EN ROUTE POUR DE NOUVELLES GRANDES AVENTURES ! par François Leclerc

Billet invité

Après avoir fait les gros titres sur le thème « plus jamais cela », la régulation est désormais la grande oubliée d’une Europe ayant d’autres gros soucis. Les lobbies bancaires enterrent des mesures restant à l’étude et les États-Unis apparaissant à la pointe des réformes, tout étant relatif ! Les dirigeants européens ont d’autres réformes en tête, qui sont au contraire pro-business. Embourbés dans une politique ne produisant pas les effets annoncés, ils s’entêtent et pratiquent la fuite en avant. Jusqu’à quand ?

Lors de leur rendez-vous à Jackson Hole, les banquiers centraux n’étaient pas si à l’aise, faisant de leur pragmatisme une vertu, faute de posséder la recette permettant de revenir sans encombres sur leurs mesures d’assistance au système financier. C’est avec de multiples précautions que la Fed et la Banque d’Angleterre cherchent à relever leurs taux proches de zéro, grâce auxquels le crédit est quasi-gratuit pour les établissements financiers ayant accès à leurs guichets. Elles craignent les effets d’enchainement sur les taux du sevrage qu’elles voudraient administrer, avec comme choix d’assumer ce risque ou de voir des bulles d’actifs continuer à gonfler.

Plus généralement, la question est posée : le système financier est-il en mesure de se passer de l’assistance des banques centrales ? La ferveur que manifestent au sein de la zone euro les marchés à l’idée que la BCE pourrait à contretemps de ses consœurs démarrer la planche à billets montre que la réponse n’est pas évidente.

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PETIT DIALOGUE AUX ENFERS ENTRE MARAT ET KEYNES SUR LA PERTE DE SON « AA+ » PAR LA FRANCE

Marat : Alors Citoyen Keynes, l’agence de notation Standard & Poor’s a fait perdre à la France son précieux « AA+ », qu’en pensez-vous ?

(À part) : Moins précieux qu’un « AAA », mais précieux quand même !

Keynes : Mon cher M. Marat, Paul Krugman, qui se réclame à juste titre de moi – enfin, « quasiment » à juste titre – affirme qu’on ne peut pas savoir dans ce bas-monde ce qui va vraiment se passer, les « esprits animaux » motivant les hommes de manière impénétrable, et que nul ne sait en réalité ce qu’il adviendra de la France. Je lui donne sur ceci, entièrement raison !

Marat : Citoyen, vous qui n’avez jamais hésité à jouer en Bourse, oh ! je sais bien ! essentiellement pour venir en aide aux impécunieux ayant la tête ailleurs : moinillons de Cambridge, écrivaillons et mélangeurs de pigments de Bloomsbury, et autres saltimbanques, si je vous disais : « Il existe deux compagnies, dont la première vend des blaireaux et la seconde, des brosses à dents, dans laquelle vaut-il mieux que je place mes économies ? », me répondriez-vous que les hommes étant volages et frivoles, on ne peut jamais savoir de quoi l’avenir sera fait ?

Keynes : My dear Jean-Paul, en prenant un exemple extrême, vous cherchez à mettre les rieurs de votre côté !

Marat : Rappelez-vous : lorsque j’avais quinze ans, François Quesnay (1694-1774) a publié un fort beau Tableau économique de la France. Il y mettait en scène essentiellement deux acteurs : les classes « oisives » et les classes « laborieuses ». Ne diriez-vous pas, Citoyen Keynes, que la difficulté avec les notations qu’accordent ces fameuses agences est qu’elles adoptent un seul point de vue : celui des « classes oisives » ?

Keynes : Oh ! Il y a certainement de cela aussi. D’ailleurs, mon disciple Krugman le reconnaît, il fait remarquer que : « Standard & Poor’s […] se plaint en réalité de ce que Hollande augmente, plutôt que baisse, les impôts sur les plus hauts revenus, et que de manière générale, il n’est pas suffisamment favorable au libre-marché pour satisfaire la clique de Davos ».

Non, le problème essentiel, si l’on envisage les choses en termes de jugement biaisé, est que les agences de notation sont des firmes privées corrompues par le conflit d’intérêt, parce qu’elles sont rétribuées par les sociétés emprunteuses dont elles devraient noter en toute objectivité le risque financier qu’elles font courir à leurs bailleurs de fonds et par l’aléa moral, parce qu’elles se livrent entre elles à une concurrence acharnée qui les conduit à prétendre faire des évaluations rigoureuses de risques qui, fondamentalement, ne peuvent pas être évalués, justement en raison des « esprits animaux ».

La réponse au conflit d’intérêt et à l’aléa moral consiste à confier la tâche de la notation du risque de crédit à un organisme public, indépendant, à l’abri des influences politiques : un Bureau international de notation.

Marat : Mon bon Keynes, tout cela me semble fort bien et fort beau, mais « public, indépendant, à l’abri des influences politiques »… entendez-vous dire « au même titre qu’une banque centrale », comme la Banque centrale européenne, par exemple ? Ou comme la Commission européenne ? Comme le Fonds monétaire international ? Qui, les trois ensemble, mettent aujourd’hui la Grèce à genoux !

Keynes : Vous soulignez là un aspect important : il faudrait en effet protéger un Bureau international de notation contre une influence excessive des compagnies transnationales qui ont aujourd’hui fait prévaloir leur point de vue dans chacun des organismes que vous venez de nommer.

Marat : Citoyen John Maynard – vous permettez que je vous appelle ainsi ? – le rapport entre les classes oisives et les classes laborieuses est un rapport de force dont l’argent détermine lesquelles des deux triomphent, tous vos bons sentiments n’y feront jamais rien !

Keynes : C’est un aspect des choses auquel j’ai fait allusion dans chacun de mes livres !

Marat : « Fait allusion » ! n’aurait-il pas mieux valu le crier plus haut et surtout beaucoup plus fort ?

Keynes : Je comptais en parler bien plus explicitement dans un livre qui aurait dû paraître en 1950.

Marat : « Dû paraître en 1950 » ! Keynes, vous êtes mort en 1946 ! Allons, réveillez-vous, il est grand temps !

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LE SOIR, Condamnation de Fabrice Tourre : l’arbre qui cache la forêt, le samedi 3 août 2013

Un entretien avec Dominique Berns, dans le quotidien belge

Anthropologue de formation, docteur en sciences sociales de l’ULB, Paul Jorion a travaillé une dizaine d’années dans le monde de la finance américaine et fut l’un des premiers à découvrir la bombe des « subprime » avant qu’elle n’explose. Aujourd’hui détenteur d’une chaire à la VUB, il écrit et tient un blog très suivi (www.pauljorion.com).

Q : Fabrice Tourre a été jugé coupable. Votre réaction ?

R : On a pris cette mauvaise habitude de désigner comme victime expiatoire un responsable situé pas trop haut dans la hiérarchie. En France, c’est ce qui s’est passé avec Jérôme Kerviel (NDLR : le trader qui a fait perdre 4,9 milliards d’euros à la Société générale). On refuse de désigner les vrais coupables, ceux qui ont pris la décision de mener ces politiques. Dans le cas de Fabrice Tourre, c’est une façon de ne pas traiter la question qu’on veut éviter depuis 2008, celle des banques systémiques, beaucoup trop grandes, et dont les mauvaises décisions font peser un risque sur l’ensemble du système.  On fait alors sauter les fusibles.

Q : Pour vous, Goldman Sachs aurait dû être sur le banc des prévenus…

R : Il n’y a aucun doute que la politique appliquée par Fabrice Tourre était celle de Goldman Sachs, qui a d’ailleurs accepté de payer une amende très, très importante (NDLR : 550 millions de dollars) pour faire cesser les poursuites à son encontre. De nombreux articles de presse, mais aussi le livre de Michael Lewis, The Big Short (publié en français sous le titre Le casse du siècle) ont décortiqué la stratégie de la firme. Face à la crise des « subprime », Goldman Sachs a essayé de se refaire, comme on dit au casino.

Q : Pour la Security and Exchange Commission (SEC, le régulateur américain des marchés financiers), Goldman Sachs et Fabrice Tourre ont en effet conçu et vendu à certains de leurs clients un produit financier, Abacus 2007, contre lequel voulait spéculer un grand fonds spéculatif, le Fonds Paulson… sans le leur dire. Puisqu’il fallait que des gens parient à la hausse pour que Paulson puisse parier à la baisse.

R : Et à qui ont-ils vendu ce produit ? A des gens mal informés : la banque régionale allemande IKB, ABN Amro… Le timing est essentiel. Car il faut rappeler que si l’homme de la rue date la crise financière de septembre 2008, les problèmes commencent en février 2007, un an et demi auparavant. Et des Goldman Sachs, des Paulson en sont très vite conscients. Mais il semble que les magistrats, soit n’ont pas les compétences suffisantes pour comprendre les exposés techniques nécessaires quand il s’agit de leur expliquer ces produits financiers, soit – et ce serait beaucoup plus grave – sont de mèche avec l’establishment financier, parce que la « raison d’État » exigerait qu’on ne remette jamais en question la direction de ces grandes banques, dont l’insolvabilité ne tient effectivement qu’à un fil.

Q : Dans l’affaire Tourre, c’est la SEC elle-même qui a proposé une transaction à Goldman. Sans doute parce qu’un procès contre la firme était loin d’être gagné d’avance… Une occasion manquée ? Une mauvaise excuse ?

R : Un procès contre Goldman serait certainement difficile en raison de la dérégulation qui a eu lieu et parce que la plupart des décisions douteuses sont conformes à ce que préconise la « science » économique. Mais cela ne justifie pas que l’on se tourne uniquement vers des personnes du troisième ou du quatorzième rang. D’autant que les dossiers qui conduisent au versement d’une amende, comme celle qu’a payée Goldman, sont extrêmement bien construits.

Q : Les agences de notations sont également en arrière-fond du procès Tourre. Elles avaient, rappelons-le, donné la meilleure note, soit le « tripe A », au produit Abacus 2007…

R : Elles savaient qu’il n’y a pas de méthodes fiables pour déterminer la notation de ce type de produit ; elles l’ont reconnu quand elles ont été mises sur la sellette en 2008-2009. Mais elles étaient en concurrence les unes avec les autres et savaient bien que si elles ne notaient pas le produit, un  concurrent le ferait et leur prendrait des parts de marché.

Q : Un mot sur l’affaire Kerviel. Pour vous, Jérôme Kerviel n’est pas le trader malveillant qu’a décrit la Société générale ?

R : Non. C’est, au départ, une affaire banale. Très rares sont les bons traders : il y en a 5%, ou peut-être seulement 1%, qui font carrière. Mais, au début, certains peuvent être chanceux, car que vous pariiez à la hausse ou à la baisse, vous avez 50% de chance de viser juste. C’est pourquoi votre employeur bâtit directement un dossier contre vous, car dans ce métier, on enfreint généralement les règles. De sorte que le jour où la chance vous quitte, quand vos pertes atteignent 20 ou 30% de vos gains, il puisse vous dire d’aller voir ailleurs.

Q : Dans l’affaire Kerviel, la Société Générale fait état d’une perte de 4,9 milliards d’euros…

R : Jérôme Kerviel avait fait gagner un milliard et demi à la Société Générale. Mais le jour où la banque a voulu déboucler les positions qu’il avait prises était l’un des pires dans l’histoire boursière. La perte a été considérable et la SocGen a décidé de transmettre le dossier à la justice. Pourquoi ? Pour être remboursée par l’État – donc par le contribuable français – à hauteur de 1,7 milliard (NDLR : en France, une banque peut récupérer un tiers de ses pertes si celles-ci résultent d’une action frauduleuse). Le procès Kerviel a été une autre occasion manquée de mettre en cause un système qui a déraillé…

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 7 FÉVRIER 2013

Février 2007 – février 2013 – Six ans après. Où en est-on de la réglementation financière ? La finance est-elle plus sûre aujourd’hui ?

Sur YouTube, c’est ici.

TARP : Troubled Asset Relief Program
Neil Barofsky, Geithner doctrine lives on in Libor scandal, Financial Times, 7 février 2013
Standard & Poor’s et la question des agences de notation
Solvabilité II
La finitude du collatéral

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L’AGENCE DE NOTATION FITCH FERAIT-ELLE PREUVE DE – COMMENT DIRE ? – MAUVAISE VOLONTÉ ?

J’ai écrit autrefois dans l’un de mes billets qu’il viendrait un moment où les gouvernements qui sont jusqu’ici passés en sifflotant sous les fourches caudines de la finance, se rebelleraient. J’espère que ce moment est enfin venu, l’agence de notation Fitch ayant poussé le bouchon un peu loin avec un enthousiasme qui doit faire fulminer en ce moment-même un certain nombre de ministres des finances européens.

J’ai rédigé, c’était avant-hier, un billet où je dénonçais la politique qui s’est instaurée depuis 2007, selon laquelle la prime de risque comprise dans un taux d’intérêt n’est plus considérée comme étant là pour amortir le risque du prêteur mais est devenue un simple bonus que le prêteur s’accorde – avec, il faut bien le dire, la caution enthousiaste des autorités, et en particulier de le Commission européenne, qui s’apprête à inscrire ce principe dans le fonctionnement du Mécanisme européen de stabilité (MES).

La Commission européenne a reçu hier le renfort de l’agence de notation Fitch. Par le truchement de l’une de ses représentantes dont le nom mérite de passer à la postérité : Mme Bridget Gandy, qui a en effet fait savoir que la notation que l’agence accorde aux banques des pays européens dans leur ensemble, repose sur une supposition « au niveau 99,5% » que dans le sauvetage d’une banque par un État, ses créanciers seront remboursés intégralement : « Si un pays européen important devait léser les créanciers d’une banque en difficulté, ceci modifierait fondamentalement la manière dont nous évaluons les banques [européennes]. »

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L’actualité de demain : AVOIR LE « AAA » OU PAS, par François Leclerc

Billet invité.

C’est une histoire bien dans l’air du temps. Les États sont notés par des agences dont c’est l’activité commerciale, comme le sont les entreprises et les actifs financiers en général. Faute d’être en mesure de calculer le risque afférent à un investissement, il est fait appel à des spécialistes dont les notes font référence et déclenchent même parfois automatiquement des ventes, notamment dans le cas des fonds de pension. Même les banques centrales en tiennent compte pour déterminer les actifs qu’elles acceptent en garantie. Tout le monde est ainsi censé disposer de la même information afin d’assurer un fonctionnement du marché en conformité avec la théorie selon laquelle elle doit être « symétrique ».

L’affaire devient plus scabreuse quand il s’agit de la notation des États, car une baisse de leur notation a un sérieux impact sur le coût de leur dette, la dette souveraine étant par ailleurs un des piliers du système financier. Il faut des circonstances exceptionnelles, comme celles que nous connaissons, pour que des États dont la note est baissée – les États-Unis, la France – n’enregistrent pas de hausse de leurs taux obligataires. Le gouvernement américain craint cependant qu’une nouvelle crise liée au déplafonnement de la dette ne suscite une dégradation, comme la fois précédente, car il ne faut pas tenter le diable.

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NEWSRING.fr, Moody’s : un signe de défiance envers la France

Un entretien que j’ai accordé à Newsring. On le trouve sur leur site, ici.

Une dégradation n’est jamais une bonne nouvelle. On critique de plus en plus les agences de notation, mais il y a une demande de la part des marchés pour ce type de service, c’est-à-dire une évaluation de la capacité d’un emprunteur à payer les intérêts, à rembourser la somme empruntée et à le faire dans les délais qui ont été prévus. C’est l’industrie financière qui demande ce service aux agences de notation, car elle ne dispose pas du temps ou des ressources nécessaires pour faire les calculs qui permettent de savoir quelle est la fiabilité de la dette émise par les pays.

Ce n’est pas tant la dégradation qui est désagréable, car elle correspond à celle qui avait déjà été décidée par S&P, que la perspective négative pour la France. J’entends ceux qui disent que cela n’a pas d’importance car la dette de la France est très appréciée, très demandée, mais nous sommes dans un contexte de plus en plus dégradé, et cet abaissement peut aboutir à une certaine nervosité, à une volatilité du « spread » : de l’écart avec l’Allemagne en raison de l’exigence par le marché des capitaux d’une prime de risque supplémentaire pour la France.

Certes on va encore privilégier la France, car les autres pays sont moins bien lotis en dehors de l’Allemagne, la Hollande, la Finlande ou l’Autriche, mais c’est peu encourageant : les candidats prêteurs se tournent vers la France faute de mieux. C’est un peu comme avec les gouvernements européens : on vote de plus en plus systématiquement pour l’opposition parce qu’on n’est pas satisfait de la politique menée par les partis au pouvoir. Le fait que la dette de la France soit appréciée sur les marchés est dû à la dégradation de la dette dans d’autres pays comme l’Espagne ou l’Italie, pas à ses qualités propres.

Par ailleurs sur dix ans, le « spread » avec l’Allemagne – c’est-à-dire donc le différentiel qu’on peut assimiler à une prime de risque supplémentaire – est de 0,75% : 2,16%, contre 1,41%. Cela signifie que sur une durée comme dix ans, les marchés considèrent qu’il y a une différence de 0,75%, significative à ce niveau là, entre l’Allemagne et la France en termes de leurs perspectives.

On peut arguer que ces agences de notation n’ont pas fait de prédictions exactes dans de nombreux cas, mais la véritable question c’est plutôt  : la situation serait-elle meilleure si elles n’existaient pas ?

Ce n’est pas parce qu’elles font un travail qui n’est pas parfait – leur tâche est très difficile en raison du nombre d’évènements qui se combinent et qui doivent être pris en compte – qu’il faut se désintéresser des agences de notation.

La critique qu’on peut faire à leur sujet, c’est qu’elles font leurs évaluations dans un cadre extrêmement conservateur en termes de théorie économique. Elle sont alignées sur des positions proches de l’extrême-droite sur l’échiquier politique. Elles ont ainsi une vision négative de l’action des syndicats et sont promptes à considérer que les populations sont grincheuses et ne comprennent pas les réalités économiques, etc. Voilà un reproche qu’on peut éventuellement leur faire, mais elles diront que c’est la manière dont nos sociétés vivent effectivement et qu’elles doivent par conséquent en tenir compte.

En ce qui concerne le timing de cette décision, les agences de notation ont leur calendrier à elles et ne prêtent pas nécessairement attention aux évènements politiques au jour le jour – comme le plan pour la compétitivité annoncé par le gouvernement français.

Mais on peut noter cependant un signe de défiance envers la France dans cette décision : il y a là comme la suggestion qu’il ne faut pas nécessairement prendre à la lettre les déclarations du gouvernement Ayrault, qui n’a pas acquis jusqu’ici une réputation de grande constance ou de logique. Prenez le projet de banque publique d’investissement, dont la réalisation sera probablement sans rapport avec le projet initial. Si défiance il y a, elle vient donc de l’écart constaté entre les affirmations du gouvernement et ce qu’il met en place dans les faits.
 

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MISÈRE DE L’ARITHMÉTIQUE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Mardi, durant l’audition au Sénat, j’ai mentionné comme exemple de la mauvaise qualité des modèles financiers en général, le modèle de Black-Scholes pour la valorisation des options, dont on sait qu’il est faux depuis le jour des années 1970 où il a été conçu, et dont on a transformé pour pouvoir l’utiliser quand même, une variable d’état, c’est-à-dire dont on ne peut que constater la valeur, la volatilité, en une variable de contrôle, à laquelle on attribue une valeur au pifomètre des salles de marché. Comment diable a-t-on pu en arriver à ce sommet de la stupidité humaine ?

J’en étais là de mes réflexions à ce sujet à l’heure du déjeuner quand, à la table voisine de la mienne à la Guinguette de Conleau où j’étais allé prendre mon repas pour profiter du beau temps, j’ai capté quelques bribes de conversation qui m’ont mis sur la voie de la solution.

Une dame expliquait à l’une de ses amies que le bon ordonnancement de ses journées était menacé par le fait que la résolution de son sudoku quotidien lui prenait désormais « moins de deux minutes ». Ni son amie, ni moi n’avions une proposition à lui faire pour l’usage des nombreuses minutes que son expertise croissante lui avait ainsi fait gagner.

Quelques minutes plus tard cependant, la même dame expliquait cette fois qu’un chantier sur le pont de l’autoroute à La Roche Bernard oblige en ce moment à une circulation alternée avec arrêt prolongé au milieu du pont : « Ce qui n’est pas tout à fait moi : tu me connais ! » Le trafic ne repart qu’au bout de ce qu’elle qualifiait d’« une infinité de temps » et, pour immédiatement préciser ce qu’elle entendait par là, elle ajoutait : « J’ai eu le temps de faire la moitié d’un sudoku ! »

Cher lecteur, pas besoin de vous faire un dessin, n’est-ce pas ?

1 sudoku = moins de 2 minutes ; ½ sudoku = une infinité de temps.

Il ne m’en fallait pas davantage bien entendu pour résoudre d’un seul coup deux énigmes : l’utilisation par les traders du modèle de Black-Scholes et la longueur de temps nécessaire pour un sudoku : la médiocrité de l’enseignement de l’arithmétique dans les classes élémentaires est sans aucun doute à incriminer dans les deux cas !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Mission commune d’information du Sénat sur le fonctionnement, la méthodologie et la crédibilité des agences de notation, à Paris le 27 mars 2012

Ceux d’entre vous qui n’êtes pas venus assister à l’audition d’avant-hier au Sénat, n’en connaissent que la synthèse offerte dans la dépêche de l’AFP rédigée par Ursula Hyzy. On peut trouver cette dépêche par exemple sur le site de L’Express. Je vais donc en commenter les termes.

« PARIS – Des économistes recommandent une transformation de fond en comble du secteur des agences de notation financières, miné selon eux par les conflits d’intérêt, une concurrence aux effets pervers, la piètre qualité de leurs modèles d’analyse.

Retards, relations trop étroites entre les entités notées qui, Etats mis à part, sont aussi les payeurs, manque de qualifications, vision trop compartimentée de l’économie: sans rendre les agences responsables des crises, trois spécialistes dressent sur leur petit monde un constat peu amène.

« Il faut balayer les agences de notation telles qu’elles ont existé car elles n’ont rien vu« , a lancé mardi Jacques Delpla, économiste chez BNP Paribas, dans une allusion à la crise de la dette grecque et à celle des « subprimes » (prêts immobiliers à risque). »

Cet argument de Delpla relatif au fait que les agences de notation n’auraient rien vu venir dans le cas de la Grèce a été (involontairement) réfuté par Blundell-Wignall de l’OCDE (le troisième participant à l’audition), dont un graphique dans sa présentation montrait au contraire une (légère) anticipation des développements de la crise grecque par Standard & Poor’s.

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SÉNAT, « AGENCES DE NOTATION », à Paris, le mardi 27 mars 2012 à 16h30

Mission commune d’information du Sénat sur le fonctionnement, la méthodologie et la crédibilité des agences de notation

Adrian BLUNDELL-WIGNALL de l’OCDE, Jacques DELPLA, membre du Conseil d’Analyse Économique et moi-même, sommes appelés à témoigner lors de l’audition du 27 mars.

C’est à 16h30 et c’est public : salle RD204 2eme étage, 46 rue de Vaugirard 75006 Paris. Métro Odéon, Saint-Sulpice, RER Luxembourg

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2012 L’ÉMISSION, « Quel avenir pour l’économie ? », le 4 janvier 2012

Le podcast est disponible ici. Également sur iTunes.

Merci à Al, qui a pris la peine de transcrire toute l’émission.

2012 l’émission. Episode n°9 (le mercredi 4 janvier 2012 à 20h)

Que peuvent faire les politiques face à la crise… la crise financière…. la crise économique… la crise européenne… ?

X – Bonjour Paul Jorion

P.J. – Bonjour

X – Est-ce que dire bonne année 2012 à nos proches est justifié vu la situation économique…?

P.J. – Oh oui, il faut toujours dire bonne année de toute manière… oui!

X – Alors, avec vous, on va aborder la question de la crise économique… française et financière… On va aborder la crise en quatre aspects… A chaque fois, on va essayer de voir ce que les candidats pourraient proposer pour changer la situation. On va d’abord parler de la dette, puis de ce qui se passe dans la zone euro; on parlera du rôle des marchés et des banques et enfin, de la situation économique française. D’abord, sur la question de la dette… on a l’impression qu’il y a une ligne de fracture au sein des intellectuels, des politiques, de la population… D’un côté, on a les partisans d’une plus grande rigueur budgétaire, en partant du principe que la dette c’est pas bien, c’est moralement… pas bien… et, de l’autre, ceux qui refusent cette rigueur budgétaire, comme vous, si je ne m’abuse… … au motif que cela pénaliserait la croissance et les populations… Est-ce que, comme moi, vous constatez cette rupture grandissante…?

P.J. – Moi, je ne vois pas des intellectuels dans les deux camps… je vois des intellectuels uniquement dans l’un des camps… Je ne vois pas d’intellectuels disant qu’il faut faire de la rigueur…

Alors, si vous avez des noms, il faut les mentionner, mais moi, je ne suis pas au courant…

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« L’ABBASSAMENTO DI UN GRADINO : CATASTROFE O NON CATASTROFE ? »

La traduction en italien par Alessio Moretti de LA BAISSE D’UN CRAN : CATASTROPHE, OU PAS CATASTROPHE ?

(14 gennaio 2012)
(questo testo è un « articolo presslib’ »(*) )

Catastrofe o non catastrofe, la perdita da parte della Francia del suo AAA presso
Standard & Poor’s ?

– Catastrofe !

Catastrofe prevedibile o imprevedibile ?

– Prevedibile ! Altamente prevedibile.

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LA BAISSE D’UN CRAN : CATASTROPHE, OU PAS CATASTROPHE ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Catastrophe ou pas catastrophe, la perte par la France de son AAA, auprès de Standard & Poor’s  ?

– Catastrophe !

Catastrophe prévisible ou imprévisible ?

– Prévisible ! Hautement prévisible.

Pourquoi prévisible ? Parce que la finance était devenue au XXIe siècle un château de cartes, et qu’une fois donnée la pichenette des subprimes, le reste s’écroule automatiquement.

Parce que, voyez-vous, toute cette belle construction n’était prévue pour marcher que d’une seule manière : « excellemment ». L’homme étant « rationnel » au sens des économistes – entendez : cupide, misanthrope et sociopathe – le capitalisme était parfait, et son immortalité assurée n’était que l’une des multiples facettes de cette immense perfection.

Mauvais esprit !

– Oui, je sais (je viens de l’entendre dire encore à Lyon) : « Le capitalisme a récemment sorti un milliard d’êtres humains de la pauvreté »… à moins que, plutôt que le capitalisme, ce ne soit la mise à sac de la planète dans son stade final, … « Regardez l’efficacité de la Chine aujourd’hui… »… à moins que, plutôt que le capitalisme, ce ne soit le temps de réponse très court propre aux régimes autoritaires, « Les trains roulaient à l’heure sous Mussolini ! » (je sais, ce n’est qu’une légende !)

La perte du AAA, ce sont des taux plus élevés exigés par le marché des capitaux lors de l’émission de dette souveraine, autrement dit quand les États empruntent. Pourquoi ? Parce que la part « prime de risque » augmente au sein du taux exigé. Ce qui ne serait pas encore trop grave si n’était intervenue l’invention géniale – je l’ai écrit l’autre jour dans Le Monde, mais je le répète, en insistant – l’invention géniale, du pacte financier européen, qu’on appelle aussi « règle d’or » quand on ajoute encore au génie en l’inscrivant dans sa constitution.

Qu’exige le pacte de stabilité ? Que le taux de croissance de la nation soit supérieur au taux moyen (oui, je sais : en réalité pondéré par le calcul de la duration) auquel un État emprunte. Donc un pays qui emprunte à du 2% doit avoir une croissance supérieure à 2%, à 3%, supérieure à 3%… à 7%, supérieure à 7%…

– Euh… comment on fait dans ces cas-là ?

Eh bien on travaille davantage, bande de feignants (il y en a vraiment qui ne comprendront jamais rien et à qui il faut tout expliquer !)

Sans compter les petits camarades à qui on avait juré – croix de bois, croix de fer ! – qu’on ne les laisserait jamais tomber – plus solidaire que moi, tu meurs ! – et qui, constatant votre pâleur soudaine, se demandent si ce n’est pas vous maintenant qui allez devenir un poids supplémentaire, plutôt que le Chevalier Blanc promis initialement à grand renfort de sonneries de trompettes.

La solution : comparer les dépenses des États à leurs recettes au lieu de les comparer au PIB ou à la hauteur de la Tour Eiffel. Réduire les dépenses mais pas celles qui font que les perdants du système arrivent à trouver quand même supportable la vie qui leur est faite. Augmenter les recettes, en supprimant dans un premier temps les cadeaux faits aux riches parce qu’ils sont un exemple à suivre pour tout le monde (comme le prouve suffisamment leur Rolex à 50 ans), et en leur demandant de mettre la main à la poche s’ils veulent encore sauver le système qui les a rendus si riches. Parce que le château de cartes qui s’écroule en ce moment, après tout, c’est bien eux qui l’ont voulu, c’est bien eux qui l’ont bâti.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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LA NOUVELLE « GRANDE MUETTE »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’année dernière, je me suis rendu au Forum Économique de Krynica, en Pologne. Je vous rappelle que ce sommet aspire à être pour l’Europe Centrale et de l’Est, l’équivalent de Davos en Europe Occidentale.

J’ai été réinvité cette année-ci, et en particulier pour parler des agences de notation. J’ai initialement accepté l’offre. Mon enthousiasme a tiédi lorsque l’invitation s’est transformée en une table-ronde dont le nombre de participants n’arrêtait pas de croître, au point qu’aux dernières nouvelles (le 30 août), le temps de parole de chacun des intervenants s’était réduit à une brève introduction (moins de deux minutes), suivie d’un exposé (quatre minutes maximum). Aller en Pologne, pour parler moins de six minutes, et me battre ensuite avec cinq autres pour grappiller un peu des 24 minutes que le modérateur ne prendrait pas pour lui-même ? La proposition n’est pas véritablement alléchante.

Mais j’y serais allé quand même, car j’avais lancé ma propre proposition : un entretien d’une demi-heure que je sollicitais de chacun de mes co-panellistes. À savoir : un professeur d’économie dans une grande université européenne, le régulateur en chef d’un grand pays d’Europe Centrale, le Vice-Président de l’Association des Banques du plus grand pays d’Europe de l’Est, le Président d’une des grandes agences de notation pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique du Sud, ainsi que le Président d’une autre grande agence de notation pour un grand pays d’Europe Centrale.

Ma proposition n’a pas suscité l’enthousiasme – c’est le moins qu’on puisse dire. Je n’ai reçu qu’une seule réponse, en provenance d’une dame, « responsable des relations avec la presse » de l’une des deux agences de notation qui seront présentes, qui m’écrivit :

« Cela nous aiderait beaucoup que vous puissiez préciser :

– Comment utiliseriez-vous l’information obtenue durant l’entretien ? Questions et réponses, ou bien au sein d’un article plus général ?

– Quel serait le thème d’un article où les propos d’un représentant de l’agence X seraient utilisés ? Serait-ce un article spécifiquement consacré à X ? Ou aux agences de notation en général ? Ou à un sujet plus vaste encore ?

– Quelles seraient vos question spécifiques, ou quels sujets spécifiques voudriez-vous aborder ?

– Nous donneriez-vous l’occasion de vérifier les citations ?

– Pour qui écrivez-vous ? Pour l’agence Bloomberg ? »

J’ai répondu que mon approche serait critique, mais non inamicale, et que la balle était entièrement dans leur camp pour ce qui touchait au format : j’adopterais la formule de leur choix.

Depuis, là aussi : silence radio.

La Grande Muette, c’est donc désormais la finance. Le moindre mot peut en effet faire tomber ce qui demeure encore en place du fragile édifice, et on ne peut donc guère lui en faire le reproche. Mais on me permettra – s’il n’y a vraiment plus rien à dire – de rester chez moi.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 12 AOÛT 2011

Un état d’apesanteur

Ventes à découvert sur des établissements financiers
Interdire les paris sur les fluctuations de prix
Croissance et récession
L’évaluation du risque
Résoudre à chaud
La Bourse et ses rebonds

Un article du Wall Street Journal : Raters Fail to See Defaults Coming, Les agences ne voient pas venir le défaut

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FLASH SPÉCIAL Crise de la dette publique US – Dégradation de la note de crédit des Etats-Unis à AA+ par Standard & Poor’s

La montée des extrémismes aux Etats-Unis
Le climat économique des Etats-Unis
Les taux d’intérêt
Les falaises de crédit (et de notation)
« Investing in a Post-Enron World » (2003), pages 181-195.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 29 JUILLET 2011

C’est long – mais c’est qu’il y a beaucoup à dire !

Les agences de notation
* Ce qu’elles font et ce qu’elles ne font pas
* Ce qu’elles font bien et ce qu’elles font mal (la copule de Gauss)
* Si elles sont biaisées

La crise de la dette publique aux Etats-Unis
* Le clivage au sein du parti républicain entre droite du milieu des affaires et extrême-droite libertarienne
* Qui est responsable de la polarisation ?
* Reste-t-il un centre ?

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ÉTATS-UNIS : PROBABILITÉ D’UN ACCORD DE DERNIÈRE MINUTE SUR LE REPLAFONNEMENT DE LA DETTE ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’écrivais dans mon billet de samedi intitulé « Fin de partie » :

Avec une dette publique de 14 mille milliards de dollars, l’État américain est de facto en faillite et un relèvement du plafond autorisé n’arrangera pas les choses. Les deux partis en présence le savent, et plutôt que de tenter de trouver une « solution » à un problème insoluble, ils semblent s’être résolus, chacun de son côté, à présenter au mieux aux yeux de l’opinion les raisons de son refus d’un compromis. Et ceci pour que ce soit le parti d’en face qui apparaisse responsable de l’échec des négociations, et soit blâmé in fine de la faillite des États-Unis… qui est elle d’ores et déjà acquise, et à laquelle ils ont tous deux contribué vaillamment au fil des années.

De nombreux commentaires à ce billet ont été ici sur le mode : « Nah ! Ils parviendront à un compromis de dernière minute. Comme ils l’ont toujours fait et le feront toujours ! » Une telle objection ne m’a pas surpris : elle rejoignait d’ailleurs ce qu’on pouvait lire samedi 23 dans la presse américaine elle-même. Les choses ont rapidement évolué au cours des trois derniers jours.

Y contribue, le fait que républicains et démocrates défendent maintenant chacun de leur côté un plan de sortie de la crise du replafonnement de la dette qui leur est propre, et que le souci de les réconcilier a apparemment été relégué au rang des préoccupations mineures.

Je relate ici – depuis le refus d’Obama de tirer parti de la majorité en or dont il disposait au moment de son élection – la montée en puissance des extrêmes au sein des partis démocrate et républicain, et la difficulté croissante du coup de parvenir à des compromis. Dans une chronique qui paraît aujourd’hui dans le Wall Street Journal, Gerald F. Seib, rejoint cette analyse – anathème jusqu’ici dans la presse américaine, je le souligne – quand il écrit :

Les forces politiques d’une génération entière ont repoussé les républicains vers la droite et les démocrates vers la gauche, et ont affaibli et amoindri le centre politique du Congrès, qui a pratiquement cessé d’exister. De ce point de vue, le Congrès ne fait que refléter les deux partis nationaux, qui se sont redéfinis au cours des trois dernières décennies selon des lignes strictement idéologiques au point qu’il n’existe plus aucun recouvrement entre eux.

Alors, « faible probabilité d’un compromis de dernière minute » ? Je ne suis en tout cas plus seul à l’affirmer. Et même s’il y avait compromis, disposerait-il d’une assise suffisamment ferme pour convaincre les agences de notation de ne pas dégrader la notation « AAA » des États-Unis ? Je serai plus affirmatif encore sur ce point-là : « probabilité nulle » ! Et probabilité de faire revenir ensuite la notation de crédit des États-Unis au niveau du « AAA » si convoité au cours des vingt années à venir : nulle également !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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