le but n’est pas de faire du profit. En effet, il s’agit d’expédier le plus vite possible et à moindres frais des usagers qu’on considère de plus en plus comme un « mal nécessaire », et non pas comme la raison d’être de l’action publique. On en vient à percevoir le public, dans nombre d’administrations, comme ces « nuisibles » des écosystèmes sensibles. Nuisibles… mais pour qui ? Pour des écosystèmes déséquilibrés, dont on a supprimé les prédateurs naturels et qu’on surexploite en dépit du bon sens.</p><p>Du point de vue d’un agent de cadre C, sous tension permanente, à cause des remarques désobligeantes d’un petit chef zélé qui lui reproche sa lenteur, du manque d’effectifs qui le contraint à assumer le travail de trois ou quatre collègues, de la mauvaise humeur des usagers lassés d’attendre des heures au guichet, sans compter le salaire qui n’est pas terrible, pas étonnant que le public finisse par être perçu comme l’une de ces aimables bébêtes. Pour les cadres, l’usager n’est rien d’autre qu’un impondérable, qui risque constamment de fausser les statistiques et d’entraver le « bon fonctionnement » des services, c’est-à-dire de mettre en lumière l’extrême tension et l’absence totale de souplesse créées par les baisses de moyens et d’effectifs.</p><p>Cette mise en concurrence des agents entre eux se traduit également par l’attribution de la prime de fin d’année « au mérite », sur proposition du chef de service (à la tête du client, la plupart du temps) : plutôt que tous bénéficient de la même somme, un tiers ramasse mettons 500 euros, un autre tiers la moitié et les autres… Bernique !</p><p>Autrement dit, dans la Fonction publique, depuis les directeurs qui conçoivent ou contresignent à tour de bras des rapports de gestion, les cadres A et B, qui rédigent à leur attention des notes de synthèse et bataillent avec leurs fichiers « Excel » pour que leurs calculs multifactorielles tombent justes, jusqu’aux adjoints qui passent leur temps, à chaque fois qu’ils lèvent le petit doigt ou se grattent la tête, à tracer un bâton dans un tableau (par boisseaux de cinq), pour dire qu’ils l’ont fait (car cela prend un temps précieux, paraît-il, qui empiète sur le « vrai travail »), quand ils ne doivent pas se chronométrer au surplus, chacun passe ses journées à tenir des statistiques censées mesurer des tâches que nul, de toute façon, n’a plus le temps d’effectuer. Le comble est atteint quand on fait mine, en haut lieu, d’écouter les protestations des agents : avant d’y donner éventuellement droit, cependant, on leur demande d’étayer leur argumentaire d’indicateurs statistiques, en chronométrant le temps pris à remplir ces tableaux et à tracer ces bâtons. Nouveaux tableaux, donc, et nouveaux bâtons. Car il faut tout prouver, chiffres à l’appui, même le temps qu’on perd.</p><p>Dans l’administration où j’exerce (une préfecture), se pointa un beau jour un stagiaire de Sciences-Po, vite rebaptisé « costard-cravate » : on attendait de lui un point de vue extérieur sur le service, « neuf et impartial », ainsi qu’une « expertise ». Ce blanc-bec à l’air avantageux, prétendant éclairer des fonctionnaires en poste depuis 5 à 15 ans, qui connaissent leur métier sur le bout du doigt, ne pouvait se prévaloir que de cinq demi-journées de pratique, uniquement sur des dossiers basiques. Qu’importe ! L’une de ses suggestions, fort bien accueillie par la hiérarchie, en ce qu’elle devait permettre de supprimer des coûts (par la suppression des renvois postaux de dossiers), le fut beaucoup moins des agents qui, l’ayant testée des années auparavant sans succès, et qui avaient suffisamment de recul pour en prévoir l’échec, protestèrent énergiquement. Rien n’y fit.</p><p>Après une « phase de test » de deux semaines qui fit perdre beaucoup de temps aux agents et mit leurs nerfs à bout, pour un bilan lamentable et sans appel, je fus convoqué dans le bureau de mon supérieur hiérarchique. Il voulait connaître mon « feedback » de l’opération. La conversation qu’on eut alors, avec le recul, me paraît presque surréaliste :</p><p>« En effet, on s’est rendu compte que ça ne marche pas…<br /> – Mais, on vous l’avait tous dit dès le début !<br /> – Oui, mais vous savez que moi aussi, je dois rendre des comptes, et le Secrétaire général exige qu’on teste chaque proposition avant de prendre une décision.<br /> – Si je comprends bien, il ne nous croit pas sur parole.<br /> – Eh non ! Tout ce qu’on avance doit être étayé et recoupé par des indicateurs statistiques précis. Rien de plus normal, après tout…<br /> – Cependant, si l’on nous avait cru[s], on aurait tous gagné un temps précieux.<br /> – Peut-être, mais notre stagiaire, M. X***, affirmait que c’était efficace… Alors, qui croire ?<br /> – Mais nous, bien sûr ! Enfin… ! Nous, qui sommes en poste depuis plusieurs années, j’espère ! Nous sommes adultes, vous savez : croyez-vous donc qu’on ne souhaite pas aussi que le fonctionnement du service s’améliore ? Seulement, cela fait des années qu’on se tue à vous dire qu’il s’agit d’un problème d’effectifs. Ce n’est pourtant pas sorcier. Tenez, c’est comme en cuisine : tant que vous vous obstinerez à vouloir faire lever votre pâte à gâteau sans ajouter de levure chimique, cela restera lamentablement plat.<br /> – Vous, peut-être, vous êtes adulte, mais ce n’est pas le cas de tout le monde…<br /> – Quoi ? ! »</p><p><em>Une administration moderne : le règne des « inspecteurs de travaux finis »</em></p><p>La déconsidération, la disqualification, la suspicion généralisée dont les agents de catégorie C font actuellement l’objet de la part de leur hiérarchie, soupçonnés qu’ils sont de vouloir tirer au flanc, défendre la pause-thé et freiner la « rationalisation du service public », atteignent un tel degré, que leur écœurement n’a plus d’égal que l’hypocrisie de ladite hiérarchie. Ce qu’on attend d’eux : pas plus, pas moins que de Charlot dans <em>Les Temps modernes,</em> c’est-à-dire qu’ils restent assis à leur place, sans broncher et sans bouger (sauf leurs dix doigts), huit heures par jour, à taper sans répit sur leur clavier. On voit venir le jour qu’ils introduiront une de ces mémorables « machines à manger » du film de 1936. À « temps modernes », administration nouvelle.</p><p>Exclues, donc, les discussions entre collègues, y compris strictement professionnelles (qui concernent habituellement plus des trois-quarts des échanges), la pause-thé bien sûr, la pause-pipi, qui doit être systématiquement signalée au supérieur hiérarchique. Pas d’objection, en revanche, contre la pause-cigarette. Pas question non plus de renseigner les usagers plus que de « raison », notamment au standard téléphonique, où la règle est de prendre le plus d’appels possible (en trois minutes), quitte à les laisser raccrocher Gros-Jean comme devant, sans même la moitié des informations nécessaires à la bonne constitution de leur dossier. La chasse est ouverte en préfecture : tout ce qui peut ralentir l’activité devient la cible des gestionnaires, qui tentent de faire des agents de catégorie C leurs rabatteurs. On décortique, au cours de réunions interminables et pointilleuses (sinon pointillistes), chaque « process » à l’œuvre en préfecture (de l’instruction d’un dossier de cartes grises au rechargement des bacs A4 des photocopieuses), pour ensuite en éliminer toutes les scories. J’ai ainsi participé à de mémorables débats, parfois houleux, en présence du directeur, dont un de vingt-cinq minutes top chrono, visant à déterminer si l’on devait agrafer les dossiers au début ou à la fin de l’instruction, et si l’on devait parapher le formulaire de demande à l’encre rouge, en haut à gauche, ou à l’encre verte, en bas à droite.</p><p>L’agent de catégorie C est véritablement traité comme une machine-outil, dont on dégraisserait les rouages, sauf qu’il n’en a pas l’insensibilité et qu’il n’a pas la capacité de se substituer, à lui seul, à vingt ou trente personnes. Je ne vois pas trop, en vérité, ce qui les retient encore de nous remplacer par des distributeurs à pièces de cartes grises, avec George Clooney tout sourire en façade, sauf de vagues scrupules légalistes, qui se justifient d’autant moins que plusieurs ministres, ces dernières années, se sont vus condamner en justice. Quitte à garder des fonctionnaires – le moins possible, tout de même – on s’ingénie donc à les presser comme des citrons.</p><p>Curieusement, dans le même temps qu’on supprime ces petites mains qui font tourner les services, on assiste à une floraison extraordinaire de cadres A, de chargés de mission, de stagiaires de grandes écoles et de contrôleurs de gestion, dont le nombre tend à dépasser celui des cadres C (vacataires compris), et qui n’ont d’autre fonction – quand ils en ont une clairement définie – que d’être des « inspecteurs de travaux finis ».</p><p><em>Une « nouvelle » recette de pâte brisée</em></p><p>Tout cela, messieurs-dames, a été théorisé et mis en application depuis plusieurs années déjà, sous forme d’une méthode pragmatique, dérivée du processus de production du constructeur automobile Toyota, qui a nom LEAN. Par un étrange scrupule francophone, on a même pris soin de décliner ce très-reconnaissable adjectif anglais, qui signifie « mince », entendez : « svelte », on dit « lean and mean » : en pleine forme et agressif, dans l’acronyme aussi laborieux que paradoxal : Leviers d’Efficacité pour une Administration Nouvelle. Abaisse-t-on, comme un pâtissier sa pâte brisée (préparée avec beaucoup de matières grasses), la masse rétive des fonctionnaires avec le rouleau des statistiques, ou cherche-t-on à la faire lever, au contraire ? Il faudrait savoir…</p><p>Or, comme vous l’avez sans doute compris, ce petit jeu de mots est significatif de l’hypocrisie qui règne parmi les cadres de la Fonction Publique (du cadre B jusqu’au corps préfectoral). Hypocrisie qui n’est pas le simple masque condescendant d’une hiérarchie qui veut faire passer les réformes (RGPP en tête) en sauvant les apparences, puisqu’elle se complique et qu’elle se double de pratiques « managériales » qui ressortissent au « double-bind » de Grégory Bateson [:] « Faire plus avec moins ». Admettre solennellement que les agents puissent être plus ou moins familiers avec l’outil informatique, donc plus ou moins rapides, tout en fixant à tous des objectifs chiffrés identiques ! Et les convoquer régulièrement pour leur reprocher de ne pas les tenir, alors même qu’on leur a prôné (autrement dit : imposé) une polyvalence qui n’est jamais, en fait, qu’une façon de gérer la pénurie, et qui les empêche de se consacrer pleinement au cœur de leur métier : remplir des tableaux… oups ! Pardon. Ma langue a fourchu : saisir des cartes grises. Ceci dit, on ne se prive pas de les accuser de ne pas avoir rempli leurs divers tableaux statistiques, quand ils ont précisément jugé bon, en toute bonne foi, de s’en dispenser afin de respecter leurs objectifs chiffrés.</p><p><em>Des « normes » et des valeurs</em></p><p>Ce raisonnement parfaitement absurde, digne d’un père Ubu ou d’un Stanley Laurel, quand il s’embrouille en reformulant quelque idée <em>a priori</em> lumineuse, serait comique s’il ne pouvait s’avérer, à terme, tragique : sans aller jusqu’à la tentation du suicide, il est patent que le stress, le désarroi, le découragement et la démotivation qui affectent les agents viennent du sentiment de perdre pied dans un système qui devient fou et auquel plus personne ne comprend rien. Certes, en haut lieu, on s’est entouré d’un bataillon de conseillers en « management » et en gestion, qui sont hyper-formés et tout gorgés d’expressions jargonnantes. Ce qui n’empêche pas leur méthode d’être d’une simplicité (pour ne pas dire, d’une brutalité) exemplaire. Elle tient en trois points : gérer les tâches et les effectifs à flux tendus (comme chez Toyota), planifier la pénurie, organiser et légitimer la mesquinerie.</p><p>Comme l’aurait dit Bertold Brecht, si vous trouvez que le public est trop nombreux et trop gênant, eh bien ! éliminez-le, vous aurez alors les coudées franches pour bâtir – ou modéliser – un service public à votre idée, efficace et bon marché, diligent et léger en moyens. Les agents ont tort de protester contre vos « process » novateurs ? Eh bien, changez-les ! Si vous n’êtes pas capable de comprendre que tout service rendu au public est forcément coûteux, prend forcément du temps, présente forcément des impondérables, alors… vous ne valez pas la peine qu’on s’esquinte la santé et le moral pour vous.</p><p>Un syndrome France Télécom ou Renault ou La Poste, ça suffit ! Au fait, ça fait déjà trois…</p><div><br clear="all" /></p><hr align="left" size="1" width="33%" /><div><p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a>           Coquâtre : Demi-chapon, poulet chaponné à moitié. On dit d’un homme qui chante mal, qu’il a une voix de coquâtre (<em>Dictionnaire de la Langue Française</em>, É. Littré, Librairie Hachette et Cie, tome 1<sup>er</sup>, 1873).</p></div></div> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36998</wfw:commentRss> <slash:comments>49</slash:comments> </item> <item><title>UN MONDE TRÈS &#171;&#160;COZY&#160;&#187; (POUR CERTAINS), BEAUCOUP MOINS POUR D&#8217;AUTRES</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36986</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36986#comments</comments> <pubDate>Tue, 15 May 2012 11:30:51 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[La vie de tous les jours]]></category> <category><![CDATA[Numérique]]></category> <category><![CDATA[Politique]]></category> <category><![CDATA[David Cameron]]></category> <category><![CDATA[démocratie]]></category> <category><![CDATA[Jeremy Hunt]]></category> <category><![CDATA[News Corporation]]></category> <category><![CDATA[News of the World]]></category> <category><![CDATA[piratage téléphonique]]></category> <category><![CDATA[Rebekah Brooks]]></category> <category><![CDATA[Rupert Murdoch]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36986</guid> <description><![CDATA[Ce texte est un « article presslib’ » (*) Quand j’ai écrit hier dans mon deuxième billet de la journée consacré à la perte de 2 milliards de dollars chez JPMorgan, Ah ! Nous ne sommes pas à court d’hommes et de femmes à montrer en exemple à la jeunesse ! (Demain, dans la même série : les [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><strong>Ce texte est un « article presslib’ » (*) </strong></p></blockquote><p>Quand j’ai écrit hier dans mon deuxième billet de la journée consacré à la perte de 2 milliards de dollars chez JPMorgan,</p><blockquote><p>Ah ! Nous ne sommes pas à court d’hommes et de femmes à montrer en exemple à la jeunesse ! (Demain, dans la même série : les responsables du groupe de presse Murdoch et les ministres britanniques qui couchent dans leur lit),</p></blockquote><p>mon allusion à News Corp. le groupe de presse de Rupert Murdoch n’était qu’une boutade : je n’avais aucune intention d’y consacrer un billet aujourd’hui. L’actualité en a décidé autrement avec l’inculpation ce matin pour détournement du cours de la justice, destruction de preuves essentiellement, de six personnes dont Rebekah Brooks, qui fut à différentes époques la rédactrice en chef du <em>Sun</em> et de <em>News of the World</em>, deux fleurons du groupe Murdoch et de ce que les Britanniques appellent la « gutter press », le « gutter » étant la rigole le long du trottoir, encore appelée « ruisseau ».</p><p>Je ne reviens pas sur toute l’histoire, dont les péripéties sont infinies, mais qui débute par la découverte du piratage par des reporters de <em>News of the World</em> du téléphone mobile d’une adolescente assassinée, et qui met en lumière qu’une multitude de personnalités ont leurs communications interceptées par des reporters appartenant à News Corp.</p><p>En juillet de l’année dernière j’avais déjà consacré deux billets à l’affaire. J’écrivais dans le premier : <a href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=26334" target="_blank">Grosses entreprises et gouvernements : Le cas de la Grande-Bretagne</a> :</p><blockquote><p>L’affaire contribuera certainement à mettre en lumière l’intrication présente de la gestion des grosses entreprises et des gouvernements dans un climat devenu généralisé d’irrespect du cadre juridique des États, en Grande-Bretagne – et probablement ailleurs aussi.</p></blockquote><p>(Mon second billet s’intitulait : <a title="Lire NOUVELLES DE LA DÉMOCRATIE" href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=26402">Nouvelles de la démocratie</a>).</p><p>J’écrivais donc cela il y a neuf mois, à partir de ce qu’il faudrait appeler « des présomptions assez vagues ». Ce qu’on a appris depuis n’a rien fait pour démentir ces présomptions car ce n’est pas piqué des vers, voyez vous-même :</p><p>-       lorsque Mme Brooks commence à être importunée par la justice, M. Cameron, premier ministre britannique, communique abondamment avec elle par textos, l’assurant de son soutien et, selon les termes du Wall Street Journal « discutant avec elle de sujets considérés sensibles pour News Corp. et pour le gouvernement britannique » ;</p><p>-       un très proche collaborateur de Jeremy Hunt, ministre de la culture, des médias et des sports, qui doit décider si oui ou non News Corp. est autorisée à prendre le contrôle de la compagnie de télévision par satellite BSkyB, contacte le principal lobbyiste du groupe Murdoch pour lui demander comment arranger l’affaire et présenter de manière appropriée les remous autour du piratage de conversations téléphoniques par News Corp.</p><p>Pas besoin certainement de faire un dessin de l’image qui émerge de tout cela : un monde très « cozy » comme on dit là-bas, très à l’aise, d’hommes et femmes d’affaires, de presse et de gouvernement, dirigeant la Grande-Bretagne dans un grand mélange des genres, en ne communiquant aux sujets de sa gracieuse majesté que ce qu’ils jugent nécessaire et sous la forme qui leur convient, et qui, quand ils veulent savoir ce que pensent exactement ces sujets de sa majesté, n’y vont pas par quatre chemins et vont simplement fouiller dans leurs mails et leurs communications téléphoniques – même, comme il appert, quand ces sujets font partie de sa propre famille.</p><blockquote><p><strong>(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer <a href="http://www.pauljorion.com/blog/?page_id=647"><em>ici</em></a>.</strong></p></blockquote> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36986</wfw:commentRss> <slash:comments>64</slash:comments> </item> <item><title>LE RÉGIME GREC, par Michel Leis</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36974</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36974#comments</comments> <pubDate>Mon, 14 May 2012 21:46:32 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[Economie]]></category> <category><![CDATA[Europe]]></category> <category><![CDATA[Fiscalité]]></category> <category><![CDATA[Bulgarie]]></category> <category><![CDATA[Grèce]]></category> <category><![CDATA[zone euro]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36974</guid> <description><![CDATA[Billet invité. À l’heure où les urnes ont livré leur verdict en Grèce, je reviens d’une série de voyages professionnels qui m’ont conduit d’Athènes à Sofia. Comme souvent dans les tragédies grecques, le drame auquel nous assistons est le prolongement de drames antérieurs, une histoire en deux temps et trois groupes d’acteurs. Les trois groupes [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Billet invité.</p></blockquote><p>À l’heure où les urnes ont livré leur verdict en Grèce, je reviens d’une série de voyages professionnels qui m’ont conduit d’Athènes à Sofia. Comme souvent dans les tragédies grecques, le drame auquel nous assistons est le prolongement de drames antérieurs, une histoire en deux temps et trois groupes d’acteurs. Les trois groupes d’acteurs, ce sont les pays fondateurs de l’Union, les pays du Sud et les nouveaux entrants de l’ex-bloc de l’Est. Les deux temps de notre histoire, c’est le milieu des années 80 qui a vu l’intégration des pays du Sud et la période qui s’est ouverte à l’orée des années 90 avec la chute du mur, et qui s’est logiquement achevée avec l’intégration des ex-pays de l’Est au milieu des années 2000.</p><p>En prélude à notre histoire, lorsque le Sud rejoint l’UE, ces régions sont vues comme un nouvel eldorado. La péninsule ibérique est un marché géographiquement cohérent de 56 millions d’habitants. Les programmes d’aides de l’UE doivent apporter la prospérité et permettre une industrialisation rapide tandis que le différentiel de salaire permet d’espérer des profits élevés. Ce schéma idéal se met progressivement en place, on peut donner l’exemple de l’industrie automobile qui est un bon indicateur. En Espagne, on passe en quelques années d’une position marginale à une place de 3<sup>ème</sup> producteur européen avec 18 sites de production. Le Portugal bénéficie aussi de quelques investissements comme l’implantation conjointe Ford / VW ou celle de Renault. Si cette industrie est largement exportatrice jusqu’à l’orée des années 2000, une grande partie de cette production est aussi absorbée par le marché intérieur.</p><p><span id="more-36974"></span>Pour la Grèce, c’est une autre paire de manches. Il n’y a pas de passé industriel, le marché local est limité et les seules vraies activités sont l’agriculture, l’industrie et le tourisme. Les investissements de l’UE sont importants, mais le développement de l’infrastructure ne s’accompagne d’aucune grande implantation industrielle. Le tourisme de masse et les services empêchent que la balance des paiements ne sombre à des niveaux catastrophiques, mais la hausse de l’Euro n’aura pas que des conséquences heureuses pour le tourisme en Grèce.</p><p>Quand le rideau de fer est tombé, les budgets européens se sont réorientés massivement vers les ex-pays de l’Est en vue de leur intégration future. Les implantations d’usines ont suivi, car le terrain était fertile, une grande partie de ces pays ayant un passé industriel. Dans le même temps, l’attractivité de l’Europe du Sud a diminué, et seul, le développement de l’immobilier a maintenu pour un temps l’illusion. Même si ce mauvais timing a joué un rôle dans notre histoire, il faut aller plus loin et comprendre que l’intégration du groupe des pays du Sud et celle du bloc de l’Est s’est faite suivant des paradigmes différents.</p><p>Ce qui s’est construit dans cette deuxième vague d’élargissement, c’est une logique où il n’est plus question de nouveaux marchés, mais de produire et sous-traiter à bas coût pour le plus grand profit (au sens premier du terme) de l’industrie allemande. Une fois de plus l’industrie automobile est un excellent marqueur. 26 implémentations ont eu lieu dans les ex-pays de l’Est entre le 1990 et 2000, sans compter le rachat des constructeurs locaux comme Skoda par le groupe VW et Dacia par le groupe Renault. Mais si l’on regarde dans le détail, une grande partie de ces investissements sont des unités de fabrication de composants incorporés dans les usines d’assemblage allemande. Pour faire simple, le profit se crée en sous-traitant à l’extérieur les composants, l’image se construit en assemblant en Allemagne. La balance commerciale de l’Allemagne vis-à-vis de la Hongrie, de la Slovaquie ou de la République Tchèque est largement déficitaire (- 5,3 Milliards d’Euros en 2011), ce qui reflète parfaitement la construction de cette arrière-cour industrielle.</p><p>Derrière ces constatations se cachent une dangereuse illusion et l’absence de vision européenne.</p><p>Ce n’est pas tant le succès de l’industrie allemande qui ne s’adresse qu’à la frange la plus aisée des clients qui constitue une illusion. L’illusion, c’est que ce « modèle » soit devenu le paradigme de toute l’industrie. Pour faire caricatural, tout le monde veut s’adresser aux 10% de la population la plus aisée. Pour les 90% de clientèle restant, il reste au mieux une production entièrement délocalisée dans les pays présentant les plus bas coûts de l’Union, au pire une délocalisation en Chine, seul moyen de concilier des attentes de profits élevés et des marchés où la pression sur les prix est forte. Que des industriels essayent de copier des stratégies réussies sans se poser de question sur le contexte global, passe encore, mais l’U.E., en ne contrebalançant pas ces stratégies, a commis deux péchés capitaux.</p><p>Le premier de ces péchés est l’absence d’harmonisation sociale. Le graphique montrant le montant du salaire minimum mensuel dans les différents groupes de pays est éclairant (même s’il n’existe pas de salaires minimum en Allemagne, les rémunérations de l’industrie allemande sont restées élevées). Si les pays du Sud ont pu paraître attractifs à l’époque de leur intégration dans l’UE, ils ne font plus le poids depuis l’intégration des pays de l’Est.</p><p>Ce qui est en cause ici, ce n’est pas seulement la compétitivité relative des groupes de pays, mais une stratification sociale où apparaît un nouveau groupe, la classe moyenne pauvre. On peut les définir comme des personnes qui assurent leur consommation de base à moindre coût, se privent pour quelques produits d’image (le smart phone…) en sacrifiant d’autres produits de leur « shopping list ». Pour les marques allemandes, peu importe, ce n’est pas le cœur de cible. Pour le reste de l’industrie européenne, le marché des ex-pays de l’Est ne s’est jamais vraiment créé, contrairement aux pays du Sud. Pour revenir à l’industrie automobile, les surcapacités évoquées aujourd’hui correspondent peu ou prou aux prévisions de marché qui ne se sont jamais réalisées dans ces pays. Les fermetures qui vont se généraliser dans les mois à venir vont probablement toucher les unités où la combinaison coûts salariaux productivité est la plus mauvaise, pour la plupart situées dans les pays au cœur de l’Union européenne. Les pressions sur l’emploi qui en résulteront contribueront ainsi à la généralisation de cette classe moyenne pauvre au cœur de l’Europe. Les thuriféraires de l’Union peuvent toujours dire que les salaires ont plus augmenté dans les ex-pays de l’Est, au rythme actuel, il faudra encore plus de 25 ans pour arriver à un alignement.</p><p><a href="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Coûts-salariaux.jpg"><img src="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Coûts-salariaux.jpg" alt="" title="Coûts salariaux" width="940" height="365" class="alignleft size-full wp-image-36976" /></a></p><p>La deuxième faute majeure est l’absence d’harmonisation fiscale en matière d’impôt sur les sociétés. L’Europe peut bien afficher sa réprobation de façade, elle a intégré en son sein des paradis fiscaux qui n’ont pas grand-chose à envier aux Bahamas. Si l’on regarde le taux maximum d’imposition sur les sociétés, la situation est édifiante. Beaucoup diront – à juste titre – que ce taux est loin de représenter l’impôt réellement payé par les entreprises. C’est parfaitement exact, mais ce taux de l’impôt représente un excellent indicateur des politiques en œuvre, indépendamment des couleurs politiques au pouvoir. Les ex-pays de l’Est se sont lancés dans l’application de recettes ultralibérales avant même leur intégration dans l’Europe. L’écart est conséquent avec les pays fondateurs et les pays du Sud. À quoi bon lever des impôts quand on a cassé les mécanismes de solidarité antérieurs et que l’UE paye les infrastructures ? Cette politique fiscale est l’autre composante de la sous-traitance à bas coût. C’est tout bénéfice pour la norme de profit, en particulier quand l’industrie est dominante dans la chaîne de valeur, comme peut l’être l’industrie allemande (cf. mon essai <a href="http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-crises-economiques-regulations-collectives.html">« Crises économiques et régulations collectives »</a>).</p><p><a href="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Imposition.jpg"><img src="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Imposition.jpg" alt="" title="Imposition" width="898" height="361" class="alignleft size-full wp-image-36977" /></a></p><p>Et c’est ici que l’on revient à mes observations de voyage. Certes, il faut toujours se méfier des témoignages directs, même si celui-ci recoupe certains reportages, comme celui diffusé par Arte fin novembre 2011. Vu d’Athènes, la Bulgarie, ce grand voisin (474 km de frontière) avec son flat rate de 10% pour les entreprises comme pour les particuliers est bien attractive. Malgré la récente baisse de l’impôt sur les sociétés en Grèce (20% au lieu de 24%, taux maximum) et si l’on considère un coût du travail très bas en Bulgarie (salaire minimum mensuel de 123 €), quel intérêt peut avoir une entreprise grecque à rester en Grèce ? Quel intérêt pour un particulier fortuné de rester à Athènes où la pression se fait de plus en plus forte pour payer les impôts à des taux bien plus élevés ?</p><p>Le problème, c’est que le succès des plans de rigueur proposés repose sur des rentrées fiscales à taux pleins… Or l’évasion fiscale se substitue à la fraude, avec la bénédiction implicite de l’Europe au nom de la libre circulation des biens et des personnes et de la liberté d’établissement. Les avions d’Athènes à Sofia sont de plus en plus remplis, des affiches en grec ont fait leur apparition dans les agences immobilières et le distributeur bulgare de mon entreprise revoyait ses prévisions de vente à la hausse, surtout pour les segments du haut de gamme.</p><p>Parler de retrouver une compétitivité en Grèce relève au mieux de l’imposture et au pire de l’incompétence. Compter sur une levée partielle de l’austérité ne suffira pas. La dimension géographique prend ici toute son importance : les voisins de la Grèce, ce sont les ex-pays du bloc de l’Est. Si l’on a une vision libérale du problème, le salut de la Grèce devrait passer par un alignement sur ces voisins. Aucun dirigeant européen ne prendra pourtant le risque d’aller expliquer aux Grecs que leurs salaires devraient être divisés par trois si l’on veut créer un ensemble géographiquement cohérent et économiquement compétitif. C’est aussi à l’aune de l’intégration ratée des ex-pays de l’Est qu’il faut mesurer l’ampleur des efforts que la Grèce devrait réaliser.</p><p>Si l’on tient compte des spécificités grecques que j’évoquais au début de ce billet, ce dont ce pays a besoin, c’est d’une monnaie faible pour attirer des masses de touristes et vendre des services maritimes à bas prix. C’est aussi de mettre fin à l’évasion fiscale légale en dérogeant aux principes de base de l’Union européenne (liberté d’établissement, libre circulation). On le voit, ce type d’approche est peu compatible avec le maintien dans l’Euro. Même en cas de sortie, la marge restera étroite entre le risque d‘une hyperinflation et le rétablissement d’une fiscalité digne d’un état régalien. Le régime sec actuel en est d’autant plus amer, puisqu’il ne répond pas aux besoins, et repose sur une vision pré-formatée dont l’application ne peut conduire qu’à une casse sociale généralisée.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36974</wfw:commentRss> <slash:comments>147</slash:comments> </item> <item><title>CHRONIQUES DE LA GRANDE PERDITION, par François Leclerc</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36954</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36954#comments</comments> <pubDate>Mon, 14 May 2012 21:18:44 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[blog]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36954</guid> <description><![CDATA[Une sélection des chroniques récentes de « l’actualité de la crise » de François, préfacée par moi. En librairie aujourd&#8217;hui-même, aux nouvelles éditions Osez la République sociale ! &#8211; 168 pages, 8,50 euros. En vente en ligne pour les lecteurs du blog (et les autres !).]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Grande-perdition-François-Leclerc.jpg"><img src="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Grande-perdition-François-Leclerc.jpg" alt="" title="Grande perdition - François Leclerc" width="828" height="980" class="alignleft size-full wp-image-36968" /></a></p><p>Une sélection des chroniques récentes de « l’actualité de la crise » de François, préfacée par moi.</p><p>En librairie aujourd&#8217;hui-même, aux nouvelles éditions <a href="http://www.osez-la-republique-sociale.fr/" target="_blank"><strong>Osez la République sociale !</strong></a> &#8211; 168 pages, 8,50 euros.</p><p>En <a href="http://www.osez-la-republique-sociale.fr/boutique/#ecwid:category=0&amp;mode=product&amp;product=11341370">vente en ligne</a> pour les lecteurs du blog (et les autres !).</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36954</wfw:commentRss> <slash:comments>49</slash:comments> </item> <item><title>JPMORGAN : ET ON MANQUERAIT D’EXEMPLES POUR LA JEUNESSE !</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36943</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36943#comments</comments> <pubDate>Mon, 14 May 2012 15:36:57 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[Economie]]></category> <category><![CDATA[Monde financier]]></category> <category><![CDATA[CDS]]></category> <category><![CDATA[Ina Drew]]></category> <category><![CDATA[Jamie Dimon]]></category> <category><![CDATA[JP Morgan Chase]]></category> <category><![CDATA[produits dérivés]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36943</guid> <description><![CDATA[Ce texte est un « article presslib’ » (*) Voilà donc que Mme Ina Drew était Investisseur en chef à la banque JPMorgan et que c’est elle qui avait la responsabilité de faire quelque chose d’utile avec les 356 milliards de dollars qui se trouvent sur les comptes courants des clients de la banque et [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><strong>Ce texte est un « article presslib’ » (*) </strong></p></blockquote><p>Voilà donc que Mme Ina Drew était Investisseur en chef à la banque JPMorgan et que c’est elle qui avait la responsabilité de faire quelque chose d’utile avec les 356 milliards de dollars qui se trouvent sur les comptes courants des clients de la banque et qui n’ont pas été prêtés à l’un ou à l’autre. Et voilà donc qu’elle les a investis dans des choses aussi socialement utiles que des paris du genre <em>Credit-default Swaps</em> et autres instruments synthétiques tels que des indices sur la dette des entreprises, comme le <em>CDX.North America.Investment Grade.9</em> au cœur du scandale.</p><p>Et voilà donc qu’elle en a perdu une somme qui ne fera sans doute pas moins de 2,3 milliards de dollars mais qui n’en fera pas beaucoup plus que 3 à tout casser – si tout se passe bien.</p><p>Je vous le demande : 3 sur 356, ça ne fait même pas 1% ! Et voilà pourtant que Mme Drew dont la rémunération ne dépassait même pas 1,3 million de dollars par mois, s’est pourtant vue contrainte à la démission il y a quelques heures. Allez comprendre !</p><p>Et voilà que M. Jamie Dimon, P-DG de JPMorgan se trouve lui-même sur la sellette pour être à la tête de la croisade contre la règle Volcker qui voudrait interdire que les banques commerciales jouent précisément l’argent de leurs déposants à la roulette. Et que JPMorgan est l’une de ces banques « Too Big to Fail » bien grasses dont le contribuable américain est toujours le garant de dernier ressort. L’agence Bloomberg rapporte que lors d’une réunion à la Fed, le 2 février, Mme Drew, à la tête d’une délégation de sa banque, recommanda que la règle Volcker ne s’applique pas aux départements comme le sien.</p><p>Comme si ce qui vient d’arriver prouvait quelque chose ! Ah ! L’injustice de ce bas-monde !</p><p>&nbsp;</p><p>Apprendront-ils jamais ? Non !</p><p>Continuera-t-on à les considérer cependant comme les seuls capables de déterminer l’avenir du monde de la finance ? Oui ! Résolument oui !</p><p>Continuera-t-on à leur attribuer des bonus se chiffrant en millions en tant qu’experts dans leur domaine ou à les nommer premier ministre dans les pays en difficulté ? Oui, oui, trois fois oui !</p><p>Ah ! Nous ne sommes pas à court d’hommes et de femmes à montrer en exemple à la jeunesse ! (Demain, dans la même série : les responsables du groupe de presse Murdoch et les ministres britanniques qui couchent dans leur lit).</p><p><span style="text-decoration: underline;">P.S.</span> Un journaliste du Wall Street Journal a demandé au ministère de la justice américain combien de banquiers ont été condamnés en relation avec la crise des subprimes. Réponse : le ministère ne tient pas de relevés par niveau d’emploi. Vous trouverez cela <a href="http://online.wsj.com/article/SB10001424052702303505504577401911741048088.html?KEYWORDS=Missing+Stats+on+Crisis+Convictions">ici</a>.</p><blockquote><p><strong>(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer <a href="http://www.pauljorion.com/blog/?page_id=647"><em>ici</em></a>.</strong></p></blockquote> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36943</wfw:commentRss> <slash:comments>74</slash:comments> </item> <item><title>LES QUESTIONS QUI RESTENT À RÉSOUDRE, à paraître chez Fayard en octobre 2012</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36936</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36936#comments</comments> <pubDate>Mon, 14 May 2012 13:52:30 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[anthropologie]]></category> <category><![CDATA[écologie]]></category> <category><![CDATA[Constitution pour l’économie]]></category> <category><![CDATA[Economie]]></category> <category><![CDATA[Finance]]></category> <category><![CDATA[La vie de tous les jours]]></category> <category><![CDATA[Questions essentielles]]></category> <category><![CDATA[« Les questions qui restent à résoudre »]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36936</guid> <description><![CDATA[Présentation Suite à la parution de Le capitalisme à l’agonie (Fayard 2011), la question m’a souvent été posée : « Que faudra-t-il mettre à sa place ? » Je m’en étais tenu jusque-là au constat : depuis mon avertissement qu’une crise gravissime allait éclater dans le secteur des subprimes dans La crise du capitalisme américain (La Découverte 2007 ; Le [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Présentation</span></strong></p><p>Suite à la parution de <em>Le capitalisme à l’agonie</em> (Fayard 2011), la question m’a souvent été posée : « Que faudra-t-il mettre à sa place ? »</p><p>Je m’en étais tenu jusque-là au constat : depuis mon avertissement qu’une crise gravissime allait éclater dans le secteur des subprimes dans <em>La crise du capitalisme américain</em> (La Découverte 2007 ; Le Croquant 2009), jusqu’à la chroniques des événements que l’on trouve dans <em>L’implosion</em> (Fayard 2008), <em>La crise</em> (Fayard 2008), et dans une certaine mesure dans <em>L’argent, mode d’emploi</em> (Fayard 2009).</p><p>Il fallait maintenant passer à la prospective. Je n’avais pas de réponse toute prête (la réforme sociale n’est pas mon métier !), alors je suis allé voir : je me suis plongé dans la question, laquelle est loin d’être simple parce que la crise actuelle en réunit en réalité trois sous le même capot, qui se combinent de manière particulièrement toxique : une crise due au fait que notre espèce se conduit comme une malpropre à la surface de la planète qui l’accueille, une crise due au fait que la maîtrise de la complexité nous a désormais totalement échappé (c’était déjà le cas avant l’invention de l’ordinateur, mais celui-ci a magnifié le problème de plusieurs ordres de grandeur), enfin la crise financière et économique présente est la conséquence de la « machine à concentrer la richesse » qui constitue le cœur de nos sociétés et dont nous sommes en général très fiers, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’elle nous explose au visage comme aujourd’hui.</p><p>Avant de pouvoir dire ce qu’il faudra mettre à la place du capitalisme, un certain nombre de questions doivent impérativement être résolues ou tout au moins significativement clarifiées, certaines très générales comme « Qui sommes-nous ? » et « Qu’avons-nous la capacité de faire ? » ; certaines beaucoup plus spécifiques comme « Pourquoi nous sommes-nous satisfaits d’une « science » économique incapable de voir venir une crise de l’ampleur de celle qui est en train de nous engloutir et de prôner ensuite les mesures nécessaires qui nous permettraient d’en sortir ? » ou « Une science économique est-elle même possible ? » ; certaines très épineuses et ayant déjà fait par millions des morts visibles ou invisibles comme « Comment distribuer équitablement la richesse créée ? », « Comment manger dans un monde d’où le travail disparaît ? », « Comment casser la « machine à concentrer la richesse » qui finit toujours par gripper l’économie et tout le reste avec elle ? », la liste est malheureusement longue : « Faut-il arrêter les ordinateurs… et la Bourse ? » et quid de la propriété privée ? Et quid de la croissance ? Et ainsi de suite.</p><p>Il reste donc un nombre considérable de questions à résoudre, mais le temps presse, parce que pendant que nous réfléchissons, c’est notre environnement global qui s’effondre inexorablement. Parviendrons-nous à sauver notre bouclier social ? Sans doute, mais à condition que nous sauvions notre civilisation. Et pour sauver celle-ci, il faut d’abord que nous sauvions notre espèce. Ce que nous ne pourrons pas faire sans sauver notre planète.</p><p>Décidément, rien n’est simple, mais ne dit-on pas que : « Poser les bonnes questions, c’est déjà les avoir à moitié résolues » ? C’est là l’ambition de mon livre à venir.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36936</wfw:commentRss> <slash:comments>56</slash:comments> </item> <item><title>L&#8217;actualité de la crise : ON NE SAIT JAMAIS ! par François Leclerc</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36921</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36921#comments</comments> <pubDate>Mon, 14 May 2012 12:06:49 +0000</pubDate> <dc:creator>François Leclerc</dc:creator> <category><![CDATA[Economie]]></category> <category><![CDATA[Europe]]></category> <category><![CDATA[Finance]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36921</guid> <description><![CDATA[Billet invité. Dans l’attente des développements grecs, c&#8217;est à qui prendra ses petites précautions. Signe que les marchés ne sont pas les derniers, le taux des obligations allemandes à dix ans, les Bunds, ne cesse de baisser. Lundi matin, un nouveau recul a été enregistré, ce taux atteignant 1,470%, un niveau inférieur à celui de [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Billet invité.</p></blockquote><p>Dans l’attente des développements grecs, c&#8217;est à qui prendra ses petites précautions. Signe que <i>les marchés</i> ne sont pas les derniers, le taux des obligations allemandes à dix ans, les Bunds, ne cesse de baisser. Lundi matin, un nouveau recul a été enregistré, ce taux atteignant 1,470%, un niveau inférieur à celui de l’inflation. Faut-il avoir besoin d’un refuge pour accepter un tel sacrifice !</p><p>Paul Krugman, qui analyse la crise européenne de la dette depuis l’autre rive de l&#8217;Atlantique, prédit l’avènement d’une <i>panique bancaire</i> (un retrait massif et précipité des dépôts) dès que la Grèce sortira de la zone euro. Elle affecterait en priorité les banques espagnoles et italiennes, qui n’ont pas besoin de cela, et pourrait impliquer le rétablissement d’un contrôle des transferts bancaires dans ces deux pays, ainsi qu’un plafonnement des montants des retraits.</p><p><span id="more-36921"></span>D’après Der Spiegel, les autorités allemandes auraient élaboré un plan en cas de sortie de la Grèce de la zone euro, pour ne pas être prises de court. L’idée serait de poursuivre la pratique des prêts du Fonds de stabilité européen (FESF) destinés à rembourser la BCE. Ce qui permettrait d’éviter que celle-ci n&#8217;accuse des pertes et reviendrait à transférer la dette des livres de la BCE au débit des États. Toujours d’après le même plan, la sortie de la zone euro n’impliquerait pas celle de l’Union européenne, la Grèce devenant alors éligible pour une aide des vingt-sept et non plus des dix-sept, ne lui laissant toutefois que des espoirs mesurés d&#8217;être aidée&#8230;</p><p>On apprend enfin que, selon la Banque d’Espagne, la dette des banques espagnoles envers la BCE atteint désormais 263,5 milliards d’euros. Ce qui illustre une fois encore combien elles sont sous assistance permanente et induit en même temps une question qui n’est pas innocente : mais est-ce bien la Banque d’Espagne qui accueille les actifs donnés en garantie par les banques et de quelle nature et qualité sont-ils donc ?</p><p>La ruée enregistrée ou bien prédite vers les refuges disponibles, comme l’évacuation discrète par les banques de leurs titres de la dette souveraine, expriment une perception du danger que les dirigeants politiques s’efforcent de minimiser, ne sachant pas comment y répondre. La précarité de ces havres n’en est pas moins flagrante.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36921</wfw:commentRss> <slash:comments>46</slash:comments> </item> <item><title>AGORA DES SAVOIRS, Où en sommes-nous ?, Montpellier, mercredi 16 mai à 20h30</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36929</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36929#comments</comments> <pubDate>Mon, 14 May 2012 11:52:39 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[blog]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36929</guid> <description><![CDATA[Au Centre Rabelais, Esplanade Charles de Gaulle, mercredi 16 mai à 20h30 Avec Jean-Claude Michéa Les conférences sont accessibles à tous et gratuites. &#160;]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p>Au Centre Rabelais, Esplanade Charles de Gaulle, mercredi 16 mai à 20h30</p><p>Avec Jean-Claude Michéa</p><p>Les conférences sont accessibles à tous et gratuites.</p><p><a href="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Montpellier.png"><img src="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Montpellier.png" alt="" title="Montpellier" width="608" height="465" class="alignleft size-full wp-image-36931" /></a></p><p>&nbsp;</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36929</wfw:commentRss> <slash:comments>6</slash:comments> </item> <item><title>L&#8217;ARGENT QUE PRÊTENT LES BANQUES (ET JPMORGAN EN PARTICULIER)</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36909</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36909#comments</comments> <pubDate>Mon, 14 May 2012 05:36:30 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[Finance]]></category> <category><![CDATA[création monétaire]]></category> <category><![CDATA[JPMorgan]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36909</guid> <description><![CDATA[Je reçois chaque jour encore des mails qui me disent : « Monsieur Jorion, je suis tombé sur une vidéo TRÈS intéressante où l’on explique dans des termes TRÈS simples comment les banques créent de l’argent ex nihilo ». Suit une vidéo où l’on vous explique avec indignation que les banques créent l’argent qu’elles vous prêtent, comme dit [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p>Je reçois chaque jour encore des mails qui me disent : « Monsieur Jorion, je suis tombé sur une vidéo TRÈS intéressante où l’on explique dans des termes TRÈS simples comment les banques créent de l’argent ex nihilo ».</p><p>Suit une vidéo où l’on vous explique avec indignation que les banques créent l’argent qu’elles vous prêtent, comme dit la formule bien connue : « par un simple jeu d’écritures ».</p><p>Pour ceux qui prennent le train du Blog en marche, je signale que ce mythe a été explosé dans les discussions que nous avons eues ici en 2008 et a donné lieu à mon livre <a href="http://www.amazon.fr/Largent-mode-demploi-Paul-Jorion/dp/2213644047/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1258195186&amp;sr=1-1">L’argent mode d’emploi</a> (Fayard 2009) qui remet les pendules à l’heure à cet égard.</p><p>Pour ceux qui seraient encore convaincus que les banques prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas, ou qu’elles ne prêtent pas l’argent qu’on dépose chez elles, ou qu&#8217;elles prêtent des sommes faramineuses qui sont X fois les sommes qu&#8217;on dépose chez elles (ce sont en général les mêmes qui croient tout cela à la fois), <a href="http://www.bloomberg.com/news/2012-05-13/jpmorgan-executives-said-to-depart-this-week-after-trading-loss.html">une dépêche de l’agence Bloomberg</a> signale ce matin en marge de la perte avouée de 2 milliards de dollars sur des opérations de CDS (<a href="http://www.pauljorion.com/blog/?page_id=1457">Credit-default Swaps</a>) par la banque américaine JPMorgan (qui avait jusqu’ici la réputation de champion du monde de gestion du risque), à propos de Mme Drew qui se trouve désormais sur un siège éjectable :</p><p>“Drew, 55, is one of two women on the operating committee at JPMorgan, the biggest and<a title="Get Quote" href="http://www.bloomberg.com/quote/JPM:US"> most profitable</a> U.S. bank. Her office oversees about $360 billion, the difference between money from deposits and what the bank lends.”</p><blockquote><p>[Ina] Drew, âgée de 55 ans, est l’une des deux femmes au comité d’exploitation de JPMorgan, la banque américaine la plus grosse et la plus rentable. Son département gère environ 360 milliards de dollars, la différence entre l’argent déposé sur des comptes courants et les sommes que prête la banque.</p></blockquote><p>&nbsp;</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36909</wfw:commentRss> <slash:comments>278</slash:comments> </item> <item><title>L&#8217;actualité de la crise : SAUT DANS LE VIDE, par François Leclerc</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36895</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36895#comments</comments> <pubDate>Sun, 13 May 2012 22:34:33 +0000</pubDate> <dc:creator>François Leclerc</dc:creator> <category><![CDATA[Economie]]></category> <category><![CDATA[Europe]]></category> <category><![CDATA[Finance]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36895</guid> <description><![CDATA[Billet invité. Les gouvernements européens sont suspendus aux négociations d’Athènes, où une solution de la dernière chance va continuer d’être tentée, afin d’éviter la convocation de nouvelles élections dans un mois qui accorderaient la victoire au Syriza d’après les sondages. Elle repose sur un accord avec le Dimar, un petit parti de gauche moins radical, [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Billet invité.</p></blockquote><p>Les gouvernements européens sont suspendus aux négociations d’Athènes, où une solution de la dernière chance va continuer d’être tentée, afin d’éviter la convocation de nouvelles élections dans un mois qui accorderaient la victoire au Syriza d’après les sondages. Elle repose sur un accord avec le Dimar, un petit parti de gauche moins radical, opposé à l’austérité et favorable au maintien de la Grèce dans la zone euro. Avec Nouvelle Démocratie et le Pasok, une majorité parlementaire serait alors trouvée, donnant à un gouvernement un mandat de renégociation du <i>plan de sauvetage</i>, à des conditions qui dépendent du Dimar, en proie à des divisions internes.</p><p>Les dirigeants européens affichent de leur côté leur préférence pour une sortie de la Grèce de la zone euro à toute remise en cause des accords, en totale contradiction avec tout ce qu’ils ont fait et affirmé jusqu’à maintenant… Les ministres des finances des 17 vont se réunir demain, afin de tenter de sauver une situation proche de l’éclatement, sans autre arme que de réaliser une pression maximum sur les partis politiques grecs pour qu’ils s’entendent. Mais cela se soldera dans le meilleur des cas par l’exigence d’une renégociation sans délai du <i>plan de sauvetage</i> à laquelle ils prétendent ne pas vouloir se plier. Dans l’immédiat, la Grèce doit rembourser mardi prochain 435 millions d’euros de dette et pourrait faire défaut. La corde est tendue à son maximum et peut donc casser.</p><p><span id="more-36895"></span>Parmi les conséquences identifiées qu’aurait une sortie de la Grèce de la zone euro figurent d’importantes pertes pour la BCE, l’Eurosystème et le FMI. 40 milliards d’euros pour la première &#8211; correspondant à ses achats d’obligations grecques sur le second marché &#8211; et on ne sait pas combien de dizaines de milliards disséminés dans les banques centrales nationales, après que les banques commerciales s’en sont délestées auprès d’elles, profitant de la bonne occasion qu’a représenté l’injection des liquidités de la BCE. Cette dernière avait jugé plus prudent de ne pas les prendre elle-même en garantie.</p><p>Luc Coene, le gouverneur belge de la BCE, n’en vient pas moins d’exprimer dans une interview au Financial Times sa conviction que cette sortie « serait possible », une première pour la banque centrale qui l’avait jusqu’à maintenant nié. En l’assimilant à l’expression d’un « droit démocratique », singulière présentation de  la crise actuelle, également affirmée par Jens Weidmann, qui considère que « si Athènes ne tient pas parole, ce sera un choix démocratique »…</p><p>Cette fausse sérénité et fermeté pourraient être mises sur le compte de <i>l’impatience</i> dont les autorités européennes commencent à faire preuve, puisque c’est ainsi qu’il convient de faire état de leur exaspération et de l’impasse dans laquelle elles se trouvent plongées. Ainsi que le déclare désormais Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, « la zone euro peut supporter une sortie de la Grèce », effectuant une totale volte-face avec les propos tenus par Angela Merkel il y a deux mois. Elle affirmait alors qu’une sortie de la Grèce serait « catastrophique », car « les gens du monde entier se demanderaient : qui sera la suivant ? », pour conclure que « ce serait une énorme erreur politique de permettre à la Grèce d’abandonner l’euro ».</p><p>« Nous pouvons seulement gagner du temps, et il y a une limite au temps que nous pouvons gagner », explique Luc Coene dans son interview. « Nous ne pouvons pas résoudre les problèmes fondamentaux », en tire-t-il comme leçon de portée générale. On ne pourrait qu’être sensible à cette nouvelle clairvoyance, si elle ne permettait au gouverneur de se laver les mains de responsabilités qui sont selon lui du ressort des gouvernements et des Etats : politique fiscale, croissance économique, solidité des banques… Le conduisant pour finir à reconnaître que « nous ne pouvons pas stimuler l’économie », contredisant ainsi Mario Draghi qui fondait sa politique et ses espoirs sur une relance du crédit s’appuyant sur les prêts de la BCE aux banques.</p><p>Tout cela ne fait toujours pas une politique, alors que la stratégie qui sous-tend le pacte budgétaire est en train de s’effondrer à la faveur du bras de fer avec les Grecs. Le calendrier selon lequel la Grèce va faire défaut est désormais la seule inconnue. On en viendrait presque à oublier la situation de l’Espagne, où toute stabilisation apparaît désormais illusoire, les engagements budgétaires du gouvernement ne pouvant pas être tenus et les finances publiques menaçant d’être mises à contribution pour recapitaliser les banques pour tout aggraver.</p><p>C’est un saut dans le vide qui se prépare.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36895</wfw:commentRss> <slash:comments>96</slash:comments> </item> <item><title>ÉCLAIRAGES CONVERGENTS SUR LE « GRAND TOURNANT » (II) « Évolution morphologique et culturelle humaine : l’apport des modèles fractals »</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36886</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36886#comments</comments> <pubDate>Sun, 13 May 2012 18:56:22 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[Economie]]></category> <category><![CDATA[Histoire]]></category> <category><![CDATA[Mathématiques]]></category> <category><![CDATA[Physique]]></category> <category><![CDATA[Jean Chaline]]></category> <category><![CDATA[Laurent Nottale]]></category> <category><![CDATA[Pierre Grou]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36886</guid> <description><![CDATA[L’article « Évolution morphologique et culturelle humaine : l’apport des modèles fractals » a été publié en 2002. Ses auteurs sont Pierre Grou, un sociologue, Laurent Nottale, un astrophysicien, et Jean Chaline, un paléontologue. Sa publication précède donc le début de la crise du « grand tournant » de six années. L’apport principal de l’article est de mettre en [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p>L’article « Évolution morphologique et culturelle humaine : l’apport des modèles fractals » a été publié en 2002. Ses auteurs sont Pierre Grou, un sociologue, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Nottale" target="_blank">Laurent Nottale</a>, un astrophysicien, et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Chaline" target="_blank">Jean Chaline</a>, un paléontologue. Sa publication précède donc le début de la crise du « grand tournant » de six années.</p><p>L’apport principal de l’article est de mettre en évidence que les crises économiques que subissent les sociétés humaines ont lieu à une échelle de temps que l’on peut caractériser comme « log-périodique », l’expression « log » renvoyant aux logarithmes « naturels » ou « népériens ». Ceci veut dire – pour ceux qui décrochent déjà – que d’un point de vue graphique, si les crises sont représentées comme des points séparés à intervalles réguliers le long d’un axe (« l’axe des x ») et qu’elles sont situées dans le temps, le long d’un autre axe (« l’axe des y »), par rapport à une échelle « log-périodique », elles s’aligneront sur une droite.</p><p>Je laisse les mathématiques de la chose à ceux qu’elles intéressent et qu’ils découvriront dans le corps de <a href="http://luth.obspm.fr/~luthier/nottale/arGNCaix.pdf" target="_blank">l’article lui-même</a>, pour m’adresser à tous – y compris à ceux qui sont fâchés avec celles-ci – parce que les enseignements de cet article méritent de retenir l’attention d’absolument tout le monde.</p><p>Voici un premier graphique extrait de l’article, illustrant ce que je viens de dire.<br /> <a href="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Nottale-Occident.png"><img src="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Nottale-Occident.png" alt="" title="Nottale - Occident" width="671" height="311" class="alignleft size-full wp-image-36887" /></a></p><p><span id="more-36886"></span>La droite que je viens de mentionner est bien visible. Le principe de l’échelle des ordonnées (« l’axe des y ») est défini comme</p><p> -ln (T<sub>c</sub> &#8211; T).</p><p>« ln », c’est pour logarithme « naturel » ou « népérien », T, c’est la date de l’événement particulier représenté, T<sub>c­ ­ </sub>c’est le moment d’un point culminant dans la série : en gros, le moment, appelé « époque critique », où une accélération dans la succession des crises s’inverse en une décélération. En ce qui nous concerne, vous et moi, une <em>époque critique</em>, c’est ce que nous appelons <em>la date d’un effondrement</em>. Ce qui est représenté dans ce premier graphique, ce sont les crises économiques en Occident. Le graphique secondaire à droite, montre la date de T<sub>c­ </sub>: la date de l’effondrement telle qu’on peut la situer à l’aide d’un indice statistique très familier des gens de la branche (le <em>t</em> de Student). La valeur de T<sub>c­ ­ </sub>se situe aux alentours de 2080. Les auteurs de l’article tiennent cependant à préciser que</p><blockquote><p>On peut donc considérer, si l&#8217;on admet la validité de la loi, que nous sommes dès maintenant entrés dans la phase finale critique […]. D&#8217;une part la date de 2080 ± 30 n&#8217;est qu&#8217;une date butoir théorique, le vrai pic de crise devant se produire forcément avant en raison des effets de seuil. D&#8217;autre part, cette &laquo;&nbsp;super-crise&nbsp;&raquo; correspond à une autre échelle de temps que celle des crises individuelles qui la définissent, et ne doit donc pas être considérée comme une époque précise, car elle n&#8217;est en fait rien d&#8217;autre que le processus d&#8217;accélération des crises lui-même dont nous voyons d&#8217;ores et déjà les effets actuellement (2002 : 7).</p></blockquote><p>Dans la grande tradition scientifique, l’article de Grou, Notalle et Chaline, laisse au lecteur le soin de tirer de ce qu’il vient de lire les conclusions qui lui semblent pertinentes, sans chercher à lui en imposer aucune. C’est ce qui explique pourquoi l’article ne dit pas explicitement : « Nous sommes entrés dans la phase d’effondrement de notre civilisation et celle-ci sera morte avant 2080 ».</p><p>Faut-il en rester là ? Si oui, mon expression de « grand tournant » ferait bien mieux d’être remplacée par celle de « grande perdition » qui a, comme vous le savez, la préférence de François Leclerc ici-même. C’est possible. Ce qui me fait penser qu’il y a un certain espoir, c’est un autre graphique similaire, extrait du même article, relatif cette fois aux civilisations précolombiennes d’Amérique Centrale. Le voici.</p><p><a href="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Nottale-Amériques.png"><img src="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Nottale-Amériques.png" alt="" title="Nottale - Amériques" width="712" height="322" class="alignleft size-full wp-image-36888" /></a></p><p>L’époque critique, ici, c’est 1800. Or, il existe encore aujourd’hui de grands centres urbains en Amérique Centrale : la civilisation ne s’y est pas effondrée, même si des problèmes extrêmement sérieux de maintien de l’ordre s’y posent en ce moment. La raison en est bien sûr l’irruption dans cette civilisation amérindienne d’une autre, européenne, porteuse d’une énorme capacité de nuisance sans doute, mais susceptible aussi de faire embrayer la civilisation locale à l’intérieur d’une autre prenant partiellement mais massivement, le relais.</p><p>On s’est souvent interrogé sur la capacité de quelques centaines d’hommes – montés sur des chevaux et armés de canons sans doute – à faire s’écrouler aux Amériques, des empires, et certains analystes sont allés rechercher dans les témoignages de l’époque les signes de fragilisation des sociétés envahies, comme des conflits internes entre dirigeants ou des manifestations de guerre civile, qui expliqueraient la facilité avec laquelle la conquête d’origine européenne a pu avoir lieu.</p><p>Quoi qu’il en soit, l’irruption extérieure (facteur « extrinsèque ») empêcha que n’intervienne un effondrement apparemment « programmé » aux alentours de 1800 selon une logique interne (« intrinsèque »).</p><p>Est-ce à dire que – si nous ajoutons foi à cette analyse de type physique – notre salut ne peut provenir que de l’intervention cette fois d’extraterrestres ? Je ne le pense pas : je crois que nous possédons en nous-mêmes la capacité de nous extraire d’un cadre tout tracé et qui semble avoir la rigueur de la physique.</p><p>Ce cadre tout tracé est en effet celui de cette « machine à concentrer la richesse » que nous laissons intacte au fil de nos guerres et de nos révolutions : c’est elle qui fait que nous assistons indéfiniment au retour du même, c’est elle qu’il faut casser si nous voulons échapper à la logique inexorable qui fait que notre civilisation disparaîtra sinon inéluctablement au plus tard en 2080.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36886</wfw:commentRss> <slash:comments>149</slash:comments> </item> <item><title>ÉCLAIRAGES CONVERGENTS SUR LE « GRAND TOURNANT » (I) INTRODUCTION</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36876</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36876#comments</comments> <pubDate>Sun, 13 May 2012 15:57:06 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[écologie]]></category> <category><![CDATA[Economie]]></category> <category><![CDATA[Histoire]]></category> <category><![CDATA[Questions essentielles]]></category> <category><![CDATA[Grand Tournant]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36876</guid> <description><![CDATA[J’ai commencé d’écrire à propos de la crise du « grand tournant » comme je l’appelle depuis quelques années, à l’automne 2004. À l’époque, je ne faisais bien entendu encore que la prévoir. L’ouvrage que je rédigeais à ce moment-là : La crise du capitalisme américain a paru en janvier 2007. Depuis, j’ai écrit de manière quasi-ininterrompue sur [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p>J’ai commencé d’écrire à propos de la crise du « grand tournant » comme je l’appelle depuis quelques années, à l’automne 2004. À l’époque, je ne faisais bien entendu encore que la prévoir. L’ouvrage que je rédigeais à ce moment-là : <em><a href="http://atheles.org/editionsducroquant/dynamiquessocioeconomiques/lacriseducapitalismeamericain/index.html">La crise du capitalisme américain</a></em> a paru en janvier 2007. Depuis, j’ai écrit de manière quasi-ininterrompue sur le sujet, sur le mode du reportage et de l’analyse.</p><p>Sur ces presque huit ans, j’ai absorbé énormément d’informations au fur et à mesure de leur disponibilité. Comme le savent les lecteurs de ce premier livre ainsi que de ceux qui l’ont suivi : <em><a href="http://www.amazon.fr/Limplosion-finance-contre-l%C3%A9conomie-subprimes/dp/2213637415/ref=pd_bxgy_b_img_b">L’implosion</a></em> (2008), <em><a href="http://www.amazon.fr/La-crise-subprimes-financier-plan%C3%A9taire/dp/2213638608/ref=pd_bxgy_b_img_b">La crise</a></em> (2008), <em><a href="http://www.amazon.fr/Largent-mode-demploi-Paul-Jorion/dp/2213644047/ref=pd_bxgy_b_img_c">L’argent, mode d’emploi</a></em> (2009) et <em><a href="http://www.amazon.fr/Le-Capitalisme-lagonie-Paul-Jorion/dp/2213654883/ref=pd_bxgy_b_img_b">Le capitalisme à l’agonie</a></em> (2011), ou ont lu sur le blog les ébauches de leurs chapitres au moment de leur conception, ce qui constitue le cadre théorique de ces livres était « auto-généré ». Je veux dire par là que j’ai bien sûr lu avec un très grand intérêt et en en tirant la substantifique moelle tout ce qu’ont écrit sur le développement de la crise des frères d’armes comme, pour ne citer que deux noms, Emmanuel Todd ou Frédéric Lordon, ainsi que les auteurs de « billets invités » sur le blog, mais mon cadre de réflexion est resté essentiellement celui que j’avais défini dans les articles et rapports que j’avais rédigés sur des sujets économiques ou financiers durant la période 1985 à 2003, et dont la teneur a été intégrée dans mon livre intitulé <em><a href="http://atheles.org/editionsducroquant/dynamiquessocioeconomiques/leprix/index.html">Le prix</a></em>, publié lui en 2010.</p><p>Ce que j’ai fait au cours des derniers jours, c’est rassembler une demi-douzaine de textes écrits par des auteurs dont la totalité (ou la quasi-totalité d’entre eux) n’a probablement jamais entendu parler de mes propres travaux (ils ne les citent pas en tout cas) et qui ont mis sur le papier leurs réflexions relatives à la genèse de la crise du « grand tournant » et en ont offert une explication. Il y a là des mathématiciens, des physiciens, des biologistes, des économistes et un paléontologue, et je m’apprête à comparer les conclusions auxquelles nous sommes parvenus eux et moi de manière indépendante.</p><p>Sans dévoiler la fin de l’histoire et sans en déflorer la leçon, je peux vous signaler déjà que le tableau qui en émerge converge et qu’il m’a paru personnellement saisissant.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36876</wfw:commentRss> <slash:comments>27</slash:comments> </item> <item><title>EDDY PAAPE (1920 &#8211; 2012)</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36863</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36863#comments</comments> <pubDate>Sat, 12 May 2012 15:50:49 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[Arts]]></category> <category><![CDATA[Eddy Paape]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36863</guid> <description><![CDATA[Un des grands de la BD belge. Son fils André Paape et moi avons été dans la même classe pendant toute notre école primaire. Bien qu&#8217;ils commençaient à se faire très rares dans cette classe d&#8217;âge, c&#8217;est donc un peu de la famille qui part aujourd&#8217;hui.]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p>Un des grands de la BD belge. Son fils André Paape et moi avons été dans la même classe pendant toute notre école primaire. Bien qu&#8217;ils commençaient à se faire très rares dans cette classe d&#8217;âge, c&#8217;est donc un peu de la famille qui part aujourd&#8217;hui.</p><p><a href="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Jean-Valhardi-Eddy-Paape.png"><img src="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Jean-Valhardi-Eddy-Paape.png" alt="" title="Jean Valhardi - Eddy Paape" width="600" height="800" class="alignleft size-full wp-image-36864" /></a></p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36863</wfw:commentRss> <slash:comments>16</slash:comments> </item> <item><title>L&#8217;actualité de la crise : LES PLUMEAUX ET LE MARTEAU, par François Leclerc</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36840</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36840#comments</comments> <pubDate>Sat, 12 May 2012 10:14:28 +0000</pubDate> <dc:creator>François Leclerc</dc:creator> <category><![CDATA[Economie]]></category> <category><![CDATA[Finance]]></category> <category><![CDATA[Monde financier]]></category> <category><![CDATA[CoCos]]></category> <category><![CDATA[Comité de Bâle]]></category> <category><![CDATA[Contract for Difference]]></category> <category><![CDATA[interdiction des paris sur les fluctuations de prix]]></category> <category><![CDATA[JP Morgan Chase]]></category> <category><![CDATA[régulation]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36840</guid> <description><![CDATA[Billet invité. Au lieu de se faire toute petite, la finance spéculative fait à nouveau abondamment parler d&#8217;elle, rappelant les bonnes résolutions d’origine restées lettre morte. En Espagne, l’opération vérité que tente le gouvernement pour faire le ménage dans les banques n’est pas crédible à force d’avoir trop tardé. Mais rester les bras croisés n’est [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Billet invité.</p></blockquote><p>Au lieu de se faire toute petite, la finance spéculative fait à nouveau abondamment parler d&#8217;elle, rappelant les bonnes résolutions d’origine restées lettre morte.</p><p>En Espagne, l’opération vérité que tente le gouvernement pour faire le ménage dans les banques n’est pas crédible à force d’avoir trop tardé. Mais rester les bras croisés n’est plus possible. Elle rejaillit déjà sur le marché de la dette souveraine, car on ne voit pas comment l’Etat pourra éviter d’être mis à contribution, si le futur Mécanisme européen de stabilité ne les recapitalise pas directement. Sans même parler du financement ultérieur des <i>bad banks</i> dans lesquelles leurs actifs immobiliers toxiques devront être parqués (en dépit des réticences de Santander et de BBVA à y procéder, qui préféreraient continuer de dissimuler leurs faiblesses).</p><p><span id="more-36840"></span>Pour les actifs qui seront conservés par les banques et devront être correctement dépréciés, le gouvernement propose, afin de ne pas avoir à intervenir, d&#8217;utiliser comme biais l&#8217;émission d&#8217;obligations convertibles contingentes (CoCos) pour combler les pertes, en espérant que les investisseurs seront au rendez-vous et que les régulateurs européens fermeront les yeux. Car le Comité de Bâle n&#8217;a toujours pas clarifié dans quelles conditions les CoCos peuvent être éligibles au rang du noyau dur des fonds propres.</p><p>Malencontreuse alerte, JP Morgan Chase vient de reconnaître dans la précipitation une perte estimée pour commencer à deux milliards de dollars, suite à des transactions massives sur des produits dérivés qui ont mal tourné, et sa valorisation boursière a dévissé. Commodément présentée comme résultant de l’égarement d’un trader, l&#8217;opération semble impliquer tout un département de la banque, qui n’a pas maitrisé les risques qu’il prenait. Comment croire que le <i>chief investment office</i>, dont le patron est l&#8217;un des dirigeants de la banque ait pu ignorer l&#8217;affaire ? La banque chérie de la finance américaine déclare ne pas comprendre ce qui s&#8217;est passé ! On a cherché à identifier la banque qui avait inspiré le scénariste du film Margin Call, il a eu en réalité une vision prémonitoire…</p><p>Selon le Wall Street Journal, des opérations de couverture sur des opérations passées en Europe seraient en cause, ce qui n&#8217;explique rien si ce n&#8217;est au mieux une grande incompétence. Fâcheux pour le fleuron de Wall Street, comme s&#8217;il s&#8217;était pris les pieds dans ses propres paris. Pour mémoire, la banque venait de passer haut la main les derniers stress tests organisés par la Fed&#8230;</p><p>Le dossier est loin d’être clos, car Jamie Dimon, le PDG, a reconnu qu’il faudrait une année pour connaître la réalité des pertes, dont le montant pourrait être bien supérieur à ce qui est aujourd’hui annoncé. L’affaire tombe au plus mal en pleine campagne électorale, au moment où la règle Volcker qui vise à interdire les opérations sur fonds propres aux établissements ayant le statut de banque est sur le tapis, suite au lancement par Wall Street d&#8217;une offensive ayant pour but d&#8217;en tuer l&#8217;application. Qui l’emmenait ? Jamie Dimon ! Les régulateurs et les médias pourraient dans un proche avenir s’intéresser de plus près aux activités d’autres établissements, comme Bank of America et Citibank, deux banques susceptibles de prendre de grands risques sur le marché des dérivés, ayant notoirement besoin de se refaire.</p><p>Troisième épisode, on constate l’essor sur les marchés européens de nouveaux produits à fort effet de levier et risques potentiels. Nés sous les auspices de la City, ils sont d&#8217;ailleurs interdits par la SEC (le régulateur des bourses) aux États-Unis. En raison du marasme boursier, le marché des transactions sur les <i>CFD</i> (Contract for Difference) est en plein boom en Europe. Ces produits financiers ont pour objet déclaré la réalisation de paris sur les fluctuations de prix de valeurs telles que des indices ou des actions, sans avoir besoin de les détenir. Un cas d’école.</p><p>Les <i>CFD</i> sont négociés de gré à gré sur Internet via des intermédiaires qui ont pris des parts de marché aux courtiers traditionnels, qui les ont depuis rejoints, sans qu&#8217;aucune barrière et réglementation n&#8217;y fasse obstacle. Au Royaume-Uni, ils ne sont même pas assujettis à la taxe boursière. Selon une étude du cabinet d&#8217;études australien Investment Trends de février dernier et d’après l’AFP, le seul marché français est évalué à 20.000 investisseurs susceptibles de s&#8217;y impliquer.</p><p>Enfin, le Parlement européen va engager le débat sur le projet de révision de la directive sur les marchés d’instruments financiers (MiFiD 2), qui vise notamment à réglementer le trading à haute fréquence (<i>HFT</i>). Aux dernières nouvelles, celui-ci représente 40% des transactions sur les marchés européens &#8211; et 60% aux États-Unis &#8211; opérant sur toutes les classes de produits : matières premières, devises, dette ou produits dérivés. L’objectif du projet serait de retenir les transactions une demi-seconde dans les carnets d’ordre, alors qu’elles n’y restent actuellement qu’environ 3 millisecondes, avant d’être le plus souvent immédiatement annulées. Mais l’on constate déjà que les opérateurs de <i>HFT</i> ont anticipé la possibilité d’une régulation pour eux inacceptable en émigrant vers des cieux plus cléments, probablement asiatiques.</p><p>On n&#8217;arrête pas le progrès ! D&#8217;après Forbes Magazine, des progrès technologiques laissent entrevoir l&#8217;avènement de transmissions à la vitesse de la lumière par des faisceaux de neutrinos traversant la terre. Cela permettrait de battre tous les records de vitesse sans avoir besoin d’être comme actuellement au plus proche des systèmes informatiques des centres financiers afin de gagner du temps et des parts de marché. Et dans les rêves les plus fous d&#8217;opérer sans être assujetti à des réglementations contraignantes.</p><p>Tandis que le passif non apuré de la crise remonte irrésistiblement à la surface, il apparaît au grand jour que les pires pratiques spéculatives n’ont jamais cessé et qu’elles trouvent même de nouvelles opportunités de se réaliser. Tels de délicats éléphants dans un magasin de porcelaine, qui savent ce qu&#8217;ils peuvent déclencher, les régulateurs du monde entier se déplacent avec de multiples précautions afin de ne rien casser. Qu’ils abandonnent leurs plumeaux et prennent des marteaux !</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36840</wfw:commentRss> <slash:comments>105</slash:comments> </item> <item><title>LE TEMPS, « Nous sommes en train de mettre en place une machine à créer de l’hyperinflation », le 12 mai 2012</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36833</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36833#comments</comments> <pubDate>Fri, 11 May 2012 13:34:06 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[Constitution pour l’économie]]></category> <category><![CDATA[Economie]]></category> <category><![CDATA[Europe]]></category> <category><![CDATA[Finance]]></category> <category><![CDATA[Monde financier]]></category> <category><![CDATA[BCE]]></category> <category><![CDATA[BRI]]></category> <category><![CDATA[discours de Toulon]]></category> <category><![CDATA[Espagne]]></category> <category><![CDATA[Grèce]]></category> <category><![CDATA[hyperinflation]]></category> <category><![CDATA[Nicolas Sarkozy]]></category> <category><![CDATA[pacte de stabilité]]></category> <category><![CDATA[règle d'or]]></category> <category><![CDATA[risque systémique]]></category> <category><![CDATA[zone euro]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36833</guid> <description><![CDATA[Mon entretien avec Sébastien Dubas Avant de retourner chez lui en Bretagne, Paul Jorion a fait escale, jeudi dernier, au « Club 44 » de la Chaux-de-Fonds pour donner une conférence. L’occasion d’évoquer avec cet économiste connu pour avoir prédit la crise des subprime, l’avenir d’un système capitaliste qu’il décrit comme étant « à l’agonie [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/Le-Temps-12-mai-2012-PJ.pdf"><strong>Mon entretien avec Sébastien Dubas</strong></a></p><p>Avant de retourner chez lui en Bretagne, Paul Jorion a fait escale, jeudi dernier, au « Club 44 » de la Chaux-de-Fonds pour donner une conférence. L’occasion d’évoquer avec cet économiste connu pour avoir prédit la crise des subprime, l’avenir d’un système capitaliste qu’il décrit comme étant « à l’agonie ».</p><p><strong>Le Temps</strong> : <strong>La fin programmée du « Merkozisme », autrement dit de l’austérité comme seule issue à la crise de la dette, est-elle une bonne nouvelle pour la zone euro ?</strong></p><p><strong><em>Paul Jorion : </em></strong>Depuis qu’on a commencé à parler des problèmes de la Grèce, en décembre 2009, les décisions politiques ont toujours été prises avec au moins six mois de retard. Si bien que le budget qui aurait pu permettre à la Grèce de sortir de la crise est passé de 13 milliards, une somme évoquée en janvier 2010, à 105 milliards d’euros lorsque des mesures ont enfin été prises en mars de cette année. C’est presque dix fois plus que prévu. Ces atermoiements ont à chaque fois été motivés par des calendriers électoraux. Il a fallu attendre les élections dans les Länder en Allemagne, les législatives en Espagne, les présidentielles en France ou les prochaines réunions du G8 et du G20. Et ce sera probablement encore le cas avec les législatives françaises. La maladie de l’Europe a été de ne jamais prendre des mesures à la hauteur de la gravité de la situation. Tout ça parce que les hommes et les femmes politiques manquent d’audace et de détermination.</p><p><span id="more-36833"></span><strong>– Justement, cette détermination n’apparaît-elle pas finalement aujourd’hui avec le retour de la croissance au centre du débat?</strong></p><p>– Malheureusement nous sommes dans une impasse. Comme l’a déjà dit Christine Lagarde en juillet 2010, il faudrait faire de la <em>ri-lance.</em> C’est-à-dire de la rigueur et de la relance économique en même temps. Or, diminuer la dette des Etats ne veut pas forcément dire qu’il faut réduire les dépenses publiques. On peut très bien faire de la rigueur en augmentant les recettes fiscales. On pourrait ainsi modifier le système fiscal pour que les entreprises paient enfin des impôts. Car en règle générale, les grandes entreprises s’arrangent pour ne pas en payer. Tout comme les individus les plus fortunés d’ailleurs. Au lieu de cela, on a pris l’habitude de comparer les dépenses au produit intérieur brut (PIB) d’un pays et non pas à ses rentrées d’argent. Ce calcul, qui fait partie du pacte de stabilité financière européen et de la règle d’or, nous conduit droit à la catastrophe.</p><p><strong>– Mais à un moment donné, ne faut-il pas taper du poing sur la table et mettre des règles en place ?</strong></p><p>– Bien sûr qu’il faut des règles. Mais des règles qui ont un sens, pas comme la règle d’or qui comporte une erreur fondamentale en comparant les dépenses d’un pays à son PIB. Comme l’ont souligné justement Jacques Attali et Pascal Lamy dans un appel lancé cette semaine, la dette s’auto-entretient dès que le taux d’intérêt associé à la dette souveraine dépasse le taux de croissance. Il faut donc une règle qui interdise aux Etats de dépenser plus que leurs recettes. Et non pas jusqu’à 3% de leur PIB. Imaginez si les marchés demandent un taux d’intérêt de 7% ou plus à un Etat, comme c’est le cas avec la Grèce, alors on exigera de ce pays un taux de croissance supérieur ou égal à 7% ? C’est totalement autodestructeur. Plus la situation financière d’un pays se détériore, et plus son taux de croissance devrait être élevé !</p><p><strong>– Alors quelle est la solution?</strong></p><p>– Le vrai problème, c’est que les gens n’ont pas assez d’argent. Il faut donc augmenter les salaires.</p><p>Certains diront qu’en le faisant, on risque de créer de l’inflation. Mais on ne crée de l’inflation que si on ne baisse pas simultanément la part qui va aux investisseurs et aux dirigeants d’entreprise. Aujourd’hui, on trouve curieux qu’un patron gagne 300 fois plus que la personne la moins bien payée dans son entreprise. Mais au début du XXe siècle, cette relation était de l’ordre de dix ou quinze fois. Cette disproportion n’est pas une simple curiosité, c’est un problème économique fondamental. Car ces grands salaires pompent énormément d’argent des entreprises.</p><p><strong>– Que va-t-il se passer si l’on ne change pas de cap ?</strong></p><p>– La destruction totale. Vous savez, les civilisations disparaissent. Jusqu’à récemment, je pensais que le servage était apparu en Europe dans la continuité de l’esclavage. Mais en réalité, ce sont des hommes libres qui sont devenus des serfs à la fin de l’Empire romain. Le manque de revenus a été remplacé par du crédit et, petit à petit, ces individus se sont retrouvés dans une situation où ils ne pouvaient plus rembourser leurs dettes. Ils sont devenus des serfs. C’est le même phénomène qui se passe aujourd’hui aux États-Unis avec les populations d’immigrants amérindiens originaires d’Amérique Centrale.</p><p><strong>– Et avec la Grèce ou l’Espagne?</strong></p><p>– Exactement. On est en train de créer un nouveau système de servage. Si on imagine que les solutions sont de ce type-là, alors qu’on le dise franchement. Au moins, mis à part ceux qui ne voudront pas que l’on touche à leurs privilèges, les autres comprendront que ce n’est pas une solution viable.</p><p><strong>– Que pensez-vous de la nationalisation cette semaine de Bankia, quatrième banque espagnole?</strong></p><p>– On continue de mettre entre parenthèses les erreurs catastrophiques de la spéculation immobilière. Quand une bulle immobilière éclate, que ce soit en Irlande, en Espagne ou aux Etats-Unis, on ne peut pas continuer à dire que cet argent n’a pas été perdu. Il est évident qu’à un moment donné, il faut nécessairement passer par la case pertes et profits. Malheureusement, quand on fait le bilan, on s’aperçoit qu’il a fallu 1000 milliards d’euros pour renflouer les banques européennes. C’est-à-dire 3000 euros par habitant de la zone euro. Cette somme montre bien que le système actuel ne peut plus être sauvé. D’autant que dans trois ans, quand il faudra rembourser 1000 milliards à la Banque centrale européenne (BCE), chacun sait déjà que ce ne sera pas possible. Dans l’état de délabrement généralisé actuel, comme voulez-vous que l’on reconstitue de la richesse en quantité suffisante ? On essaie donc encore une fois de gagner un peu de temps. On dit que les choses vont s’arranger. Mais en vérité, si on laisse pourrir la situation, le système va finir par disparaître. A moins d’un jubilée, qui annulait les dettes tous les cinquante ans, comme dans l’Antiquité.</p><p><strong>– Faire table rase du passé en restructurant la dette?</strong></p><p>– Il faut arrêter de considérer que seuls des pays comme l’Indonésie ou la Russie peuvent restructurer leurs dettes. Quand on fait les mêmes erreurs que les autres, on n’y échappe pas. Il ne faut pas oublier qu’entre le XIXe et le XXe, il y a eu je crois près de 700 faillites d’Etats.</p><p><strong>– Rien n’empêche les Banques centrales de mettre en place de nouveaux programmes d’assouplissement monétaire…</strong></p><p>– Oui, mais cela équivaudrait à la destruction du système. Lorsque l’on parle d’hyperinflation au Zimbabwe, on dit que c’est normal, qu’il s’agit après tout de l’Afrique ! Mais on oublie que nous sommes également en train de mettre en place une machine à créer de l’hyperinflation, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe. On ne peut pas créer de la monnaie sans la création d’une richesse équivalente. Ricardo l’avait compris dès 1810: en créant en permanence de la monnaie, un système monétaire ne peut que s’effondrer à terme. Or, c’est exactement ce que nous faisons. Tout simplement parce que nous ne savons pas quoi faire d’autre.</p><p><strong>– Certains essaient toutefois de réguler le système financier international!</strong></p><p>– La seule mesure qui ait été prise jusqu’ici, et c’est l’œuvre de la Banque des règlements internationaux à Bâle, c’est d’avoir imposé aux banques « systémiques » : trop grandes pour faire faillite, des provisions supplémentaires de 2,5% sur leurs fonds propres. Mais cette solution n’est absolument pas à la hauteur du problème auquel nous devons faire face. Ce qu’il aurait fallu faire, c’est retirer ces banques du système, les démanteler pour en faire des unités suffisamment petites pour qu’elles ne soient plus susceptibles de faire tomber tout le système avec elles en cas de défaut. En 2008, tout le monde était d’accord pour dire qu’il s’agissait de la seule solution possible. Mais quatre ans plus tard, il n’en est même plus question.</p><p><strong>– Vous évoquez régulièrement un discours de Nicolas Sarkozy en 2008 à Toulon comme une opportunité manquée. Une explication?</strong></p><p>A chaque crise du capitalisme, une réflexion émerge. Au XIXe siècle, ce fut le cas des socialistes, des communistes, des associationnismes, des anarchistes ou encore des collectivistes. En 2008, alors que l’on commence à percevoir la gravité de la crise, Nicolas Sarkozy prononce un discours qui s’inscrit dans la plus pure tradition socialiste. Il dit que l’économie n’est pas la loi de la jungle, qu’il faut réglementer les banques pour réguler le système, que l’idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle et qu’il faut opposer l’effort des travailleurs à l’argent facile de la spéculation. Même s’il n’a jamais rien fait contre la puissance des marchés financiers durant sa présidence, le fait est qu’il existe, aujourd’hui encore, un texte sur lequel on peut se baser pour réformer le capitalisme.</p><p><strong><span style="text-decoration: underline;">Encadré : <a href="http://www.letemps.ch/Page/Uuid/b51bba0e-9b8d-11e1-a163-8190110f3974/Il_faut_interdire_la_sp%C3%A9culation_financi%C3%A8re" target="_blank">Il faut interdire la spéculation financière</a></span></strong></p><p><strong>Le Temps: Vous prônez une refonte du système capitaliste?</strong></p><p>– Depuis son avènement au XIXe siècle, le capitalisme a toujours été un système extrêmement déséquilibré. Cela vient du fait que pour attirer les capitaux là où ils sont utiles, on recourt à un système d’intérêt. Ainsi, la fortune de ceux qui disposent des capitaux et qui récoltent ces intérêts s’accroît en permanence. Le seul moyen de relancer le système lorsqu’il se grippe, c’est donc de redistribuer les richesses de façon plus homogène. Car si la distribution n’est pas suffisamment homogène, deux problèmes se posent. D’une part, le pouvoir d’achat de la grande masse de la population ne suffit plus à soutenir l’industrie. D’autre part, ceux qui disposent des capitaux ne peuvent plus investir dans l’industrie. Car ils font face à un risque de surproduction. Du coup, et c’est flagrant dans la période qui conduit à la crise de 2007 mais également depuis, les capitaux flottants sont utilisés pour parier sur les variations de prix.</p><p><strong>– D’où votre volonté d’interdire la spéculation?</strong></p><p>– Il ne s’agit pas d’interdire à un petit porteur d’espérer qu’une entreprise prospérera, mais d’interdire une spéculation qui dérègle complètement le mécanisme de formation des prix. En 2008, le prix du pétrole a été multiplié par trois en six mois. Cette envolée des prix n’a pas été justifiée par une demande supplémentaire puisqu’on entrait en période de récession économique. Ce sont simplement les détenteurs de capitaux en quantités considérables qui les ont placés dans des fonds spéculatifs.</p><p><strong>– Comment l’interdire concrètement?</strong></p><p>La spéculation, c’est-à-dire les paris sur l’évolution des prix, était interdite durant pratiquement tout le XIXe siècle. En France c’est un édit de François Ier qui a introduit la première mesure contre cette pratique perçue comme un danger pour les économies. Car l’argent utilisé pour spéculer ne sert pas à d’autres activités positives telles que l’intermédiation dont les banques tirent de manière justifiée des profits. Malheureusement, les milieux d’affaires ont réussi à faire abroger les lois qui interdisaient la spéculation. Depuis 2007, rien n’a été fait pour maîtriser la spéculation alors qu’en France, par exemple, il suffirait de remettre en place trois articles de lois abrogés en 1885.</p><p><strong>– La spéculation ne contribue-t-elle pas à fournir de la liquidité sur les marchés ?</strong></p><p>Cet argument ne tient pas pour une simple et bonne raison : les prix qui sont déterminés par l’offre et la demande sont des prix dits fondamentaux qui ont une signification économique. Or, les prix spéculatifs fluctuent de manière désordonnée, indépendamment de la valeur de l’entreprise. Par conséquent, la liquidité apportée par un spéculateur se situe à des niveaux de prix qui n’ont aucune pertinence d’un point de vue économique.</p><p>&nbsp;</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36833</wfw:commentRss> <slash:comments>180</slash:comments> </item> <item><title>L&#8217;actualité de la crise : UN VRAI COUP DE FATIGUE ! par François Leclerc</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36827</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36827#comments</comments> <pubDate>Fri, 11 May 2012 09:37:34 +0000</pubDate> <dc:creator>François Leclerc</dc:creator> <category><![CDATA[Economie]]></category> <category><![CDATA[Europe]]></category> <category><![CDATA[Finance]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36827</guid> <description><![CDATA[Billet invité Selon un scénario éprouvé, le nouvel épisode de la crise européenne se précise. Nouveauté : la première phase de déni à cette fois-ci été sautée, manquant par trop de vraisemblance. Au contraire, une dramatisation a tout de suite été engagée, signe que les choses sont très sérieuses. Face à l’échec stratégique qui se [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Billet invité</p></blockquote><p>Selon un scénario éprouvé, le nouvel épisode de la crise européenne se précise. Nouveauté : la première phase de déni à cette fois-ci été sautée, manquant par trop de vraisemblance. Au contraire, une dramatisation a tout de suite été engagée, signe que les choses sont très sérieuses.</p><p>Face à l’échec stratégique qui se profile, la direction allemande se raidit, tentant d’éviter l’inévitable : une mise en cause qui en appellerait d’autres. C’est donnant-donnant, gronde-t-elle aux Grecs, des crédits contre le respect du « mémorandum ». Le message envoyé à François Hollande n’est pas plus souple, conduisant Michel Sapin, présenté comme futur ministre des finances, à admettre qu’un plan de relance de la croissance ne pourra pas reposer sur l’émission de nouvelles dettes, faute « d’aller dans le mur ». On se demande alors comment il sera financé&#8230;</p><p><span id="more-36827"></span>Deuxième volet de la montée en puissance de cet épisode, qui pourrait faire l’objet de décisions déchirantes, Bankia, la <i>bad bank</i> espagnole déguisée qui résultait de la fusion d’une partie du réseau des <i>Cajas</i> en déroute financière, est à son tour tombée dans le trou. Aux dernières nouvelles, celui-ci serait encore plus profond que les responsables ont bien voulu l&#8217;admettre hier, suite à la découverte dans les comptes de crédits d’impôts sur les bénéfices à venir manifestement irréalistes&#8230; La Bankia était étroitement contrôlée par le Partido Popular au pouvoir qui y avait placé ses hommes !</p><p>Le gouvernement espagnol devrait se voir accorder une année de rallonge pour réduire son déficit à 3 % de son PIB, pour commencer. Une fausse opération vérité sur les pertes immobilières du secteur bancaire va être réalisée sous les projecteurs, en omettant de préciser qui va devoir éponger les pertes au final&#8230; L’Espagne va être mise sous tutelle et ses régions sous surveillance, ce qui ne réglera rien, tandis que Mariano Rajoy vient de faire admettre par les Cortes (le parlement) de nouvelles coupes budgétaires dans l’éducation et la santé. Le sparadrap est lentement arraché.</p><p>Troisième volet : la Grèce. Une solution politique chimérique est fébrilement recherchée pour un répondre à un problème qui ne l’est pas. Il faut à tout prix constituer un gouvernement afin d’éviter de nouvelles élections qui, selon un sondage, placerait Syriza en tête et lui donnerait un rôle pivot grâce à la prime de 50 députés que la constitution accorde au premier parti. Mais il n’y a pas de gouvernement de coalition majoritaire qui tienne si son premier acte n’est pas d’entamer la renégociation du « mémorandum » qui a été si clairement rejeté. On retombe sur le problème précédent, la Grèce évoluant sur une étroite ligne de crête, avec d’un côté la sortie de l’euro et de l’autre la réduction du déficit. Sauf que cette dernière ne se commande pas !</p><p>La balle est dans le camp du gouvernement allemand, qui attend le résultat des élections régionales en Rhénanie-du-Nord-Westphalie du 13 mai. Le surlendemain, François Hollande rencontre Angela Merkel&#8230;</p><p>La suite du scénario est immuable : devant l’obstacle qui se dresse, une reculade va être orchestrée. Elle tentera à nouveau de biaiser. On est fatigués.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36827</wfw:commentRss> <slash:comments>118</slash:comments> </item> <item><title>APPEL DE MAI 2012</title><link>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36498</link> <comments>http://www.pauljorion.com/blog/?p=36498#comments</comments> <pubDate>Fri, 11 May 2012 08:41:21 +0000</pubDate> <dc:creator>Paul Jorion</dc:creator> <category><![CDATA[blog]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.pauljorion.com/blog/?p=36498</guid> <description><![CDATA[L’appel d’avril a rapporté 3 632 €. Merci beaucoup à vous tous, lecteurs du Blog de Paul Jorion, pour votre mécénat citoyen ! Somme (brute) reçue à ce jour, le 16 mai 2012 : 1 604 €. Comme nous vous l&#8217;avons signalé au cours du mois de novembre 2011, nous avons inauguré une nouvelle formule avec objectif 3 000 €, où [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p>L’appel d’avril a rapporté<strong> 3 632</strong> €. Merci beaucoup à vous tous, lecteurs du Blog de Paul Jorion, pour votre <em>mécénat citoyen</em> !</p><p>Somme (brute) reçue à ce jour, le 16 mai 2012 : <strong>1 604</strong> €.<br /> Comme nous vous l&#8217;avons signalé au cours du mois de novembre 2011, nous avons inauguré une nouvelle formule avec objectif 3 000 €, où les premiers 2 000 € me reviennent (les frais de maintenance du site et de location des serveurs étant à ma charge), tandis que les 1 000 € suivants reviennent à François Leclerc.</p><p>Au cours du mois d’avril, qui s’est achevé hier, la boucle a été bouclée pour <strong>Le blog de Paul Jorion</strong>. Les élections présidentielles en France ont fait que, tous billets confondus, les « billets invités » comme les miens, nous avons parlé d’absolument tout.</p><p>Quand j’ai évoqué il y a quelques jours <a href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=36429">mes déplacements prévus</a> au cours du mois de mai, j’ai fait allusion à ce commentateur du mois dernier qui m’a enjoint de rester dans les clous des « choses que je connais, comme la finance ou l’économie ». Pourtant, si vous remontez au premier mois d’existence du blog, vous y voyez sans doute <a href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=3">Le déclenchement de la crise du capitalisme américain</a>  (c’est le titre du premier billet, qui venait en réponse à celui publié trois jours plus tôt par Jacques Attali : <a href="http://blogs.lexpress.fr/attali/2007/02/25/voici_venir_la_crise/">« Voici venir la crise… »</a>, où il mentionnait les conversations que nous avions), mais on y parle de bien d’autres choses : de la mémoire des morts dans <a href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=9">La chambre verte de Truffaut</a>, de <a href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=23">Lacan</a>, d’<a href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=5">intelligence artificielle</a>, de <a href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=20">Heidegger</a>, de <a href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=22">mécanique quantique</a>, etc. Je donne comme titre à l’une des toutes premières catégories que je crée alors : « Questions essentielles », et le fait est que nous y sommes toujours : davantage sans doute que la finance ou l’économie, la vocation de ce blog, ce sont les <strong>questions essentielles</strong>. Merci à vous d’être là pour que nous les résolvions tous ensemble.</p><p>Un résumé maintenant de mon activité <em>extra-blogaire</em> du mois d’avril que vous avez soutenue, tout comme le blog lui-même, par vos dons.</p><p>Voici les exposés que j’ai faits en avril.</p><p>Le 3 avril à la <strong>FNCIVAM</strong>, au Mans : <a href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=35431">Les mécanismes de formation des prix dans les échanges marchands</a></p><p>Le 27 avril, à l’<strong>Institut de Haute Finance</strong>, à Paris : <strong>Le monde financier de 2000 à 2012</strong></p><p>Ensuite, les écrits hors-blog.</p><p>Dans <strong>AlterÉchos.be</strong> du mois de mars N° 335, un entretien avec Julien Winkel : <a title="Lire ALTERÉCHOS.be, Paul Jorion : La crise, l’économie sociale, N° 335, mars 2012" href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=36424">La crise, l’économie sociale, N° 335</a></p><p>Le 5 avril, une <strong>dépêche de l’AF</strong>P, reprise par <a href="http://www.lepoint.fr/politique/l-anthropologue-et-economiste-paul-jorion-stopper-la-speculation-05-04-2012-1448716_20.php">Le Point</a>, <a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20120405.AFP2504/l-anthropologue-et-economiste-paul-jorion-stopper-la-speculation.html">Le Nouvel Observateur</a>, <a href="http://www.lexpress.fr/actualites/1/politique/l-anthropologue-et-economiste-paul-jorion-stopper-la-speculation_1101671.html">L’Express</a>, <a href="http://www.20minutes.fr/politique/911847-anthropologue-economiste-paul-jorion-stopper-speculation">20 minutes</a>, <a href="http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2012/04/06/paul-jorion-stopper-la-speculation">Le Républicain Lorrain</a>… : <a title="Lire L’anthropologue et économiste Paul Jorion : « stopper la spéculation »  " href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=35600">L’anthropologue et économiste Paul Jorion : « stopper la spéculation »</a></p><p>Le 12 avril, dans <strong>Le Vif/L’Express</strong> : <a href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=36002" target="_blank">Le jour où l’on voulut moraliser la finance</a></p><p>Le 24 avril dans <strong>Le Monde-Économie</strong> : <a title="Lire LE MONDE-ÉCONOMIE, Candidats, encore un effort…, lundi 23 – mardi 24 avril 2012" href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=36220">Candidats, encore un effort…</a></p><p>Le 25 avril, sur <strong>Atlantico.fr</strong>, un entretien avec Franck Michel : <a title="Lire ATLANTICO.fr, Comme l’ex-premier ministre  islandais l’a été, il faudrait juger les responsables  de la crise des subprimes !" href="http://www.pauljorion.com/blog/?p=36334">Comme l’ex-premier ministre islandais l’a été, il faudrait juger les responsables de la crise des subprimes !</a></p><p>François Leclerc, de son côté, a ceci à vous dire :</p><p>« Combien de fois n’ai-je pas été décrit un boulet au pied, au pain sec et à l’eau devant ma petite table de travail ? Par moment, j&#8217;ai ce mois dernier partagé cette vision, courbé sur mon clavier, tiraillé entre le suivi de la crise européenne, pour ne pas changer, celui de la catastrophe de Fukushima, pour y renouer, et des incursions en Chine qui s’imposaient. En vue, comme à l&#8217;habitude, de tordre le cou à quelques aimables idées toutes faites et abondamment propagées.</p><p>Mais j’ai bénéficié d’une récréation en me rendant dès le 3 avril à Saint-Etienne, à l’invitation du Théâtre libre et de son directeur Maurice Galland, pour prononcer une conférence sur l&#8217;incontournable thème de « la grande perdition ». Avec parmi l&#8217;auditoire plusieurs habitués du blog qui se sont identifiés et cinq religieuses du monastère des Visitandines tout proche, qui n’étaient pas les moins curieuses et attentives, à qui j&#8217;ai été présenté et que je n&#8217;aurais pas reconnu, car elles étaient en jeans… Comme elles m&#8217;hébergeaient, j&#8217;ai continué avec elles une discussion dont je ne suis pas encore revenu et que j&#8217;espère poursuivre.</p><p>Une autre escapade bienvenue me fut permise en fin de mois sous la forme d&#8217;une rencontre avec Martine Orange, de Médiapart, à l&#8217;occasion d&#8217;un entretien avec Paul auquel il m&#8217;a convié de participer. »</p><p>Merci à tous les contributeurs de <em>billets invités</em> qui font que le cerveau collectif ne laisse rien passer à travers les mailles du filet. Merci aux habitués et merci aux nouveaux venus !</p><p>Merci également bien sûr à tous les commentateurs !</p><p>Merci à Julien, à Jean, à François, à Bénédicte, à Jean-Baptiste et à Nathanaëlle pour œuvrer en coulisses au bon fonctionnement du blog !</p><p>En avril, <em>Le blog de Paul Jorion</em>, était <a href="http://www.wikio.fr/blogs/top/economie">N<sup>o</sup> 3 pour l’économie</a> sur Ebuzzing (ex-Wikio) ; ce n’était que la 3<sup>e</sup> fois au cours des 29 derniers mois qu’il n’était pas N° 1 pour l&#8217;économie. Il est vrai qu&#8217;il est de plus en plus généraliste. <u>Dernières nouvelles</u> : nous sommes en mai <a href="http://labs.ebuzzing.fr/top-blogs/economie" target="_blank">de nouveau N° 1</a>.</p><p>&nbsp;</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.pauljorion.com/blog/?feed=rss2&#038;p=36498</wfw:commentRss> <slash:comments>27</slash:comments> </item> </channel> </rss>
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