Le temps qu’il fait le 5 septembre 2014

Sur Dailymotion, c’est ici.

Paul Jorion & Bruno Colmant, Penser l’économie autrement (conversations avec Marc Lambrechts), Fayard

Michel Denisot, Brèves de vies, Fayard

Blog de PJ, Sales et crasseux, le 4 septembre 2014

Cécile Duflot, De l’intérieur. Voyage au pays de la désillusion, Fayard

Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment, Les arènes

Welcome to New York (2014) d’Abel Ferrara

Paul Jorion : « Le secret de la chambre chinoise »L’Homme 1999

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Le temps qu’il fait le 15 août 2014 : Le Grand Décentrement (retranscription)

Olivier Brouwer a eu l’amabilité de retranscrire ma vidéo produite hier.

Bonjour, nous sommes le vendredi 15 août 2014, et dans le pays où j’habite, eh bien ça s’appelle l’Assomption, c’est une fête : c’est la montée au ciel de la vierge Marie qui est la mère de Jésus-Christ. C’est le genre de choses qu’il faut répéter à des époques comme la nôtre où les religions font à nouveau énormément de dégâts… J’y faisais allusion hier dans une petite note à propos de robots : c’est qu’à partir du moment où nous nous rendons compte que nous allons mourir comme individus, quand nous nous en rendons compte au niveau de notre espèce, sans doute parce que nous commençons à parler et que nous échangeons des propos [comme quoi] nous allons mourir individuellement, on invente cette chose merveilleuse qui est de dire « non ce n’est pas vrai, nous allons vivre éternellement », et alors, dès qu’il y a des voisins qui présentent la même histoire, la même fadaise, sous une forme un tout petit peu différente, nous commençons à nous taper sur la figure. Donc voilà, il fallait dire ça.

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Piqûre de rappel : NOTRE CERVEAU : CONSCIENCE ET VOLONTÉ, le 7 avril 2012

Le biologiste François Jacob a utilisé à propos de notre cerveau, une image admirable : le cerveau humain est conçu, dit-il, comme une brouette sur laquelle aurait été greffé un moteur à réaction. Par cette image frappante, il attirait notre attention sur le fait que notre cerveau n’est pas constitué comme une machine d’une seule pièce. Il y a en son centre, le cerveau reptilien, appelé ainsi parce qu’il possède déjà la même structure chez le reptile, et le cerveau des mammifères s’est construit comme une couche additionnelle, absolument distincte : le cortex est d’une autre nature que le cerveau reptilien. Lequel est celui des sens, de la réaction immédiate, celui du réflexe, de l’affect, comme s’expriment les psychologues.

Le cortex s’est spécialisé dans le raisonnement, dans la réflexion rationnelle, l’enchaînement des arguments, le calcul mathématique, tout ce qui est de l’ordre des symboles, et il est greffé sur ce cerveau reptilien qui est lui d’une nature purement instinctive, ce qui fait que nous réagirons par l’enthousiasme ou par la peur devant ce que notre cerveau-cortex aura déterminé de faire. Les plus beaux exemples dans ce domaine, ce sont bien sûrs les traders qui nous les proposent. Ceux d’entre mes lecteurs qui connaissent des traders savent que le jour où ils ont gagné beaucoup d’argent ils sont dans les restaurants et les bars des beaux quartiers, ils fument de gros cigares et boivent beaucoup, alors que les jours où ils ont perdu des sommes impressionnantes, on les voit beaucoup moins : ils sont à la maison, ils essaient de dormir et ont pris des cachets pour tenter d’y parvenir.

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ATTENTION ! SENTIER À PUMAS !

Dans la promenade que je fais près de chez moi, il y a un embranchement : deux bretelles se séparent pendant un moment, l’une suit la rivière, l’autre s’engage dans un sous-bois. Il m’est arrivé une ou deux fois au début de prendre la bretelle sous-bois, mais depuis, sans savoir pourquoi, par une sorte de méfiance instinctive, je l’ignore systématiquement.

Ma conscience, alertée probablement par la discussion sur le blog en ce moment à propos de nos motivations inconscientes, a voulu comprendre tout à l’heure ce qui m’interdit d’emprunter la bretelle sous-bois. Aussi, arrivé à son embranchement, je m’y suis résolument engagé…

Je n’y avais pas fait dix pas qu’un voyant rouge s’allume et commence à clignoter frénétiquement, une sirène se déclenche : « Reuh ! … Reuh ! … » Et dans le regard où s’inscrivent les messages, s’affiche en belles lettres oranges sur fond noir : « Attention ! Sentier à pumas ! »

Et en effet : la galerie trop couverte, les grosses branches horizontales surplombant le sentier, c’est vrai : tout y est !

Mais… Alo-oh ! (*) inconscient de Jorion-on ! Allume ton GPS ! tu es en Bretagne, pas sur un sentier reculé de la Sierra Madre ou des San Gabriel Mountains : cela fait quatre ans que tu as quitté la Californie !

Ces inconscients ! vraiment, je vous jure ! (°)

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(*) Merci à la personnalité télé qui a traduit l’expression américaine bien pratique « Hello-oh ! » en « Allo-oh ! » (avec geste à l’appui simulant un combiné des années cinquante), cela me permet maintenant de l’utiliser en français tout en étant compris.

(°) Blog de PJ : Mon inconscient et moi, le 6 mars 2013

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Pour le chantier « Se passer de la volonté et de l’intention », par Jeanne Favret-Saada

Billet invité.

Dans sa vidéo « A nouveau au seuil d’une guerre mondiale », Paul Jorion a lié l’urgence de la situation géopolitique (un paquet de conflits distincts dont le nouement pourrait produire une guerre mondiale) avec celle d’un changement dans notre manière de penser la décision politique. Il s’agirait d’opérer un déplacement du même type que celui qu’il a apporté en économie : ayant montré le profit qu’on peut tirer de l’élimination de la notion de valeur, il propose que nous nous entraînions ensemble, dans ce blog, à nous passer de la conscience — de ses ressorts, la volonté et l’intention — pour penser la prise de décision politique. Grâce à quoi nous pourrions comprendre autrement les événements produits par les supposés acteurs de la scène mondiale, et penser de façon nouvelle notre propre participation à l’histoire.

Waouh. Excitant. Terrifiant. Comme il se référait aux travaux de Libet mais qu’il avait aussi en tête, je suppose, tous ceux qui ont suivi dans les neurosciences sur des sujets aussi divers que la conscience, l’intention, le libre arbitre, la volonté — ainsi que leur abord par les neurosciences sous l’angle de la motricité, par exemple –, je me suis retrouvée embarquée dans un tourbillon de souvenirs de lectures savantes. Lesquelles ne m’avaient pas permis de conclure à quoi que ce soit de solide dans aucun domaine — d’autant que ces disciplines sont en perpétuel renouvellement –, mais avaient assis définitivement la conception que j’avais pu me faire de l’agir humain à partir d’une expérience ethnographique de terrain. Je voudrais donc contribuer à ce chantier en réfléchissant à mon propre parcours intellectuel, mais en essayant de le faire aboutir à la crise géopolitique dans laquelle nous sommes pris.

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État d’Urgence, par Un Belge

Billet invité.

En écho à la vidéo du 28 août : À nouveau au seuil d’une guerre mondiale.

Voici l’histoire… Un quart d’heure avant de prendre mon train, je commande un café. Voulant payer la serveuse immédiatement, je m’aperçois que je n’ai pas d’argent, ni dans mon portefeuille, ni dans mes poches. Je lui demande de laisser le café sur la table et je file au distributeur de billets à l’autre bout de la gare, maudissant mon étourderie, qui m’empêche de savourer tranquillement une petite pause.

A l’approche du distributeur de billets, je me demande soudain ce que j’ai fait de mon portefeuille et de mon téléphone portable, posés sur la table du café. Il me faut quelques secondes pour retrouver mon portefeuille dans mon sac, et mon téléphone dans la poche arrière de mon jeans.

Question : QUI les a mis à cet endroit ? C’est évidemment “moi”. Mais d’une part, je n’en ai aucun souvenir, et d’autre part, je trouve personnellement idiot de mettre mon portefeuille dans mon sac, et plus bête encore de fourrer mon portable dans mon pantalon.

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MON INCONSCIENT ET MOI

Je passe par la rue de Namur et je cherche distraitement des yeux le magasin « Séverin » où mon grand-oncle Raoul vendait « les plus belles chemises de Bruxelles ». Sans aucun succès.

Un peu plus tard, j’emprunte la rue de l’Arbre-Bénit où j’accompagnais mon père allant acheter des tubes de peinture à l’huile de la marque Talens. Pas plus de chance.

Ce n’est pas la première fois que je passe par ces rues depuis que j’ai renoué en octobre avec la ville de mon enfance et que je m’efforce de retrouver mes repères d’autrefois. Mais ce qui retient mon attention aujourd’hui, c’est le sentiment très curieux qui s’impose à moi, que mes chances de retrouver ces boutiques, ne diminuent pas à chacun de mes passages, mais au contraire augmentent.

Et je me rends compte alors que cet abruti d’inconscient, incapable de comprendre que le monde change, se préoccupe uniquement de l’amélioration de ma performance, et que si je ne trouve pas, c’est, selon lui, parce que je devrais « chercher mieux » : un peu plus de détermination de ma part me permettrait de découvrir la porte du marchand de couleurs, de la pousser et de dire bonjour à ce bonhomme en cache-poussière gris qui était déjà vieux en 1950. De même, un petit effort de ma part m’ouvrirait les portes de Séverin, où « mon onc’ Raoul », du haut des 131 ans qu’il aurait aujourd’hui, enjoindrait toujours avec la même autorité au visiteur de sa boutique d’acheter « les meilleures chemises de Bruxelles ! ».

Perdu dans cette réflexion, et ayant abandonné dans la rue de l’Arbre-Bénit tout espoir d’acheter à mon tour des tubes de rouge de cadmium ou des bruns terre de Sienne, je me suis penché pour refaire mon lacet quand une voix derrière mon dos a lancé : « Bonsoir Monsieur Jorion : merci pour le blog ! »

Tu vois, abruti d’inconscient : cela ne se serait pas passé de la même manière en 1950 : vas-tu enfin comprendre que le monde change !

P. S. : si la voix derrière mon dos était la vôtre, signalez-le moi : il y a quelque chose que j’ai envie de vous offrir.

Mise à jour 30 août 2013 : la personne en question s’est manifestée et a reçu un splendide exemplaire d’une bande dessinée contribuant du mieux qu’elle peut à la survie de l’espèce.
 

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RENDEZ-VOUS CHEZ LACAN, la discussion…

Certains des arguments utilisés par mes contradicteurs dans la discussion relative au film de Gérard Miller, « Rendez-vous chez Lacan », m’obligent à attirer l’attention sur le fait que les découvertes de Freud ont été entièrement assimilées par notre culture. Ce qui produit une certaine invisibilité de ce phénomène, et qui peut faire croire qu’un débat existe encore, du genre « Freud a-t-il raison ou a-t-il tort ? », c’est le caractère total de sa victoire, au point que quiconque le critique ne peut s’empêcher – inconsciemment 😉 – d’utiliser des arguments dont il est lui-même à l’origine, et ceci parce que la « métapsychologie » freudienne a si bien « sédimenté » au sein de notre culture qu’elle a fini par se fondre dans ce que nous appelons le « sens commun ». Du coup, la discussion ne peut plus porter que sur des détails périphériques de ce qu’il a avancé – certainement pas sur l’existence de l’inconscient et ses interférences dans la vie quotidienne, par exemple. Même les interprétations du niveau « café du commerce » de la vie politique font grand cas des lapsus, des actes manqués, des motivations inconscientes, etc. Essayons d’imaginer – pour la beauté de l’exercice, et pour rire – les relations de l’affaire DSK par la presse… si nous étions en … 1880.

Illustration de Sébastien Marcy

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La psychanalyse (I) – La « métapsychologie » freudienne

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La « métapsychologie » freudienne n’est pas la seule discipline visant à une compréhension de l’homme en tant qu’animal social. On pense par exemple aussi à l’anthropologie et à la sociologie. Elle se distingue cependant de ces autres savoirs en prenant pleinement la mesure de l’homme en tant que créature parlante et en laissant de côté l’universel pour concentrer son attention sur l’individuel : sur la particularité des destins singuliers. Cela se conçoit aisément si l’on se souvient que le savoir de la métapsychologie freudienne a été élaboré par ses auteurs, Freud et ses successeurs, à partir d’une pratique psychothérapeutique : la psychanalyse. Celui qui s’adresse à un psychanalyste est poussé par une demande : qu’on l’aide à se sortir d’une histoire individuelle ressentie comme exagérément semée d’embûches, qu’on lui procure les moyens suffisants pour affronter son « destin », au sens où Hegel observe que « le destin est la conscience de soi-même mais comme d’un ennemi ».

La volonté de la métapsychologie d’étudier l’homme en tant qu’animal est visible – trop crûment d’ailleurs aux yeux de certains de ses adversaires – dans l’accent qu’elle met sur la sexualité comme motivation des comportements. L’un des mérites de Freud est d’avoir souligné à l’aide d’une multitude d’illustrations que cette motivation – dont chacun admet comme une banalité allant de soi, le rôle puissant chez l’animal – n’est pas dépassée chez l’homme. Elle persiste, en dépit précisément de la présence chez lui du langage qui le distingue des autres animaux.

Ce que Freud démontre en effet, et que confirment ses successeurs à sa suite, c’est que la parole vient s’inscrire au sein d’un donné animal sans pour autant extraire l’homme de ce donné animal. Elle s’inscrit sous des formes spécifiques certainement, mais elle l’y maintient, sans qu’on observe quoi que ce soit que l’on pourrait valablement qualifier de « dépassement ». La raison, c’est que le langage s’inscrit au sein d’une dynamique d’affect déjà présente chez des espèces apparentées à la nôtre mais privées de langage.

La linguistique s’intéresse sans doute à la langue en tant que telle et à ses mécanismes internes mais elle se distingue de la métapsychologie freudienne en ce qu’elle ne s’y intéresse que d’une manière « désenchantée » : en l’objectivant, ou plutôt en la dé-subjectivant, en extrayant la langue de la dynamique d’affect qui est son cadre obligé quand on l’observe à l’œuvre dans les échanges entre humains ou dans la parole intérieure.

D’où vient ce sentiment spontané chez nous que le langage constitue le moyen qui nous permet de transcender notre nature animale ? Dans le fait qu’il nous offre le moyen de nous « expliquer », de narrer notre histoire, notre autobiographie, notre version des choses, dans des termes qui seraient propres à une espèce dont les motivations auraient transcendé justement celles de la simple animalité. Espèce que nous appelons l’Homme.

Chez nous humains, apparaît cet écart que Lacan a bien caractérisé comme celui qui existe entre le sujet de l’énonciation : celui qui raconte sa propre histoire – mû par ses propres motifs animaux, et le sujet de l’énoncé : celui qui est mis en scène dans les phrases que le sujet de l’énonciation énonce quand il raconte son histoire – mû lui par des motifs plus nobles : ceux qui caractérisent un Homme. Il n’y a ici aucune mauvaise foi : c’est le monde de notre « culture » qui nous pousse, qui nous oblige même, à parler de nous-même comme d’un Homme, mais ce que l’existence d’un écart entre ces deux sujets révèle, c’est l’« inconscient ». En effet, quand le sujet de l’énonciation (l’animal que nous sommes), surgit de manière intempestive – comme le ferait une éructation ou un pet – sous la forme d’un lapsus dans le récit où est mis en scène le sujet de l’énoncé (l’Homme auquel nous nous identifions), c’est l’inconscient que l’on observe à l’œuvre, à savoir, tout simplement, l’écart entre les deux.

Quand nos deux histoires, l’animale et l’Humaine, s’écartent trop l’une de l’autre, la dynamique d’affect se rebiffe : des différences de potentiel trop importantes apparaissent sur le réseau global qui connecte les mots dans tous les usages qui nous sont connus et auxquels une valeur d’affect distincte est attachée à chacun. Certains mots sont frappés de tabou, non pas en tant que tels mais dans certains de leurs usages particuliers : là où ils établissent des ponts entre d’autres – comme la pomme qui sépare Ève d’Adam, pomme qui n’a rien à voir avec celle qui s’oppose à la poire (1). Les tabous de faible amplitude qui s’attachent à ce réseau global engendrent la névrose : ces bizarreries dans nos comportements qui résultent de nos aveuglements, de la manière qui nous est propre de « tourner autour du pot » en raison des mots qui nous sont devenus inaccessibles du fait de leur trop forte valeur émotionnelle « parce que l’inondation dans la vallée nous force à emprunter les chemins de montagne tortueux et escarpés », pour reprendre les termes de Freud. Les tabous les plus sérieux, ceux qui véritablement « coupent les ponts » dans ce réseau global, parce qu’ils sont attachés à un « signifiant-maître », opèrent, comme le dit Lacan, une « forclusion » : le courant cesse même de passer dans la totalité du réseau soumis à la dynamique d’affect, qui se fragmente alors en sous-réseaux autonomes. Dans ces cas-là, l’Homme que l’on croit être empêche l’animal que l’on est vraiment, de fonctionner correctement : c’est la psychose.

(… à suivre)

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(1) J’ai expliqué tout cela en détail dans Principes des systèmes intelligents (Masson 1989 ; Dunod 1994).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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