La démocratie est-elle enchaînée face à la finance ?

Ma communication au Colloque international LA DÉMOCRATIE ENRAYÉE ? à l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, le 31 mai 2013.

L’anthropologie sociale britannique dont j’ai eu l’honneur à une époque d’être l’un des représentants, et dont je défends toujours les valeurs méthodologiques faites d’une combinaison équilibrée de rigueur et de bon sens aristotélicien, demande que quand il est question des phénomènes relevant de l’humain, une explication, pour mériter ce nom, doit pouvoir rendre compte des faits observés aussi bien en termes de personnes, d’acteurs humains composant les sociétés auxquelles nous appartenons, qu’en termes d’institutions procurant à ces sociétés humaines le cadre au sein duquel elles peuvent fonctionner, en assurant autant que faire se peut le bonheur de leurs membres.

De même que le comportement des abeilles explique la structure hexagonale des alvéoles composant les rayons en raison de la manière dont elles les ont construits, assemblées en grand nombre et battant simultanément des ailes, et explique ensuite celle de la ruche toute entière, c’est celle-ci qui en vient à expliquer, par un effet en retour, ce que sont précisément les abeilles. L’activité des hommes, qu’elle soit routinière, d’ordre réflexe, ou bien délibérée, déterminée par un calcul mené à son aboutissement, explique la forme qu’ont prises les institutions humaines. Le comportement des êtres humains s’explique ici aussi, en retour, par la manière dont sont faites ces institutions. Le rapport entre les deux est dialectique : sous la forme d’une détermination réciproque où les individus vivent leurs institutions comme un sentiment qu’ils éprouvent, et ce sont ces sentiments qui, en réaction à la manière dont les institutions les modèlent, remontent ensuite, de l’individu à la structure, en s’agrégeant pour définir la dynamique qui exercera sur ces institutions une contrainte et les fera évoluer de manière à ce que s’efface toute pression inacceptable qui se sera exprimée comme insatisfaction éprouvée ou comme ressentiment, c’est-à-dire en tant que « sentiment ».

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 26 JUILLET 2013

Sur YouTube, c’est ici.

Jérôme Cahuzac et la vérité

Blog de PJ : Bernadette Lafont (1938-2013), le 25 juillet 2013

Blog de PJ : Bloguer dans deux langues, le 29 avril 2007

Le nom qui ne me revient pas, c’est : Pauline Lafont ; l’expression qui ne me revient pas, c’est : langues romanes.

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LE CAS CONDAMIN-GERBIER, par zébu

Billet invité.

J’ai été très surpris par la vidéo de Pierre Condamin-Gerbier, témoignant le 12 juin au Sénat devant la Commission d’enquête sur le rôle des banques et acteurs financiers. Étrangement, davantage par l’homme et par l’analyse qu’il porte que par les informations qu’il « révèle » (bien que celles-ci en soi, auraient largement suffi pour ce faire).

En premier lieu, à l’inverse de ce qui est décrit dans la presse française et même étrangère (notamment suisse), cet homme apparaît comme étant un « homme de l’art » et pas du tout comme un « has been » : il maîtrise parfaitement les différents rouages du système bancaire et financier, très loin d’être seulement un « concierge », un « intendant » des grandes fortunes, comme il est souvent présenté, et qui serait par ailleurs « carbonisé » sur la place genevoise au point d’être réduit au rang de desesperado.

Mieux : il apparaît comme ce type de figure rarissime, à la jonction de l’ancien monde qui s’en va – encore présent dans celui qui est mais déjà retiré de celui qui sera – en « réaction » contre les « manières de faire » du monde auquel il avait l’habitude de participer, celui notamment des dites « grandes familles ». Celui de Bouton, à la Société Générale, l’archétype même d’un système qu’il voue aux gémonies, face au contraire à « l’exemple », entre autres, des Mulliez : l’entreprise, le souci d’éviter la dissociation du patrimoine et surtout sa dissolution, le souci de la famille, des intérêts économiques et, presque, de l’intérêt général.

Non pas que l’optimisation de la fiscalité n’existait pas il y a déjà vingt ans, mais il semble signifier qu’elle n’était pas alors un objet en soi mais une manière de venir renforcer des stratégies qui avaient déjà été définies en amont.

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L’HEURE DE VÉRITÉ, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité.

L’audition sous serment de Pierre Condamin-Gerbier, ancien de chez Reyl, par la Commission sénatoriale chargée d’enquêter sur le rôle des banques et des acteurs financiers dans l’évasion fiscale est sidérante à plusieurs titres, non pas tant par ce qu’elle révèle de la gestion mafieuse des affaires publiques en France, dont tout le monde se doutait, que par ce qu’elle dit, en creux, de la complaisance coupable avec laquelle nous nous en sommes tous longtemps tenus à ce doute, par fatalisme (liaison naturelle du pouvoir et de la corruption), par peur de nuire à l’appareil d’État, de discréditer l’ensemble de la représentation démocratique en détaillant la bave aux lèvres les turpitudes de quelques-uns de ses membres éminents.

Condamin-Gerbier confirme, par le rapprochement qu’il fait entre le scandale de la banque de Bâle en 1934 – où se trouvèrent impliqués, dans un grand éclectisme, aussi bien la famille Peugeot que des sénateurs, des députés, des généraux et jusqu’à l’archevêque de Paris (alliance du piston, de la banquette, du sabre et du goupillon) – et le déroulement en cours de la pelote Cahuzac, que le progrès, dans nos temps résolument modernes, se marque par la réinvention du même. Il confirme également que l’État est le premier complice des évadés qu’il prétend traquer en ce qu’ayant tous les outils pour le faire, il feint de n’en avoir jamais d’assez sophistiqués pour être efficace. Mines de tartuffes, donc, que les airs incrédules de Cazeneuve et de Moscovici à l’évocation de l’odyssée des fonds soustraits à leur inquisition.

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Travaux de commission du Sénat, Commission d’enquête sur le rôle des banques et acteurs financiers, le 12 juin 2013

M. Pierre CONDAMIN-GERBIER
Gestionnaire de fortune, ancien associé-gérant chez Reyl Private Office, 2006-2010.

Durée : 10:24
Sénateur(s) : PILLET François

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Durée : 47:02
Sénateur(s) : BOCQUET Éric, LECONTE Jean-Yves, PILLET François

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Des commentaires sur ce qui est dit là, dans de prochains billets.

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LE RETOUR : CHRONIQUE COMIQUE DE L’ANNULATION, par Francis Arness

Billet invité.

            Lorsque son pas nerveux résonna dans le large couloir aux bustes ennuyés de l’Assemblée, le silence se fit. Il était de retour sur le lieu de son mensonge les yeux dans les yeux, les yeux dans les 1144 yeux des 577 députés qui étaient présents, ce jour-là, en face de lui. Certes, il y en avait bien alors aussi derrière lui, des yeux – comme maintenant, toutes les nuits, dans ses cauchemars sans fin -, ne serait-ce que ceux du Président de l’Assemblée. Ce jour-là, il n’avait pas réussi à tous les fixer, ces 1144 yeux, mais il avait malgré tout réussi à amadouer l’hydre, et surtout les regards honnêtes – certains, mais pas tous – qui le fixaient. Ce jour-là, il avait fait preuve d’une telle énergie, d’un tel aplomb, d’une telle certitude, que la bête aux innombrables têtes l’avait cru, car ce sont là des qualités qui impressionnent ce vaste et labyrinthique lieu peuplé de clairs miroirs, de statues assoupies, de tactiques recoins, et de cerveaux rendus atones par les phrases stéréotypées qu’ils mâchent en même temps que les bouches les déblatèrent.

La mâchoire serrée, le regard plein de morgue, le pas sûr, il s’avançait. Les députés présents, stupéfaits dans leurs costumes gris, n’en crurent pas leurs pupilles. L’un d’eux, qui l’avait connu avant,  courageusement, s’approcha :

– Tu ne peux pas venir ici après ce que tu as fait !

– Qu’ai-je fait ? – demanda-t-il presque candidement.

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JÉRÔME CAHUZAC OU LA SCHIZOPHRÉNIE STRUCTURELLE, par Un Belge

Billet invité.

Risquons une approche accélérée et élargie de l’Affaire Cahuzac : un zoom arrière, en quelque sorte…

1)  Jérôme Cahuzac n’est pas une brebis galeuse isolée. Il est juste l’un de ceux par qui le scandale arrive, dans un contexte extrêmement tendu. D’autres auraient pu tomber à sa place, d’autres tomberont (à gauche, à droite, au centre et aux extrêmes).

2) Le Parti Socialiste français n’est pas une structure plus corrompue que les autres partis avides de gouverner le pays. Si une simple étiquette politique suffisait à rendre impossibles les abus de pouvoir et autres conflits d’intérêts, cela se saurait depuis longtemps.

3) L’état de la classe politique française n’est ni pire ni meilleur que celui de la classe politique italienne, espagnole, anglaise, belge, etc. Ici comme ailleurs, tout esprit de clocher est malvenu. D’autres scandales peuvent éclater n’importe où, n’importe quand, d’autant que l’époque n’incite guère à couvrir son prochain.

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PROPAGANDE, par Michel Leis

Billet invité.

Les scandales en politique n’ont rien d’une nouveauté, Jérôme Cahuzac a le profil du Rastignac, prêt à tout pour se faire une place au soleil, entre business et pouvoir. Comme souvent dans cette situation, l’adhésion à un parti relève de l’opportunisme et non de l’engagement, il aurait pu adhérer à n’importe quelle formation de l’éventail politique, pourvu que les perspectives de carrière soient bonnes. En ce sens, la composante cynique du personnage semble prendre le dessus et pourrait expliquer à elle seule cette spirale du mensonge, ce déni de réalité relevé par nombre de journaux et de commentateurs politiques.

La fonction exercée par le personnage avant sa chute pose pourtant d’autres questions. Avant que Mediapart ne lève le lièvre, nombreux étaient les media qui louaient ses compétences. Le choix de Cahuzac en tant que ministre du Budget avait semblé logique à beaucoup de commentateurs (entre autres exemples : Jérôme Cahuzac, un expert au budget, le Monde du 16/05/2012), sa nomination semblait une suite logique à son passage à la présidence de la commission des finances de l’Assemblée Nationale.

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SAMEDI 6 AVRIL, DE 15h À 17h, SUR LA PAGE « LES DÉBATS DU BLOG DE PAUL JORION » : L’AFFAIRE CAHUZAC

C’EST FINI !

Samedi entre 15h et 17h je débattrai avec vous « live », ici sur la page « Les débats du blog de Paul Jorion », de l’affaire Cahuzac. J’y ai consacré deux interventions : primo, le papier qui a été publié en version légèrement abrégée comme tribune libre dans Le Monde dans l’édition en date du vendredi 5 avril (page 20), sous le titre : « La crise accroît l’intolérance à la fraude fiscale des élites », et ici, en version longue sous le titre : « Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés« , et secundo, dans la vidéo du vendredi que j’ai affichée (tard) : « Le temps qu’il fait le 5 avril 2013″.

À tout à l’heure : il y a des choses à dire !

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 5 AVRIL 2013

L’affaire Cahuzac et ses retombées… qui ne font que commencer !

J’évoque ceci dans la vidéo, mon billet du 20 janvier 2010 : Top 10 du Post des blogs politiques qui montent.

J’écris à l’époque : 160.000 accès mensuels ; pour mettre en perspective, aujourd’hui : 303.000 accès mensuels.

Sur YouTube, c’est ici.

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LE MONDE, « Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés », jeudi 4 – vendredi 5 avril 2013

Le texte qui suit est plus long que celui qui paraît dans Le Monde. La raison en est que le format qui m’avait été communiqué dans la matinée était de 6 500 signes maximum. On me signalait en début d’après-midi qu’il serait en réalité de 5 200. C’est moi qui ai abrégé.

Sur le site du Monde : La crise accroît l’intolérance à la fraude fiscale des élites.

Quand Mme Lamblin, élue EELV de Paris, fut accusée de blanchiment d’argent sale, son avocat affirma en substance : « Beaucoup de bruit pour rien ! » parce qu’il n’y avait là selon lui qu’un cas banal d’évasion fiscale. Cela se passait en octobre 2012, il y a six mois de cela. Deux ans plus tôt, M. Woerth, ministre du budget, ensuite ministre du travail, considérait qu’on lui cherchait querelle quand on lui rappela que la profession de son épouse, Florence Woerth, était l’« optimisation » fiscale — dont Denis Healey, ancien ministre des finances britanniques, avait dit un jour que la différence entre elle et l’« évasion » fiscale, ne dépasse pas l’épaisseur d’un mur de prison. Voilà le climat d’une époque pas si lointaine : un créneau qui se situe donc entre il y a deux ans et six mois.

Ceci pour dire que M. Cahuzac, qui vient de tomber pour avoir eu un compte en banque en Suisse et en avoir peut-être encore un à Singapour, ne constitue certainement pas un cas isolé : il y a fort à parier qu’il se trouvait en bonne compagnie dans la classe politique et que la banalité de son cas aux yeux de l’opinion il y a encore à peine six mois, explique qu’on n’ait attaché au départ qu’une attention distraite à des ragots dont l’Internet fourmille après tout. Ce qui signifie que d’autres dominos sont maintenant là alignés, comme l’étaient à une époque Bear Stearns, Lehman Brothers et Merrill Lynch, et comme l’ont été plus récemment la Grèce, l’Irlande, le Portugal et Chypre, pour mentionner seulement les membres de la cordée pendant déjà dans le vide.

Pourquoi les mieux nantis au sein de nos sociétés veulent-ils à tout prix échapper à l’impôt et pourquoi ont-ils jusqu’à très récemment considéré le fait de s’y soustraire comme un péché véniel dont on plaisante d’ailleurs entre gens du beau monde ? Parce que leur sentiment était que les sommes qui leur sont réclamées servent à une redistribution de la richesse dont ils sont par construction les donateurs et non les bénéficiaires. Or, de ce point de vue-là en tout cas, les choses ont radicalement changé depuis le début de la crise en 2007 : si la concentration de la richesse s’est accélérée en France depuis cette époque, c’est parce que les États de la zone euro, tout comme les États-Unis d’ailleurs, ont réglé rubis sur l’ongle, aux frais du contribuable, la totalité des reconnaissances de dette, y compris d’ailleurs celles sans rapport aucun avec l’économie réelle que sont les paris spéculatifs, ce qui a multiplié la somme due environ par cinq. La rengaine : « Nous avons vécu au-dessus de nos moyens » – entendez : « Surtout vous ! », s’est hissée au rang de mauvaise plaisanterie insultante à l’égard du public. Depuis 2007 donc, et même si l’affaire de Chypre signale un retournement de situation éventuel, les mieux nantis ont été au contraire les principaux bénéficiaires de la solidarité nationale.

Pourquoi alors, le climat a-t-il soudain changé ? Pour une raison qu’avait très bien perçue John Kenneth Galbraith dans le livre remarquable qu’il consacra en 1954 au « grand krach de 1929 » (*), parce que les apparences sont trompeuses, parce que, à l’opposé de ce qu’il semblerait, la fraude et la corruption n’augmentent pas en période de crise : la raison pour laquelle elles deviennent plus visibles, c’est uniquement parce que la tolérance à leur égard est à la baisse. Quand les affaires vont bien, chacun vaque précisément à ses affaires mais quand elles vont mal, chacun est aux aguets de la turpitude de l’autre comme une cause possible du pourquoi elles vont maintenant si mal.

Et c’est à cela que sont aujourd’hui exposés les abonnés aux paradis fiscaux, jusqu’ici généreusement exonérés à leurs propres yeux : une fois la tolérance de l’opinion publique à la baisse, il est impossible pour la classe politique (qui comprend sans nul doute certains d’entre eux) de déterminer à quel niveau finira par se stabiliser l’étiage. Rien n’exclut en effet que la baisse ne soit vertigineuse.

Notre régime proclamé de démocratie fondée sur le suffrage universel suppose l’égalité des citoyens ainsi que la transparence. Or dans son fonctionnement quotidien, notre démocratie est quasi-censitaire car le pouvoir se détermine au prorata de la fortune dont chacun dispose. Grâce à la formule juridique du « trust » opérant dans le secret des paradis fiscaux, les individus disposent du pouvoir désormais élargi qui revient aux personnes morales. Les États quant à eux pratiquent une Realpolitik que toute transparence menace directement ; l’affaire Wikileaks et la brutalité de la réponse des États, l’a pleinement mis en lumière. Les paradis fiscaux, qui sont en réalité paradis de l’opacité en général, jouent dans l’exercice de cette Realpolitik un rôle clé : ils sont utilisés comme on le sait pour le financement illicite de campagnes électorales et, par le truchement de fonds secrets, pour celui de mercenaires à l’étranger, voire encore pour des transactions secrètes avec des terroristes preneurs d’otages, avec qui il est politiquement exclu de traiter.

La question qu’il convient de poser aujourd’hui, c’est celle-ci : est-il de notre intérêt que les membres de la classe politique ayant encore aujourd’hui des comptes en banque dans des paradis fiscaux tombent l’un après l’autre, pareils à des dominos, et que quand le dernier aura chu, notre degré de confiance dans la démocratie aura atteint à la baisse le niveau qu’on lui a connu, pour mentionner une date, en 1934 ?

Il faut conseiller à tous ceux qui se trouvent dans la position devenue inconfortable de détenteur d’un ou de plusieurs comptes dans un paradis fiscal, d’envisager un coming out collectif simultané. Notre respect pour la poignée d’incorruptibles qui émergerait du lot par contraste nous rassurerait sur l’avenir de la démocratie et l’on saurait comment situer les autres quant au degré de confiance à leur accorder, selon la gravité des faits qui leur seront reprochés ; il ne s’agirait pour les coupables que d’un mauvais moment à passer. Les choses pourraient reprendre leur cours dans un système qui se serait rapproché en amont de son idéal d’« un citoyen, une voix » et où les considérations habituelles de Realpolitik justifiant aujourd’hui tout et n’importe quoi, en auraient pris pour leur grade, au soulagement de tous.

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(*) John Kenneth Galbraith, La crise de 1929. Anatomie d’une catastrophe financière, Petite Bibliothèque Payot 2011

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AGIR, par zébu

Billet invité

« L’Affaire Cahuzac » n’est pas significative en elle-même : de très nombreuses affaires ont, à de multiples reprises, émergé régulièrement. Ce qui lui donne sa dimension particulière est le fait qu’elle advient dans un contexte spécifique (‘la crise’), du fait de la position même de celui par qui le scandale arrive (un ministre du budget chargé de lutter contre la fraude fiscale) et de ses mensonges réitérés mais aussi parce que, sous la pression de révélations qui étaient imminentes de la part des justices suisse et française (qui pour le coup, ont pu travailler sans entraves), pour la première fois un homme politique avoue, sans même attendre un procès.

Ce qui est beaucoup plus singulier par contre, c’est cette incapacité politique à comprendre la distinction entre le légalement admissible et le moralement illégitime. Effectivement, il est légal, au sens du droit, d’ouvrir un compte en Suisse ou aux îles Caïmans. Et dans le même temps, il est moralement condamnable qu’un homme politique (a fortiori chargé de lutter contre l’évasion fiscale) ait pu seulement penser à garder un compte ouvert dans un paradis fiscal. Cela s’appelle une dissonance. Voire une schizophrénie.

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UN SILENCE TRÈS RELATIF

J’étais en train ce matin de rédiger un billet sur l’affaire Cahuzac (de plus longs développements que mon très bref Le niveau de tolérance d’hier soir), quand un coup de téléphone du Monde me proposa de rédiger une tribune libre à ce sujet pour l’édition papier qui paraîtra demain. J’étais partant. Mon billet sera mis en ligne ici aussitôt qu’il sera disponible sur le site du Monde.

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RESTAURER LE CRÉDIT PUBLIC PAR LE DÉPÔT BANCAIRE DU CAPITAL DE LIQUIDITÉ, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Monsieur Cahuzac est obligé d’avouer pour deux raisons : non seulement les faits le concernant ne peuvent plus être cachés mais le financement fiscal de la chose publique est en ruine. Les simulations budgétaires triturées dans tous les sens rendent invariablement le même résultat : le capital fiscal de l’Etat de droit français s’évapore plus vite que le rachat fiscal des pertes du système financier par l’imposition des citoyens non privilégiés. A cause de la libre circulation du capital, du principe européen d’autorégulation bancaire et de la défiscalisation des non-résidents domiciliés en zone euro, le rendement de la fiscalité des pays européens s’effondre.

Les hausses d’impôts exigées par les traités budgétaires européens et votées par les parlements avec une prétendue sur-taxation des plus riches sont sans effet concret sur les déficits publics. Par le secret bancaire admis au cœur de l’Europe ainsi qu’à ses frontières administratives, la puissance publique de l’intérêt général n’a plus la possibilité de contrôler la légalité des transactions. Il est impossible d’assurer l’égalité des citoyens devant les lois en taxant les abus non contrôlables de la propriété privée. Toute transaction éventuellement criticable au titre de l’intérêt général est soustraite à la fiscalité par des paravents juridiques légalisés dans un espace monétaire unifié sous contrôle privé des banques en euro.

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PÉREMPTION DU DÉCLIN, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité.

Mes chers compatriotes, nous déclinons. La France n’est plus ce qu’elle était. La nouvelle n’est pas neuve. Le chef de chœur des déclinologues, Nicolas Baverez, décline le déclin sur tous les tons depuis qu’il est entré dans l’âge mûr, comme s’il fallait que toute chose autour de lui se marquât plus profondément des signes de la péremption qu’il observe sur lui-même. Convenons néanmoins que ce penchant se manifeste avec une constance on ne peut plus rectiligne : Les trente piteuses, La France qui tombe, Nouveau Monde, vieille France, à quoi fait suite, formant chiasme, Vieux pays, siècle jeune. Réveillez-vous ! est le dernier branle de tocsin en date, car, non content de décliner, le Français somnole et se laisse rouler mollement jusqu’à la tombe. Mais attention, « Réveillez-vous ! » ne signifie pas « Indignez-vous ! » Il ne faudrait pas casser la machine à concentrer les richesses, dont les rendements suivent une progression ascendante inédite. « Réveillez-vous ! » signifie « Remettez-vous au boulot, feignasses ! » L’approche décliniste, outre qu’elle pense trouver la confirmation de ce qu’elle projette dans le fait qu’elle ne voit jamais finir la pente, passe assez vite sur la localisation dans la chronologie de l’apogée économique, politique et sociétal à partir duquel le déclin est censé s’amorcer, car cet apogée risquerait fort de ne pas se rencontrer dans les parages de la République, ni même dans quelque parages que ce soit.

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LE NIVEAU DE TOLÉRANCE

Dans le remarquable livre qu’il consacra en 1954 au Grand krach. 1929, John Kenneth Galbraith faisait observer que contrairement à ce qu’il semblerait, la corruption et la fraude n’augmentent pas durant les périodes de crise : c’est seulement le niveau de tolérance du public à leur égard qui baisse.

Le danger pour les corrompus et les fraudeurs est qu’il est difficile de prévoir où se situera l’étiage : jusqu’où le niveau de tolérance du public baissera-t-il ? Avec les conséquences que l’on imagine aisément à une baisse drastique.

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L’actualité de demain : UN ÉNORME SURSAUT, par François Leclerc

Billet invité

Il y a dans toutes les têtes la même idée : le tour des Français va venir, après l’Italie ce sera celui de la France ! L’incertitude qui pèse sur les mesures que le gouvernement français annonce dans le désordre accrédite l’idée que c’est pour bientôt. À moins qu’un imprévu ne vienne contrarier cette longue et irrésistible glissade, une fois les saints de la croissance puis de la dévaluation de l’euro invoqués en pure perte, l’intervention de la BCE à la manière des autres banques centrales ne pouvant pas pour sa part être appelée plus explicitement qu’elle ne l’est déjà.

Il était déjà pressenti qu’il serait impossible d’échapper à une logique d’autant plus absurde qu’elle est suivie sous prétexte de salut, occasion rêvée en réalité pour appliquer un programme d’enfer. Pierre Gattaz, le président du Groupement des fédérations industrielles, réclame un « choc de compétitivité de 50 milliards d’euros » sur le coût du travail pour sauver l’industrie française, qu’il propose de financer par une augmentation de la TVA et de la contribution sociale généralisée (CSG).

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