PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » : bien commun, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité.

Notion qui réintroduit la morale dans le domaine public. La morale est bifide, comme la langue de la vipère, ce qui, dans certaines cultures, l’amérindienne par exemple, signale une intention de tromper. Elle est bifide, ou plutôt, on l’a rendue telle. On la subdivise traditionnellement en morale privée et morale publique, deux branches que d’aucuns s’obstinent à voir parallèles et hostiles l’une envers l’autre, alors qu’elles partent d’un tronc commun. La morale est une comptabilité en partie double qui inscrit au débit ce qui met en péril les principes de vie d’un être ou d’un ensemble d’êtres et inscrit au crédit ce qui le ou les soutient. La pensée néolibérale, qui s’évertue à ravaler l’immoralité en amoralité, a du mal à appréhender la morale. Les néolibéraux hésitent sur la place à lui assigner. Ils survalorisent la morale privée, qu’ils imaginent à la fois souple et réglée, et chargent la morale publique, qu’ils associent à la gangue de l’ordre totalitaire, à la glu de la bien-pensance, aux coups de ciseaux de la censure religieuse ou étatique. Ils décrètent que la morale est relative (vice en deçà des Pyrénées, vertu au-delà), qu’on gouverne les hommes par la loi et non par la morale. Si la loi et la morale se touchent fortuitement, c’est bien, mais la loi ne doit pas rechercher le contact. 

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QUAND IL NE RESTE AU SOMMET QUE LES COURTISANS

Quand il s’agit de comprendre pourquoi nous sommes si mal dirigés, les explications ne manquent pas. « Aucun d’eux n’est capable de faire preuve de courage », fera remarquer quelqu’un, ce qui, à défaut d’une explication complète, est manifestement le cas. La lettre d’allégeance de Christine Lagarde à Nicolas Sarkozy, rendue publique hier, apporte cependant un nouvel éclairage.

Lorsqu’on découvre à la lecture un document de cette nature, on ne peut s’empêcher de passer rapidement : il n’y a qu’un nom pour le sentiment qu’on éprouve, il s’appelle la honte et il n’est pas du genre dont on aime se délecter. Une hypothèse fait cependant peu à peu son chemin : nos dirigeants ne seraient-ils pas tous désormais comme cela ? Le vide au sommet ne s’explique-t-il pas par le fait que l’on n’y trouve plus que des courtisans, chacun prisonnier de sa vaine quête d’un maître à qui prêter allégeance ?

Quand, dans un royaume, chacun se met à passer en revue en son for intérieur les vertus éventuelles de la république, la royauté est en danger. De même sans doute quand chacun dans une république en vient à se demander si la royauté ne présentait pas quelque avantage, et en particulier qu’il y avait là en tout cas quelqu’un en charge des affaires.

Bien sûr, le caractère aléatoire de l’arrangement des gènes à chaque génération faisait que la qualité du souverain ne pouvait être garantie, et il fallait se satisfaire alors que ses sautes d’humeur soient, sinon « régaliennes », tout au moins « princières », c’est-à-dire que, même dans ses inconduites, le souverain continue de se situer au niveau de la cause commune, plutôt qu’à celui de la sienne propre uniquement, comme il en va quand il s’agit d’un courtisan.

La servitude volontaire est épargnée au dirigeant du fait même de la position qu’il occupe, mais s’il se retrouve en position de diriger alors que sa nature profonde est celle du courtisan, il ne s’identifiera jamais à la cause commune et continuera à rêver d’un maître aux pieds de qui se prosterner (« Si tu m’utilises, j’ai besoin de toi comme guide, etc. »), Dieu nous préserve qu’il décide de se tourner alors en désespoir de cause vers les quelques personnages qu’il nous reste qui « ne s’autorisent que d’eux-mêmes », tels Vladimir Poutine ou Bachar el-Assad !

La république est de loin préférable à la royauté, protégée qu’elle est contre le hasard facétieux des recombinaisons d’ADN, mais comment empêcher que ne se retrouvent au sommet, comme aujourd’hui, uniquement des courtisans orphelins d’un maître ?

En fait, les hommes et les femmes identifiés au bien commun ne manquent pas. Voyez par exemple Warren Buffett, le milliardaire d’Omaha (Nebraska), attirant l’attention du peuple américain – tout occupé à des choses plus urgentes – sur le fait qu’il paie moins d’impôts que sa secrétaire, ou déclarant, espérant provoquer ainsi un sursaut, que la lutte des classes existe aux États-Unis, que ce sont les riches comme lui qui la mènent, et qu’ils l’ont sans doute d’ores et déjà gagnée. Voyez aussi « Nous sommes les 1% », dont Le Monde a publié hier l’appel, et qui affirment : « Nous préférerions que le tissu législatif nous incite à des activités à plus forte valeur ajoutée pour le bien commun, et que l’enrichissement individuel ne puisse se réaliser sans enrichissement collectif ».

Je n’entends pas suggérer par l’exemple de Buffett et de « Nous sommes les 1% », que les meilleurs candidats à l’attitude « princière » d’identification à la cause commune et au bien général ne se découvrent que parmi les riches : il en existe bien certainement aussi parmi les pauvres. C’est seulement qu’on voit beaucoup moins ceux-ci à la télé. Sauf bien entendu quand l’un d’entre eux, attribuant à tort au simple caprice d’un courtisan, un projet authentiquement d’intérêt général, voit sa yourte accidentellement écrasée par un bulldozer.

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JÉRÔME CAHUZAC OU LA SCHIZOPHRÉNIE STRUCTURELLE, par Un Belge

Billet invité.

Risquons une approche accélérée et élargie de l’Affaire Cahuzac : un zoom arrière, en quelque sorte…

1)  Jérôme Cahuzac n’est pas une brebis galeuse isolée. Il est juste l’un de ceux par qui le scandale arrive, dans un contexte extrêmement tendu. D’autres auraient pu tomber à sa place, d’autres tomberont (à gauche, à droite, au centre et aux extrêmes).

2) Le Parti Socialiste français n’est pas une structure plus corrompue que les autres partis avides de gouverner le pays. Si une simple étiquette politique suffisait à rendre impossibles les abus de pouvoir et autres conflits d’intérêts, cela se saurait depuis longtemps.

3) L’état de la classe politique française n’est ni pire ni meilleur que celui de la classe politique italienne, espagnole, anglaise, belge, etc. Ici comme ailleurs, tout esprit de clocher est malvenu. D’autres scandales peuvent éclater n’importe où, n’importe quand, d’autant que l’époque n’incite guère à couvrir son prochain.

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CDS : LA CLÉ DU BIEN COMMUN MONDIAL, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Résumé

Le credit default swap (CDS) est un instrument financier de cautionnement. Rendu négociable par titrisation, il distingue le prix du risque de crédit du prix de la liquidité du crédit. Le CDS permet tout autant de partager et mesurer le risque de défaut que de spéculer sur le prix de la solvabilité d’un débiteur. Mais en l’absence de marché mondial organisé, le calcul des primes de CDS est dissocié de l’endettement réel des débiteurs et de l’obligation concrète systématique de garantir effectivement le remboursement complet des dettes.

La négociation internationale des CDS ne repose pas sur des normes objectives de solvabilité publique et bancaire. Ainsi est-il impossible de solder la perte de crédit de l’État grec par les primes de CDS souscrites alors-même que le prix d’achat des primes indique un défaut manifeste sur la dette publique. Si les créanciers de la Grèce prennent l’initiative d’une chambre de compensation mondiale des primes de crédit des États et des banques, ils se mettent en mesure de calculer immédiatement les pertes de crédit de tout le système financier.

Une telle compensation permettrait l’émission d’une monnaie internationale à hauteur des primes négociées sur la couverture des crédits en monnaie nationale. L’étalon monétaire international ainsi créé est à la fois une règle de limitation du crédit par l’achat libre et transparent des primes de crédit et un moyen de règlement sûr des crédits internationaux. La monétisation internationale des primes de crédit assure la liquidité internationale par la reconnaissance internationale réciproque des États de droit nationaux en justification de tout prix.

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VALEUR, INTÉRÊT ET PRIX DANS LA DÉMOCRATIE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Une réponse aux commentaires de Kercoz, Rosebud1871, Yano, Caleb Irri, Fab, Johannes Finckh et Shadok au billet sur la révolution monétaire de la démocratie. Ce billet cherche une formulation politique de l’acte de faillite du système de la ploutocratie qui serve à le remplacer par le système de la démocratie réelle.

Intérêt du sujet pour l’objet

La valeur est associée au sujet par l’intérêt. Le sujet est singulier ou pluriel ; l’intérêt est particulier ou collectif ; la valeur est privée ou générale. Le « ou » est dans ces trois propositions inclusif et non exclusif. Le « ou » fait relation à la liberté du sujet entre le singulier et le pluriel, le particulier et le collectif, le privé et le général. Dans la conceptualité aristotélicienne de la matière, de la forme, de la fin et de l’effet, le sujet est l’effet qui produit dans l’intérêt la forme reliant la fin du sujet à la matière de l’objet. Mon intérêt formel pour l’orange matérielle que je saisis est le choix que je fais de la déguster. Mon intérêt pour l’orange n’est pas le vôtre pour vous qui préférez la pomme. L’intérêt différencie finalement, formellement et matériellement les sujets reliés par les objets.

Parce que l’intérêt est matériel, objectif et subjectif, il se monétise. La monétisation de l’intérêt matérialise quelque chose qui n’est ni la matière du sujet, ni la matière de l’objet bien que l’intérêt soit lié au sujet et à l’objet. L’intérêt monétisé matérialise la fin que le sujet investit dans la matière de l’objet. Sans la monétisation de la fin du sujet dans l’objet matériel, les fins ne sont pas négociables entre les sujets. Les sujets sont enfermés dans leurs propres fins. Ils ne peuvent pas se servir réciproquement ; ils ne peuvent pas servir leurs fins par le service des fins d’autrui. La monétisation de l’intérêt est une forme qui permet sa matérialisation. Et c’est la matérialisation de l’intérêt qui produit visiblement la monnaie matérielle distincte des sujets et des objets qui la motivent.

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