La victoire de David Cameron, par Michel Leis

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

La victoire de David Cameron aux élections en Grande Bretagne est un très mauvais signal adressé au monde politique. Avec la réélection de Merkel en 2013, elle tendrait à servir d’exemple à un personnel politique européen tout entier tourné vers l’accomplissement d’une carrière dans les sphères du pouvoir (je parle ici des partis traditionnels). Il suffirait d’une relative prospérité économique mesurée essentiellement par le taux de croissance (1,6 % en Allemagne et 2,6 % au Royaume-Uni pour une moyenne européenne à 0,9 %) et un taux de chômage (4,8 % en Allemagne et 5,5 % au Royaume-Uni contre 9,9 en moyenne européenne) un peu plus bas que dans le reste de l’Union Européenne pour emporter sinon l’adhésion, du moins le consentement de la majorité de la population et des classes moyennes en particulier. Dans ces conditions, on comprend l’importance de marteler ce discours sur le retour de la croissance en Europe.

Étrange illusion en vérité. Les conditions dans lesquelles ces résultats sont obtenus traduisent le renforcement d’un darwinisme social exacerbé.  Le Royaume-Uni compte près de 5.2 millions de travailleurs pauvres, c’est l’un des pays les plus inégalitaires du monde occidental, tandis que l’Allemagne compte près de 15 % de sa population en dessous du seuil de pauvreté.  Tout se passe pourtant comme si la croissance retrouvée et un chômage bas redonnaient une vigueur apparente à quelques messages pourtant démentis par les faits : cela ira mieux demain, celui qui a envie peut s’en sortir, l’ascenseur social est toujours présent. Ce message de la réussite des individus est entre parenthèses le message de toutes ces émissions de télé qui envahissent nos écrans où l’élimination progressive des candidats donne l’illusion qu’un talent quelconque permet de s’imposer aux autres.

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Europe : DIRIGEANTS AU BORD DE LA CRISE DE NERFS, par François Leclerc

Billet invité.

Halte au feu, ça tire dans tous les sens ! Jean-Claude Juncker prend à partie Matteo Renzi et David Cameron en les traitant de menteurs, Passos Coelho fait en public acte de résistance à la Troïka et, last but not least, Mario Draghi est mis en cause par des gouverneurs de Banques centrales. Chacun de ces épisodes a son propre contexte et ses raisons, mais ensemble ils témoignent de la rencontre avec un même obstacle grandissant : la stratégie de désendettement européenne est à force tout au bout du rouleau.

Le panorama ne laisse pas place à beaucoup d’ambiguïté. Un avertissement a été prodigué à Mario Draghi, sous la forme d’une fuite organisée dont a bénéficié l’agence Thomson Reuters. Derrière la mise en cause de son style trop personnel pointe le refus de le voir poursuivre sur la trajectoire qu’il a choisie, annoncée lors de son discours de Jackson Hole qui a semble-t-il pris au dépourvu les membres du conseil des gouverneurs. Hors de question, sous-entendent en substance ses opposants, que des interventions reposant sur une création monétaire massive soient engagées, une mise en garde pouvant signifier qu’une telle intervention serait considérée avec attention. Bien que minoritaires, les opposants ont la capacité de bloquer des décisions qui dans la tradition de la BCE supposent un large consensus, nous faisant assister non pas à un épisode de plus de l’opposition larvée entre les autorités allemandes et Mario Draghi, mais à un véritable clivage qui paralyse désormais la BCE pour toute grande décision. Les marchés ne vont pas aimer.

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Vol MH 17 : UN DEAL EST UN DEAL ! par François Leclerc

Billet invité.

Vladimir Poutine vient de commencer à remplir sa part du contrat en déclarant ce matin que « la Russie fera tout ce qui est en son pouvoir pour que le conflit passe d’une phase militaire à une phase de négociations pacifiques par des voies exclusivement diplomatiques ». L’échange de bons procédés négocié par la Chancelière allemande connait un début d’application : la Russie ne sera pas mise en cause à propos du tir du missile ayant abattu l’avion de Malaysia airlines et va en contrepartie s’engager dans des négociations politiques à propos de l’Ukraine. Angela Merkel a pris le risque que ces négociations tournent court ultérieurement sous un prétexte quelconque, sauf à révéler ultérieurement ce qui est a priori destiné à rester un mystère non élucidé. Attendons de voir comment les autorités américaines vont réagir et ce que les ministres des affaires étrangères européens réunis ce soir diront, et enregistrons que David Cameron, le « cousin » britannique, a demandé une enquête complète sur ce qui s’est passé dans un article écrit pour le Sunday Times, impliquant la Russie et lui demandant non seulement d’encourager un cessez-le-feu en Ukraine mais de rendre disponible toutes les informations dont elle dispose à propos du crash…

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L’actualité de demain : QUAND LA PETITE NOTE EST PRÉSENTÉE… par François Leclerc

Billet invité.

On ne va pas jouer les étonnés, les autorités européennes continuent d’arpenter sans succès les chemins de traverse du désendettement. Jacob Lew, le nouveau secrétaire d’État américain au Trésor, vient aux nouvelles et préconise à contretemps la croissance à l’occasion d’une tournée européenne. Après Chypre, le Portugal focalise l’attention. Le Conseil constitutionnel y a repoussé les coupes dans les retraites et les salaires inscrites au budget 2013, exprimant à sa manière le sentiment qui se répand que les sacrifices demandés ont atteint la côte d’alerte, comme c’est le cas en Espagne et en Grèce. Dramatisant la situation, Pedro Passos Coelho, le premier ministre, a, comme si de rien n’était, immédiatement annoncé d’autres coupes budgétaires dans les domaines de la santé, de la sécurité sociale et de l’éducation, afin de respecter ses prévisions initiales de réduction du déficit et d’obtenir, comme l’Irlande, prochaine confirmation d’un allongement du calendrier de remboursement des emprunts qui de toute manière s’impose de fait.

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UN MONDE TRÈS « COSY » (POUR CERTAINS), BEAUCOUP MOINS POUR D’AUTRES

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand j’ai écrit hier dans mon deuxième billet de la journée consacré à la perte de 2 milliards de dollars chez JPMorgan,

Ah ! Nous ne sommes pas à court d’hommes et de femmes à montrer en exemple à la jeunesse ! (Demain, dans la même série : les responsables du groupe de presse Murdoch et les ministres britanniques qui couchent dans leur lit),

mon allusion à News Corp. le groupe de presse de Rupert Murdoch n’était qu’une boutade : je n’avais aucune intention d’y consacrer un billet aujourd’hui. L’actualité en a décidé autrement avec l’inculpation ce matin pour détournement du cours de la justice, destruction de preuves essentiellement, de six personnes dont Rebekah Brooks, qui fut à différentes époques la rédactrice en chef du Sun et de News of the World, deux fleurons du groupe Murdoch et de ce que les Britanniques appellent la « gutter press », le « gutter » étant la rigole le long du trottoir, encore appelée « ruisseau ».

Je ne reviens pas sur toute l’histoire, dont les péripéties sont infinies, mais qui débute par la découverte du piratage par des reporters de News of the World du téléphone mobile d’une adolescente assassinée, et qui met en lumière qu’une multitude de personnalités ont leurs communications interceptées par des reporters appartenant à News Corp.

En juillet de l’année dernière j’avais déjà consacré deux billets à l’affaire. J’écrivais dans le premier : Grosses entreprises et gouvernements : Le cas de la Grande-Bretagne :

L’affaire contribuera certainement à mettre en lumière l’intrication présente de la gestion des grosses entreprises et des gouvernements dans un climat devenu généralisé d’irrespect du cadre juridique des États, en Grande-Bretagne – et probablement ailleurs aussi.

(Mon second billet s’intitulait : Nouvelles de la démocratie).

J’écrivais donc cela il y a neuf mois, à partir de ce qu’il faudrait appeler « des présomptions assez vagues ». Ce qu’on a appris depuis n’a rien fait pour démentir ces présomptions car ce n’est pas piqué des vers, voyez vous-même :

–       lorsque Mme Brooks commence à être importunée par la justice, M. Cameron, premier ministre britannique, communique abondamment avec elle par textos, l’assurant de son soutien et, selon les termes du Wall Street Journal « discutant avec elle de sujets considérés sensibles pour News Corp. et pour le gouvernement britannique » ;

–       un très proche collaborateur de Jeremy Hunt, ministre de la culture, des médias et des sports, qui doit décider si oui ou non News Corp. est autorisée à prendre le contrôle de la compagnie de télévision par satellite BSkyB, contacte le principal lobbyiste du groupe Murdoch pour lui demander comment arranger l’affaire et présenter de manière appropriée les remous autour du piratage de conversations téléphoniques par News Corp.

Pas besoin certainement de faire un dessin de l’image qui émerge de tout cela : un monde très « cosy » comme on dit là-bas, très à l’aise, d’hommes et femmes d’affaires, de presse et de gouvernement, dirigeant la Grande-Bretagne dans un grand mélange des genres, en ne communiquant aux sujets de sa gracieuse majesté que ce qu’ils jugent nécessaire et sous la forme qui leur convient, et qui, quand ils veulent savoir ce que pensent exactement ces sujets de sa majesté, n’y vont pas par quatre chemins et vont simplement fouiller dans leurs mails et leurs communications téléphoniques – même, comme il appert, quand ces sujets font partie de sa propre famille.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : HISTOIRES A DORMIR DEBOUT, par François Leclerc

Billet invité.

Ils ne sont pas loin du storytelling – cette technique narrative de communication qui a si bien servi pour les armes de destructions massives irakiennes, ou à laquelle le danger islamique s’apparente également – mais ils s’y essayent. Qu’ils appartiennent au parti républicain américain, au gouvernement britannique ou à la coalition CDU/CSU-FPD allemande, les leaders politiques qui tiennent actuellement le haut du pavé et monopolisent le verbe n’arrêtent pas de fabriquer de belles et édifiantes histoires destinées à formater les esprits.

Les premiers font de l’amoindrissement du rôle de l’Etat, auquel tous les maux ou presque sont attribués, leur nouvelle religion. N’envisageant pour tout programme que des coupes budgétaires et des baisses d’impôt. Les yeux rivés sur l’échéance présidentielle, avec pour seul objectif de faire chuter Barack Obama, ils ne veulent en aucun cas être associés à de nouvelles dépenses budgétaires ou, pis, à des augmentations d’impôts. Ils sont d’autant plus prêts à exiger des mesures drastiques qu’ils savent la majorité démocrate du Sénat et l’exercice du droit de veto présidentiel se préparer à si nécessaire les bloquer.

A terme, les uns comme les autres n’ont d’autre foi que dans la croissance économique, à propos de laquelle ils fondent des prévisions irréalistes et placent tous leurs espoirs. Telle la poursuite infernale d’une fuite en avant américaine qui en masque une autre, celle de la dette et de son financement.

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L’actualité de la crise : LE ROI EST NU, par François Leclerc

Billet invité

Cela n’a pas demandé longtemps. A peine adopté dans l’à-peu-près, le compromis de Deauville franco-allemand a sérieusement du plomb dans l’aile. La perspective d’amender le traité de Lisbonne soulève dans toute l’Europe une levée de boucliers, après un accord ressenti par de nombreux pays comme étant un inadmissible fait accompli.

L’épreuve que l’adoption du traité a suscitée pour de nombreux gouvernements est encore trop présente pour que l’envie existe de devoir recommencer lr même processus. Avec la crainte qu’une boîte de Pandore soit ouverte. Les bonnes âmes de Bruxelles voudraient aussi qu’une voie autre soit utilisée, mais laquelle ? Car derrière la nécessité d’un traité amendé se profilent les exigences du Conseil constitutionnel allemand et le risque de sa censure, ce qui réduit singulièrement les marges de manœuvre.

Même si cela n’est pas encore explicitement exprimé, c’est le contenu de l’accord en lui-même qui est en cause. Que signifie donc prévoir de pénaliser ceux qui ne respecteraient pas les ratios de déficit et d’endettement, et simultanément de pérenniser un fonds de soutien pour les pays qui n’y parviendraient pas ? Par quel miracle l’existence de ce fonds pourrait-elle ne pas créer un aléa moral incitant les pays à préférer y faire appel plutôt qu’à tenter le pari impossible de revenir dans les clous des ratios ? Fruit d’un compromis politique, le chemin qui est proposé ne sera pas praticable dans la réalité. Pas crédible avant même d’avoir été adopté, il n’est déjà plus viable.

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