AGIR, par zébu

4 avril 2013 par Julien Alexandre | Print AGIR, par zébu

Billet invité

« L’Affaire Cahuzac » n’est pas significative en elle-même : de très nombreuses affaires ont, à de multiples reprises, émergé régulièrement. Ce qui lui donne sa dimension particulière est le fait qu’elle advient dans un contexte spécifique (‘la crise’), du fait de la position même de celui par qui le scandale arrive (un ministre du budget chargé de lutter contre la fraude fiscale) et de ses mensonges réitérés mais aussi parce que, sous la pression de révélations qui étaient imminentes de la part des justices suisse et française (qui pour le coup, ont pu travailler sans entraves), pour la première fois un homme politique avoue, sans même attendre un procès.

Ce qui est beaucoup plus singulier par contre, c’est cette incapacité politique à comprendre la distinction entre le légalement admissible et le moralement illégitime. Effectivement, il est légal, au sens du droit, d’ouvrir un compte en Suisse ou aux îles Caïmans. Et dans le même temps, il est moralement condamnable qu’un homme politique (a fortiori chargé de lutter contre l’évasion fiscale) ait pu seulement penser à garder un compte ouvert dans un paradis fiscal. Cela s’appelle une dissonance. Voire une schizophrénie.

Tant que le droit n’interdira pas l’existence de ces entités opaques, les politiques continueront à se réfugier derrière le droit. Tant que le politique se dissociera de l’éthique, les politiques se réfugieront derrière la loi (qu’ils votent ou ne votent pas) pour légitimer leur schizophrénie.

Rendons service à nos politiques et à nous-mêmes.

Il faut profiter de cette occasion, historique parce qu’emblématique de cette dissociation poussée à l’extrême, pour appeler non pas à la ‘moralisation de la vie politique’ (qui ne dit rien de la nature de cette morale ni même des conditions dans lesquelles cette morale s’inscrit), non pas au nécessaire renforcement de l’indépendance de la justice (qui n’est en l’occurrence justement pas la problématique recensée dans « l’Affaire Cahuzac ») ou même à la ‘transparence des patrimoines’ (qui ne vérifiera toujours que la véracité des déclarations mais jamais de ce qui est caché), mais bien à la nécessité d’un sursaut démocratique : exigeons la suppression de l’opacité.

C’est une exigence politique mais aussi financière, inscrite aux frontispices de nos mairies : « Liberté, égalité, fraternité ». Car cette opacité nous rend esclaves de nos pulsions, nous rend inégaux face à la loi et à l’argent, et obère toute possibilité de fraternité concrète.

Le Président de la République, le Gouvernement et plus largement tous les citoyens français doivent agir pour déclarer illicites, en droit et moralement, toutes activités avec des entités juridiques de droit privé ou public dont les fonctionnements ne permettraient pas de connaître les véritables bénéficiaires ou propriétaires.

Maintenant.
Demain, il sera trop tard.

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