Le Monde : La fin du laisser-faire, lundi 30 juin – mardi 1er juillet 2014

Dans « La fin du laisser-faire », essai publié en 1926, John Maynard Keynes caractérise de manière caustique l’idéologie de ses collègues économistes comme une version délirante du darwinisme. Pour « les darwiniens, écrit-il, c’est la libre concurrence qui a bâti l’homme. L’œil humain a cessé d’être la manifestation d’un dessein ayant miraculeusement conçu toute chose pour le mieux ; il s’agit de la réussite suprême du hasard opérant dans un contexte de libre concurrence et de laisser-faire ». Or, souligne Keynes : « l’expérience ne révèle pas que les individus, quand ils se constituent en unités sociales, soient toujours moins clairvoyants que quand ils agissent à titre séparé ».

C’est dans la fin du laisser-faire que le retour en force des idées de Keynes, exigé par la crise de 2008, se manifeste aujourd’hui le plus clairement.

Pourquoi la montée au créneau de l’État ? Parce que les autres options en cas d’insolvabilité généralisée : le bail-out et le bail-in, se sont révélées inacceptables par les citoyens ordinaires, exprimant dans les urnes leur irritation croissante.

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L’actualité de demain : COMBIEN D’OEUFS POUR L’OMELETTE ? par François Leclerc

Billet invité.

Les ministres des finances de la zone euro ne sont pas restés inactifs à l’occasion de leur énième réunion. Ils ont eu un fructueux échange de points de vue à propos de la résolution de la crise bancaire. Pas celle qui est en cours, mais la prochaine pour laquelle ils étudient de nouvelles dispositions… à partir de 2018 puisque c’est l’échéance qu’ils se sont donnés.

Les meilleures idées sont parfois plus difficiles à mettre en œuvre qu’il n’y paraît au premier abord. La mise au point du bail-in des banques se révèle délicate et les positions des uns et des autres demandent encore à être rapprochées (pour tout dire, elles sont opposées). C’est comme à propos de l’évasion fiscale : un élan qui semble irrésistible est donné, des obstacles hier insurmontables paraissent écartés, puis des difficultés surgissent là où l’on pensait les choses résolues, les retards s’accumulent, la magie cesse de fonctionner… Que restera-t-il à l’arrivée des bonnes intentions de départ ? La même histoire que celle de la régulation financière est-elle en train de se répéter ?

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L’actualité de demain : AU RAYON BRICOLAGE, A DUBLIN, par François Leclerc

Billet invité.

Réunis à Dublin, les ministres des finances vont courir beaucoup de lièvres à la fois avec le risque de n’en attraper aucun. Un premier gros dossier les attend, celui de la sortie qui se voulait exemplaire du Portugal et de l’Irlande de leurs plans de sauvetage. Comme d’habitude, cela s’annonce une fois de plus bidouillage et compagnie.

A la manière des banquiers qui traitent ainsi leurs débiteurs insolvables, les deux pays devraient bénéficier d’un très substantiel allongement de leurs délais de remboursement, on parle même de sept ans supplémentaires. L’objectif est de diminuer leurs besoins de financement annuels et de faciliter leur retour sur le marché. Mais il est craint que cela ne suffise pas. Même bénéficiant d’un tel assouplissement, le Portugal devrait faire face à des besoins de financement très élevés et ses timides essais en direction du marché n’ont intéressé que des hedge funds en quête de bonnes affaires. Ce n’est pas avec cette clientèle qu’ils iront loin. Un nouveau sauvetage se profile à l’horizon.

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L’actualité de demain : CES MAINS QUI HÉSITENT ET TREMBLENT UN PEU… par François Leclerc

Billet invité.

Voilà ce qui s’appelle faire le grand écart : d’un côté témoins de l’évasion et de l’optimisation fiscale sous ses multiples facettes, les Européens sont de l’autre soumis à la rigueur budgétaire pour vivre aux crochets d’un état dispendieux. La crise politique qui parcourt la région et s’exprime à sa façon dans chaque pays ne va pas en sortir allégée.

Car rien ne permet d’attendre un mieux, à lire les prévisions de l’Ifo, l’Insee et l’Istat, les instituts des trois principales puissances économiques de la zone euro. Ils se sont mis à trois pour prévoir une lente reprise permettant péniblement d’atteindre au troisième trimestre 0,2% de croissance pour la zone euro. Si toutefois elle se concrétise, Benoit Coeuré de la BCE avertissant que la reprise est soumise à « des aléas négatifs ».

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N’AVOIR PEUR QUE DE LA PEUR ELLE-MÊME, par zébu

Billet invité.

Le ‘précédent’ chypriote a eu l’avantage de procurer à l’économie libérale le salut que lui procurait son statut de paradis fiscal : une argumentation toute trouvée.

Entre la faible fiscalité dudit pays (mais non la seule en UE et même en zone euro), la présence pour le moins massive des dépôts russes et massivement utilisée dans le schéma présenté par la Troïka sous le nom ‘d’eurogroupe’ et le rôle de pompe à fluides de Chypre dans les IDE (Investissements Directs Étrangers) en Russie, on avait l’embarras du choix pour justifier le passage d’un ‘bail-out’ à un ‘bail-in’.

Car, de ‘bail-out’, il n’était plus question, pour l’Allemagne, le FMI comme pour la BCE, le PSI réalisé en Grèce prouvant s’il en était que ce type de solution avait atteint ses limites, celles de la solidarité européenne, des déficits publics en Europe mais aussi des effets collatéraux sur le système bancaire. Pour la première fois donc, la Troïka prit la décision de tester un schéma de ‘bail-in’ dans le cas de Chypre, cas qui perdurait depuis plusieurs mois déjà, à savoir ‘faire payer’ les banques et en premier lieu leurs contreparties, afin d’éponger les créances douteuses (i.e., les recettes estimées comme perdues du fait des défauts des clients emprunteurs) : actionnaires, créanciers des banques mais aussi déposants.

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