Souvenirs de jours en mer…

Mon nouveau jardin, pour le moment, je l’observe.

Je suis en cela les conseils de Jean-Michel, l’un des Houatais qui m’ont appris la pêche : « Quand t’as un nouveau bateau, il faut d’abord l’observer. Pour comprendre comment il marche. Il y en a qui ont tendance à remonter, et d’autres à abattre. Il y en a qui sont plus à l’aise à rouler, et d’autres à tanguer. Il faut d’abord que tu comprennes ce qui lui convient. C’est seulement à ce moment-là que tu pourras lui dire ce que tu voudrais qu’il fasse ! »

J’attends d’avoir compris comment mon nouveau jardin marche, je lui ferai alors savoir ce que j’aimerais bien qu’il fasse pousser. Pas avant !

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 19 AOÛT 2016 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 19 août 2016. Merci à Marianne Oppitz !

Bonjour, nous sommes le vendredi 19 août 2016 et je voudrais vous parler aujourd’hui de cet entretien qui a été produit en feuilleton, en 19 épisodes sur le blog, je crois que c’est au cours des 10 derniers jours. C’est un entretien que j’ai eu le 21 mars de cette année avec Franck Cormerais de l’université Bordeaux-Montaigne et avec Jacques Athanase Gilbert de l’université de Nantes. Et le texte complet doit paraître dans la revue « Etudes Digitales ». Continuer la lecture de LE TEMPS QU’IL FAIT LE 19 AOÛT 2016 – Retranscription

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Ouvert aux commentaires.

I- La « mentalité primitive »

Jacques Athanase GILBERT

Votre parcours est particulièrement atypique, marqué en particulier par cette étonnante transition du chercheur au blogueur. Au-delà, votre pensée s’enracine dans le champ de la transdisciplinarité, empruntant à la fois à la philosophie, à l’anthropologie, à la sociologie et à l’économie. Comment appréhendez-vous cet itinéraire ?

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique (II), Anthropologie de l’Île de Houat, entretien réalisé le 21 mars 2016

Franck CORMERAIS

Votre étude sur les pêcheurs d’Houat vous a amené à interroger les techniques, en particulier par le biais des techniques du corps. Vous reliez la technologie avec la topographie imaginaire, posant ainsi le paradigme de la mesure.

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VOIR OU NE PAS VOIR ? UNE QUESTION DE CAGE DE VERRE ET DE CONNECTIQUE, par Jean-François Le Bitoux

Billet invité. À propos de DIX ÊTRES HUMAINS RÉSOLUS POUR SAUVER UNE ESPÈCE EN DANGER !

Je tentais de faire en quelques lignes une proposition de coopération afin de « Sauver une espèce en danger » quand est parue l’entrevue titrée : « Notre classe politique est déconnectée de la réalité ». Puis j’ai écouté Xavier de La Porte sur France Culture qui dit que nous risquons d’être bientôt prisonniers des algorithmes. Une crainte que deux chercheurs belges ont souligné dès 2010 !

Au moment d’envoyer ce billet, Hubert Védrine confirme sur France Culture que « les professionnels de la politique ont perdu le contact avec le monde réel ». En matière de connexion entre le politique et la réalité, tout se passe comme s’il était prévu que le personnel politique au moment où il passe en charge des « affaires publiques» cesse de se brancher sur le monde d’en bas qui les finance. Comme dans les films de science-fiction, dès que qu’il atteint la strate sacrée des responsabilités politicienne et/ou financière, toute la connectique ad hoc s’autodétruit : il n’est plus joignable, il ne comprend plus rien à ceux qui hier encore lui parlaient. Chacun sait qu’il ne nous est pas possible de conserver tous ces vieux câbles devenus inutiles quand le matériel change. En politique, il en va de même. Au mieux pour les obliger à se reconnecter sur la réalité, la seule manière de se faire entendre sera donc de tout casser et de revenir à des méthodes moins culturelles, plus sauvages, plus animales ? Étonnant non ? D’autant plus que cette impossibilité de se connecter est aussi entretenue chez les serviteurs fonctionnaires au nom du sacro-saint « devoir de réserve » et d’une carrière dans l’ombre de ses chefs grands ou tout petits.

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Dans le sillage des pêcheurs d’Houat, par Jérôme Lamy

Billet invité. Cet article paraît aujourd’hui 20 septembre dans L’Humanité.

Initialement parue en 1983, la thèse de l’anthropologue Paul Jorion sur les pêcheurs d’Houat dans les années 1970 reparaît aujourd’hui augmentée d’une préface. La description minutieuse des codes langagiers, des modes d’existence et des manières de faire de cette petite communauté insulaire de Bretagne fait ressurgir un monde englouti. La parole rare des pêcheurs s’est vidée de tout sujet, laissant aux éléments naturels l’initiative de la réussite ou de l’échec commercial. Le discours des femmes sur l’île est, lui, plus directement politique puisqu’il se situe en permanence dans les rapports entre individus. L’espace est par ailleurs défini par le genre : aux hommes la mer, aux femmes la terre. Lorsque l’homme accoste, ses déambulations sont limitées (le port, le café), sa présence à terre est tolérée. L’emprise religieuse est forte encore au milieu des années 1970 sur cette petite île ; la République s’est introduite peu à peu dans une « théocratie » qui a longtemps concentré tous les pouvoirs.

Paul Jorion fait revivre, en des pages admirables, la vie difficile à bord des bateaux de pêche. La hiérarchie sociale repose sur une division technique du travail. Patron, mécanicien et matelots fondent la structure élémentaire du bateau. Les liens familiaux se superposent à cette organisation et les conflits (notamment sur les bateaux où des frères se côtoient) sont nombreux. Le « bon » pêcheur, patient, chanceux et courageux s’est constitué des principes d’action solides. Le temps à Houat est calqué sur la saison, cette notion polysémique qui articule les rythmes biologiques et humains, les scansions météorologiques et économiques. Le pêcheur déploie une science des marques qui lui permet de quadriller les plaines liquides et d’y repérer les fonds poissonneux. La transmission des savoirs est d’abord faite d’imprégnation : il faut connaître son bateau, ses engins de pêches (les casiers, les lignes), les données halieutiques des zones prospectées et même la psychologie d’un équipage.

L’économie archaïque de la pêche à Houat se fond, paradoxalement, dans les grandes lignes d’un système capitaliste inégalitaire : les armateurs sont favorisés dans la répartition des revenus, les plus jeunes font les frais d’une structure qui exploite leur force de travail. Trente ans après sa première publication, la thèse de Paul Jorion n’a rien perdu de sa pertinence anthropologique : entre le jeu subtil des hiérarchies familiales instables et les systèmes de croyance complexes, l’île de Houat fixe les formes anciennes d’une communauté insulaire qui a inlassablement creusé l’écume ingrate.

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RELIRE « LES PÊCHEURS d’HOUAT », TRENTE ANS PLUS TARD (I)

Il m’arrive plus souvent aujourd’hui qu’autrefois de relire les textes que j’ai écrits précédemment. La raison en est le blog. Les commentaires sont nombreux qui demandent : « Pourquoi ne parlez-vous jamais de ceci ? » et je réponds alors : « Parce que j’y ai déjà consacré tant de chapitres dans mon livre paru telle année ». Pour que je puisse répondre cela, il aura fallu alors que je me relise pour être sûr de l’avoir bien écrit et, si nécessaire, je complète de telle ou telle manière.

Mais pour un livre comme Les pêcheurs d’Houat, paru en 1983 et réédité aujourd’hui, la dernière fois que je l’ai lu a dû être au moment de la correction des épreuves, soit environ six mois avant sa parution. Et je me trouve confronté ces jours-ci à des personnes qui me disent : « Tiens, pourquoi avoir écrit ceci ? » ou « C’est intéressant quand vous dites cela », et ma réaction est toujours la même : « J’ai écrit ça moi ? »

Est-ce de l’amnésie ? Non, bien entendu : je me souviens très bien d’avoir écrit ce livre et j’ai une vague idée de ce qui s’y trouve, mais c’est ce que j’appelle cette « vague idée » qui s’est mise au fil des ans à vivre de sa propre vie, qui s’est mise à prendre une cohérence qui lui est propre et le portrait au bout de trente ans ressemble de moins en moins à la personne qu’il entendait peindre.

Aussi, j’ai entrepris de relire mon propre livre. Ce qu’on ne fait jamais sans une certaine appréhension, parce qu’il y a peut-être des erreurs, des omissions graves ou, pire encore, des contradictions : contradictions au sein-même du livre ou avec des textes qui ont été écrits par la suite.

Il existe des individus que la presse hebdomadaire appelle « les intellectuels », et le sentiment qui m’envahit quand je lis le compte-rendu d’un nouveau livre de l’« intellectuel X » où celui-ci poursuit son grand œuvre d’autopromotion en affirmant à grands renforts de tambours et de trompettes l’antithèse de son bouquin précédent, c’est, je dois bien l’avouer, la honte. Parce que ce qui me remplit d’aise au contraire à la lecture d’Aristote ou de Hegel, par exemple, c’est le sentiment d’un « développement ». Je lis des textes qui m’étaient encore étrangers de ces auteurs, et je découvre « davantage » de la même bonne chose : j’apprends plus sur la même façon admirable de contempler le monde.

Dieu merci, pas encore de mauvaises surprises à la relecture de ce côté-là jusqu’ici, mais surprises il y a cependant : « Tiens, je pensais déjà cela à cette époque ? ». La surprise de voir, couchées sur le papier, des idées dont il vous semble qu’elles ne vous sont venues que bien des années plus tard. Que vous ayez écrit des choses longtemps avant qu’elles ne vous soient venues à la conscience ne devrait en fait pas vous surprendre si vous croyez comme moi qu’il n’y a rien de plus ni rien d’autre que l’inconscient.

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