Snow-Therapy à Macro-Therapy : de l’être primitif au peuple debout, par Annie Fortems

Billet invité. À propos de Paul Jorion pense tout haut le dimanche 15 février 2015.

Le dernier opus du suédois Ruben Ostlund, Snow-Therapy, n’est pas qu’un thrilleur psychologique, intimiste. Il esquisse aussi une vision de macro-Therapy politique et sociale. Passer une semaine de sports d’hiver dans les alpes françaises en compagnie de cette famille de bobos scandinaves n’est pas de tout repos. On ne revient pas indemne de cette luxueuse station, posée dans un écrin blanc en haut d’un pic rocheux. Amphithéâtre féerique de lumière et de blancheur scintillante où l’on se prend à rêver de feux d’artifices accompagnant les coups de canons à neige. On verra que ce sera plutôt le lieu des artifices qui partent en fumée.

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L’emprise : pris en tenaille, du dehors et du dedans

Communication faite le 4 octobre à Strasbourg, lors des Journées Nationales de l’Association française des psychiatres d’exercice privé – AFPEP.

J’appelle, pour aller vite, « Moi », le point d’ancrage que suppose la conscience à la volonté subjective, qui serait le mode d’action dont elle dispose sur le monde. Des modifications interviennent effectivement dans le Réel du fait des actes posés et constatés par la conscience ; celle-ci en attribue l’origine à la volonté, dont le siège supposé est le Moi.

À propos du Moi, Freud écrit en 1929 dans Malaise dans la Civilisation : « À l’origine le Moi inclut tout, plus tard il exclut de lui le monde extérieur » ([1929] 1970 : 12). Il avait déjà expliqué quelques lignes plus haut que

« La pathologie nous fait connaître une multitude d’états où la délimitation du Moi d’avec le monde extérieur devient incertaine, fait l’objet d’un tracé réellement inexact : dans certains cas, des parties de notre propre vie psychique, perceptions, pensées, sentiments, apparaissent comme étrangers, semblent ne plus faire partie du Moi ; dans d’autres cas, on attribue au monde extérieur ce qui visiblement a pris naissance dans le Moi et devrait être reconnu par lui. Ainsi donc le sentiment du Moi est lui-même soumis à des altérations, et ses limites ne sont pas constantes » (ibid. 11).

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Piqûre de rappel : NOTRE CERVEAU : CONSCIENCE ET VOLONTÉ, le 7 avril 2012

Le biologiste François Jacob a utilisé à propos de notre cerveau, une image admirable : le cerveau humain est conçu, dit-il, comme une brouette sur laquelle aurait été greffé un moteur à réaction. Par cette image frappante, il attirait notre attention sur le fait que notre cerveau n’est pas constitué comme une machine d’une seule pièce. Il y a en son centre, le cerveau reptilien, appelé ainsi parce qu’il possède déjà la même structure chez le reptile, et le cerveau des mammifères s’est construit comme une couche additionnelle, absolument distincte : le cortex est d’une autre nature que le cerveau reptilien. Lequel est celui des sens, de la réaction immédiate, celui du réflexe, de l’affect, comme s’expriment les psychologues.

Le cortex s’est spécialisé dans le raisonnement, dans la réflexion rationnelle, l’enchaînement des arguments, le calcul mathématique, tout ce qui est de l’ordre des symboles, et il est greffé sur ce cerveau reptilien qui est lui d’une nature purement instinctive, ce qui fait que nous réagirons par l’enthousiasme ou par la peur devant ce que notre cerveau-cortex aura déterminé de faire. Les plus beaux exemples dans ce domaine, ce sont bien sûrs les traders qui nous les proposent. Ceux d’entre mes lecteurs qui connaissent des traders savent que le jour où ils ont gagné beaucoup d’argent ils sont dans les restaurants et les bars des beaux quartiers, ils fument de gros cigares et boivent beaucoup, alors que les jours où ils ont perdu des sommes impressionnantes, on les voit beaucoup moins : ils sont à la maison, ils essaient de dormir et ont pris des cachets pour tenter d’y parvenir.

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ESQUISSE POUR UNE REPRÉSENTATION DU MONDE « SANS VOLONTÉ NI INTENTION », par Vincent Teixeira

Billet invité.

Je vous envoie, certes de manière très succincte et trop rapide, quelques petites réflexions suite à votre vidéo sur un au-delà de la valeur d’une part, et de l’intention et de la volonté d’autre part, pour ouvrir peut-être d’autres chemins de pensée. Au-delà de l’aspect économique, que je ne maîtrise pas du tout (mais qui est en mesure de le maîtriser ? comme de maîtriser quoi que ce soit…) ou plutôt pour lequel je n’ai guère de compétences, c’est surtout ce dépassement de l’intention et de la volonté qui m’a saisi.

Moins du point de vue des neurosciences, domaine qui m’échappe également, que d’un point de vue littéraire et philosophique (champs de mes formation et travail), au sens large. En effet, il me semble bien qu’il y a là une ouverture possible vers d’autres horizons de pensée, compréhension et représentation du monde, de l’Histoire, du réel, et j’ajouterais de toute vie intérieure. Et ce d’autant plus que nous vivons dans un monde moderne où les désastres en cours ne sont peut-être pas intentionnels ni voulus, mais échappent de plus en plus à toute maîtrise, alors même que les dirigeants du monde, tous nos hiérarques économico-politiques, affichent encore et toujours, avec la même rhétorique pateline et un cynisme de plus en plus insupportable, des discours précisément nourris d’« intentions », de « volonté » et de « valeurs » (économico-marchande ou bien « humaniste », à peu de frais). Une manière d’obstruer encore un peu plus le paysage mental, et de maintenir la domination et toutes les aliénations qui s’ensuivent.

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TÉMOINS… PEU INFORMÉS !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand j’ai vu hier sur le site du Monde la vidéo dont j’ai fait ensuite mon billet Les jeux du cirque, ou la société du spectacle, j’ai voulu la partager avec vous. D’autres vidéos de la même mort circulent sur l’Internet, beaucoup plus « graphiques », comme on dit aujourd’hui. Si vous les comparez, vous verrez que sur les autres, et en particulier sur celle-ci, on comprend mieux ce qui se passe parce que l’iPhoneur se trouve à hauteur des policiers, mais ce qui m’avait paru le plus significatif, ce n’était pas qu’il s’agissait d’une exécution en forme de lynchage (l’article du Monde était titré « FAR WEST »), mais l’omniprésence du filmage de la scène par la foule qui court et accompagne le drame, et j’imaginais des jeux du cirque romains avec la foule sur les gradins de l’arène où chacun au lieu de lever ou baisser le pouce, brandit son iPhone.

Certains d’entre vous se sont posés la question de savoir si la motivation des filmeurs était essentiellement le voyeurisme envers ce qui promettait d’être une exécution ou le désir de témoigner plus tard sur ce qui s’annonçait comme une bavure. Si vous avez jamais fait partie d’une foule qui court, vous savez comme moi que la pensée est mise en veilleuse : le corps a été mis en mouvement, et il ne vous informera de ce qui se passe que s’il le juge vraiment indispensable. Si notre espèce avait dû réfléchir à tout ce qu’elle a fait avant de le faire : formuler une intention, pour ensuite réaliser cette intention, il y a longtemps qu’elle ne serait plus là.

Je me suis surpris comme cela, un jour, à courir sur une plage en direction de la mer, et à me demander « Mais pourquoi tu cours ? » Et au bout d’un moment : « Ah oui ! C’est à cause de cette femme qui crie : ‘Je me noie’ ! » Je ne suis arrivé que le troisième, et ce sont les deux premiers qui l’ont sauvée, mais si je raconte ceci, c’est parce que j’avais eu ce sentiment très vif : « Mon corps court, mais pourquoi le fait-il ? pourquoi ne suis-je pas personnellement informé ? ». J’avais 17 ou 18 ans, c’est cette expérience qui m’a conduit plus tard à m’intéresser à l’« intention », pour aboutir finalement à la conclusion qu’elle est une illusion rétrospective : j’en ai parlé récemment dans Notre cerveau : conscience et volonté.

Il y avait une deuxième dimension à mon désir de montrer cette vidéo : l’Amérique, que je connais sans doute mieux que la plupart d’entre vous, y ayant vécu douze ans, mais, ne mélangeons pas tout : j’y reviendrai dès que j’aurai rempli ma promesse envers Paul Ariès, de lui envoyer un texte avant ce soir.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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