Réflexion sur la taxation des dividendes et plus-values, par Édouard

Billet invité.

Bonjour M. Jorion,

Je suis très souvent en accord avec votre point de vue, et j’utilise souvent vos éclairages pour comprendre des situations qui m’échappent (via votre blog et vos ouvrages). Donc merci !

Cependant, en tant que jeune dirigeant de start-up (que j’ai fondée moi même il y a un peu plus d’un an), je ne suis pas du tout d’accord avec vous sur le « capitalisme de connivence » qui aurait poussé le gouvernement à reculer sur la mesure de l’augmentation de la taxation des dividendes.

Beaucoup (trop, bien entendu) profitent de ce système pour camoufler une rémunération, et il faut l’éviter à tout prix. Or, l’amalgame est dangereux. De mon côté, j’ai choisi de quitter un emploi qui était très bien payé (50k€/an à 25 ans, j’étais quand même bien loti) pour « monter une boîte » comme on dit, en espérant trouver un sens à ma vie, au moins professionnellement.

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La symbiose société/économie, par Jean-Paul Vignal

Billet invité.

Il est opportun de considérer les rapports société/économie sous un angle biologique, comme une symbiose obligatoire : elles ne peuvent vivre l’une sans l’autre, mais si l’une d’entre elles essaie de trop augmenter les bénéfices qu’elle en retire, elle devient parasitique pour l’autre et peut menacer sa survie et partant le sienne propre, en la replaçant dans le cadre du projet de constitution économique de Paul Jorion.

L’évolution « impériale » du monde des affaires et de la finance est telle que les sociétés humaines ne peuvent plus supporter qu’elles soient socialement irresponsables, s’arrogeant de plus en plus de droits grâce au chantage que leur permet leur mobilité géographique, et sans aucun devoir : il leur suffit pour y échapper en toute légalité de déclarer faillite en la préparant soigneusement pour se donner le temps de siphonner les actifs utiles vers des cieux plus accueillants, et le tour est joué. C’est socialement intolérable et explosif.

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RÉFLEXIONS TROP CONFUSES D’UN CHEF D’ENTREPRISE U.S., par PlastoMan

Billet invité.

Entre 2 langues et trois pays, et un esprit « weird » as they say, je me pose quand même beaucoup de questions sur la logique de l’argent. Mes idées sont de loin trop confuses pour être partagées et mon français bien trop mauvais [P.J. : j’ai corrigé le pire !]. Pour moi ça doit péter ou « faire une bonne guerre » comme on dit, pour devoir reconstruire Russie vs Europe pour l’Ukraine et ses gazoducs, Iran-USA vs Irak-Yémen pour détruire le Quincy agreement et dégager les Wahhabites, Chine vs Japon-Vietnam for the oil.

Si on accepte qu’un entrepreneur essaie de fabriquer un produit le moins cher possible et le vendre le plus cher possible, cet homme sera confronté à la logique de la concurrence et donc devra faire preuve d’ingéniosité pour diminuer ses prix de fabrication ou augmenter ses prix de vente.

Le prix de la nourriture a baissé au cours des siècles, et le coût des voitures, des computers et même des maisons suivent la même trajectoire. D’un point de vue économique, on appellera cela de la déflation.

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« L’affaire » DES TER, par Michel Leis

Billet invité

L’ampleur prise par la polémique sur les rames des TER (transports express régionaux) dans la semaine qui vient de s’écouler nous interpelle, non pas sur les faits eux-mêmes, mais sur la couverture de cet élément qui illustre certaines tendances de fond de notre société.

De quoi parle-t-on : d’une erreur dont l’impact, pas encore précisément chiffré, peut aller de 50 millions d’Euros à 100 millions, voire un peu plus suivant les estimations. Ramené à l’investissement initial, on est dans un ordre de grandeur de moins de 1 %. Une « dérive » de cet ordre est loin d’être inhabituelle dans un programme qui engage des sommes importantes sur des durées assez longues. J’aimerais par exemple être certain qu’il n’y a pas eu de dérives plus importantes lors de la construction de ces rames : changement de caractéristiques, omission plus ou moins volontaire de spécifications par le fabricant et toutes autres turpitudes tout aussi fréquentes dans ce genre d’achat sur appel d’offres qui permettent au fabricant d’allonger la facture. Si de telles dérives ont eu lieu, elles n’ont pas été portées à notre connaissance.

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L’économie pour les neuneus : Chapitre 2 : La compétitivité, par Jean-Baptiste Auxiètre et Paul Jorion

Les nouveaux marchés

On rabâche aujourd’hui qu’il faut être plus compétitif. Pour cela, il faut offrir de meilleurs produits et de meilleurs services pour moins cher afin de pouvoir les exporter. Or pour la plupart des entreprises, leur marché est de fait national et leur périmètre est constant, de même que leurs moyens : il n’existe pas de « nouveau marché » et la dépense possible pour les clients est elle aussi constante : la part des moyens dont disposent les ménages pour tel ou tel besoin demeure constante. Ce qui fait qu’une entreprise plus compétitive ne fait qu’en remplacer une autre qui l’est devenue moins et on ne crée à l’arrivée aucun emploi, on en détruit au contraire puisqu’on aura remplacé tant de personnes par moins de personnes, pour effectuer la même opération de manière optimisée.

Le souhait serait bien sûr que ces entreprises (après avoir supprimé beaucoup d’emplois au niveau national) finissent par en créer dans un élan irrépressible d’exportation. C’est nier l’évidence que même une entreprise nationale qui exporte à l’étranger fait travailler aussi des personnes dans ces autres pays, il s’agit même d’une contrepartie exigée par ceux-ci dans pratiquement tous les cas. Donc non seulement on utilise moins de main-d’oeuvre dans le pays de départ mais aussi dans les pays clients où là aussi on remplace pour le même marché un nombre X de personnes par un autre nombre Y moins élevé.

La notion de « nouveau marché » n’existe que par rapport à une entreprise donnée, mais en fait son « nouveau marché » est le plus souvent celui qui était auparavant celui de sa voisine ou, si ce n’est pas le cas, comme pour un nouveau produit technologique, elle ira raboter les moyens dont disposent les clients potentiels sur les autres marchés, puisque ceux-ci n’ont pas accès globalement à davantage de moyens.

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« Responsable, mais pas coupable » et « Le lampiste est le vrai coupable », par Michel Leis

Billet invité.

Au-delà de l’aspect juridique de l’affaire, de la glose des attendus du jugement, il me semble que l’affaire Kerviel illustre surtout un mode de fonctionnement de plus en plus généralisé dans notre société. Il offre aux élites dirigeantes la possibilité d’invoquer en toutes circonstances cette double argutie qui prend toutes les allures d’un rituel : « Responsable, mais pas coupable »[i] et « Le lampiste est le vrai coupable »[ii].

Au-delà du plafond de verre qui caractérise la plupart des grandes organisations se trouvent des dirigeants qui partagent quelques travers dans leur mode de décision. En particulier, le refus de rentrer dans la complexité et le « benchmarking »[iii] érigé comme principal critère de décision sont des modes de fonctionnement extrêmement répandus. Il faut faire aussi bien que ‘X’, réaliser 2% de mieux que ‘Y’, avoir une rentabilité sur capitaux propre au moins supérieure à celle observée chez ‘Z’ (ici, vous pouvez placer le nom des principales références utilisées dans votre secteur d’activité). L’enseignement des grandes écoles, les colloques et conférences, les experts et autres cabinets d’audit ne sont plus que des espaces où se répètent ad nauseam des stratégies considérées comme des exemples parfaits de réussite. C’est dans ces espaces que se construisent les normes de production et de profit, c’est-à-dire l’élévation de quelques réussites spécifiques au rang de dogme.  

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LE MONDE, « Réalité comptable » et vérité, lundi 17 – mardi 18 mars 2014

« Réalité comptable » et vérité

Dividendes accordés aux actionnaires en hausse, bonus accordés aux dirigeants des mêmes entreprises en hausse eux aussi, alors que leurs résultats sont en berne. Ne s’agit-il pas pourtant pour ces deux postes, dividendes et bonus, de parts prélevées sur les bénéfices ?

M. Antony Jenkins, patron de la banque britannique Barclays depuis août 2012, époque où celle-ci avait été décapitée suite au scandale de la manipulation des taux LIBOR, détient peut-être la clé du mystère.

À son entrée en fonction M. Jenkins avait promis de mettre un terme à la culture d’avidité et de corruption qui avait conduit à la déchéance de la banque, assurant en particulier qu’elle renouait avec le quakerisme de ses origines. Or, malgré ses bonnes intentions, le chef de la Barclays est aujourd’hui sur la défensive pour avoir augmenté les bonus de 200 millions de livres (240 millions €) alors que les chiffres de sa banque sont en baisse. M. Jenkins a affirmé que si une banque cesse de verser de gros bonus, « elle entre dans une spirale mortifère. Votre image de marque se détériore et vous pouvez très rapidement tomber de la première à la deuxième ou à la troisième division… ».

Le patron de la Barclays aurait pu dire que le meilleur moyen de devenir riche est d’avoir déjà l’air d’être riche. La banque BCCI l’avait bien compris au temps de sa splendeur dans les années 1980 : elle avait obtenu de quelques milliardaires, contre rémunération, qu’ils affirment confier leurs intérêts à la banque – ce qu’ils se gardaient bien de faire par ailleurs. Quand la BCCI s’avéra être une usine à traiter l’argent sale, elle s’effondra.

Plus le climat se détériore, plus il est important pour apparaître différent des autres, d’avoir l’air en bonne santé, et donc d’augmenter les dividendes distribués et les bonus attribués. Principe contradictoire avec le fait qu’il s’agit de postes alimentés par les bénéfices et, moins ceux-ci sont substantiels, plus minces devraient être les sommes à distribuer. Certains critiques de Jenkins le lui ont rappelé : réduisez la manne à distribuer au prorata de la baisse des bénéfices et si certains employés ne peuvent être pénalisés selon vous à aucun prix, modifiez le barème en leur faveur.

Augmenter dividendes et bonus quand l’entreprise est en difficulté équivaut à son pillage. Sa dépouille est dépecée entre dirigeants et actionnaires aussi longtemps que l’illusion perdure. Quand celle-ci se dissipe, le prix de l’action s’effondre et la firme fait faillite.

Apparaît ici la marge de manœuvre considérable dont disposent les dirigeants d’une firme dans l’allocation des bénéfices mentionnés à son bilan. C’est à tort qu’on imagine que le roc des chiffres comptables prévient toute dérive de dividendes et de bonus en hausse dans une conjoncture de bénéfices en baisse, au détriment d’autres postes comme le refinancement de la firme ou la recherche et le développement, sans même mentionner le parent pauvre du partage des bénéfices, pour ne pas dire son souffre-douleur : les salaires des employés du rang, que les a priori de la règlementation comptable considèrent des coûts plutôt que les « avances » en travail » qu’ils sont en réalité.

Témoin du caractère de moins en moins déterminant des chiffres comptables dans le partage des bénéfices, le fait que l’on préfère parler aujourd’hui de « chiffres de reporting », suggérant qu’ils ont valeur informative plutôt que contraignante.

Les chiffres financiers publiés au bilan sont le visage de l’entreprise que les dirigeants veulent offrir aux actionnaires, reflet d’un bras de fer séculaire engagé entre eux. Exercice ambigu par nature puisque l’idéal supposé de transparence est neutralisé par le souci censément légitime des firmes de ne rien révéler de leur véritable fonctionnement, domaine du « secret commercial ».

Les stock options furent inventés en 1975 pour araser l’antagonisme entre dirigeants et actionnaires. Grâce à elles, ceux-ci bénéficient tous ensemble d’une hausse du cours de l’action, et leurs intérêts s’alignent. Il était jusque-là de l’intérêt des dirigeants de veiller à l’intégrité des chiffres financiers, rempart contre l’avidité des actionnaires. Avec les stock-options cela cesse d’être le cas.

S’ouvrit alors l’ère de la comptabilité dite « imaginative » où les grandes firmes d’audit surent s’illustrer.  On garde le souvenir par exemple du « cash swap », dont la logique fut approuvée dans un livre blanc de la firme d’audit Arthur Andersen, qui accompagna en 2001 sa cliente Enron dans sa chute. Dans le cash swap les deux contreparties échangent des sommes identiques (oui, vous avez bien lu !), transaction censée constituer davantage qu’une opération blanche au prétexte que les sommes « échangées » sont comptabilisées sous des rubriques différentes chez l’une et l’autre partie et relèvent de traitements fiscaux distincts.

Si les dirigeants d’entreprise disposent d’une marge de manœuvre considérable dans les décisions qu’ils prennent à partir du portrait comptable de leur firme, celui-ci évalue très mal de son côté son état de santé. Pensons en particulier aux deux variables que sont le taux d’escompte utilisé pour actualiser les flux de trésorerie futurs et la dépréciation du goodwill, la valeur marchande de l’image de marque telle qu’elle se reflète dans la capitalisation boursière de l’entreprise, variables auxquelles le bilan global est très sensible. C’est la direction de la firme qui décide s’il y a eu ou non dépréciation du goodwill, tandis que la détermination du taux d’escompte des flux de trésorerie à venir intègre de manière synthétique sa vision subjective de son propre avenir, de celui de sa branche et, pourquoi pas ? du futur de la planète tout entière.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 31 JANVIER 2014

Sur DailyMotion, c’est ici. Le son est bien meilleur que sur YouTube (allez savoir pourquoi ?) mais il y a de la pub !

Nous sommes en train de gagner ! Nous marquons des points ! (C’est pas une blague)

L’affaire Snowden en 1998 : Enemy of the State (Ennemi d’État) de Tony Scott

1) Le prix est un rapport de force

Paul Jorion « Le prix » (2010)

2) Interdiction de la spéculation

– Jean-Michel Naulot, « L’interdiction des activités spéculatives des banques est une solution de bon sens », Le Monde, le 29 janvier 2014

Avec sa réforme bancaire, le commissaire européen Michel Barnier veut lutter contre « la spéculation, l’absence de transparence et les manipulations ».

3) La banque est propriétaire de l’argent déposé sur un compte

– Paul Jorion « L’argent, mode d’emploi » (2009)

– Blog de Paul Jorion : L’argent après l’Union Bancaire, par Alain Monod-Broca, le 4 janvier 2014

… les dépôts bancaires ne sont pas de l’argent comme les billets de la Banque Centrale ou les comptes ouverts dans ses livres mais des créances affectées, comme toutes les créances, du risque de signature… Voilà la thèse de votre livre L’argent, mode d’emploi totalement validée par tous nos dirigeants politiques et financiers. Je voulais vous en féliciter. Je n’ai pas trouvé ce constat sur votre blog.

4) Prendre l’argent où il est

– Les Échos : « La Bundesbank prône l’impôt sur la fortune pour les États fauchés », le 27 janvier 2014

5) Le travail disparaît

– Ce soir (ou jamais !), Paul Jorion, « Le travail disparaît », le 3 octobre 2012

– Radio Canada, Paul Jorion, « Faire face à la robotisation du travail », le 28 janvier 2014

– Gaël Giraud : « L’avenir de l’économie est dans les mains des jeunes », La Vie, le 27 janvier 2014

 Cette idée néolibérale selon laquelle le travail peut être la variable d’ajustement est mortelle.

Le « Pacte de responsabilité »

L’argent donné aux entreprises ne peut se redistribuer que de deux manières : 1) hausse des dividendes attribués aux actionnaires ; 2) hausse des rémunérations (salaires, bonus, etc.) des dirigeants.

Le mécanisme qui transformerait l’argent donné aux entreprises en création d’emplois N’EXISTE PAS.

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Emploi : Course vers le précipice, on accélère ?, par Boileau de la Dyle

Billet invité.

Quelques faits concrets pour illustrer la fin de l’emploi, du moins chez nous.

Le mois passé, dans la grosse boîte du secteur financier où je preste actuellement, j’ai vécu la réorganisation de plusieurs services. Ils se regroupent, changent d’étage, etc. Ils ont fait appel à la société habituelle (une société bruxelloise) pour opérer le déplacement du mobilier. On les connaît, ils viennent au moins 8 fois par an pour faire ce type d’opération. A la surprise générale, ce ne sont pas les ouvriers habituels. Ils sont remplacés par 5 Roumains. Le contremaître bredouille quelques mots d’anglais, ce qui permet à grand renfort de gestes d’expliquer ce qu’on attend d’eux.

Quand certains employés expriment leur surprise, le responsable de la gestion du site explique que depuis +/- 6 mois les déchets sont déjà évacués par des chauffeurs portugais. Sa maman étant portugaise d’origine, il a sympathisé avec certains et ils lui ont expliqué qu’ils rentrent chez eux une fois tous les 15 jours pour le week-end. Ils travaillent pour une société portugaise (et à des salaires portugais bien sûr) qui les loue à la société de gestion de déchets belge. Il nous raconte aussi que plusieurs sociétés lui proposent des services à prix cassés en utilisant les mêmes procédés. Il nous dit aussi, qu’il est très ennuyé, pour son évaluation, par le contrat qui le lie, pour 7 mois encore, à son prestataire actuel.

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L’actualité de demain : ILS SE SENTENT POUSSER DES AILES… par François Leclerc

Billet invité.

« Nous vivons une crise du modèle français », diagnostique avec sagacité Bruno Le Maire, député UMP de l’Eure et candidat aux primaires de la présidentielle de 2017… Au titre de ses propositions-phare : « revaloriser le travail » en baissant les indemnisations de chômage et opérer « une simplification massive du droit du travail ».

Assez de toutes ces entraves qui « étouffent l’innovation » ! entend-on dire de partout, n’ayant pas de mots assez durs pour dénoncer depuis des mois le « matraquage fiscal ». Hier, c’était le talent qu’il fallait rémunérer et l’assistanat qu’il fallait combattre. On n’est pas tendre avec les pauvres, à la sortie de la messe dominicale !

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NORME DE PROFIT ET FISCALITÉ, par Michel Leis

Billet invité

L’un des éléments de la crise actuelle, c’est l’incapacité de la plupart des entreprises à répondre aux attentes générées par la norme de profit alors que les rapports de force qu’exercent le monde économique sur l’ensemble de la société, des citoyens au monde politique restent extrêmement favorables. Cette combinaison explosive pousse sur le devant de la scène des comportements et des politiques potentiellement destructrices pour l’ensemble du corps social.

Les gains de productivité, le recours au marketing, l’élévation de la valeur des produits vendus, les cycles de renouvellement accélérés et le développement du crédit créent le potentiel pour des résultats plus élevés. Ce sont des conditions nécessaires, mais elles ne sont pourtant pas suffisantes pour élever les attentes de profit. Il faut y ajouter une autre dimension, celle des rapports de forces. À partir du début des années 70, le monde politique place tous ses espoirs dans le retour de la croissance pour vaincre la montée du chômage et la dégradation de la balance des paiements. Il s’établit une relation de dépendance envers le monde économique, élément indispensable à l’établissement d’un rapport de forces durable, dont l’un des effets sera la mise en oeuvre de politiques fondées sur la diminution de la pression fiscale en faveur des entreprises et des individus les plus fortunés. À compter du moment où le montant de l’impôt sur les sociétés et sur les personnes physiques entament un mouvement de baisse conjoint, plus rien ne freine la hausse des attentes de profit.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – RAPPORT DE FORCES, par Michel Leis

Billet invité.

Rapport de forces

Un rapport de forces décrit un état possible de la relation entre deux parties, il résulte de la volonté de l’un ou l’autre protagoniste d’imposer son point de vue. Une hiérarchie implicite se construit, elle repose sur une évaluation a priori du statut, de la force ou de la capacité de nuisance de l’autre partie. Il arrive parfois qu’aucune hiérarchie claire ne se dégage, le rapport de forces s’équilibre et conduit au pire à une situation de statu quo, et dans le meilleur des cas, à des formes plus ou moins étendues de coopération. Une situation de déséquilibre permet au vainqueur de cette confrontation tacite de se passer de l’accord d’autrui ou d’obtenir des avantages dans le cadre d’un accord nécessitant le consentement de l’autre partie. L’éthologie nous montre comment l’émergence du mâle (ou de la femelle) dominant(e) dans une meute repose sur une hiérarchie intégrée par l’ensemble des individus, mais où le statut de dominant reste régulièrement remis en cause. Pourtant, au moment exact où le recours à la force se substitue à la potentialité de son usage, le rapport de forces disparaît en tant que tel, la violence remplace un état de la relation devenu inutile et qui n’existe que dans le cadre étroit de sa virtualité.

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L’actualité de demain : RÉFORMES DE STRUCTURE : ÉLARGIR LE DÉBAT, par François Leclerc

Billet invité.

Réfléchir à ce que devrait être la France à échéance de dix ans, afin de s’affranchir du court terme et du calendrier politique ; établir un constat permettant d’accomplir cet objectif et de dégager des préconisations : telle est l’ambitieuse mission qui a été confié au nouveau Commissariat général à la stratégie et prospective que préside Jean Pisany-Ferry. En ouverture d’un débat avec des think tanks, celui-ci a jeudi matin présenté lors d’un point de presse où le blog de Paul Jorion était invité cinq notes analytiques , faisant suite à une contribution au séminaire gouvernemental d’août dernier. Elles portent sur les modèles productif, social et républicain, sur la soutenabilité et le modèle de croissance, ainsi que sur le projet européen. A cette étape des constats, mais aussi des pistes formulées en termes généraux, les préconisations finales concernant la politique à suivre sont prévues pour la fin de l’année, un délai bien court vu l’ampleur des questions abordées. Entre-temps, l’intention est de cultiver une « culture de discussion » en associant des think tanks aux réflexions qui vont se poursuivre.

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L’actualité de demain : LA MAGIE DES CoCos VA-T-ELLE OPÉRER ? par François Leclerc

Billet invité.

Une rencontre du 3ème type entre les investisseurs et les banques va-t-elle avoir lieu, afin de combler les trous géants des bilans bancaires en respectant un effet de levier quantifié à 3% de fonds propres par rapport au volume des actifs ? Sous le regard circonspect des régulateurs, les CoCos entrent en scène à petits pas.

La réduction de la taille des bilans ne pouvant à elle seule répondre aux nécessités réglementaires, l’estimation des montants qui vont devoir être levés par les banques européennes sur le marché naissant des CoCos (obligations convertibles contingentes) varie de 400 à 1.000 milliards d’euros ; seulement une vingtaine de milliards d’euros ont été déjà consacrés à l’achat de ces obligations d’un genre nouveau, appelées à muter en actions pour absorber les pertes. Dans l’attente de la finalisation de la réglementation les concernant – la main des régulateurs n’est pas trop assurée – une demi-douzaine de banques émettrices se sont jetées à l’eau et de multiples formules de déclenchement de la mutation ont été expérimentées auprès des investisseurs. La famille des CoCos s’agrandit de jour en jour et bientôt on ne s’y retrouvera plus. Mais un long chemin reste à parcourir avant qu’elle puisse jouer le rôle qui lui est imparti, indispensable pour se hisser à la hauteur des pertes à combler, afin que les créanciers devenus actionnaires aient ensuite quelque espoir de survie. A défaut de se mériter, la confiance se bâtit. On parle de cinq ans, voire du double, pour y parvenir, calquant le calendrier de renforcement des banques sur celui du désendettement des États, venant en cela confirmer que la période qui s’est engagée est de longue durée.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » : Compétitivité, par Michel Leis

Billet invité.

–       Compétitivité: issue du verbe latin « petere » (chercher à atteindre), le mot compétitivité partage cette étymologie avec compétition, compétence et pétition : tout est dit ou presque. De quoi s’agit-il ? D’une compétition, où l’essentiel n’est pas seulement de participer, mais bien d’être parmi les gagnants, une course dont l’enjeu reste en dernier ressort le profit. Elle mobilise des compétences au sens le plus large, celles qui sont nécessaires à l’atteinte de cet objectif. Si celui-ci n’est pas atteint, on demande le changement des règles en recourant à l’une des armes favorites de tout groupe de pression qui se respecte : la pétition.

–       La compétitivité pourrait se définir comme la capacité à participer à une compétition avec de bonnes chances de succès. Appliquée aux entreprises, elle exprime à la fois l’aptitude de l’entreprise à répondre aux attentes de profit dans un univers de marchandisation généralisée et la combinaison des moyens engagés pour arriver à ce résultat. L’élévation de la norme de profit ces dernières décennies rend la compétition plus âpre et redonne une deuxième jeunesse à cette sentence sans appel : malheur aux vaincus !

–       De fait un grand nombre d’entreprises en sont déjà exclues, travaillant dans le domaine de la sous-traitance, elles subissent de plein fouet les rapports de force imposés par les entreprises dominantes. Elles sont facilement interchangeables et leur cadre de travail est avant tout celui de la survie. Cette dualité dans la réalité des entreprises ne se retrouve pourtant pas dans leurs discours.

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La fortune « bien acquise », par Michel Leis

Billet invité.

Très beau texte que ce Les voleurs de lendemains par Bertrand Rouziès-Leonardi, sur la fortune « bien acquise », mais que l’on peut compléter sans doute d’un petit extrait de mon essai Crises économiques et régulations collectives. Le paradoxe du guépard (2012 : 67-68) :

« En mettant en avant une communauté apparente d’objectifs, une minorité a réussi à obtenir de la majorité une approbation tacite de cette répartition profondément inégalitaire de la richesse. Il est vrai qu’au-delà de cette motivation pour l’argent, l’autre élément qui fédère ce groupe d’individus est une croyance partagée dans la légitimité de cette répartition. Il est donc normal à leurs yeux que l’ensemble de la population reconnaisse cette légitimité, ce qui en fait une aristocratie autoproclamée.

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AVIS DE RECHERCHE : LA JEUNE GRÉVISTE DE CHEZ WONDER

Madame,

C’est peu de dire que les lecteurs de mon blog sont amoureux de vous. Pareille à Minerve, inspirée par la raison (dont l’émotion est un autre nom), vous disiez la vérité [*].

Auriez-vous la gentillesse de m’accorder un entretien ?

Je vous en remercie d’avance,

Paul Jorion

P. S. : Vous pouvez m’écrire ici.

[*] Les lecteurs qui ne seraient pas convaincus, et qui imagineraient que la raison pourrait être du côté des dirigeants d’entreprise, liront avec intérêt l’extrait suivant d’un article paru ce matin sur Le Monde en ligne : Benoît Hamon veut encourager la reprise de sociétés en bonne santé par leurs salariés, par Bertrand Bissuel.

M. Hamon entend aussi encourager la reprise de sociétés en bonne santé par leur personnel. Chaque année, des patrons ferment leur entreprise, bien que celle-ci soit viable, car ils ne trouvent pas d’acquéreur. Des milliers d’emplois seraient détruits pour cette raison (de 100 000 à 200 000 par an, selon une étude d’impact réalisée dans le cadre de la préparation du projet de loi).

Pour résoudre ce problème, le texte instaure un droit d’information aux salariés dans les entreprises de moins de 250 personnes : l’employeur sera tenu de leur dire qu’il envisage de vendre son affaire, deux mois avant de passer à l’acte ; mais il restera libre de céder au prix qu’il souhaite et au candidat de son choix. Si le personnel poursuit l’activité, il pourra le faire sous la forme juridique qu’il veut (société à responsabilité limitée, société coopérative et participative, etc.).

Cette disposition déplaît profondément aux organisations patronales. Elle va engendrer « une contrainte supplémentaire sur le dos des entreprises, qui nuit à la liberté et à la motivation des entrepreneurs et dégrade l’attractivité du terreau France », dénonce le président du Medef, Pierre Gattaz, dans un communiqué.

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (XVII) – De quoi l’avenir devrait-il être fait ?, par Francis Arness

Billet invité.

Esquissons les mesures assurant d’abord la stabilisation de la situation économique, puis le grand tournant. Partons des propositions développées par Paul Jorion dans Misère de la pensée économique [1] ainsi que dans l’ensemble des contributions au blog (particulièrement dans le cadre du projet d’Encyclopédie au XXIème siècle [2]).

Pour stabiliser la situation économique et éviter tout effondrement à court ou moyen terme, il faut :

1. Au niveau européen : régler le problème de l’euro, mutualiser les dettes à l’échelle européenne après avoir organisé un défaut généralisé. Cela ouvrira à une restructuration qui conduira à une refonte de l’architecture de la monnaie unique et à sa transformation en un espace financier, bancaire et fiscal unique (euro numérique, comme le propose Pierre Sarton du Jonchay [3]), avec tout ce que cela comporte d’« euthanasie du rentier ».

2. Au niveau mondial : encadrer strictement les banques par leur nationalisation dans la perspective d’une finance remise au service de la communauté, ce qui implique en particulier la ré-interdiction de la spéculation, mais aussi la création d’une chambre de compensation multilatérale planétaire fondée sur le bancor en étayant ce système sur le réel par la monnaie numérique [4].

3. Au niveau local et plus général, créer des espaces économiques autonomes par rapport aux Etats-Unis – et cela vaut en premier lieu pour l’Europe [5].

4. Dans ce cadre, en Europe (et ailleurs), refonder le partage des richesses.

5. La mise en place d’une chambre de compensation multilatérale planétaire fondée sur le bancor, signifiant automatiquement la fin de la libre circulation des capitaux et la disparition des paradis fiscaux.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » : production, par Michel Leis

Billet invité.

Production : Mise en œuvre organisée du travail de l’homme ou de la machine afin d’obtenir une transformation de la matière en objets, en éléments exploitables par d’autres activités, ainsi que pour créer un service (i) reproductible. La principale caractéristique de la production est de s’inscrire dans la durée, il est donc nécessaire d’y intégrer des activités connexes (achats et logistique par exemple), d’opérer des choix et des arbitrages sur la division et la répartition du travail entre homme et machine. Par les interactions qu’elle engendre, par la rémunération du travail effectué (ii) qui permet d’inscrire l’individu dans la société marchande, la production est l’un des modes de socialisation dominants.

La production obéit à des finalités multiples. Elle peut répondre aux objectifs et aux nécessités de la communauté, satisfaire les besoins les plus légitimes de l’individu. Elle peut se réaliser dans le cadre de la marchandisation généralisée en vue d’obtenir un profit, ce qui est le cas le plus fréquent. Le cadre contraignant de la recherche de profit à un effet itératif sur la production. Les gains de productivité sont transformés en marges additionnelles, élevant les attentes de profit des investisseurs. Ces attentes élevées exercent en retour une contrainte forte sur le processus de production dans une interaction qui se joue sur plusieurs registres.

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DISCOURS D’ENTREPRISE ET INERTIE, par Michel Leis

Billet invité

Je le rappelle à intervalles réguliers, il y a une crise de l’économie réelle qui est antérieure à la crise de l’économie financière, entre autres parce que l’économie réelle offre de moins en moins de travail rémunéré dans des conditions permettant de créer une demande solvable. D’une part, le travail de la machine tend à se substituer au travail de l’homme, d’autre part, il y a une parcellisation croissante du travail qui recouvre la division des tâches et son éclatement géographique vers des pays où le rapport de force entre employeur et travailleur s’exprime sans contrainte.

Cette division du travail recouvre souvent une organisation de la production entre assembleur final et sous-traitant, une hiérarchie entre entreprises dominantes, celles qui accaparent le meilleur de la marge dans la chaîne de valeur, et entreprises dominées qui subissent de plein fouet la pression des entreprises dominantes. Cette organisation a permis non seulement de générer des gains de productivité directs et indirects (par la concentration de la valeur ajoutée dans l’entreprise dominante), mais aussi de produire plus de valeur par unité produite. Initialement mise en place pour compenser l’épuisement de la consommation de masse en lui substituant une consommation de reconnaissance, ce type d’organisation s’est avéré redoutablement efficace quand les attentes de profits se sont élevées à la fin des années 80.

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