Désinformer l’opinion : la stratégie délibérée des Libertariens, par Mark Karlin

Ouvert aux commentaires. Merci pour la traduction à Ronald Grandpey et 2Casa !

Misinforming the Majority: A Deliberate Strategy of Right-Wing Libertarians © Truthout

À quand remonte exactement l’emprise de l’extrême-droite sur la politique américaine ?

Nancy MacLean met en lumière les racines profondes et inquiétantes de ce projet caché — ainsi que son programme, mûri sur plusieurs décennies, de transformation des règles démocratiques — dans son dernier ouvrage, Democracy in Chains : The Deep History of the Radical Right’s Stealth Plan for America [La Démocratie Enchaînée : Le Plan Caché de l’Extrême-Droite pour l’Amérique].

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Dans les coulisses d’une « religion féroce » : la convergence voulue entre libertarianisme et satanisme, par Sapristi

Billet invité.

Si Paul Jorion qualifie l’économie ultralibérale de « religion féroce », comment pourrions-nous définir son incarnation extrême, le « libertarianisme » ?

Dans sa bible satanique, Anton Szandor LaVey, libertarien objectiviste convaincu et surtout philosophe sataniste, modernise le mythe de Satan en lui donnant les attributs du parfait « homo oeconomicus » rationnel. Les neuf affirmations sataniques sont :

– Satan représente l’indulgence, plutôt que l’abstinence.
– Satan représente l’existence vitale, et non des promesses spirituelles irréalistes.
– Satan représente la sagesse immaculée, au lieu de l’hypocrisie dans laquelle se complaisent les hommes.
– Satan représente la bonté pour ceux qui la méritent, au lieu de la prodigalité gaspillée pour des ingrats.
– Satan représente la vengeance, plutôt que le pardon.
– Satan représente la responsabilité à ceux qui savent l’assumer, plutôt que de se soucier des vampires psychiques.
– Satan représente l’homme simplement comme un animal parmi tant d’autres, parfois mieux, souvent pire que ceux qui marchent à quatre pattes, qui, grâce à son prétendu « développement intellectuel et spirituel » est devenu le plus vicieux de tous les animaux.
– Satan représente les prétendus péchés, puisque ceux-ci mènent à la gratification physique, mentale, ou émotionnelle.
– Satan est le meilleur ami que les églises aient eu, puisqu’il les a maintenues en affaires depuis si longtemps.

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LE RECUL BRUTAL DE L’INFLUENCE AMÉRICAINE

Une guerre généralisée des puissances occidentales contre la Syrie ou, si l’on veut, contre son Président, n’a pas eu lieu. La France était prête, éventuellement même à y aller toute seule, les députés britanniques ont dit non, et les Américains se sont mis à hésiter. M. John Kerry, Secrétaire d’État, c’est-à-dire ministre des affaires étrangères, a alors dit tout haut que si M. Poutine avait la bonne idée de suggérer à M. Bachar el-Assad qu’il transmette ses armes chimiques à la communauté internationale, les choses seraient bien différentes. M. Poutine a repris la balle au bond, comme l’on sait, et depuis, Damas reprend du terrain pendant que les rebelles s’entre-déchirent.

L’Iran, là aussi, il n’y a pas si longtemps, il semblait aller de soi qu’on irait en découdre, et on se retrouve aujourd’hui à négocier le programme nucléaire iranien, les Américains s’avérant les plus optimistes de tous quant à la possibilité de faire de réels progrès.

Et tout cela, non pas parce que les adversaires des États-Unis haussent le ton – ils ne le font pas, à une ou deux exceptions près, j’y reviendrai – mais parce que les États-Unis font machine-arrière : tout seuls et de leur propre mouvement.

Pourquoi ? en raison de la capacité de l’extrême-droite libertarienne américaine à paralyser le pays sur le plan de l’intervention extérieure, ce qui revient dans ce domaine au même qu’imposer son point de vue, puisque, ennemie mortelle de l’État, elle entend confiner celui-ci au rôle unique de défense de la propriété privée, les autres domaines : la santé,  l’enseignement, la défense du territoire, etc. étant confiés aux intérêts privés, autrement dit à ceux qui penseraient pouvoir y faire de l’argent.

Recul généralisé et spectaculaire de l’influence américaine dans le monde, qui semble passer inaperçu, masqué par des questions autrement plus importantes, comme se demander comment concilier sur un même territoire l’existence de populations sédentaires et nomades, problème qui ne se pose après tout que depuis l’arrivée des Roms en Europe occidentale au XIIe siècle.

Recul de l’influence des États-Unis dû essentiellement à une dynamique interne au pays lui-même si l’on exclut le refus de M. Poutine de livrer Edward Snowden à la justice américaine, et le haussement de ton récent de l’agence de presse officielle chinoise, à propos des tergiversations relatives au déplafonnement de la dette américaine susceptible de provoquer un défaut du pays sur sa dette, et qui appelle à une « désaméricanisation » de la finance internationale, les États-Unis étant accusés – à raison bien entendu – d’avoir exporté vers le reste du monde depuis 1971 (fin de l’ordre monétaire international né à Bretton Woods en 1944), toutes leurs difficultés financières.

Quant à l’Europe, qui se découvre à l’occasion de la révélation du programme Prism, pardonnez-moi l’expression : cocufiée depuis des dizaines d’années, la plupart de ses initiatives économiques et politiques ayant été torpillées par la capacité des Américains d’en connaître tous les détails durant l’entièreté du processus, de la conception du produit ou de l’initiative à sa vente, ses dirigeants en sont encore – voir en ce moment Mme Merkel et son téléphone mobile sur haut-parleur à la Maison Blanche, à se regarder les uns les autres en disant : « Quand même, quand on y pense… ça la fout mal ! »

 

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NOUS, LES MÉDUSÉS DÉSABUSÉS, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité

Brice Couturier a entendu l’appel du Bâtonnier Christian Charrière-Bournazel à se mobiliser contre le projet de loi N° 1011 portant sur les moyens de combattre la fraude fiscale. Peut-être même a-t-il lu l’argumentaire bancal de Rémy Mahoudeaux publié sur le blog. On ne s’étonnera pas qu’il voie dans cette loi l’étincelle qui fera renaître de ses cendres le Phénix du Grand Inquisiteur Torquemada. Cela, c’était la fin de sa chronique matinale sur France Culture. Mais, comme dans la figure de l’ouroboros, cette fin, par une contorsion malicieuse et sans doute délectable, rejoignait le début.

Que disait-il au début ? Qu’Edward Snowden n’est pas un chevalier blanc comme neige. En fouillant un peu, on découvre un rebelle plus libertarien (soutien à Ron Paul durant la campagne présidentielle) que libertaire, plus soucieux de donner du champ au libre exercice de sa puissance individuelle que de rejoindre l’Internationale des défenseurs de la veuve et de l’orphelin, ce qui vaut bien, en gravité, les accusations d’espionnage pour le compte de pays hostiles aux États-Unis. Cela n’ôte rien, bien entendu, à la portée de ses révélations (nous apprenons en cette occasion que la Commission européenne est assiégée au-dehors et au-dedans par les multinationales américaines, au-dehors par les lobbyistes, au-dedans par les agents de la NSA chargés de vérifier que les commissaires ont bien compris ce qu’on leur demandait), mais je me garderai, pour ma part, d’élever sur le pavois un homme dont le rêve, pour autant qu’il persévère dans ses convictions libertariennes, est l’abolition pure et simple de toute forme de gouvernement, au prétexte qu’une administration déshonore l’état de droit et le service du peuple. Même un libertarien est bien obligé de reconnaître qu’un État, qu’un Big Government with big guts, c’est pratique, quand on est persécuté par la première puissance mondiale et qu’on cherche un refuge sûr. Quant à Brice Couturier, je vois bien où il veut en venir par un tel bricolage. J’écris bricolage parce que la queue de sa chronique ne s’emboîte pas exactement dans la tête. Ce n’est pas qu’il ait des sympathies pour les libertariens, il est plutôt libéral, comme chacun sait, mais l’appareil d’État, cela l’embête bien. Il le voudrait au régime sec, et pas seulement dans ses missions discrétionnaires.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » : École (économique) de Chicago, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité.

École libre du totalitarisme ou école totalitaire de la liberté. – Vous êtes libres de choisir. De quoi vous plaignez-vous ? – Forme une triade horrifique avec l’école ordolibérale allemande et l’école autrichienne. Son directeur le plus connu : feu Milton Friedman, homme de paix que son prénom renvoie en enfer. Sa devise : « Life is unfair » (« La vie est injuste »), ce qui sous-entend non de la commisération mais le souci de tirer profit (« to deal with ») des injustices constatées. Les quelques miettes tombées de la table des goinfres suffisent à prouver que les bénéfices colossaux engrangés par ce moyen finissent toujours par ruisseler sur la tête des nécessiteux. Tendez vos sébiles. 

L’école de Chicago, d’inspiration libérale, se caractérise par de hautes ambitions en matière de liberté. Elle s’est ainsi illustrée, dans les années 1970, par son soutien appuyé aux dictatures sud-américaines, preuve que « l’histoire du monde libre s’écrit avec une grande hache » (Michel Montfort). Un peu de Chili et beaucoup de carne. Le libre marché dont elle fait l’apologie vous permet de marcher librement tant que vous jouez le jeu. Si vous regimbez, invoquant je ne sais quelle niaiserie communarde au sujet du bien commun, n’importe quel psychopathe en uniforme d’opérette et à petite moustache en brosse est libre de marcher sur vous. On notera, non sans étonnement, que parmi les apologistes les plus en vue, à une certaine époque, il s’en rencontrait beaucoup, tel Friedman lui-même, dont les ancêtres avaient fui les persécutions antisémites en Europe centrale. Le fascisme, sous ses avatars multiples, noue des alliances inattendues. 

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BONJOUR MADAME LA TERRE, le jeudi 27 juin 2013 à 7h26

Sur YouTube, c’est ici.

Finance :

Le swap trafiqué de l’Italie
– Blog de PJ – Quand la buée se dissipe dans le rétroviseur, le 26 juin 2013
– Financial Times – Italy probes use of derivatives to hedge public debt, le 26 juin 2013

Monnaies parallèles :

Le Bitcoin
– Financial Times – The Bitcoin believers, le 14 juin 2013
– Wall Street Journal – States Put Heat on Bitcoin, le 25 juin 2013
– Wikipedia – Protocol of Bitcoin

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 20 AVRIL 2012

Commentaire de texte ou comment voter ?

« Retour vers le futur : la réforme « Big Bang » de la France », par Nicolas Doisy
« Va y avoir de la bagarre ! »
« Quoi qu’on fasse, ce sera la même chose »

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 16 MARS 2012

Le Front de Gauche et nous
Les « Questions qui restent à résoudre »
Mr. Greg Smith, ancien Executive Director de la compagnie Goldman Sachs
Pour qui travaille une entreprise ?

La même vidéo sur YouTube

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California Street, San Francisco

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 23 DÉCEMBRE 2011

Les boucs-émissaires
La Banque Centrale Européenne
Le libertarianisme
« Les questions qui restent à résoudre »

Également sur Youtube : ça se trouve ici.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 15 JUILLET 2011

Les fissures
Les stress-tests des banques européennes
« Trading book » / « Banking book »
La dette publique aux Etats-Unis et la polarisation de l’opinion
L’idéologie libertarienne
Qu’est-ce qu’un « événement de crédit » ?
Les agences de notation – comment les réformer ?
H. G. Wells : La machine à explorer le temps

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LA PUERTA DEL SOL CONTRE LE NIHILISME FINANCIER, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Triomphe du nihilisme

Le capitalisme financier consiste à attribuer des prix à des titres dont la contre-réalité n’est pas vérifiable. Ce régime de prix est ontologiquement vide. Il contient en lui-même la contradiction de sa matière ; il confond le néant et la réalité. La crise des subprimes a révélé aux acteurs financiers que la confiance nécessaire à leurs transactions ne reposait sur aucune preuve objective. Les banques centrales ont dû forcer la liquidité du système en empruntant les actifs toxiques pour prêter de la monnaie garantie par la Loi. Les États ont dû emprunter massivement pour simuler la confiance des prêteurs par l’autorité de la Loi. Banques, banques centrales et États se sont coalisés pour décréter la confiance : le 15 mai 2011, les indignés de la Puerta del Sol déclarent qu’ils se savent leurrés par le système. Les indignés de la Puerta del sol déclarent qu’ils n’ont confiance qu’en eux-mêmes ; à proportion de la connaissance interpersonnelle qu’ils nouent avec leurs concitoyens.

La chute du matérialisme communiste en 1989 a renvoyé le formalisme capitaliste à son nihilisme. Jusqu’à cette date, les démocraties libérales avaient dû empiriquement reconnaître des garanties économiques au travail humain pour qu’il respecte la propriété privée des moyens de production. A partir de 1989, l’échec de la propriété collective des moyens de production est avéré. Le capitalisme libertarien en profite pour abolir la responsabilité publique de la propriété des moyens de production. Le travailleur a toujours des droits ; mais il n’est plus possible de savoir qui détient les moyens de  réaliser ces droits. Le capital est titrisé et détenu anonymement à partir des paradis fiscaux. Le capital est dématérialisé, défiscalisé et factuellement exempté d’obligation de garantir le prix des droits promis aux citoyens.
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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 28 JANVIER 2011

Responsabilité de la crise
La main invisible d’Adam Smith
La philia d’Aristote
La loi Frank-Dodd
Les valeurs de la décadence
L’instinct de mort dans les cultures

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La décadence

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Hegel attribua la chute de l’empire romain à la prévalence des intérêts particuliers. Préoccupés de poursuivre essentiellement leur intérêts propres, les Romains se seraient désintéressés de la chose publique. L’avènement du christianisme aurait joué un rôle essentiel dans ce désintérêt croissant : en relation privée avec leur dieu – « Le royaume de Dieu est en vous » – les citoyens cessèrent de s’identifier au sort de leur Cité.

La guerre, dit Hegel, rappelle aux citoyens l’existence de l’État comme entité supérieure par rapport à laquelle leur vie s’organise dans un cadre plus large que celui de leurs préoccupations immédiates. Quand la guerre éclate, le bourgeois qui loge au cœur du citoyen se rend compte que seul, il ne pourra pas défendre les possessions dont il est propriétaire et auxquelles il tient par-dessus tout : c’est l’État seul qui pourra organiser la force collective qui permettra de défendre la propriété de chacun.

La décadence résulte de la perte de ce sentiment du bien commun comme seul capable d’assurer le bien individuel. La société civile, comme simple conjugaison d’intérêts particuliers est insuffisante à alimenter la flamme de ce sentiment.

La décadence a lieu de son propre mouvement quand l’individu fait prévaloir sa liberté immédiate par rapport au bonheur de la communauté dans son ensemble. Une idéologie existe qui place cette liberté immédiate au pinacle : l’ultralibéralisme sous ses formes diverses du libertarianisme, de l’anarcho-capitalisme, etc. Notre société contemporaine se singularise par le fait qu’une idéologie porteuse des principes de sa propre décadence s’est formulée explicitement en son sein, prône les valeurs qui la provoquent inéluctablement quand elles sont mises en œuvre, et applique son programme consciencieusement et systématiquement, quelle que soit la puissance des démentis que les faits lui apportent.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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