Bruno Iksil : « Un régulateur, une banque, une VaR et une seule » (texte complet)

Billet invité.

Bruno Iksil est l’auteur de « Bruno Iksil, surnommé « La baleine de Londres », nous dit ce qui s’est vraiment passé », déjà publié ici en feuilleton, et sur support papier dans le N° 15 de (P)ièces (J)ointes, le magazine du blog (toujours disponible – voir colonne de gauche).

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Un régulateur, Une banque, Une VaR et une seule (X) JP Morgan début 2010, par Bruno Iksil

Billet invité. Ouvert aux commentaires. Bruno Iksil est l’auteur ici de « Bruno Iksil, surnommé « La baleine de Londres », nous dit ce qui s’est vraiment passé ». Il nous offre ici un nouveau feuilleton sur le contexte de ces événements.

2010 : il faut « tuer » ce portefeuille synthétique de corrélation. Objectif manqué… « Laissons l’avion atterrir alors »….

On en reste là pour l’information auprès des marchés et des investisseurs. Mais dans les coulisses, l’ordre au CIO [Chief Investment Office de la banque JP Morgan Chase] est clair : il faut « tuer » ce portefeuille dès janvier 2010. Il vient d’enregistrer un gain d’environ $100 millions. Continuer la lecture de Un régulateur, Une banque, Une VaR et une seule (X) JP Morgan début 2010, par Bruno Iksil

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LE MONDE : La finance sans couverture, lundi 16 – mardi 17 septembre 2013

La finance sans couverture

Le secteur de l’intermédiation, la mise en relation des prêteurs et emprunteurs potentiels, reprend du poil de la bête, nul ne l’ignore, au prix d’une considérable fragilisation du système monétaire. Dans le cadre du Quantitative easing, la Federal Reserve injecte mensuellement dans le système financier 85 milliards de dollars imprimés à la demande, en rachetant sur le marché des capitaux des instruments de dette américains : bons du Trésor et Mortgage-Backed Securities adossées à des prêts immobiliers. De son côté, la Banque centrale européenne a injecté, avec le LTRO, en raison du trou qui d’était creusé, un millier de milliards d’euros créés là aussi pour la circonstance, tirant d’affaire pour un temps les banques commerciales de la zone euro. Depuis 2008, ce sont 10 « trillions » de dollars que les banques centrales des pays du G7 ont injectés dans le système financier mondial.

La fragilité de ces solutions du désespoir est apparue crûment au mois de juin quand M. Bernanke, à la tête de la Fed, a signalé que la perfusion ne pourrait durer toujours, provoquant une hausse immédiate des taux d’intérêt et un effondrement concomitant du marché obligataire, et de manière inattendue, du marché boursier, révélant la bulle qui sous-tend celui-ci par ailleurs. Les répercussions les plus vives furent ressenties dans les pays émergents où les dollars de pacotille ont pris l’habitude de se réfugier, fuyant le rendement déprimé de la devise américaine en métropole, pour aller drainer la richesse nouvellement créée au sein des BRICS.

Il apparut rapidement que la véritable raison pour laquelle M. Bernanke avait annoncé un ralentissement du Quantitative easing, était sans rapport avec la justification qu’il avait avancée en termes de « jeunes pousses » dans la sphère économique : la vraie raison réside dans la méthode par laquelle 4 milliards de dollars sont injectés quotidiennement, à savoir par l’achat sur le marché des capitaux d’obligations, créant une grave pénurie de celles-ci.

Un réel besoin de ces instruments de dette existe dans d’autres secteurs dans leur rôle d’instruments de crédit, par ailleurs toute tentative de réduire la fragilité du système financier exige aussi que davantage en soit disponible.

Un instrument de dette d’État de bonne qualité, comme une obligation de notation AAA, est apprécié pour sa liquidité : la facilité de le revendre en raison d’une demande importante, et bénéficie donc d’un statut privilégié pour jouer le rôle de collatéral : de garantie mise en gage.

La pénurie d’obligations pouvant jouer le rôle de collatéral est si aiguë aujourd’hui que certains pays adoptent des approches « non-conventionnelles », telle l’Australie qui envisage d’émettre des obligations AAA pour servir de collatéral, alors même qu’elle n’a aucun besoin d’emprunter davantage.

Dans la situation économique délicate que nous connaissons, l’exigence de collatéral lors d’un emprunt se généralise en réponse au doute existant quant à la capacité de l’emprunteur à rembourser. C’est là le premier facteur de pression sur le marché des instruments de dette.

Un second facteur découle de règles récentes relatives aux réserves en fonds propres des établissements financiers. Ainsi les vingt-huit banques systémiques sur la liste établie du Conseil de stabilité financière devront constituer selon les accords Bâle II des réserves supplémentaires de 1 à 2,5 % sur leur capital de type Tranche 1. Plus généralement, les actifs classés au bilan comme « disponibles à la vente » verront leurs provisions augmentées s’ils contiennent des pertes non-réalisées. D’autres mesures visent, dans une perspective de réduction du risque, à « delevieriser » les banques : augmenter la proportion de leurs fonds propres par rapport à leur endettement.

Autre facteur encore : le marché du « repo » (pensions livrées), marché au montant de 5,3 mille milliards d’euros, qui permet d’obtenir de l’argent liquide ou des prêts à court terme en ayant mis en gage un instrument de dette. Comme l’opération peut être répétée, les acteurs constituent des chaînes potentiellement longues de « ré-hypothèque » fragilisant le système financier puisque l’impossibilité de rembourser par l’un des emprunteurs se répercutera automatiquement en amont de la chaîne. Autre risque du marché repo : la dépréciation de l’instrument de dette débouchant sur des « appels de marge », l’exigence de collatéral supplémentaire par le prêteur, se répercutant tout au long de la chaîne.

C’est sur le marché du repo que la pénurie d’obligations à mettre en gage se fait aujourd’hui la plus sentir. De nouvelles règles visant à contrôler la longueur des chaînes de ré-hypothèque (de longueur moyenne 2,2, contre 3 avant la crise) exigera que les banques trouvent 136 milliards d’euros supplémentaires en fonds propres.

Il existe bien entendu une réponse à cette situation en passe de devenir inextricable : réduire le volume du risque nécessitant du collatéral en couverture.  Voici deux méthodes : interdire les instruments financiers pour lesquels la communauté des ingénieurs financiers sait pertinemment que le risque n’est en réalité pas calculable, les Collateralized Debt Obligations (CDO) et les CDO synthétiques étant des candidats tout désignés. Interdire aussi la création délibérée de risque par de simples paris sur les variations de prix, tels que les positions nues sur Credit-default Swaps (CDS) les permettent, paris qui étaient explicitement interdits par la loi jusqu’en 1885, date à laquelle la « privatisation des profits, socialisation des pertes » fut délibérément instaurée, à la grande satisfaction des milieux financiers qui la réclamaient à cor et à cri et qui n’ont pas eu à s’en plaindre depuis.

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AVIS DE GROS TEMPS POUR LA GESTION DU RISQUE DE MARCHÉ !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Vendredi, en une seule séance des marchés à terme, l’or a perdu 5,8 % de sa valeur, et l’argent-métal, 17,8 %. Vu l’état actuel des marchés financiers et de l’économie en général, qui amorce depuis quelques semaines la deuxième branche de l’évolution en « W » ayant débuté en 2007, la chose pourrait apparaître surprenante, le métal précieux étant le prototype-même de la valeur-refuge.

En réalité, le fait que le prix des métaux précieux – et l’or en particulier – grimpait régulièrement depuis le mois de février, doit être interprété rétrospectivement comme un signe de la relative bonne santé des marchés financiers durant les trois premiers quarts de l’année.  Car si le prix de l’or et de l’argent baisse en ce moment, ce n’est pas parce qu’ils ont cessé de jouer le rôle de valeur refuge, c’est parce que certains qui en possèdent le vendent en ce moment, non pas pour réaliser leurs gains mais parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement : pour payer leurs dettes qui se creusent ailleurs, ou parce que les chambres de compensation des marchés où ils sont positionnées leur adressent des appels de marge, c’est-à-dire leur enjoignent d’approvisionner leur fonds de réserve, en raison des pertes qu’ils subissent là.

Autrement dit, les ventes d’or et d’argent auxquelles on a assisté la semaine dernière et vendredi en particulier, ne sont rien d’autre que les ventes en catastrophe d’intervenants en position délicate. Une personne interrogée hier par le Wall Street Journal signalait en particulier « qu’il semble que des banques européennes vendent de l’or, peut-être pour augmenter l’argent liquide dont elles disposent et étançonner leur bilan ».

Lorsqu’on entre dans des périodes de vente à la casse sur les marchés financiers, comme les ventes de métaux précieux dans la journée de vendredi, le plongeon se transforme bientôt en chute en vrille. Gérer le risque de marché exige en effet que le prix de certains produits monte quand celui de certains autres baissent. Or, quand chacun se débarrasse de tout ce qu’il possède parce qu’il n’a en réalité pas d’autre choix, comme c’est le cas en ce moment, le prix de tous les produits s’effondre simultanément. La couverture des positions financières – leur protection contre la perte par la prise de positions sur des produits dont le prix grimpe quand le leur baisse – cesse d’être possible et la gestion du risque entre en régime chaotique. Ce fut le cas vendredi, quand les pertes essuyées obligèrent les intervenants à se délester de certains de leurs actifs, dont la quantité offerte à la vente fit alors baisser le prix, causant des pertes à d’autres intervenants qui furent obligés de faire de même, et ainsi de suite, créant une spirale infernale.

Les mésaventures de M. Adoboli à l’Union de Banques Suisses, révélées la semaine dernière, nous rappelaient de manière dérangeante celles de M. Kerviel au début de l’année 2008. Les ventes à la casse de vendredi nous replongent elles aussi dans l’atmosphère de 2008. Contrairement à ses homologues de la Société Générale qui avaient choisi de se maintenir à la barre, M. Oswald Grübel, P-D.G. d’UBS a préféré démissionner aujourd’hui samedi. Comment interpréter son geste ? Retour en force du sens de l’honneur à la tête des banques ? Ou jet, beaucoup plus troublant, de l’éponge ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Les entreprises et les produits dérivés, par Olivier Brissaud

Billet invité.

Les entreprises ne créent pas de risque systémique quand elles utilisent des instruments dérivés : elles couvrent de vrais risques d’entrepreneurs, des risques non-standard et n’utilisent pas des instruments tels que des CDS, apanage des banques et institutions financières. Elles ont donc besoin d’un marché de gré à gré efficace et liquide. C’est vital pour permettre aux entreprises de stimuler la reprise.

La Banque des Règlements Internationaux (BRI) a estimé la part des contrats générés par les entreprises industrielles et commerciales à 3% du volume estimé des opérations sur dérivés. En admettant qu’il puisse y avoir une certaine marge d’erreur, on constate que cela reste tout de même une fraction minuscule du marché total. Aucune trace de risque systémique.

De quoi parle-t-on au juste quand on évoque les « dérivés » ? Pour faire simple nous allons dire qu’il s’agit de transactions financières dont les effets finaux se situent dans l’avenir et qui servent à couvrir ou diminuer, mitiger, un risque sous- jacent actuel ou futur : prenons l’exemple d’une PME française qui vend son produit au Royaume–Uni en Livres Sterling. Les coûts de fabrication sont en €. Le client payera dans 3 mois en Livres. Comment vais-je, moi PME, m’assurer du montant en € que je vais recevoir à l’échéance (sur lequel j’ai calculé ma marge bénéficiaire) ? Voilà mon risque, dit risque de change. Eh bien je vends les Livres que je dois recevoir dans trois moi à une banque contre des € à un prix que je conviens avec la banque aujourd’hui. Je sais de la sorte exactement combien d’€ je vais recevoir dans 3 mois. Mais les opérations de change ne sont pas les seules que l’on qualifie de « dérivés » ; les opérations sur taux d’intérêt, sur matières premières sont également des dérivés utilisés par les entreprises : je peux vouloir acheter maintenant de l’énergie dont j’aurai besoin dans un mois. Le prix de revient de mon produit est dès lors plus facile à établir. Il existe cependant d’autres catégories d’instruments dérivés que les entreprises n’utilisent pas ou très peu. On parle des dérivés sur actions, sur index boursiers, des dérivés de crédit. Ah mais c’est de ceux-là dont on a tant parlé pendant la dernière crise financière n’est-ce pas ? (Pour une définition précise voir ici). C’est effectivement bien le marché des CDS qui a dérapé, un marché interbancaire, gangréné par les crédits hypothécaires américains, les fameux subprimes.

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